L5R4 - Campagne de Didfool

Réservé aux membres.
Résumé, compte rendu, impression des joueurs des séances précédente.
Récit et nouvelle en tout genre.
Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 10 avril 2017, 17:19

-chan: enfant/grand-parents/amie feminine
-kun: statut inférieur / jeune homme / parfois bushi femme
-san: statut équivalent
-sama: statut supérieur
-dono: statut intermediaire (gouverneur de province, de ville, ambassadeur, daimyo mineur...)
-senpai: ainé de la meme école ou la meme unité
-sensai: professeur
-ue: daimyo de famille (vassale inclue)
-no-kimi: champion de clan / shogun / champion d'emerade et statut similaire (ministres...)
Possibilité d'utiliser le titre après le nom.

ゴシップ « Goshippu » L’art du commérage

Bayushi Namako / Bayushi Naru
A eux seuls, nos noms évoquent qui nous étions, sommes et seront ! Ils sont les clés du coffre aux secrets, aux vérités cachées, aux mensonges honnêtes. Ne les oubliez pas ! Ils pourraient servir…

La littérature est une partie intégrante de la culture Rokuganie. Les traités, commandés par nos illustres Empereurs, ont codifiés les us et coutumes des samouraïs. Certains, « Shido » d’Akodo-kami (Commandement) ou « Uso » de Bayushi Tangen-karo (Mensonges), sont entrés dans la légende et restent, mille ans après, toujours étudiés. Le recueil que vous tenez entre les mains n’en est en rien comparable. Il s’agit d’un simple journal : amalgame de sentiments, pensées et réflexions, sur le quotidien de deux jeunes courtisanes ; d’une collection de missives, potins et autres commérages glanés ça et là durant nos voyages. Il serait présomptueux de croire qu’un jour ces écrits atteignent le prestige de « Shinriko » (Petites Vérités) de notre illustre ancêtre… Présomptueux ou visionnaire !

Nous sommes en l’An 1178 du calendrier impérial. Ma sœur et moi avons quinze ans. Nous venons d’effectuer notre gemppuku. J’ai pris son nom. Elle a pris le mien. Nous nous empressons de tourner le dos à l’insouciance de la jeunesse, à la protection du foyer paternel. Nous exultons alors que nous croyons enfin gouter à la liberté. Nous chantons et rions, piaillant d’impatience de vivre une vie idyllique, de rencontrer nos beaux et fantasmés époux, pleurant aussi, d’être un jour séparées. Très vite l’allégresse fait place aux illusions déçues ! Notre vie de samouraï commence : Une vie de contraintes, de servitudes, de devoirs aussi, envers notre père, notre famille, notre clan, notre Empereur.

Au crépuscule de l’Hiver, Otōsan nous convoque dans la salle principale de notre demeure. Revêtu de son armure écarlate, il revient d’une entrevue avec Shosuro-dono, daimyo de Ryoko Owari Toshi, la cité des rumeurs. Ce dernier, redevable d’une vielle faveur auprès d’Otōsan, souhaite qu’un des notre accompagne son fils, Shosuro Jocho-sama, en mission impériale. Si l’entreprise est un succès, l’honneur rejaillira sur toute la famille. Notre grand frère Guro-kun, Bushi de l’école Bayushi, le prie d’être l’élu ! Otōsan lui rétorque qu’il est déjà activement au service du clan à Kyuden Bayushi. Sa voie étant tracée, il a le devoir de s’effacer pour laisser à ces jeunes sœurs une chance de faire leurs preuves.

Le choix se fera donc entre nous deux, les deux sublimes jumelles, similaires et pourtant si différentes. Du moins le croyais-je car avant même de pouvoir nous porter, à l’unisson, volontaire, le nom Bayushi Naru est prononcé. Cela est ainsi, chez les Scorpion, croire qu’il y a le choix n’est qu’illusion. La décision avait été prise bien en amont par Otōsan, depuis plusieurs années, probablement le jour du décès d’Okāsan. Elle est juste, pragmatique, basée sur nos histoires personnelles, nos sombres destins. Le passé, agrégat de terribles secrets, dicte sa loi ! En ce jour, le jugement tombe enfin sur le troisième des enfants maudits, celui qui avait jusqu’alors été étonnamment le seul épargné…

Dans notre chambre, dévastée, je pleure toute la nuit. Je suis terrifiée à l’idée d’être abandonnée à moi-même, de quitter la sécurité des terres du clan, de tirer une croix sur la douce sérénité du foyer paternel. Tant bien que mal, Namako-chan me console. Elle me susurre des paroles réconfortantes, m’enserre dans ses bras, me couvre de baisés. Enfin je me calme. J’éprouve alors une immense honte devant le spectacle affligeant que je viens de lui offrir. Ma sœur, et dans une moindre mesure mon frère, ont eu mille fois plus de raisons de pleurer sur leurs sorts. Pourtant jamais ils ne se sont plaints, jamais une larme n’a coulé… Je me dégoute à agir ainsi, tel un enfant pourri gâté !
Modifié en dernier par Mafalda le 03 mai 2017, 14:39, modifié 2 fois.
ImageImage

Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 10 avril 2017, 17:21

Au matin de l’An 1179, Shosuro Jocho-sama, arrive avec nombre de suivants. J’enlace longtemps ma sœur avant d’aller faire mes adieux à mon père et mon frère. Je lui dis combien je l’aime, elle va tant me manquer. Elle me rassure en me soufflant qu’elle veillera toujours sur moi, qu’importe la distance, nos esprits ne forment qu’un ! Nous partons d’un pas soutenu en direction du territoire du clan de la Licorne. Très vite je fais la connaissance de nos compagnons de voyage : la troupe de théâtre Kabuki, l’Eventail d’Ivoire, fondé par le célèbre dramaturge Shosuro Furuyari-sensei. Cette compagnie est constituée de la magnifique actrice Soshuro Tage-sama, de sa yojimbo la comédienne Shosuro Nagai-san, d’un mysterieux shugenja Bayushi Gadijo-san et de cinq kurokos : Bayushi Kutsuko-san, Shosuro Aidata-san, Shosuro Suta-san et Yogo Yasai-san.

