Terre du Milieu - Système J

Résumé, compte rendu, impression des joueurs des séances précédente.
Récit et nouvelle en tout genre.
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Niemal
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Grand Nord - 35e partie : errance et égarement

Message non lupar Niemal » 28 septembre 2020, 13:32

1 - Contournement
Après s'être approché de la barrière magique de mauvais temps, à peut-être une vingtaine de miles, le groupe obliqua sur la droite, vers l'ouest donc. Ils évoluaient un peu comme dans un rêve : le sol et le ciel étaient uniformément blanc crème, si bien qu'ils n'avaient pas d'ombre, de contraste ni de sens de la profondeur voire de l'équilibre. Cela perturbait donc leur tenue sur leurs deux jambes, sauf bien entendu la lionne enchantée qui pouvait s'appuyer sur ses quatre pattes. Heureusement, la barrière de mauvais temps magique cassait un peu l'uniformité de leur environnement et leur offrait un répit et un repère pour leur cerveau, les aider à retrouver un certain équilibre. Ils avancèrent donc bien, peut-être l'équivalent d'une demi-journée, avant de se reposer. Après avoir mangé et dormi sans être dérangés, ils repartirent et suivirent encore une fois la barrière magique, sur leur gauche, à bonne allure vers l'ouest, sur leurs skis. Au bout de ce qui semblait être une bonne journée, ils atteignirent enfin l'extrémité de ce mauvais temps et continuèrent un peu avant de faire un camp pour dormir.

Pendant tout ce temps, Rob avait profité de la proximité avec ce phénomène magique pour essayer de l'analyser à l'aide de ses perceptions ésotériques. Il retrouvait un peu de la signature d'Andalónil, qui avait dû participer à l'appel de ce mauvais temps, mais ce n'était pas l'essentiel de ce qu'il ressentait, loin s'en fallait. Le hobbit percevait plutôt, de loin en loin, comme des "ancres" magiques très puissantes. En gros, à ses perceptions magiques, il avait l'impression que le blizzard magique qui leur bloquait la route se nourrissait de différents endroits où une sorcellerie noire et incroyablement puissante - bien plus que ce qu'il avait pu voir Andalónil ou son ami Drilun faire - avait été réalisée dans le sol. D'une certaine manière, tout se passait comme si un terrible sorcier avait fait des "piles" de magie noire de loin en loin, afin de prolonger indéfiniment la magie à l'origine du mauvais temps ensorcelé. Comme une sorte de rituel magique ou de magie runique établie à distance régulière.

Comme chaque fois, l'établissement d'un campement obéissait à une chronologie et des règles bien précises : tandis qu'Isilmë méditait afin de se reposer, les autres faisaient des igloos ou montaient des tentes, selon la solidité requise et en particulier le vent présent. Ils mangeaient ensuite et attendaient le réveil de l'elfe afin de tous aller dormir, moins ceux comme Geralt qui se dépêchaient de retrouver les bras de Morphée aussitôt qu'ils le pouvaient. Ils ne s'attendaient pas à rencontrer des problèmes autant au nord, mais leurs habitudes étaient bien rodées. Parfois, alors qu'ils allaient dormir, Dwimfa réfléchissait à leur plan et aux ressources dont ils disposaient. En regardant Vif dormir, les oreilles prêtes à se dresser au moindre son, il se rappela le petit cadeau que les elfes des neiges avaient fait pour combattre Vif, justement à travers ces mêmes oreilles, si le besoin s'en faisait sentir...

En effet, certains aventuriers s'étaient souvenus de leur lutte contre des orcs des Montagnes de la Désolation (Ered Muil). Ils étaient passés par là il y avait déjà quelques mois et avaient rencontré des difficultés, en raison notamment de la présence avant eux d'un puissant sorcier sans doute venu de Dol Guldur et qui connaissait leurs points faibles. Ils subodoraient que ce sorcier avait remis au chef orc un objet magique qui avait créé une explosion sonore ayant beaucoup affecté Vif, à l'oreille féline très sensible. En conséquence, ils avaient demandé aux elfes des neiges de leur fournir des objets magiques capables de faire beaucoup de bruit. Ce qu'ils avaient fait : deux perles de céramique et une flèche avaient été enchantées pour créer - une seule fois - un très puissant bruit de tonnerre lorsqu'elles seraient lancées et qu'elles percuteraient une cible. Le nain et l'Homme des Bois avaient chacun une telle perle et la boîte en os de dragon portée par Mordin contenait la flèche, en plus des deux autres flèches magiques contre les Maiar. C'étaient donc des armes non létales capables d'étourdir n'importe qui, mais en particulier les félins et autres ennemis aux oreilles délicates...

Après leur repos, les aventuriers repartirent, mais le temps avait un peu changé : plus couvert, avec un peu de neige, ils retrouvaient leurs repères habituels et n'avaient plus à se demander si leurs skis étaient dans des nuages ou sur le sol. Ils décidèrent de contourner l'extrémité de la zone de blizzard magique en maintenant toujours la même distance, donc en faisant un large arc de cercle. Les perceptions magiques de Rob seraient mises à contribution : même sans voir la zone de tempête, il percevait leur magie noire et donc pouvait s'assurer, en se concentrant un peu, qu'ils ne s'en approcheraient pas. Ce qu'ils firent donc, à plutôt bonne allure... tempérée par la découverte de leur première zone de crevasses dans la banquise. Cela les força à ralentir un peu, notamment Vif qui prit le petit hobbit sur son dos afin de chausser ses skis magiques, ainsi que ceux que les elfes des Brumes Éternelles avaient faits pour elle, pour pouvoir avancer à skis et non plus à pattes. Et la magie des skis permettait de passer sur des zones instables sans faire s'effondrer la neige au-dessus des crevasses. Après avoir bien contourné la zone magique, ils décidèrent de s'en éloigner un peu plus en allant plein sud. La boussole qu'ils avaient leur permettait très facilement de déterminer la direction, même par temps couvert.

2 - Ralentissement
Le voyage vers le sud prit autant de temps que le contournement, et tout se passa bien, malgré là encore la présence de crevasses pour ralentir leur progression et les fatiguer un peu. En effet, la magie des skis ne fonctionnait qu'avec un effort de volonté, qui à la longue pouvait devenir usant. Ce n'était pas trop le cas pour Isilmë, qui pouvait utiliser ses talents elfiques pour arriver au même résultat, et sans se fatiguer. De plus, deux membres de l'équipe possédaient aussi des bottes magiques qui avaient les mêmes pouvoirs que les elfes, et leur permettait donc de traverser "à pied" la neige fraîche et instable sans pour autant la déranger et faire s'effondrer les nids à neige qui comblaient les crevasses, et sans concentration d'aucune sorte. Il fallait juste avancer à allure régulière, ni trop vite ni trop lente : une fois sur une zone dangereuse, il n'était plus possible de s'arrêter sans risquer de voir la magie s'arrêter et la neige instable s'effondrer. Hors zone dangereuse, les aventuriers utilisaient les skis avec davantage d'énergie et ils pouvaient aller deux à trois fois plus vite parfois.

Vint le moment de se reposer à nouveau, avec un sommeil paisible même s'il était toujours trop court pour Geralt. Après quoi il fallut rechausser les skis, avec une mauvaise surprise concernant le temps : la neige avait arrêté, mais encore une fois, peut-être aussi avec l'aide des rayons de soleil bas qui diffusaient de la lumière dans les nuages bas, tout l'espace autour d'eux était uniformément blanc. Une fois de plus, cet épisode de Valkosokeus ("Vision Blanche") supprimait toute ombre et perception de la distance, de contraste voire d'équilibre. D'une part il était plus difficile et plus lent de progresser ainsi, d'autre part Taurgil se déclara incapable de percevoir les possibles crevasses qui pouvaient entraver leur route. En conséquence, ils laissèrent Vif prendre le devant de leur petit convoi : mieux que quiconque, elle pouvait percevoir à l'aide de ses pattes sensibles et sa perception de l'environnement le moindre mouvement de neige sous son poids, et donc prévenir du danger avant de tomber dedans. Par ailleurs, la neige qui était tombée peu auparavant était fraîche et collante et ralentissait un peu leur avancée.

Ils avancèrent donc plus lentement. Faute de point de repère, ils choisirent aussi de s'en remettre de plus en plus à la magie de Drilun pour les aiguiller dans la bonne direction. En effet, ils ne comptaient pas continuer vers le sud, car ils se retrouveraient sans doute très loin des montagnes qui abritaient la vallée de Brumes Éternelles, où ils comptaient retourner. Après avoir contourné la zone de temps ensorcelé, ils pouvaient aller vers l'est mais ensuite ils souhaitaient se diriger plus directement vers la zone où ils avaient quitté les géants qui les avaient aidés à traverser les montagnes. Et pour cela, le magicien dunéen utilisait ses cailloux et ses sorts de divination pour déterminer si leur objectif était à droite de l'orientation qu'il prenait. Les cailloux ne permettaient en effet que de répondre par oui ou par non. En répétant son sort de divination plusieurs fois, il pouvait s'approcher de la bonne direction, lorsque les cailloux commençaient à tomber à peu près autant d'un côté que de l'autre de la ligne qui séparait le oui du non... Après quoi ils maintenaient la même direction à l'aide de la boussole.

Pendant l'équivalent de deux "jours", ou périodes entre deux pauses pour dormir, ils progressèrent ainsi, ralentis également par des zones de crevasses plus nombreuses qu'attendu. Le deuxième "jour" en particulier, soit le cinquième depuis leur départ d'Helloth, la ville de glace des elfes des neiges, ils eurent l'impression d'avancer très peu et au prix de grands efforts. Ce qui forçait Isilmë, à la fin de chaque trajet, à faire grand usage de sa magie des soins pour apporter un sommeil plus récupérateur aux amis qui en avaient le plus besoin, comme par exemple Geralt et Vif. Cette dernière, notamment, n'était pas très à l'aise sur des skis et elle devait parfois faire un effort de volonté pour ne pas se laisser distancer par ses compagnons. Avancer à quatre pattes sur des skis n'était pas tout à fait pratique, et si elle s'y habituait petit à petit, une fois n'était pas coutume, elle était en général la plus lente de l'équipe. Drilun pouvait également soulager un peu les efforts de ses amis grâce à sa maîtrise d'une magie des songes qui les aidait à faire de beaux rêves. Mais ce n'était pas aussi efficace que les sorts de sa chère amie. De même pour Taurgil et sa magie des soins qu'il ne maîtrisait pas aussi bien que la guerrière et soigneuse elfe.

Ils avaient aussi le plus grand mal à se représenter exactement où ils se trouvaient sur une carte. La magie de l'archer-magicien donnait la direction mais pas la distance, et ils avaient fait un grand détour pour contourner le mauvais temps magique. Faute de temps clair, ils ne pouvaient se servir des étoiles pour connaître leur position. Par ailleurs, la fréquence des zones de crevasses inquiétait certains, qui se demandaient s'ils ne faisaient pas fausse route. Ils se souvenaient en effet qu'à l'aller, il y avait eu quelques zones un peu mauvaises mais elles ne duraient pas si longtemps, contrairement à ce qu'ils trouvaient à présent. Ils se firent la réflexion que leur trajet n'était pas droit comme à l'aller mais fortement biaisé, et donc qu'il était normal de trouver des zones de fractures en apparence plus longues : ils ne les traversaient pas perpendiculairement quand on va du nord au sud ou inversement. Les crevasses allaient souvent d'est en ouest, au fur et à mesure que la glace de la banquise s'éloignait du nord, alors que là ils allaient beaucoup plus vers le sud-est voire encore plus près de l'est que cela. En tout cas, ils faisaient contre mauvaise fortune bon cœur, même si le hobbit voyait avec quelque inquiétude leurs réserves de nourriture diminuer rapidement.

3 - Blizzard et progression encore plus lente
A l'issue d'une nouvelle période de repos, une autre mauvaise surprise attendait les aventuriers : un blizzard. Une température très basse, des vents très violents, de la neige abondante... Dwimfa rappela que ce genre de temps - au demeurant naturel aux perceptions de Rob - pouvait durer un temps très variable, jusqu'à plus d'une semaine ou deux. La plupart du temps cela ne dépassait pas quelques jours, pendant lesquels les Lossoth restaient tranquillement entre eux, sans bouger. Il était en effet à peu près impossible de se repérer par un temps pareil, presque impossible de se déplacer, sans parler de résister au froid intense accentué par le vent. Malgré leur excellent équipement, certains aventuriers pouvaient sentir que leurs vêtements n'étaient pas à la hauteur des éléments déchaînés. La prudence incitait donc à rester sur place en attendant la fin du mauvais temps. Ce à quoi certains répondirent que pendant ce temps, le sorcier qui avait accompagné Andalónil était censé se venger sur les Hommes des Neiges. Et par ailleurs, leurs réserves de nourriture baissaient vite...

Ils décidèrent donc de partir tout de même. Pour contrer les effets du froid, Drilun proposa d'utiliser sa magie pour limiter le vent et réchauffer l'atmosphère autour d'eux. Certains avaient peur que cette magie soit perçue par des dragons, et en particulier Canadras, et qu'ils viennent leur chercher des poux dans la tête et sans doute plus... La magie de l'anneau elfique récupéré au doigt de Gillowen, et actuellement porté par Rob, masquait la magie dans un rayon assez proche, de l'ordre de quelques pas. Le Dunéen proposa alors de réduire sa magie au même rayon : cela réduirait le froid et la force du vent, mais ne changerait rien pour la neige ou la visibilité. D'ailleurs, pour cette dernière, il pouvait aussi faire de la lumière avec son bâton. Sans cela, le groupe aurait bien du mal à avancer : seuls les nyctalopes arrivaient à distinguer quelque chose comme leurs mains ou leurs pieds dans cette purée de pois de neige.

C'est donc ce qu'ils firent. La magie de Drilun leur permit de supporter le froid de ce temps exécrable, tout juste pour certains, et d'avancer un pied (ou une patte) devant l'autre. Mais la neige lourde se collait à eux et rendait leur progression extrêmement lente. De plus, assez rapidement, ils trouvèrent une zone dangereuse avec des crevasses noyées sous la neige, d'après les perceptions de la lionne enchantée. Ils utilisèrent la magie des skis ou autre équipement, mais leur avancée se faisait si lentement qu'ils en furent réduits à puiser dans leurs réserves de volonté au-delà de ce qu'ils auraient voulu. Et ils ne pouvaient s'arrêter ainsi, en plein milieu d'une zone instable, ce qui se traduirait sans doute par une chute dans une crevasse au risque de périr étouffés dans la neige ou gelés dans l'eau glacée de l'océan sous la banquise... et étouffés quand même !

Ils arrivèrent à franchir la zone de crevasses, mais certains étaient si épuisés qu'ils choisirent de faire une pause pour manger et dormir, même si la "journée" n'était pas si avancée que cela. Cela représentait peut-être la moitié d'une journée normale, mais question fatigue cela faisait plus penser à une longue journée de dur labeur, en particulier pour Geralt ! Ils n'insistèrent pas et firent un camp, et la magie fut mise à contribution pour restaurer leur énergie et leur moral à ceux qui avaient le plus souffert. Ils s'endormirent en rêvant à un temps plus clément après leur repos. Malheureusement ce n'était pas le cas, le blizzard était toujours le même, aussi fort et aussi froid. Ils hésitèrent à rester sur place, malgré les réserves de nourriture toujours plus basses, et en fin de compte reprirent leurs skis, leurs bâtons et leurs affaires, et affrontèrent le blizzard à nouveau.

