Terre du Milieu - Système J

Réservé aux membres.
Résumé, compte rendu, impression des joueurs des séances précédente.
Récit et nouvelle en tout genre.
Avatar de l’utilisateur
Niemal
Membre actif
Messages : 2340
Enregistré le : 12 juillet 2007, 12:12

Grand Nord - 15e partie : spectre, baleine et dragons

Message non lupar Niemal » 09 avril 2018, 13:07

1 - Passé trouble et blessures présentes
Vif ne percevait plus aucune menace à proximité, mais le groupe ne manquait pas de pain sur la planche. Le corps de Gorovod fut fouillé et dépouillé de ses possessions : ses robes de cuir sombre étaient ainsi très légères mais d'une incroyable solidité. Il portait également une espèce de masse d'armes qui était aussi le symbole de son poste de Fhalaugash, le Grand Sorcier de Dol Guldur, une espèce de sceptre qui accroissait la magie ténébreuse de son possesseur. Sans parler d'une dague particulièrement affûtée et de divers autres objets non magiques. Malheureusement, aux perceptions enchantées du hobbit ou à l'analyse magique de l'archer-magicien, robes et masse étaient enveloppées d'une aura maléfique qui suggérait la corruption plus ou moins rapide de son porteur. Néanmoins Drilun ne put se résoudre à tenter de détruire la masse ou à l'abandonner dans les flots, et il la garda par-devers lui. Plus tard, Dwimfa, qui avait pu récupérer toutes ses flèches, hérita des robes noires du sorcier. Son passé d'aventurier lui avait permis de développer une certaine résistance à toute forme d'influence mentale.

Il fallut assez vite constituer un abri dans les débris de leur caverne écroulée, avec l'aide des barques utilisées par les orcs. Les anciennes barques des aventuriers, réduites en allumettes, servirent à faire un feu pour réchauffer le groupe et permettre une infusion d'athelas, dont Taurgil se servit pour traiter deux blessures : celle de Geralt, au corps brisé par la magie du démon du froid, et celle de la lionne enchantée, dont la patte avait été une nouvelle fois brûlée par le sang corrosif du dragon qu'elle avait abattu. Ce fut aussi l'occasion d'écouter l'Homme des Bois qu'ils étaient venus chercher parler davantage de lui, de ses expériences mais aussi de certains de ses objets. En effet, Dwimfa avait sur lui nombre de babioles enchantées, dont l'une d'elles était une arme redoutable dont ils avaient déjà pu juger de l'efficacité : Morang, ce qui signifie "Fer/Acier Noir" en sindarin, d'après la couleur de sa lame. On lui avait dit qu'elle était peut-être la petite sœur d'Anglachel et Anguirel, célèbres et mortelles épées fabriquées par l'Elfe Noir, Eöl, au cours du Premier Âge...

C'était une épée qui pouvait changer de taille au gré de la volonté de son porteur, et qui possédait une lame tellement tranchante qu'elle ignorait les armures hormis les plus solides ou magiques. En revanche, cette arme était littéralement assoiffée du sang et de la vie des victimes, et elle poussait son porteur à combattre tant qu'il ne restait personne de vivant à proximité. Heureusement, l'Homme des Bois, ayant longtemps été possédé par un démon - ses anciens amis et lui découvrirent sur le tard qu'il s'agissait d'Eloeklo - il avait pu développer une résistance spéciale contre l'influence d'êtres ou d'objets maléfiques tels que Morang. Lorsqu'il était parmi les Lossoth, privé de sa mémoire, Dwimfa n'aimait pas se servir de cette arme, même s'il arrivait à lui résister. A présent qu'il s'en rappelait toute l'origine et les risques associés, elle servirait davantage, même si ce ne serait jamais son arme de prédilection : il restait avant tout un archer et un franc-tireur, habitué aux embuscades et à tuer par surprise, pas à combattre en face à face...

L'Homme des Bois était aussi un Losson à présent, et il pressa le groupe de venir l'aider : Andalónil et Gorovod avaient tué et blessé de nombreuses personnes parmi les siens, et il savait que le groupe possédait en son sein de formidables guérisseurs. Il allait retourner dans l'iceberg du clan, l'Étoile du Nord, après un peu de repos. Il pressa donc les aventuriers de l'accompagner pour aider du mieux qu'ils pourraient. Bien sûr, Geralt n'était pas transportable pour l'instant, le temps que la magie des soins dont il avait bénéficié ne fasse pleinement effet. Mais à présent que les risques avaient été neutralisés, il était possible de scinder l'équipe en deux : une partie, dont Taurgil et Isilmë, pourraient accompagner Dwimfa, tandis que les autres resteraient pour veiller sur le maître-assassin et lui prodiguer des soins jusqu'à ce qu'il soit assez en forme pour reprendre la mer. Ce qui fut fait : Drilun et Vif restèrent avec le balafré aux cheveux blancs, tandis que les autres partirent avec l'Homme des Bois losson après une bonne nuit de repos.

En empruntant les barques laissées par les orcs, elles-mêmes prises à des Hommes des Glaces massacrés trois jours auparavant, ils arrivèrent à l'iceberg d'Aime le Poisson après une heure de voyage rapide et sans souci. Ils découvrirent un grand iceberg déjà pris par les glaces environnantes, et qui avait subi de nombreux dégâts internes, par le feu notamment. De très nombreuses personnes avaient péri, souvent les meilleurs chasseurs ou pêcheurs, et la moitié de ceux qui restaient étaient blessés, pour certains assez gravement. Rapidement, les aventuriers se mirent à la tâche, elfe et Dúnadan utilisant leurs magies pour aider les visaat du clan à sauver les plus atteints, y compris certains qui étaient jugés impossibles à soigner. Pendant ce temps-là, Dwimfa partait avec les siens chasser la baleine ou d'autres gibiers - de nombreux stocks de provisions avaient été détruits - tandis que Rob faisait preuve de ses talents de cuisinier pour remonter le moral des survivants, sans parler de se servir de sa bonne humeur et son aspect inoffensif pour calmer voire amuser ses hôtes et en particulier les enfants. Et Mordin faisait du mieux qu'il pouvait pour aider à la réparation de l'iceberg ou au nettoyage des dégâts matériels ou humains laissés derrière eux par les ennemis du groupe...

