L5R4 - Campagne de Didfool

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Résumé, compte rendu, impression des joueurs des séances précédente.
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Mafalda
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L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 10 avril 2017, 17:19

ゴシップ « Goshippu »
L’art du commérage

Bayushi Namako / Bayushi Naru
A eux seuls, nos noms évoquent qui nous étions, sommes et seront ! Ils sont les clés du coffre aux secrets, aux vérités cachées, aux mensonges honnêtes. Ne les oubliez pas ! Ils pourraient servir…

La littérature est une partie intégrante de la culture rokuganie. Les traités, commandés par nos illustres Empereurs, ont codifiés les us et coutumes des samouraïs. Certains, « Shido » d’Akodo-kami (Commandement) ou « Uso » de Bayushi Tangen-karo (Mensonges), sont entrés dans la légende et restent, mille ans après, toujours étudiés. Le recueil que vous tenez entre les mains n’en est en rien comparable. Il s’agit d’un simple journal : amalgame de sentiments, pensées et réflexions, sur le quotidien de deux jeunes courtisanes ; d’une collection de missives, potins et autres commérages glanés çà et là durant nos voyages. Il serait présomptueux de croire qu’un jour ces écrits atteignent le prestige de « Shinriko » (Petites Vérités) de notre illustre ancêtre… Présomptueux ou visionnaire !

Nous sommes en l’An 1178 du calendrier impérial. Ma sœur et moi avons quinze ans. Nous venons d’effectuer notre gempukku. J’ai pris son nom. Elle a pris le mien. Nous nous empressons de tourner le dos à l’insouciance de la jeunesse, à la protection du foyer paternel. Nous exultons alors que nous croyons enfin gouter à la liberté. Nous chantons et rions, piaillant d’impatience de vivre une vie idyllique, de rencontrer nos beaux et fantasmés époux, pleurant aussi, d’être un jour séparées. Très vite l’allégresse fait place aux illusions déçues ! Notre vie de samouraï-ko commence : Une vie de contraintes, de servitudes, de devoirs aussi, envers notre père, notre famille, notre clan, notre Empereur.

Au crépuscule de l’Hiver, Otōsan nous convoque dans la salle principale de notre demeure. Revêtu de son armure écarlate, il revient d’une entrevue avec Shosuro-dono, daimyo de Ryoko Owari Toshi, la cité des rumeurs. Ce dernier, redevable d’une vielle faveur auprès d’Otōsan, souhaite qu’un des nôtres accompagne son fils, Shosuro Jocho-sama, en mission impériale. Si l’entreprise est un succès, l’honneur rejaillira sur toute la famille. Notre grand frère Guro-kun, Bushi de l’école Bayushi, le prie d’être l’élu ! Otōsan lui rétorque qu’il est déjà activement au service du clan à Kyuden Bayushi. Sa voie étant tracée, il a le devoir de s’effacer pour laisser à ces jeunes sœurs une chance de faire leurs preuves.

Le choix se fera donc entre nous deux, les deux sublimes jumelles, similaires et pourtant si différentes. Du moins le croyais-je car avant même de pouvoir nous porter, à l’unisson, volontaire, le nom Bayushi Naru est prononcé. Cela est ainsi, chez les Scorpion, croire qu’il y a le choix n’est qu’illusion. La décision avait été prise bien en amont par Otōsan, depuis plusieurs années, probablement le jour du décès d’Okāsan. Elle est juste, pragmatique, basée sur nos histoires personnelles, nos sombres destins. Le passé, agrégat de terribles secrets, dicte sa loi ! En ce jour, le jugement tombe enfin sur le troisième des enfants maudits, celui qui avait jusqu’alors été étonnamment le seul épargné…

Dans notre chambre, dévastée, je pleure toute la nuit. Je suis terrifiée à l’idée d’être abandonnée à moi-même, de quitter la sécurité des terres du clan, de tirer une croix sur la douce sérénité du foyer paternel. Tant bien que mal, Namako-chan me console. Elle me susurre des paroles réconfortantes, m’enserre dans ses bras, me couvre de baisers. Enfin je me calme. J’éprouve alors une immense honte devant le spectacle affligeant que je viens de lui offrir. Ma sœur, et dans une moindre mesure mon frère, ont eu mille fois plus de raisons de pleurer sur leurs sorts. Pourtant jamais ils ne se sont plaints, jamais une larme n’a coulé… Je me dégoute à agir ainsi, tel un enfant pourri gâté !
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 10 avril 2017, 17:21

Au matin de l’An 1179, Shosuro Jocho-sama, arrive avec nombre de suivants. J’enlace longtemps ma sœur avant d’aller faire mes adieux à mon père et mon frère. Je lui dis combien je l’aime, elle va tant me manquer. Elle me rassure en me soufflant qu’elle veillera toujours sur moi, qu’importe la distance, nos esprits ne forment qu’un ! Nous partons d’un pas soutenu en direction du territoire du clan Licorne. Très vite je fais la connaissance de nos compagnons de voyage : la troupe de théâtre Kabuki, l’Eventail d’Ivoire, fondé par le célèbre dramaturge Shosuro Furuyari-sensei. Cette compagnie est constituée de la magnifique actrice Soshuro Tage-sama, de sa yojimbo la comédienne Shosuro Nagai-san, d’un mysterieux shugenja Bayushi Gadijo-san et de quatre kurokos : Bayushi Kutsuko-san, Shosuro Aidata-san, Shosuro Suta-san et Yogo Yasai-san.

Après plusieurs semaines, nous arrivons en vue de Kyuden Shiro, lieu de rassemblement de l’importante armée du clan Licorne commandée par le shugenja Moto Chang-rikugunshokan. La neige est encore présente dans cette immense steppe balayée par des vents cinglants. L’hiver ne finira donc jamais… Nous rejoignons le reste de la délégation Impériale et passons, à la suite des troupes de samouraïs et d’ashigarus, par un étrange portail spirituel. Cette ouverture est le fruit de la magie des Très-puissants, d’étranges hommes en robe noire et au masque de rapaces. Après de longues minutes à errer dans le néant, nous débouchons en haut d’une colline. Le paysage qui nous fait alors face ne ressemble en rien à ce que je connais ou même ai lu : le ciel a la couleur du jade, les senteurs sont exotiques, les indigènes enfermés dans des cages ont des traits animaux.

Sur la bute où nous nous tenons sont dressés six fanions, l’étendard Imperial, de la Tortue, du shogunat, du Lion, du Crabe et de la Licorne. Non loin de là, se tiennent les vestiges d’un ancien édifice, abandonné au vent, futur quartier de notre délégation. En contrebas, dans la plaine enneigée, à côté d’un avant-poste en pierre du clan Crabe, s’étend le camp de l’armée du clan Lion. Taillé à la serpe, entouré d’une palissade et d’un fossé, on trouve en son centre les quartiers du shogun, une petite tente au Mon de la famille impériale Otomo et les fondations d’une scène de théâtre en bois où s’affairent plusieurs artisans. A gauche, le clan Licorne travaille à dresser les yourtes et les enclos. Loin de l’organisation militaire des Lions, le campement des Licornes prend rapidement vie. Provisoire, il sera probablement démonté en quelques heures avant d’être déplacé vers l’arrière-pays.

Alors que la délégation s’en va poser bagages, Shosuro-sama me presse de descendre au cantonnement principal afin de vérifier les préparatifs pour la représentation théâtrale de ce soir. Donnée en l’honneur du shogun, elle ravivera le cœur de nos fiers samouraïs et leur fera oublier, un temps, les affres de cette contrée barbare. Quittant le groupe principal, je m’engage seule sur la pente verglacée. Un gunso Akodo flanqué de son escouade m’intercepte rapidement et propose de m’escorter. Les consignes semblent claires : Les envoyés de l’Empereur doivent être en permanence accompagnés. A partir de cet instant, le clan Lion va user de multiples stratagèmes pour me limiter dans mes différentes entreprises. Tentatives certes vaines mais non moins étonnantes : Surveillance rapprochée; Courtisan Ikoma fort insistant ; Tentatives d’intimidation quand je décide d’aller me présenter auprès d’Otomo-dono ; Menaces à peine voilées sur notre sureté…

Pendant presque dix ans, ma sœur et moi avons été formées aux jeux de cour. Pourtant, je suis un instant désarçonnée devant ces attaques ciblées et la nature incongrue du lieu, un camp militaire boueux en terre gaijin, où elles ont cours. Je mesure alors l’importance de la mission confiée par l’Empereur. Le shogunat, par l’intermédiaire du clan Lion, dresse une situation sous contrôle, presque idyllique. Apparence trompeuse… Il nous appartient de révéler tous ces faux-semblants au grand jour et qui, mieux que les membres du clan Scorpion, peuvent accomplir cette noble tâche ! Après un rapide état des lieux du théâtre, je repars, pensive faire mon rapport à Shosuro-sama. Sur le chemin du retour, le gunso et ses hommes me suivent comme mon ombre, j’entame alors la conversation. La détermination semble intacte, tout comme la loyauté aveugle qu’ils éprouvent envers leur championne Matsu Tsuko-no-kimi. Par contre, je mesure une légère perte de moral due probablement au mal du pays.

Le plus important contingent de la délégation impériale est le clan Scorpion. Suit le clan Phénix constitué du courtisan Asako-sama, fils du Daimyo de la famille Asako, de deux shugenjas, Isawa Rin-san et Agasha-san, et du yojimbo Isawa Waï-san. Doji Yojiro-san, sa jeune femme Doji Ameiko-san et la yojimbo Daidoji Asami-san, représentent le clan Grue. Le clan Mante a envoyé le bushi Yoritomo Akira-san ainsi que deux membres de la famille Kitsune. Enfin le groupe ne compte qu’un seul membre du clan Dragon, le taisa Miromoto-sama. Tout ce petit monde a déjà pris quartier dans ce qui devait tenir lieu de temple pour les indigènes. Construit en pierre, l’édifice est exigu, les alcôves où nous dormirons, austères. Dans un souci d’équité, je fais part à l’assemblée des informations glanées ici et là.