Encore une fois la magie de l'archer-magicien atténua le froid de ce temps inhospitalier et fournit de la lumière. Encore une fois ils trouvèrent sur leur route une zone de crevasses qu'ils mirent très longtemps - et beaucoup d'énergie - à franchir. Drilun avait même utilisé sa magie divinatoire pour évaluer la taille de la zone, mais ils avaient conclu que c'était faisable... et l'avaient fait. Au prix, encore une fois, de pas mal d'énergie pour certains. Mais au moins ils avaient un peu plus avancé que la veille. Après une nouvelle période de repos, rebelote, avec encore blizzard, magie, efforts... même si la zone de crevasses qu'ils eurent à franchir était un peu plus petite. Mais ce fut encore une journée très vite passée. Et les réserves d'énergie ou de moral n'étaient pas les seules à fondre : la nourriture fraîche (viande ou poisson congelés) avait été épuisée depuis plusieurs jours déjà, et les rations de piste (biscuits et autre nourriture séchée) arrivait à terme. Ne restait plus que le lembas fourni par les elfes, et tous n'en avaient pas. En bref, ils en avaient au moins pour une semaine, plus en se rationnant, mais cela paraissait bien insuffisant à plusieurs d'entre eux...

4 - Banquise et nourriture
A l'aide d'un sort, Taurgil avait pu déterminer auparavant qu'il restait encore l'équivalent de deux ou trois jours de blizzard. La perspective de continuer à voir la nourriture disparaître sans pouvoir avancer beaucoup donna des aigreurs d'estomac à certains. Le Dúnadan rappela alors qu'il avait une magie liée à la nature qui lui permettait d'appeler des animaux, en particulier des prédateurs, pour éventuellement leur demander des services comme apporter de la nourriture. Problème : sur la banquise, il n'y avait aucun animal. En-dessous, en revanche... N'y avait-il pas certains requins qui vivaient dans les parages ? Sous la banquise, et en particulier au fond de l'océan, les experts du Grand Nord comme Taurgil ou Dwimfa savaient qu'il y avait de la vie, crustacés ou poissons. Pratiquement pas de mammifères, car les anfractuosités où respirer étaient très rares. Mais le requin saumon, qui comme son nom l'indiquait se nourrit de ces poissons, pouvait être trouvé dans des eaux glacées. En trouveraient-ils par ici ?

Mais avant de pouvoir répondre à cette question, il fallait en premier atteindre le milieu dans lequel vivaient ces animaux, à savoir la mer... sous la banquise. Si pour certains aventuriers il semblait facile de trouver la mer grâce aux nombreuses crevasses qu'ils croisaient régulièrement, en pratique ce n'était pas si aisé : les crevasses en question étaient emplies de neige et peu visibles. Pour l'instant c'est Vif qui les repérait, et encore de manière indirecte : elle arrivait à percevoir les zones de neige instable qui indiquaient la présence d'un trou dans le sol, dans lequel la neige molle s'était accumulée et pouvait réagir comme des sables mouvants. Mais creuser cette neige sans tomber dans le trou ainsi fait n'était pas simple, sans parler du risque d'étouffement dans cette neige molle et épaisse à la fois. Il fallait trouver une crevasse assez grande, creuser et faire ébouler la neige au fur et à mesure, sans tomber, et ça ne risquait pas de s'improviser tout seul !

Le repérage, déjà, se fit par magie. Drilun pouvait "écouter" magiquement la terre, et la glace était juste une forme de terre particulière. Il put ainsi visualiser une zone instable près de laquelle ils se trouvaient, et déterminer le bon endroit où creuser. Ensuite, il fallait faire creuser quelqu'un tout en l'empêchant de tomber dans la crevasse. Une bonne corde et des gens costauds comme Taurgil ou Vif feraient l'affaire, mais qui voulait s'attacher à l'autre bout de la corde ? Certains proposèrent à Mordin de prendre la place : les nains n'étaient-ils pas doués pour creuser ? Manifestement, pour la plus grande gueule de l'équipe, la neige était moins de la terre que de l'eau sous une forme semi-solide, et il semblait qu'il n'aimait pas l'eau. En revanche, il invita l'elfe à s'essayer, d'autant qu'elle faisait partie des plus légers. Et effectivement, Isilmë accepta le poste de "mineuse de neige". Elle s'encorda, puis s'approcha de la zone que lui indiquait son bon ami dunéen.

Avec le Dúnadan et la féline Femme des Bois pour la tenir, elle était en sécurité. Creuser dans la neige, tomber dans un trou sans étouffer, faire tomber davantage de neige, agrandir le trou... Cela prit un moment mais cela se fit sans mauvaise surprise ni blessure d'aucune sorte. Au bout d'un moment une partie de la crevasse fut dégagée de sa neige, et la mer put être visible au fond, à trois ou quatre pas de profondeur. Il fut assez facile de faire descendre Taurgil ensuite, qui put enfin lancer son sort destiné à appeler un prédateur marin. Ne restait plus qu'à attendre, en espérant en trouver qui soit à proximité ! Le temps passa, mais après un bon moment il fallut se rendre à l'évidence : il y avait sans doute des poissons, mais ils ne pouvaient pas les pêcher sans matériel ou appât, et s'il y avait des prédateurs, ils n'étaient pas dans les environs...

Néanmoins, après s'être reposés et avoir repris leur route, ils décidèrent de réessayer un peu plus loin. Après avoir franchi une nouvelle zone instable, avec des crevasses cachées dans la neige, ils recommencèrent la même formule : identification de la meilleure crevasse par magie, utilisation d'une corde pour aider Isilmë à creuser et évacuer la neige dans la crevasse pour arriver jusqu'à la mer. Et ainsi le rôdeur dúnadan put-il à nouveau lancer son sortilège pour appeler un prédateur... ce qui fonctionna cette fois-ci ! Un requin qui arriva bientôt fut magiquement mis au courant des désirs du magicien de la nature, et l'animal partit chasser. Peu après, il revenait avec un saumon d'environ six livres, au grand plaisir des aventuriers...

Par la suite, le groupe fit fructifier cette méthode de pêche de manière à optimiser encore cette source de nourriture. En effet, Taurgil ne pouvait demander encore et encore de la nourriture aux requins des environs, et cette nourriture était insuffisante pour l'ensemble de l'équipe. Ou du moins elle était insuffisante telle quelle. Cependant, en plaçant une partie de la pêche dans les inereneraban qui restaient aux aventuriers, la valeur nutritive du poisson augmentait beaucoup et pouvait suffire ! En effet, les inereneraban, ces fameuses boîtes de bois magiques réalisées et données par les Hommes des Bois qu'ils avaient aidés dans leurs aventures de la Forêt Sombre, avaient entre autres pouvoirs une capacité très utile : ils pouvaient rendre quelque chose de comestible beaucoup plus nourrissant, même si cela prenait un peu de temps pour que la magie devienne active. En s'arrêtant régulièrement pour se faire "livrer" des poissons, et en en mettant le plus possible dans ces boîtes magiques, il devenait possible de nourrir toute l'équipe ! Et le lembas des elfes pouvait même être conservé...

5 - Terre !
Et donc, pendant les jours qui suivirent, c'est ce qui fut fait : à chaque nouvelle zone de crevasses dans la banquise, du temps fut pris pour creuser et appeler des requins pour leur apporter du poisson. Lequel poisson verrait ensuite son apport nutritionnel encore augmenté par un passage dans un inerenerab, avant de finir dans l'estomac d'un aventurier au fur et à mesure qu'un autre poisson pouvait remplacer celui qui était mangé. Les aventuriers progressèrent encore lentement pendant deux "jours" sous le blizzard dont ils attendaient la fin proche, puis le temps changea enfin. Il se fit moins froid, moins venté, avec moins de neige... Il était toujours difficile de se repérer, mais entre leur boussole et la magie, Vif et ses amis arriveraient toujours à se retrouver.

Par contre, au fur et à mesure qu'ils progressaient, la banquise semblait changer. Elle bougeait plus, et les spécialistes du Grand Nord se demandaient s'ils n'étaient pas proches des limites de la banquise, assez loin du cœur du Grand Nord où ils comptaient aller. Néanmoins cela ne les affecta pas trop et ils avancèrent plus vite. A un moment Rob sentit une source de magie noire non loin de la direction qu'ils prenaient, mais ils choisirent de ne pas dévier de leur route pour voir de quoi il retournait. Par ailleurs, une fois le blizzard passé, Isilmë utilisa ses chansons de marche elfiques : son chant était magique et les skis magiques que portaient les aventuriers, pour la plupart, permettaient de bénéficier des effets du sort : pendant toute la durée du chant, la progression en marchant ou glissant lentement était à la fois plus rapide mais surtout elle se faisait sans aucune fatigue, comme si la magie du chant de l'elfe apportait toute l'énergie nécessaire à avancer à pied, à pattes ou à skis magiques...

Au cours du douzième jour après leur départ de la cité de glace des elfes des neiges, le groupe entra dans une zone nouvelle. La banquise était plus mobile et accidentée que jamais, si bien que les skis allaient bientôt devenir moins efficaces que les raquettes. Mais surtout, cela laissait suggérer la présence d'un obstacle aux mouvements de la banquise, et à tout le moins des courants contraires à proximité. En bref, tout indiquait qu'une terre ferme n'était pas très loin ! Aussi, après un moment, le groupe décida-t-il de changer de direction : plutôt que de continuer vers l'est ou le sud-est, où les cailloux de Drilun lui disaient qu'était son objectif, ils se dirigèrent plein sud. Ils avaient hâte de retrouver la terre ferme, et Vif pouvait entendre du bruit. Dans son parler félin, elle annonça bientôt un prochain changement de régime : elle entendait le bruit des phoques ainsi que d'oiseaux...

Au fur et à mesure qu'ils progressaient, les aventuriers perçurent, comme leur amie féline, les signes d'une vie proche, tant marine que terrestre. En plus des bruits que Geralt fut le second à percevoir, le ciel se dévoila petit à petit et laissa apparaître à faible distance des falaises au pied desquelles les phoques habitaient, survolées par des oiseaux, en particulier plus à l'est. Motivés par ce changement de terrain, et malgré le côté plus accidenté et dangereux de la glace, les derniers aventuriers remisèrent leurs skis pour chausser leurs raquettes. Ils se rirent des trous et bosses de la banquise qui avait également emprisonné quelques icebergs. Certains étaient petits, mais au fur et à mesure que le ciel s'éclaircissait, ils pouvaient en voir des plus gros. Peut-être même y en aurait-il qui seraient habités par les Merimetsästäjat ou "Chasseurs des Mers", ces Hommes des Neiges qui vivaient dans des gros icebergs...

A l'aide de leur carte et des nouveaux points de repère, ainsi que des connaissances des meilleurs experts du Grand Nord parmi eux, ils recherchèrent et finirent par découvrir où ils se trouvaient. En fait, contrairement à ce que Drilun avait cru, ils étaient bien plus à l'ouest que prévu. Ils abordaient la rive nord de l'Ile aux Os de Baleine, appelée encore par les Hommes des Neiges Valaskalanluinen Saari. Elle s'appelait ainsi car les plages sud de l'île possédaient de véritables cimetières de baleines, où ces grands cétacés venaient mourir lorsqu'ils arrivaient à la fin de leur existence, accompagnés de leur famille. Les aventuriers avaient dévié au-delà de ce qu'ils pensaient car, en y réfléchissant, ils avaient été trompés par une chose : il s'étaient servi plusieurs fois de leur boussole magique pour se diriger, mais en fait, quand on est près du pôle nord et qu'on va tout droit vers l'ouest ou l'est, en fait on tourne tout le temps ! Du coup ils étaient arrivés sur l'île la plus occidentale et la plus au nord du Grand Nord, à peut-être deux cents miles à l'ouest de leur objectif...

6 - Les ruines des Fabricants de Perles
Mais en premier lieu, Vif se fit un plaisir d'aller chasser. C'était d'autant plus facile que le printemps était arrivé ; et d'ailleurs le soleil, même s'il restait bas dans le ciel et qu'il était masqué par les falaises, illuminait tout l'espace enneigé. Et qui disait printemps, disait parades nuptiales pour les phoques ! Les animaux avaient très peu de prédateurs, essentiellement les orques - pour l'instant gênés par les glaces - et les Lossoth, réduits à quelques Chasseurs des Mers occasionnels sur cette île. Bientôt la lionne enchantée revint avec une carcasse de phoque aussi lourde que certains de ses amis... Même avec des moyens limités, les talents culinaires de Rob firent les délices des palais des aventuriers ! Sauf de Vif qui s'empiffra de viande tiède, ce qu'elle n'avait plus connu depuis avant leur départ pour le nord du Grand Nord il y avait environ un mois !

Après cela les aventuriers discutèrent de la suite à donner. Dans l'immédiat, Drilun était très excité par leur situation. En effet, il avait noté sur sa carte les ruines de deux sites autrefois occupés par les anciens Fabricants de Perles, cette culture antérieure aux Lossoth. Lorsque ces derniers avaient occupé le Grand Nord il y avait de cela des siècles, ils avaient découvert les ruines d'une culture humaine dont il ne restait plus rien de vivant. Et dans ces ruines, ils avaient trouvé de nombreuses perles en céramique, qui pouvaient servir parfois non seulement d'ornement mais aussi de monnaie pour du troc. En fait, l'art de fabrication des perles de cette culture allait bien au-delà de la fabrication de vulgaires colifichets, aussi beaux fussent-ils : certains étaient même magiques, et les aventuriers en avaient quelques exemples sur eux. L'archer-magicien était très excité à l'idée de faire la chasse aux perles magiques sur les ruines de l'île !

Car il existait deux ruines connues sur cette île : un site, le plus proche de leur emplacement, se nommait Ei Missä, ce qui signifie "nulle part" en labba, la langue des Lossoth. Les Chasseurs des Mers l'appelaient ainsi car une route permettait d'y accéder au sommet de la falaise. Or cette route se terminait brusquement dans le vide, en haut d'une falaise, à l'extrémité ouest de l'île, comme une route qui ne menait nulle part. Les Chasseurs des Mers utilisaient parfois les ruines car elles étaient assez proches des zones de chasse et de vie des phoques qui étaient une des bases de leur alimentation. Même si c'était un assez mauvais site de mouillage en raison des nombreux rochers présents sur le rivage du nord de l'île. Les aventuriers envisagèrent un temps de monter en haut de la falaise, mais au bout du compte, vu que cela semblait difficile, ils préférèrent faire le chemin vers Ei Missa par la banquise.

Le second site anciennement occupé par la culture des Fabricants de Perles se nommait Itämuurit, ce qui signifit en labba "Murs de l'Est". En fait il s'agissait à présent d'un campement habituel des Chasseurs des Mers, sur un site entouré de vieux murs en ruines suivant un schéma très géométrique, encore assez visible après des siècles de tempêtes et mauvais temps. Les Chasseurs des Mers utilisaient donc souvent les murs pour s'abriter du vent, en particulier pendant les tempêtes. D'après les connaissances que certains avaient pu recueillir auprès des Lossoth, il semblait qu'il existait autrefois une route qui reliait les deux sites des Fabricants de Perles, mais il n'en restait presque rien. Le voyage de l'une à l'autre ruine était donc tout sauf évident.