2 - Guérisons
Geralt souffrait de nombreuses fractures, aux côtes essentiellement, qui l'immobilisaient. La magie du Dúnadan héritier des rois du Rhudaur mettrait une journée entière à faire effet, et permettrait de réduire considérablement la gravité de la blessure, à défaut de la guérir totalement. Mais après cela, la magie de l'archère elfe prendrait le relais et devait accélérer la guérison naturelle de l'Eriadorien, et s'assurer que tout se passerait bien, renforçant les capacités du corps à surmonter d'éventuelles rechutes liées à l'état de faiblesse du blessé. Ainsi, en très peu de temps, le maître-assassin pourrait-il être sur pied alors qu'il lui aurait fallu au moins un mois avant de pouvoir se lever. Il était donc forcé de garder le lit, ce qui lui convenait parfaitement, même si le site n'était pas le meilleur pour sa convalescence.

Lui et ses deux amis reçurent la visite d'Isilmë plusieurs fois par la suite : à l'aide de la longue-vue et de ses capacités d'elfe, elle pouvait repérer l'iceberg où ils avaient combattu, depuis celui d'Aime le Poisson. Lorsque la guérison du maître-assassin fut bien avancée, elle put le rapatrier jusqu'à la demeure des Lossoth où il put achever tranquillement son rétablissement. Elle revint également pour Drilun et Vif, afin de les ramener eux aussi à bon port. En attendant, le premier s'occupait en faisant des flèches magiques capables d'abattre plus facilement leurs adversaires en recherchant leurs points faibles. Quant à la seconde, elle recommençait à avoir de l'appétit, n'ayant pas mangé depuis plusieurs jours. Elle brisa donc la glace pour accéder à l'eau, et appâta des poissons avec des morceaux d'orc. Poissons qui à leur tour finirent par attirer un phoque, qui découvrit un peu tard un nouveau prédateur qui aimait bien sa chair...

Sur l'Étoile du Nord, l'iceberg qui hébergeait le clan d'Aime le Poisson et Dwimfa et à présent les aventuriers, les deux soigneurs du groupe avaient passé une journée entière à utiliser leur magie pour sauver des vies et favoriser la guérison du plus grand nombre. Et ce, avec succès : les morts se comptèrent sur les doigts d'une main, alors qu'à leur arrivée une trentaine de Lossoth étaient dans un état plus que préoccupant, malgré les efforts des soigneurs lossoth, efforts limités vu l'ampleur de la tâche. D'autant que, selon la tradition du peuple du Grand Nord, les personnes les plus blessées et les moins susceptibles de guérir étaient les moins prioritaires. En effet, la source de soins et la nourriture étant limitées, pour la bonne survie du clan il ne fallait pas consacrer trop d'efforts aux cas les plus graves, car ils risquaient d'être un fardeau pour l'ensemble du clan. D'eux-mêmes, certains Lossoth blessés n'avaient pas voulu être soignés, s'estimant être potentiellement plus une charge ou une menace pour le groupe qu'autre chose. Il avait donc fallu les convaincre qu'ils pourraient vite retrouver la santé et que les problèmes de nourriture seraient résolus par ailleurs, avant même leur guérison.

Et c'est quelque chose que Dwimfa expliqua bien à ses nouveaux compagnons : le combat contre Gorovod et Andalónil, pour ne rien dire des orcs qui les accompagnaient ou du dragon resté à l'extérieur, avait mis en péril l'ensemble du clan vu la perte de nombreux stocks de vivres. Les clans proches ne pourraient aider, ou de façon très limitée, sans se mettre eux-mêmes en péril. Il fallait donc reconstituer ces stocks au plus vite, avant le début de la mauvaise saison, ce qui paraissait quasiment insurmontable au vu des pertes occasionnées. Aller chasser et pêcher était donc au moins voire plus important que de sauver les blessés. Nombre d'entre eux, s'ils avaient conscience d'être un fardeau pour le clan, préféreraient mettre fin à leurs jours plutôt que de risquer d'être en partie la cause d'une famine pour leurs proches en meilleure santé.

Les aventuriers valides - Geralt n'en faisait bien entendu pas partie - utilisèrent leur second jour parmi leurs hôtes pour reconstituer lesdites réserves de nourriture, faisant de leur mieux pour pêcher ou chasser et ramener le plus possible de viande pour passer la mauvaise saison. Vif en particulier, partie chasser à terre, ramena trois rennes à elle seule. Mais, malgré l'importance de leur chasse, les aventuriers se rendirent compte que cela ne représentait pas grand-chose lorsqu'il s'agissait de nourrir deux cents personnes, dont de nombreux blessés et enfants qui avaient davantage besoin de se nourrir. Peut-être que les stocks pourraient être reconstitués avec l'aide du groupe, mais il faudrait encore sans doute des semaines avant d'y arriver, délai que Taurgil et ses amis n'étaient pas prêts à consacrer...

A moins de rapporter un vraiment gros gibier, tel qu'une baleine de bonne taille. Le problème était que le clan manquait un peu de chasseurs, à présent. La chasse à la baleine était quelque chose de dangereux, en particulier avec les grosses. Les chasseurs valides étaient donc d'autant moins enclins à mettre leur vie en danger, sachant qu'ils étaient nécessaires à la survie du clan. Ils se limitaient donc à la chasse de quelques baleines parmi les plus petites, plus faciles à attaquer avec un nombre réduit de personnes. Et puis les glaces allaient bientôt finir de se former et cette chasse ne serait plus possible d'ici deux semaines au plus. Lorsque des aventuriers émirent l'idée d'aller chasser une baleine assez grosse, eux qui ne l'avaient jamais fait, Dwimfa leur expliqua que ce n'était pas forcément une idée très judicieuse. Néanmoins il accepta d'en parler à son clan et de creuser la chose. En effet, au-delà de la réalisation pratique, il fallait être en harmonie avec l'environnement, les baleines elles-mêmes, et les esprits qui veillaient sur le clan et le Grand Nord. Ce qui ne pouvait pas forcément être fait par n'importe qui ou dans n'importe quelles conditions.