A la nuit tombée, en compagnie de bushis du Crabe, de la Licorne et du Lion, nous nous installons avec entrain au centre du théâtre. Les visages sont radieux et souriants. Le spectacle de l’éventail d’Ivoire est sans conteste l’événement culturel de l’année. De hauts dignitaires assistent à la pièce du haut d’une estrade : Akodo-shogun et Matsu Tsuko-no-kimi dont la future union serait en cours de négociation ; Otomo Kisagarasu-dono, une courtisane impériale extrêmement expérimentée aux bijoux sonnants ; un Très-Puissant, lugubre dans sa robe noire ; Misu, un étrange moine tatoué de la tête aux pieds. Quand les premières notes retentissent, le silence se fait. Shosuro Tage-sama s’anime, alors que nous est retracé la jeunesse d’Hida Kisada-no-kimi, le Grand Ours. Le grand final débute quand un bushi de garde du clan Lion l’interrompt soudain. Les sbires de la Confrérie des Ténèbres ont infiltrés le camp ! L’alarme est donnée. Nous sommes immédiatement évacués vers le mess.

La délégation, séparée de la troupe de l’Eventail d’Ivoire, est mise en sureté dans le réfectoire. Attablé, un imposant bushi en armure lourde du clan Crabe, lève une coupe de saké à notre encontre. Peu concerné par la situation extérieure, l’individu, fortement enivré, commence à m’invectiver. Ne reconnaissant ni nos clans, ni nos familles, il use de termes énigmatiques, probablement gaijin, avant de me saisir le bras pour me tirer à lui ! Immédiatement, les katanas sont tirés au clair. Alors que la majorité des combattants, happés par une impénétrable fumée noire, se retrouvent mystérieusement à l’extérieur, les bushi Yoritomo-san et Daidoji-san ainsi que la shugenja Isawa-san me portent assistance. A quatre, nous arrivons non sans mal à faire plier l’agresseur. Peu à peu, les ténèbres se dispersent alors que le chui du clan Crabe, Hida Tetsuo-sama, semblent enfin retrouver l’esprit clair. Très vite, nous sommes tous les cinq mis à l’isolement suite à l’intervention d’un Très-Puissant : un esprit kitsune-tsuki buru buru aurait possédé Hida-chui. Infectés lors de notre affrontement, nous serions tous condamnés…

A l’aube, toute drapée de blanc, j’effectue machinalement mon dernier voyage. Je ne perçois plus, ne ressens plus. J’en oublie mes compagnons d’infortune. Au bout du chemin, j’effectuerai seppuku, mettant fin à ma vie dans l’honneur. La scène a un semblant de déjà vu, identique à l’un de mes rêves. Tous les éléments sont là : Matsu Tsuko-no-kimi s’impatiente, Shosuro Jocho-sama se tient prêt à m’assister, Otomo-dono arrive en retard, une foule sans visage m’entoure. Je prie les Kamis, les Ancêtres, les Fortunes, d’interrompre ce cauchemar. Rien. Je suis seule. L’ordre est donné. Avant de porter le coup fatidique, ma courte existence défile devant moi, doucement puis de plus en plus vite. Je m’interroge sur son sens tout en pensant à ma sœur.

Nous sommes nées le mois du chien 1163. Ma sœur plus entreprenante est arrivée au monde la première. Je l’ai suivie, devenant troisième. Par cette position je fus honnie par les ancêtres. Chez les Scorpions l’arrivée de jumeaux fait écho au Kami fondateur Bayushi, lui-même image-miroir de son frère le Kami Shiba. C’est un bon présage ! Pourtant Okāsan n’avait souhaité aucune fête. Notre naissance se fit en catimini, dans le secret, dans la honte… Okāsan, Bayushi Ubi-sama de la maison Aotora, était alors l’un des deux enfants survivants d’Aotora-ue, herboriste reconnu et surtout ancien heimin devenu samouraï. Une trentaine d’année plus tôt, pour ces précieux travaux sur les poisons et leurs antidotes, il avait été élevé au rang de vassal de la famille Bayushi. Plus tard, un mariage avait eu lieu pour renforcer les liens des deux familles entre l’entreprenant magistrat de clan, Bayushi Eto-sama, et la belle artisan-herboriste, Aotora Ubi-sama.

De leur union, naquit trois enfants. Chacun porte la faute d’Okāsan en stigmate ! Guro-kun, l’ainé, notre frère adoré, est simple d’esprit. Moqué par ses camarades, sa vie au dojo Bayushi fut pénible, son gempukku tardif. Grace à ses relations, Otōsan le fit entrer à la garde du Kyuden Bayushi. Son destin est tout tracé : Il ne connaitra que la vie de soldat, ne sera jamais proposé au mariage et mourra probablement au combat. Physiquement comparable, ma chère sœur, Namako-chan née Naru, est la plus délicate, la plus avenante, la plus fine de nous deux. A notre gempukku, un unique mempo fut scindé en deux. Le bas dissimule mes lèvres pulpeuses naturellement. Le haut masque ses yeux voilés de naissance. Mon handicap n’est ni mental comme celui du crédule Guro-kun, ni physique comme celui de l’aveugle Namako-chan. Il est spirituel : Trois, le chiffre sombre, caché, maudit. Il me définit de bout en bout. Il me conduira à ma perte !

Mon esprit s’enfonce dans les ténèbres du souvenir. Les images de mon enfance se font de plus en plus nettes. Le secret d’Aotora Ubi-sama, la cause de tous nos malheurs, va m’être enfin dévoilé quand un cri m’arrache soudain à mes pensées. Un parchemin au Mon impérial déroulé à la main, Matsu-no-kimi, Championne du clan Lion, vient d’abroger la cérémonie : La famille Kuni du clan Crabe connaitrait des rituels pour nous désenvoûter. Il nous appartient de nous rendre jusqu’à la citadelle des montagnes pour y être soumis. Légèrement déboussolé par ce revirement, le petit groupe de « possédés » se rassemble pour échanger. Très vite, nous sommes rejoints par Shosuro-sama, Asako-sama et le yojimbo Isawa-san. Le clan Phénix, par l’intermédiaire d’Agasha-san, est à l’origine de ce coup d’éclat. Alors que je découvre l’existence d’un lien troublant, presque fraternel, entre Asako-sama et Shosuro-sama, ce dernier souligne la chance de ne plus avoir poings et pieds liés. Afin de nous épauler dans notre entreprise, il propose que le yojimbo Isawa Waï-san nous accompagne et assure dorénavant ma sécurité.

Le lendemain, furoshiki sur le dos, nous partons en direction des montagnes. A mi-chemin se dresse un avant-poste du clan Crabe. Si nous pressons le pas, nous pourrons l’atteindre avant la nuit. Hida Tetsuo-chui ouvre la marche avec Yoritomo-san et Daidoji-san. Isawa Rin-san étant légèrement à la traîne, Isawa Waï-san et moi-même nous mettons à sa hauteur. Plus tôt durant la matinée, une petite rixe verbale avec Hida-chui éclata. Lui rappelant subtilement que deux membres du groupe ne sont point bushi et n’ont donc pas reçu d’entrainement poussé à la marche forcée, il me demande abruptement si je suis boiteuse ! Répondant par la négative, il me conseille alors de rebrousser chemin. Je sais les membres du clan Crabe direct, mais à ce point ! Répondre précipitamment à cette agression est une marque de faiblesse. J’avale donc ma salive et rumine le reste du chemin.

La libération vient alors d’une embuscade de la Confrérie des Ténèbres. Des bakemonos sournois, laids et verdâtres, nous envoie des volées de flèches. Avant qu’ils soient mis en déroute, je suis touchée à plusieurs reprises. Dans un lieu sûr, Isawa Rin-san prie les kamis de soigner mes blessures et m’applique un bandage. Hida-chui lève le pas et nous arrivons enfin en vue de l’avant-poste Hiruma. Le taisa du fortin nous accueille avec bienveillance. Le repas nous est servi puis les samouraïs au repos nous proposent d’assister à une pièce de théâtre Kabuki : L’histoire du Grand Ours. Cette fois-là nous la vîmes de bout en bout. En voici la synthèse : le jeune Hida Kisada-no-kimi accompagne son vieux père à l’auberge. Dehors, il aperçoit un enfant violement réprimandé par un groupe de trois membres du clan Lion. Se portant à son secours, face au surnombre, il est roué de coups. Ecchymosé, il revient auprès de son vieux père comme si de rien n’était. Digne, il ne se plaint pas, ne dit mot. Le soir venu, il retrouve les trois agresseurs, les invective et prend la fuite. Les trois bushi, passablement idiot, le poursuivent et tombe dans une fosse piégée. Hida-no-kimi, fier de son stratagème, s’exclame alors : « Voilà ce qu’il en coûte de s’attaquer à un crabe ! »

Nous quittons l’avant-poste au petit matin. Le sentier montagneux est ardu. La neige présente en abondance. La marche est soutenue, seul espoir d’atteindre la citadelle avant la nuit. Alors que nous traversons un site sacré aux monolithes de pierres levés, Isawa Rin-san perd la raison et s’enfonce en courant dans les bois. Interloqué, Isawa Wai-san doit être rappelé à l’ordre avant qu’il réagisse et parte à sa poursuite. L’endroit, ancien champ de bataille, est probablement hanté ! Après de longues minutes de recherche, nous retrouvons enfin les deux membres du clan phénix sains et saufs. Nous repartons à l’assaut de la montagne alors que le jour décroit rapidement. La citadelle est enfin visible, éclairée de mille braseros, elle semble appartenir à la paroi même de la montagne. Assiégée en vain pendant des jours par les cinq clans de la Confrérie des Ténèbres et leurs sbires bakemonos, ils ont dû se résoudre à fuir en forêt. Nous entrons enfin par une porte dérobée. L’accueil qui nous attend est glacial. Une tente de seppuku d’une place a été levée. Ainsi se termine la vie d’Hida Tetsuo-chui, en présence de son champion Hida Kisada-no-kimi, sans gloire mais dans l’honneur ! Indifférente à la cérémonie, j’en profite pour m’interroger sur le sens réel de cette mascarade auquel j’assiste, impuissante, depuis mon arrivée sur ces terres.