En attendant, le groupe, une fois leur ventre bien rebondi et leur palais satisfait, reprit raquettes et autre équipement pour revenir sur les glaces de la banquise. Les aventuriers s'éloignèrent des zones les plus accidentées du rivage, puis ils avancèrent vers l'est en direction d'Ei Missä, situé au creux d'un coude dans la falaise du nord de l'île. Petit à petit, ils virent des traces de vie à proximité, non seulement les phoques et les oiseaux mais aussi des présences humaines. En fait, au cours de leur trajet d'environ une vingtaine de miles, ils repérèrent deux icebergs assez grands pour servir de demeure aux Chasseurs des Mers, et qui manifestement étaient habités. Sans doute en raison du temps clément et de la période de l'année - fin de l'hiver - où les stocks de nourriture étaient bas, ils ne furent pas surpris de repérer un ou deux groupes de Lossoth en train de chasser le phoque dans les environs. Ils s'approchèrent tranquillement des ruines qu'ils commençaient à repérer, d'autant qu'un autre groupe de chasseurs locaux semblait déjà s'y trouver.

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Niemal
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Grand Nord - 36e partie : grottes et sorcellerie

Message non lupar Niemal » 25 novembre 2020, 23:36

1 - Ei Missa
Menés par Vif qui choisissait les passages les plus sûrs sur la banquise, les aventuriers s'approchèrent petit à petit de l'ancien village des Fabricants de Perles. Les ruines étaient à peine visibles, d'autant qu'elles étaient recouvertes de neige, et le site ne semblait pas bien grand : les restes des bâtiments s'étalaient sur une portée de flèche dans toutes les directions, dans un terrain en pente abrité des vents principaux, où le mouillage semblait bon. Quelques barques étaient d'ailleurs présentes avec des Lossoth en train de hisser les carcasses sanglantes de deux phoques qui venaient d'être chassés. La présence des barques paraissait étrange alors que la majorité de l'eau était glacée, mais la banquise était loin d'être uniforme et les zones un peu libres de glace abondaient près de la côte, ce qui permettait aux phoques des environs de plonger facilement pour aller pêcher. En tout cas, les Hommes des Neiges présents - probablement un groupe de chasse des Merimetsästäjät ou "Chasseurs des Mers" - les regardaient approcher avec appréhension.

Le groupe avait l'habitude d'intimider les locaux par leur apparence de grands guerriers précédés par un énorme félin, sans parler de leur réputation de maudits porteurs de poisse - doux euphémisme - bien partagée jusque dans le monde des esprits. Ils saluèrent donc les Hommes des Neiges dans leur langue, Isilmë montra qu'elle était une elfe et Vif fut désignée comme étant son "animal magique" à son service et sous son contrôle total. Et puis, coutumes locales obligent, divers aventuriers proposèrent d'aider à découper les corps des deux phoques, de même que ce qui restait du leur, et mettre en commun le produit de leur chasse. Rob fut le premier à se proposer et fut bien accueilli : les hobbits étaient peu connus dans le Grand Nord mais ils avaient une excellente réputation, tant à cause de leur aspect joyeux et inoffensif (en labba ils portaient le nom de Iloiset Lapset ou "Enfants Joyeux") que pour leurs compétences culinaires reconnues. D'autres le suivirent, et la moitié du groupe choisit d'aller explorer les ruines, Mordin le premier.

Dans la culture des Lossoth, rien ne doit être perdu, et la valorisation des produits de la chasse était une question de survie. Il y avait largement de quoi occuper tout le monde entre le découpage des peaux, des chairs et organes divers, recueil du sang même, des tendons et ligaments, des os... Les aventuriers restés pour aider étaient bien débrouillards dans tout ce qui concernait les techniques de survie, et depuis le temps qu'ils traînaient dans les environs - presque un an déjà - ils avaient bien appris les savoir-faire locaux. Rob se mit également à préparer un repas de phoque pour toutes les bouches présentes, et même avec le peu à sa disposition, il fit rapidement saliver tout le monde à proximité tant les odeurs qui émanaient de sa cuisine étaient alléchantes. Et lorsque les premiers goûtèrent à sa préparation, ils s’empiffrèrent de viande succulente sans pouvoir se retenir. Les amis de Rob eux-mêmes jugèrent que, même s'ils avaient l'habitude de ses plats, celui-ci était manifestement parmi ses meilleurs. Le moral de tous monta en flèche et l'ambiance fut rapidement bien plus détendue.

Pendant ce temps, les amis du hobbit partis explorer les ruines en furent pour leur frais. Sur un plan magique, ils ne sentaient rien de particulier. Tout au plus Mordin pouvait-il détecter quelques rares éclats de pierres semi-précieuses enfouis dans le sol, à l'aide d'un anneau magique qu'il portait en permanence. Aucune émanation magique trahissant la présence de perle magique, ou toute autre babiole enchantée. Et il n'y a avait pas vraiment de cavernes aux alentours, à peine les restes de quelques caves effondrées : fouiller physiquement les ruines couvertes de neige prendrait beaucoup de temps pour un résultat plus qu'incertain et a priori bien maigre. Ils décidèrent donc assez vite de mettre fin à leurs recherches et d'aller rejoindre les autres. D'autant qu'une bonne odeur flottait dans l'air et qu'il semblait que les bombances avaient commencé. Et comme ils ne faisaient aucunement confiance aux autres pour leur garder une part - ce en quoi ils avaient parfaitement raison ! - ils se dépêchèrent d'aller participer au festin, sauf Vif qui avait déjà largement mangé (cru) après avoir attrapé son phoque plus tôt dans la journée.

En tout cas, une fois les panses tendues à craquer et les bouches vidées de la nourriture ingérée, les paroles purent se libérer. Diverses nouvelles locales furent échangées, en général sans grande importance, mais l'une d'elles fit dresser l'oreille de Taurgil et de ses amis. Tout d'abord, ils eurent confirmation que le site avait déjà été fouillé mille fois et qu'il ne recelait rien de spécial. En revanche, pour Itämuurit, l'autre site de ruines à l'est de l'île, il n'en était pas de même : il était beaucoup plus grand, et, situé au sommet d'une barre rocheuse, il reposait sur des galeries souterraines composées de passages étroits et peu praticables qui n'avaient pas été complètement explorés. Des chercheurs de trésor y passaient régulièrement, et en dehors de restes de poteries - parfois encore utilisables - il leur arrivait même de trouver à l'occasion quelques perles de céramique fabriquées par les anciens occupants des lieux.

Mais malheureusement, un terrible événement récent faisait que le site était désormais évité par tous les Lossoth des environs. Tout d'abord, les aventuriers apprirent que le site était régulièrement utilisé par des groupes ou individus en vadrouille sur l'île, notamment à la recherche d'oiseaux et d'œufs : les ruines pouvaient servir pour s'abriter en cas de mauvais temps, grâce à des restes de murs mieux préservés qu'à Ei Missa. En fait, depuis des années, une viisas avait même élu domicile là-bas et fait de nombreuses fouilles. Jusqu'au jour où elle avait fait une grande découverte et où les esprits lui avaient dit d'attendre des visiteurs maudits qui auraient l'utilité de ce qu'elle avait trouvé. Elle patientait donc là-bas depuis un moment, tout en enseignant parfois son art à d'autres Lossoth, quand des auspices néfastes firent fuir la plupart, mais pas elle. Un terrible spectre arriva là-bas sur l'île, il tua tout le monde sauf elle, qu'il se contenta de torturer et lui crever les yeux. Il fit une terrible magie noire, remplissant le site de sorcellerie puissante, si bien que la viisas reste à présent seule là-bas, attendant toujours des gens maudits à qui remettre quelque chose que le spectre a peut-être pris pour lui... ou pas.

2 - Itämuurit
Certains aventuriers, avant cette histoire, n'étaient pas vraiment très chauds pour aller visiter l'autre ruine des Fabricants de Perles. Mais après avoir entendu cela, ils furent brusquement bien motivés. Une viisas guidée par des esprits pour aider des gens qui faisaient furieusement penser à leur groupe, un possible artefact magique, des grottes à explorer... Même si le groupe se sentait par certains côtés responsable d'une part significative de l'avenir de la Terre du Milieu, c'étaient avant tout des aventuriers, excités par la nouveauté, la magie, les quêtes en tout genre... y compris une viisas en détresse à aller sauver ou aider ! Et puis le spectre leur donnait à penser que le puissant sorcier noir qui les avait pourchassés à la tête de nombreux morts-vivants avait bien pu s'arrêter par là. S'il y avait trouvé son intérêt, c'est sans doute qu'il y avait quelque chose à apprendre là... voire à prendre !

Du coup, Geralt et ses amis demandèrent à leurs compagnons d'un jour comment aller jusque là-bas. Les Lossoth n'essayèrent pas trop de les dissuader, sentant que l'avenir des aventuriers se trouvait peut-être par là-bas. En attendant, ce n'était pas si simple : il avait dû y avoir une route entre les deux sites, mais il n'en restait rien. Du coup, il était bien possible de rejoindre Itämuurit par la terre, mais c'était à la fois simple et difficile. Simple, parce qu'il suffisait de monter au sommet et d'aller vers l'est : les ruines se trouvaient à l'extrémité est de l'île, en hauteur, impossibles à rater à proximité. Difficile, car le terrain était accidenté, enneigé, sans ligne droite facile ou évidente. Un éventuel connaisseur de l'île aurait pu les guider peut-être, dans l'été, mais en l'état il ne fallait pas compter sur quiconque. En temps normal il fallait deux jours pour arriver là-bas. Et aucun dragon ou autre grand prédateur n'était connu pour habiter sur l'île : il n'y avait pas vraiment d'abri pour eux et pas tant que ça à manger.

Drilun et les autres débattirent de la route à prendre : par la mer, sur la banquise ? Cela impliquait de faire demi-tour pour sortir de l'anse où ils étaient, s'éloigner au nord pour avoir une banquise plus stable, voyager vers l'est, redescendre au sud pour atteindre la pointe de l'île, et monter la falaise en haut de laquelle se trouvait le site. La banquise allait être de moins en moins stable à mesure que le printemps arrivait, sans parler d'éventuels prédateurs marins qui pouvaient leur compliquer la vie. Ou même pas marins d'ailleurs : certains ne se souvenaient que trop bien de la facilité avec laquelle Canadras les avait mis en grande difficulté en brisant la glace sous et autour d'eux, ou Andalónil. Passer par les sommets de l'île paraissait bien plus attirants à certains, Vif en tête, qui se riait du terrain accidenté. En fin de compte, c'est ce qui fut décidé : ils iraient par l'intérieur et les sommets de l'île.

Après une "nuit" de repos sans surprise, les Lossoth les quittèrent. Mordin et consorts leur laissèrent toute la nourriture, y compris ce qui provenait de leur part de phoque à eux. Ils décidèrent de ne garder que ce qu'il leur faudrait pour la journée ; ils n'auraient qu'à chasser ou pêcher le reste du temps, ou utiliser leurs réserves, lembas ou poisson dans les inereneraban. Le temps était sec et beau, et le soleil fit même son apparition un moment au ras de l'horizon, vers le sud, ce qui les obligea à mettre leurs bandeaux de protection pour se prémunir des nombreux reflets sur la neige brillante. Ils grimpèrent sans problème depuis Ei Missa jusqu'aux sommets de l'île. Il était facile de se diriger, mais ils découvrirent vite que le terrain accidenté et la neige allaient singulièrement leur compliquer la vie : même si Vif pouvait trouver une voie praticable pour aller dans la bonne direction, leur allure était très lente. Il allait leur falloir bien plus que deux jours, sans parler de la démotivation de Geralt, allergique aux efforts !

Heureusement, la solution arriva par la bouche d'Isilmë : elle entonna un chant elfique qui fit danser les pieds et pattes de toute l'équipe. Brusquement pleins d'énergie, les aventuriers avancèrent à allure réduite mais néanmoins plus rapide, sans ressentir aucune fatigue, tant ils étaient portés par la magie du chant. Ils marchèrent longtemps ainsi, et l'elfe refit un nouveau chant de marche après une pause pour leurs besoins divers en cours de voyage. Ils étaient presque frais et dispos à l'issue du deuxième chant, certains auraient voulu continuer, mais la lassitude et la prudence eurent raison du plus grand nombre : ils choisirent de faire un camp, se reposer, pour pouvoir arriver plus frais le lendemain, où les ennuis les attendaient peut-être. Ce qu'ils firent donc : après un repos tranquille, ils repartirent vers l'est-nord-est, au son du chant de la guerrière et soigneuse elfe. A la fin de son chant, quand ils firent une pause, les ruines étaient déjà visibles pour certains. Le temps était toujours clair, juste un peu venté. Un nouveau chant fit avancer leurs guiboles, et ils arrivèrent bientôt à Itämuurit.

Le site était effectivement bien plus grand qu'Ei Missa, et les ruines mieux conservées. Le centre des ruines faisait beaucoup penser à une grande avenue avec les restes de divers édifices de part et d'autre. Elle amenait à une zone de murs (en ruines) concentriques, possible centre culturel ou religieux, au milieu de laquelle se tenait une silhouette. Cela faisait un moment que la féline Femme des Bois l'avait repérée, car elle ne faisait rien pour se cacher, et elle chantait. Au fur et à mesure que les aventuriers s'approchaient, ils purent entendre son chant également, qui n'était pas vraiment compréhensible, mais faisait plutôt penser à une transe et un langage ésotérique, comme pour quelqu'un en train de communiquer avec des esprits. Ils continuèrent à s'approcher, et Isilmë se mit à chanter elle aussi, et d'une certaine manière elle arriva à se caler sur le chant de l'autre et à entrer en communion avec la chanteuse et les esprits auxquels elle parlait. Bientôt la silhouette s'arrêta de chanter, et tourna son visage vers eux, baignée d'un grand sourire. Le visage gardait les cicatrices de nombreuses blessures ou mauvais traitements, comme attestés par les traces de sang sur les habits en mauvais état de son propriétaire, et les orbites étaient vides. Pourtant la personne, manifestement une femme d'âge moyen (ce qui pouvait être assez vieux pour les Lossoth, qui ne vivaient pas longtemps), avait l'air heureuse...

3 - Näkynainen
Avant même d'arriver là, et dès la fin de la première journée en fait, Rob avait pu sentir une magie noire très puissante à l'œuvre sur le site. En s'approchant, il put même déterminer que la magie était présente en sous-sol et non en surface. Il la sentait sous eux à présent, à au moins une centaine de pieds de profondeur, et il sentait même des présences maléfiques, au nombre de dix, dont une plus puissante et intelligente que les autres. Là, face à cette dame blessée, il sentait également de la magie, mais elle n'avait rien de mauvais. Manifestement, ils avaient devant eux la viisas dont on leur avait parlé, et qui paraissait toute heureuse de les rencontrer enfin... Elle semblait les percevoir d'une façon ou d'une autre, malgré sa cécité. Avec la magie émanant d'elle, et vu son lien avec le monde des esprits, que la guerrière elfe avait pu partager, il n'y avait pas de surprise ni de doute à avoir : c'est bien les aventuriers qu'elle attendait.

Le contact se fit très simplement, avec des mots courtois. Les aventuriers apprirent que la personne qu'ils avaient en face d'eux se nommait Näkynainen, nom qui signifie en labba "Vision-Femme". Très vite elle leur proposa de leur raconter l'histoire de sa vie, qui était maintenant liée à la leur. Sans surprise, très petite, elle montra des dons pour le contact avec le monde des esprits. Son destin fut tout tracé, elle serait une viisas. Elle grandit donc dans cette voie, parlant beaucoup aux esprits et les écoutant encore plus. Elle voyagea beaucoup, à la recherche de quelque chose qui était tout simplement son destin. Elle finit par le trouver sur le site d'Itämuurit : là, les esprits lui dirent qu'elle devait chercher un artefact très puissant qui était caché sous l'ancienne ville des Fabricants de Perles. Ce qu'elle fit donc, seule ou avec l'aide éventuelle des visiteurs occasionnels.