Après plusieurs semaines, nous arrivons en vue de Kyuden Shiro, lieu de rassemblement de l’importante armée du clan de la Licorne commandée par le shugenja Moto Chang-rikugunshokan. La neige est encore présente dans cette immense steppe balayée par des vents cinglants. L’hiver ne finira donc jamais… Nous rejoignons le reste de la délégation Impériale et passons, à la suite des troupes de samouraï et d’ashigaru, par un étrange portail spirituel. Cette ouverture est le fruit de la magie des Très-puissants, d’étranges hommes en robe noire et au masque de rapaces. Après de longues minutes à errer dans le néant, nous débouchons en haut d’une colline. Le paysage qui nous fait alors face ne ressemble en rien à ce que je connais ou même ai lu : le ciel a la couleur du jade, les senteurs sont exotiques, les indigènes enfermés dans des cages ont des traits animaux.

Sur la bute où nous nous tenons sont dressés six fanions, l’étendard Imperial, de la Tortue, du Shogunat, du Lion, du Crabe et de la Licorne. Non loin de là, se tient les vestiges d’un ancien édifice, abandonné au vent, futur quartier de notre délégation. En contrebas, dans la plaine enneigée, à coté d’un avant-poste en pierre du clan du Crabe, s’étend le camp de l’armée du clan du Lion. Taillé à la serpe, entouré d’une palissade et d’un fossé, on trouve en son centre les quartiers du Shogun, une petite tente au mon de la famille impériale Otomo et les fondations d’une scène de théâtre en bois où s’affairent plusieurs artisans. A gauche, le clan de la Licorne travaille à dresser les yourtes et les enclos. Loin de l’organisation militaire des Lions, le campement des Licornes prend rapidement vie. Provisoire, il sera probablement démonter en quelques heures avant d’être déplacé vers l’arrière pays.

Alors que la délégation s’en va poser bagages, Shosuro-sama me presse de descendre au cantonnement principal afin de vérifier les préparatifs pour la représentation théâtrale de ce soir. Donnée en l’honneur du Shogun, elle ravivera le cœur de nos fiers samouraïs et leur fera oublier, un temps, les affres de cette contrée barbare. Quittant le groupe principal, je m’engage seule sur la pente verglacée. Un gunso Akodo flanqué de son escouade m’intercepte rapidement et propose de m’escorter. Les consignes semblent claires : Les envoyés de l’Empereur doivent être en permanence accompagnés. A partir de cet instant, le clan du Lion va user de multiples stratagèmes pour me limiter dans mes différentes entreprises. Tentatives certes vaines mais non moins étonnantes : Surveillance rapprochée; Courtisan Ikoma fort insistant ; Tentatives d’intimidation quand je décide d’aller me présenter auprès d’Otomo-dono ; Menaces à peine voilées sur notre sureté…

Pendant presque dix ans, ma sœur et moi avons été formées aux jeux de cour. Pourtant, je suis un instant désarçonnée devant ces attaques ciblées et la nature incongrue du lieu, un camp militaire boueux en terre gaijin, où elles ont cours. Je mesure alors l’importance de la mission confiée par l’Empereur. Le Shogunat, par l’intermédiaire du Clan du Lion, dresse une situation sous contrôle, presque idyllique. Apparence trompeuse… Il nous appartient de révéler tous ces faux-semblants au grand jour et qui, mieux que les membres du clan Scorpion, peuvent accomplir cette noble tache ! Après un rapide état des lieux du théâtre, je repars, pensive faire mon rapport à Shosuro-sama. Sur le chemin du retour, le gunso et ses hommes me suivent comme mon ombre, j’entame alors la conversation. La détermination semble intacte, tout comme la loyauté aveugle qu’ils éprouvent envers leur championne Matsu Tsuko-no-kimi. Par contre, je mesure une légère perte de moral due probablement au mal du pays.

Le plus important contingent de la délégation impériale est le clan du Scorpion. Suit le clan du Phénix constitué du courtisan Asako-sama, fils du Daimyo de la famille Asako, de deux shugenjas, Isawa Rin-san et Agasha-san, et du yojimbo Isawa Waï-san. Doji Yojiro-san, sa jeune femme Doji Ameiko-san et la yojimbo Daidoji Asami-san, représentent le clan de la Grue. Le clan de la Mante a envoyé le bushi Yoritomo Akira-san ainsi que deux membres de la famille Kitsune. Enfin le groupe ne compte qu’un seul membre du clan Dragon, le taisa Miromoto-sama. Tout ce petit monde a déjà pris quartier dans ce qui devait tenir lieu pour les indigènes de temple. Construit en pierre, l’édifice est exigu, les alcôves où nous dormirons, austères. Dans un souci d’équité, je fais part à l’assemblée des informations glanées ici et là.

A la nuit tombée, en compagnie de bushis du Crabe, de la Licorne et du Lion, nous nous installons avec entrain au centre du théâtre. Les visages sont radieux et souriants. Le spectacle de l’éventail d’Ivoire est sans conteste l’événement culturel de l’année. De hauts dignitaires assistent à la pièce du haut d’une estrade : Akodo-shogun et Matsu Tsuko-no-kimi dont la future union serait en cours de négociation ; Otomo Kisagarasu-dono, une courtisane impériale extrêmement expérimentée aux bijoux sonnants ; un Très-Puissant, lugubre dans sa robe noire ; Misu, un étrange moine tatoué de la tête aux pieds. Quand les premières notes retentissent, le silence se fait. Shosuro Tage-sama s’anime alors que nous est retracé la jeunesse d’Hida Kisada-no-kimi, le Grand Ours. Le grand final débute quand un bushi de garde du clan du Lion l’interrompt soudain. Les sbires de la Confrérie des Ténèbres ont infiltrés le camp ! L’alarme est donnée. Nous sommes immédiatement évacués vers le mess.