La troupe de l’Eventail d’Ivoire, a rendu un hommage à peine voilé à Hida Kisada-no-kimi en relatant une part de sa jeunesse. Au moment opportun, la pièce fut interrompue par l’annonce d’une attaque de la Confrérie des Ténèbres. L’escarmouche ne laissa ni trace, ni cadavre, ni récit. Nous furent alors mis en présence de Hida Tetsuo-sama, possédé depuis de longs mois, assassin de son propre escadron et étonnamment toujours en vie. Le hasard faisant bien les choses, lors de la rixe qui s’en suivi, les personnalités problématiques ou trop précieuses furent mises en sureté, ne laissant que des éléments sacrifiables. Le seppuku a été ensuite annulé grâce à l’intervention conjointe des Phénix et d’Otomo-dono, nous laissant alors mains libres pour quitter la surveillance étroite du shogun. Occasion en or que ne se priveront pas de souligner les nouveaux meilleurs amis de l’Empire, j’ai nommé Asako-sama et Shosouro-sama. A peine avons-nous atteint le premier poste crabe qu’on nous rejoue la même pièce Kabuki, comme un rappel de je ne sais quel pacte ourdi. A l’arrivée à la citadelle, la tente du dernier voyage d’Hida-sama l’attend alors qu’aucun messager entre l’annulation de notre condamnation et notre arrivée n’a été envoyé. Je me raconte peut-être des fables mais à la vue d’autant de coïncidences troublantes, il est légitime d’être soupçonneuse ! Une alliance de circonstance semble s’être nouée entre les Scorpions, les Phénix, les Crabes et la famille impériale Otomo. Les clauses de cette entente restent, elles, mystérieuses.

Suite à l’exécution, trois shugenjas de la famille Kuni s’approchent, nous rendent nos laissé-passés impériaux puis nous ordonnent d’aller accomplir notre destinée dans la montagne. Yoritomo Akira-san arrive à négocier une nuit de repos et un repas chaud. Exténué, le groupe sombre rapidement dans un sommeil sans rêve. Le lendemain, nous quittons la forteresse et nous enfonçons dans la mine sous la montagne, un réseau de tunnels anciens et labyrinthiques. Empruntant un boyau ténébreux, nous entendons le travail d’excavation des mineurs indigènes et le bruit de leurs chaines. J’éprouve alors un sentiment étrange, mélange de colère et de résolution, au son de ces montagnards difformes mis ainsi en esclavage, terrible aboutissement d’une civilisation millénaire de bâtisseurs autrefois féconde. Instinctivement, je découvre un passage dérobé. L’étroit conduit plongé dans les ténèbres nous contraint d’allumer deux lampions. Au bout de plusieurs heures, nous débouchons dans une immense grotte, où un promontoire rocheux enjambe une large rivière souterraine. Au centre, les cadavres des soldats de l’escouade d’Hida Tetsuo-chui et du Cho-Ja se tiennent intacts comme si le temps, lui-même, avait été figé. Le combat a été violent, pris de folie, ils se sont entretués jusqu’au dernier. Au loin, à l’autre bout du chemin, une lueur verdâtre nous appelle.

Accompagné de Daidoji-san, je me rapproche du Cho-Ja, créature insectoïde de la taille d’un bœuf. Isawa Wai-san nous avertit qu’il a entraperçu une créature plonger dans les eaux. Soudain une fumée noire nous entoure, s’introduit dans le Cho-Ja mort et l’anime. Utilisant tout ma fureur je frappe ce blasphème. Epaulé par mes compagnons, nous sortons victorieux de ce bref affrontement. La fumée s’échappe alors de nos corps et du vaincu, se concentre jusqu’à former une silhouette humanoïde noire. L’esprit sombre en armure, enfin en paix et complet, part alors en direction de la lumière verte avant de disparaitre. Isawa Rin-san, curieuse, nous propose de suivre l’esprit. Estimant que notre quête ici est terminée, je refuse et tente de calmer ses ardeurs. Elle conçoit alors d’interroger les kamis de l’eau sur la nature de cette lumière couleur jade. Ils nous montrent un être aux traits reptiliens, touchant un objet, peut-être un anneau, source de la lumière. A son contact s’ensuit une onde de choc soufflant tous individus entourant la créature. Isawa Rin-san demande par la suite si l’homme-reptile est toujours présent. Les eaux de la rivière s’ouvrent et nous dévoile le squelette blanchi d’un gigantesque lézard ailé. A cette vue, nous nous empressons de réunir les daïshos des défunts et remontons à la surface.

A notre retour, nous sommes mis à la question par les shugenjas Kuni. Je décris seulement le strict minimum quand certains s’épanchent en récits longs et détaillés. Comment peut-on dilapider gratuitement autant d’informations sensibles et dangereuses à un clan rival ? Tant d’insouciance me débecte ! Seul Yoritomo Akira-san, stoïque, silencieux et prudent, garde grâce à mes yeux. Voir un membre du clan Mante, anciennement clan mineur, agir avec un plus grand discernement que des samouraïs de clans majeurs, c’est à pleurer ! Notre séjour chez le clan Crabe est très bref. Nous sommes invités à accompagner le premier convoi de jade en partance pour la faille. Arrivée en soirée aux quartiers de la délégation impériale, je suis mise, comme le nécessite la procédure, au secret par les autres scorpions pendant plusieurs jours. Passent alors de longs mois où Shosuro-sama et Asako-sama travaillent à négocier plus de liberté pour les émissaires auprès du shogun Akodo-no-kimi. Leurs efforts sont couronnés de succès : le shogun daigne qu’une partie de la délégation impériale participe au siège et à la prise de LaMut, cité barbare aux mille richesses. Cette campagne d’expansion sort des us rokuganies, tout comme l’avidité, sentiment naturellement étranger à tous samouraïs. A cette interrogation, on me répondra qu’il s’agit d’une attaque préventive. Etonnant ! La montagne regorge pourtant de Jade, seul véritable objet de notre présence en ces terres. Quant à d’éventuelles négociations avec les gaijins, elles n’ont pas eu cours.

Laissons le campement de la faille, nous marchons à travers steppes et collines au côté des troupes lionnes. Dans notre dos, les imposants monts de pierre petit à petit s’effacent. Par intermittence, nous distinguons au loin quelques éclaireurs Moto du clan Licorne. Eparses, le cimeterre au côté, ses imposants gaillards à la peau tannée chevauchent à vive allure. La délégation obtient du shogun une visite guidée d’un village indigène. Nous goûtons alors aux joies du tourisme paysan : rues boueuses ; grossières masures en pierre, bois et torchis ; animaux de bassecour piaillant et jactant ; gaijins sales de tous âges et sexes, heureusement mis en cage. Prise de compassion pour ces pauvres hères, Isawa Rin-san se met martel en tête de soigner leurs enfants. Elle entre dans la cage puis communique à grands renforts de mimes avec les barbares. D’abord méfiants, ces derniers se font attendrir et laissent la shugenja examiner quelques gamins. L’entreprise ne durera pas, après quelques rapides soins, la cage fut refermée, puis chargée sur une charrette. Alors que le convoi d’esclaves quitte le village en direction des monts de pierre, je m’interroge sur la vacuité des entreprises d’Isawa-san. L’acte, noble à première vue, n’a fait que repousser l’inéluctable. Blessés, Emma-o, Fortune de la Mort, allait probablement les trouver sur la route. En lieu, ils trépasseront après de longues semaines de supplices au fin fond des mines de jade…

Après cet intermède fort déplaisant, nous nous retrouvons le soir même à la table du shogun en compagnie de l’état–major des armées lionnes et licornes. La bataille ayant lieu le lendemain, je suis impatiente de connaitre notre affectation. Très vite Akodo-shogun prend la parole, officialise l’annonce de ses fiançailles avec Matsu Tsuko-no-kimi, puis se dit heureux de la bataille à venir dans les plaines en contrebas de la ville fortifiée de LaMut. Il indique que la délégation, sous le commandement du taisa Mirumoto Rai-sama du clan Dragon, sera rattachée au corps principal de l’armée. Enfin, il exprime sa décision de ne pas engager de cavalerie pour l’affrontement, estimant qu’utiliser des chevaux est un acte déshonorant. A ces mots, le rikugunshokan de l’armée du clan Licorne, Moto Chang-sama se lève soudain et interpelle le shogun. Il lui demande de reconsidérer sa décision et est prêt, dans le cas contraire, à se faire seppuku en signe de contestation. Akodo-shogun, rouge de colère, rejette la demande et autorise Moto Chang-sama à mourir dans l’honneur. Immédiatement, le rituel est exécuté. Moto Ijiaki-shireikan, second de Moto Chang-sama, se voit attribué alors le commandement de l’armée du clan Licorne. Livide, sous le choc, l’officier quitte, sans en avoir fait la demande, la pièce accompagné des autres soldats de son clan, signant la fin des festivités.

A l’aube, la brume se lève et nous dévoile les forces adverses. LaMut, ville moyenne fortifiée siège sur le sommet d’une colline. A son pied, trois corps d’infanterie aux couleurs bigarrées ont été disposés. Supérieurs en nombre à toute la population de LaMut, les guerriers qui les composent semblent d’origine et d’allégeances variées. Sur leur droite, à quelques encablures, une cavalerie lourde en armure de métal, se tient prête à charger. Au son des tambours et des cors, la bataille est lancée. Portée par l’excitation, je plonge au cœur des combats. Mes souvenirs de l’affrontement sont des plus confus mais des événements prestigieux restent gravés dans ma mémoire : les archers en déroute, la charge de la cavalerie, l’aide de Daidoji-san, le sacrifice d’Agasha-san, la contre-charge de Matsu Tsuko-no-kimi et de ses quêteurs de mort... Je ne sors pas indemne de ce combat victorieux. Gravement blessée, je m’estime pourtant choyée par les Kami ! Je n’ai pour seule séquelle qu’une perte temporaire de la vue. J’appris par la suite que les Moto du clan Licorne ont pillé et saccagé LaMut, créant un malaise certain au sein du shogunat. Ceci marque la fin de nos aventures sur ces terres. A l’ouverture de la faille, la délégation repart en Rokugan, se salue puis se disperse. Je retrouve les miens, me repose, me soigne, revis. Avec ma sœur nous préparons la cour d’hiver à venir en échangeant nos mempos.
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 14 avril 2017, 16:32

Ce voyage en territoire gaijin a insidieusement transformé ma sœur. Naru-chan est devenue impatiente, impétueuse, parfois impertinente. Ces traits de caractère, autrefois sous-jacents, se sont affirmés. Guro-kun ne la quitte plus, baba d’admiration devant les récits de ses exploits. Otōsan boit ses paroles, auréolé par la gloire éphémère de sa fille chérie. Sont-ils soudain devenus sourds et aveugles? Depuis son retour, nuit après nuit, nous dormons côte à côte comme nous l’avons toujours fait. Malgré ma cécité, je ne ferme plus l’œil, tracassée par un détail, un changement invisible. En lui supprimant le masque qui cache sa bouche, son filtre à parole, j’espère refréner de futurs propos dangereux, des baisers mortels. Arguant qu’il lui sera plus facile de garder ses yeux blessés au repos, elle accepte l’échange de nos mempos. Alors que je le porte au bas du visage, tout s’éclaire ! L’odeur d’Okāsan ! Son parfum est celui de notre défunte mère : celui de la mort, de la folie…