Sa recherche prit des années, et jamais sa motivation ne flancha, poussée par les esprits qui lui parlaient toujours. Même si elle n'avait pas une grande réputation, elle était connue localement et certains jeunes venaient étudier auprès d'elle, ou des gens lui demandaient conseil, en échange d'aide matérielle. Enfin, un beau jour, elle trouva le fameux artefact qu'elle était destinée à garder. Car de cela aussi les esprits l'avaient prévenue : sa mission n'était pas terminée, et l'artefact en question ne lui était pas destiné. En fait elle resta assez discrète à ce sujet, ou en dit juste assez pour éviter d'avoir des problèmes avec des gens cupides, même s'ils étaient rares à venir ici. En effet, l'artefact devait être remis à des personnes étrangères et maudites pour les aider à combattre la malédiction qu'ils avaient sur eux, et, plus encore, les esprits maudits qui étaient à l'origine de leur malédiction. Toute autre personne cherchant à prendre l'artefact risquait de le regretter...

Et donc elle resta sur place, patiente, attendant son heure. Petit à petit, les esprits lui dirent que l'heure approchait. Quand elle entendit parler d'un étranger tombé du ciel dans les montagnes à l'est, et ayant perdu la mémoire, elle se demanda si son temps n'était pas venu. Les aventuriers n'eurent aucun mal à associer cette histoire avec celle de Dwimfa, leur compagnon, qui était là à présent... Mais la viisas continua en disant qu'il n'était pas (encore) venu, et donc qu'elle continua à attendre. Plus récemment, les esprits l'avertirent que le dénouement de son destin était proche, mais qu'il serait douloureux : le mal précédait les étrangers maudits, le mal, la destruction et la mort. Näkynainen eut peur pour les personnes qui la côtoyaient régulièrement et les avertit qu'une épreuve arrivait. Certains ne partirent pas, pris dans un autre destin. Car le mal arriva enfin, sous la forme d'une forme d'ombre, un spectre maniant la magie noire et maîtrisant les morts-vivants.

Elle lui fit face sans peur, sans chercher à combattre non plus, même alors qu'il tuait les corps et les âmes de ceux qui étaient restés près d'elle. Les esprits lui avaient dit que c'était inutile. Il la tortura pour le plaisir et pour connaître toute son histoire, et elle lui livra tous les secrets, et l'artefact. Mais le spectre ne pouvait le toucher, il en ressentait une grande douleur. Alors il eut l'idée d'en faire un piège pour ceux à qui il était destiné, et que manifestement il cherchait. Utilisant les survivants comme esclaves, il consacra son temps et son énergie à parfaire un piège dans les profondeurs du site. Les rituels qu'il élabora étaient maléfiques et puissants, et ses esclaves périrent tous pour être la touche finale de son piège, les gardiens de l'artefact : ce dernier était à présent dans des grottes peu praticables, très étroites, où il était impossible de combattre physiquement. Et il était gardé par dix fantômes qui se riaient de la pierre et qui pouvait tuer avec leurs armes spectrales, leur magie, ou juste en absorbant l'énergie des vivants.

Le spectre creva les yeux de Näkynainen avant de partir, confiant que son histoire pousserait les aventuriers à se jeter dans le piège qu'il leur avait tendu. Mais la viisas, bien renseignée par les esprits, savait que tel était leur destin, leur épreuve, et qu'elle devait rester pour leur transmettre ce flambeau. A présent, son rôle était terminé, même si elle pouvait peut-être les aider encore un peu. Elle était néanmoins confiante qu'ils arriveraient à dépasser cette épreuve, et qu'ils retrouveraient l'artefact, et s'en serviraient. Il s'agissait de deux perles dont la magie était à la fois très pure et très puissante. Cela ne suffirait pas à vaincre tous les obstacles en face d'eux, et peut-être pourraient-ils également s'en passer au cours de leur quête, mais le choix était le leur à présent.

4 - Recherches, études et questionnements
L'origine du spectre dont parlait la viisas ne laissait guère de doute à Drilun et ses amis : ce devait être celui-là même dont Tevildo avait conseillé de se méfier, ou plus simplement d'éviter le plus possible. En repensant à divers détails et informations glanées à son sujet, divers aventuriers auraient pu parier sur son identité : rien de moins que le roi-sorcier d'Angmar lui-même, ou alors, si ce n'était pas lui, un de ses plus puissants serviteurs ! Les raisons pour lesquelles il avait laissé la viisas en vie semblaient claires : sans elle, ils auraient certainement poursuivi leur chemin sans trop se soucier d'un artefact aussi bien gardé par une telle magie noire. Avec elle, la carotte paraissait bien trop appétissante pour la laisser passer sous leur nez aussi facilement. Le spectre voulait qu'ils aillent chercher l'artefact, tout comme Näkynainen mais pas pour les mêmes raisons : il espérait sans doute que le piège mis en place serait suffisant pour tuer au moins certains d'entre eux...

Le premier à être mis à contribution fut le hobbit : il pouvait tout sentir à distance, de par sa grande sensibilité à la magie, mais aussi grâce à l'anneau magique réalisé chez les elfes des neiges, celui-là même qui permettait de sentir la vie (ou non-vie) intelligente à proximité. Il tenta donc d'analyser la magie noire et tout ce qu'il sentait dans les profondeurs du site où il se trouvait : dix personnalités assoiffées de vie et fortement liées à la mort et la sorcellerie, à une trentaine de pas de profondeur ; de nombreux sorts de magie noire qui n'attendaient que leur présence pour se déclencher ; et une petite magie, non active celle-là, pure et lumineuse, au centre de ce déchaînement de maléfices. Le piège était clair et peu subtil, mais efficace probablement : une magie très puissante prête à se déchaîner à leur approche, au milieu de fantômes ou spectres prêts à les transpercer et aspirer leur vie, à un endroit où tout combat physique était impossible. Mais au-delà de cela, il sentait aussi autre chose : ses perceptions étaient comme floutées, il n'arrivait pas ou très mal à distinguer les détails de cette magie. Comme si une partie de la sorcellerie avait été réalisée dans le but de gêner ses perceptions magiques voire les sorts de divination... comme ceux de Drilun.

Justement, l'archer-magicien était bien armé pour faire face à ce défi. Après tout, le piège était magique, rien de mieux que la magie pour le contrer. Pour commencer, il analysa magiquement les grottes qui les attendaient plus bas. Malheureusement, ce qu'il perçut était conforme aux descriptions qui avaient été faites : un labyrinthe de galeries étroites, jamais plus d'un pas de large ou de haut, où tous sauf le hobbit devraient ramper, se transformant en vers de terre et tout aussi vulnérables. Il essaya un sort de divination, mais il n'en attendait rien et ne fut pas surpris du résultat tout sauf fiable. Mais nombreux dans l'équipe pensaient qu'un des sorts les plus puissants qui les attendaient aurait certainement pour objectif de faire écrouler les galeries. Ce qui correspondait aux observations de Rob : à défaut d'en deviner plus, il sentait que l'une des sorcelleries présentes était liée à la terre elle-même.

Taurgil eut l'idée d'interroger la viisas, Näkynainen : pouvait-elle interroger les esprits pour les aider ? Elle avait dit qu'elle ne descendrait pas dans les galeries, mais en revanche elle était tout à fait prête à les aider si c'était la volonté des esprits. Le Dúnadan, entre autres choses, avait pensé à utiliser une herbe rare appelée fleur de voyage, dont ils avaient une provision, déjà prête à l'usage. En respirant la poudre faite à partir d'une fleur très rare, l'esprit pouvait se détacher du corps et vagabonder dans l'espace sans tenir compte d'aucun obstacle comme la roche sous leurs pas. Par contre, plus le temps passé hors du corps était grand, plus douloureux était le retour, qui pouvait même être fatal. Bref, les esprits savaient-ils s'il était possible de combattre les fantômes ou spectres de cette manière ? Était-il possible, également, de prendre avec soi des objets afin de pouvoir se défendre et attaquer ? Car l'esprit ne s'encombrait d'aucune possession sous cette forme, mais les fantômes ou spectres avaient avec eux, en général, des armes spectrales qui pouvaient toucher et affecter la matière, et blesser et tuer les vivants.

Les esprits répondirent que le combat était effectivement possible, mais rares étaient les objets capables d'être emportés dans le monde des esprits : seuls certains artefacts très puissants le pouvaient, et encore fallait-il avoir un lien très fort avec les objets en question. Rob pensa alors à l'anneau elfique qu'il portait au doigt, mais ses amis lui opposèrent deux arguments : d'une part, il n'était pas un elfe, donc ils doutaient qu'il puisse l'emporter avec lui ; d'autre part, cet anneau avait la désagréable habitude de sectionner le doigt du porteur quand il venait au contact d'une magie... que tous s'attendaient à rencontrer ici, dans les galeries ! Le hobbit prit l'avertissement au sérieux et plus tard, il ôta l'anneau du doigt lorsqu'il fut en mesure de descendre.

En revanche, deux armes spéciales étaient possédées par les aventuriers qui pouvaient peut-être répondre à ces critères. Certains avancèrent le nom de Morang, portée par Dwimfa. Mais ce dernier répliqua que même s'il pouvait emporter la lame avec lui, elle n'aspirait qu'à une chose, et c'était manger la vie. Elle n'avait donc aucun pouvoir contre les morts-vivants ! Utiliser Morang était donc selon lui exclu. Par contre, Taurgil lui-même avait sur lui et depuis peu une fameuse épée, Gwaedhel. Elle avait été trouvée sur le corps d'Arang, un ancien compagnon de Dwimfa, et elle avait un lien particulier avec les descendants d'Elendil, ancêtre de Taurgil. Et elle avait un pouvoir particulier contre les fantômes. Aussi semblait-elle toute indiquée pour se retrouver au poing du noble Dúnadan même en esprit. De toute manière, il n'y avait qu'une seule manière de le savoir. Aussi Taurgil prit-il une dose de l'herbe en poudre, qu'il renifla fortement, après avoir mis le pommeau de l'épée magique dans sa main.

5 - Fleur de voyage et spectres désincarnés
L'esprit du descendant des rois du Rhudaur observa brièvement son corps qui semblait dormir paisiblement. Mais dans le monde éthéré où il évoluait, il fixa l'épée enchantée qu'il tenait toujours à la main. Il avait donc un vrai lien avec l'épée, et les fantômes ou spectres n'avaient qu'à bien se tenir ! Il descendit dans le sol qui lui semblait un peu vaporeux, sans rien sentir de particulier, mais sans percevoir très loin non plus, comme à travers à léger brouillard. Un brouillard de plus en plus sombre au fur et à mesure qu'il descendait. Ce n'était pas une question de lumière, mais peut-être la magie noire de plus en plus présente voilait-elle ses perceptions magiques ? Perceptions magiques qui de toute manière n'avaient jamais été développées. Sans doute Rob ou Vif auraient-ils vu bien plus loin que lui, mais ils seraient venus sans épée. Il avait été question d'envoyer la lionne enchantée aussi, en espérant la voir sous forme spirituelle comme dans le monde réel - avec un corps de grand félin magique capable de blesser spectres et fantômes. Mais en fin de compte ils n'avaient pas tenté la chose. Pas encore en tout cas.

Il descendit petit à petit, avec l'impression de voler et de contrôler parfaitement sa trajectoire. Apparemment sa vitesse dépendait de sa volonté, qui tenait lieu de force dans le monde des esprits, ce qui était bien logique. Là-haut, Rob devait suivre ce qu'il faisait et en informer les autres, mais ils n'avaient pas moyen de communiquer l'un avec l'autre. Il avait été question d'utiliser peut-être les services de Tevildo, mais la majorité avait répondu que la corruption du Maia en eux était déjà bien assez grande. Bref, le hobbit pouvait suivre ce qui lui arrivait et peut-être ses amis pourraient-ils réagir en cas de problème, mais à son niveau il était seul.

Enfin, plus si seul que cela : il était arrivé plus profondément, et brusquement il découvrit un spectacle inquiétant : dix entités éthérées venaient d'apparaître sous lui, plus ou moins en cercle, à quelques pas de distance. Les esprits que Näkynainen avait interrogés avaient prévenu que les fantômes ou spectres étaient attirés par la vie, dont ils voulaient se nourrir. Manifestement ils le percevaient bien mieux que lui ne les percevait. Par contre, comme ils l'avaient subodoré auparavant, ils n'étaient pas libres de leurs mouvements, sans quoi ils l'auraient déjà attaqué. En fait, ces esprits auraient pu même remonter à la surface et les attaquer bien avant, surtout que le soleil en cette saison - c'était la fin de l'hiver - restait très bas sur l'horizon, et très peu de temps encore. Si même il les gênait d'ailleurs. En tout cas, Taurgil pouvait voir - ou sentir, il ne savait pas comment fonctionnaient ses perceptions - que les esprits désincarnés brûlaient de monter à sa rencontre, mais ils ne le pouvaient pas : ils étaient bloqués par la magie qui les avait enchaînés ici.

Les esprits du Grand Nord avaient d'ailleurs donné des précisions suite aux questions qu'il avait posées : selon eux, neuf des esprits étaient en fait les âmes torturées des anciens compagnons de Näkynainen. En gros, des fantômes ou spectres mineurs juste assoiffés de vie, qu'ils auraient voulu absorber. Heureusement, grâce à son épée enchantée, il ne ressentait ni peur ni mal de leur présence proche, et sa volonté était renforcée, ce qui lui permettrait de résister bien mieux à leur magie noire. Magie noire que seul l'un d'eux était peut-être susceptible de manier : en effet, le dernier sacrifice n'avait pas eu pour objectif de lier l'âme du sacrifié au lieu de sa torture, mais d'appeler ici même une âme noire plus puissante, celle d'un spectre ou fantôme majeur. Et il le percevait bien, une ombre plus grande et menaçante que les autres, qui d'ailleurs semblait en train de préparer quelque sinistre sortilège.

Il ne craignait pas la magie de l'esprit maléfique, et la sorcellerie dont il fut l'objet n'arriva pas à l'affecter. Mais il n'était pas là non plus juste pour faire du tourisme. Tout d'abord, il utilisa sa magie de potentiel roi dúnadan pour augmenter ses défenses. Rapidement, il bondit vers un fantôme en bordure du cercle, et, plus rapide que lui, il lui enfonça son épée magique en travers du corps. L'ombre fantomatique se dissipa instantanément, tandis que les autres ombres venaient à lui. Il rebroussa vite chemin vers la surface, mais, comme il le pensait, il ne put empêcher les deux esprits morts-vivants les plus proches de lui de porter un coup de leur lance éthérée. Grâce à sa magie il put dévier leurs coups, même si une lance arriva à percer légèrement sa défense, et il ressentit une petite douleur, qu'il ignora vite. Là-haut, une petite nécrose en forme d'entaille apparut soudain sur son corps, mais personne ne la remarqua sous ses épais vêtements. Puis il fut trop haut pour les esprits, qui s'arrêtèrent à faible distance sous lui.