3 - Épreuve initiatique
Les visaat du clan furent donc consultés, et, par leur intermédiaire, les esprits qui veillaient sur tout ce beau monde. Au final, les aventuriers reçurent un avis favorable pour une chasse à la baleine afin de sauver le clan de la famine. Mais cela ne pouvait pas se faire n'importe comment, et plusieurs conditions furent avancées :
- les participants devaient au préalable se soumettre à un rituel de purification spécial
- aucune arme maléfique, sous-entendu contraire à l'harmonie du Grand Nord, ne devait être employée
- un harpon spécialement enchanté devait servir pour la chasse, tel que celui qui avait été donné au groupe et remis à Dwimfa, qui savait le mieux s'en servir

Au final, toutes les conditions semblaient remplies ou à même d'être remplies : Dwimfa accompagnerait le groupe avec le harpon enchanté, les autres utiliseraient les armes sans malédiction ou corruption d'aucune sorte, et le rituel ne poserait aucune difficulté. Le groupe en avait déjà expérimenté un par le passé, et ce n'était pas pour eux un problème d'en subir un nouveau. Aussi les préparatifs furent-ils rapidement mis en place afin de réaliser ce fameux rituel, et tous les membres du groupe qui prendraient part à la chasse à la baleine furent bientôt réunis : Isilmë, Drilun, Dwimfa, Taurgil et Vif. Geralt ne tenait pas à participer, peut-être plus par flemme que pour laisser son corps finir de guérir. Pour Mordin, l'omniprésence de l'élément marin et sa difficulté à nager l'avaient fait décliner la proposition. Quant à Rob, les risques semblaient trop élevés pour sa petite personne, d'autant que les grosses baleines n'étaient pas très sensibles aux flèches vu l'épaisseur de leur cuir et de la couche de graisse sous-cutanée qui les isolait du froid...

Les cinq aventuriers furent donc bientôt réunis dans une pièce isolée où ils se prêtèrent de bonne grâce à un nouveau rituel comprenant quelques peintures et de nombreux chants. Ils parlaient tous à peu près suffisamment le labba pour pouvoir suivre le rituel et interagir avec la visaas qui conduisait la cérémonie, et tout se passa de manière très satisfaisante. Puis, vers la fin du rituel, une poudre blanche fut déposée dans un petit brasero au centre de la pièce, tandis que la Losson qui avait conduit leur rituel sortait du lieu et en fermait l'unique accès, tout en leur parlant d'une ultime épreuve à accomplir afin de recevoir la bénédiction des esprits du clan et de nombreux autres. Une étrange fumée se diffusa dans la pièce, bientôt inhalée par les cinq aventuriers dont la vision fut bientôt obscurcie. Lorsqu'ils purent à nouveau y voir, la pièce avait disparu : ils se trouvaient sur une banquise sans aucun autre signe à perte de vue, tous les cinq, équipés de leur matériel habituel. Ils y voyaient même si le ciel était gris, sans lune ni soleil, avec par endroit des espèces de vagues de couleur qui ondulaient çà et là. Enfin, des espèces de taches lumineuses étaient présentes dans le ciel, qui bougeaient parfois, comme de drôles d'oiseaux intelligents qui les observaient... Après avoir expérimenté un peu, Vif découvrit qu'elle pouvait apparaître sous sa forme humaine si elle le désirait, ou même rester sous sa forme animale et parler comme si elle était encore humaine.

Aux perceptions de plusieurs d'entre eux, l'endroit n'était pas réel ou du moins pas matériel, et ils soupçonnèrent fortement être en transe et parcourir à présent le monde des esprits à la manière dont les sages et nommeurs d'esprit lossoth pouvaient l'expérimenter. Les taches lumineuses étaient peut-être la manifestation des esprits qui les observaient, attendant de voir comment ils se comporteraient lors de cette fameuse épreuve dont personne ne voyait le commencement. Jusqu'à ce que Vif distinguât, loin à l'horizon, une petite silhouette noire qui marchait dans leur direction. A l'opposé, un petit trait bleuté laissait penser à une surface d'eau lointaine. Tandis qu'elle se rapprochait, d'autres purent repérer la silhouette indistincte qui ne semblait pas être vêtue d'habits noirs mais plutôt d'ombre. Petit à petit, une certaine aura de peur commença à la précéder, et les derniers doutes concernant son identité s'évanouirent : elle représentait certainement le spectre qu'ils avaient déjà rencontré de loin et qui était à leur poursuite avec feu Gorovod et Andalónil. L'épreuve devait donc concerner la manière de l'éliminer ou d'y échapper.

Après un moment ils commencèrent à s'éloigner de l'ombre qui les suivait et se rapprochait. S'ils se séparaient les uns des autres, elle avait tendance à aller vers les plus proches. Mais rapidement un nouvel élément de l'épreuve apparut : le territoire sur lequel les aventuriers progressaient se contractait parfois de manière brutale, et ils se retrouvaient brusquement à l'extrémité de la banquise chaque fois qu'ils cherchaient à fuir le spectre qui se rapprochait. Ainsi, petit à petit, la banquise sur laquelle ils marchaient se réduisait et avec elle la distance au spectre. Certains comme Taurgil jouèrent avec la chose de manière à diminuer encore plus vite leur espace vital, afin de se retrouver très près de leur adversaire, l'entourant de tous les côtés, dos à la mer glacée qui les encerclait tous. Isilmë tira une flèche qui pénétra l'obscurité qui servait de vêtement au spectre, sans manifestement lui faire le moindre mal. Arrivant à portée d'arme, Taurgil enfonça son épée dans la créature, après avoir esquivé celle que le spectre avait sortie de l'ombre, sans aucun effet notable. Dans le monde des esprits, les attaques physiques ne semblaient pas la déranger outre mesure...

Taurgil et Vif en eurent encore la preuve quand ils tentèrent de voler dans les plumes de la créature : ils se heurtèrent à un vrai mur, et c'est tout juste s'ils le firent un peu bouger. En revanche, petit à petit, les aventuriers trouvèrent des moyens de l'affecter : les soins magiques d'Isilmë semblaient la blesser, de même que la lumière du bâton de Drilun, plutôt que ses coups. Les éléments naturels l'affectaient, et Vif tenta une vieille chanson de chez elle, une berceuse célébrant la vie et l'amour, qui fut bientôt reprise par Dwimfa, et qui paraissait également incommoder la créature. La lionne enchantée essayait également de s'interposer entre la créature et ses amis, créature qui de toute manière ne pouvait plus vraiment attaquer : les cinq aventuriers étaient trop proches d'elle, et certains essayaient de la déséquilibrer, de lutter avec elle pour l'immobiliser ou au moins la gêner. Avec un certain succès.

Mais à défaut de coups, l'ombre disposait d'une autre manière d'affecter ses adversaires : de ses mains puis de tout son corps émana un froid glacial qui finit par pénétrer le corps de chacun et grandit petit à petit. Rapidement leurs corps se gelaient et ils avaient très peu de temps pour trouver comment tuer le spectre. L'Homme des Bois et Losson depuis peu sentit aussi une présence bienveillante, en attente, tandis que Vif percevait au loin une indéfinissable musique qu'elle avait parfois entendue sous l'eau : le chant des baleines. Dwimfa comprit alors que la destruction de la créature ne pouvait se faire qu'avec l'aide des esprits du Grand Nord, dont ceux de la mer, et il les appela bientôt. C'est alors qu'une immense baleine émergea tout près de leur morceau de banquise où ils se tenaient tous les cinq autour du spectre, et ouvrit grand la bouche qui était bordée de nombreuses dents, comme pour les avaler. Tandis que le gel gagnait leur corps, les aventuriers tentèrent de faire basculer l'ombre et eux dans la bouche grande ouverte, et comprirent qu'ils ne pouvaient y arriver que s'ils le faisaient tous les cinq en même temps. Le dernier aventurier prit enfin le spectre à bras le corps malgré le froid mortel, et ils basculèrent tous dans la gueule du cachalot...