D’au-delà de la faille, ont été rapportées des échantillons d’essences végétales : fleurs, fougères, herbes, roseaux. Cousines des plantes rencontrées en Rokugan, leurs dissemblances sont subtiles : ici, forme, parfum ; là, rugosité, goût. Compétentes en herboristerie, nous nous mettons à la tâche. A une force rokuganie présente en Midkemia, Naru-chan calligraphie son Mon. Pour métaphore, j’y’accole un végétal gaijin : à la famille impériale Otomo, une fleur argentée ; à celui de la Tortue, des pétales doux ; pour le shogunat, un roncier tranchant ; au Lion, une haute herbe rouge ; pour le Crabe, une fine tige de bambou ; avec la Licorne, des brins de foin brisés ; au Scorpion, un lotus rougeoyant. Très vite, notre herbier est finalisé : hommage à notre identité familiale, parfait article du ressenti de Naru-chan sur ces terres, futur présent à l’Empereur. Les extravagants kimonos de cour aux couleurs chatoyantes du clan, les parfums exotiques, les papiers à lettre de toutes formes et le nécessaire à écrire sont vérifiés et disposés dans les bagages. Alors que tombent les premiers flocons, Shosuro Jocho-sama et la Troupe de l’Eventail d’Ivoire se présentent à notre porte.

Aoijiroi Oku Shiro, le château du Chêne Pâle, édifice symbolique perdu entre la grande forêt Isawa Mori et les montagnes du clan Phénix, est le lieu de villégiature de la cour pour l’hiver. Choix étonnant pour accueillir le premier événement officiel de l’Empereur après son gempukku, ce petit palais fut construit suite à la décision d’Hantei XVI d’être enterré sur les terres ayant vu naître sa femme bien-aimée. Sur la tombe de cet illustre empereur un vénérable chêne blanc a poussé. A l’autre bout de la vallée se dresse l’autel en l’honneur d’Hujokuko, Fortune de la Fertilité. Nous y accompagnons en pèlerinage le jeune empereur. Sur le chemin, les convives se jaugent, à la recherche d’une potentielle faille, d’un écart exploitable. Cette année, la cour est considérée comme intimiste : seuls les kuges des clans majeurs (champions et daimyos de famille), la délégation envoyée en Midkemia et des émissaires Cho-Ja sont conviés. L’hôte n’est autre qu’Asako Shizu-dono, gouverneur de cette province et père d’Asako-sama.

La cour d’hiver est au courtisan ce qu’est la campagne printanière au bushi. C’est une dance, violente, passionnée, parfois mortelle. Un champ de bataille d’où personne ne ressort indemne. En ce jour, quatre thèmes animent nos débats : Dans un coin de la pièce, Yasuki-ue du Crabe rêve de chaparder le commerce du jade aux contrebandiers de la Tortue. A l’autre bout, Mantes, Lions et Phoenix discutent samouraïs, rônins ou diplomates, puis guerre, exploration ou paix. Autour des ambassadeurs Cho-Ja, les courtisans du Scorpion et du Lion virevoltent dans l’espoir d’obtenir les bonnes grâces de la nouvelle reine. Enfin, à l’écart, Kitsuki-ue du Dragon, s’interroge sur la nature profonde de l’asservissement, de l’esclavage… N’est-ce pas un principe contraire au Bushido ? Dans ce tumulte je me sens tel un poisson dans l’eau. Attentive aux moindres changements brusques de courant, je cherche à découvrir les secrets de chacun, leurs motivations, leurs désaccords et leurs liens. L’Empereur reste stoïque, distant, à l’écoute. Il est l’ultime arbitre. Il le sait.

Aujourd’hui, les émissaires impériaux présentent leurs travaux sur Midkemia. Certains écrivent un haiku ou content récits, d’autres dansent ou jouent de la flûte. L’assemblée est attentive. Le silence n’est troublé que par l’intervenant et parfois quelques rares applaudissements. Quand vient mon tour, je présente l’herbier. L’Empereur divin me demande mon nom. L’auditoire s’agite. Je lui ai plu ! Après les exposés, la troupe de l’Eventail d’Ivoire donne une pièce de théâtre Nō, l’histoire de Shinjo-kami et de sa rencontre avec l’esprit de la Kirin. A la fin de la présentation, Shinjo Min-Hee-no-kimi, championne du clan Licorne, offre deux chevaux blancs, un au clan Lion, un à l’Empereur. Ce dernier indique qu’il a entendu les demandes de la cour, il prendra ses responsabilités en prononçant ses édits après trois jours de méditation sous le chêne blanc en compagnie des daimyos. Les invités sont, en son absence, placés sous la responsabilité d’Asako-dono. Sous sa direction, les armes restent au côté, les duels proscrits, seules comptent la paix et la culture.

A chaque clan majeur, Asako-dono offre une sculpture d’Or, de Jade et d’Ivoire, symbole de notre union au sein d’un seul et unique empire. Alors que l’œuvre est présenté à Shosuro Jocho-sama, il fait un impair en l’acceptant sans deux refus préalables. Tant bien que mal je tente de sauver les apparences. Le salut vient étonnamment d’Asako-dono, sur lequel tous les regards se tournent, alors qu’il invite les hôtes à participer lors des deux prochains jours à un tournoi en quatre épreuves : le premier, poésie et peinture ; le second, cérémonie du thé et danse. Je ne retranscrirai ici que les œuvres qui revêtent une importance particulière par rapport au sinistre évènement qui marquera à jamais cette cour d’hiver : « Rire et musique, Couloirs où courent des femmes, Maison des Secrets » par Doji Ameiko ; « Sang vif cœur brûlant, Gorge rouge sueur mêlée, Caresse de Benten » par Shosuro Jocho ; « Dans les cieux s’envolent, L’oiseau blanc l’oiseau de feu, Seules retombent des cendres » par Shiba Reikun. Très vite je devine le complexe cache-cache auquel jouent tous amants. Le regard de Benten, la Fortune de l’Amour Romantique s’est posé sur l’explosif Shosuro Jocho-sama et la douce Doji Ameiko-san. Le troisième personnage entre alors en scène pour former le parfait triangle amoureux. Je le crois simple prétendant blessé. Je me berce d’illusion ! Sa vraie nature se révèlera celle d’un assassin, d’un traître.

Cette nuit, le clan Scorpion est victime d’un terrible complot. Si il n’avait été éventé par les magistraux désignés Yoritomo Akira-san et Isawa Rin-san, une guerre entre les Scorpions et les Phoenix aurait probablement éclatée. Tout commence il y a plusieurs saisons. Shosuro-sama, alors invité d’Asako-sama, sort vainqueur d’un duel à mort avec le frère de Shiba Reikun. Le temps passe, la vendetta persiste, la haine grandit. Avec la cour d’hiver, l’occasion se présente pour le frère vengeur. Habillé d’un kimono usurpé à Shosuro-sama, Shiba Reikun s’introduit dans la chambre de son daimyo et le frappe à mort. Très vite les dénonciations pleuvent sur le scorpion. L’accusé, souhaitant garder ses ébats avec la belle grue cachés, se tait. Au lever du jour, après une enquête difficile, le kimono scorpion est découvert dans les appartements de Shiba Reikun. Le scorpion est innocenté, le phœnix coupable ! Alors que j’attends confiante son exécution, un affront supplémentaire nous est porté. Isawa Masairo-karo, voulant en terminer au plus vite, prend une décision choquante. Shiba Reikun est autorisé au Seppuku. Pire, Daidoji-san manipulée par les paroles charmeuses de l’assassin, accepte de l’assister. De retour dans nos quartiers, je prie Shosuro-sama de me laisser intervenir avant la reprise du tournoi : Il est temps d’abattre nos cartes, d’achever nos adversaires, de ressortir comme unique clan vainqueur de cette cour d’hiver. Je n’ai besoin que d’un mot. Il me le refuse ! J’obéis.

Après l’épreuve de dance et la cérémonie du thé, Ikoma Katsu-san sort vainqueur d’un tournoi qui, avec la mort de son inspirateur, n’a plus vraiment de sens. L’Empereur et les Daimyos sont de retour, les édits prononcés : « Le clan Scorpion accueillera la nouvelle ruche Cho-Ja sur ses terres. Des espions seront envoyés au sud de la faille. Le clan Tortue conserve la gestion du Jade. Les autres sujets (Chevaux en bataille, renfort demandé par le Shogun, implication militaire du clan Mante) sont remis à la prochaine cour d’hiver tenue au Kyuden Asahina sur les terres de la Grue. » Je quitte Aoijiroi Oku Shiro, un goût amer en bouche. Au manoir familial, je suis accueilli par ma sœur guérie. Nous passons les semaines suivantes au repos l’une enlaçant l’autre, en promenade main dans la main, à nager dans les étangs, à rire et à se moquer. Les autres sont absents. Otōsan rend justice à Ryoko Owari Toshi. Guro-kun est de garde à Kyuden Bayushi. Nous souhaitons que ce moment de complicité dure toujours… Une convocation de Shosuro-dono interrompt brutalement notre idylle. Nous réalisons la cérémonie d’échange de mempos puis partons, toutes deux, vers la cité des mensonges.
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 14 septembre 2017, 17:10

Ryoko Owari Toshi est une énigme, grouillante d’activité, pétillante de vie, à l’architecture riche et ostentatoire. Seconde cité de l’empire, son emplacement sur la rivière d’Or en a fait un carrefour majeur où se croisent rumeurs sans fin et légendes célèbres. Toutes ses histoires se fondent sur une part de vérité et de copieux mensonges. Ici, des fortunes sont faites et aussitôt perdues, des carrières commencent puis se brisent. Namako-chan me guident les yeux fermés dans les ruelles labyrinthiques du quartier marchand. Cette localité est son univers. Dans ses dernières années d’école, elle quitta la Ville Peinte et son académie en compagnie d’un de ses sensei. Fatigué, le vieux maître voulait mourir dans la cité qui l’avait vu naître. Namako-chan m’apprend qu’il a trépassé depuis notre Gempukku. Je discerne quelques tremolos dans sa voix. Tout cela sonne creux, légèrement surjoué. Une fois la porte pieuse franchie, nous pressons le pas vers le palais dans la perspective d’éviter au possible une pénible rencontre avec Otōsan ou l’un de ses yurikis. Après plusieurs heures d’attente, Shosuro Hyobu-dono nous reçoit : Yoritomo-no-kimi invite les « Possédés de Midkemia » à Kyuden Gotei. Sur le départ, ma sœur non-voyante me salue par un haiku : « Ile de larme Ile de soie, A l’amour aveugle Regard de Benten, Aux esprits courroucés Baiser d’Emma-O »