Il réfléchit un peu et pensa à un plan. Dangereux sans doute, mais réalisable. Il remonta vers la surface et ses amis, et il réintégra vite son corps. Il n'était pas resté très longtemps dans le monde des esprits, aussi la douleur fut-elle très légère et il l'oublia bientôt, comme la précédente. Il exposa à ses amis ce qu'il s'était passé et son projet, et ils acceptèrent son idée. Isilmë se prépara à venir avec lui. Même sous forme éthérée, elle restait une elfe, et en tant que telle elle avait une aura particulière que sa magie permettait d'étendre jusqu'à englober d'éventuels adversaires. Et les êtres corrompus comme les morts-vivants supportaient très mal cette aura magique, ils en étaient gênés et même ils pouvaient être amenés à la fuir. De plus, tous savaient d'expérience que la magie des soins, qu'elle maniait bien, était très destructrice pour les morts-vivants, donc elle n'était pas complètement désarmée. Elle serait le parfait soutien qui lui manquait pour combattre les ombres maléfiques qui leur barraient le passage. Tous deux prirent un peu de fleur de voyage, et ils pénétrèrent dans le sol. Objectif : éliminer les fantômes. Les esprits du Grand Nord avaient prévenu que tant que la magie noire qui liait les spectres n'était pas annulée, ces derniers ne pouvaient qu'être dissipés temporairement. Ce serait bien suffisant pour leur permettre de récupérer ensuite l'artefact.

6 - Combat spirituel
Taurgil avait pris la mesure des âmes damnées que le roi-sorcier d'Angmar, ou son serviteur, avait utilisées pour faire son piège : des créatures dénuées d'intelligence réelle... à une exception près. Leur soif de vie serait leur fin, et leur libération. Il les abattrait une par une, avec l'aide d'Isilmë. Seul le spectre majeur l'inquiétait : selon les esprits du Grand Nord, il demeurait auparavant dans un iceberg funéraire corrompu par la magie noire d'Angmar, mais il n'était même pas sûr qu'il venait de là. Il était plus ancien, maniait la sorcellerie, et son influence sur les autres esprits maléfiques restait à déterminer. Mais il ne servait à rien de trop réfléchir : il fallait frapper, et s'adapter aux surprises qui ne manqueraient pas de se présenter. Drilun aurait-il pu venir avec eux et emmener son bâton de lumière avec lui ? Peu le pensaient. Même sans cela, ses sorts auraient-ils pu faire la différence ? La question restait ouverte. Vif aurait-elle été un formidable esprit guerrier de lionne magique désincarnée ? Cela n'avait pas été testé. Peut-être avait-il agi un peu vite, mais bon, les dés étaient lancés.

A nouveau il retrouva les esprits maléfiques plus bas, bloqués par une barrière magique. Le plus puissant et dangereux se tenait un peu en retrait, plus bas, et il fit à nouveau de la sorcellerie... qui ne les affecta pas. Isilmë se tenait au-dessus du noble Dúnadan, tous deux enveloppés dans une aura elfique sensée gêner voire faire fuir les êtres corrompus par le mal. A nouveau il descendit, frappa un fantôme dont l'ombre se dissipa, puis il remonta tandis que les deux plus proches l'attaquaient... sans lui causer aucun mal. Plus que huit. Il aurait bien aimé attaquer le spectre le plus puissant, mais l'autre se méfiait : si jamais il lui fonçait dessus, tous les autres auraient le temps de l'attaquer et cela risquait de ne pas se passer aussi bien. Après une brève concertation avec Isilmë, tous deux redescendirent.

Cette fois par contre, les choses ne se passèrent pas de la même manière : les spectres descendirent tous de plus en plus, maintenant une certaine distance avec les deux aventuriers. Les environs étaient plus sombres encore, et l'elfe comme le Dúnadan pouvaient sentir la magie noire qui les environnait, très puissante. Ils étaient entourés de rituels de sorcellerie qui étaient prêts à se déclencher pour Eru savait quelle raison. Tant pis, il fallait continuer, les spectres ne pourraient fuir tout le temps. Et effectivement, ils s'arrêtèrent après un moment. Manifestement, les sept fantômes mineurs mourraient d'envie de les combattre, mais ils obéissaient au dernier, plus puissant. Comme auparavant, Taurgil repéra un fantôme un peu plus distant que les autres, et il se précipita sur lui. Là-haut, Rob sentit un rituel magique s'activer et affecter Taurgil... qui s'immobilisa, confus. Le spectre majeur fit un geste et tous les autres se précipitèrent vers Isilmë, ignorant totalement le Dúnadan qui ne savait plus quoi faire. La guerrière elfe était seule contre huit, et elle n'avait que sa magie pour la protéger et contre-attaquer. Cela serait-il suffisant ?

Premier enseignement : les spectres se déplaçaient plus vite qu'elle. Elle avait immédiatement tenté de remonter vers son corps, mais ils allaient plus rapidement qu'elle et l'avaient vite entourée avant de se précipiter vers elle. Deuxième enseignement : six des fantômes ne purent pénétrer son aura elfique, trop puissante et pure pour eux. Le spectre majeur et un spectre mineur arrivèrent tout de même jusqu'à elle. Confiante dans ses capacités, elle prépara un sort de soin pour blesser son principal adversaire. Troisième enseignement : il était plus rapide qu'elle. Au tout dernier moment, elle sentit qu'il allait la tuer avant qu'elle ait pu lancer son sort, et elle opéra une esquive de la dernière chance qui lui sauva sans doute la vie... mais n'empêcha pas la lance spectrale de lui traverser un membre. Là-haut, son corps subit une grave nécrose au même membre. Si l'autre esprit maléfique l'avait touchée, c'était de manière trop mineure pour s'y attarder. Elle continua à monter, tout en tentant d'esquiver les attaques du grand spectre. L'autre s'arrêta bientôt mais pas le plus puissant. Il la transperça à nouveau, malgré ses efforts, et la lance ne passa pas loin du cœur cette fois - une nécrose encore plus grave envahit son poumon. Enfin le spectre fut bloqué, et elle se dépêcha de remonter vers son corps pour utiliser sa magie des soins avant qu'il ne fût trop tard.

Plus bas, par un effort de volonté, Taurgil força son intellect à réaliser qu'il était sous l'emprise d'un sortilège. La confusion qui lui brouillait l'esprit était encore bien là, mais en utilisant toutes ses ressources, il arriva à lancer un faible sort de magie des soins. Ce sort suffit à le protéger en partie des effets de la sorcellerie, et il arriva à casser l'effet du sort enfin. Juste à temps pour voir six ombres arriver sur lui : lorsque le spectre majeur avait vu que ses serviteurs ne pouvaient pénétrer l'aura elfique d'Isilmë, il avait relâché son emprise sur eux et ils s'étaient dépêchés de se précipiter vers la source de vie disponible la plus proche : lui. Il attaqua le premier qui arriva et le dissipa, mais les autres étaient trop nombreux et commencèrent à le blesser, tandis qu'il fuyait. Sa magie de roi n'était pas suffisante pour le protéger de tous, mais enfin il arriva un moment où les ombres furent bloquées, sauf une : plus puissant, le spectre majeur arrivait sur lui et l'attaqua par le haut, après avoir profondément blessé Isilmë qui avait fui. Taurgil était blessé, le fantôme arrivait pour le coup de grâce. Et le Dúnadan se doutait qu'il était trop puissant pour éviter ses coups. Alors il fit la seule chose raisonnable en cette circonstance : il mit toute sa volonté dans une attaque la plus puissante et la plus rapide possible. Alors que la lance du spectre s'apprêtait à lui transpercer le cœur, Gwaedhel trouva celui du mort-vivant, qui se dissipa instantanément.

Après une brève pause, il analyse la situation : il n'avait reçu que des blessures légères, et il en avait vu d'autres. Les autres fantômes étaient moins nombreux, désorganisés, et tout simplement idiots, simples créatures torturées et assoiffées de vie que leur instinct commandait. Il redescendit vers eux, et, comme il l'avait fait auparavant, plongea pour en attaquer et dissiper un et remonter aussitôt après. Chaque fois il essuyait deux attaques, mais sa magie de roi lui permettait de les éviter. Bientôt il dissipa le dernier, il pouvait remonter. Il regagna son corps après être resté un moment dans le monde des esprits, et le retour fut douloureux, mais rien de grave. Un peu plus loin, la guerrière et soigneuse elfe avait pu stabiliser magiquement son état, et à présent elle se reposait pour laisser sa magie faire le reste. Il lui faudrait un peu de temps mais elle ne mettrait pas trop longtemps à guérir, elle était hors de danger. Mais elle avait eu chaud ! En tout cas, l'artefact n'attendait maintenant plus qu'eux...

7 - Labyrinthe et pièges
Enfin, il n'était pas seul à les attendre : comme Taurgil en avait fait l'expérience, de la sorcellerie puissante était également là pour eux. De plus, comme Rob le sentait, les spectres n'avaient pas disparu complètement. Il les percevait encore là, en bas, de manière résiduelle. Il leur faudrait sans doute un peu de temps pour retrouver leurs forces, mais peut-être pas tant que cela. Il était prudent de penser que les aventuriers n'avaient pas plus d'une journée pour récupérer l'artefact, ou tout risquait de devoir recommencer. Et Isilmë en aurait sans doute pour plus d'une journée à guérir, même par magie. Il fallait donc vite descendre dans les souterrains étroits, détruire la sorcellerie qui y traînait ou juste l'endurer, et récupérer la babiole que Näkynainen avait gardée pour eux pendant des années. Elle les amena à l'une des entrées possibles pour gagner les souterrains. Comme elle l'avait dit, et Drilun également, les boyaux étaient très étroits.

Au final, deux équipes d'exploration furent formées. Le noble Dúnadan et la guerrière elfe étaient en train de guérir et ne participeraient pas. Geralt, sans doute trop flemme, ne viendrait pas non plus. Par ailleurs, il tenait à monter la garde, sachant qu'Andalónil avait été repéré dans les airs peu auparavant. Mordin se moquait bien de la sorcellerie, il se pensait intouchable en raison de son caractère particulièrement têtu - même pour un nain - et de sa nature naine, très résistante à la magie. Et puis il était à l'aise sous terre. Il serait le meneur d'une des deux équipes. Le suivraient Dwimfa, bien plus à l'aise que lui pour se faufiler dans des lieux étroits, et Drilun, qui leur apporterait la lumière de son bâton, et sa magie. Rob mènerait l'autre équipe : non seulement sa taille et sa souplesse en faisaient le mieux à même d'explorer les boyaux les plus étroits, mais ses perceptions magiques lui permettaient de savoir où étaient tant les pièges magiques que l'artefact qu'ils cherchaient. Il serait accompagné par Vif, la plus large et la plus gênée par la taille des souterrains, mais la plus agile aussi. Et ses perceptions tactiles et olfactives lui permettraient de se diriger sans mal, de connaître l'emplacement de l'autre équipe et de retrouver la sortie dans le noir le plus total.

Ils furent donc partis, non sans s'être au préalable débarrassés de la plupart de leurs possessions qui risquaient de trop les ralentir et les gêner. Le hobbit était de loin le plus à l'aise, mais la lionne enchantée allait très lentement et il devait l'attendre. Ce qui lui laissait davantage de temps pour souffler, si bien qu'il ne se fatiguait guère. De plus, à l'aide de ses dons, il pouvait les diriger dans la bonne direction, même si le côté labyrinthique des souterrains, avec tous ses culs-de-sac et fausses pistes, rendait la progression lente et exaspérante. De l'autre côté, le nain n'était pas plus à l'aise que la féline Femme des Bois : plus petit, il était aussi moins souple, donc ils allaient tous deux à la même allure. L'archer-magicien avait un peu plus de facilité et se fatiguait moins, et pour l'Homme des Bois c'était encore plus aisé, même s'il était loin d'avoir la facilité du hobbit.

Ils progressèrent donc un bon moment, avant de finir par arriver à la zone pleine de magie noire. Régulièrement, des runes magiques se déclenchèrent qui tentèrent de les affecter. Mais entre leur volonté incroyable et les nombreuses protections dont ils étaient parés, Mordin et Rob essuyèrent les attaques de sorcellerie avec le sourire. Enfin, après un moment dans les boyaux les plus profonds, le petit hobbit parvint à un carrefour entre trois boyaux où deux perles magiques les attendaient sur le sol. Elles étaient comme illuminées par leur propre lumière qui luisait faiblement dans le noir, et permettait de voir des runes colorées à leur surface. Il y avait aussi de nombreuses runes sur le sol, inscrites avec du sang et des boyaux, voire des restes humains qui avaient été les Lossoth qui avaient un moment partagé la vie de la viisas qui avait trouvé les perles. Et surtout, il ressentait une magie extrêmement puissante qui entourait les perles et qui provenait du boyau opposé.

La lionne et lui attendirent l'autre équipe voire les guidèrent grâce à leurs perceptions. Ils se retrouvèrent tous là, et examinèrent les lieux. Seul Rob pouvait être debout, la tête baissée, les autres pouvaient au mieux être à quatre pattes. Au fur et à mesure de leur progression, ils avaient effacé ou détruit autant de runes magiques et autres rituels que possible, mais là ils étaient au cœur du problème. Le hobbit avait déjà examiné le boyau opposé et vu que les runes les plus puissantes étaient un peu plus loin, mais elles étaient elles-mêmes couvertes par la magie de runes similaires encore plus loin. En fin de compte, il était impossible de prendre les perles ou d'effacer toutes les traces de rituels magiques sans déclencher quelque chose. Et là il ne s'agirait sans doute pas d'une sorcellerie affectant l'un d'entre eux. C'est toute la terre autour qui était visée par la magie, et un effondrement était la première chose qui venait en tête.

Vif et Mordin étaient les plus lents, et ils n'avaient pas grand-chose à apporter à leurs amis. Ils avaient rempli leur rôle, et donc ils furent renvoyés vers la surface. Grâce aux sens de la lionne enchantée cela fut bien plus rapide, et une fois arrivée elle rugit pour leur faire comprendre que les autres pouvaient faire leurs expériences sur les runes. En fait, malgré le temps passé à réfléchir, pendant que les autres partaient, ils n'avaient pas eu trop d'idées. L'archer-magicien avait analysé les runes et déterminé que celles du carrefour correspondaient à la thaumaturgie qui avait attaché les spectres ici. La magie divinatoire ne semblait pas bien fonctionner ici, donc impossible de déterminer à l'avance ce qui allait marcher ou non quant à la sorcellerie qui entourait les perles. Drilun aurait voulu essayer de les prendre par magie, mais son petit ami l'arrêta tout d'un coup. Quelque chose de magique venait de se déclencher. Il ne savait pas quelle en était la cause : leur présence, les dommages sur les runes présentes, ou peut-être juste le temps. Qui sait si le spectre qui avait réalisé cette magie avait juste laissé assez de temps pour qu'ils fussent le plus profondément possible avant l'activation de son sort le plus puissant ? Tout d'un coup, alors que Dwimfa se précipitait déjà pour remonter à la surface, la terre se mit à trembler.

8 - Survie et travail de taupe
Tandis que Rob remontait au plus vite le boyau où l'Homme des Bois venait de disparaître, l'archer-magicien terminait son sort et les perles furent soulevées par magie. Les tremblements s'accentuèrent, largement ressentis même à la surface où Geralt et encore plus Mordin et Näkynainen eurent fort à faire pour rester debout. Drilun attrapa les perles dans sa main tandis que des pierres étaient de plus en plus nombreuses à tomber ; il se faufila un peu en direction de ses amis et tout s'écroula. Il avait eu le temps de se protéger magiquement, et par ailleurs il avait gardé sur lui les meilleures protections magiques qui ne l'encombraient pas pour cette petite expérience de spéléologie. Il en était de même pour ses deux amis, en particulier Dwimfa : il avait sur lui des robes maléfiques portées par un grand sorcier de Dol Guldur, sorcier qui s'était lancé à leur poursuite mais qu'ils avaient réussi à tuer, non sans mal. Et elles protégeaient remarquablement bien. Tous avaient une grande expérience des souterrains et ils surent où se terrer et quelle position adopter pour éviter d'être complétement écrasés. Dwimfa prit Rob contre lui afin de le protéger davantage avec son corps, car de tous c'était lui le plus fragile. Mais, enfin, les tremblements finirent par cesser. Les tunnels, très étroits, n'avaient pas pu s'effondrer complètement, loin s'en fallait. Mais ils étaient bloqués, et l'air n'allait pas tarder à leur manquer...