4 - Chasse mouvementée
Le groupe se réveilla dans la pièce du rituel. Si les douleurs physiques de leur expérience onirique avaient totalement disparu, le stress émotionnel qu'ils avaient vécu était lui encore bien présent. Néanmoins ils se sentaient soulagés d'avoir passé cette épreuve qui aurait pu avoir des conséquences bien plus grandes qu'ils ne s'y attendaient. Plus tard, la visaas qui rouvrit la porte de la salle du rituel confirma qu'une mort était tout à fait possible dans le monde des esprits... En tout cas, ils étaient à présent prêts à cette fameuse chasse à la baleine, et ils n'allaient pas plus attendre. Grâce à ses sorts de voyance, Drilun put sans grand mal repérer à distance des baleines isolées de la taille qui intéressait le groupe : pas les petites, mais plutôt celles de bonne taille, sans viser les plus grosses non plus. Attaquer une grosse baleine à cinq paraissait déjà quelque chose de complètement fou pour Dwimfa, alors il était inutile de chercher à s'attaquer à quelque chose de trop gros. Une baleine de bonne taille, s'ils arrivaient à la tuer et à la ramener à l'iceberg, serait suffisante pour éviter la famine au clan d'Aime le Poisson, et cela seul comptait. Tuer un gibier trop gros pour les besoins des Lossoth était contraire à leurs valeurs et à l'harmonie dans laquelle ils vivaient.

Le groupe se prépara donc, tout en écoutant les conseils de l'Homme des Bois devenu Losson et encore plus du très bon chasseur de baleine qu'était Pitää Kalasta ("Aime le Poisson"). Le problème était que les baleines, et en particulier les grosses, pouvaient facilement fuir les prédateurs à la surface, à moins d'être rapidement et gravement blessées. Une attaque sur une grosse baleine nécessitait donc de nombreux chasseurs discrets, tant pour l'entourer et l'approcher sans la mettre en fuite, que pour la blesser rapidement. Une baleine faiblement blessée pouvait en effet se défendre et faire facilement tomber à l'eau même les meilleurs chasseurs, sans parler de plonger et de se trouver hors de portée des Lossoth. Mais comment s'y prendre, à seulement cinq ?

C'est bientôt la principale question que se posèrent les cinq aventuriers partis pour leur folle expédition. Le ciel était à peine éclairé par un soleil très bas sur l'horizon - à cette période de l'année et autant au nord, le soleil ne faisait qu'une très courte apparition - quand ils avaient fini par repérer leur cible. Il leur avait fallu ramer deux bonnes heures dans la nuit puis l'aube qui était déjà un crépuscule, avant de se rapprocher de la baleine à la taille convenable qu'ils cherchaient. Isilmë était dans une barque avec Drilun, Taurgil en partageait une autre avec Dwimfa, tandis que Vif en occupait une dernière à elle seule, remorquée par les autres. Mais ils s'aperçurent vite que dès qu'ils se rapprochaient trop, la baleine s'éloignait un peu sans grand effort. Elle percevait la présence de leurs barques et se débrouillait pour ne pas les laisser approcher trop. Comment faire pour la coincer avec trois barques, dont seulement deux étaient maniées par des rameurs un minimum chevronnés, à savoir Dwimfa et Isilmë ?

La magie fut appelée en renfort : l'archer-magicien dunéen utilisa un de ses sorts d'illusion pour faire passer Vif et Taurgil pour des petits baleineaux aux sens du grand cétacé. La première était assez endurante et naturellement isolée pour pouvoir supporter un bain dans l'eau glacée un bon moment, et le Dúnadan possédait sur lui une dague enchantée qui le protégeait magiquement du froid. Tous deux approchèrent donc chacun un flanc différent de la baleine, tandis que l'Homme des Bois devenu Homme des Neiges approchait par l'arrière, côté queue du cétacé et un peu de côté ; la barque des deux archers, elle, était plutôt du côté de la tête. Lorsque la lionne et le grand rôdeur furent à peu près au contact de la baleine, Dwimfa et Isilmë approchèrent du grand corps avec mille précautions, en essayant de ramer le plus délicatement possible, sans faire de vagues ou autres vibrations qui pourraient prévenir la baleine de leur approche. Ils parvinrent ainsi à la moitié d'une portée d'arc.

Taurgil planta alors sa dague et son épée dans le flanc droit de la grande bête, tandis que Vif utilisait ses pattes puissantes et griffues pour blesser et surtout s'accrocher au flanc gauche de la baleine. Ladite baleine ne mit pas longtemps avant de réagir, se soulevant hors de l'eau sur le côté droit, le moins douloureux. Autrement dit, le rôdeur dúnadan plongea brusquement sous l'eau, se cramponnant fermement à ses deux armes plantées dans la peau épaisse de la baleine, tandis que la lionne enchantée était propulsée en l'air au sommet de la créature, comme pour un fantastique rodéo. Elle s'accrochait de ses quatre pattes aux griffes acérées, et la baleine ne put la déloger de là. D'autant que ce ne fut pas tout : une flèche de Drilun lui creva un œil, celui qu'elle avait sorti de l'eau en roulant sur le côté. Ce ne fut pas suffisant pour la tuer, mais cela s'ajouta à la grave blessure que la lionne lui avait faite, et la priva peut-être d'assez de lucidité pour l'empêcher assez longtemps de fuir.

Ce qui ne veut pas dire qu'elle resta immobile à rien faire : sa queue battit les flots dans ses efforts pour se cambrer et faire se décrocher la féline Femme des Bois accrochée à son flanc - sans succès. Dwimfa subit donc l'assaut d'une belle vague qu'il arriva heureusement à escalader sans mal avec sa barque, et il pagaya avec énergie pour se rapprocher ensuite de la baleine qui s'éloignait. Pour la guerrière et archère elfe, et grande maîtresse des embarcations au sein du groupe, ce fut le contraire : elle vit brutalement arriver la très grande créature dont le volume n'avait rien à envier avec celui du plus gros des dragons ! Elle fit donc faire demi-tour à toute allure à sa barque - sans parler de celle de la lionne qui y était attachée - et tenta de s'éloigner du mieux qu'elle pouvait de la trajectoire du cétacé blessé. Mais elle n'en eut pas le temps... ou du moins pas complètement.