La délégation, séparée de la troupe de l’Eventail d’Ivoire, est mise en sureté dans le réfectoire. Attablé, un imposant bushi en armure lourde du clan du Crabe, lève une coupe de saké à notre encontre. Peu concerné par la situation extérieure, l’individu, fortement enivré, commence à m’invectiver. Ne reconnaissant ni nos clans, ni nos familles, il use de termes énigmatiques, probablement gaijin, avant de me saisir le bras pour me tirer à lui ! Immédiatement, les katanas sont tirés au clair. Alors que la majorité des combattants, happés par une impénétrable fumée noire, se retrouvent mystérieusement à l’extérieur, les bushi Yoritomo-san et Daidoji-san ainsi que la shugenja Isawa-san me portent assistance. A quatre, nous arrivons non sans mal à faire plier l’agresseur. Peu à peu, les ténèbres se dispersent alors que le chui du clan du Crabe, Hida Tetsuo-sama, semblent enfin retrouver l’esprit clair. Très vite, nous sommes tous les cinq mis à l’isolement suite à l’intervention d’un Très-Puissant : un esprit kitsune-tsuki buru buru aurait possédé Hida-chui. Infectés lors de notre affrontement, nous serions tous condamnés…
Modifié en dernier par Mafalda le 03 mai 2017, 14:37, modifié 1 fois.
ImageImage

Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 14 avril 2017, 16:32

A l’aube, toute drapée de blanc, j’effectue machinalement mon dernier voyage. Je ne perçois plus, ne ressens plus. J’en oublie mes compagnons d’infortune. Au bout du chemin, j’effectuerai Seppuku, mettant fin à ma vie dans l’honneur. La scène a un semblant de déjà vu, identique à l’un de mes rêves. Tous les éléments sont là : Matsu Tsuko-no-kimi s’impatiente, Shosuro Jocho-sama se tient prêt à m’assister, Otomo-sama arrive en retard, une foule sans visage m’entoure. Je prie les Kamis, les Ancêtres, les Fortunes, d’interrompre ce cauchemar. Rien. Je suis seule. L’ordre est donné. Avant de porter le coup fatidique, ma courte existence défile devant moi, doucement puis de plus en plus vite. Je m’interroge sur son sens tout en pensant à ma sœur.

Nous sommes nées le mois du chien 1163. Ma sœur plus entreprenante est arrivée au monde la première. Je l’ai suivie, devenant troisième. Par cette position je fus honnie par les ancêtres. Chez les Scorpions l’arrivée de jumeaux fait écho au Kami fondateur Bayushi, lui-même image-miroir de son frère le Kami Shiba. C’est un bon présage ! Pourtant Okāsan n’avait souhaité aucune fête. Notre naissance se fit en catimini, dans le secret, dans la honte… Okāsan, Bayushi Ubi-sama, était alors l’un des deux enfants survivants d’Aotora-ue, herboriste reconnu et surtout ancien heimin devenu samouraï. Une trentaine d’année plus tôt, pour ces précieux travaux sur les poisons et leurs antidotes, il avait été élevé au rang de vassal de la famille Bayushi. Plus tard, un mariage avait eu lieu pour renforcer les liens des deux familles entre l’entreprenant magistrat de clan, Bayushi Eto-sama, et la belle artisan-herboriste, Aotora Ubi-sama.

De leur union, naquit trois enfants. Chacun porte la faute d’Okāsan en stigmate ! Guro-kun, l’ainé, notre frère adoré, est simple d’esprit. Moqué par ses camarades, sa vie au dojo Bayushi fut pénible, son gemppuku tardif. Grace à ses relations, Otōsan le fit entrer à la garde du Kyuden Bayushi. Son destin est tout tracé : Il ne connaitra que la vie de soldat, ne sera jamais proposé au mariage et mourra probablement au combat. Physiquement comparable, ma chère sœur, Namako-chan née Naru, est la plus délicate, la plus avenante, la plus fine de nous deux. A notre Gempukku, un unique mempo fut scindé en deux. Le bas dissimule mes lèvres pulpeuses naturellement. Le haut masque ses yeux voilés de naissance. Mon handicap n’est ni mental comme celui du crédule Guro-kun, ni physique comme celui de l’aveugle Namako-chan. Il est spirituel : Trois, le chiffre sombre, caché, maudit. Il me définit de bout en bout. Il me conduira à ma perte !

Mon esprit s’enfonce dans les ténèbres du souvenir. Les images de mon enfance se font de plus en plus nettes. Le secret d’Aotora Ubi-sama, la cause de tous nos malheurs, va m’être enfin dévoilé quand un cri m’arrache soudain à mes pensées. Un parchemin au mon impérial déroulé à la main, Matsu-no-kimi, Championne du clan du Lion, vient d’abroger la cérémonie : La famille Kuni du clan du Crabe connaitrait des rituels pour nous désenvouter. Il nous appartient de nous rendre jusqu’à la citadelle des montagnes pour y être soumis. Légèrement déboussolé par ce revirement, le petit groupe de « possédés » se rassemble pour échanger. Très vite, nous sommes rejoins par Shosuro-sama, Asako-sama et le yojimbo Isawa-san. Le clan du Phénix, par l’intermédiaire d’Agasha-san, est à l’origine de ce coup d’éclat. Alors que je découvre l’existence d’un lien troublant, presque fraternel, entre Asako-sama et Shosuro-sama, ce dernier souligne la chance de ne plus avoir poings et pieds liés. Afin de nous épauler dans notre entreprise, il propose que le yojimbo Isawa Waï-san nous accompagne et assure dorénavant ma sécurité.

Le lendemain, furoshiki sur le dos, nous partons en direction des montagnes. A mi-chemin se dresse un avant-poste du clan du Crabe. Si nous pressons le pas, nous pourrons l’atteindre avant la nuit. Hida Tetsuo-chui ouvre la marche avec Yoritomo-san et Daidoji-san. Isawa Rin-san étant légèrement à la traine, Isawa Waï-san et moi-même nous mettons à sa hauteur. Plus tôt durant la matinée, une petite rixe verbale avec Hida-chui éclata. Lui rappelant subtilement que deux membres du groupe ne sont point bushi et n’ont donc pas reçu d’entrainement poussé à la marche forcée, il me demande abruptement si je suis boiteuse ! Répondant par la négative, il me conseille alors de rebrousser chemin. Je sais les membres du clan du Crabe direct, mais à ce point ! Répondre précipitamment à cette agression est une marque de faiblesse. J’avale donc ma salive et rumine le reste du chemin.