Heureusement, ce n'était pas la première fois que l'archer-magicien remédiait à ce problème. Longtemps auparavant, il les avait déjà tous sauvés d'un incendie de plaine allumé par des orcs en purifiant l'air autour d'eux. Et depuis il avait bien progressé : il put sans mal renouveler l'oxygène partout dans les poches d'air où ils se trouvaient. Il aurait certainement à relancer le sort de nombreuses fois, mais il était patient et endurant, cela pouvait prendre des heures que cela ne l'affolait pas. Par contre, sortir de là était une autre histoire. Il était possible de dégager en partie le passage et de se faufiler dans les décombres, mais cela prendrait du temps et beaucoup d'énergie ! Geralt, plus haut, n'osa même pas penser à ce qui lui serait arrivé s'il s'était trouvé bloqué sous terre. Il aurait sans doute très vite craqué psychologiquement...

En attendant, la tâche qui attendait ceux à la surface fut immédiatement mise en œuvre : le nain, la féline Femme des Bois et le balafré aux cheveux blancs se mirent à creuser le plus vite possible. Ils arrivèrent à communiquer les uns avec les autres à travers la terre, par rugissement et oreilles félines interposées, ou aidés par magie. Geralt dut baisser les bras au bout d'un moment, tant les efforts à faire étaient trop lourds à porter pour lui, mais il fut vite remplacé par Taurgil. Plus bas, Rob, petit et souple, arrivait à se faufiler vers la surface, aidé aussi par la magie qui lui permettait de savoir où étaient les autres. Il mit autant de temps pour ressortir qu'il en avait mis pour trouver les perles. Dwimfa était très souple lui aussi, mais bien plus grand, et il mit presque deux fois plus de temps que son petit ami. Quant à Drilun, il lui fallut renoncer au bout d'un moment, le travail de taupe était trop fatigant pour lui, il devait garder son énergie pour continuer à lancer des sorts pour lui permettre - ainsi qu'aux autres - de respirer.

Du coup, en bon magicien qu'il était et n'ayant rien de mieux à faire, il mit toutes ses compétences magiques à l'analyse des runes et des pouvoirs enfouis dans les deux perles. Elles étaient parfaitement identiques et liées l'une à l'autre, et il mit un moment à distinguer tous leurs pouvoirs. C'était vraiment un puissant artefact ! Au bout du compte, ses amis arrivèrent à le dégager à force de déblayer les boyaux à moitié effondrés, après un temps à peine moins de trois fois plus long que le temps que le hobbit avait mis pour sortir... Mais enfin, ils étaient tous en vie, ils avaient les perles, la viisas avait eu raison - et d'ailleurs elle rayonnait de bonheur - et le sorcier d'Angmar n'avait pas réussi à leur faire grand mal, même s'il s'en était fallu de peu. L'archer-magicien dunéen eut alors le plaisir de décrire le nouvel et puissant objet magique qu'ils avaient trouvé, et qui allait certainement les aider dans leur quête contre les anciens lieutenants de Morgoth, à savoir Durlach, Eloeklo et Tevildo.

La magie des perles, donc, ne fonctionnait que si deux personnes en prenaient chacune une. Au bout d'un moment, sans doute autour d'une journée, les deux personnes devenaient liées magiquement d'une manière plus intime que les couples les plus fusionnels. Chacun ressentait les émotions de l'autre en permanence, et si les deux le voulaient, ils pouvaient même partager leurs pensées - autrement dit converser à distance - voire leurs sens comme la vue ou l'ouïe. Et ce, apparemment, sans limite de distance. Par ailleurs, chacun savait plus ou moins instinctivement dans quelle direction se trouvait l'autre, voire même la distance pour les gens un peu perceptifs magiquement. Au-delà de ça, les deux porteurs des perles partageaient également leurs expériences, leurs compétences : chacun savait instinctivement toutes les connaissances de l'autre, qu'il s'agît de manier des armes, de reconnaître une plante, de parler une langue ou de faire de la magie même... à condition d'en avoir les capacités. Ainsi, la magie elfique ne pouvait être lancée par quelqu'un de sang non elfique, et aucune magie ne pouvait être utilisée par une personne sans un don ésotérique. Mais le pouvoir des perles ne s'arrêtait pas là : chaque individu, si l'autre ne s'y opposait pas, pouvait également transférer sur lui une blessure que l'autre s'apprêtait à recevoir, allant même jusqu'à la mort... Et en cas de mort subite, non harmonieuse (non naturelle) de l'un ou l'autre, la magie des perles disparaîtrait.

Bien entendu, la magie des perles n'avait pas que des avantages : chaque personne liée à l'autre pouvait facilement être affectée par l'état physique ou moral de l'être lié : une blessure du corps ou de l'esprit pouvait, à un moindre degré, blesser la personne possédant l'autre perle ; difficile d'ignorer les émotions négatives, la souffrance physique et psychique de l'autre... Accessoirement, les perles étaient saturées de bonté et d'altruisme, à tel point que leurs porteurs pouvaient plus facilement résister au mal et à la corruption. A contrario, une personne corrompue ou intrinsèquement mauvaise serait a minima gênée par le port d'une perle, voire pourrait en ressentir de la douleur. Ce qui risquait fort de leur être bien utile. Et peut-être plus tôt que prévu : Näkynainen signala qu'après la débauche de magie qui avait eu lieu ici, tous les viisaat et autres utilisateurs de magie qui vivaient dans les environs à des lieues à la ronde avaient dû sentir ce qu'il se passait. Les aventuriers se dirent que de nombreux dragons l'avaient certainement ressenti, sans compter nombre de Maiar des temps anciens, et ils s'étonnaient presque de n'avoir encore vu personne arriver...

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Niemal
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Grand Nord - 37e partie : compte à rebours et nouvelle alliance

Message non lupar Niemal » 23 janvier 2021, 19:52

1 - Nouveau couple
Assez rapidement, la question se posa d'utiliser les perles magiques : à qui les donner pour que cela puisse profiter au maximum au groupe, c'est la question que tous se posèrent. Autrement dit, quelle serait la meilleure plus-value en termes de compétences ou autres capacités ? Dans un premier temps, les aventuriers se dirent qu'il fallait essayer de trouver un couple dont le partage des compétences apporterait le maximum de bénéfices à l'un comme à l'autre sur des compétences très utiles et couramment utilisées. Tous les aventuriers avaient des spécialités où ils étaient des experts, sans aucune exception. Entre les incroyables perceptions de Vif, sans parler de celles de Rob ou Geralt, la facilité avec les armes des uns et des autres, les capacités en nature ou en escalade, il y avait toujours quelqu'un qui pouvait aider une personne plus faible dont la piètre maîtrise affectait le groupe entier, directement ou indirectement.

Dans un second temps, lorsque viendrait le temps du conflit physique ou magique avec les Maiar, beaucoup pensaient que les réserves de santé ou de volonté pouvaient être plus importantes que les compétences. En particulier pour ceux qui risquaient d'être aux premières loges : Taurgil était un des rares aventuriers pressentis pour pouvoir tenir tête - au moins un moment - à un balrog au cours d'un combat ; et Vif, en particulier si elle devait s'opposer à son patron, paraissait toute désignée pour avoir besoin de l'aide d'un de ses compagnons. Par ailleurs, les perles seraient d'autant plus utiles que les réserves d'énergie psychique ou de vitalité étaient élevées. A ce titre, la Femme des Bois sous sa forme féline était la plus forte physiquement, et sa volonté n'avait d'égale que celle de Mordin. De toute manière, vu sa position centrale dans le conflit avec Tevildo, les huit amis étaient assez d'accord pour voir en elle, à la fin de leur quête, la propriétaire de l'une des perles.

En attendant une éventuelle confrontation finale, les perles pouvaient servir autrement. Restait à savoir avec qui. Bref, les idées fusèrent sur les meilleures combinaisons possibles : Drilun, connu pour ses perceptions moyennes et sa débrouillardise plus limitée en nature, gagnerait sans doute beaucoup à se lier avec le hobbit ou la Femme des Bois par exemple. Taurgil et Mordin, peu agiles quand il s'agissait de faire de l'escalade, pourraient bénéficier grandement des talents de Rob. Le nain, capable de faire peur même à un troll, pouvait peut-être rendre la lionne enchantée encore plus terrible à la vue ou à l'ouïe qu'elle ne l'était déjà ! Dwimfa, le seul de l'équipe à pouvoir faire la même magie que Drilun, pourrait peut-être devenir un redoutable magicien et un encore meilleur archer s'il était lié avec le Dunéen, qui lui profiterait de ses perceptions et compétences physiques. Et bien d'autres combinaisons furent avancées ou envisagées...

Néanmoins, si vraiment aucune combinaison ne paraissait mauvaise en soi, certains firent remarquer que ces transferts de compétence avaient leurs limites. Par exemple, pour bénéficier d'une compétence extraordinaire, il fallait avoir les capacités physiques ou mentales pour la valoriser : l'incroyable talent à l'arme de Geralt ne serait pas si utile à quelqu'un qui n'était pas déjà extrêmement adroit physiquement. La capacité de Vif à percevoir son environnement n'était transférable qu'à condition de posséder déjà une très grande acuité sensorielle. Les savoirs de Drilun seraient-ils vraiment très utiles à quelqu'un qui n'avait qu'une petite fraction de sa vaste intelligence ? Cela limitait un peu l'utilité des perles, et permit de faire du tri.

Par ailleurs, deux des aventuriers se posaient des questions. Mordin savait des choses qu'il tenait à cacher à Tevildo. Certes, les deux propriétaires des perles, une fois liés, ne partageaient pas toutes leurs pensées, seulement avec l'accord de chacun d'eux. Néanmoins, pouvoir parler à quelqu'un mentalement alors que le Prince des Chats pouvait être de l'autre côté entraînait le risque de laisser fuiter une pensée cachée que Tevildo ne devait pas connaître... Et le nain ne savait pas que ce qu'il croyait était en partie faux : Dwimfa, lui, savait bien que ce que lui savait ne devait surtout pas être surpris par Tevildo. En conséquence, il n'allait certainement pas se lier avec l'un de ses compagnons, lui qui était le dépositaire de l'anneau qui lui redonnait toute sa mémoire...

Au bout du compte, les deux perles furent données à Geralt et à Vif. Le premier gagnerait beaucoup aux capacités en nature de la seconde, qui elle trouverait appréciable, entre autres choses, de mieux connaître l'utilisation des skis, même sous sa forme féline. Le maître-assassin, déjà très perceptif, deviendrait encore meilleur également. Et le partage de leurs sens ou de leurs pensées aurait certainement de nombreuses utilisations. Par exemple, le balafré pourrait plus facilement aider son amie lorsqu'elle voulait utiliser la longue-vue sous sa forme féline, en percevant directement ce qu'elle voyait... et en retransmettant aux autres ses observations, sans même avoir besoin de grogner dans son langage félin, ce qui obligeait à utiliser les tours d'oreille magiques de Drilun.

2 - Repos perturbé
Malgré la possible arrivée prochaine de dragons et autres menaces d'importance, il n'était pas question de fuir dans l'état où ils étaient : Isilmë était encore trop blessée, et même avec l'aide de sa magie et de celle de son compagnon dúnadan, elle estimait qu'il lui fallait bien autour de l'équivalent de trois jours de repos pour être en état de voyager. Elle était passée très près de la mort, et même si des magies puissantes avaient stabilisé son état et régénéraient son corps, bouger mettait sa guérison en péril. Le groupe discuta de la possibilité d'avancer doucement en laissant l'elfe marcher à pas lents, mais cela fut vite écarté. La seule solution un tant soit peu viable pour son corps aurait été de la transporter dans un brancard. Mais à la moindre chute ou mouvement trop brusque, son état pouvait empirer. Le risque était trop grand, et il fut décidé de rester sur place en attendant que sa guérison fût complète.

Tant qu'à rester sur place, autant en profiter pour faire un abri de qualité, tant contre les éléments que contre d'éventuels visiteurs, y compris ceux armés d'un souffle magique. Une partie de l'équipe s'occupa donc de déblayer certains des souterrains déjà parcourus et en partie dégagés des rochers les obstruant. Avec l'aide de Morang, l'épée maudite portée par Dwimfa et capable de trancher la pierre sans s'émousser, certaines ouvertures furent même agrandies afin de gagner en place et en confort. Cet abri troglodyte, en plus de les cacher à la vue d'éventuels ennemis ou de leurs attaques physiques ou magiques, permettait aussi de se protéger du froid, du vent et autres conditions atmosphériques extrêmes qui existaient aussi loin au nord. En effet, à part les elfes des neiges, il n'existait que très peu de peuples du Grand Nord qui vivaient autant voire plus au nord, là où le climat était particulièrement rigoureux et les sources de nourriture limitées.

Les derniers événements avaient été assez stressants pour pas mal d'aventuriers, aussi le repos pris fut accueilli avec grand plaisir. De la magie fut utilisée pour rendre le sommeil encore plus récupérateur pour certains, mais pas pour la féline Femme des Bois : elle allait dormir normalement sous sa forme de lionne enchantée. Cela lui permettrait de ne veiller que d'un œil, car ses amis comptaient sur elle pour les prévenir en cas d'arrivée inopinée (mais plus ou moins attendue) d'ennemis. Même en dormant, tous savaient que son ouïe - presque aussi fine que celle d'un dragon - lui permettait de la prévenir aussi bien voire même mieux qu'aucun d'entre eux lorsqu'ils étaient pleinement réveillés et sur leur garde ! Mais le repos se passa bien, sans aucune interruption... extérieure. Par contre, psychiquement, ce fut autre chose.

En effet, le sommeil de la lionne enchantée fut perturbé : elle sentit dans son sommeil la présence de son "patron", autrement dit le Prince des Chats lui-même. En fait Tevildo n'était pas là pour elle, dans son sommeil, mais le lien qu'ils partageaient était si fort qu'elle pouvait difficilement ne pas remarquer les émotions fortes qui pouvaient parfois visiter le Maia. Et manifestement, c'est ce qui se passait : Vif sentit dans son sommeil que Tevildo éprouvait un réel souci. S'il était difficile de parler d'inquiétude pour un être tel que lui, on pouvait néanmoins utiliser le terme de forte contrariété. Quelque chose l'avait surpris et dérangé, mais quoi ? Elle décida de le contacter directement et de lui poser la question : ce qui l'affectait ne pourrait que les affecter eux aussi, il fallait savoir de quoi il retournait.

Pour une fois, la réponse ne se fit pas attendre longtemps, Tevildo n'ayant pas autant que par le passé envie de la faire attendre et de jouer avec elle. La viisas, Näkynainen, avait elle aussi eu le sommeil perturbé par les soucis nombreux exprimés dans le monde des esprits où son esprit vagabondait souvent. Tous ces esprits, celui de Tevildo comme ceux des Lossoth, venaient de prendre conscience d'un nouvel élément : suite à la grande magie qui s'était opérée sur place, et qui avait donné lieu à rien de moins qu'un tremblement de terre, les choses avaient bougé en profondeur. Or, très en profondeur, il existait de vastes souterrains inconnus mais dont certains érudits parlaient. Des souterrains très vastes et profonds seulement parcourus par de très anciennes créatures autrefois au service de Morgoth. Et parcourus également par des rivières de lave, dont l'une qui venait de reprendre une certaine mobilité suite au tremblement de terre, juste à la verticale de là où ils se situaient. Une rivière de lave qui à présent coulait en direction du Puits de Morgoth, où le niveau de la lave, qui montait déjà lentement, s'était mis à progresser vers le haut encore plus vite. Cela menaçait des runes magiques qui avaient été établies là-bas par les armées des Valar, maintenant le balrog Durlach prisonnier. Ce qui signifiait sa libération probable et prochaine, lui qui rêvait de sortir de sa prison magique pour laisser libre cours à sa soif de vengeance sur le vaste monde...