En effet, Vif avait petit à petit réussi à se rapprocher de l'œil crevé de la baleine, non sans lui causer de nouvelles blessures. Tandis que le rôdeur sous-marin continuait à retenir sa respiration, accroché au flanc droit de la bête grâce à ses dague et épée, tandis que Dwimfa se rapprochait enfin du corps du cétacé et prenait son harpon enchanté, prêt à sauter sur la baleine blessée, tandis que Drilun et Isilmë voyaient s'approcher dangereusement le grand cétacé, Vif enfonça sa patte puissante à travers l'œil crevé de leur gibier, et plus profondément que la flèche de Drilun ne l'avait pu. Dans un sursaut d'agonie, la baleine se dressa en l'air, laissant juste assez de temps à l'Homme des Bois pour lui sauter dessus et planter son harpon dans son corps. Un bref moment, Taurgil se retrouva hors de l'eau, et en fin de compte il choisit de lâcher ses armes quand il eut compris que la baleine allait lui retomber dessus de tout son poids. Et en plus, elle retombait sur les barques menées par l'elfe... ou du moins sur celle que Vif avait occupée pour venir. Dans un sursaut de vigueur Isilmë fit bondir en avant son embarcation, assez pour éviter de voir la baleine blessée lui retomber dessus. La barque qu'elle remorquait, celle de Vif, n'eut pas cette chance et fut complètement brisée, et l'elfe arriva à stabiliser sa barque et à éviter de chavirer, et dans le même temps donner la main à Drilun qui avait en partie volé dans les airs. Ce dernier retomba les jambes dans l'eau, un bras sur un côté de la barque et l'autre tenu fermement par la main de sa chère amie. Taurgil nageait non loin de là, Vif et Dwimfa étaient accrochés au corps de la baleine qui ne bougeait plus, morte...

5 - Suite à donner
L'archer-magicien remonta dans la barque avant que l'eau glaciale ne pénètre trop dans ses vêtements. L'Homme des Bois regagna la sienne, et le grand Dúnadan récupéra ses armes sur le corps de la baleine - et en particulier la dague qui le protégeait magiquement du froid - pendant qu'il le pouvait encore, en claquant des dents, avant de regagner à son tour la barque maniée par Dwimfa. La lionne enchantée restait calmement juchée sur le corps du grand cétacé, long de plus d'une quinzaine de pas de long : elle n'avait plus de barque mais trouvait ce nouveau vaisseau bien plus stable et pratique pour elle ! Par contre, à deux barques, ramener le corps gigantesque, bien plus gros qu'aucun dragon que le groupe avait jamais vu, risquait de ne pas être de tout repos... En fait il fallut quérir l'aide des Chasseurs des Mers du clan d'Aime le Poisson, qui ne furent que trop heureux de venir prêter main-forte. La baleine tuée faisait partie d'une des plus grandes espèces de cétacé de la région. De toutes celles que les Lossoth chassaient elle possédait la plus grande bouche, l'absence de nageoire dorsale, et une couche de lard d'environ un pied et demi d'épaisseur sous la peau, la plus épaisse de toutes les espèces ! Elle pourrait probablement nourrir le clan à elle seule pendant plusieurs mois... Et dire qu'il n'avait suffi que de cinq personnes pour l'abattre !

En plus de remercier les aventuriers, les gens du clan Merilintu ("oiseau de mer") remercièrent les esprits pour ce cadeau, et la baleine, ou plutôt son esprit, pour son sacrifice qui allait permettre au clan d'adoption de Dwimfa de survivre cet hiver. Ils considéraient la baleine véritablement comme un individu, d'autant que certains la connaissaient apparemment : les Lossoth racontèrent aux aventuriers que ces baleines étaient de couleur sombre mais elles avaient toutes une tache blanche sur le menton dont la forme variait selon les individus, et qui permettait de les reconnaître. De plus, ces baleines vivaient bien plus longtemps qu'aucun homme, certaines étaient l'objet de récits qui se transmettaient de génération en génération, les visaat affirmant que les plus vieilles étaient âgées d'au moins deux siècles... Et elles avaient la réputation d'être très intelligentes et de beaucoup chanter.

Malgré les nombreux morts récents, la soirée fut assez festive sur l'Étoile du Nord, l'iceberg hébergeant les aventuriers et leurs hôtes. Mais Vif et ses amis ne firent pas trop attention à cela, tellement ils étaient occupés à planifier leur prochain voyage. Conformément à ce qu'il avait dit, Dwimfa accompagnerait le groupe maintenant que son peuple était à l'abri de la famine. Dès le lendemain, les aventuriers repartiraient. Mais vers où, et comment ? Une majorité se dégagea vite pour retourner voir les elfes des Brumes Éternelles, mais la manière d'y aller fit davantage débat. Par la terre, à l'ouest ou à l'est de la baie ? Par la mer, si c'était encore possible ? Par ailleurs, les visaat du clan apportèrent des informations qui donnèrent à réfléchir à Taurgil et ses amis : le cavalier noir aux allures de spectre, dont ils avaient combattu l'avatar dans le monde des esprits, aurait été vu en train de débarquer d'un navire loin au sud-est, avant de remonter vers le nord à la tête d'une troupe de guerriers. Cela surprit le groupe, qui ne pensait pas qu'il était capable d'aller sur l'eau...

De toute manière, leur ennemi était encore très loin d'eux, ils avaient tout le temps de rejoindre les elfes, qui devaient leur fournir de nouveaux matériels enchantés. Sans parler de peut-être équiper mieux leur nouveau compagnon. L'iceberg qui les hébergeait était très proche de la côte est de la baie, et plusieurs pensaient qu'il serait préférable de passer par là. Néanmoins, entendre parler de leur noir poursuivant les fit réfléchir et la voie des eaux fut plus sérieusement envisagée. Mais était-ce possible ? Les glaces allaient bientôt finir de recouvrir les eaux de la baie... Cela étant, le voyage ne serait pas long et au milieu de la baie, les eaux chaudes du lac de Brumes Éternelles se déversaient dans la baie et maintiendraient un chenal libre de glace encore une semaine ou deux. C'est donc en fin de compte la voie qui fut choisie.