La libération vient alors d’une embuscade de la Confrérie des Ténèbres. Des bakemonos sournois, laids et verdâtres, nous envoie des volées de flèches. Avant qu’ils soient mis en déroute, je suis touchée à plusieurs reprises. Dans un lieu sûr, Isawa Rin-san prie les kamis de soigner mes blessures et m’applique un bandage. Hida-chui lève le pas et nous arrivons enfin en vue de l’avant-poste Hiruma. Le taisa du fortin nous accueille avec bienveillance. Le repas nous est servi puis les samouraïs au repos nous proposent d’assister à une pièce de théâtre Kabuki : L’histoire du Grand Ours. Cette fois-là nous la vîmes de bout en bout. En voici la synthèse : le jeune Hida Kisada-no-kimi accompagne son vieux père à l’auberge. Dehors, il aperçoit un enfant violement réprimandé par un groupe de trois membres du clan du Lion. Se portant à son secours, face au surnombre, il est roué de coups. Ecchymosé, il revient auprès de son vieux père comme si de rien n’était. Digne, il ne se plaint pas, ne dit mot. Le soir venu, il retrouve les trois agresseurs, les invective et prend la fuite. Les trois bushi, passablement idiot, le poursuivent et tombe dans une fosse piégée. Hida-no-kimi, fier de son stratagème, s’exclame alors : « Voilà ce qu’il en coute de s’attaquer à un crabe ! »
ImageImage

Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 03 mai 2017, 14:38

Nous quittons l’avant-poste au petit matin. Le sentier montagneux est ardu. La neige présente en abondance. La marche est soutenue, seul espoir d’atteindre la citadelle avant la nuit. Alors que nous traversons un site sacré aux monolithes de pierres levés, Isawa Rin-san perd la raison et s’enfonce en courant dans les bois. Interloqué, Isawa Wai-san doit être rappelé à l’ordre avant qu’il réagisse et parte à sa poursuite. L’endroit, ancien champ de bataille, est probablement hanté ! Après de longues minutes de recherche, nous retrouvons enfin les deux membres du clan phénix sains et saufs. Nous repartons à l’assaut de la montagne alors que le jour décroit rapidement. La citadelle est enfin visible, éclairée de mille braseros, elle semble appartenir à la paroi même de la montagne. Assiégée en vain pendant des jours par les cinq clans de la Confrérie des Ténèbres et leurs sbires bakemonos, ils ont du se résoudre à fuir en foret. Nous entrons enfin par une porte dérobée. L’accueil qui nous attend est glacial. Une tente de seppuku d’une place a été levée. Ainsi se termine la vie d’Hida Tetsuo-chui, en présence de son champion Hida Kisada-no-kimi, sans gloire mais dans l’honneur ! Indifférente à la cérémonie, j’en profite pour m’interroger sur le sens réel de cette mascarade auquel j’assiste, impuissante, depuis mon arrivée sur ces terres.

La troupe de l’Eventail d’Ivoire, a rendu un hommage à peine voilé à Hida Kisada-no-kimi en relatant une part de sa jeunesse. Au moment opportun, la pièce fut interrompue par l’annonce d’une attaque de la Confrérie des Ténèbres. L’escarmouche ne laissa ni trace, ni cadavre, ni récit. Nous furent alors mis en présence de Hida Tetsuo-sama, possédé depuis de longs mois, assassin de son propre escadron et étonnamment toujours en vie. Le hasard faisant bien les choses, lors de la rixe qui s’en suivi, les personnalités problématiques ou trop précieuses furent mises en sureté, ne laissant que des éléments sacrifiables. Le seppuku a été ensuite annulé grâce à l’intervention conjointe des Phénix et d’Otomo-dono, nous laissant alors mains libres pour quitter la surveillance étroite du Shogun. Occasion en or que ne se priveront pas de souligner les nouveaux meilleurs amis de l’Empire, j’ai nommé Asako-sama et Shosouro-sama. A peine avons-nous atteint le premier poste crabe qu’on nous rejoue la même pièce Kabuki, comme un rappel de je ne sais quel pacte ourdi. A l’arrivée à la citadelle, la tente du dernier voyage d’Hida-sama l’attend alors qu’aucun messager entre l’annulation de notre condamnation et notre arrivée n’a été envoyé. Je me raconte peut-être des fables mais à la vue d’autant de coïncidences troublantes, il est légitime d’être soupçonneuse ! Une alliance de circonstance semble s’être nouée entre les Scorpions, les Phénix, les Crabes et la famille impériale Otomo. Les clauses de cette entente restent, elles, mystérieuses.

Suite à l’exécution, trois shugenjas de la famille Kuni s’approchent, nous rendent nos laissé-passés impériaux puis nous ordonnent d’aller accomplir notre destinée dans la montagne. Yoritomo Akira-san arrive à négocier une nuit de repos et un repas chaud. Extenué, le groupe sombre rapidement dans un sommeil sans rêve. Le lendemain, nous quittons la forteresse et nous enfonçons dans la mine sous la montagne, un réseau de tunnels anciens et labyrinthiques. Empruntant un boyau ténébreux, nous entendons le travail d’excavation des mineurs indigènes et le bruit de leurs chaines. J’éprouve alors un sentiment étrange, mélange de colère et de résolution, au son de ces montagnards difformes mis ainsi en esclavage, terrible aboutissement d’une civilisation millénaire de bâtisseurs autrefois féconde. Instinctivement, je découvre un passage dérobé. L’étroit conduit plongé dans les ténèbres nous contraint d’allumer deux lampions. Au bout de plusieurs heures, nous débouchons dans une immense grotte, où un promontoire rocheux enjambe une large rivière souterraine. Au centre, les cadavres des soldats de l’escouade d’Hida Tetsuo-chui et du Cho-Ja se tiennent intacts comme si le temps, lui-même, avait été figé. Le combat a été violent, pris de folie, ils se sont entretués jusqu’au dernier. Au loin, à l’autre bout du chemin, une lueur verdâtre nous appelle.