Je descends la rivière d’Or jusqu’à Mura Sabishii Toshi sur les terres de la famille Daidoji. J’y retrouve la grue Daidoji Asami-san ainsi que les deux phœnix Isawa Rin-san et Isawa-Wai-san. Cette ville côtière isolée est la tête de proue des principaux échanges commerciaux et diplomatiques entre les clans Grue et Mante. Ici, le style brusque et mercantile des Yoritomo, jugé inapproprié dans la majorité des cours de la Grue, est parfaitement toléré. A quelques miles au sud du port, sur une petite île battue par les vents, se dresse le Palais du Roi de la Mer, vestige de Kyuden Morehei. Sur le bateau qui m’amena ici, je fis la connaissance d’un étrange passager, Shosuro Shun-sempai. En apprenant ma destination, le bushi, féru de contes folkloriques et de légendes maritimes, ne put s’empêcher de me raconter l’histoire de cette ile : « les Morehei, famille vassale Daidoji, y bâtirent leur château ainsi qu’un temple à la gloire de Suitengu, la Fortune de la Mer. Obsédé de trouver un moyen d’augmenter leur statut, la famille commença à négliger le temple. Dans son arrogance, Daidoji Yuo-ue de la maison Morehei, ignora les avertissements de Suitengu. L’ile fut alors submergée par un tsunami. Seule la statue de la Fortune y résista. Depuis, le daimyo hante les halls inondés de son palais à la recherche de sa gloire à jamais perdue. »

Je vois la mer pour la première fois. L’odeur d’iode me dérange. Le clapotis de l’eau m’agace. Les allées et venues des vagues m’insupportent. Alors que j’en arrive à regretter le camp boueux de Midkemia, Yoritomo Akira-san flanqué de deux de ses cousins débarquent d’un kobune. Ce frêle navire est sensé nous emmener jusqu’aux îles de soie et d’épices. A bord de l’esquif, les heures me paraissent aussi longues que monotones. Soudain, nous apercevons à l’horizon un navire du clan Grue en flammes ! Des pirates, les Serpents de Sanada, l’ont accosté. Après avoir subtilement proposé d’entamer notre approche par l’arrière, je m’aperçois que le bateau marchand a été éperonné non par un mais deux vaisseaux ennemis, un pour chaque flan. Les cousins Yoritomo, suivis d’une majeure partie de l’équipage et de Daidoji-san se lancent à l’abordage. Restée à bord de notre kobune, j’affronte avec les Isawa et Yoritomo Akira-san un gigantesque Tako. La pieuvre géante, comme convoquée, a surgi des flots pour nous attaquer. La créature défaite, Yoritomo-san quitte à son tour notre embarcation. Armée de mon arc, protégée par la shugenja, je délivre la mort dans les rangs des pirates. Subitement, à plusieurs dizaines de mètres, un homme charismatique, daisho au côté, une étrange épée dans le dos, m’interpelle : « Je suis Anji, le… ». En un instant, ma flèche atteint sa poitrine. L’individu s’effondre et disparait dans la fumée. Dépourvu de chef, un des kobune pirate prend le large. J’ordonne la poursuite !

Avec seulement trois marins à bord, il nous faut plusieurs heures pour enfin rattraper les fuyards et les mettre hors d’état de nuire. Après avoir inspecté la cargaison du navire ennemi, nous le tractons tout en remontant vers le nord en direction de Kyuden Gotei. Isawa Rin-san, toujours trop préoccupée par le sort des gens du peuple, me prie d’intervenir pour leur éviter un châtiment sévère. Il est vrai qu’ils m’ont obéi sans rechigner alors que leurs maîtres, les samouraïs du clan Mante, s’en étaient allés. La mise à mort de ses éléments déloyaux semble justifiée. Malgré tout, je concède à répondre à la demande de la compatissante shugenja et me lance, pour les préparer, dans un discours dont j’ai le secret : « Il m’a suffi d’un baiser pour couper la langue du Serpent de Sanada et le faire déguerpir ! A chaque port, à chaque village, vantez-vous d’avoir été sous mon commandement ; exaltez-vous d’avoir combattu au côté des Possédés de Midkemia ; glorifiez-vous de me connaître car je suis Bayushi Naru, le Baiser d’Emma-O, au nom prononcé par l’Empereur lui-même ! Cette gloire, propagez la ! Elle sera votre plus grande protection ! » Devançant le navire marchand du clan Grue, nous débarquons sur les quais de la tentaculaire Toshi No Gotei.

A peine avions nous mis pieds à terre que l’un des cousins Yoritomo prend à partie Isawa Wai-san. Certain qu’il s’agit du maillon faible de notre groupe, il tente de déstabiliser notre compagnon en le rabaissant. Très vite, les insultes fusent. Un duel prend place. Le temps se fige. La nature retient son souffle. D’un geste élégant et fluide, le yojimbo blesse à la main le grossier bushi du clan Mante. Vainqueur, Isawa Wai-san démontre une maitrise certaine de l’art du duel, le iajutsu. L’incident clos, j’ordonne que mes affaires soient livrés expressément au château, tout en précisant de les surveiller assidument jusqu’à mon arrivée : « Le contenu de cette caisse peut déclencher une guerre ! » Dis-je l’œil malicieux. Les serviteurs blêmissent. Je ne peux m’empêcher de sourire derrière mon mempo en pensant à la nature de leurs charges, mes kimonos d’apparat. Yoritomo Akira-san, un sourcil levé, m’interroge du regard. L’allégresse fait place à la mélancolie. Qui a entendu parler des événements de la dernière cour d’hiver sait que je ne mens pas ! Nous nous engageons dans les ruelles bondées en direction du Kyuden Gotei. L’air humide et chaud est chargé d’épices odorantes. Les échoppes sont garnies à profusion d’objets exotiques, d’habits bigarrés ou de denrées miraculeuses. Ici, la richesse est exposée aux yeux de tous, sans honte, sans faux semblants.

Après les ablutions d’usage, nous nous rendons à la cour du champion. Yoritomo-no-kimi, sa fille, de nombreux samouraïs du clan Mante, un magistrat de clan, ainsi qu’un courtisan impérial Seppun de l’école Otomo, sont présents. Les heures défilent, les rangs se clairsement. Une fois seul en notre compagnie et celle du magistrat, le champion nous remercie d’avoir répondu positivement à sa convocation. Il nous expose ses desideratas : Kashi, un village de pêcheurs bordant la baie de l’Eau Sombre, est en proie à un étrange phénomène. Depuis trois mois, chaque nuit, un affreux hurlement s’élève de la mer, confisquant aux villageois tout possibilité de repos. La journée, les pêcheurs au milieu de la baie sont pris de folie soudaine, s’automutilant à mort. Notre expérience de la possession en Midkemia nous désigne précisément pour résoudre ce mystère. La samouraï-ko Yoritomo An’Naigako-sama est en charge de l’enquête, nous l’assisterons.

Le départ vers Kashi étant prévu pour le lendemain, je propose de descendre diner en ville. Yoritomo An’Naigako-sama, nous conduit au Sourire de l’Anguille de Mer, un restaurant de sushi renommé. Mon choix se porte sur une spécialité locale, le takoyaki, de succulents beignets de poulpe. Afin de marquer son ascendant sur le groupe, le magistrat use alors des techniques préférées de l’école Yoritomo : l’intimidation, la coercition et la corruption. Mal à l’aise face à ces manières directes, mes camarades cèdent facilement. J’interviens alors. Elle quitte la table non sans offrir le diner. Prétextant l’heure tardive, les bushis prennent congés. Alors qu’Isawa Rin-san s’en va prier, Yoritomo Akira-san m’accompagne jusqu’aux portes d’une okiya avant de m’abandonner à son tour. On dit cette maison propice au recueil des rumeurs. Effectivement, après avoir montrée mon désintérêt pour les exotiques geishas, j’y rencontre un curieux individu.

L’homme, la cinquantaine approchant, aux yeux pétillants de malice, semble être fin connaisseur de la politique impériale. Prenant un malin plaisir à me pousser dans mes retranchements, il guide notre discussion de bout en bout et m’amène petit à petit à dévoiler plus qu’il n’en faut. Nous abordons des sujets variés : les cours d’hiver passées et à venir, l’effervescence des chantiers navals, la tragédie d’une histoire d’amour, la recrudescence des attaques pirates, la disparition du bras droit du champion et frère du magistrat, ou encore le sabre au pommeau d’ivoire d’Anji… Peu à peu, je prends conscience de l’énigme que représente cet inconnu. A la recherche d’un indice sur son identité, je dissèque une à une les nombreuses broderies de son kimono : ici la mante de l’école de courtisan Yoritomo, là les marques du rang de maître, sur l’épaule un dessin du Foyer de la Vérité Sacrée, en bas les mêmes caractères que ceux de mon tailleur… Noriyuki, le meilleur couturier de Ryoko Owari ! Sur le départ, le daimyo Yoritomo Hiro-ue de la maison Hogosha me demande d’adresser ses vœux d’amitié à mon père. Rouge de honte, je m’incline jusqu’au sol.

A environ deux heures en bateau de Toshi No Gotei, le petit village de Kashi offre un décor idyllique digne des plus belles estampes de Kakita Arihiko-sensei. Face à la baie, la plage de sable blanc s’enfonce doucement dans une eau cristalline. Entouré d’une végétation luxuriante, le village est constitué d’une vingtaine de paillottes en bambou et d’un ponton. L’état des pêcheurs, aux traits tirés et aux yeux bouffis par le manque de sommeil, est un contraste saisissant. Reiku-kun, ji-samouraï loquace, a la charge d’administrer la localité. Après moult interrogatoires, déductions et péripéties, nous reconstituons l’histoire : Il y a trois mois, un pêcheur remonta dans ses filets Chukandomo, un katana légendaire au pommeau d’ivoire forgé à l’aube de l’empire par Doji Yasurugi-sama, l’un des fils du Kami Doji. A cette nouvelle, le bras droit du champion et frère de Yoritomo An’Naigako-sama affréta le plus puissant navire de la flotte et vint chercher l’arme sacrée. Attaqué par les Serpents de Sanada sur le chemin du retour, il périt en mer avec son équipage. Depuis lors, leurs esprits hantent la baie et hurlent la nuit venue. Récupérer le sabre lavera leurs honneurs et mettra fin à cette malédiction.

Le troisième jour, des bushis Yoritomo viennent nous chercher en kobune. Sommés de retourner à la capitale, nous embarquons immédiatement. Sur le bateau, Daidoji Asami-san est étroitement surveillée. Le fait que le katana retrouvé et aussitôt perdu par la Mante, fût confectionné par la Grue, tend les relations entre ces deux clans à l’extrême. Je m’interroge sur la teneur réelle des informations que détenait Daidoji-san avant notre arrivée. Aurait-elle été envoyées avec pour instruction de rapporter le katana à son clan ? Rien d’anormal après tout : Quelques heures à Toshi No Gotei m’ont suffi pour découvrir le fin mot de l’histoire ; Cette pêche miraculeuse doit faire jaser les courtisans à Kyuden Doji depuis déjà de nombreuses semaines. Le clan Mante semble inapte à garder une telle découverte secrète : La proximité que les samouraïs entretiennent avec les heimins est une faiblesse ; Tout comme croire que le silence s’achète avec des kokus !

Enfants, Okāsan nous racontait cette histoire : Deux villages voisins sont rassemblés pour un mariage. Lors de la cérémonie un événement funeste se produit qui, s’il est connu, déclenchera une guerre. On envoie deux yurikis prometteurs résoudre le problème. Les deux amis se rendent chacun à un village. Dès lors le silence règne. L’année suivante, le daimyo les convoque tous deux : « Un de mes villages n’a pas fourni son quota de riz annuel. Sa population a été retrouvée morte, empoisonnée ! Heureusement, au bourg voisin, les heimins ont si bien travaillé que la récolte a été doublée ! Aux questions du percepteur, ils donnèrent nulle réponse mais ce coffre… » Ouvert, ils y découvrent les langues des fermiers conservées dans du gros sel. L’un des yurikis met alors genou à terre et confesse avoir empoisonné le puits du village abandonné ; Pour la leçon apprise, il donne la main de sa sœur à son ami ; Puis, en signe de loyauté envers son clan et son seigneur, il se coupe la langue et lui offre. Emu, le daimyo accepte ce présent et les promeut tous deux au rang de magistrat.

Face à nous, le champion Yoritomo-no-kimi ne cache pas son agacement. Tout en faisant passer son tanto d’une main à l’autre, il foudroie la samouraï-ko Grue d’un regard assassin. A genou, le front au sol, je n’ose bouger de peur d’attirer les foudres d’un descendant de la Fortune du Feu et du Tonnerre, Osano-Wo. Un serviteur nous présente un wakizashi portant le Mon de la famille Daidoji. « Un navire a été attaqué par les Serpents de Sanada. Trois de nos marins ont survécu. Dans le combat ils ont récupéré le wakizashi d’un des pirates, une arme du clan Grue. La traitrise est limpide ! » Beugle le daimyo. Avec ardeur, Daidoji Asami-san souligne qu’avec si peu de preuves, l’accusation ne tient pas. Ces propos semblent peu à peu faire mouche puis, brusquement, voilà qu’elle change d’approche. Victime d’une insolation, ou plus probablement de la sottise, elle laisse entrevoir le spectre d’une guerre entre Grue et Mante ! Très vite le ton monte. A mes côtés, Isawa Rin-san s’efface en reculant de quelques pas. Ne pouvant en entendre davantage, un duel éclate entre Yoritomo Akira-san et Daidoji Asami-san. Sa vie est en jeu !

Le destin est un être facétieux qui parfois refuse de choisir son camp. Alors que les deux duellistes se font face pendant de longues secondes, voilà qu’ils touchent simultanément et se blessent. J’assiste ainsi à un événement rare : une frappe karmique. Sans vainqueur, ni vaincu, Yoritomo-no-kimi prend une décision équilibrée. Il donne douze heures à Daidoji-san pour lui apporter la preuve de l’innocence du clan Grue. Réunis aux portes du Kyuden Gotei, Daidoji Asami-san se perd en théories conspiratrices. Les pistes sont nombreuses : les pirates de Sanada ; le ronin Anji ; le katana Chukandomo ; le wakizashi Grue... Le temps jouant contre nous, la recherche des trois marins survivants est privilégiée. Nous nous séparons : Isawa Rin-san et Isawa Wai-san interrogent des heimins en ville ; Daidoji-san et Yoritomo-san quémandent l’aide du magistrat ; je glane quelques informations à l’okiya. L’après-midi, la partie salon de thé est ouverte. Je m’installe en terrasse, face à une esplanade noire de monde ! La populace assiste en nombre à un tournoi de sumo. Les lutteurs, sous un soleil de plomb, s’affrontent tour à tour sur le dohyō. Dans la foule, j’aperçois les visages familiers des cousins Yoritomo.

Au vu des enjeux politiques, j’interromps la description de mes aventures. Il y a des éons, Chukandomo a été forgé par Doji Yasuragi-sama afin de l’offrir à la famille Matsu du clan Lion. Le bateau la transportant ayant coulé, l’arme n’arriva jamais à destination. Aujourd’hui, l’histoire se répète et le clan Mante la perd à son tour. Trois clans majeurs s’affrontent donc pour sa possession : Lion, Grue et Mante. Notre quête terminée, le clan Mante cherchera à éviter toutes fuites d’informations. Jusqu’à la prochaine cour d’hiver, nos faits et gestes seront surveillés, nos courriers interceptés, nos demandes de départ repoussées. Je profite donc de cet instant de solitude pour terminer mon journal de voyage. La journée avançant, j’aperçois le magistrat et mes compagnons appréhender trois individus dans la foule. Il s’agit probablement des marins survivants. Les affaires reprennent ! Je scelle à la cire l’étui à parchemin et y attache une missive. Je demande qu’il soit déposé chez Yoritomo Hiro-ue de la maison Hogosha. J’ai espoir qu’il visite son domaine de Ryoko Owari dans les mois qui viennent. Enfin je quitte l’okiya pour m’engouffrer dans une petite ruelle où se déroule l’interrogatoire.
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 14 septembre 2017, 17:22

Mon sommeil est nuit après nuit plus troublé. La fatigue s’installe, tout comme l’inquiétude que j’éprouve pour ma sœur. Au petit matin, Yuki me fait lecture de la dernière lettre de Naru-chan. Comme les précédentes, son contenu totalement insipide traite de banalités. Elle y aborde la météo du jour, la beauté des paysages ou encore décrit la vie des insulaires. Ecrite en haut rokuganie, cette correspondance n’est que diversion pour les espions, sans sens caché ou code secret. Ma sœur est muselée, prise en otage. Toutes mes tentatives pour obtenir des nouvelles fraiches ont échoué. Dans la pièce voisine, j’entends Otōsan donner ses ordres aux serviteurs. Il prépare un voyage. Après les salutations d’usage, je l’interroge sur sa destination. « Ma fille, le champion me convoque à Kyuden Bayushi. En mon absence, veuillez prendre soin du domaine. » Me répond-t-il d’un ton sec. Le cœur serré, j’acquiesce en silence avant de me retirer. Cette réponse préparée m’interpelle. La vérité m’est cachée, une fois de plus…

Ma colère a atteint son paroxysme. Tel un animal en cage, j’arpente de long en large la pièce principale du manoir. Plus tôt, j’ai appris qu’Otōsan était revenu depuis une dizaine de jours de son voyage. Terré à la magistrature, il n’a pas daigné me rendre visite. Je suis prête à l’affronter pour faire voler en éclat son tissu de mensonges ! Mais sans raison valable, je ne peux m’absenter du domaine. L’opportunité apparait une semaine plus tard. Yoritomo Hiro-ue, daimyo de la maison Hogosha, m’invite en sa demeure de Ryoko Owari Toshi. Le courtisan souhaite m’entretenir au sujet de ma sœur. Une fois cette formalité effectuée, j’irai à la magistrature me confronter à Otōsan. Je suis accompagné de Yuki et de son frère Makoto. Il nous faut plusieurs heures pour atteindre la ville, puis les portes du quartier noble. Le gunso de la garde me reconnait. Je perçois dans ces questions un certain embarra. Il a probablement reçu consignes de m’interdire l’accès à la magistrature. A l’annonce de mon invitation chez Yoritomo Hiro-ue, il souffle de soulagement et demande à l’un de ses hommes de nous y escorter.

La servante qui me guide porte de fins vêtements en soie. Son parfum, subtilement marié aux senteurs du jardin, m’enivre. Au nombre de mes foulées, j’estime que la demeure est vaste. Le parquet en bois précieux chante sous mes pas. Riche et puissante, telle est l’image que souhaite afficher la maison Hogosha. Je suis présenté au daimyo et à sa femme Yoritomo Nene-sama. La discussion menée par Yoritomo Hiro-ue est courtoise. Puis il laisse adroitement la main à son épouse qui me complimente sur ma beauté délicate et mes manières exquises. « Ma chère, malgré votre terrible affliction, pratiquez-vous la cérémonie du thé ? » M’interroge-t-elle au détour d’une phrase. Je lui réponds par l’affirmative, il me suffit de savoir où les ustensiles sont disposés. Aussitôt dit, je dois en faire démonstration. Le nécessaire est apporté. Je m’en saisi. Sa forme m’est familière... Je ne laisse rien paraitre, ne fait aucune faute. Durant la dégustation, le daimyo entonne soudain d’une voix fluette : « Ile de larme Ile de soie, A l’amour aveugle Regard de Benten, Aux esprits courroucés Baiser d’Emma-O »