Après une nuit de repos, les nouveaux compagnons de Dwimfa découvrirent que le temps avait changé pendant la nuit : il neigeait dru et le vent du Nord soufflait bien fort, le genre de temps à ne pas mettre un Homme des Neiges - ou n'importe quelle homme voire nain ou elfe, sans parler du hobbit - dehors. D'un autre côté, Drilun rappela qu'il pouvait maîtriser le temps magiquement et le calmer suffisamment autour d'eux pour leur permettre de prendre les barques et d'avancer. Sa magie serait certainement perceptible à des lieues à la ronde, mais de toute manière ils étaient tellement bardés de magie, tous qu'ils étaient, que cela ne changerait pas grand-chose. Et en plus, le mauvais temps rendrait leur voyage plus tranquille, les dragons ne risquaient pas de les voir approcher. En fin de compte, les huit hommes, nain, elfe et hobbit prirent congé de leurs hôtes après de nombreux remerciements mutuels, et ils partirent dans le matin nocturne. De toute manière, avec le temps qu'il faisait, ils ne verraient pas du tout le soleil se lever un bref moment au-dessus de l'horizon. Grâce à la zone de calme relatif établie par l'archer-magicien dunéen, Isilmë pouvait repérer la côte est ou suivre le long des glaces qui l'obstruaient, et ainsi s'assurer qu'ils allaient bien dans la bonne direction, vers le nord.

6 - Fuite sur glace
Entre le vent du Nord et le courant marin qui allait dans le même sens, la progression, toute rectiligne qu'elle fût, était loin d'être reposante. Si pour Isilmë et Dwimfa cela représentait un effort mesuré, il était bien plus grand pour Taurgil, Mordin ou Geralt. Les tentatives de Drilun d'aider son amie à pagayer entraînèrent plus d'inconvénients que d'avancées, et la belle elfe finit par dire à son cher ami qu'elle préférait qu'il se reposât tranquillement pendant qu'elle faisait avancer leur barque... et celle de Vif et Rob, qui était attachée à la leur, aucun des deux n'ayant goût à l'art de la rame. La magie des soins de la guerrière et archère elfe servit parfois à soulager les corps de leur fatigue, et permettre de progresser un peu plus loin. Mais cela ne dura qu'un temps, et n'eut pas beaucoup d'effet sur le moral du maître-assassin, qui chutait presque aussi vite que son endurance.

Au bout d'un moment, il fallut bien se résoudre à prendre du repos. Mais comment ? Les eaux libres de glace, avec leur courant, les ramèneraient inexorablement vers le sud s'ils cessaient de ramer. Et il n'était pas possible d'aller à terre : les glaces qu'ils longeaient étaient peut-être assez solides pour supporter le poids d'une lourde personne près de la côte, mais pas en bordure des eaux glacées sur lesquelles ils avançaient. En fin de compte, ils choisirent de briser la glace en direction du rivage, afin de permettre aux embarcations de s'ancrer dans la glace pour les empêcher de dériver. Pour cela, le rôdeur dúnadan utilisa son épée magique associée à sa magie de roi potentiel, afin de fragiliser la glace et la briser plus facilement. La progression était lente mais il put ainsi bloquer leurs barques le temps de se reposer. Régulièrement, l'archer-magicien du groupe devait relancer ses sortilèges pour tenir les chutes de neige à distance et empêcher qu'elles ne les recouvrent. Tous dormaient emmitouflés dans leurs vêtements les plus chauds, la lionne bénéficiant de deux capes pour la protéger. Le hobbit, au milieu des pattes du félin enchanté, était certainement celui qui ressentait le moins le froid.

Le lendemain, après avoir brisé la glace dans l'autre sens, puisqu'elle s'était en bonne partie reformée, le groupe put repartir sous un ciel identique au jour précédent, et combattu de la même manière par les sorts de Drilun. La progression fut peu ou prou similaire : lente, fatigante, mais régulière. A la fin du deuxième jour, la glace fut à nouveau brisée pour stopper la dérive des barques et permettre à tous de dormir sur place. Du peu qu'ils pouvaient en juger, les aventuriers avaient fait les deux tiers du chemin. C'était moins que ce qu'ils avaient envisagé au départ, mais le vent, même réduit par les sortilèges de l'archer-magicien, n'avait pas aidé. Il avait peut-être même forci le deuxième jour. Par contre, au réveil, le temps avait bien changé : la nuit était étoilée, des voiles lumineux étaient parfois visibles loin au nord, ainsi qu'une rougeur sur l'horizon loin à l'est et au nord, qui devait signaler l'emplacement du Puits de Morgoth. Bref, le temps s'était considérablement éclairci.

Ce qui ne faisait pas du tout l'affaire du groupe : alors qu'ils abordaient la zone surveillée de près par les dragons autour des sources chaudes de Brumes Éternelles, ils étaient visibles comme le nez au milieu du visage pour qui savait regarder, et particulièrement pour ceux qui étaient perceptifs à la magie qu'ils dégageaient... Après débat, ils choisirent de gagner la terre, où il était plus facile de se cacher ou de combattre un éventuel Grand Ver. Alors que sur l'eau, ils se feraient geler ou griller sans pouvoir répliquer beaucoup plus que quelques flèches peu efficaces. Ou verraient leurs barques réduites en miettes par quelques coups de queue bien placés, ce qui entraînerait la mort de la moitié du groupe assez rapidement. Il fallait donc aller vers l'est et briser une glace de plus en plus épaisse, ce qui prendrait du temps. Temps qui risquait de leur manquer si un ennemi volant regardait de trop près dans leur direction... Au bout d'un moment, Isilmë essaya d'utiliser l'arme enchantée du grand sorcier de Dol Guldur qu'ils avaient occis quelques jours auparavant. Elle emprunta l'arme à Drilun, monta sur la glace - sans la faire casser grâce à sa magie elfique - et donna un coup de masse enchantée. Cela brisa toute la glace dans un rayon de trois pas ! Et fit prendre un bain forcé (et glacial) à l'elfe, qui n'en demandait pas tant...

A tout le moins, Taurgil se servit de cette nouvelle arme pour les faire progresser bien plus facilement et rapidement. Mais alors que la côte était peut-être à une dizaine de portées de flèche, la lionne signala par ses grognements félins qu'une silhouette ailée rouge et or de belle taille arrivait du nord dans leur direction ! Un dragon les avait repérés, et il accourait... Il serait là trop vite pour leur permettre d'arriver à la côte en barque, il fallait continuer à pied, en espérant que la glace les supporterait tous. Avec l'aide des skis ce serait sans doute possible, mais il en manquait une paire... L'elfe rappela qu'à l'aide de sa magie elfique elle pouvait avancer sur de la glace mince sans la briser. Par contre, Rob ne risquait-il pas d'être un peu lent et de représenter un délicieux apéritif pour le dragon qui approchait ? Et la glace était trop mince pour supporter le poids de la féline Femme des Bois tant qu'elle n'avait pas pris un peu d'élan... qui serait difficile à trouver depuis sa barque !