Accompagné de Daidoji-san, je me rapproche du Cho-Ja, créature insectoïde de la taille d’un bœuf. Isawa Wai-san nous avertie qu’il a entraperçu une créature plongé dans les eaux. Soudain une fumée noire nous entoure, s’introduit dans le Cho-Ja mort et l’anime. Utilisant tout ma fureur je frappe ce blasphème. Epaulé par mes compagnons, nous sortons victorieux de ce bref affrontement. La fumée s’échappe alors de nos corps et du vaincu, se concentre jusqu’à former une silhouette humanoïde noire. L’esprit sombre en armure, enfin en paix et complet, part alors en direction de la lumière verte avant de disparaitre. Isawa Rin-san, curieuse, nous propose de suivre l’esprit. Estimant que notre quête ici est terminée, je refuse et tente de calmer ses ardeurs. Elle conçoit alors d’interroger les kamis de l’eau sur la nature de cette lumière couleur jade. Ils nous montrent un être aux traits reptiliens, touchant un objet, peut-être un anneau, source de la lumière. A son contact s’ensuit une onde de choc soufflant tous individus entourant la créature. Isawa Rin-san demande par la suite si l’homme-reptile est toujours présent. Les eaux de la rivière s’ouvrent et nous dévoile le squelette blanchis d’un gigantesque lézard ailé. A cette vue, nous nous empressons de réunir les daïshos des défunts et remontons à la surface.

A notre retour, nous sommes mis à la question par les shugenjas Kuni. Je décris seulement le strict minimum quand certains s’épanchent en récits longs et détaillés. Comment peut-on dilapider gratuitement autant d’informations sensibles et dangereuses à un clan rival ? Tant d’insouciance me débecte ! Seul Yoritomo Akira-san, stoïque, silencieux et prudent, garde grâce à mes yeux. Voir un membre du clan de la mante, anciennement clan mineur, agir avec un plus grand discernement que des samouraïs de clans majeurs, c’est à pleurer ! Notre séjour chez le clan du crabe est très bref. Nous sommes invités à accompagner le premier convoi de jade en partance pour la faille. Arrivée en soirée aux quartiers de la délégation impériale, je suis mise, comme le nécessite la procédure, à la question par les autres scorpions pendant plusieurs jours. Passent alors de longs mois où Shosuro-sama et Asako-sama travaillent à négocier plus de liberté pour les émissaires auprès du shogun Akodo-no-kimi. Leurs efforts sont couronnés de succès : le Shogun daigne qu’une partie de la délégation impériale participe au siège et à la prise de LaMut, cité barbare aux milles richesses. Cette campagne d’expansion sort des us rokuganies, tout comme l’avidité, sentiment naturellement étranger à tous samouraïs. A cette interrogation, on me répondra qu’il s’agit d’une attaque préventive. Etonnant ! La montagne regorge pourtant de Jade, seul véritable objet de notre présence en ces terres. Quant à d’éventuelle négociation avec les gaijins, elles n’ont pas eu cours.
ImageImage

Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 19 mai 2017, 16:17

Laissons le campement de la faille, nous marchons à travers steppes et collines au côté des troupes lionnes. Dans notre dos, les imposants monts de pierre petit à petit s’effacent. Par intermittence, nous distinguons au loin quelques éclaireurs Moto du clan de la Licorne. Eparses, le cimeterre au côté, ses imposants gaillards à la peau tannée chevauchent à vive allure. La délégation obtient du shogun une visite guidée d’un village indigène. Nous goutons alors aux joies du tourisme paysan : rues boueuses ; grossières masures en pierre, bois et torchis ; animaux de bassecour piaillant et jactant ; gaijins sales de tous âges et sexes, heureusement mis en cage. Prise de compassion pour ces pauvres hères, Isawa Rin-san se met martel en tête de soigner leurs enfants. Elle entre dans la cage puis communique à grands renforts de mimes avec les barbares. D’abord méfiants, ces derniers se font attendrir et laisse la shugenja examiner quelques gamins. L’entreprise ne durera pas, après quelques rapides soins, la cage fut refermée, puis chargée sur une charrette. Alors que le convoi d’esclave quitte le village en direction des monts de pierre, je m’interroge sur la vacuité des entreprises d’Isawa-san. L’acte, noble à première vue, n’a fait que repousser l’inéluctable. Blessés, Emma-o, fortune de la mort, allait probablement les trouver sur la route. En lieu, ils trépasseront après de longues semaines de supplices au fin fond des mines de jade…

Après cet intermède fort déplaisant, nous nous retrouvons le soir même à la table du shogun en compagnie de l’état–major des armées lionnes et licornes. La bataille ayant lieu le lendemain, je suis impatiente de connaitre notre affectation. Très vite Akodo-shogun prend la parole, officialise l’annonce de ses fiançailles avec Matsu Tsuko-no-kimi, puis se dit heureux de la bataille à venir dans les plaines en contrebas de la ville fortifiée de LaMut. Il indique que la délégation, sous le commandement du taisa Mirumoto Rai-sama du clan du Dragon, sera rattachée au corps principal de l’armée. Enfin, il exprime sa décision de ne pas engager de cavalerie pour l’affrontement, estimant qu’utiliser des chevaux est un acte déshonorant. A ces mots, le rikugunshokan de l’armée du clan de la Licorne, Moto Chang-sama se lève soudain et interpelle le shogun. Il lui demande de reconsidérer sa décision et est prêt, dans le cas contraire, à se faire seppuku en signe de contestation. Akodo-shogun, rouge de colère, rejette la demande et autorise Moto Chang-sama à mourir dans l’honneur. Immédiatement, le rituel est exécuté. Moto Ijiaki-shireikan, second de Moto Chang-sama, se voit attribué alors le commandement de l’armée du clan de la Licorne. Livide, sous le choc, l’officier quitte, sans en avoir fait la demande, la pièce accompagné des autres soldats de son clan, signant la fin des festivités.