Alors qu’il s’exprime davantage, je reste interdite : « Votre sœur m’a sollicité afin de vous remettre un parchemin scellé. Ce haïku certifie la véracité de mes propos. Sachez noble dame que chez le clan Mante, tout a un prix ! Je suis mécène d’art. Offrez-moi un tableau et je considèrerai cette faveur payée. » Pourquoi Naru-chan s’est-elle associée à un si dangereux personnage ? Coincée, j’accepte le défi. Une toile est montée. Le daimyo me donne une palette et m’indique à quelle couleur correspond chaque emplacement. Tel un automate, j’effectue à la perfection le kata appris l’automne dernier. Mes gestes coulants s’enchainent spontanément tels les pas d’une danse. Une heure plus tard, j’attaque fidèlement le final, sans touche personnelle ni improvisation. Une fois mon travail terminée, on me lave les mains. Je regagne ma place et attend patiemment le verdict : « Bayushi-san, les efforts que vous déployez pour palier à votre cécité sont remarquables ! Apprendre où donner chaque coup de pinceau est une prouesse ! D’un point de vue artistique, cette huile n’a rien d’exceptionnel si ce n’est sa similitude frappante avec une œuvre peinte lors de la dernière cour d’hiver. Elle m’a été décrite par un ami, lui aussi amateur d’art, Doji Yojiro-san. »

« Qui du Baiser d’Emma-O ou du Regard de Benten était présent au château du Chêne Pâle ? » S’interroge tout haut le daimyo. Poussée dans mes derniers retranchements, je me dois de montrer les dents : « Naru-chan et moi sommes sœurs jumelles. Même séparées, nous nous inspirons l’une de l’autre ! Parfois, telle une image miroir, cela transparait dans nos actes ou nos travaux. Aussi ressemblant soit-il, ce tableau répond-t-il à vos attentes, mon seigneur ? » Surpris par ma répartie, Yoritomo Hiro-ue se réfugie dans le protocole en refusant par deux fois mon présent avant de l’accepter. Aussitôt confié, je vérifie le scellé puis range l’étui à parchemin dans mon obi. L’homme se met à rire, puis, adoptant un ton amical, Yoritomo Nene-sama me prend par la main et m’invite à les accompagner au jardin. Le langage des fleurs fait son charme, l’atmosphère se détend. Je commence peu à peu à apprécier ce vieux couple à la fois instruit et quelque peu espiègle. Tout en marchant, ils me content avec malice les péripéties de Naru-chan et de ses compagnons, les « Possédés de Midkemia », sur les Iles des Epices et de la Soie.

Suite aux péripéties détaillées dans le journal de ma sœur, une bataille a lieu entre les troupes Mantes et les Serpents de Sanada. Répondant à l’appel de leur champion, une vingtaine de navires militaires fondent sur le repaire des infâmes pirates, une petite ile sableuse cachée au cœur de la mangrove. Alors qu’Anji, l’usurpateur de Chukandomo, y trouve la mort sous la lame d’Isawa Wai-san, les Possédées de Midkemia se couvrent de gloire : Daidoji Asami-san prouve l’innocence du clan Grue ; Isawa Rin-san en appelle à la puissance d’Osano-Wo ; Yoritomo Akira-san fait sensation par ses talents martiaux. Au paroxysme de l’affrontement, une barrière d’esprit bénis du Yomi s’élève. Ces ancêtres duellistes de la famille Kakita, gardiens spirituels de Chukandomo, affrontent quiconque s’approche. Seuls quatre élus réussissent à les vaincre : Isawa Wai-san et son vieux rival, le cousin Yoritomo, un géant surnommé Tsunami, et le Baiser d’Emma-O, la surprenante Bayushi Naru-san !

A la sortie du domaine Hogosha, Shosuro Rikue-san, fidèle yoriki au service de mon père, m’interpelle avec douceur : « Noble dame, Bayushi Eto-sama souhaite s’entretenir avec vous. Acceptez-vous de m’accompagner jusqu’à la magistrature ? » Refusant de faire scandale en pleine rue, j’appelle Yuki et Makoto à me rejoindre puis nous suivons docilement le bushi. Appliquer la loi dans une ville aussi peuplée que Ryoko Owari n’est pas une sinécure. La magistrature est à son habitude en pleine effervescence. En attendant la disponibilité d’Otōsan, Shosuro-san s’emploie à me faire la conversation. Son ton est lent, mesuré et courtois. Pour cacher mon étonnement, je m’efforce de sourire : Ses dispositions à mon égard ont changé… Il s’adresse à moi comme si mon statut lui était supérieur ! Enfin, Otōsan daigne me voir. L’entrevue se fait en privé. Après des salutations brèves, il se lance dans un monologue rapide : « Le destin fait bien les choses, le jour où je reviens de voyage, vous êtes en visite à Ryoko Owari Toshi. J’espère que votre entretien avec Yoritomo-ue de la maison Hogosha s’est bien passé, mais laissons cela pour le moment car j’ai une grande nouvelle à vous annoncer : Ma chère fille, à Kyuden Bayushi, j’ai rencontré Bayushi-ue de la maison Aotora. Il m’a demandé officiellement votre main ! »

Abasourdie, je reste stupéfaite tandis qu’Otōsan, euphorique, ne s’arrête plus de jaser. Ses phrases n’ont aucun sens. Sa langue m’est étrangère. Je m’élève, me voie en contreplongée. Je ne suis plus aveugle, je rêve. Soudain, une main sur ma joue m’arrache de cet état de choc. Otōsan s’est tût. Il me caresse et sèche mes larmes. Je lui murmure : « Mon oncle a plus de deux fois mon âge, il est votre ainé. Sa notoriété est infamante : Les rumeurs le décrivent comme cruel, sans pitié, un assassin sans cœur ; Pour n’avoir jamais à avouer ses méfaits, il s’est arraché la langue ! Otōsan, comment avez-vous pu m’offrir à un tel homme ? » Il me rétorque : « Mon enfant, méfie toi des faux semblants. Comme pour beaucoup, sa réputation est surfaite. La première fois que j’ai rencontré ton oncle, il vivait alors l’amour véritable. Puis un destin funeste s’est acharné. En quelques années il perdit tout : sa famille, sa femme, sa descendance. La mort de ta mère finit de le faire sombrer dans le désespoir. Avec ton oncle, Guro-kun, Naru-chan et toi, sont les derniers survivants de la famille Aotora. En te prenant pour femme, il sauve sa maison et te désigne comme son successeur. Mesures-tu l’honneur qu’il te fait ? »

« Qu’importe l’honneur, il m’est impossible de l’aimer ! Refusez son offre ! » Ose-je avec affront. Sa main tendue m’atteint en un éclair. Le coup est sec, plus sonore que douloureux. La sensation est inédite. Au contraire de mon frère ou de ma sœur, jamais on ne m’a frappée. Sa colère est froide, ses répliques sont cinglantes : « Ma décision est déjà prise ! Bayushi-no-kimi a consenti à cette union ! Faites vos bagages sans attendre ! Partez avec Yuki pour Aotora no En, le jardin du Tigre Vert de Kyuden Bayushi ! A votre arrivée, présentez-vous à Aotora-ue, votre fiancé ! Honorez toutes ses sollicitations ! Comblez tous ses désirs ! Soyez irréprochable ! Et s’il vous le demande, portez son enfant ! » Après un long silence, il continue calmement : « L’hiver venu, vous suivrez Bayushi-no-kimi à la cour. Vous vous joindrez aux présentations de la troupe de l’Eventail d’Ivoire. Au printemps suivant nous célébrerons votre mariage. » Puis posant sa main sur mon épaule en signe d’affection : « Nous ne vous ordonnons pas de l’aimer, mais de jouer le rôle de l’épouse modèle. Accomplissez cette tache et vous obtiendrez la reconnaissance du clan ! »
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Mafalda
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 23 octobre 2017, 21:12

Passé un ennuyeux pèlerinage, mon quotidien à Toshi no Gotei est lassant. Je reçois peu de visites : Yoritomo Akira-san est en famille ; La shugenja étudie de nouvelles prières aux kamis quand son Yojimbo parfait son iajutsu ; Daidoji-san a pour nouvel ami un rônin. Les semaines passent, une à une, dans l’attente d’un sauf-conduit indispensable au départ. La solitude me guette un peu plus chaque jour. Fréquemment je fixe l’horizon, puis m’absente de longues heures, avant de me perdre au-delà de l’immensité de la mer. Je pense à ma sœur : Je m’imagine ses journées, ses visites et ses conversations. Je lui fais vivre de véritables histoires, souvent épiques, parfois tragiques, dignes des plus célèbres pièces de théâtre. Elle est une actrice aux multiples rôles, une pièce de shōgi qui me complait de jouer. Elle est mon échappatoire, le souvenir qui m’empêche de sombrer dans la mélancolie… Puis les nuages se dispersent, le ciel se dégage, nous sommes autorisés à prendre la mer, enfin !

Chaque membre des Possédés de Midkemia reçoit une missive portant le sceau de Doji Hoturi-ue, fils du Champion d’Emeraude Doji Satsume-no-kimi. Il nous invite à suivre le cours du maître calligraphe Doji Yojiro-san en terre Asahina. Profitant du départ de Yoritomo-no-kimi pour la cours d’hiver, nous nous joignons à sa suite. Abandonnant la délégation du clan Mante aux abords du Kyuden Asahina, nous bifurquons vers le village de la Flamme Apaisée. J’en profite pour ravitailler mon nécessaire de calligraphie en bâtons d’encre, pinceaux et papiers. La leçon est donnée dans une vaste demeure surplombant un magnifique étang et un parc enneigé. Il en émane un fort sentiment de paix. Doji Yojiro-san est notre professeur. Je le trouve plus pale et aminci que lors de nos aventures en Midkemia. Doji Ameiko-san, sa femme exquise, semble peu intéressée par la pratique de la calligraphie. En sus de Yoritomo Akira-san, de Daidoji-san, d’Isawa Rin-san, d’Isawa Wai-san et de moi-même, cinq autres élèves sont présents : Doji Takashi-ue, Daimyo de la maison Tsume ; la célèbre actrice Shosuro Tage-sama et sa yojimbo attitrée Shosuro Nagai-san ; deux artisans-phœnix Shiba portant le Mon de l’académie de la province Bachiatari.

Le programme d’une demi-journée d’études est précisément établi. D’abord l’exercice physique : Levés à l’aube, vêtus d’un simple justaucorps, nous partons en longues foulées faire le tour du domaine. A notre retour, nous piquons une tête dans l’eau glacée de l’étang. Ensuite l’exercice de calligraphie : Doji Yojiro-sensei nous donne un kanji à reproduire cinq fois. Après un frugal déjeuner, nous effectuons à nouveau ce processus. Le souper est opportunité au débat, puis vient le temps de la méditation avant de conclure par le coucher. Doji-sensei est un maître dur et rigoureux. Le niveau exigé, celui d’émérite, est inatteignable ! Nos travaux lui paraissent rarement moyens, parfois passables, souvent nuls ! Il n’hésite pas à nous frapper alors pour nous contraindre à nous soumettre, tel le chien face à son maître. Les kanjis pratiqués sont 刀 « Epée », 交差点 « Au croisement », 幼少 « Petite enfance », 鶴 « Grue ». Doji-sensei conserve exclusivement les calligraphies des Possédés de Midkemia. Un après-midi, deux shugenjas Grue arborant le Mon de l’école Asahina, une tête de grue noire tenant dans son bec une fleur de pêche, se présentent au domaine. Doji-sensei leur transmet un coffret en bois contenant nos calligraphies. Une fois les étrangers partis, il nous invite à boire le thé en sa compagnie.

A l’écart des autres élèves, Doji Yojiro-sensei se confie à nous : « J’ai une triste nouvelle, vous n’êtes pas assez compétents ! Face à ce déshonneur, je vais devoir me suicider après vous ! » Daidoji Asami-san nous explique que les Kanjis étaient imposés et rappelle que « Chukandomo » se traduit par « Petite Enfance » en haut rokugani. Affligé, Doji-sensei se repent : « Il y a quelques mois, alors que je préparais mon cours pour les meilleurs calligraphes du royaume tels que Doji Takashi-ue, Shosuro Tage-sama et les artisans Shiba, j’ai reçu deux missives : une, portant le sceau de Doji Hoturi-ue, vous décrivant comme des calligraphes accomplis et demandant de vous inclure au cours ; la seconde, au Mon de la famille Asahina, prescrivant quatre Kanjis et stipulant la remise de vos travaux. » Il poursuit : « Une fois à la cour d’hiver du Kyuden Asahina, vous serez raillé pour avoir usurpé le titre de maître en calligraphie ! » Je précise qu’aucun ici ne s’est jamais désigné de la sorte. Doji-sensei évoque alors une probable erreur administrative.

Daidoji Asami-san du clan Grue estime que ceci n’aurait pas eu lieu sans les nouvelles rumeurs qui entourent l’épée forgée par Doji Yasuguri-sama, puis sous-entend que j’en serai la source ! « Diffamation ! » M’insurge-je. Qui peut croire que le clan Grue ne dispose pas du réseau d’informateurs suffisant pour apprendre la découverte, il y a des mois, de Chukandomo par le clan Mante ? Furieuse, j’assène alors la vérité : « Il n’y a pas d’erreur administrative ! J’accuse le clan Grue d’avoir délibérément ; répandu le mensonge que nous nous présentons comme maîtres-calligraphes ; omis de nous indiquer le niveau réel des cours ; manipulé Doji-sensai en lui donnant instructions ; fait fit de notre accord en se faisant remettre nos essais ! » Le ton monte : « En nous faisant passer pour mythomanes, les Grues cherchent à médire celui qui a fait dernièrement appel à nos services, le clan Mante en la personne de Yoritomo-no-kimi. » Ne pouvant en entendre d’avantage, Daidoji Asami-san me défie en duel : « Demain, à l’aube, au premier sang. » Refusant de retirer mes propos, j’accepte.

L’événement est trop grave pour être gardé secret. Informer mon daimyo de la confrontation est une obligation dont je m’acquitte en écrivant une lettre de ma plus belle plume. Je confie le parchemin à Yoritomo Akira-san et lui demande de le remette au plus vite à Bayushi Shoju-no-kimi. Ce choix n’est pas anodin. En créant cette situation incongrue, un membre du clan Mante remettant un message au champion du clan Scorpion, j’instille le trouble à la cour d’hiver. Bientôt les bruits de couloirs iront bon train ! Les courtisans Grue seront, un moment, comme paralysés. Assez longtemps, je l’espère, pour élaborer notre riposte ! Yoritomo-san court dans la nuit avancée. La neige tombe. Le Kyuden Asahina se trouve à plusieurs lieux du domaine. Faire l’aller-retour avant l’aube est un trop grand exploit pour le bushi du clan Mante, empêtré à son arrivé au palais par les protocoles sécuritaires.

Le duel n’est que prétexte, la défaite acceptable. Alors que je me fais à cette idée et part m’entretenir avec ma championne Shosuro Nagai-san, Doji-ue de la maison Tsume indique à Daidoji-san qu’il s’attend à voir une blessure profonde. Ayant plus tôt entendu ce dernier comparer ce duel à une simple rixe entre une aventurière et une comédienne, je change mon point de vue et souhaite ardemment la victoire. Dans le jardin couvert d’une fine couche de neige automnale, les deux samouraï-ko se jaugent du regard. Seul le souffle glaçant de Tamon, la Fortune du Vent du Nord, brise le silence. Shosuro-san, sabre en arrière, pointe en avant, jaillit en un instant telle le dard du Scorpion. Daidoji Asami-san, blessée à l’épaule, fait un pas pour que le sol sacré du domaine ne soit point souillé par son sang. Shosuro Nagai-san fait de même en tournant légèrement la lame de son katana. En colère, Doji-ue quitte le lieu de la défaite. Daidoji-san le poursuit et lui demande avec conviction la permission de réaliser Seppuku. Le daimyo la rejette puis l’informe que dorénavant cette vendetta est l’apanage exclusif de la famille Doji. Devant se présenter à la cour d’hiver, il salue profondément Doji-sensei, glisse à l’oreille de Shosuro Tage-sama qu’il espère me voir inviter à Kyuden Asahina, puis s’en va sans même un regard.

Yoritomo Akira-san de retour, Doji-sensei nous regroupe autour d’un thé. « L’art n’est point l’apanage des seuls samouraïs. Le vieux Sotaï, un heimin habitant Heisei Shiawase Mura, est maitre calligraphe. Vos potentiels émergeront rapidement à son contact. Vous deviendrez des experts. Une fois ce niveau atteint, vous recevrez alors ma leçon la plus approfondie. Hâtez-vous de le rejoindre, samouraïs-san, la cour d’hiver approche ! » Nous presse-t-il. Après avoir fait nos adieux aux autres élèves, nous coupons à travers les champs enneigés en empruntant de petits sentiers rocailleux. Au bout de deux jours, nous arrivons en vue de l’habitation de Sotaï-sensei, composée d’une large bâtisse en bois, d’un puits, d’une cour, d’un préau et d’une maisonnette. Distante du village, entourée de champs de blé et d’un bosquet touffu, la demeure a dû être offerte au vieux maître par un illustre bienfaiteur afin qu’il se consacre pleinement à son art. Isuimi, la maîtresse de maison, nous accueille avec bienveillance, puis nous présente le sensei Soteï, son fils Tadashi et son meilleur apprenti Yoshi.

Nous nous mettons immédiatement à la tâche. Soteï-sensei est un maître singulier, encourageant ces élèves à faire preuve d’audace et d’initiative. Rien n’est imposé durant l’instruction, l’intention du geste prévaut sur son exécution. La nuit tombée, pendant le diner, Sotaï-sensei nous fait part de ses craintes : « Voilà trois semaines que le Yoriki Daidoji-sama et ses doshins sont portés pales. Or d’étranges rônins ont été aperçus aux abords du village. Nul doute qu’ils attaqueront tôt ou tard ! Votre venue est un véritable soulagement. Je remercie de tout mon cœur Doji Yojiro-sama d’avoir répondu à ma requête ! » Mes compagnons, friands de mystères, sollicitent notre hôte. Je reste silencieuse, interrogative. Quelle est la véritable raison de notre venue ici ? A quoi joue Doji-san ? Est-il réellement de notre côté ? Dans notre chambre, Isawa Rin-san, ressentant un mauvais pressentiment, souhaite monter la garde. Fatiguée par les élucubrations de la shugenja, je hausse les épaules et part me coucher.

Au matin, prétextant l’exercice physique, la shugenja et les trois bushis descendent au village. Sachant pertinemment qu’ils auront tout au tard besoin des services d’une habile courtisane, je les accompagne. Après une visite chez le yoriki, victime tout comme ses doshins d’un mal inconnu, nous trouvons dans le bosquet des traces profondes et nombreuses. Communiant avec les kamis grâce au talent d’Isawa Rin-san, nous apprenons que les individus sont corpulents, vêtus d’une armure légère blanche et grise. Ils portent à la ceinture, le katana et le sai. Yoritomo-san pistent le curieux groupe à travers bois jusqu’à un promontoire rocheux surplombant le bourg voisin. Tout comme à Heisei Shiawase Mura, le yoriki local et ses hommes sont malades. Seule la présence d’un entrepôt commercial de la famille Yasuki et de samouraïs du clan mineur Libellule pour le protéger distingue ce village du précédent. Pour poursuivre nos investigations le lendemain, nous prenons des chambres à l’auberge.

« Nous narrons les légendes des héros pour nous souvenir que nous pouvons-nous aussi être grands. » Tel est le crédo de mon temple, l’Ordre des Héros. Je suis Ryu, moine itinérant, disciple du Tao, du Dragon Tonnerre et de la Fortune Goemon. Je parcours les routes de l’Empire à la recherche des menaces et problèmes existants, ainsi que des individus ayant le talent nécessaire de s’en charger. Parfois, au détour d’un chemin, j’assiste discrètement à la naissance de héros et de légendes dont les récits seront contés par de nombreux romans et pièces au fil de l’histoire. Quelquefois aussi, j’assiste à leur mort car comme disait Shinsei : « Chaque commencement est la trame d’une fin et chaque histoire a sa conclusion. Dans tout berceau repose l’ombre de la tombe. » En ce jour, le Baiser d’Emma-O rend son dernier souffle, balayés par les Ténèbres. Ses compagnons l’entourent, agonisants, mais en vie grâce à la pugnacité de l’oiseau de feu. « Quand dix mille hommes s’affrontent au milieu du cliquetis des armes et du brasier, c’est toujours l’acte d’un seul homme qui fait la différence. »
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar Mafalda » 07 novembre 2017, 00:33

La dernière version PDF des résumés:
Goshippu - L'art du commérage.pdf
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Re: L5R4 - Campagne de Didfool

Message non lupar ombrelame » 06 décembre 2017, 16:24

Dédicace à Naru qui est revenu du Jigoku pour me saluer aujourd'hui, se mêlant aux lectures aléatoires de youtube ;)

https://www.youtube.com/watch?v=GvD3CHA ... 4&index=27

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