Mais le dragon approchait vite, et ils n'avaient pas le choix, il fallait essayer. Pendant que les humains et nain chaussaient leurs skis avec précaution sur la glace fragile, et reprenaient leurs affaires, Rob se juchait sur son amie féline qui prenait soigneusement son élan depuis sa barque bloquée contre les glaces. Elle bondit légèrement sur la croûte de glace face à elle, croûte qui commença à se briser sous ses pattes tandis qu'elle prenait progressivement de la vitesse, suffisamment pour ne plus être inquiétée au bout d'un moment. Le vent glacial gela les gouttes de sueur qui avaient perlé sur le front du hobbit, tandis que derrière son amie et lui les autres progressaient à moindre vitesse. Peu de temps après, Vif et lui arrivaient à la côte et se dirigeaient vers une petite hauteur et surtout un bosquet d'arbres où la féline Femme des Bois le déposa et où ils pourraient se cacher. Rôdeuse féline et voleur hobbit virent leurs amis approcher puis atteindre la côte, à l'exception de Drilun : ce dernier, plus lent que les autres, était accompagné par Isilmë qui tentait de l'aider, mais ils n'atteindraient pas la côte avant l'arrivée du dragon.

7 - Feu, flammes et flèches
La couleur de ce nouveau dragon ne présageait rien de bon, mais le rôdeur dúnadan avait déjà essuyé un souffle de dragon enflammé par le passé, et il avait survécu, en étant moins bien équipé. Il s'avança donc en direction du monstre volant qui arrivait rapidement vers eux en l'invectivant autant qu'il le pouvait, de manière à focaliser l'attention sur lui et éviter que ses deux amis encore sur la glace ne soient les cibles principales de la bête. D'une part car ils n'était pas sûr du tout qu'ils puissent supporter du feu de dragon comme lui, d'autre part car même si c'était le cas, il leur faudrait ensuite supporter les eaux glaciales de la baie, dans lesquelles ils se retrouveraient si la glace fondait sous leurs pieds, ce qu'elle ferait immanquablement si le dragon crachait son feu dessus. Non loin de lui, Mordin avait sorti sa hache et se concentrait dessus pour qu'elle lui indiquât où se trouvait le point faible du Grand Ver, mais ce qu'il ressentait n'était pas très précis : quelque part au centre de la bête...

Alors qu'il se rapprochait, la féline Femme des Bois repéra comme un rougeoiement au fond de la gorge du dragon qui commençait à s'ouvrir, confirmant ses craintes. Et effectivement, un cône de feu brûlant en sortit bientôt qui vaporisa la neige au sol et enveloppa Taurgil qui se protégeait du mieux qu'il le pouvait à l'aide de son équipement. Le nain découvrit qu'il était encore trop près et il se réfugia à plat ventre dans la neige pour lui conférer une protection supplémentaire, même si elle disparut bien vite en vapeur d'eau brûlante. Le grand rôdeur se redressa après le passage du dragon, des flammèches courant dans ses cheveux et sa cape de cuir en feu. Il se roula dans la neige la plus proche pour éteindre le feu dans ses vêtements sans plus de dégâts que quelques petites cloques. Derrière lui, Mordin s'en était encore mieux sorti. Ailleurs, Geralt et Dwimfa avaient rejoint le bosquet tandis que Vif et Rob montaient aux arbres pour avoir un point de vue plus élevé.

La trajectoire du dragon le ferait passer non loin de l'elfe et du Dunéen, et il incurva sa trajectoire pour arriver sur eux. Ils s'étaient arrêtés et lui faisaient face, et au dernier moment plongèrent chacun d'un côté, Isilmë sur la gauche et Drilun sur la droite du dragon. Après un bref moment d'hésitation, le monstre ailé choisit de prendre pour cible celui des deux bipèdes dont il émanait le plus de magie, à savoir l'archer-magicien, pour lui porter un coup de sa queue. Drilun s'était en effet entouré d'une protection magique, ce qui lui permit de survivre à la rencontre avec la queue du dragon : elle l'envoya valdinguer plus loin avec des bouts de glace brisée, lui cassa probablement quelques côtes et lui fit découvrir les joies de la glisse sans finir dans un arbre, comme certains l'avaient déjà expérimenté. Il remercia en pensée les runes magiques de son armure qui avaient grandement amorti le choc en plus de son aura magique de protection, tandis que son amie et soigneuse se précipitait dans sa direction pour lui prodiguer des soins et vérifier qu'il était encore en vie. Le grand lézard volant rouge et or commença alors un demi-tour vers la gauche tout en reprenant de l'altitude afin de revenir sur le lieu du combat pour le deuxième round.

Mais les manœuvres ailées du dragon avaient fait osciller son corps d'un côté puis de l'autre, ce qui avait permis à la lionne enchantée de repérer une zone plus sombre dans son armure d'écailles rouges et or, entre les ailes. Dans son parler félin bientôt traduit par un autre aventurier, elle annonça que le point faible du dragon était sur le dos, entre les ailes, ce qui bien sûr ne faisait pas trop l'affaire des guerriers ou archers restés en bas. Tandis que le dragon reprenait de la hauteur en virant sur la gauche, le rôdeur dúnadan se prépara à l'affronter à nouveau en poussant de grands cris et en l'abreuvant d'injures qu'il ne manquerait pas d'entendre. Et il le fit en plusieurs langues pour s'assurer que le dragon les comprendrait bien. De leur côté, Geralt et Vif s'approchèrent de leur grand ami sans toutefois rester trop près de la trajectoire présupposée du monstre volant, de manière à pouvoir peut-être lui porter un coup s'il descendait assez bas. Dwimfa et Rob encochaient une flèche depuis le bosquet où ils étaient, même si seul le hobbit était assez haut pour pouvoir espérer voir le dos de la bête. Quant à Isilmë, voyant de loin que son amour était encore bien vivant et ne risquait pas de mourir dans l'immédiat, elle préparait également son arc et une flèche spécialement enchantée par Drilun pour tuer les Grands Vers.