A l’aube, la brume se lève et nous dévoile les forces adverses. LaMut, ville moyenne fortifiée siège sur le sommet d’une colline. A son pied, trois corps d’infanterie aux couleurs bigarrées ont été disposés. Supérieurs en nombre à toute la population de LaMut, les guerriers qui les composent semblent d’origine et d’allégeances variées. Sur leur droite, à quelques encablures, une cavalerie lourde en armure de métal, se tient prête à charger. Au son des tambours et des cors, la bataille est lancée. Portée par l’excitation, je plonge au cœur des combats. Mes souvenirs de l’affrontement sont des plus confus mais des événements prestigieux restent gravés dans ma mémoire : les archers en déroute, la charge de la cavalerie, l’aide de Daidoji-san, la mort d’Agasha-san, la contre-charge de Matsu Tsuko-no-kimi et de ses quêteurs de mort... Je ne sors pas indemne de ce combat victorieux. Gravement blessées, je m’estime pourtant choyée par les Kami ! Je n’ai pour seule séquelle qu’une perte temporaire de la vue. J’appris par la suite que les Moto du clan de la Licorne ont pillé et saccagé LaMut, créant un malaise certains au sein du shogunat. Ceci marque la fin de nos aventures sur ces terres. A l’ouverture de la faille, la délégation repart en Rokugan, se salue puis se disperse. Je retrouve les miens, me repose, me soigne, revis. Avec ma sœur nous préparons la cour d’hiver à venir en échangeant nos mempos.
ImageImage

Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 02 juillet 2017, 23:10

Ce voyage en territoire gaijin a insidieusement transformé ma sœur. Naru-chan est devenue impatiente, impétueuse, parfois impertinente. Ces traits de caractère, autrefois sous-jacents, se sont affirmés. Guro-kun ne la quitte plus, baba d’admiration devant les récits de ses exploits. Otōsan boit ses paroles, auréolé par la gloire éphémère de sa fille chérie. Sont-ils soudain devenus sourds et aveugles? Depuis son retour, nuit après nuit, nous dormons côte à côte comme nous l’avons toujours fait. Malgré ma cécité, je ne ferme plus l’œil, tracassée par un détail, un changement invisible. En lui supprimant le masque qui cache sa bouche, son filtre à parole, j’espère refréner de futurs propos dangereux, des baisers mortels. Arguant qu’il lui sera plus facile de garder ses yeux blessés au repos, elle accepte l’échange de nos mempos. Alors que je le porte au bas du visage, tout s’éclaire ! L’odeur d’Okāsan ! Son parfum est celui de notre défunte mère : celui de la mort, de la folie…

D’au-delà de la faille, ont été rapportées des échantillons d’essences végétales : fleurs, fougères, herbes, roseaux. Cousines des plantes rencontrées en Rokugan, leurs dissemblances sont subtiles : ici, forme, parfum ; là, rugosité, goût. Compétentes en herboristerie, nous nous mettons à la tâche. A une force rokuganie présente en Midkemia, Naru-chan calligraphie son Mon. Pour métaphore, j’y’accole un végétal gaijin : à la famille impériale Otomo, une fleur argentée ; à celui de la Tortue, des pétales doux ; pour le shogunat, un roncier tranchant ; au Lion, une haute herbe rouge ; pour le Crabe, une fine tige de bambou ; avec la Licorne, des brins de foin brisés ; au Scorpion, un lotus rougeoyant. Très vite, notre herbier est finalisé : hommage à notre identité familiale, parfait article du ressentie de Naru-chan sur ces terres, futur présent à l’Empereur. Les extravagants kimonos de cour aux couleurs chatoyantes du clan, les parfums exotiques, les papiers à lettre de toutes formes et le nécessaire à écrire sont vérifiés et disposés dans les bagages. Alors que tombent les premiers flocons, Shosuro Jocho-sama et la Troupe de l’Eventail d’Ivoire se présentent à notre porte.

Aoijiroi Oku Shiro, le château du Chêne Pâle, édifice symbolique perdu entre la grande forêt Isawa Mori et les montagnes du Clan Phénix, est le lieu de villégiature de la cour pour l’hiver. Choix étonnant pour accueillir le premier événement officiel de l’Empereur après son gemppuku, ce petit palais fut construit suite à la décision d’Hantei XVI d’être enterré sur les terres ayant vu naitre sa femme bien-aimée. Sur la tombe de cet illustre empereur un vénérable chêne blanc a poussé. A l’autre bout de la vallée se dresse l’autel en l’honneur d’Hujokuko, Fortune de la fertilité. Nous y accompagnons en pèlerinage le jeune empereur. Sur le chemin, les convives se jaugent, à la recherche d’une potentielle faille, d’un écart exploitable. Cette année, la cour est considérée comme intimiste : seuls les kuges des clans majeurs (champions et daimyos de famille), la délégation envoyée en Midkemia et des émissaires Cho-Ja sont conviés. L’hôte n’est autre qu’Asako Shizu-dono, gouverneur de cette province et père d’Asako-sama.

La cour d’hiver est au courtisan ce qu’est la campagne printanière au bushi. C’est une dance, violente, passionnée, parfois mortelle. Un champ de bataille d’où personne ne ressort indemne. En ce jour, quatre thèmes animent nos débats : Dans un coin de la pièce, Yasuki-ue du Crabe rêve de chaparder le commerce du jade aux contrebandiers de la Tortue. A l’autre bout, Mantes, Lions et Phoenix discutent samouraïs, rônins ou diplomates, puis guerre, exploration ou paix. Autour des ambassadeurs Cho-Ja, les courtisans du Scorpion et du Lion virevoltent dans l’espoir d’obtenir les bonnes grâces de la nouvelle reine. Enfin, à l’écart, Kitsuki-ue du Dragon, s’interroge sur la nature profonde de l’asservissement, de l’esclavage… N’est-ce pas un principe contraire au Bushido ? Dans ce tumulte je me sens tel un poisson dans l’eau. Attentive aux moindres changements brusques de courant, je cherche à découvrir les secrets de chacun, leurs motivations, leurs désaccords et leurs liens. L’Empereur reste stoïque, distant, à l’écoute. Il est l’ultime arbitre. Il le sait.

Aujourd’hui, les émissaires impériaux présentent leurs travaux sur Midkemia. Certains écrivent un haiku ou content récits, d’autres dansent ou jouent de la flute. L’assemblée est attentive. Le silence n’est troublé que par l’intervenant et parfois quelques rares applaudissements. Quand vient mon tour, je présente l’herbier. L’Empereur divin me demande mon nom. L’auditoire s’agite. Je lui ai plu ! Après les exposés, la troupe de l’Eventail d’Ivoire donne une pièce de théâtre Nō, l’histoire de Shinjo-kami et de sa rencontre avec l’esprit de la Kirin. A la fin de la présentation, Shinjo Min-Hee-no-kimi, championne du clan de la Licorne, offre deux chevaux blancs, un au clan du Lion, un à l’Empereur. Ce dernier indique qu’il a entendu les demandes de la cour, il prendra ses responsabilités en prononçant ses édits après trois jours de méditation sous le chêne blanc en compagnie des daimyos. Les invités sont, en son absence, placés sous la responsabilité d’Asako-dono. Sous sa direction, les armes restent au côté, les duels proscrits, seules comptent la paix et la culture.

A chaque clan majeur, Asako-dono offre une sculpture d’Or, de Jade et d’Ivoire, symbole de notre union au sein d’un seul et unique empire. Alors que l’œuvre est présenté à Shosuro Jocho-sama, il fait un impair en l’acceptant sans deux refus préalables. Tant bien que mal je tente de sauver les apparences. Le salut vient étonnamment d’Asako-dono, sur lequel tous les regards se tournent, alors qu’il invite les hôtes à participer lors des deux prochains jours à un tournoi en quatre épreuves : le premier, poésie et peinture ; le second, cérémonie du thé et dance. Je ne retranscrirai ici que les œuvres qui revêtent d’une importance particulière par rapport au sinistre évènement qui marquera à jamais cette cour d’hiver : « Rire et musique, Couloirs où courent des femmes, Maison des Secrets » par Doji Ameiko ; « Sang vif cœur brulant, Gorge rouge sueur mêlée, Caresse de Benten » par Shosuro Jocho ; « Dans les cieux s’envolent, L’oiseau blanc l’oiseau de feu, Seules retombes des cendres » par Shiba Reikun. Très vite je devine le complexe cache-cache auquel jouent tous amants. Le regard de Benten s’est posé sur l’explosif Shosuro Jocho-sama et la douce Doji Ameiko-san. Le troisième personnage entre alors en scène pour former le parfait triangle amoureux. Je le crois simple prétendant blessé. Je me berce d’illusion ! Sa vraie nature se révèlera celle d’un assassin, d’un traitre.

Cette nuit, le clan du Scorpion est victime d’un terrible complot. Si il n’avait été éventé par les magistraux désignés Yoritomo Akira-san et Isawa Rin-san, une guerre entre les Scorpions et les Phoenix aurait probablement éclatée. Tout commence il y plusieurs saisons. Shosuro-sama, alors invité d’Asako-sama, sort vainqueur d’un duel à mort avec le frère de Shiba Reikun. Le temps passe, la vendetta persiste, la haine grandit. Avec la cour d’hiver, l’occasion se présente pour le frère vengeur. Habillé d’un kimono usurpé à Shosuro-sama, Shiba Reikun s’introduit dans la chambre de son daimyo et le frappe à mort. Très vite les dénonciations pleuvent sur le scorpion. L’accusé, souhaitant garder ses ébats avec la belle grue cachés, se tait. Au lever du jour, après une enquête difficile, le kimono scorpion est découvert dans les appartements de Shiba Reikun. Le scorpion est innocenté, le phœnix coupable ! Alors que j’attends confiante son exécution, un affront supplémentaire nous est porté. Isawa Masairo-karo, voulant en terminer au plus vite, prend une décision choquante. Shiba Reikun est autorisé au Seppuku. Pire, Daidoji-san manipulée par les paroles charmeuses de l’assassin, accepte de l’assister. De retour dans nos quartiers, je prie Shosuro-sama de me laisser intervenir avant la reprise du tournoi : Il est temps d’abattre nos cartes, d’achever nos adversaires, de ressortir comme unique clan vainqueur de cette cour d’hiver. Je n’ai besoin que d’un mot. Il me le refuse ! J’obéis.

Après l’épreuve de dance et la cérémonie du thé, Ikoma Katsu-san sort vainqueur d’un tournoi qui, avec la mort de son inspirateur, n’a plus vraiment de sens. L’Empereur et les Daimyos sont de retour, les édits prononcés : « Le clan Scorpion accueillera la nouvelle ruche Cho-Ja sur ses terres. Des espions seront envoyés au sud de la faille. Le clan de la Tortue conserve la gestion du Jade. Les autres sujets (Chevaux en bataille, renfort demandé par le Shogun, implication militaire du clan de la Mante) sont remis à la prochaine cour d’hiver tenue au Kyuden Asahina sur les terres de la Grue. » Je quitte Aoijiroi Oku Shiro, un gout amer en bouche. Au manoir familial, je suis accueilli par ma sœur, guérie. Nous passons les semaines suivantes au repos l’une enlaçant l’autre, en promenade main dans la main, à nager dans les étangs, à rire et à se moquer. Les autres sont absents. Otōsan rend justice à Ryoko Owari Toshi. Guro-kun est de garde à Kyuden Bayushi. Nous souhaitons que ce moment de complicité dure toujours… Une convocation de Shosuro-dono interrompt brutalement notre idylle. Nous réalisons la cérémonie d’échange de mempos puis partons, toutes deux, vers la cité des mensonges.
Modifié en dernier par Mafalda le 19 juillet 2017, 23:23, modifié 1 fois.
ImageImage

Avatar de l’utilisateur
Mafalda
Membre actif
Messages : 834
Enregistré le : 22 juin 2008, 16:07
Contact :

Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 19 juillet 2017, 23:18

Ryoko Owari Toshi est une énigme, grouillante d’activité, pétillante de vie, à l’architecture riche et ostentatoire. Seconde cité de l’empire, son emplacement sur la rivière d’or en a fait un carrefour majeur où se croisent rumeurs sans fin et légendes célèbres. Toutes ses histoires se fondent sur une part de vérité et de copieux mensonges. Ici, des fortunes sont faites et aussitôt perdues, des carrières commencent puis se brisent. Namako-chan me guident les yeux fermés dans les ruelles labyrinthiques du quartier marchand. Cette localité est son univers. Dans ses dernières années d’école, elle quitta la Ville Peinte et son académie en compagnie d’un de ses sensei. Fatigué, le vieux maitre voulait mourir dans la cité qui l’avait vu naître. Namako-chan m’apprend qu’il a trépassé depuis notre Gempukku. Je discerne quelques tremolos dans sa voix. Tout cela sonne creux, légèrement surjoué. Une fois la porte pieuse franchie, nous pressons le pas vers le palais dans la perspective d’éviter au possible une pénible rencontre avec Otōsan ou l’un de ses yuriki. Après plusieurs heures d’attente, Shosuro Hyobu-dono nous reçoit : Yoritomo-no-kimi invite les « Possédés de Midkemia » à Kyuden Gotei. Sur le départ, ma sœur non-voyante me salue par un haiku : « Ile de larme Ile de soie, A l’amour aveugle Regard de Benten, Aux esprits courroucés Baiser d’Emma-O »

Je descends la rivière d’Or jusqu’à Mura Sabishii Toshi sur les terres de la famille Daidoji. J’y retrouve la grue Daidoji Asami-san ainsi que les deux phœnix Isawa Rin-san et Isawa-Wai-san. Cette ville côtière isolée est la tête de proue des principaux échanges commerciaux et diplomatiques entre le clan de la Grue et de la Mante. Ici, le style brusque et mercantile des Yoritomo, jugé inapproprié dans la majorité des cours de la Grue, est parfaitement toléré. A quelques miles au sud du port, sur une petite ile battue par les vents, se dresse le Palais du Roi de la Mer, vestige de Kyuden Morehei. Sur le bateau qui m’amena ici, je fis la connaissance d’un étrange passager, Shosuro Shun-sempai. En apprenant ma destination, le bushi, féru de contes folkloriques et de légendes maritimes, ne put s’empêcher de me raconter l’histoire de cette ile : « les Morehei, famille vassale Daidoji, y bâtirent leur château ainsi qu’un temple à la gloire de Suitengu, la Fortune de la Mer. Obsédé de trouver un moyen d’augmenter leur statut, la famille commença à négliger le temple. Dans son arrogance, le daimyo Daidoji Yuo-ue, ignora les avertissements de Suitengu. L’ile fut alors submergée par un tsunami. Seule la statue de la fortune y résista. Depuis, Daidoji Yuo-ue hante les halls inondés de son palais à la recherche de sa gloire à jamais perdue. »

Je vois la mer pour la première fois. L’odeur d’iode me dérange. Le clapotis de l’eau m’agace. Les allées et venues des vagues m’insupportent. Alors que j’en arrive à regretter le camp boueux de Midkemia, Yoritomo Akira-san flanqué de deux de ses cousins débarquent d’un kobune. Ce frêle navire est sensé nous emmener jusqu’aux iles de soie et d’épice. A bord de l’esquif, les heures me paraissent aussi longues que monotone. Soudain, nous apercevons à l’horizon un navire du clan de la Grue en flamme ! Des pirates, les Serpents de Salada, l’on accosté. Après avoir subtilement proposé d’entamer notre approche par l’arrière, je m’aperçois que le bateau marchand a été éperonné non par un mais deux vaisseaux ennemis, un pour chaque flan. Les cousins Yoritomo, suivis d’une majeur partie de l’équipage et de Daidoji-san se lancent à l’abordage. Restée à bord de notre kobune, j’affronte avec les Isawa et Yoritomo Akira-san un gigantesque Tako. La pieuvre géante, comme convoquée, a surgit des flots pour nous attaquer. La créature défaite, Yoritomo-san quitte à son tour notre embarcation. Armée de mon arc, protégé par la shugenja, je délivre la mort dans les rangs des pirates. Subitement, à plusieurs dizaines de mètres, un homme charismatique, daisho au coté, une étrange épée dans le dos, m’interpelle : « Je suis Anji, le… ». En un instant, ma flèche atteint sa poitrine. L’individu s’effondre et disparait dans la fumée. Dépourvu de chef, un des kobune pirate prend le large. J’ordonne la poursuite !

Avec seulement trois marins à bord, il nous faut plusieurs heures pour enfin rattraper les fuyards et les mettre hors d’état de nuire. Après avoir inspecté la cargaison du navire ennemi, nous le tractons tout en remontant vers le nord en direction de Kyuden Gotei. Isawa Rin-san, toujours trop préoccupée par le sort des gens du peuple, me prie d’intervenir pour leur éviter un châtiment sévère. Il est vrai qu’ils m’ont obéi sans rechigner alors que leurs maitres, les samouraïs du clan de la Mante, s’en étaient allés. La mise à mort de ses éléments déloyaux semble justifiée. Malgré tout, je concède à répondre à la demande de la compatissante shugenja et me lance, pour les préparer, dans un discours dont j’ai le secret : « Il m’a suffit d’un baiser pour couper la langue du Serpent de Salada et le faire déguerpir ! A chaque port, à chaque village, vantez-vous d’avoir été sous mon commandement ; exaltez-vous d’avoir combattu au coté des Possédés de Midkemia ; glorifiez-vous de me connaitre car je suis Bayushi Naru, le Baiser d’Emma-O, au nom prononcé par l’Empereur lui-même ! Cette gloire, propagez la ! Elle sera votre plus grande protection ! » Devançant le navire marchand du clan de la Grue, nous débarquons sur les quais de la tentaculaire Toshi No Gotei.
ImageImage


Retourner vers « C'qu'y s'est passé la dernièr'fois »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 4 invités