Cela fut un peu plus tard confirmé par un sort de l'archer-magicien du groupe, lorsqu'il chercha dans les profondeurs de possibles souterrains pour pouvoir quitter l'île : effectivement, il sentit de la lave se déplacer en profondeur en direction de l'est, où était le Puits et son prisonnier, le balrog Durlach. Tevildo annonça que ce n'était plus qu'une question de mois voire de semaines avant que ce dernier ne fût libre. Brusquement, le groupe d'aventuriers n'avait plus autant de temps qu'ils le pensaient pour réaliser leur plan : l'invoquer magiquement et l'abattre avec l'aide d'Eloeklo et des objets qu'ils avaient préparé chez les elfes des neiges. Il ne fallait donc pas tarder... mais ils étaient encore coincés ici, sans parler du problème de quitter l'île où ils étaient pour le moment.

3 - Menaces en mer et en l'air
Le temps particulièrement clair, avec même la présence du soleil bas sur l'horizon, leur permit en effet de prendre la mesure des problèmes qui les attendaient s'ils cherchaient à quitter l'île bientôt. Pour commencer, le tremblement de terre causé par le sorcier - et Tevildo avait confirmé qu'il s'agissait du roi-sorcier d'Angmar, d'après sa signature magique - avait envoyé des tremblements tout autour de l'île. Ces puissantes vibrations avaient brisé la banquise autour de l'île. Du coup, il devenait irréalisable de quitter l'île à pied, particulièrement à proximité immédiate des côtes. Les morceaux de banquise brisée, trop petits, n'avaient aucune stabilité si du poids était posé à leur surface, et d'éventuels promeneurs se retrouveraient bien vite à la baille.

Bien sûr, la glace était déjà en train de se reformer, mais elle était encore bien trop fragile pour espérer maintenir les morceaux de banquise entre eux. Combien de temps cela prendrait-il pour voir se reformer une banquise stable ? Après une année passée sur place, et bien plus pour Dwimfa, et les nombreux échanges qu'ils avaient eus avec les Lossoth, les aventuriers ne pouvaient être sûrs de rien. Mais en temps normal c'était un processus qui prenait des semaines. Même si ici ce n'était pas exactement la même chose, il fallait tout de même s'attendre à peut-être de nombreux jours... qu'ils n'avaient pas, vu la récente urgence. Était-il possible à Drilun de faire se lever une tempête pour geler la mer aux alentours ? L'intéressé était pour le moins sceptique. Quelqu'un suggéra d'appeler le démon Andalónil, dont c'était la spécialité, mais la proposition fut vite écartée.

Partir en bateau fut aussi envisagé, mais pour être vite repoussé : les espaces entre les morceaux de banquise n'étaient pas grands, et en partie pris par les glaces. Se frayer un chemin était irréalisable, il n'y avait tout simplement pas assez d'eau libre, et ils n'avaient pas de bateau capable de tailler dans la banquise ou du moins dans ses portions les plus fragiles ou instables suite au tremblement de terre. N'était-il pas possible d'utiliser la magie de Taurgil, celle d'objets magiques comme Morang, voire la force de la lionne enchantée, pour briser la glace et se frayer un passage ? Le Dúnadan ne pensait pas en avoir la capacité, ils n'avaient plus une masse enchantée qui permettait de faire ce genre de tour de passe-passe, et Vif, si elle était au moins aussi forte qu'un troll, ne se voyait pas briser de la glace de plus d'un pied d'épaisseur avec ses griffes. Il fallait trouver autre chose...

Certains firent remarquer que le seul problème était le manque de stabilité lorsqu'un trop grand poids était posé sur les petits morceaux de banquise. Mais avec les skis remis par les elfes, ou d'autres objets similaires que certains avaient comme des bottes magiques, les membres du groupe pouvaient bénéficier d'une démarche elfique permettant d'avancer sur de la glace mince voire de la neige sans la déranger voire laisser de traces ! Cela paraissait effectivement faisable, à condition de trouver un chemin pas trop long. Selon la carte qu'ils avaient en leur possession, les aventuriers virent qu'ils existaient des passages avec un bras de mer assez étroit entre leur île et le continent ou une autre île plus au sud. Même s'il était question de plus d'une dizaine de miles à en croire la carte, cela paraissait jouable. Encore fallait-il en avoir la certitude, ce qui demandait de vérifier de visu. Vif, accompagnée de certains de ses amis, se mit alors en quête qu'un endroit plus élevé pour observer les environs. Itämuurit, où ils se situaient, était à l'extrémité nord-est de l'île, en hauteur, donc le point d'observation ne fut pas long à trouver.

Les environs proches étaient une chose, et la fracture de la banquise était évidente, mais elle diminuait avec la distance. Afin de mieux se rendre compte d'une route possible, d'autant que le passage envisagé n'était pas tout proche, la féline Femme des Bois demanda l'aide de l'un de ses compagnons pour lui tenir et orienter la longue-vue. Le premier constat fut encourageant : effectivement, après quelques miles, la banquise retrouvait toute sa solidité, et donc la magie elfique apportée par leurs skis ou bottes magiques ferait largement l'affaire. Il était même possible de prévoir une grande traversée en ligne droite sur la banquise. Mais son attention fut attirée par des silhouettes qu'elle ne mit pas longtemps à repérer, tant sur les côtes proches que dans les airs, à une certaine distance de l'île : des dragons ailés étaient présents. Et manifestement ils regardaient dans leur direction...

Elle pensa même identifier l'un d'eux : Canadras était là qui volait au sud-est des côtes. Pourquoi ne les avait-il pas attaqués directement ? Il était sans doute plus fort qu'eux... Pourquoi les autres dragons s'étaient-ils arrêtés et les attendaient-ils ? Plusieurs soupçonnaient le dragon magicien d'avoir prévenu ou influencé les autres dragons : le groupe était dangereux, mais sur la banquise, que n'importe quel puissant dragon ailé pouvait briser sans mal, ils étaient vulnérables et pourraient facilement être isolés, puis combattus ou coulés même à distance... Bien sûr, ils avaient un objet magique permettant de rendre les ailes de toute créature ailée impossibles à utiliser. Mais ils doutaient de pouvoir affecter n'importe quel dragon, et en particulier Canadras, bardé de protections magiques ! Ils ne pouvaient voler ; ils ne pouvaient passer sous terre (et sous la mer) sans prendre de grands risques et perdre sans doute beaucoup de temps, d'après les recherches magiques de Drilun ; et au sol les dragons pouvaient ne faire qu'une bouchée (voire plusieurs) d'eux. Bref, ils étaient coincés là...

4 - Conseil et préparation
Après avoir étudié diverses propositions, les aventuriers se trouvèrent plutôt à sec question imagination. Ils ne voyaient tout simplement pas quoi faire pour sortir de ce pétrin sans prendre de grands risques ou sans perdre un temps qu'ils n'avaient plus. En fin de compte, la féline Femme des Bois proposa de consulter son patron : après tout, leur survie et l'élimination de Durlach, ou au minimum son maintien dans le Puits de Morgoth, figuraient très haut dans la liste des objectifs de Tevildo. Le Prince des Chats avait donc tout intérêt à leur prêter main-forte s'il voulait avoir une chance de sortir de sa propre prison sans avoir de sérieux concurrents à ses projets en Terre du Milieu. Vu le lien étroit qu'elle partageait avec lui, elle l'invoqua donc en pensée, et il ne tarda pas à répondre.

Signe de l'urgence probable de leur situation, il ne marchanda même pas pour faire payer ses conseils : Vif ou un de ses amis n'eurent aucunement à laisser le Maia augmenter son emprise sur eux. Mais peut-être estimait-il qu'il n'en avait plus besoin... Quoi qu'il en fût, après avoir répondu présent, il leur proposa la solution possible suivante : si les dragons, et en particulier Canadras, étaient la source de leur problème, autant voir directement avec le dragon magicien lui-même. Pourvu que les aventuriers trouvassent les bons arguments ou monnaies d'échange, le dragon était sûrement assez malin pour y trouver son intérêt et accéder à leur requête. Bien sûr, cela aurait un prix, restait à voir lequel avec lui directement...

L'idée interloqua plusieurs aventuriers, mais après réflexion ils se dirent qu'effectivement ils ne manquaient peut-être pas de pistes. Pour commencer, c'était l'intérêt du dragon de ne pas laisser Durlach sortir de sa prison : pour un dragon du froid, avoir un esprit du feu comme Durlach dans les parages, qui était un démon probablement plus fort que lui, n'allait pas arranger ses affaires. Par ailleurs, ils avaient peut-être des services ou objets à lui fournir qu'il pourrait plus difficilement obtenir en les combattant. Et puis, c'était un être suprêmement intelligent qui apprécierait sans doute plus une lutte d'esprits qu'une lutte physique. Cela ne paraissait donc pas impensable de faire appel à lui, et s'ils se montraient malins ou adroits ils avaient peut-être beaucoup à y gagner... et le dragon sans doute aussi.

Taurgil, au vu de la discussion, ne s'embarrassa pas de davantage de débats : il se redressa, et, en s'orientant dans la direction que Vif avait donnée, il interpela le dragon de sa voix forte, en espérant bien qu'il l'entendrait malgré la distance. Il ne chercha aucunement à le provoquer, mais proposa un marché dans l'intérêt de Canadras lui-même, évoquant notamment le nom du balrog, Durlach. Néanmoins, après une certaine attente, le dragon ne se montra pas. Ce qui soulagea les amis du Dúnadan du Rhudaur, qui auraient préféré se préparer un peu à la venue prochaine de ce puissant magicien draconique. Qu'à cela ne tînt, cela laissait du temps pour préparer la rencontre, et Taurgil pourrait toujours appeler le dragon une nouvelle fois par la suite. Ils retournèrent donc à leurs tâches, comme de se reposer (Isilmë, Geralt...), améliorer leur abri ou aller pêcher ou chasser.

Enfin, après une nouvelle journée passée à se préparer, l'héritier des rois du Rhudaur appela à nouveau Canadras de sa voix forte, offrant de parlementer avec lui. Il mit tout son sens de la diplomatie dans ses paroles, soulignant l'intérêt commun que le dragon et les aventuriers pouvaient avoir, et attendit. Et cette fois, les perceptions de la lionne enchantée lui indiquèrent que le dragon magicien réagissait : il venait vers eux... Vite les aventuriers se mirent en position : Drilun et Taurgil l'attendaient au centre des ruines concentriques d'Itämuurit, bien en vue ; Vif était dans leur abri troglodyte en lien télépathique avec Geralt, grâce aux perles magiques, abri à l'entrée duquel Rob se tenait. Les quatre autres étaient groupés à l'abri d'un mur, peut-être à mi-distance de l'abri et du centre des ruines, et ils tenaient tous le marteau magique de Galgrin qui protégeait remarquablement contre les éléments même magiques comme un souffle de dragon. La viisas, elle, s'était éloignée suffisamment pour ne participer d'aucune sorte à la rencontre. Et Canadras fut là.

5 - Marchandage avec un dragon
Prudent, le dragon gris aux quatre cornes (qui était à l'origine de son nom, Canadras voulant dire "Quatre Cornes") passa loin au-dessus d'eux, faisant plusieurs tours pour reconnaître le terrain et identifier chacun, à la vue ou à l'odeur, voire par magie. Peut-être ne se souvenait-il que trop bien de la panique qui l'avait prise devant la magie du Prince des Chats, devant chez lui. Et puis, s'il était dit que les dragons n'oubliaient jamais un tort passé, ils pouvaient se permettre d'être très patients. En tout cas, la haine probable du dragon pour le groupe ne l'empêchait nullement d'être curieux, calculateur, et de prendre son temps pour évaluer les risques et les possibles avantages à une confrontation de quelque ordre qu'elle fût. Satisfait de son petit tour de repérage, il choisit de diminuer son altitude et finit par se poser non loin du centre des ruines : il était environ à une centaine de pas de l'archer-magicien et du grand rôdeur dúnadan, à l'opposé de leurs amis abrités par des murs ou l'abri troglodyte.

Il prit rapidement la parole sur un ton mi-ironique mi-menaçant, et s'émerveilla des ressources des aventuriers. Son propos était loin d'être gratuit, par contre : peut-être au cours de ses passages aériens avait-il étudié les nouvelles magies qui couvraient les aventuriers, que l'anneau elfique porté par le hobbit ne masquait pas. Ses savoirs et perceptions ésotériques lui avaient peut-être apporté plus de renseignements qu'il n'était bon pour les aventuriers, et il décida d'en jouer : il évoqua des informations cachées que peut-être quelqu'un aurait grand intérêt à connaître, sous-entendu Tevildo. Mordin et surtout Dwimfa comprirent sans mal les sous-entendus du dragon, qui avait peut-être deviné bien plus de choses qu'il n'était bon, et qui exigeait un prix pour son silence. Même ceux qui avaient eu leurs mémoires modifiées comprirent que Canadras en savait trop et que de la bonne volonté de leur part était un prérequis avant de pouvoir entamer toute conversation avec lui. En bref, il fallait lui donner quelque chose, et vite.

Un bref conciliabule entre les aventuriers pointa divers objets magiques susceptibles d'intéresser le dragon couvert de runes magiques, et dont le groupe avait peu l'utilité. En particulier des objets récupérés sur les corps des anciens amis de Dwimfa, et notamment le nain Enhar : il utilisait autrefois une hache de lancer magique associée à des gants eux aussi magiques, que plus ou moins personne dans le groupe ne savait bien utiliser. Mordin prit alors la hache et il s'avança vers Canadras, puis, à sa demande, il la lança non loin de ce dernier. Le dragon se déclara alors prêt à patienter et à écouter ce que les aventuriers avaient à lui dire, à proposer. Le marchandage allait pouvoir réellement commencer, et c'est Mordin qui fut chargé du début.

Le nain dut donc expliquer leurs plans au dragon pour se débarrasser de Durlach, ce qui était dans leur intérêt commun, comme Taurgil l'avait bien souligné peu auparavant. D'ailleurs le dragon leur annonça qu'il pensait que la libération du balrog, au rythme actuel de la montée du niveau de la lave, se ferait d'ici un peu plus de deux mois. Canadras avait enseigné à Drilun un rituel pour invoquer l'ancien lieutenant de Morgoth et un autre pour faire de même avec Eloeklo, autre ancien lieutenant du Noir Ennemi du Monde. Leur idée était de faire venir le premier chez le second, en haut des montagnes glacées où le démon du Vent du Nord était retenu prisonnier. Le démon du feu serait affaibli, et ainsi les aventuriers espéraient que les deux démons, qui se détestaient, seraient d'une force similaire et se combattraient jusqu'à la mort. Ils penchaient vers une victoire d'Eloeklo, qui serait possiblement aidé par Andalónil voire Gillowen, ou les aventuriers eux-mêmes. Dans tous les cas le groupe se faisait fort de tuer le survivant, sans doute bien affaibli. Canadras, après un moment de réflexion, leur parla d'une autre éventualité pour abattre le démon du feu de manière peut-être plus facile et sûre, mais il réclama quelque chose pour nourrir sa motivation. Si bien que peu après, les gants magiques qui allaient avec la hache lui furent remis, après une démonstration de l'Homme des Bois qui les avait déjà vus fonctionner : une fois les gants mis, il lança la hache dans un mur. Laquelle hache revint en volant, magiquement, jusque dans la main qui portait le gant enchanté qui avait lancé l'arme.

Satisfait, Canadras évoqua la solution la meilleure à son avis pour éliminer le balrog du Puits de Morgoth : passer un contrat avec Jäänainen, cette Maia appelée aussi la "Sirène de Glace". Selon lui elle était plus puissante que Durlach, et elle habitait la Baie de la Glace Craquante. Invoquer là le balrog le ferait traverser la banquise et plonger dans l'eau glacée, où son feu ne lui servirait à rien. Elle n'aurait donc aucun mal à en venir à bout. L'invocation magique serait peut-être difficile sans un grand feu, mais le dragon croyait savoir que le groupe détenait un artefact qui pouvait palier à cela, si le sort était bien lancé. Restait à convaincre Jäänainen, dont le nom signifiait "Dame de Glace" en labba, et dont les légendes des Lossoth ne disaient rien de bon : sa principale occupation était de séduire des hommes, voire des individus mâles d'autres races, afin de les laisser lentement mourir de froid, si possible à la vue de leurs êtres aimés. C'était un jeu pour elle, et elle était susceptible de relever un bon défi...

Néanmoins, la mort de Durlach, si elle arrangeait bien Canadras, ne signifiait pas la fin des problèmes pour les aventuriers, qui avaient aussi à gérer le problème d'Eloeklo. Interrogé, le dragon laissa entendre qu'il était peut-être possible d'invoquer le démon du Vent du Nord dans le Puits de Morgoth, où ses pouvoirs seraient vraisemblablement plus limités que chez lui. Quant à la manière de réussir ce tour de force, il fallut à nouveau apporter une motivation suffisante au magicien draconique pour lui soutirer davantage de détails. Cette fois, ce fut une autre arme magique autrefois portée par l'ancien ami décédé de Dwimfa, Enhar : une masse enchantée trouvée dans un site dunéen du sud des Montagnes Blanches, qui entre autres pouvoirs permettait de se transformer en pierre. Satisfait, le dragon prit l'artefact et il se contenta de dire que Gillowen, la magicienne elfe et elle aussi ancienne amie d'Enhar - pour autant que nain et elfe pussent être amis - pourrait certainement aider à réaliser cette invocation. Devant l'air furieux d'Isilmë, pour qui ce marchandage n'était rien moins que du vol, Canadras ajouta, sur un ton peut-être en partie narquois ou ironique, que les aventuriers devaient être heureux de ce qu'ils avaient déjà. D'autant qu'il allait faire en sorte d'influencer les dragons qui surveillaient les environs, afin de permettre le passage du groupe où ils le souhaitaient. Dans tous les cas, le dragon aux quatre cornes était le plus fort et les aventuriers devaient faire avec.

6 - Consultations
Un peu surpris par la proposition du dragon magicien, les aventuriers échangèrent entre eux avant de se tourner vers le Prince des Chats. Que pensait-il de ce nouveau plan ? Canadras était toujours là qui les écoutait probablement, mais de toute manière cela ne changeait pas grand-chose à leurs débats entre eux ou avec lui : tous savaient que le dragon pouvait facilement savoir s'ils mentaient, donc ils avaient intérêt à jouer franc jeu avec lui. Tevildo, donc, par l'intermédiaire de Vif, donna son avis sur ce projet de faire combattre Durlach et Jäänainen, et il semblait qu'il y fût assez favorable. Oui, selon lui, la Dame de Glace était la plus forte, et encore plus si le feu du balrog était noyé dans l'eau glacée de la baie. En fait le grand esprit félin avait déjà eu cette idée d'invoquer le démon du feu sur la banquise, mais il l'avait gardée pour lui en attendant une opportunité où elle pourrait s'avérer utile... ce qui semblait le cas à présent. Par contre, la Dame du Froid, comme elle était aussi appelée, voudrait sans doute tester la résistance à la séduction d'au moins trois mâles du groupe : en premier Drilun, car puissant et aimé d'Isilmë qui souffrirait de le voir se détourner de lui ; Taurgil, descendant de roi et sûr de lui ; et sans doute Mordin, par défi, ou Geralt, si exotique et si bon guerrier.

Tout cela était bien beau, mais cela ne répondait qu'à des questions très théoriques et passait sous silence des tas de côtés pratiques. Était-il possible de faire le rituel d'invocation de Durlach sur une banquise, autrement dit sans la présence de beaucoup de feu, composante essentielle du rituel ? La réponse était oui, car les aventuriers disposaient du rubis de feu, cet artefact donné au sorcier Zigûr par le balrog lui-même, rubis magique qui contenait une portion de l'essence du démon. En revanche, le rituel nécessitait la destruction ou la mort par le feu d'objets magiques ou d'un grand nombre d'êtres vivants, si possible puissants. Au départ le rubis était censé compenser ce manque de sacrifices, mais pourrait-il compenser et l'absence de feu intense et de roches ignées, et l'absence de sacrifices d'êtres vivants ? Ce à quoi il fut répondu que cela restait possible, même si le rituel s'en trouvait affaibli. Du coup, l'emprise sur Durlach serait plus faible : ils ne pourraient pas le contrôler du tout, et son invocation pourrait prendre fin rapidement. Bien entendu, le pouvoir combiné de plusieurs magiciens réalisant le rituel pouvait en partie compenser la chose : les différents composants du rituel n'étaient que les éléments d'un tout, et avec les bonnes compétences magiques et l'énergie nécessaire, le rituel pouvait quand même fonctionner... sans doute.

Se posait aussi la question de l'invocation d'Eloeklo : Canadras avait évoqué la participation de Gillowen, l'elfe de l'ancienne équipe d'aventuriers dont faisait autrefois partie Dwimfa. Cette elfe avait été possédée - après l'Homme des Bois lui-même - par Eloeklo pendant des années, et elle l'était encore. Pouvait-elle effectivement aider au rituel, savait-elle s'il était possible de l'invoquer au Puits de Morgoth ? Il se trouvait que Rob avait un bijou qui permettait d'avoir un lien psychique avec ladite magicienne elfe, peut-être pourrait-il la contacter à ce sujet ? Le hobbit était très doué, depuis sa corruption par un anneau magique des années auparavant : il avait une grande sensibilité à la magie et à son utilisation, contrairement à la plupart des hobbits qui y étaient au contraire très résistants. En fait le fonctionnement même de la magie leur était complètement étranger. Mais Rob était à part, et en y mettant beaucoup d'énergie, il arriva à contacter Gillowen avec tant de clarté qu'ils purent échanger leurs pensées et donc parler à distance...

Surprise par ce contact, l'elfe écouta le hobbit exposer le plan du groupe et la questionner au sujet de l'invocation d'Eloeklo de manière à pouvoir le combattre et le tuer. Rob sentit vite la joie que l'idée faisait naître dans le cerveau de l'elfe, puis sa concentration. Après un moment, elle répondit qu'elle pensait que c'était effectivement possible, qu'elle allait réfléchir plus avant aux possibilités et à la meilleure manière de faire la chose. Par ailleurs, elle indiqua aussi qu'elle pourrait participer également à l'invocation de Durlach, ce qui pouvait ensuite aider pour celle du démon du Vent du Nord qui la possédait encore. Et ce serait aussi l'occasion de faire passer discrètement à l'équipe des objets magiques importants récupérés sur les corps de ses anciens amis...

Cette perspective plut beaucoup aux aventuriers, qui y virent de nombreux avantages : peut-être pouvaient-ils demander "officiellement" la participation de Gillowen au rituel afin d'invoquer Durlach chez Jäänainen ? De cette manière, Eloeklo n'aurait pas besoin de se salir les mains et de risquer un combat contre un démon en théorie plus fort que lui. En plus d'avoir une magicienne pour aider au succès du rituel, et la facilité que cela représentait pour obtenir des objets magiques utiles, peut-être même Andalónil pourrait-il participer à la rencontre et faire davantage pencher la balance en faveur des Maiar du froid... et des aventuriers ? Canadras lui-même ne pourrait-il pas participer à l'invocation de Durlach ? Avec lui, le meilleur sorcier de tout le Grand Nord, le rituel aurait toutes les chances de réussir... d'autant que c'est lui qui l'avait conçu. Encore faudrait-il payer le dragon pour ces efforts avec de nouveaux services ou objets magiques, mais cela paraissait tout à fait possible !

Drilun doucha un petit peu ce bel enthousiasme en évoquant un aspect du problème qu'ils n'avaient pas envisagé : si tout cela marchait fort bien, n'allaient-ils pas tous augmenter l'importance du dragon magicien dans le Grand Nord, au point d'en faire un futur despote ? En éliminant les Maiar comme Durlach, Eloeklo voire Tevildo, tout en payant Canadras avec des services et objets magiques, n'allaient-ils pas dangereusement augmenter sa puissance et le lancer sur la conquête du Grand Nord voire au-delà ? Ses amis le rassurèrent sur ce point : bien sûr, le dragon allait être plus puissant que jamais, mais ils ne pensaient pas qu'il était intéressé par la conquête. Sa puissance personnelle et l'étendue de son immense savoir - ésotérique ou non - étaient ses objectifs premiers, pas la domination du monde. Il préférait jouer avec les êtres qui venaient à son contact mais n'avait pas la motivation pour aller les commander. Pour l'instant du moins.

7 - Nouveau marchandage
Les aventuriers se préparèrent donc à discuter à nouveau le bout de gras avec le dragon aux quatre cornes. D'autant qu'ils avaient identifié un autre écueil dans leurs plans : la distance. En effet, le domaine de Jäänainen était à une distance en ligne droite qu'ils estimaient à plus de trois cents miles (~500 km) au sud-est de leur emplacement actuel. Avec en plus la fonte de la banquise qui allait bientôt s'accélérer, notamment dans le sud, il faudrait sans doute passer par la terre, pour un chemin encore plus long. Le trajet risquait de leur prendre des semaines... alors que Durlach pourrait être libéré d'ici deux mois. Canadras ne pouvait-il alors leur servir de taxi, afin de leur éviter un grand délai et de garantir que le rituel serait fait dans les temps ?

Avant de s'adresser directement à lui, le groupe évoqua les objets magiques dont il était possible de se séparer immédiatement, voire plus tard. Certains n'étaient pas en la possession du groupe mais de Gillowen, comme le Suimbalmynas, un fabuleux grimoire composé d'une très grande collection de runes magiques. Le grimoire pouvait servir tant pour lancer des sorts que pour les apprendre, et d'après ce qu'en avait dit Dwimfa, qui y avait eu accès, il comprenait des sorts très puissants. D'ailleurs l'Homme des Bois avait, par le passé, créé une explosion magique en utilisant le grimoire. Explosion qui avait blessé ses compagnons et lui, parfois gravement, et détruit une partie de leur matériel, y compris des objets magiques. Bref, c'était sans doute l'artefact magique qui intéresserait le plus le dragon magicien. En revanche, il pourrait leur servir, donc il fallait conserver la possible utilisation du grimoire le temps de terminer leurs affaires dans le Grand Nord. Après, Canadras pourrait toujours le garder chez lui.

Taurgil se chargea donc de présenter la chose au dragon gris : en échange de divers objets magiques dont certains très puissants, le groupe voulait pouvoir compter sur une aide du dragon pour les aider au rituel magique permettant d'invoquer Durlach d'une part, et pour les amener là-bas ou en tout cas plus près de chez Jäänainen, d'autre part. Et il donna une liste d'objets magiques qu'il s'engageait à remettre au dragon à l'issue du conflit avec les Maiar. Néanmoins, et comme certains s'y attendaient, Canadras se montra bien plus exigeant que cela. Pour ne serait-ce qu'accepter d'envisager d'aider les aventuriers, il souhaitait le retour d'objets magiques que le groupe lui avait soutirés, et par la suite il exigeait une liste bien plus longue que celle que le Dúnadan avait donnée. Ce dernier ne manqua pas de rappeler au dragon que c'était dans son intérêt d'aider à éliminer Durlach, et donc il se montra dans un premier temps plutôt inflexible, au désarroi de certains de ses amis qui voyaient avec inquiétude le moment où le dragon perdrait patience et choisirait peut-être de les croquer...

Après divers échanges, un marché put être conclu qui satisfaisait beaucoup aux désirs des aventuriers. Bien sûr, dans un premier temps ils durent rendre une dague magique prise par Rob chez Canadras. Puis ils s'engagèrent à lui donner ou lui redonner, parfois dès la mort de Durlach, parfois à l'issue de la confrontation avec Eloeklo, plusieurs objets puissants : en tout premier lieu le grimoire magique, mais également une boule de cristal permettant de percevoir voire de faire de la magie à distance ; sans oublier de rendre le marteau de Galgrin après les confrontations avec les démons de feu et de froid, un anneau de camouflage pris chez lui, une amulette maudite permettant de se transformer en chauve-souris et un bâton magique permettant d'appeler et contrôler des éclairs, entre autres choses. Canadras accepta donc tout cela, mais parfois de manière vague, sans entrer dans les détails, ce qui fit penser à divers aventuriers que certains détails risquaient de faire l'objet de marchandages ultérieurs...

En attendant, il avait accepté de les emmener aux portes de la vallée de Brumes Éternelles, où ils avaient laissé du matériel et où les elfes avaient normalement quelques ultimes babioles à leur remettre. Après quoi il les porterait plus au sud. Il leur dit de préparer un filet pour qu'il pût les transporter dans ses pattes griffues, car il refusait de les porter sur son dos. De toute manière Isilmë n'était pas encore guérie, donc ils avaient le temps de réaliser cela avec les cordes et autres tissus ou bâches dont ils disposaient. Ils s'affairèrent à confectionner leur nacelle, à se reposer et à préparer de la nourriture pour leur voyage, et le lendemain ils furent prêts.

Isilmë avait terminé de guérir et elle pouvait à présent respirer normalement. Le dragon gris fut à nouveau appelé, et lorsqu'il arriva, les aventuriers se placèrent dans leur nacelle plus ou moins improvisée, en bordure de falaise. Le dragon bondit d'un coup en prenant l'espèce de filet où ils avaient pris place, mais les mailles faites de cordes tinrent bon et les passagers supportèrent le choc sans plus de mal que quelques bleus. Le dragon plongea vers la mer pour prendre de la vitesse, puis il remonta et fila vers l'est à allure de plus en plus grande. Les aventuriers eurent le plaisir de voyager haut dans les airs, à grande allure, et ils avaient prévu assez de couvertures ou de vêtements chauds pour ne pas être dérangés par le froid accentué par le rapide déplacement d'air. En un peu plus de deux heures le dragon arriva en vue de la vallée cachée dans les brumes, et il commença à descendre. Il freina un peu au-dessus de la forêt proche de la vallée, à très basse altitude, et lâcha son filet sur la cime des arbres enneigée. Puis il s'éloigna à tire-d'aile en donnant rendez-vous plus tard, plus au sud, pour la deuxième partie du voyage et l'établissement du rituel. Les aventuriers échouèrent sans grand mal dans les arbres et la neige, sans guère plus que quelques petits bobos. Ils descendirent vite de leur perchoir et retrouvèrent sans mal une entrée de la vallée, où les elfes les accueillirent avec joie...