Le dragon fila à nouveau vers Taurgil et il ouvrit grand sa gueule pour la deuxième fois. La lionne enchantée et le maître-assassin esquivèrent le cône brûlant, peut-être d'un peu trop près au goût de Geralt, et sans plus de conséquences pour Taurgil que pour la première fois - de toute manière sa cape était fichue. Par contre, Rob put apercevoir le point faible au moment du passage du dragon, et il arriva à y enfoncer sa flèche, ce qui occasionna une grande douleur au monstre, mais insuffisante pour le faire chuter et encore moins le tuer. Depuis le sol, Dwimfa arriva à toucher également le dragon, mais pour un effet plus limité. Par contre, quand la bête se tourna pour effectuer un virage dans sa direction, Isilmë put elle aussi voir la zone dépourvue d'écailles entre les ailes, et sa flèche tueuse de dragon s'y enfonça profondément. Le dragon rouge et or hurla une dernière fois puis il s'abattit au sol, ou plutôt sur la banquise qu'il brisa. Mort, il commença alors à s'enfoncer dans la mer dans des sifflements de vapeur d'eau...

8 - Renforts et ours mal léché
Le groupe fut bientôt réuni, les blessures traitées du mieux possible, et la question se posa de la suite à donner à ce nouvel épisode de la vie des aventuriers, dont le palmarès risquait de faire des jaloux ou envieux, tôt ou tard... Le problème le plus immédiat restait que le groupe était bien trop près de la zone surveillée par les dragons pour que leur action d'éclat restât longtemps ignorée. En bref, il fallait partir, et vite ! En fait, Vif annonça bientôt que le ciel au nord, bien dégagé, comportait à présent une petite tâche qui n'y était pas auparavant. De là à envisager l'arrivée d'un nouvel adversaire ailé, il n'y avait qu'un pas qui fut vite franchi. Sauf que le meilleur adversaire étant celui qu'on ne combat pas, surtout de cette taille-là, il fallait vite trouver une alternative à une confrontation bien trop dangereuse pour le groupe, surtout après un premier duel et quelques blessures.

La magie divinatoire de Drilun fut bientôt appelée en renfort, afin de déterminer si une caverne ou autre abri proche se trouvait quelque part dans les environs. Ce qui était bien le cas : non loin de là, une butte en partie arborée semblait abriter une grotte largement assez grande pour tous. Pourraient-ils y arriver à temps avant l'arrivée du deuxième dragon de la journée ? La féline Femme des Bois fit part d'une nouvelle observation propre à donner de nouvelles ailes aux pieds fatigués de certains de ses amis : en plus de confirmer qu'il s'agissait bien d'un dragon qui venait vers eux, elle venait d'identifier deux autres taches dans le ciel un peu plus loin. Un dragon, ça va, trois dragons, bonjour les dégâts ! Et le groupe ne tenait pas vraiment à vérifier si les Grands Vers préféreraient se battre entre eux en premier ou déjeuner sur le dos des aventuriers d'abord...

En plus du hobbit, la lionne enchantée prit Drilun sur son dos et les autres leurs skis, et ils commencèrent à avancer le plus vite possible en direction du lieu que le magicien dunéen leur avait indiqué. La confirmation de la nature des trois poursuivants ailés fut prise avec un certain fatalisme ; pour un peu les aventuriers auraient presque pu se réjouir de ne pas entendre les grognements félins annoncer l'arrivée d'une escouade de dragons encore plus importante ! Chacun fit ce qu'il avait à faire et la progression fut rapide vers le salut possible de la grotte perçue magiquement. Si le premier dragon se rapprochait vite, il semblait bien que cette fois-ci le groupe arriverait en premier. La butte fut atteinte, en partie masquée par une forêt clairsemée de pins et d'épicéas, et une petite falaise fut approchée, qui semblait le lieu idéal pour trouver l'entrée d'une grotte où les héberger.

Sauf qu'une odeur alerta la féline Femme des Bois qu'ils n'étaient pas seuls, et que la grotte en question possédait peut-être déjà un occupant. Occupant qui ne tarda pas à se montrer de manière agressive : un ours blanc était présent non loin devant eux, qui les avait perçu, et qui devait à lui seul être plus lourd que eux tous réunis. Et il ne semblait aucunement intimidé par la lionne ou les autres aventuriers. Pour autant, même s'il aurait été facile de l'abattre, le rôdeur dúnadan préféra une autre approche, plus consensuelle : utilisant la magie de la nature apprise chez les elfes, il tenta de parler à l'ours polaire pour lui demander de partager sa demeure. La magie qu'il utilisait était juste assez forte pour communiquer, pas pour influencer d'aucune sorte le grand prédateur, qui commença par réagir agressivement envers Taurgil, qui avait heureusement pris la précaution d'utiliser une autre magie pour se protéger de coups éventuels. Il insista alors sur la présence proche de dragons, dont plusieurs aventuriers commençaient à entendre les battements d'ailes...

L'ours finit par les entendre lui aussi et il fila à toute allure en direction de l'entrée de sa tanière qui était certainement le refuge recherché par le groupe. Hormis pour le hobbit, il fallut se baisser un peu pour pouvoir passer sous une épaisse dalle de pierre qui marquait l'entrée de la grotte qui était heureusement plus haute de plafond un peu plus loin et largement assez grande pour tous. Tandis que les gros battements d'ailes se rapprochaient très vite, les aventuriers s'éloignèrent de l'entrée et se blottirent dans un coin de la caverne, plutôt loin de l'ours qui en faisait autant. Bientôt des coups puissants firent trembler la caverne et des pierres tombèrent du plafond, sans causer aucun dégât heureusement. De nouveaux coups plus puissants, des rugissements et des flammes furent encore perçus au niveau de l'entrée, jusqu'à ce qu'un coup plus fort que les autres eût raison de la solidité du rocher de l'entrée : cette dernière s'effondra, ainsi qu'une partie de la paroi au-dessus d'elle.

Après encore divers coups sourds et rugissements divers encore perceptibles depuis l'intérieur, le calme se fit comme si le ou les dragons s'étaient éloignés. Aucune lumière ne venait troubler l'intérieur de la grotte, hormis celles que les aventuriers pouvaient faire, comme à l'aide du bâton magique de Drilun. La caverne semblait à présent hermétiquement close, son entrée complètement bouchée sous un monceau de rochers. Du peu qu'ils en avaient rapidement perçu, aucune autre ouverture ne permettait de sortir de la grotte, qui, malgré sa taille très correcte pour leur petit groupe, avait une quantité d'air limitée. Air d'ailleurs empreint d'odeurs fauves ou de charogne, sans parler du grognement qui leur rappela qu'ils étaient neuf à partager ce petit espace. Ils étaient encore en vie, mais pour combien de temps ?


Retourner vers « C'qu'y s'est passé la dernièr'fois »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité