Terre du Milieu - Système J

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Niemal
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Grand Nord - 15e partie : spectre, baleine et dragons

Message non lupar Niemal » 09 avril 2018, 13:07

1 - Passé trouble et blessures présentes
Vif ne percevait plus aucune menace à proximité, mais le groupe ne manquait pas de pain sur la planche. Le corps de Gorovod fut fouillé et dépouillé de ses possessions : ses robes de cuir sombre étaient ainsi très légères mais d'une incroyable solidité. Il portait également une espèce de masse d'armes qui était aussi le symbole de son poste de Fhalaugash, le Grand Sorcier de Dol Guldur, une espèce de sceptre qui accroissait la magie ténébreuse de son possesseur. Sans parler d'une dague particulièrement affûtée et de divers autres objets non magiques. Malheureusement, aux perceptions enchantées du hobbit ou à l'analyse magique de l'archer-magicien, robes et masse étaient enveloppées d'une aura maléfique qui suggérait la corruption plus ou moins rapide de son porteur. Néanmoins Drilun ne put se résoudre à tenter de détruire la masse ou à l'abandonner dans les flots, et il la garda par-devers lui. Plus tard, Dwimfa, qui avait pu récupérer toutes ses flèches, hérita des robes noires du sorcier. Son passé d'aventurier lui avait permis de développer une certaine résistance à toute forme d'influence mentale.

Il fallut assez vite constituer un abri dans les débris de leur caverne écroulée, avec l'aide des barques utilisées par les orcs. Les anciennes barques des aventuriers, réduites en allumettes, servirent à faire un feu pour réchauffer le groupe et permettre une infusion d'athelas, dont Taurgil se servit pour traiter deux blessures : celle de Geralt, au corps brisé par la magie du démon du froid, et celle de la lionne enchantée, dont la patte avait été une nouvelle fois brûlée par le sang corrosif du dragon qu'elle avait abattu. Ce fut aussi l'occasion d'écouter l'Homme des Bois qu'ils étaient venus chercher parler davantage de lui, de ses expériences mais aussi de certains de ses objets. En effet, Dwimfa avait sur lui nombre de babioles enchantées, dont l'une d'elles était une arme redoutable dont ils avaient déjà pu juger de l'efficacité : Morang, ce qui signifie "Fer/Acier Noir" en sindarin, d'après la couleur de sa lame. On lui avait dit qu'elle était peut-être la petite sœur d'Anglachel et Anguirel, célèbres et mortelles épées fabriquées par l'Elfe Noir, Eöl, au cours du Premier Âge...

C'était une épée qui pouvait changer de taille au gré de la volonté de son porteur, et qui possédait une lame tellement tranchante qu'elle ignorait les armures hormis les plus solides ou magiques. En revanche, cette arme était littéralement assoiffée du sang et de la vie des victimes, et elle poussait son porteur à combattre tant qu'il ne restait personne de vivant à proximité. Heureusement, l'Homme des Bois, ayant longtemps été possédé par un démon - ses anciens amis et lui découvrirent sur le tard qu'il s'agissait d'Eloeklo - il avait pu développer une résistance spéciale contre l'influence d'êtres ou d'objets maléfiques tels que Morang. Lorsqu'il était parmi les Lossoth, privé de sa mémoire, Dwimfa n'aimait pas se servir de cette arme, même s'il arrivait à lui résister. A présent qu'il s'en rappelait toute l'origine et les risques associés, elle servirait davantage, même si ce ne serait jamais son arme de prédilection : il restait avant tout un archer et un franc-tireur, habitué aux embuscades et à tuer par surprise, pas à combattre en face à face...

L'Homme des Bois était aussi un Losson à présent, et il pressa le groupe de venir l'aider : Andalónil et Gorovod avaient tué et blessé de nombreuses personnes parmi les siens, et il savait que le groupe possédait en son sein de formidables guérisseurs. Il allait retourner dans l'iceberg du clan, l'Étoile du Nord, après un peu de repos. Il pressa donc les aventuriers de l'accompagner pour aider du mieux qu'ils pourraient. Bien sûr, Geralt n'était pas transportable pour l'instant, le temps que la magie des soins dont il avait bénéficié ne fasse pleinement effet. Mais à présent que les risques avaient été neutralisés, il était possible de scinder l'équipe en deux : une partie, dont Taurgil et Isilmë, pourraient accompagner Dwimfa, tandis que les autres resteraient pour veiller sur le maître-assassin et lui prodiguer des soins jusqu'à ce qu'il soit assez en forme pour reprendre la mer. Ce qui fut fait : Drilun et Vif restèrent avec le balafré aux cheveux blancs, tandis que les autres partirent avec l'Homme des Bois losson après une bonne nuit de repos.

En empruntant les barques laissées par les orcs, elles-mêmes prises à des Hommes des Glaces massacrés trois jours auparavant, ils arrivèrent à l'iceberg d'Aime le Poisson après une heure de voyage rapide et sans souci. Ils découvrirent un grand iceberg déjà pris par les glaces environnantes, et qui avait subi de nombreux dégâts internes, par le feu notamment. De très nombreuses personnes avaient péri, souvent les meilleurs chasseurs ou pêcheurs, et la moitié de ceux qui restaient étaient blessés, pour certains assez gravement. Rapidement, les aventuriers se mirent à la tâche, elfe et Dúnadan utilisant leurs magies pour aider les visaat du clan à sauver les plus atteints, y compris certains qui étaient jugés impossibles à soigner. Pendant ce temps-là, Dwimfa partait avec les siens chasser la baleine ou d'autres gibiers - de nombreux stocks de provisions avaient été détruits - tandis que Rob faisait preuve de ses talents de cuisinier pour remonter le moral des survivants, sans parler de se servir de sa bonne humeur et son aspect inoffensif pour calmer voire amuser ses hôtes et en particulier les enfants. Et Mordin faisait du mieux qu'il pouvait pour aider à la réparation de l'iceberg ou au nettoyage des dégâts matériels ou humains laissés derrière eux par les ennemis du groupe...

2 - Guérisons
Geralt souffrait de nombreuses fractures, aux côtes essentiellement, qui l'immobilisaient. La magie du Dúnadan héritier des rois du Rhudaur mettrait une journée entière à faire effet, et permettrait de réduire considérablement la gravité de la blessure, à défaut de la guérir totalement. Mais après cela, la magie de l'archère elfe prendrait le relais et devait accélérer la guérison naturelle de l'Eriadorien, et s'assurer que tout se passerait bien, renforçant les capacités du corps à surmonter d'éventuelles rechutes liées à l'état de faiblesse du blessé. Ainsi, en très peu de temps, le maître-assassin pourrait-il être sur pied alors qu'il lui aurait fallu au moins un mois avant de pouvoir se lever. Il était donc forcé de garder le lit, ce qui lui convenait parfaitement, même si le site n'était pas le meilleur pour sa convalescence.

Lui et ses deux amis reçurent la visite d'Isilmë plusieurs fois par la suite : à l'aide de la longue-vue et de ses capacités d'elfe, elle pouvait repérer l'iceberg où ils avaient combattu, depuis celui d'Aime le Poisson. Lorsque la guérison du maître-assassin fut bien avancée, elle put le rapatrier jusqu'à la demeure des Lossoth où il put achever tranquillement son rétablissement. Elle revint également pour Drilun et Vif, afin de les ramener eux aussi à bon port. En attendant, le premier s'occupait en faisant des flèches magiques capables d'abattre plus facilement leurs adversaires en recherchant leurs points faibles. Quant à la seconde, elle recommençait à avoir de l'appétit, n'ayant pas mangé depuis plusieurs jours. Elle brisa donc la glace pour accéder à l'eau, et appâta des poissons avec des morceaux d'orc. Poissons qui à leur tour finirent par attirer un phoque, qui découvrit un peu tard un nouveau prédateur qui aimait bien sa chair...

Sur l'Étoile du Nord, l'iceberg qui hébergeait le clan d'Aime le Poisson et Dwimfa et à présent les aventuriers, les deux soigneurs du groupe avaient passé une journée entière à utiliser leur magie pour sauver des vies et favoriser la guérison du plus grand nombre. Et ce, avec succès : les morts se comptèrent sur les doigts d'une main, alors qu'à leur arrivée une trentaine de Lossoth étaient dans un état plus que préoccupant, malgré les efforts des soigneurs lossoth, efforts limités vu l'ampleur de la tâche. D'autant que, selon la tradition du peuple du Grand Nord, les personnes les plus blessées et les moins susceptibles de guérir étaient les moins prioritaires. En effet, la source de soins et la nourriture étant limitées, pour la bonne survie du clan il ne fallait pas consacrer trop d'efforts aux cas les plus graves, car ils risquaient d'être un fardeau pour l'ensemble du clan. D'eux-mêmes, certains Lossoth blessés n'avaient pas voulu être soignés, s'estimant être potentiellement plus une charge ou une menace pour le groupe qu'autre chose. Il avait donc fallu les convaincre qu'ils pourraient vite retrouver la santé et que les problèmes de nourriture seraient résolus par ailleurs, avant même leur guérison.

Et c'est quelque chose que Dwimfa expliqua bien à ses nouveaux compagnons : le combat contre Gorovod et Andalónil, pour ne rien dire des orcs qui les accompagnaient ou du dragon resté à l'extérieur, avait mis en péril l'ensemble du clan vu la perte de nombreux stocks de vivres. Les clans proches ne pourraient aider, ou de façon très limitée, sans se mettre eux-mêmes en péril. Il fallait donc reconstituer ces stocks au plus vite, avant le début de la mauvaise saison, ce qui paraissait quasiment insurmontable au vu des pertes occasionnées. Aller chasser et pêcher était donc au moins voire plus important que de sauver les blessés. Nombre d'entre eux, s'ils avaient conscience d'être un fardeau pour le clan, préféreraient mettre fin à leurs jours plutôt que de risquer d'être en partie la cause d'une famine pour leurs proches en meilleure santé.

Les aventuriers valides - Geralt n'en faisait bien entendu pas partie - utilisèrent leur second jour parmi leurs hôtes pour reconstituer lesdites réserves de nourriture, faisant de leur mieux pour pêcher ou chasser et ramener le plus possible de viande pour passer la mauvaise saison. Vif en particulier, partie chasser à terre, ramena trois rennes à elle seule. Mais, malgré l'importance de leur chasse, les aventuriers se rendirent compte que cela ne représentait pas grand-chose lorsqu'il s'agissait de nourrir deux cents personnes, dont de nombreux blessés et enfants qui avaient davantage besoin de se nourrir. Peut-être que les stocks pourraient être reconstitués avec l'aide du groupe, mais il faudrait encore sans doute des semaines avant d'y arriver, délai que Taurgil et ses amis n'étaient pas prêts à consacrer...

A moins de rapporter un vraiment gros gibier, tel qu'une baleine de bonne taille. Le problème était que le clan manquait un peu de chasseurs, à présent. La chasse à la baleine était quelque chose de dangereux, en particulier avec les grosses. Les chasseurs valides étaient donc d'autant moins enclins à mettre leur vie en danger, sachant qu'ils étaient nécessaires à la survie du clan. Ils se limitaient donc à la chasse de quelques baleines parmi les plus petites, plus faciles à attaquer avec un nombre réduit de personnes. Et puis les glaces allaient bientôt finir de se former et cette chasse ne serait plus possible d'ici deux semaines au plus. Lorsque des aventuriers émirent l'idée d'aller chasser une baleine assez grosse, eux qui ne l'avaient jamais fait, Dwimfa leur expliqua que ce n'était pas forcément une idée très judicieuse. Néanmoins il accepta d'en parler à son clan et de creuser la chose. En effet, au-delà de la réalisation pratique, il fallait être en harmonie avec l'environnement, les baleines elles-mêmes, et les esprits qui veillaient sur le clan et le Grand Nord. Ce qui ne pouvait pas forcément être fait par n'importe qui ou dans n'importe quelles conditions.

3 - Épreuve initiatique
Les visaat du clan furent donc consultés, et, par leur intermédiaire, les esprits qui veillaient sur tout ce beau monde. Au final, les aventuriers reçurent un avis favorable pour une chasse à la baleine afin de sauver le clan de la famine. Mais cela ne pouvait pas se faire n'importe comment, et plusieurs conditions furent avancées :
- les participants devaient au préalable se soumettre à un rituel de purification spécial
- aucune arme maléfique, sous-entendu contraire à l'harmonie du Grand Nord, ne devait être employée
- un harpon spécialement enchanté devait servir pour la chasse, tel que celui qui avait été donné au groupe et remis à Dwimfa, qui savait le mieux s'en servir

Au final, toutes les conditions semblaient remplies ou à même d'être remplies : Dwimfa accompagnerait le groupe avec le harpon enchanté, les autres utiliseraient les armes sans malédiction ou corruption d'aucune sorte, et le rituel ne poserait aucune difficulté. Le groupe en avait déjà expérimenté un par le passé, et ce n'était pas pour eux un problème d'en subir un nouveau. Aussi les préparatifs furent-ils rapidement mis en place afin de réaliser ce fameux rituel, et tous les membres du groupe qui prendraient part à la chasse à la baleine furent bientôt réunis : Isilmë, Drilun, Dwimfa, Taurgil et Vif. Geralt ne tenait pas à participer, peut-être plus par flemme que pour laisser son corps finir de guérir. Pour Mordin, l'omniprésence de l'élément marin et sa difficulté à nager l'avaient fait décliner la proposition. Quant à Rob, les risques semblaient trop élevés pour sa petite personne, d'autant que les grosses baleines n'étaient pas très sensibles aux flèches vu l'épaisseur de leur cuir et de la couche de graisse sous-cutanée qui les isolait du froid...

Les cinq aventuriers furent donc bientôt réunis dans une pièce isolée où ils se prêtèrent de bonne grâce à un nouveau rituel comprenant quelques peintures et de nombreux chants. Ils parlaient tous à peu près suffisamment le labba pour pouvoir suivre le rituel et interagir avec la visaas qui conduisait la cérémonie, et tout se passa de manière très satisfaisante. Puis, vers la fin du rituel, une poudre blanche fut déposée dans un petit brasero au centre de la pièce, tandis que la Losson qui avait conduit leur rituel sortait du lieu et en fermait l'unique accès, tout en leur parlant d'une ultime épreuve à accomplir afin de recevoir la bénédiction des esprits du clan et de nombreux autres. Une étrange fumée se diffusa dans la pièce, bientôt inhalée par les cinq aventuriers dont la vision fut bientôt obscurcie. Lorsqu'ils purent à nouveau y voir, la pièce avait disparu : ils se trouvaient sur une banquise sans aucun autre signe à perte de vue, tous les cinq, équipés de leur matériel habituel. Ils y voyaient même si le ciel était gris, sans lune ni soleil, avec par endroit des espèces de vagues de couleur qui ondulaient çà et là. Enfin, des espèces de taches lumineuses étaient présentes dans le ciel, qui bougeaient parfois, comme de drôles d'oiseaux intelligents qui les observaient... Après avoir expérimenté un peu, Vif découvrit qu'elle pouvait apparaître sous sa forme humaine si elle le désirait, ou même rester sous sa forme animale et parler comme si elle était encore humaine.

Aux perceptions de plusieurs d'entre eux, l'endroit n'était pas réel ou du moins pas matériel, et ils soupçonnèrent fortement être en transe et parcourir à présent le monde des esprits à la manière dont les sages et nommeurs d'esprit lossoth pouvaient l'expérimenter. Les taches lumineuses étaient peut-être la manifestation des esprits qui les observaient, attendant de voir comment ils se comporteraient lors de cette fameuse épreuve dont personne ne voyait le commencement. Jusqu'à ce que Vif distinguât, loin à l'horizon, une petite silhouette noire qui marchait dans leur direction. A l'opposé, un petit trait bleuté laissait penser à une surface d'eau lointaine. Tandis qu'elle se rapprochait, d'autres purent repérer la silhouette indistincte qui ne semblait pas être vêtue d'habits noirs mais plutôt d'ombre. Petit à petit, une certaine aura de peur commença à la précéder, et les derniers doutes concernant son identité s'évanouirent : elle représentait certainement le spectre qu'ils avaient déjà rencontré de loin et qui était à leur poursuite avec feu Gorovod et Andalónil. L'épreuve devait donc concerner la manière de l'éliminer ou d'y échapper.

Après un moment ils commencèrent à s'éloigner de l'ombre qui les suivait et se rapprochait. S'ils se séparaient les uns des autres, elle avait tendance à aller vers les plus proches. Mais rapidement un nouvel élément de l'épreuve apparut : le territoire sur lequel les aventuriers progressaient se contractait parfois de manière brutale, et ils se retrouvaient brusquement à l'extrémité de la banquise chaque fois qu'ils cherchaient à fuir le spectre qui se rapprochait. Ainsi, petit à petit, la banquise sur laquelle ils marchaient se réduisait et avec elle la distance au spectre. Certains comme Taurgil jouèrent avec la chose de manière à diminuer encore plus vite leur espace vital, afin de se retrouver très près de leur adversaire, l'entourant de tous les côtés, dos à la mer glacée qui les encerclait tous. Isilmë tira une flèche qui pénétra l'obscurité qui servait de vêtement au spectre, sans manifestement lui faire le moindre mal. Arrivant à portée d'arme, Taurgil enfonça son épée dans la créature, après avoir esquivé celle que le spectre avait sortie de l'ombre, sans aucun effet notable. Dans le monde des esprits, les attaques physiques ne semblaient pas la déranger outre mesure...

Taurgil et Vif en eurent encore la preuve quand ils tentèrent de voler dans les plumes de la créature : ils se heurtèrent à un vrai mur, et c'est tout juste s'ils le firent un peu bouger. En revanche, petit à petit, les aventuriers trouvèrent des moyens de l'affecter : les soins magiques d'Isilmë semblaient la blesser, de même que la lumière du bâton de Drilun, plutôt que ses coups. Les éléments naturels l'affectaient, et Vif tenta une vieille chanson de chez elle, une berceuse célébrant la vie et l'amour, qui fut bientôt reprise par Dwimfa, et qui paraissait également incommoder la créature. La lionne enchantée essayait également de s'interposer entre la créature et ses amis, créature qui de toute manière ne pouvait plus vraiment attaquer : les cinq aventuriers étaient trop proches d'elle, et certains essayaient de la déséquilibrer, de lutter avec elle pour l'immobiliser ou au moins la gêner. Avec un certain succès.

Mais à défaut de coups, l'ombre disposait d'une autre manière d'affecter ses adversaires : de ses mains puis de tout son corps émana un froid glacial qui finit par pénétrer le corps de chacun et grandit petit à petit. Rapidement leurs corps se gelaient et ils avaient très peu de temps pour trouver comment tuer le spectre. L'Homme des Bois et Losson depuis peu sentit aussi une présence bienveillante, en attente, tandis que Vif percevait au loin une indéfinissable musique qu'elle avait parfois entendue sous l'eau : le chant des baleines. Dwimfa comprit alors que la destruction de la créature ne pouvait se faire qu'avec l'aide des esprits du Grand Nord, dont ceux de la mer, et il les appela bientôt. C'est alors qu'une immense baleine émergea tout près de leur morceau de banquise où ils se tenaient tous les cinq autour du spectre, et ouvrit grand la bouche qui était bordée de nombreuses dents, comme pour les avaler. Tandis que le gel gagnait leur corps, les aventuriers tentèrent de faire basculer l'ombre et eux dans la bouche grande ouverte, et comprirent qu'ils ne pouvaient y arriver que s'ils le faisaient tous les cinq en même temps. Le dernier aventurier prit enfin le spectre à bras le corps malgré le froid mortel, et ils basculèrent tous dans la gueule du cachalot...

4 - Chasse mouvementée
Le groupe se réveilla dans la pièce du rituel. Si les douleurs physiques de leur expérience onirique avaient totalement disparu, le stress émotionnel qu'ils avaient vécu était lui encore bien présent. Néanmoins ils se sentaient soulagés d'avoir passé cette épreuve qui aurait pu avoir des conséquences bien plus graves qu'ils ne s'y attendaient. Plus tard, la visaas qui rouvrit la porte de la salle du rituel confirma qu'une mort était tout à fait possible dans le monde des esprits... En tout cas, ils étaient à présent prêts à cette fameuse chasse à la baleine, et ils n'allaient pas plus attendre. Grâce à ses sorts de voyance, Drilun put sans grand mal repérer à distance des baleines isolées de la taille qui intéressait le groupe : pas les petites, mais plutôt celles de bonne taille, sans viser les plus grosses non plus. Attaquer une grosse baleine à cinq paraissait déjà quelque chose de complètement fou pour Dwimfa, alors il était inutile de chercher à s'attaquer à quelque chose de trop gros. Une baleine de bonne taille, s'ils arrivaient à la tuer et à la ramener à l'iceberg, serait suffisante pour éviter la famine au clan d'Aime le Poisson, et cela seul comptait. Tuer un gibier trop gros pour les besoins des Lossoth était contraire à leurs valeurs et à l'harmonie dans laquelle ils vivaient.

Le groupe se prépara donc, tout en écoutant les conseils de l'Homme des Bois devenu Losson et encore plus du très bon chasseur de baleine qu'était Pitää Kalasta ("Aime le Poisson"). Le problème était que les baleines, et en particulier les grosses, pouvaient facilement fuir les prédateurs à la surface, à moins d'être rapidement et gravement blessées. Une attaque sur une grosse baleine nécessitait donc de nombreux chasseurs discrets, tant pour l'entourer et l'approcher sans la mettre en fuite, que pour la blesser rapidement. Une baleine faiblement blessée pouvait en effet se défendre et faire facilement tomber à l'eau même les meilleurs chasseurs, sans parler de plonger et de se trouver hors de portée des Lossoth. Mais comment s'y prendre, à seulement cinq ?

C'est bientôt la principale question que se posèrent les cinq aventuriers partis pour leur folle expédition. Le ciel était à peine éclairé par un soleil très bas sur l'horizon - à cette période de l'année et autant au nord, le soleil ne faisait qu'une très courte apparition - quand ils avaient fini par repérer leur cible. Il leur avait fallu ramer deux bonnes heures dans la nuit puis l'aube qui était déjà un crépuscule, avant de se rapprocher de la baleine à la taille convenable qu'ils cherchaient. Isilmë était dans une barque avec Drilun, Taurgil en partageait une autre avec Dwimfa, tandis que Vif en occupait une dernière à elle seule, remorquée par les autres. Mais ils s'aperçurent vite que dès qu'ils se rapprochaient trop, la baleine s'éloignait un peu sans grand effort. Elle percevait la présence de leurs barques et se débrouillait pour ne pas les laisser approcher trop. Comment faire pour la coincer avec trois barques, dont seulement deux étaient maniées par des rameurs un minimum chevronnés, à savoir Dwimfa et Isilmë ?

La magie fut appelée en renfort : l'archer-magicien dunéen utilisa un de ses sorts d'illusion pour faire passer Vif et Taurgil pour des petits baleineaux aux sens du grand cétacé. La première était assez endurante et naturellement isolée pour pouvoir supporter un bain dans l'eau glacée un bon moment, et le Dúnadan possédait sur lui une dague enchantée qui le protégeait magiquement du froid. Tous deux approchèrent donc chacun un flanc différent de la baleine, tandis que l'Homme des Bois devenu Homme des Neiges approchait par l'arrière, côté queue du cétacé et un peu de côté ; la barque des deux archers, elle, était plutôt du côté de la tête. Lorsque la lionne et le grand rôdeur furent à peu près au contact de la baleine, Dwimfa et Isilmë approchèrent du grand corps avec mille précautions, en essayant de ramer le plus délicatement possible, sans faire de vagues ou autres vibrations qui pourraient prévenir la baleine de leur approche. Ils parvinrent ainsi à la moitié d'une portée d'arc.

Taurgil planta alors sa dague et son épée dans le flanc droit de la grande bête, tandis que Vif utilisait ses pattes puissantes et griffues pour blesser et surtout s'accrocher au flanc gauche de la baleine. Ladite baleine ne mit pas longtemps avant de réagir, se soulevant hors de l'eau sur le côté droit, le moins douloureux. Autrement dit, le rôdeur dúnadan plongea brusquement sous l'eau, se cramponnant fermement à ses deux armes plantées dans la peau épaisse de la baleine, tandis que la lionne enchantée était propulsée en l'air au sommet de la créature, comme pour un fantastique rodéo. Elle s'accrochait de ses quatre pattes aux griffes acérées, et la baleine ne put la déloger de là. D'autant que ce ne fut pas tout : une flèche de Drilun lui creva un œil, celui qu'elle avait sorti de l'eau en roulant sur le côté. Ce ne fut pas suffisant pour la tuer, mais cela s'ajouta à la grave blessure que la lionne lui avait faite, et la priva peut-être d'assez de lucidité pour l'empêcher assez longtemps de fuir.

Ce qui ne veut pas dire qu'elle resta immobile à rien faire : sa queue battit les flots dans ses efforts pour se cambrer et faire se décrocher la féline Femme des Bois accrochée à son flanc - sans succès. Dwimfa subit donc l'assaut d'une belle vague qu'il arriva heureusement à escalader sans mal avec sa barque, et il pagaya avec énergie pour se rapprocher ensuite de la baleine qui s'éloignait. Pour la guerrière et archère elfe, et grande maîtresse des embarcations au sein du groupe, ce fut le contraire : elle vit brutalement arriver la très grande créature dont le volume n'avait rien à envier avec celui du plus gros des dragons ! Elle fit donc faire demi-tour à toute allure à sa barque - sans parler de celle de la lionne qui y était attachée - et tenta de s'éloigner du mieux qu'elle pouvait de la trajectoire du cétacé blessé. Mais elle n'en eut pas le temps... ou du moins pas complètement.

En effet, Vif avait petit à petit réussi à se rapprocher de l'œil crevé de la baleine, non sans lui causer de nouvelles blessures. Tandis que le rôdeur sous-marin continuait à retenir sa respiration, accroché au flanc droit de la bête grâce à ses dague et épée, tandis que Dwimfa se rapprochait enfin du corps du cétacé et prenait son harpon enchanté, prêt à sauter sur la baleine blessée, tandis que Drilun et Isilmë voyaient s'approcher dangereusement le grand cétacé, Vif enfonça sa patte puissante à travers l'œil crevé de leur gibier, et plus profondément que la flèche de Drilun ne l'avait pu. Dans un sursaut d'agonie, la baleine se dressa en l'air, laissant juste assez de temps à l'Homme des Bois pour lui sauter dessus et planter son harpon dans son corps. Un bref moment, Taurgil se retrouva hors de l'eau, et en fin de compte il choisit de lâcher ses armes quand il eut compris que la baleine allait lui retomber dessus de tout son poids. Et en plus, elle retombait sur les barques menées par l'elfe... ou du moins sur celle que Vif avait occupée pour venir. Dans un sursaut de vigueur Isilmë fit bondir en avant son embarcation, assez pour éviter de voir la baleine blessée lui retomber dessus. La barque qu'elle remorquait, celle de Vif, n'eut pas cette chance et fut complètement brisée, et l'elfe arriva à stabiliser sa barque et à éviter de chavirer, et dans le même temps donner la main à Drilun qui avait en partie volé dans les airs. Ce dernier retomba les jambes dans l'eau, un bras sur un côté de la barque et l'autre tenu fermement par la main de sa chère amie. Taurgil nageait non loin de là, Vif et Dwimfa étaient accrochés au corps de la baleine qui ne bougeait plus, morte...

5 - Suite à donner
L'archer-magicien remonta dans la barque avant que l'eau glaciale ne pénétrât trop dans ses vêtements. L'Homme des Bois regagna la sienne, et le grand Dúnadan récupéra ses armes sur le corps de la baleine - et en particulier la dague qui le protégeait magiquement du froid - pendant qu'il le pouvait encore, en claquant des dents, avant de regagner à son tour la barque maniée par Dwimfa. La lionne enchantée restait calmement juchée sur le corps du grand cétacé, long de plus d'une quinzaine de pas de long : elle n'avait plus de barque mais trouvait ce nouveau vaisseau bien plus stable et pratique pour elle ! Par contre, à deux barques, ramener le corps gigantesque, bien plus gros qu'aucun dragon que le groupe avait jamais vu, risquait de ne pas être de tout repos... En fait il fallut quérir l'aide des Chasseurs des Mers du clan d'Aime le Poisson, qui ne furent que trop heureux de venir prêter main-forte. La baleine tuée faisait partie d'une des plus grandes espèces de cétacé de la région. De toutes celles que les Lossoth chassaient elle possédait la plus grande bouche, l'absence de nageoire dorsale, et une couche de lard d'environ un pied et demi d'épaisseur sous la peau, la plus épaisse de toutes les espèces ! Elle pourrait probablement nourrir le clan à elle seule pendant plusieurs mois... Et dire qu'il n'avait suffi que de cinq personnes pour l'abattre !

En plus de remercier les aventuriers, les gens du clan Merilintu ("oiseau de mer") remercièrent les esprits pour ce cadeau, et la baleine, ou plutôt son esprit, pour son sacrifice qui allait permettre au clan d'adoption de Dwimfa de survivre cet hiver. Ils considéraient la baleine véritablement comme un individu, d'autant que certains la connaissaient apparemment : les Lossoth racontèrent aux aventuriers que ces baleines étaient de couleur sombre mais elles avaient toutes une tache blanche sur le menton dont la forme variait selon les individus, et qui permettait de les reconnaître. De plus, ces baleines vivaient bien plus longtemps qu'aucun homme, certaines étaient l'objet de récits qui se transmettaient de génération en génération, les visaat affirmant que les plus vieilles étaient âgées d'au moins deux siècles... Et elles avaient la réputation d'être très intelligentes et de beaucoup chanter.

Malgré les nombreux morts récents, la soirée fut assez festive sur l'Étoile du Nord, l'iceberg hébergeant les aventuriers et leurs hôtes. Mais Vif et ses amis ne firent pas trop attention à cela, tellement ils étaient occupés à planifier leur prochain voyage. Conformément à ce qu'il avait dit, Dwimfa accompagnerait le groupe maintenant que son peuple était à l'abri de la famine. Dès le lendemain, les aventuriers repartiraient. Mais vers où, et comment ? Une majorité se dégagea vite pour retourner voir les elfes des Brumes Éternelles, mais la manière d'y aller fit davantage débat. Par la terre, à l'ouest ou à l'est de la baie ? Par la mer, si c'était encore possible ? Par ailleurs, les visaat du clan apportèrent des informations qui donnèrent à réfléchir à Taurgil et ses amis : le cavalier noir aux allures de spectre, dont ils avaient combattu l'avatar dans le monde des esprits, aurait été vu en train de débarquer d'un navire loin au sud-est, avant de remonter vers le nord à la tête d'une troupe de guerriers. Cela surprit le groupe, qui ne pensait pas qu'il était capable d'aller sur l'eau...

De toute manière, leur ennemi était encore très loin d'eux, ils avaient tout le temps de rejoindre les elfes, qui devaient leur fournir de nouveaux matériels enchantés. Sans parler de peut-être équiper mieux leur nouveau compagnon. L'iceberg qui les hébergeait était très proche de la côte est de la baie, et plusieurs pensaient qu'il serait préférable de passer par là. Néanmoins, entendre parler de leur noir poursuivant les fit réfléchir et la voie des eaux fut plus sérieusement envisagée. Mais était-ce possible ? Les glaces allaient bientôt finir de recouvrir les eaux de la baie... Cela étant, le voyage ne serait pas long et au milieu de la baie, les eaux chaudes du lac de Brumes Éternelles se déversaient dans la baie et maintiendraient un chenal libre de glace encore une semaine ou deux. C'est donc en fin de compte la voie qui fut choisie.

Après une nuit de repos, les nouveaux compagnons de Dwimfa découvrirent que le temps avait changé pendant la nuit : il neigeait dru et le vent du Nord soufflait bien fort, le genre de temps à ne pas mettre un Homme des Neiges - ou n'importe quelle homme voire nain ou elfe, sans parler du hobbit - dehors. D'un autre côté, Drilun rappela qu'il pouvait maîtriser le temps magiquement et le calmer suffisamment autour d'eux pour leur permettre de prendre les barques et d'avancer. Sa magie serait certainement perceptible à des lieues à la ronde, mais de toute manière ils étaient tellement bardés de magie, tous qu'ils étaient, que cela ne changerait pas grand-chose. Et en plus, le mauvais temps rendrait leur voyage plus tranquille, les dragons ne risquaient pas de les voir approcher. En fin de compte, les huit hommes, nain, elfe et hobbit prirent congé de leurs hôtes après de nombreux remerciements mutuels, et ils partirent dans le matin nocturne. De toute manière, avec le temps qu'il faisait, ils ne verraient pas du tout le soleil se lever un bref moment au-dessus de l'horizon. Grâce à la zone de calme relatif établie par l'archer-magicien dunéen, Isilmë pouvait repérer la côte est ou suivre le long des glaces qui l'obstruaient, et ainsi s'assurer qu'ils allaient bien dans la bonne direction, vers le nord.

6 - Fuite sur glace
Entre le vent du Nord et le courant marin qui allait dans le même sens, la progression, toute rectiligne qu'elle fût, était loin d'être reposante. Si pour Isilmë et Dwimfa cela représentait un effort mesuré, il était bien plus grand pour Taurgil, Mordin ou Geralt. Les tentatives de Drilun d'aider son amie à pagayer entraînèrent plus d'inconvénients que d'avancées, et la belle elfe finit par dire à son cher ami qu'elle préférait qu'il se reposât tranquillement pendant qu'elle faisait avancer leur barque... et celle de Vif et Rob, qui était attachée à la leur, aucun des deux n'ayant goût à l'art de la rame. La magie des soins de la guerrière et archère elfe servit parfois à soulager les corps de leur fatigue, et permettre de progresser un peu plus loin. Mais cela ne dura qu'un temps, et n'eut pas beaucoup d'effet sur le moral du maître-assassin, qui chutait presque aussi vite que son endurance.

Au bout d'un moment, il fallut bien se résoudre à prendre du repos. Mais comment ? Les eaux libres de glace, avec leur courant, les ramèneraient inexorablement vers le sud s'ils cessaient de ramer. Et il n'était pas possible d'aller à terre : les glaces qu'ils longeaient étaient peut-être assez solides pour supporter le poids d'une lourde personne près de la côte, mais pas en bordure des eaux glacées sur lesquelles ils avançaient. En fin de compte, ils choisirent de briser la glace en direction du rivage, afin de permettre aux embarcations de s'ancrer dans la glace pour les empêcher de dériver. Pour cela, le rôdeur dúnadan utilisa son épée magique associée à sa magie de roi potentiel, afin de fragiliser la glace et la briser plus facilement. La progression était lente mais il put ainsi bloquer leurs barques le temps de se reposer. Régulièrement, l'archer-magicien du groupe devait relancer ses sortilèges pour tenir les chutes de neige à distance et empêcher qu'elles ne les recouvrent. Tous dormaient emmitouflés dans leurs vêtements les plus chauds, la lionne bénéficiant de deux capes pour la protéger. Le hobbit, au milieu des pattes du félin enchanté, était certainement celui qui ressentait le moins le froid.

Le lendemain, après avoir brisé la glace dans l'autre sens, puisqu'elle s'était en bonne partie reformée, le groupe put repartir sous un ciel identique au jour précédent, et combattu de la même manière par les sorts de Drilun. La progression fut peu ou prou similaire : lente, fatigante, mais régulière. A la fin du deuxième jour, la glace fut à nouveau brisée pour stopper la dérive des barques et permettre à tous de dormir sur place. Du peu qu'ils pouvaient en juger, les aventuriers avaient fait les deux tiers du chemin. C'était moins que ce qu'ils avaient envisagé au départ, mais le vent, même réduit par les sortilèges de l'archer-magicien, n'avait pas aidé. Il avait peut-être même forci le deuxième jour. Par contre, au réveil, le temps avait bien changé : la nuit était étoilée, des voiles lumineux étaient parfois visibles loin au nord, ainsi qu'une rougeur sur l'horizon loin à l'est et au nord, qui devait signaler l'emplacement du Puits de Morgoth. Bref, le temps s'était considérablement éclairci.

Ce qui ne faisait pas du tout l'affaire du groupe : alors qu'ils abordaient la zone surveillée de près par les dragons autour des sources chaudes de Brumes Éternelles, ils étaient visibles comme le nez au milieu du visage pour qui savait regarder, et particulièrement pour ceux qui étaient perceptifs à la magie qu'ils dégageaient... Après débat, ils choisirent de gagner la terre, où il était plus facile de se cacher ou de combattre un éventuel Grand Ver. Alors que sur l'eau, ils se feraient geler ou griller sans pouvoir répliquer beaucoup plus que quelques flèches peu efficaces. Ou verraient leurs barques réduites en miettes par quelques coups de queue bien placés, ce qui entraînerait la mort de la moitié du groupe assez rapidement. Il fallait donc aller vers l'est et briser une glace de plus en plus épaisse, ce qui prendrait du temps. Temps qui risquait de leur manquer si un ennemi volant regardait de trop près dans leur direction... Au bout d'un moment, Isilmë essaya d'utiliser l'arme enchantée du grand sorcier de Dol Guldur qu'ils avaient occis quelques jours auparavant. Elle emprunta l'arme à Drilun, monta sur la glace - sans la faire casser grâce à sa magie elfique - et donna un coup de masse enchantée. Cela brisa toute la glace dans un rayon de trois pas ! Et fit prendre un bain forcé (et glacial) à l'elfe, qui n'en demandait pas tant...

A tout le moins, Taurgil se servit de cette nouvelle arme pour les faire progresser bien plus facilement et rapidement. Mais alors que la côte était peut-être à une dizaine de portées de flèche, la lionne signala par ses grognements félins qu'une silhouette ailée rouge et or de belle taille arrivait du nord dans leur direction ! Un dragon les avait repérés, et il accourait... Il serait là trop vite pour leur permettre d'arriver à la côte en barque, il fallait continuer à pied, en espérant que la glace les supporterait tous. Avec l'aide des skis ce serait sans doute possible, mais il en manquait une paire... L'elfe rappela qu'à l'aide de sa magie elfique elle pouvait avancer sur de la glace mince sans la briser. Par contre, Rob ne risquait-il pas d'être un peu lent et de représenter un délicieux apéritif pour le dragon qui approchait ? Et la glace était trop mince pour supporter le poids de la féline Femme des Bois tant qu'elle n'avait pas pris un peu d'élan... qui serait difficile à trouver depuis sa barque !

Mais le dragon approchait vite, et ils n'avaient pas le choix, il fallait essayer. Pendant que les humains et nain chaussaient leurs skis avec précaution sur la glace fragile, et reprenaient leurs affaires, Rob se juchait sur son amie féline qui prenait soigneusement son élan depuis sa barque bloquée contre les glaces. Elle bondit légèrement sur la croûte de glace face à elle, croûte qui commença à se briser sous ses pattes tandis qu'elle prenait progressivement de la vitesse, suffisamment pour ne plus être inquiétée au bout d'un moment. Le vent glacial gela les gouttes de sueur qui avaient perlé sur le front du hobbit, tandis que derrière son amie et lui les autres progressaient à moindre vitesse. Peu de temps après, Vif et lui arrivaient à la côte et se dirigeaient vers une petite hauteur et surtout un bosquet d'arbres où la féline Femme des Bois le déposa et où ils pourraient se cacher. Rôdeuse féline et voleur hobbit virent leurs amis approcher puis atteindre la côte, à l'exception de Drilun : ce dernier, plus lent que les autres, était accompagné par Isilmë qui tentait de l'aider, mais ils n'atteindraient pas la côte avant l'arrivée du dragon.

7 - Feu, flammes et flèches
La couleur de ce nouveau dragon ne présageait rien de bon, mais le rôdeur dúnadan avait déjà essuyé un souffle de dragon enflammé par le passé, et il avait survécu, en étant moins bien équipé. Il s'avança donc en direction du monstre volant qui arrivait rapidement vers eux en l'invectivant autant qu'il le pouvait, de manière à focaliser l'attention sur lui et éviter que ses deux amis encore sur la glace ne soient les cibles principales de la bête. D'une part car il n'était pas sûr du tout qu'ils pussent supporter du feu de dragon comme lui, d'autre part car même si c'était le cas, il leur faudrait ensuite supporter les eaux glaciales de la baie, dans lesquelles ils se retrouveraient si la glace fondait sous leurs pieds, ce qu'elle ferait immanquablement si le dragon crachait son feu dessus. Non loin de lui, Mordin avait sorti sa hache et se concentrait dessus pour qu'elle lui indiquât où se trouvait le point faible du Grand Ver, mais ce qu'il ressentait n'était pas très précis : quelque part au centre de la bête...

Alors qu'il se rapprochait, la féline Femme des Bois repéra comme un rougeoiement au fond de la gorge du dragon qui commençait à s'ouvrir, confirmant ses craintes. Et effectivement, un cône de feu brûlant en sortit bientôt qui vaporisa la neige au sol et enveloppa Taurgil qui se protégeait du mieux qu'il le pouvait à l'aide de son équipement. Le nain découvrit qu'il était encore trop près et il se réfugia à plat ventre dans la neige pour lui conférer une protection supplémentaire, même si elle disparut bien vite en vapeur d'eau brûlante. Le grand rôdeur se redressa après le passage du dragon, des flammèches courant dans ses cheveux et sa cape de cuir en feu. Il se roula dans la neige la plus proche pour éteindre le feu dans ses vêtements sans plus de dégâts que quelques petites cloques. Derrière lui, Mordin s'en était encore mieux sorti. Ailleurs, Geralt et Dwimfa avaient rejoint le bosquet tandis que Vif et Rob montaient aux arbres pour avoir un point de vue plus élevé.

La trajectoire du dragon le ferait passer non loin de l'elfe et du Dunéen, et il incurva sa trajectoire pour arriver sur eux. Ils s'étaient arrêtés et lui faisaient face, et au dernier moment plongèrent chacun d'un côté, Isilmë sur la gauche et Drilun sur la droite du dragon. Après un bref moment d'hésitation, le monstre ailé choisit de prendre pour cible celui des deux bipèdes dont il émanait le plus de magie, à savoir l'archer-magicien, pour lui porter un coup de sa queue. Drilun s'était en effet entouré d'une protection magique, ce qui lui permit de survivre à la rencontre avec la queue du dragon : elle l'envoya valdinguer plus loin avec des bouts de glace brisée, lui cassa probablement quelques côtes et lui fit découvrir les joies de la glisse sans finir dans un arbre, comme certains l'avaient déjà expérimenté. Il remercia en pensée les runes magiques de son armure qui avaient grandement amorti le choc en plus de son aura magique de protection, tandis que son amie et soigneuse se précipitait dans sa direction pour lui prodiguer des soins et vérifier qu'il était encore en vie. Le grand lézard volant rouge et or commença alors un demi-tour vers la gauche tout en reprenant de l'altitude afin de revenir sur le lieu du combat pour le deuxième round.

Mais les manœuvres ailées du dragon avaient fait osciller son corps d'un côté puis de l'autre, ce qui avait permis à la lionne enchantée de repérer une zone plus sombre dans son armure d'écailles rouges et or, entre les ailes. Dans son parler félin bientôt traduit par un autre aventurier, elle annonça que le point faible du dragon était sur le dos, entre les ailes, ce qui bien sûr ne faisait pas trop l'affaire des guerriers ou archers restés en bas. Tandis que le dragon reprenait de la hauteur en virant sur la gauche, le rôdeur dúnadan se prépara à l'affronter à nouveau en poussant de grands cris et en l'abreuvant d'injures qu'il ne manquerait pas d'entendre. Et il le fit en plusieurs langues pour s'assurer que le dragon les comprendrait bien. De leur côté, Geralt et Vif s'approchèrent de leur grand ami sans toutefois rester trop près de la trajectoire présupposée du monstre volant, de manière à pouvoir peut-être lui porter un coup s'il descendait assez bas. Dwimfa et Rob encochaient une flèche depuis le bosquet où ils étaient, même si seul le hobbit était assez haut pour pouvoir espérer voir le dos de la bête. Quant à Isilmë, voyant de loin que son amour était encore bien vivant et ne risquait pas de mourir dans l'immédiat, elle préparait également son arc et une flèche spécialement enchantée par Drilun pour tuer les Grands Vers.

Le dragon fila à nouveau vers Taurgil et il ouvrit grand sa gueule pour la deuxième fois. La lionne enchantée et le maître-assassin esquivèrent le cône brûlant, peut-être d'un peu trop près au goût de Geralt, et sans plus de conséquences pour Taurgil que pour la première fois - de toute manière sa cape était fichue. Par contre, Rob put apercevoir le point faible au moment du passage du dragon, et il arriva à y enfoncer sa flèche, ce qui occasionna une grande douleur au monstre, mais insuffisante pour le faire chuter et encore moins le tuer. Depuis le sol, Dwimfa arriva à toucher également le dragon, mais pour un effet plus limité. Par contre, quand la bête se tourna pour effectuer un virage dans sa direction, Isilmë put elle aussi voir la zone dépourvue d'écailles entre les ailes, et sa flèche tueuse de dragon s'y enfonça profondément. Le dragon rouge et or hurla une dernière fois puis il s'abattit au sol, ou plutôt sur la banquise qu'il brisa. Mort, il commença alors à s'enfoncer dans la mer dans des sifflements de vapeur d'eau...

8 - Renforts et ours mal léché
Le groupe fut bientôt réuni, les blessures traitées du mieux possible, et la question se posa de la suite à donner à ce nouvel épisode de la vie des aventuriers, dont le palmarès risquait de faire des jaloux ou envieux, tôt ou tard... Le problème le plus immédiat restait que le groupe était bien trop près de la zone surveillée par les dragons pour que leur action d'éclat restât longtemps ignorée. En bref, il fallait partir, et vite ! En fait, Vif annonça bientôt que le ciel au nord, bien dégagé, comportait à présent une petite tâche qui n'y était pas auparavant. De là à envisager l'arrivée d'un nouvel adversaire ailé, il n'y avait qu'un pas qui fut vite franchi. Sauf que le meilleur adversaire étant celui qu'on ne combat pas, surtout de cette taille-là, il fallait vite trouver une alternative à une confrontation bien trop dangereuse pour le groupe, surtout après un premier duel et quelques blessures.

La magie divinatoire de Drilun fut bientôt appelée en renfort, afin de déterminer si une caverne ou autre abri proche se trouvait quelque part dans les environs. Ce qui était bien le cas : non loin de là, une butte en partie arborée semblait abriter une grotte largement assez grande pour tous. Pourraient-ils y arriver à temps avant l'arrivée du deuxième dragon de la journée ? La féline Femme des Bois fit part d'une nouvelle observation propre à donner de nouvelles ailes aux pieds fatigués de certains de ses amis : en plus de confirmer qu'il s'agissait bien d'un dragon qui venait vers eux, elle venait d'identifier deux autres taches dans le ciel un peu plus loin. Un dragon, ça va, trois dragons, bonjour les dégâts ! Et le groupe ne tenait pas vraiment à vérifier si les Grands Vers préféreraient se battre entre eux en premier ou déjeuner sur le dos des aventuriers d'abord...

En plus du hobbit, la lionne enchantée prit Drilun sur son dos et les autres leurs skis, et ils commencèrent à avancer le plus vite possible en direction du lieu que le magicien dunéen leur avait indiqué. La confirmation de la nature des trois poursuivants ailés fut prise avec un certain fatalisme ; pour un peu les aventuriers auraient presque pu se réjouir de ne pas entendre les grognements félins annoncer l'arrivée d'une escouade de dragons encore plus importante ! Chacun fit ce qu'il avait à faire et la progression fut rapide vers le salut possible de la grotte perçue magiquement. Si le premier dragon se rapprochait vite, il semblait bien que cette fois-ci le groupe arriverait en premier. La butte fut atteinte, en partie masquée par une forêt clairsemée de pins et d'épicéas, et une petite falaise fut approchée, qui semblait le lieu idéal pour trouver l'entrée d'une grotte où les héberger.

Sauf qu'une odeur alerta la féline Femme des Bois qu'ils n'étaient pas seuls, et que la grotte en question possédait peut-être déjà un occupant. Occupant qui ne tarda pas à se montrer de manière agressive : un ours blanc était présent non loin devant eux, qui les avait perçus, et qui devait à lui seul être plus lourd que eux tous réunis. Et il ne semblait aucunement intimidé par la lionne ou les autres aventuriers. Pour autant, même s'il aurait été facile de l'abattre, le rôdeur dúnadan préféra une autre approche, plus consensuelle : utilisant la magie de la nature apprise chez les elfes, il tenta de parler à l'ours polaire pour lui demander de partager sa demeure. La magie qu'il utilisait était juste assez forte pour communiquer, pas pour influencer d'aucune sorte le grand prédateur, qui commença par réagir agressivement envers Taurgil, qui avait heureusement pris la précaution d'utiliser une autre magie pour se protéger de coups éventuels. Il insista alors sur la présence proche de dragons, dont plusieurs aventuriers commençaient à entendre les battements d'ailes...

L'ours finit par les entendre lui aussi et il fila à toute allure en direction de l'entrée de sa tanière qui était certainement le refuge recherché par le groupe. Hormis pour le hobbit, il fallut se baisser un peu pour pouvoir passer sous une épaisse dalle de pierre qui marquait l'entrée de la grotte qui était heureusement plus haute de plafond un peu plus loin et largement assez grande pour tous. Tandis que les gros battements d'ailes se rapprochaient très vite, les aventuriers s'éloignèrent de l'entrée et se blottirent dans un coin de la caverne, plutôt loin de l'ours qui en faisait autant. Bientôt des coups puissants firent trembler la caverne et des pierres tombèrent du plafond, sans causer aucun dégât heureusement. De nouveaux coups plus puissants, des rugissements et des flammes furent encore perçus au niveau de l'entrée, jusqu'à ce qu'un coup plus fort que les autres eût raison de la solidité du rocher de l'entrée : cette dernière s'effondra, ainsi qu'une partie de la paroi au-dessus d'elle.

Après encore divers coups sourds et rugissements divers encore perceptibles depuis l'intérieur, le calme se fit comme si le ou les dragons s'étaient éloignés. Aucune lumière ne venait troubler l'intérieur de la grotte, hormis celles que les aventuriers pouvaient faire, comme à l'aide du bâton magique de Drilun. La caverne semblait à présent hermétiquement close, son entrée complètement bouchée sous un monceau de rochers. Du peu qu'ils en avaient rapidement perçu, aucune autre ouverture ne permettait de sortir de la grotte, qui, malgré sa taille très correcte pour leur petit groupe, avait une quantité d'air limitée. Air d'ailleurs empreint d'odeurs fauves ou de charogne, sans parler du grognement qui leur rappela qu'ils étaient neuf à partager ce petit espace. Ils étaient encore en vie, mais pour combien de temps ?

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Niemal
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Grand Nord - 16e partie : à travers pierre et air

Message non lupar Niemal » 07 mai 2018, 00:03

1 - Perspectives limitées
A l'aide de la lumière du bâton magique de Drilun, divers aventuriers s'activèrent pour trouver solution à leurs problèmes immédiats. Taurgil s'approcha avec précaution de l'ours dont ils partageaient la caverne, tandis que Vif examinait les possibilités de sortir de ladite caverne, et que l'archer-magicien réchauffait l'atmosphère autour d'eux à l'aide de ses sorts. Si la magie du Dúnadan lui permettait de converser aimablement avec le plantigrade, il n'avait aucun moyen de le calmer véritablement hormis avec quelques bonnes paroles qui ne semblaient guère l'affecter. L'ours polaire se sentait piégé, avec des inconnus dont il appréciait peu la présence hormis comme éventuels casse-croûtes. Si l'héritier des anciens rois du Rhudaur avait appris les belles paroles et les raisonnements logiques et argumentés qu'on a entre personnes de bonne compagnie, selon les hauts standards de la noblesse de l'Arthedain où il avait en grande partie grandi, cela ne l'aidait guère à gérer le stress et les émotions animales d'un des plus grands prédateurs du Grand Nord.

Percevant le danger et interrompant un moment son inspection des lieux, la lionne enchantée tenta de parler de prédateur à prédateur sur un mode conciliant et apaisant. En ne s'approchant pas trop tout de même car l'ours la considérait manifestement comme une menace, elle se roula sur le sol et émit des petits sons rassurants pour essayer de faire comprendre que les choses n'allaient pas trop mal et qu'il fallait juste patienter un peu sans n'énerver. Sans beaucoup plus de succès que son ami rôdeur. En fin de compte, Isilmë prit le relais et utilisa sa magie elfique pour charmer la bête et passer pour une bonne amie. Ensuite, avec beaucoup d'empathie, elle apaisa la bête avec des caresses ou des sons apaisants, focalisant l'attention de l'ours sur elle. Elle continua ainsi à s'occuper de lui afin qu'il ne soit plus une menace pour ses amis, avec succès.

Vif fit le tour de la caverne, examinant en détails l'entrée effondrée, les moindres recoins, les parois rocheuses de part et d'autres, à la recherche d'une possible issue. Son bilan était tout sauf positif : l'entrée était bien effondrée et elle se doutait que creuser à cet endroit risquait surtout de faire s'effondrer davantage une partie de la paroi rocheuse. Paroi rocheuse qui dans son ensemble avait été quelque peu fissurée et affaiblie par les coups de boutoir qu'ils avaient ressentis, probablement des coups de queue du plus gros des dragons arrivés sur eux. En bref, la roche qui les entourait ne demanderait pas grand-chose de plus pour s'effondrer complètement et les emmurer tous définitivement. Pas question pour Taurgil d'utiliser sa magie pour affaiblir la roche et tenter de passer à travers à grands coups de masse magique récupérée sur le corps du grand sorcier de Dol Guldur : l'impact des coups pourrait offrir une belle vengeance audit sorcier, même si elle était posthume.

La roche n'était pas présente partout cependant : à certains endroits elle s'était détériorée et avait laissé place à un mélange de terre et d'éboulis probablement plus meuble, si ce n'est qu'il était complètement gelé et aussi dur que du rocher. Il était aussi difficile de déterminer si les secteurs plus friables se prolongeaient très loin. Et sinon, aucune autre issue n'était disponible, de quelque taille que ce fût. Impossible de sortir de la caverne, que l'on fût ours polaire ou hobbit, et impossible non plus à l'air de se renouveler : tout autour des aventuriers, ce n'étaient que parois rocheuses de plusieurs pas d'épaisseur dans toutes les directions, y compris verticalement. Malgré le volume de la caverne, l'air finirait immanquablement par s'appauvrir et entraîner leur asphyxie à tous. Et si Drilun pouvait magiquement purifier l'air d'éventuelles fumées et autres substances nocives, il ne pouvait faire venir l'oxygène par enchantement pour pouvoir continuer à respirer comme si de rien n'était.

Des bruits et vibrations à l'extérieur attirèrent l'attention de la féline Femme des Bois. Ses sens extrêmement fins lui indiquèrent une possible dispute entre dragons à l'extérieur, mais rien d'assez méchant pour imaginer un combat. Elle supposa plutôt que l'un des dragons, sans doute le plus gros arrivé en premier, avait fait fuir les autres. Mais elle avait la certitude qu'il était encore sur place, et la désagréable impression qu'il percevait leurs efforts pour sortir de là et se maintenir en vie. Il savait qu'ils étaient encore vivants et elle aurait pu parier qu'il était déterminé à changer cet état de fait. Du peu qu'elle en avait vu, il s'agissait du plus gros dragon qu'ils avaient jamais rencontré, ses écailles étaient bleu-noir et son souffle était glacé. Il avait probablement vu le sort qu'ils avaient réservé au dragon de feu juste avant, sur le bord de mer, et il était sans doute assez malin pour ne pas faire l'erreur de les sous-estimer...

2 - Taupes magiques et marchand de sable
Il n'était pas possible de sortir de la grotte en éclatant la roche, cela risquait de faire s'effondre les parois de la caverne. En revanche, peut-être était-il possible de creuser dans le petit réseau de terre glacée et d'éboulis pour faire un tunnel vers l'extérieur ? Les sorts de Drilun lui permirent de déterminer que cela était effectivement dans l'ordre du possible. Bien qu'un peu tarabiscoté, il pouvait visualiser un chemin possible vers l'extérieur et assez large pour eux tous, ours compris, à travers autre chose que la roche dure et compacte qui les entourait mais qui menaçait aussi de s'effondrer. Restait à pouvoir creuser dans un mélange de terre et d'éboulis presque aussi dur, sans faire trop de vibrations dangereuses. De toute manière ils n'avaient ni pic ni pioche.

Dwimfa rappela qu'il disposait d'une épée magique qui pouvait trancher dans de la pierre pratiquement comme dans du beurre (très dur), sans s'émousser. Il testa son épée, et confirma qu'elle pouvait servir à découper des morceaux de terre et éboulis gelés petit à petit, sans choc véritable. Le processus serait juste très long, d'autant que selon le magicien dunéen, le passage possible qu'il avait visualisé entre les couches de pierre dure mesurait plus d'une dizaine de pas de long... et il n'était pas très large, avec au plus un bon pas de haut. Mais faute de meilleure solution c'est ce qui fut retenu. L'Homme des Bois empoigna son épée maudite et il grignota petit à petit la paroi de la caverne que Drilun indiquait. Pendant ce temps, les autres aventuriers déblayaient les débris de cette excavation un peu spéciale. Hormis l'elfe qui s'occupait de l'ours, Drilun qui sondait magiquement la roche et aidait l'Homme des Bois, et Geralt qui soignait sa flemme...

Néanmoins, après une heure de ce programme et une avancée de deux pas peut-être, les premiers commencèrent à percevoir la raréfaction de l'air et un début de gêne. Ils consommaient trop d'oxygène, à cette allure ils ne pourraient jamais s'en sortir à temps ! Taurgil ne souhaitait toujours pas tuer l'ours polaire qui consommait à lui seul autant d'air que leur groupe entier, mais rien n'empêchait de l'endormir afin de ralentir son rythme physique et sa consommation d'oxygène... Sur une idée de Geralt, Isilmë encouragea l'animal à avaler quelques-unes de leurs provisions abondamment arrosées de marchand de sable préparé, ce puissant somnifère qui pourrait endormir même l'ours. Et bientôt il ronfla paisiblement. D'autres prirent également du somnifère, car il ne servait à rien d'être trop nombreux : deux personnes étaient suffisantes pour aider Dwimfa, qui de toute manière ne voulait laisser son épée à personne. Lui-même bénéficiait de l'aide magique d'une perle de céramique magique trouvée auparavant dans la région qui permettait d'accroître l'endurance de son porteur.

Après une heure et demie à continuer à creuser, Homme des Bois, nain et hobbit - sans parler du Dunéen qui les guidait - sentirent que l'air continuait à se raréfier, bien que plus lentement. Mais Rob entendit bientôt l'ours qui se réveillait : son sommeil n'avait pas duré très longtemps, tant son corps puissant avait bien résisté à la drogue. Il se dépêcha de faire sortir la belle elfe de la transe de repos dans laquelle elle s'était réfugiée pour se reposer et consommer moins d'air. A l'aide de quelques claques bien senties elle fut enfin éveillée et elle se dépêcha de retourner auprès de l'ours pour le calmer et l'empêcher de faire des siennes. Plus tard, elle utilisa aussi sa magie pour soulager la fatigue de ses amis dont les membres devenaient douloureux, même si elle ne pouvait le faire ad vitam æternam. Le boyau avançait toujours, même si l'air continuait à se raréfier et la gêne à croître.

En fin de compte, les uns se réveillèrent après les autres, et seule la lionne continuait à dormir alors que le boyau semblait en passe d'arriver bientôt à l'extérieur. Dwimfa arrivait à continuait sa dure tâche de terrassier, mais en revanche ses aides durent être remplacés, et en particulier Rob. Même Geralt fut mis à contribution sur la fin, à son grand dam, ce dont les oreilles de ses amis s'en rendirent vite compte - mais ils en avaient tellement l'habitude (Dwimfa excepté) qu'ils ne le remarquaient même plus. Vif sortit enfin de sa torpeur alors que l'air commençait à devenir vraiment irrespirable, mais Dwimfa avait l'impression que la texture de la paroi en face de lui changeait, et que sa solidité n'était plus la même. Il approchait de l'extérieur, il en était convaincu. Bientôt ils seraient tous dehors... où quelque chose de très gros et puissant les attendait certainement.

3 - Souffle glacé et tours de manège
Selon les perceptions de la lionne enchantée, et en particulier son ouïe, digne de celle d'un dragon, le gros lézard qui les avait emmurés les attendait toujours dehors. Il avait certainement suivi leur progression et il devait surveiller leur prochaine sortie avec attention. Jusqu'à présent il s'était montré assez agressif et pas vraiment disposé à écouter les belles paroles ou offres des aventuriers, à la grande surprise de certains qui pensaient qu'on pouvait toujours passer contrat avec un dragon si l'on avait quelque chose susceptible de l'intéresser. Les récentes rencontres avec la gent draconique, assez brutales dans leur ensemble, faisaient dire à certains aventuriers qu'il y avait de la magie dans l'air qui poussait les dragons à adopter un comportement aussi agressif et prévisible.

Dans tous les cas, ça ne faisait pas tellement les affaires du groupe. Par ailleurs, pour les aventuriers coincés dans le boyau où ils devaient avancer à quatre pattes, hobbit excepté, les manœuvres acrobatiques étaient un peu limitées. Dwimfa se prépara donc à faire tomber la dernière portion du tunnel qui les séparait de l'extérieur, puis à se faufiler rapidement entre les membres de Taurgil de manière à lui laisser la primeur de la rencontre avec le Grand Ver ailé. Ce qui fut fait : quelques coups d'épée firent tomber l'extrémité du tunnel, de l'air frais et glacial s'engouffra dans le tunnel, l'Homme des Bois se contorsionna pour passer derrière le grand rôdeur, qui put avancer. Il sortit enfin à l'extérieur, protégé par ses armures, vêtements chauds et magie de potentiel roi dúnadan... et disparut bientôt dans un nuage de particules glacées émises par la bouche du dragon qui passait devant la falaise en volant.

Plus loin dans la caverne, les aventuriers reculèrent devant la vague de froid glacial qu'ils avaient sentie, mais qui ne fit aucun dégât grâce au bon équipement de chacun contre le froid. En revanche, Taurgil était à présent allongé dans la neige, dehors, immobile et comme mort. Tandis que le bruit des ailes du dragon s'éloignait vers la droite, le reste du groupe sortit à son tour. Tous s'éparpillèrent à droite ou à gauche sous un ciel nocturne, sans s'éloigner trop de la falaise dont ils venaient d'émerger, et qui appartenait à une espèce de piton rocheux de moins d'une trentaine de pas de haut et de trois fois autant de large. La plupart des aventuriers prirent position derrière un arbre, un bois de pins ou épicéas rabougris entourant la butte rocheuse, sauf Dwimfa ou Vif qui choisirent, après un moment, de grimper à la falaise pour arriver à un meilleur point d'observation voire de combat.

Au début, les aventuriers ne savaient pas si le dragon allait revenir après avoir fait demi-tour ou s'il allait faire le tour de la butte rocheuse où ils se tenaient. En fait il apparut bien vite que le dragon n'arrêtait jamais de voler en cercle, toujours dans le même sens, si bien qu'il leur présentait toujours son côté droit. Il lui fallait une bonne demi-minute avant de boucler le tour du piton en volant à une douzaine de pas de haut et au moins autant de distance avec la falaise. A cela s'ajoutait le fait de ne voir aucune faille dans son armure visible malgré la hache de Mordin qui semblait en sentir une. Tout ceci fit dire à certains aventuriers que si point faible il y avait, il devait se situer sur le côté gauche du monstre.

De son côté, Isilmë arrivait au grand Dúnadan et put voir qu'il respirait encore - il était vivant. En revanche, il était glacé et sa peau présentait les traces de nombreuses engelures. Vite, elle le tira sur le sol jusqu'à l'entrée du boyau creusé où elle pénétra avec lui. Après avoir mis une petite distance entre l'entrée et elle et surtout ce qu'il y avait à l'extérieur, elle commença à le déshabiller et à utiliser sa magie pour augmenter sa résistance et ses capacités de guérison. Une fois le grand rôdeur nu, elle traita les engelures généralisées avec du baume orc, à la grande douleur de son ami qui avait repris conscience depuis peu. Pendant ce temps, à l'extérieur, elle entendait ses amis bouger, crier parfois - en particulier le nain qui s'adressait au dragon avec son habituelle manière provocatrice - et le dragon frapper de sa queue ou souffler. Puis elle fit de nombreux bandages à son ami, en même temps qu'elle entendait le craquement de troncs d'arbre cassés par la queue du dragon, ou qu'elle voyait apparaître l'un de ses amis qui s'abritait dans le boyau étroit, et en particulier Drilun. Elle put enfin aider l'héritier des rois du Rhudaur à remettre ses affaires, armures comprises, avant de le suivre à l'extérieur où il s'était passé bien des choses.

4 - Positions, changements, tests... et échecs
Rapidement, les aventuriers éparpillés à l'extérieur arrivèrent à quelques conclusions évidentes comme par exemple :
- le dragon n'était pas du tout intéressé par une quelconque discussion
- il prenait grand soin de ne jamais révéler son côté gauche, où devait se situer son point faible
- à chacun de ses passages, il attaquait l'un d'entre eux voire plusieurs
- une fois sur deux il frappait avec sa queue, une fois sur deux avec son souffle glacé
- il ne prenait aucun risque avec les aventuriers
- il était plus puissant que les dragons rencontrés jusqu'alors

Certains des archers avaient tenté de tirer une flèche sur le monstre, sans rien lui faire de plus qu'une égratignure vite oubliée. Sans connaître le point faible du Grand Ver, même avec les flèches magiques spécialement conçues par Drilun pour tuer des dragons, abattre un tel adversaire semblait illusoire à distance. L'archer-magicien dunéen attendait donc de découvrir une faille dans l'armure du dragon pour y planter une de ses fameuses flèches. A défaut, il pouvait envisager de lancer un éclair avec l'aide de son bâton magique, mais il se doutait que l'impact serait assez limité. Ce ne serait pas suffisant pour le tuer et sans doute même le faire chuter, mais cela pourrait servir en cas d'action coordonnée peut-être. En attendant, il préféra se mettre à l'abri à l'entrée du boyau que ses amis et lui avaient creusés pour sortir de la caverne emmurée.

Dwimfa, de son côté, avait choisi la voie des airs : il était monté sur la falaise jusqu'à un endroit d'où il pouvait mieux observer les allées et venues de la bête, voire lui tirer dessus à l'aide de son arc. C'était une position assez élevée, au-dessus du niveau à laquelle le dragon descendait pour les attaquer. En fait leur adversaire prenait toujours un peu de hauteur lorsqu'il s'éloignait d'eux, puis il descendait en prenant de la vitesse lorsqu'il se rapprochait, juste avant de les attaquer. L'Homme des Bois était un peu vulnérable sur son perchoir à un peu moins d'une vingtaine de pas de haut, mais c'était un grimpeur et acrobate hors pair, sans compter sa chance insolente, et il savait qu'il pouvait compter sur tout cela pour lui sauver la mise en cas d'attaque du monstre. En vérité ce dernier ne lui prêta jamais vraiment attention, ou alors il le cacha bien.

Mordin et Geralt concentraient l'essentiel des attaques sur eux. Le premier provoquait le dragon à chaque passage, jouant au chat et à la souris, tandis que le second essayait avec prudence de repérer le point faible du lézard géant en s'éloignant un peu de la falaise pour voir le côté gauche de la bête, au risque de la voir réagir. Ce qui ne manqua pas, et cela les força plus d'une fois à esquiver des coups de queue - avec en général un certain succès - ou à tester l'efficacité de leur équipement à les protéger du froid, tout en tirant parti au maximum de l'environnement pour aider à les protéger, comme des arbres. Arbres que le dragon abattait les uns après les autres, tant pour faciliter ses manœuvres aériennes que pour limiter la protection qu'ils offraient aux aventuriers. Mais au bout du compte, les deux aventuriers n'eurent rien de pire à déplorer que des sueurs (très) froides et de rares contusions. Mordin était plus près de la falaise que Geralt, qui chercha, au bout du compte, une bonne position pour porter une attaque si le dragon descendait assez.

Vif, de son côté, avait choisi elle aussi la voie des airs. Elle avait grimpé à la paroi de la falaise de manière à pouvoir observer le dos du monstre mais n'avait repéré aucun point faible malgré ses sens prodigieusement affûtés. Elle espérait aussi pouvoir lui sauter dessus si l'occasion se présentait, mais aussi être en mesure de descendre rapidement - en sautant - de son perchoir si le besoin s'en faisait sentir. Elle remarqua que le dragon n'approchait jamais assez de la falaise pour attaquer avec sa queue, mais que son souffle avait assez de portée pour cela. A l'occasion elle descendit de son perchoir lorsqu'elle sentit que leur adversaire pouvait être tenté de lui souffler dessus à son prochain passage. Avant de remonter pour lui tendre une espèce d'embuscade.

Rob, pour sa part, comptait sur son apparence inoffensive pour se glisser vers l'extérieur, discrètement, et pouvoir observer le flanc gauche du Grand Ver où devait probablement se trouver son point faible. Malheureusement il avait sous-estimé tant les perceptions du monstre que sa prudence, prudence que l'observation du cadavre du dragon de feu tué peu auparavant avait dû exacerber. Le hobbit, habitué à faire cavalier seul sans écouter ses compagnons parler d'action coordonnée, eut donc le grand déplaisir de voir le dragon lui foncer dessus alors qu'il s'était éloigné, bien loin de l'aide possible de ses amis. Malgré tous ses efforts pour se protéger, le souffle du dragon le gela presque sur place et il se dit qu'il ne devait d'être encore vivant qu'à la chance. Par la suite il s'enterra sous la neige à l'approche du dragon, émergeant ensuite pour essayer de repérer son point faible, mais trop tard. Le groupe n'était parvenu à rien, et certains avaient écopé de blessures plus ou moins sérieuses en attendant. La situation ne paraissait pas bien brillante...

5 - Rodéo aérien
Néanmoins, la féline Femme des Bois avait un plan, nourri par l'attitude assez prévisible de leur adversaire ailé. Jusqu'à présent, l'équipe n'avait rien fait au dragon, à part peut-être lui taper un peu sur les nerfs, et en particulier Mordin. Non seulement il vociférait des insanités à l'adresse du monstre à chacun de ses passages, mais il manipulait aussi sa hache magique dont le manche était fait en os de dragon. Par le passé, les aventuriers avaient pu remarquer que la gent draconique arrivait très bien à reconnaître l'origine de l'arme, et cela ne plaisait guère. Pire encore, même si le nain avait été plusieurs fois l'objet d'attaques du dragon, son excellent équipement l'avait toujours bien protégé et il s'en était sorti sans égratignure ou engelure d'aucune sorte, contrairement à d'autres.

Mais Vif était persuadée que cela allait changer. Son ami à la si grande gueule, malgré sa petite taille, se tenait derrière le tronc d'un arbre assez proche de la falaise. Petit à petit, le dragon avait fait tomber les arbres avoisinants, si bien qu'il pouvait à présent facilement arriver à l'arbre de Mordin sans être aucunement gêné dans son vol. Si ses souffles n'avaient pas eu d'effet, un bon coup de queue devrait remettre les pendules à l'heure, pouvait-elle l'imaginer penser... Elle paria donc sur une attaque de la bête visant son ami nain après un ultime souffle glacé où elle avait pris soin de se réfugier dans le boyau souterrain d'où ils étaient tous sortis. Tout en parlant de son plan aux autres membres de l'équipe pour coordonner leur action, plan traduit de son parler félin grâce aux babioles magiques réalisées par Drilun et que certains portaient toujours.

Après le dernier passage du dragon, Vif grimpa à nouveau à la falaise avec aisance et rapidité, retrouvant le perchoir depuis lequel elle surplombait le passage du dragon, non loin de Mordin qui allait continuer son rôle d'appât. Geralt, de son côté, approchait de la future trajectoire du monstre, anticipant une attaque de la queue pour essayer d'y porter un coup d'épée. Drilun, quant à lui, prépara un éclair magique qu'il comptait lancer sur le monstre dans l'espoir d'au moins l'étourdir ou lui faire quelque dégât. Dwimfa, plus en hauteur, jouait son rôle de vigie, tandis que Rob anticipait le passage du dragon en s'enfouissant dans la neige, sous un buisson au pied d'un arbre. Tout était prêt pour l'arrivée de la créature écailleuse volante, qui ne tarda pas, et qui, comme prévu, se dirigea de manière assez nette en direction du nain et de l'arbre derrière lequel il se tenait. Sa queue puissante se balança, prête à frôler le sol pour tenter de réduire Mordin en purée...

Depuis son perchoir, la lionne enchantée bondit dans les airs en direction de l'aile droite du dragon. Dans le même temps, tandis que le marchand nain à la langue si bien pendue tentait un bond de côté pour éviter la queue du monstre (en se maudissant de n'avoir pas appris à esquiver aussi bien que ses compagnons), le maître-assassin bondissait vers la queue qui venait casser le tronc derrière lequel Mordin se tenait un peu auparavant. Il enfonça son épée magique assez profondément dans l'appendice du Grand Ver, blessure certainement pas mortelle mais qui eut son effet : le dragon était enfin blessé. Vif atterrit sur l'aile du dragon et elle s'y accrocha férocement. L'éclair magique de l'archer-magicien toucha la créature qui marqua le coup, même si l'impact n'avait pas dû être très douloureux pour le monstre. Néanmoins, attaqué et blessé de trois côtés à la fois, il ne réagit pas immédiatement.

Enfin il tenta de se débarrasser de la charge qui pesait sur son aile droite. Mais d'une part il semblait encore un peu étourdi par l'attaque multiple, d'autre part il devait en même temps faire de gros efforts pour redresser son vol et ne pas tomber à terre, efforts rendus d'autant plus difficiles par le déséquilibre provoqué par le poids conséquent de la lionne magique sur son aile. Sans parler des dégâts sur ladite aile : fermement accrochée, Vif jouait de ses pattes arrière, en bon félin qu'elle était, pour faire de la charpie du cuir du dragon. Malgré la solidité du cuir et des écailles du dragon, ses griffes puissantes et enchantées taillèrent l'aile en morceaux. Après un moment, alors que dragon et lionne enchantée s'étaient éloignés de quelques portées de flèche des autres aventuriers, ces derniers virent le vol du monstre ailé faillir. Sortant de sous la neige, Rob ne put - encore une fois - repérer le point faible du dragon, mais il le vit commencer à chuter, comme tous ses amis.

Le Grand Ver n'avait plus l'aile droite assez vaillante pour arriver à supporter son poids dans les airs. Malgré le peu de hauteur qu'il avait pris, sa trajectoire s'infléchissait. A présent il tournoyait et ne faisait que freiner sa chute vers le sol. Quand il fut juste au-dessus des arbres, Vif lâcha l'aile et bondit vers un arbre qui freina sa chute. Elle arriva dans la neige épaisse, sur ses pattes puissantes qui amortirent le choc, qu'elle encaissa sans mal. Puis elle courut vers ses amis en faisant des zigzags pour éviter une éventuelle attaque du dragon. A une certaine distance elle se retourna, ne percevant rien derrière elle, et vit le monstre qui tentait de panser ses plaies. La chute l'avait secoué mais il ne semblait pas avoir trop souffert du choc. Il ne pouvait plus voler, son aile était trop endommagée pour cela, mais il restait tout de même un formidable adversaire. Elle rejoignit ses amis, y compris Taurgil et Isilmë qui venaient d'émerger, pour décider de la suite à donner à leur dernière confrontation.

6 - Histoires d'orcs
L'équipe était loin d'être en grande forme avec plusieurs blessés sérieux, et le dragon était loin d'être mort. Par ailleurs il n'était pas interdit de penser que d'autres pouvaient être tentés de venir se joindre au combat s'il durait un peu. En fin de compte, entre baume orc et soins magiques des mains du grand Dúnadan, les blessures furent traitées et le groupe choisit de laisser le dragon de côté et de suivre sa voie, qui devait l'amener aux Brumes Éternelles, où les elfes auraient sans doute terminé de réaliser de nouveaux équipements magiques pour eux. Un petit détour fut fait pour rester à distance du Grand Ver blessé, et le groupe reprit le chemin du nord, à ski pour la plupart. Le refuge des elfes était distant de peut-être une petite journée de voyage, et Vif et Rob étaient censés se rappeler de l'accès à travers les défenses magiques de la zone par là où ils devaient arriver.

Après quelques heures de progression dans la nuit claire, et ce d'autant plus que la neige reflétait une partie de la lumière crépusculaire, la lionne enchantée fit une découverte peu enthousiasmante : elle repéra une série de traces qui avaient très certainement été faites par des orcs des montagnes proches. D'autres traces confirmèrent la chose : des orcs étaient bien présents, et en particulier des groupes de chasseurs à la poursuite de gibiers les plus divers. Certains d'entre eux furent même repérés à distance, qui eurent le bon réflexe, après avoir estimé la force du groupe, de préférer aller chercher du renfort ou en tout cas ne pas foncer vers une mort certaine. Les aventuriers les laissèrent partir, sans se bercer trop d'illusion pour la suite.

Suite qui ne manqua pas : plus tard et à plus d'une occasion, des escouades plus grosses et belliqueuses eurent la mauvaise idée de chercher des noises au groupe. Lequel groupe avança sans trop se préoccuper des orcs, à l'exception de la féline Femme des Bois qui alla au-devant des gêneurs. Ses amis ne tenaient pas trop à perturber un tour d'elfe d'Isilmë qui chantonnait un air magique leur permettant d'avancer plus vite et sans fatigue. Les orcs découvrirent bien vite que leurs armes et leurs compétences étaient assez inefficaces contre la lionne enchantée, dont les griffes et l'adresse pouvait les réduire en charpie sans qu'ils ne puissent rien y faire. Les plus chanceux ou les plus lents à attaquer s'enfuirent vite pour aller raconter au reste du clan ce qui s'était passé.

Au bout de quelques heures, alors que la présence des orcs était clairement visible au vu des traces nombreuses dans la neige, c'est toute une petite armée de peut-être deux cents orcs qui arriva au contact des aventuriers. Une fois de plus, Vif se porta au-devant d'eux et commença à faire un carnage, jusqu'au moment où le vide se fit autour d'elle, tandis que le chef des orcs apparaissait, armé d'une arme manifestement enchantée et volée à des Lossoth. Ce qui ne fit pas grande différence pour la lionne enchantée, qui prit juste quelques précautions pour ne pas se faire toucher et rapidement réduire la tête du chef en lambeaux. Après quoi le reste de l'armée s'éparpilla aux quatre coins de l'horizon et le cadavre du chef put être tranquillement fouillé. En plus du harpon magique qu'il maniait, il avait utilisé de la magie noire à l'aide d'une perle maudite, perle qui fut bientôt brisée en mille morceaux grâce à la magie du bâton de Drilun. Puis le groupe reprit sa route après cette courte pause.

En fin de compte les aventuriers arrivèrent à proximité des Brumes Éternelles et surtout des protections magiques que les elfes y avaient placées pour se protéger des ennemis divers et variés. Il ne fut pas si simple que cela de retrouver le droit chemin pour arriver jusqu'au lac d'eaux tièdes et soufrées, mais entre les connaissances acquises lors de leur précédent passage et les perceptions magiques du hobbit voire de la féline Femme des Bois, le labyrinthe magique put être résolu. Les huit aventuriers trouvèrent ou retrouvèrent les elfes qu'ils avaient laissés là une douzaine de jours auparavant, et qui avaient effectivement terminé de réaliser bon nombre d'équipements commandés. Tout n'était pas encore achevé, et par ailleurs Dwimfa, nouveau venu, n'avait pas été prévu dans la liste des équipements. Il fut d'ailleurs présenté aux elfes qui s'intéressèrent bien à lui et à son passé. Après quoi l'équipement enchanté fut distribué et les aventuriers réfléchirent à leur destination suivante.

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Niemal
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Grand Nord - 17e partie : vous ne passerez pas !

Message non lupar Niemal » 15 mai 2018, 07:28

1 - Destination à trouver
Les aventuriers, enchantés par leur nouveau matériel, ne purent s'empêcher d'en demander davantage. En effet, après réflexion, le groupe choisit de rester deux ou trois jours de plus que prévu. Les blessés allaient très rapidement être sur pied, donc ce n'était pas pour cette raison. Mais en revanche, entre un équipement plus complet pour Dwimfa, le remplacement de certaines affaires mises à mal par le souffle des dragons - en particulier le souffle enflammé - et la volonté d'être les mieux préparés possible, donner davantage de temps aux elfes pour leur fournir encore plus de matériel enchanté ou de qualité ne paraissait pas si superflu que cela. Pourtant les habitants des Brumes Éternelles avaient d'autres choses à faire, y compris certains objets plus longs à réaliser. Ils avaient tout de même conscience de l'importance de la quête de Vif et ses amis et ils trouvèrent du temps pour les satisfaire.

Entretemps, le choix de la future destination du groupe ne fut pas une mince affaire. Taurgil et compagnie hésitaient en effet entre deux objectifs. L'un d'eux était d'aller récupérer les objets magiques des anciens amis de Dwimfa. Ce dernier avait en effet sauté du bateau volant qui les emmenait tous et qu'une tempête, sans doute déclenchée par Eloeklo, emportait vers les parois des montagnes où le démon était emprisonné, les Ered Muil ("Montagnes de la Désolation") ou les Aeglir Arvethed ("Pics sans Fin"). En dehors de Gillowen, la magicienne possédée par ledit démon, personne n'avait survécu. Or tous possédaient des objets magiques très puissants dont les nouveaux amis de l'Homme des Bois auraient bien besoin pour combattre l'occupant du Puits de Morgoth, par exemple. Ces objets restaient sans doute inutilisés, ou du moins ceux dont la magicienne possédée n'avait pas vraiment l'usage. Restait à trouver l'emplacement du crash du bateau volant, les corps, leurs possessions... pour autant qu'il était possible qu'Eloeklo les laissât faire.

A côté de cela, il semblait que la visite de Canadras ("Quatre Cornes", en sindarin) pouvait apporter son lot de précieuses informations. Canadras était le nom donné à une péninsule au nord des Ered Muil. Mais surtout, elle devait son nom à un célèbre dragon qui en avait fait sa demeure et son territoire. Les "Quatre Cornes" faisaient référence à la tête du dragon, aux écailles grises, qui comportait sur le dessus deux cornes recourbées à la manière d'un bélier et deux autres cornes pointues plus bas et sur le côté qui lui servaient à embrocher ses victimes. Mais surtout, c'était un dragon assez ancien, peut-être le plus puissant de tous ceux qui vivaient encore sur les anciennes terres de Morgoth, le Noir Ennemi du monde. Non qu'il fût un dragon immense capable de tout balayer sur son passage : avant toute chose c'était un érudit et un puissant magicien pour qui le savoir - magique entre autres - était plus précieux que les trésors physiques. C'est certainement lui qui connaissait le mieux les futurs adversaires de l'équipe, et les manières de les combattre ou de les tromper.

Les deux destinations envisagées étaient sensiblement aussi éloignées l'une que l'autre. La première envisagée, les artefacts autrefois possédés par les amis de Dwimfa, devait se trouver vers le sud des montagnes susmentionnées, car c'est là que Dwimfa avait atterri et s'était enfui après sa chute. Ce qui laissait une zone de montagnes arides considérable à explorer. Et de plus ces montagnes n'étaient guère habitées que par des orcs et des trolls des neiges : en dehors de se manger les uns les autres, ils passaient leur temps à monter des raids et expéditions pour aller piller les ressources des Lossoth ou autres plus à l'est, au sud ou à l'ouest, ou éventuellement à chasser le phoque et la baleine dans les eaux glacées plus au nord. Quant à savoir si Eloeklo les laisserait récupérer les objets magiques convoités sans intervenir, c'était une question à laquelle les aventuriers ne pouvaient raisonnablement répondre de manière positive.

Au nord, le dragon pourrait apporter des renseignements précieux à défaut de matériel puissant. Mais non seulement c'était un être redoutable capable d'ensorceler bien des héros, d'autre part ses conseils n'étaient jamais gratuits. Que pouvaient bien lui proposer Drilun et ses compagnons en échange de son savoir ? Certains se disaient que malgré son faible attachement pour les possessions matériels, il ne cracherait pas sur un artefact magique ou deux. C'est avec cet objectif en tête qu'ils n'avaient pas détruit la masse magique de feu Gorovod, l'ancien Grand Sorcier (Fhalaugash) de Dol Guldur. Cela, plus les quelques connaissances qu'ils pouvaient avoir, pourrait peut-être intéresser le dragon. Suffisamment pour le contenter et permettre de fructueux échanges, par contre, ils en doutaient. Aussi Dwimfa proposait-il plutôt de passer d'abord récupérer les affaires de ses anciens compagnons, dont un fabuleux grimoire magique permettant de lancer un nombre infini de fois de très nombreux sortilèges...

2 - Nouveaux éléments et choix final
Un autre élément à prendre en compte était le trajet. Au départ, il paraissait plus raisonnable de commencer par le chemin du sud : d'une part le soleil pouvait-il encore faire de timides apparitions au sud, s'ils commençaient par là. Dans le cas contraire, en commençant par Canadras plus au nord, ils n'auraient que la perpétuelle nuit du Grand Nord tant au nord qu'au sud, car l'hiver approchait vite et serait là dans un mois et demi environ. D'autre part, pour aller dans la péninsule de Canadras, il semblait intéressant de traverser la Baie de la Désolation (Hûb Lostas). A cette époque de l'année les glaces s'étaient déjà reformées sur l'eau, mais attendre un peu plus les rendrait plus solides. Néanmoins, ces deux arguments n'avaient de poids que si les aventuriers partaient vite et ne tardaient pas en route. Ce dont certains doutaient, et la suite leur donna raison. En fin de compte cet élément ne pesa donc guère dans la balance.

La nature des objectifs, les informations ou matériels à aller chercher, occupèrent davantage les esprits. Dwimfa fut interrogé sur les possessions magiques de ses anciens amis. Il leur parla alors de ce dont il se souvenait, à commencer par le Suimbalmynas, un livre de runes magiques réutilisables à l'infini écrit par un homme nordique, dans sa langue. A défaut d'intéresser le dragon, d'autres objets très puissants pourraient certainement leur servir : Gwaedhel ("Sœur de Serment"), une fantastique épée protégeant de la peur et autres pouvoirs des morts-vivants ; l'Eargil ("Etoile de Mer"), un joyau aux multiples pouvoirs (défense physique, stimulant magique, boussole magique...) ; un arc de lumière capable de créer des flèches magiques de lumière solide à volonté ; une amulette susceptible d'invoquer et de commander une boule de feu vivante ; un bâton de lumière pouvant attirer et maîtriser la foudre ; un talisman maudit permettant de se transformer en chauve-souris... Sans parler des multiples armes ou armures (mithril compris) ou autres babioles utiles comme une ceinture protégeant de tous les éléments.

Néanmoins, ces artefacts, aussi utiles fussent-ils, n'étaient pas si importants que cela face à des adversaires tels que Durlach ou Eloeklo, anciens lieutenants de Morgoth qu'on pouvait chacun qualifier de balrog ou "démon de puissance"... Plus que des armes, l'équipe aurait davantage besoin de la connaissance la plus fine possible de ces ennemis, afin de savoir les affronter directement ou indirectement. Et s'il était un être qui les connaissait bien, cela devait être Canadras : la connaissance était son fonds de commerce et sa raison de vivre. Toute sa longue vie avait été consacrée à augmenter son savoir sur les personnages plus ou moins puissants du Grand Nord, à travers ses espions ou ses recherches magiques. Car c'était un puissant sorcier, d'après Nestador, maître des Brumes Éternelles.

En fait Drilun et ses amis apprirent que le dragon avait déjà été en contact avec les elfes des Brumes. En effet, au sud de Canadras (la péninsule) et à l'extrémité nord des Ered Muil, les Montagnes de la Désolation, se trouvait une montagne spéciale appelée Orod Certhas, la "Montagne des Runes". Elle était appelée ainsi en raison de ses falaises de granite sur le versant nord, falaises inscrites de nombreuses runes par les soins des elfes de Brumes Éternelles. Cette encyclopédie magique que Nestador et les siens continuaient d'enrichir semblait protégée de toute dégradation des orcs ou dragons, mais à tout le moins elle intéressait vivement Canadras, qui venait toujours voir une nouvelle rune avant qu'elle ne soit recouverte par la neige. Le dragon magicien n'avait jamais essayé d'attaquer les elfes, reconnaissant sans doute leur puissance ou trop content de profiter de leur travail étrange que Nestador n'expliqua qu'imparfaitement, parlant de quête mystique aussi bien personnelle que collective.

En tout cas le dragon gris était connu des siens, ils savaient où il habitait - une ancienne demeure des elfes des neiges, les Lossidil. Le Grand Ver ailé avait aussi la particularité d'héberger de nombreuses runes magiques sur ses écailles, runes inscrites par des artisans ensorcelés - comme certains nains de Vasaran Ahjo - et chargées magiquement par les pouvoirs du dragon lui-même. Beaucoup étaient des runes de protection contre les armes ennemies, mais pas seulement. Les cavernes elles-mêmes irradiaient la magie et devaient comporter aussi leur lot de runes. Par ailleurs, l'entrée des cavernes était à flanc de falaise, une vingtaine de pas au-dessus du niveau de la mer plus bas, à une trentaine de pas du sommet. Le sentier escarpé que les elfes des neiges avaient autrefois creusé dans la falaise avait depuis longtemps été détruit par le nouvel occupant des lieux. Lieux qui n'étaient donc accessibles qu'en volant ou en grimpant...

Au bout du compte, la nature moins agressive du dragon fut un élément qui pencha fort dans la balance. Geralt le résuma très bien en disant que s'ils allaient chez Eloeklo et qu'ils en mouraient, le démon utiliserait leurs possessions pour nuire à la Terre du Milieu et parvenir à ses fins. Au contraire, Canadras les garderait pour lui sans les utiliser, se contenant juste de les étudier dans le meilleur des cas... Par ailleurs, en plus de quelques babioles ou connaissances diverses que le groupe pouvait fournir au dragon, il y avait un service que Canadras pourrait apprécier : l'archer-magicien dunéen pouvait inscrire des runes sur les écailles du dragon ou peut-être parler magie avec lui, le faire profiter de son propre savoir. Peut-être le dragon serait-il assez puissant pour l'envoûter et le pousser à donner tout cela sans rien en échange, mais c'était un autre élément dont les aventuriers pouvaient peut-être se prémunir. En tout cas, le groupe commencerait par aller voir Canadras.

3 - Première sortie
Fort de cette décision et de leur nouveau matériel, et après avoir soigneusement planifié leur trajet dans le Grand Nord jusqu'à la demeure de Canadras, Vif et ses amis se mirent en route. Non sans un premier accrochage au moment de prendre leurs bagages : Dwimfa avait décidé, comme il l'avait fait jusqu'à présent, de porter les robes enchantées - et maudites - de feu Gorovod sur lui. Ce qui ne plut pas du tout au maître-assassin du groupe. S'il était d'accord pour croire Dwimfa sur parole quand ce dernier lui dit qu'il savait résister au pouvoir corrupteur de l'objet, en revanche il rappela que la corruption s'étendait à tous les être proches, qui risquaient de voir grandir en leur cœur un désir incontrôlé pour lesdites robes. Bref, il ne voulait pas que l'Homme des Bois les portât, préférant qu'elles soient remisées dans un sac pour servir uniquement quand un combat se profilerait à l'horizon. Le dernier arrivé dans le groupe fit d'abord la sourde oreille, si bien que Geralt décida de rester chez les elfes. Mais quand Drilun annonça qu'entre le balafré et l'ami de Vif il privilégiait clairement le premier, Dwimfa accepta de mettre les robes de côté et de les sortir seulement le bon moment venu. Et ils purent partir tous ensemble.

Après avoir correctement géré le passage à travers les barrières magiques grâce aux compétences de la lionne enchantée et du hobbit, ils arrivèrent au sud de la vallée, côté est de la baie. Le temps était un peu maussade sans être franchement mauvais : ciel bas et nuageux avec quelques flocons de neige qui tombaient çà et là, mais rien de très méchant. En revanche, les sens exercées de la féline Femme des Bois l'avertirent bien vite de quelques obstacles sur leur chemin : deux dragons se tenaient à terre à quelques portées de flèche de là, dans des bois, un peu éloignés l'un de l'autre mais pas assez pour espérer pouvoir passer entre les deux. Par ailleurs, caché dans les nuages bas, Vif pouvait entendre le passage régulier d'un dragon ailé au-dessus de la bande de terre sur laquelle ils se trouvaient. Ils étaient attendus, et manifestement ils avaient déjà été repérés.

Les elfes de Brumes Éternelles avaient prévenu que le groupe, bardé d'objets magiques fraîchement (et rapidement) réalisés, émettait une telle signature magique que toutes les créatures un peu sensibles aux émanations des sortilèges - dont certains membres de l'équipe - pouvaient les suivre à la trace à des miles de distance. Et par ailleurs, Nestador et les siens avaient expliqué pourquoi les dragons de la région étaient si agressifs et peu enclins à faire autre chose que combattre et tuer, oubliant même parfois de se disputer entre eux : par esprit de vengeance. Depuis des milliers d'années et la fameuse bataille qui avait coûté la vie à de nombreux elfes et dragons, il existait une inimitié particulière entre leurs deux groupes. Les dragons n'auraient de cesse de détruire les elfes de Brumes Éternelles, leurs réalisations et leurs amis. Or le groupe d'aventuriers portait de plus en plus sur eux la signature magique des elfes que les dragons s'étaient juré de combattre jusqu'à la mort...

En raison de cela et de quelques divinations magiques de Drilun qui lui indiquèrent que deux dragons avaient des souffles magiques, certains aventuriers commencèrent à penser qu'une retraite prudente étaient préférable. Mais lorsque le groupe commença à faire prudemment demi-tour en direction des protections magiques peu éloignées - une poignée de portées de flèche tout au plus - les dragons perçurent leur mouvement et se dirigèrent tous dans leur direction, deux à terre et un en l'air, plus rapide que les deux autres. Après un moment d'hésitation, où certains se mirent à accélérer vers la protection magique réalisée par les elfes alors que d'autres auraient voulu tenir et combattre, ce fut la débandade : Vif prit Mordin et Drilun sur son dos et filait vers l'entrée magique de la vallée tandis que les autres poussaient sur leurs bâtons pour faire avancer leurs skis le plus vite possible dans la même direction.

La lionne enchantée déposa ses deux amis qui avaient magnifiquement réussi à tenir sur son dos malgré ses bonds puissants. Plus loin, Dwimfa arrivait en premier, suivi par le hobbit non loin. Après lui, Geralt et Isilmë, bien qu'à une distance similaire, étaient éloignés suffisamment l'un de l'autre, pour ne pas constituer une cible unique trop tentante. Taurgil, lui, fermait la marche - ou plutôt la glisse - un peu plus loin. Lui ne pourrait pas éviter l'attaque du dragon ailé, qui pouvait sans doute choisir une deuxième cible entre l'elfe et l'assassin balafré. Le dragon noir et blanc hésita un bref moment entre les deux, tout en s'apprêtant à engloutir le Dúnadan dans son souffle glacial : il reconnaissait l'elfe à son odeur et était naturellement tenté de la tuer plutôt qu'un autre, mais l'humain à sa portée était bien plus bardé d'objets en os ou cuir de dragon que la guerrière elfe. Mais au bout du compte sa haine des elfes fut la plus forte : il projeta un nuage de glace qui transperça Taurgil jusqu'aux os, malgré ses protections et son ultime refuge derrière un arbre, puis vira un peu pour engloutir Isilmë qui connut un sort similaire. Tous deux sentirent presque leur cœur s'arrêter de battre, mais leur raison et leur corps furent les plus fort et ils restèrent vivants, et debout, et tentèrent de continuer à avancer avant l'arrivée des autres dragons, bien que plus lentement.

Le dragon ailé s'était trop avancé et malgré sa manœuvre aérienne il fut sujet aux protections magiques établies par les elfes de Brumes Éternelles. Bientôt il subissait les assauts fantomatiques d'un adversaire imaginaire mais qui semblait le blesser pour de bon, et il ne s'occupa plus des aventuriers. Vif en profita pour voler au secours de ses amis blessés, tandis que les autres finissaient d'arriver. Elle arriva au niveau de Taurgil tandis qu'un des deux dragons au sol arrivait plus vite que l'autre. En fait c'était un dragon ailé qui était resté au sol, et sa couleur rouge-orangé ne laissait rien présager de bon, car souvent elle était en lien avec un éventuel souffle, qu'elle devinait donc brûlant. Le dernier dragon, plutôt vert-bleu, était trop éloigné et ne serait pas une menace. Le Dúnadan laissa ses skis et monta sur le dos de la lionne, parvenant à s'y accrocher fermement malgré le froid qui lui gelait le corps. Puis Vif bondit vers Isilmë, où la même opération fut renouvelée, juste comme le dragon arrivait et ouvrait la bouche. La féline Femme des Bois eut beau bondir de toute la force de ses puissantes pattes, elle ne put éviter complètement le feu brûlant qui les engloutit en partie tous les trois.

Vif était en partie protégée par ses amis et ne perdit que des poils (et gagna une bonne suée). L'elfe était peut-être un peu mieux protégée magiquement et, couchée sur le dos de la lionne, elle ne souffrit que légèrement de brûlures causées par le souffle enflammé. En revanche, le grand rôdeur passa d'une sensation de froid intense à celle d'une insupportable fournaise. Avec l'aide de l'elfe et par un effort de volonté il se maintint sur le dos de la lionne, jusqu'à arriver en sécurité. Plus loin, les magies elfiques s'activaient et les dragons furent trop occupés à combattre des ennemis imaginaires ou eux-mêmes pour être une réelle menace. Mordin et Drilun étaient occupés à tenter de percevoir leurs points faibles, sans grand succès, mais le hobbit était plus perceptif et put, avec l'aide de la lionne, percevoir une zone plus sombre de l'aisselle avant droite du dragon volant. Il arriva à y envoyer une de ses flèches avant le départ du dragon, mais même s'il pensa l'avoir blessé ce ne fut sûrement pas bien grave. De son côté, l'elfe du groupe, malgré sa blessure, déshabillait leur ami dúnadan pour le soigner avec sa magie et des bandages propres : après avoir été gelé puis brûlé vif, il n'avait pour ainsi dire plus de peau sur le dos.

4 - Guérison et nouvelle attente
Malgré son dos qui la faisait souffrir et qui saignait, Isilmë parvint à stabiliser l'état de son ami dúnadan et à l'empêcher de saigner à mort, tandis qu'elle-même s'affaiblissait. Mais ensuite Rob prit le relais et stabilisa l'état de son immortelle amie. Du baume orc fut également utilisé pour aider à sa guérison, ce qui n'avait pu être envisagé pour Taurgil : ses blessures étaient si étendues que l'utilisation du baume l'aurait complètement transformé visuellement. Il aurait été couvert de cicatrices sur tout le corps, et n'aurait sans doute pas été très beau à voir. Par contre, le hobbit et la féline Femme des Bois s'empressèrent d'aller chercher leurs amis elfes, dont certains étaient d'excellents soigneurs, en espérant des remèdes tout aussi efficaces et entraînant bien moins de séquelles que le remède orc, aussi efficace fût-il.

Les elfes, qui avaient senti le combat à distance, vinrent à leur rencontre et aidèrent les blessés à guérir. Il fallut tout de même une semaine complète de repos forcé à l'héritier des rois du Rhudaur pour guérir complètement. Heureusement, les soins de Nestador étaient si puissants que Taurgil n'en garda que de légères traces qui ne nuisirent aucunement à son charme naturel. Dans le même temps, les elfes prévinrent le groupe que l'expérience risquait de se reproduire, d'autant que le temps à venir ne serait pas du côté des aventuriers : à la fin de la guérison du Dúnadan le ciel serait clair et rien n'empêcherait les dragons de leur tomber dessus comme précédemment. En fait, il fallait attendre onze jours avant de voir arriver un vrai blizzard qui bloquerait sans nul doute une bonne partie des capacités des dragons à les percevoir physiquement, ou les empêcherait de voler.

Tandis que certains elfes travaillaient à fournir de nouveaux matériels au groupe, et notamment ceux détruits par les dragons, Drilun choisit d'étudier divers grimoires en possession des elfes des Brumes Éternelles, et en particulier ceux traitant de la réincarnation des Maiar. En effet, entre Durlach, Eloeklo et Tevildo, ils se retrouvaient face à trois de ces anciens serviteurs des Valar, tous passés au service de Morgoth lors du Premier Âge. Or le dernier n'avait plus de forme lié à lui et devait donc se recréer un corps pour recouvrer tous ses pouvoirs. D'après ce qu'il lut, les Maiar pouvaient facilement changer de corps à deux conditions : la première était de ne pas trop s'attacher à un corps physique particulier, la seconde de changer volontairement d'enveloppe charnelle, et non de la perdre par accident. Si ces deux conditions n'étaient pas remplies, la création d'un nouveau corps était un processus lent et difficile qui nécessitait beaucoup d'énergie. Énergie qui pouvait être trouvée dans les forces vives de l'esprit, ou bien dans une émanation magique particulièrement puissante, comme celle liée à un puissant artefact. Également, cette énergie pouvait être considérablement amoindrie dans le cas de la possession d'un corps existant déjà si le Maia en question avait un lien fort avec ledit corps...

L'archer-magicien du groupe n'en resta pas là et il profita aussi de la chambre spéciale des visions - un sauna - qu'utilisaient les elfes des Brumes Éternelles pour améliorer leurs visions magiques. Même sans voir les étoiles il put ainsi les imaginer et avoir une expérience onirique concernant l'objet de sa curiosité, à savoir Canadras. De sa transe magique il en retira la certitude que le dragon apprécierait énormément de compléter sa collection de runes sur ses écailles, et tout ce qui pourrait le rendre plus puissant magiquement. De fait il étudia aussi l'écriture de runes magiques sur des écailles de dragon. En fait il profita de ce savoir pour réaliser un rouleau résumant les informations les plus intéressantes susceptibles de l'aider à une telle tâche.

Après une semaine le groupe se réunit pour décider de la date de leur prochain départ. Certains trouvaient stupide de sortir par beau temps et risquer une mort inutile alors qu'il était si simple d'attendre quelques jours pour avoir des conditions météorologiques idéales pour passer en catimini. Néanmoins la majorité préféra tenter une deuxième sortie sans attendre plus, mais en étant davantage prudents et sur le qui-vive. Ce qui signifiait par exemple sonder l'espace qui s'offrirait à eux avant même de sortir complètement des zones de protection magique ; ou encore d'utiliser les onguents de protection contre les éléments qu'ils possédaient avant de tenter une sortie en présence d'un ou de plusieurs dragons.

5 - Deuxième et troisième sorties
Les aventuriers prirent donc à nouveau leurs cliques et leurs claques pour se retrouver près de la même sortie du labyrinthe des protections magiques qu'ils avaient empruntée une semaine auparavant - la féline Femme des Bois et le hobbit commençaient à bien connaître le chemin. Une fois de plus, Dwimfa avait ôté les robes maudites de Gorovod pour ne pas offenser Geralt. Alors qu'ils étaient encore sous la protection de la magie des elfes de Brumes Éternelles, Vif sonda les environs avec ses fantastiques perceptions, secondée par Geralt et les autres membres du groupe les plus perceptifs, tandis que Drilun utilisait sa magie pour détecter la présence au sol d'adversaires les plus divers. Notamment ceux de plusieurs tonnes, particulièrement fréquents autour de la vallée protégée... à leur grand dam.

Hélas, comme ils s'y attendaient, ils étaient encore attendus. Trois dragons étaient présents dans les environs, deux à terre et un dans les airs. Ce dernier ressemblait furieusement à celui qu'ils avaient déjà croisé une semaine auparavant, et il n'était pas possible de visualiser les deux autres, cachés dans les bois qui entouraient la vallée. En revanche, des divinations magiques de l'archer-magicien dunéen apportèrent les informations essentielles à leur sujet : une fois de plus, un cracheur était présent à terre. Afin de ne pas réitérer la même expérience négative que la semaine passée, après rapide discussion, les membres du groupe furent d'accord pour rebrousser chemin et tenter un nouveau passage quatre jours plus tard, lorsque les conditions météorologiques leur seraient plus favorables. Et par ailleurs, la signature magique sur leurs objets fraîchement enchantés serait un peu plus faible, ce qui ne pourrait être un mal, à défaut de leur garantir une grande discrétion.

Quatre jours supplémentaires furent donc consacrés au repos (Geralt), à l'étude des sorties et entrées de la vallée des elfes (Vif), ou tout simplement à essayer d'en apprendre plus sur les êtres qu'ils s'apprêtaient à rencontrer, et en particulier Canadras. Ou à se demander où était à présent le cavalier noir venu de Dol Guldur qui les pourchassait depuis des mois, et autres joyeusetés prêtes à leur tomber sur le paletot. Les elfes de Brumes Éternelles les aidèrent du mieux qu'ils purent, avec de nouveaux matériels magiques ou de qualité, dont certains à réaliser pour plus tard. En effet, vu le trajet à parcourir, Taurgil et ses amis ne comptaient pas revenir là avant au moins un mois. Et Eru savait ce qui pouvait se passer d'ici là question événements imprévus et retards en tout genre...

Enfin, le jour de la troisième sortie (ou tentative) arriva enfin. Comme prévu, le temps était détestable, à ne pas mettre le bout du nez dehors, ce qui entraîna immédiatement une chute du moral du balafré aux cheveux blancs : les efforts n'étaient jamais le fort de Geralt, et vu le sale temps qu'ils allaient devoir endurer, il n'était pas à la réjouissance. Les températures étaient très basses, les vents violents, la neige abondante... à tel point que si les dragons n'étaient pas capables de les repérer, certains se demandèrent comment eux-mêmes allaient pouvoir se repérer et partir dans la bonne direction. La lionne enchantée était néanmoins confiante, d'autant que Drilun pouvait magiquement calmer en partie les éléments autour d'eux, une fois qu'ils seraient suffisamment loin des dragons. En tout cas, Vif était contente de pouvoir profiter de la cape isolante que les elfes lui avaient confectionnée, qui lui permettait de mieux résister au froid. Elle ne serait pas de trop !

A l'orée de la vallée ou plutôt de ses protections magiques, les aventuriers suspendirent leurs pas. Vif ne percevait rien en dehors du mauvais temps, aucune présence perceptible. Par contre le Dunéen annonça grâce à sa magie qu'un dragon se tenait au sol dans les bois face à eux. Il ne serait sans doute pas dur à contourner si le groupe était assez discret. Cela étant, bardés de magie comme ils étaient, les huit compagnons ne pouvaient espérer une totale invisibilité. D'un autre côté, un dragon solitaire ne serait peut-être pas un trop gros obstacle pour eux. En espérant qu'il n'appelât pas de renfort s'il percevait leur présence ou si un combat avait lieu... Plein d'espoir ou de craintes, le groupe s'avança vers son destin. Et ce n'était que le tout début d'un long voyage qui allait les faire rencontrer un des personnages les plus puissants du Grand Nord...
Modifié en dernier par Niemal le 19 juillet 2018, 07:09, modifié 2 fois.

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Grand Nord - 18e partie : poursuite en noir et blanc

Message non lupar Niemal » 18 juillet 2018, 14:18

1 - Obstacle franchi !
Les sens particulièrement affûtés de la lionne enchantée lui permettaient de percevoir la présence de la mer non loin malgré le temps détestable. A l'occasion elle pouvait parfois entendre ou sentir les vibrations que le dragon faisait quand il se déplaçait un peu, et il n'était pas discret. Lui passer sous le nez, sans qu'il puisse entendre ou sentir les huit aventuriers, semblait tout à fait faisable par un temps pareil. En fait, à part Vif, ses amis étaient complètement perdus et ne percevaient rien au-delà du bout de leur bras, et encore. Ils faisaient confiance à la féline Femme des Bois pour les guider quelque part - en s'attachant les uns aux autres de préférence, pour ne pas se perdre - et ils pensaient que le dragon aurait bien du mal à les repérer physiquement. Là n'était pas le problème.

Car le groupe portait moult objets magiques sur ses membres, certains bien récents, faits dans la hâte, et donc avec une signature magique bien perceptible. Et ça, un dragon n'aurait sans doute pas grande difficulté pour le sentir. Le groupe fit alors le point sur toute sa panoplie magique, active ou non. Des objets furent retirés et placés dans des sacs faits de fibres de cembereth, ces arbres trouvés dans la région des Brumes Éternelles et qui avaient des propriétés anti-magie. Les objets placés dans ces sacs seraient moins faciles à percevoir par les sens magiques du gros Ver. Cela serait-il suffisant pour arriver à lui passer devant sans l'alerter ? Beaucoup en doutaient et se préparaient, dans leur tête, à affronter bientôt le dragon...

Mais Rob se souvint alors qu'il portait sur lui - et contre la volonté d'Isilmë, qui aurait préféré le garder - l'anneau elfique trouvé au doigt de Gillowen, l'ancienne amie de Dwimfa à présent possédée par Eloeklo. Or cet anneau, une fois porté, avait la particularité d'absorber et d'annuler les énergies magiques environnantes... Porter cet anneau était également comme une drogue et il pourrait corrompre son porteur au bout du compte, chose que les compagnons d'Isilmë avaient déjà pu remarquer chez cette dernière. D'un autre côté, le hobbit n'était nullement un elfe, mais les gens de sa race avaient la particularité d'être peu réceptifs - voire carrément très résistants - à la magie et à ses pouvoirs de corruption. Si Rob mettait l'anneau au doigt, peut-être cela ne l'affecterait-il pas trop et ils pourraient passer au nez et à la barbe du dragon sans qu'il sente la magie qu'ils portaient sur eux...

L'idée fut mise en œuvre et Drilun constata vite que la magie était bien plus difficile à réaliser dorénavant, même si ce n'était pas impossible. Et ceux qui étaient perceptifs aux énergies magiques sentaient bien que toute cette magie était à présent presque invisible. Ils laissèrent donc l'anneau au doigt du hobbit, et le soin à Vif de les emmener vers le sud. Ils quittèrent donc les protections magiques que les elfes de Brumes Éternelles avaient placées aux alentours pour se protéger des dragons, et ils avancèrent dans le vent, le froid et la neige. La lionne enchantée portait le petit hobbit sur son dos, tandis que les autres suivaient derrière. Certains avaient leurs skis, tandis que d'autres utilisaient des bottes enchantées qui permettaient de ne pas s'enfoncer dans la neige, et qui marchaient tout de même en présence de l'anneau elfique. Du moins tant qu'il ne venait pas en contact direct avec ces objets, car sinon il pouvait définitivement annuler leur magie.

Progresser ainsi fut très difficile, ils avançaient lentement, très lentement. Au moins ne furent-ils pas assaillis par un grand lézard de plusieurs tonnes capable d'engloutir n'importe lequel d'entre eux en une bouchée... Certains, forts et endurants, ou à l'aise sur leurs skis ou dans les éléments déchaînés, prenaient leur mal en patience sans se faire plus de mouron. D'autres avaient plus de mal, comme Geralt dont le moral chutait de plus en plus devant tant d'efforts, ou Drilun et Isilmë dont la capacité à avancer à ski ou à pied dans un pareil blizzard avait ses limites, et leur endurance encore plus. Après plusieurs heures d'efforts, ils avaient bien avancé mais le dragon était encore à portée, peut-être à cinq miles de distance, et plusieurs membres du groupe étaient épuisés, malgré la lionne enchantée prête à servir de taxi pour d'autres que le seul hobbit. Il fallait se rendre à l'évidence : ils devaient arrêter leur progression et faire un camp de fortune pour permettre de se reposer.

2 - Voyage et rencontres
Ils commençaient à bien connaître les techniques de survie des Lossoth, au moins pour une partie d'entre eux. Ils tassèrent donc la neige autour d'eux - et elle ne manquait pas - pour ensuite creuser un trou pour chacun d'eux dans lequel se blottir. Cet "igloo rapide" leur permit de connaître une période de repos tranquille - aussi long qu'une véritable nuit - sans aucun incident. De toute manière, à cette endroit et à cette époque de l'année, le soleil ne se levait plus et la nuit devait durer deux ou trois mois. Et avec ce qu'il tombait, un éventuel jour serait passé complètement inaperçu. Fatigués, ils ne se firent pas prier pour s'endormir. Geralt pesta après le manque de magie qui l'empêchait de bénéficier d'un sommeil réparateur plus profond. Mais il préféra cela plutôt que de dormir à part, loin de l'anneau elfique que portait toujours le hobbit, et d'être la cible d'un sort d'Isilmë qui pourrait éventuellement attirer le dragon sur lui.

Lorsqu'ils furent tous reposés, ils se remirent en marche avec précaution, Vif percevant parfois encore les vibrations d'un dragon pas si loin que ça. Le blizzard n'avait pas faibli, mais elle percevait toujours la présence des eaux chaudes des Brumes Éternelles s'écoulant dans la baie proche, ce qui lui permettait de se diriger vers le sud. Ils avancèrent donc encore plusieurs longues heures, et les bruits du dragon s'estompèrent enfin. Puis ils firent une nouvelle halte quand ils furent nombreux à être trop épuisés physiquement ou nerveusement pour continuer encore. Pendant la nuit, la féline Femme des Bois perçut les vibrations d'un lourd bipède qui passait non loin de là, sans doute un géant à la recherche de quelque proie, mais il était trop loin d'eux et ils étaient trop bien cachés dans la neige, donc il passa son chemin et elle se rendormit bientôt.

Le lendemain fut similaire à la veille, mais le hobbit retira l'anneau et ils prirent moins de précautions, voire utilisèrent leurs magies pour aider à avancer plus vite. Taurgil en particulier interrogea les éléments naturels pour savoir combien de temps le blizzard risquait de perdurer, mais il semblait qu'ils en avaient encore pour la "journée". Lorsqu'ils s'arrêtèrent plusieurs heures après, ils virent que le temps commençait à changer légèrement, et un angle droit dans la côte leur permit de réaliser à peu près, à l'aide de la carte que les elfes avaient dressée pour eux, où ils se trouvaient. Le lendemain, ils pourraient quitter la côte pour aller plus à l'est, au sud des montagnes proches et en direction d'Eithel Morgoth, le puits volcanique dont ils avaient par le passé aperçu de lointaines et sinistres lueurs rougeâtres.

Après un nouveau repos, encore à peine perturbé par les vibrations causées par un autre géant, le ciel s'était bien dégagé et ils pouvaient voir le ciel étoilé, et les montagnes pas si éloignées. Certains d'entre eux perçurent des déplacements au loin sur ces montagnes, qui se révélèrent être des orcs en train de se battre. Après une période de confinement, ils avaient sans doute pu sortir à la recherche de proies proches... qui se révélèrent être les membres d'autres tribus. Les aventuriers reprirent leur chemin avec plus de facilité, sans trop se préoccuper des orcs. Ils furent plus concernés par la pneumonie que contracta Drilun, mais qui fut bientôt soignée par la magie des mains du Dúnadan associée à une infusion d'athelas... dont le stock viendrait peut-être bientôt à s'épuiser.

La région où ils se trouvaient était assez désertique, ce qui n'empêcha pas d'entendre parfois des loups au loin, ni à Vif d'aller chasser et de ramener la carcasse d'un élan à ses amis, non sans avoir au préalable prélevé un gros gigot pour son estomac affamé. Après en avoir fait profiter ses amis au cours d'un agréable repas, malgré le manque d'herbes et autres condiments, Rob laissa Mordin jouer au boucher et tailler autour d'une vingtaine de kilos de beefsteaks pour leur consommation future. Au cours de leur voyage, ils croisèrent aussi la route d'une trentaine d'orcs qui passaient au même endroit qu'eux ou qui les avaient repérés. Quoi qu'il en fût, le groupe ne dévia pas de sa route mais laissa la lionne enchantée et le maître-assassin se charger des inopportuns. Après cinq minutes et de nombreux cris, il ne restait aucun survivant. Une fouille rapide rapporta un maigre butin - quelques perles d'ivoire sans doute volées à des Lossoth - et assez de morceaux divers de jambes ou de bras pour avoir la preuve certaine que les orcs du Grand Nord étaient des ploucs mal équipés qui pratiquaient le cannibalisme...

3 - Ennuis au sud
Par la suite, le temps se fit de plus en plus clair, et si la nuit était désormais permanente, la lumière des étoiles et de la lune parfois, associée à l'épais tapis neigeux qui reflétait la lumière, permettait de voir à une certaine distance, surtout pour les nyctalopes. A un moment du voyage, juste après le blizzard, les nuages bas avaient rendu le paysage uniformément gris, sans réelle limite entre le ciel et la terre, ce qui avait été assez dérangeant car cela supprimait toute notion de perspective. Mais cela n'avait pas été une gêne pour leur progression dans la neige, d'autant que Vif commençait à percevoir parfois des grondements au loin, ce qui était assez pour elle pour savoir dans quelle direction tourner leurs pas ou leurs skis : le Puits de Morgoth était un point de repère utile, qu'ils devaient contourner par l'ouest et le nord pour éviter les fumées toxiques qui s'en échappaient et étaient poussées par le vent du nord...

A présent, en tout cas, le ciel était bien dégagé et les sinistres rougeoiements d'Eithel Morgoth étaient visibles même d'autres que la lionne enchantée. Mais autre chose était perceptible, au sud cette fois : une tache sombre faite de nombreux petits points venait dans leur direction. Après utilisation de la longue-vue, sa nature fut reconnue : un troupeau de rennes de quelques centaines de têtes. Mais ce qui les poussait dans leur direction intéressait davantage encore les aventuriers, qui finirent par distinguer d'autres points au-delà des rennes. Comme des traîneaux tirés par des ours blancs, entourés de nombreux skieurs. Des guerriers sanguinaires de la horde des traîneaux arrivaient vers eux, et ce n'était peut-être pas un hasard si leurs routes allaient se croiser. Il sembla aussi à Vif, que Geralt aidait à utiliser la longue-vue, que l'un des occupants des charriots était vêtu de noir, contrairement aux guerriers couverts de gris ou de blanc. Le poursuivant de Dol Guldur les avait retrouvés... Comment, nul n'aurait su le dire, mais après tout, le ciel clair permettait sans doute beaucoup de choses quand on avait un informateur ailé qui voyait parfaitement dans l'obscurité...

Le groupe était présentement en train de contourner les Montagnes du Destin Funeste (Ered Úmarth) par le sud, pour pouvoir ensuite continuer vers l'est-nord-est et le Puits de Morgoth. Les nouveaux venus, au sud, risquaient fort de couper leur route. Si la horde de rennes n'était pas vraiment une menace, car elle serait facile à dévier, les combattants des traîneaux, et plus encore le sinistre individu en noir qui les accompagnait voire les dirigeait, leur causait plus de soucis. Les aventuriers étaient partagés, certains estimant qu'ils avançaient à une bonne allure et ne seraient pas inquiétés. D'autres, comme Taurgil, pensaient autrement et préféraient dévier leur route vers le nord et les contreforts des montagnes : le relief plus accidenté empêcherait leurs poursuivants de les suivre, même si cela compliquerait et ralentirait leur progression.

Le Dúnadan, lassé des discussions trop longues, finit par imposer sa manière de voir les choses : il annonça qu'il partait vers le nord et les montagnes, et libre aux autres de le suivre ou non. Bien entendu, le reste du groupe ne voulut pas se séparer de lui. L'allure était bonne à ski ou à pied/bottes/pattes, grâce entre autres à un chant elfique d'Isilmë qui donnait de l'énergie à ceux qui progressait autrement qu'à ski, ce qui permettait de suivre sans mal les skieurs qui pourtant avançaient d'un bon train dans l'épaisse poudreuse. Pourtant, force fut de constater après un moment que les rennes, et surtout les poursuivants à traîneau, allaient plus vite qu'eux. En y regardant de près, il semblait bien en fait que le troupeau de rennes tassait la neige sous son passage, ce qui permettait aux traîneaux qui les suivaient d'aller plus vite... Autrement dit, les aventuriers étaient en train de se faire rattraper : leurs ennemis allaient moitié plus vite qu'eux, et il n'était pas question d'accélérer encore, plusieurs ne pourraient suivre très longtemps une cadence plus rapide.

Vif et Rob furent envoyés en avant en éclaireur, la lionne enchantée progressant par bonds dans la neige molle, tandis que son petit compagnon s'accrochait à elle grâce aux lanières qu'elle portait autour d'elle. Ils devaient repérer un endroit propice aux embuscades ou en tout cas facile à défendre, que les guerriers des traîneaux ne pourraient contourner ou assaillir sans grosses pertes. Ils finirent par trouver une falaise glacée de près de la moitié d'une portée de flèche de haut, vraiment très difficile à escalader. Mais en regardant bien, ils arrivèrent à repérer un chemin plus facile pour surmonter l'obstacle, avec une corniche au milieu pour diviser la progression en deux. Cela serait tout de même difficile mais ils étaient rompus à ce genre de difficulté, et leurs ennemis seraient facilement tenus à distance grâce à leurs très bons archers. Rob commença à grimper tandis que Vif partait guider les autres vers ce site providentiel, en espérant qu'ils y arriveraient à temps.

4 - Grimpeurs trop lents... et trop exposés
Le groupe d'aventuriers arriva bientôt au pied de la falaise. Les rennes avaient fini par dévier leur course vers l'ouest mais les poursuivants, d'abord ralentis par l'épaisse couche de poudreuse, avaient accéléré ensuite. Ils n'étaient donc plus très loin et seraient bientôt sur eux. La falaise faisait peut-être une quarantaine de pas de haut là où les attendait le hobbit, à l'endroit où la lionne et lui avaient trouvé l'endroit le plus facile pour grimper : c'était un premier passage très en biais, avec des prises pas trop dures, qui faisait une cinquantaine de pas de long avant d'arriver à une corniche assez large pour tous, et déjà facile à défendre. Puis le passage relativement facile partait dans l'autre sens, toujours très en biais en montant, pour encore une cinquantaine de pas avant d'arriver à l'endroit où Rob se tenait, juste au-dessus du début du passage tout en bas.

Dwimfa, très à l'aise pour tout ce qui était de grimper, monta rejoindre le hobbit au plus vite, de même que Vif. Puis il se prépara à tirer à l'arc alors que les premiers ennemis arrivaient au pied de la falaise. Plus bas, Drilun et Mordin étaient arrivés à la corniche à une vingtaine de pas de haut, mais les trois autres, ralentis par Taurgil qui n'était pas particulièrement un bon grimpeur, avaient fait à peine plus de la moitié du chemin avant d'arriver à ladite corniche. Les ennemis étaient plus ou moins divisés en trois groupes : un premier était composé de skieurs qui possédaient un arc et qui arrivaient petit à petit à la verticale des grimpeurs, sans doute avec l'idée bien arrêtée de leur planter quelques flèches dans le fondement ou ailleurs ; un autre groupe de guerriers sans arc mais avec harpon ou autre arme de combat rapproché, qui s'approchaient du début du passage plus facile, à la verticale de Rob, Dwimfa et Vif ; et des conducteurs de traîneaux qui détachaient les ours à une bonne centaine de pas de là. La sinistre silhouette vêtue de noir, qui ne semblait aucunement être équipée contre le froid et ne paraissait pas s'en soucier le moins du monde, faisait partie du dernier groupe, et elle attendait tranquillement dans un traîneau, observant tout le tableau.

Avant même d'arriver près de la falaise, les archers ennemis subirent les premiers tirs du hobbit. Deux flèches arrivèrent dans les visages de deux archers, qui s'abattirent définitivement dans la neige, sans plus bouger. Du coup, les autres qui arrivaient se divisèrent en deux groupes : la moitié des tirs se concentrèrent sur la paire d'archers constituée par Rob et Dwimfa, paire dont les flèches faisaient des ravages, et l'autre moitié sur les grimpeurs. Parfois aussi un archer tentait de faire fermer son clapet au nain, dont les injures et autres éructations en labba, qu'il maîtrisait malheureusement mal, n'avaient pas l'air de plaire aux guerriers.

Mais dans un premier temps en tout cas, les archers qui tentaient de tirer les grimpeurs comme des lapins en furent pour leurs frais : les rares qui n'étaient pas abattus voyaient leur arc voler dans les airs voire se briser en morceaux, grâce à la magie de Drilun. De son côté, Vif examinait les ennemis et communiquait à ses amis, dont certains pouvaient comprendre son parler grâce au tour d'oreille fabriqué par le Dunéen, quels archers avaient des arcs spéciaux, avec des runes possiblement magiques, dignes de concentrer leur attention. Quant aux ennemis qui commençaient à grimper sur la falaise, ils n'étaient pas particulièrement rapides et ne représentaient pas de menace sérieuse pour l'instant. En revanche, le temps d'arriver sur la corniche pour Taurgil, Isilmë et Geralt, bien des flèches pouvaient encore être échangées, malgré leur stock réduit. Déjà le nain s'étouffait presque de fureur quand il vit l'Homme des Bois utiliser des flèches à pointe de mithril sur leurs adversaires.

Les archers ennemis étaient de plus en plus nombreux à viser Rob et Dwimfa, voire Vif lorsqu'elle commença à descendre un peu après. Mais si jamais ils se tournaient vers les grimpeurs, ces derniers seraient des cibles faciles, de dos, sans pouvoir utiliser leur adresse pour bouger et compliquer le tir des archers. Malgré leurs excellentes armures, une flèche pouvait toujours finir par trouver un endroit du corps mal protégé. Néanmoins, ce n'était pas cela que certains craignaient le plus. Vif avait bien perçu, par exemple, que leur poursuivant venu de Dol Guldur se concentrait sur ses deux amis archers qui faisaient une belle hécatombe dans les rangs de leurs poursuivants. Elle redoutait, et elle n'était pas la seule, une magie noire qui ne mit pas longtemps à arriver...

5 - Paroles ténébreuses et magie noire
La ténébreuse silhouette se mit alors à lancer en direction des deux archers des paroles pleines de terreur et de sorcellerie. Malgré la distance, et même si leur poursuivant ne paraissait nullement crier, tous entendirent les paroles glaciales comme si elles avaient été prononcées avec force, mais sans crier, juste à côté d'eux. La langue utilisée était connue de tous hormis Dwimfa, car ils ne l'avaient que trop entendue à Dol Guldur : le noirparler, plus ou moins utilisé par tous les sbires du Nécromancien, et dont les parlers orcs étaient en général des dérivés. Les mots n'étaient rien d'autre que des promesses de torture et souffrance indicible, mais ils étaient chargés de tant d'énergie et de magie noire que le seul fait de les entendre donnait des sueurs froides et des idées noires, et faisait remonter en mémoire les pires moments de douleur du passé de chacun. Même sans comprendre les paroles, l'effet était le même pour l'Homme des Bois.

Heureusement, cette sorcellerie était affaiblie du fait qu'elle se focalisait sur deux personnes à la fois. Aussi tant Rob que Dwimfa, non sans un effort, purent-ils rejeter les sentiments de désespoir qui les assaillirent, et ils se remirent à tirer comme si de rien n'était. Mais plus tard, la même voix attaqua le hobbit, puis un peu après l'Homme des Bois - par deux fois pour ce dernier. Et là, toute la magie noire portée par cette terrifiante voix était concentrée sur un seul d'entre eux. Rob, malgré sa volonté et sa résistance naturelle au désespoir, accusa un peu le coup. Il se mit à trembler, ses gestes furent plus lents et moins précis après cela, même s'il continua à tirer. Mais moins rapidement et avec moins de succès.

Si Dwimfa subit deux assauts magiques, ce ne fut pas parce qu'il résista mieux que son compagnon au premier. Il fut affecté de la même manière, mais il possédait un entraînement spécial né de la présence en lui du démon Eloeklo pendant des années. Du coup, même s'il était la proie de sentiments négatifs, il arrivait à ne pas se laisser affecter par ces derniers et laisser sa raison prendre le pas. Et ainsi pouvait-il continuer à tirer comme si de rien n'était. En fait, il avait déjà vécu une situation similaire des années auparavant, avec ses anciens amis aventuriers pour la plupart décédés : dans le Rhovanion, ils avaient rencontré une créature similaire qui leur avait fait à tous le même effet. Seul le grand guerrier Dúnadan du groupe, protégé par une épée particulière, avait réussi à combattre et abattre la créature, tandis que tous les autres étaient restés prostrés, assaillis par le désespoir. A l'époque, Dwimfa avait réussi à résister à la première attaque grâce à sa compétence particulière, mais la deuxième avait eu complètement raison de sa résistance. Ici, aux côtés de Rob, les attaques lui semblaient encore plus virulentes, mais il avait aussi gagné en expérience. La deuxième fois, il arriva à continuer son œuvre d'archer, mais comme le hobbit : en tremblant, avec moins de rapidité ou de précision.

Et les deux archers ne furent pas les seuls à subir les assauts ensorcelés de leur ténébreux poursuivant : Drilun en fit également les frais. Il avait choisi de laisser de côté son bâton de lumière pour prendre son arc et viser l'ours polaire encore attaché au traîneau de leur mortel ennemi. Puis il s'était rendu compte, malgré la distance, que la silhouette noire semblait se concentrer sur lui, et il avait alors tourné son arc vers elle. Sa flèche avait jailli, et il lui semblait bien qu'elle avait touché le ténébreux sorcier venu de Dol Guldur, mais sans effet apparent. Il s'était ensuite jeté sur le bâton magique dont la lumière pouvait le protéger, mais pas assez vite pour ne pas recevoir de plein fouet les paroles haineuses chargées de magie. Il avait connu alors le même sort que ses amis déjà affectés : un sentiment de désespoir, des tremblements, de la lenteur...

Vif également fut la cible de cette terrible magie noire à laquelle ils avaient déjà été confrontés par le passé, mais pas venant d'un tel maître. En effet, plutôt que de ne servir à rien en haut de la falaise, elle avait choisi de descendre vers ses amis pour les aider à monter plus vite. Son corps félin et ses griffes acérées, sans parler de son entraînement, lui permettaient de grimper aussi bien qu'un écureuil voire une araignée. Accessoirement, sa présence permettait aussi de concentrer une partie des tirs sur elle. Les archers ennemis portant des arcs potentiellement magiques ayant été abattus, elle craignait beaucoup moins leurs tirs, malgré son absence d'armure hormis son épaisse fourrure enchantée. Lors de sa descente, elle fit donc l'objet d'une attaque de magie noire, mais son incroyable volonté et ses ressources intérieures lui permirent d'y résister, alors qu'elle se portait au secours de ses amis.

6 - Changement de tactique
Il faut dire aussi que leur ténébreux poursuivant n'avait pas fait que lancer des sortilèges de magie noire sur les membres de l'équipe d'aventuriers : constatant que les deux archers en haut de la falaise étaient trop bien protégés, mais aussi que ses ensorcellements avaient un peu porté leurs fruits, il avait demandé aux guerriers des traîneaux de changer de cible. Les archers qui visaient auparavant Rob et Dwimfa, soit une douzaine environ, se tournèrent alors vers Geralt, Isilmë et Taurgil. Ces derniers avaient un peu progressé, mais ils étaient encore loin d'atteindre la corniche où les attendaient Drilun et Mordin.

La grêle de flèches qui s'abattit alors sur les malheureux grimpeurs commença à avoir de l'effet. Heureusement, l'obscurité relative et les excellentes armures permirent d'éviter le pire dans ce facile tir aux pigeons. Néanmoins quelques flèches commencèrent à trouver des endroits un peu moins protégés et à faire quelques égratignures... voire plus : ainsi la belle elfe écopa-t-elle d'une blessure légère qui l'immobilisa un moment, tandis qu'elle résistait à la douleur qui voulait lui faire lâcher prise. La position de Geralt était encore plus inconfortable car il était le premier en ligne de mire des archers, vu qu'il était le dernier du trio, et donc c'est lui qui recevait le plus de flèches. La plupart se fichaient dans son armure sans mal ou étaient déviées, mais pas toutes, et les picotements risquaient de se faire plus nombreux et insistants.

Il était donc très tenté de sauter au bas de la falaise pour empoigner son épée et nettoyer un peu les ennemis présents. Mais la hauteur à laquelle il était arrivé le fit réfléchir, d'autant que la neige ne couvrait qu'imparfaitement les rochers alentours. Et s'il se faisait fort de combattre les guerriers et ours polaires dressés qui commençaient à arriver en bas, il était moins sûr de résister à la sorcellerie de leur noir ennemi de Dol Guldur. Il préféra donc, dans un premier temps, esquiver les attaques des archers en bon acrobate, faisant des petites chutes maîtrisées qui l'éloignaient un peu des archers, de ses deux amis aussi, mais le rapprochaient du sol... De plus, il sortit de la zone de prises faciles qu'il avait empruntée jusque-là, et grimper se fit soudain plus périlleux.

Vif offrit une porte de secours à son amie elfe : constatant sa blessure et sa position difficilement tenable, elle avait comblé la distance les séparant en descendant le plus vite et directement possible jusqu'à elle. Puis elle l'avait empoignée dans sa gueule puissante, la protégeant en partie des archers grâce à son corps massif. Isilmë lui renvoya la pareille en saisissant son petit bouclier pour les protéger, elle et son amie féline. Ainsi, elles ne furent plus trop inquiétées par les flèches et arrivèrent bientôt sur la corniche avec le nain et le Dunéen. L'elfe avait perçu que son aimé avait été affecté par la ténébreuse magie de leur poursuivant en noir, et elle se précipita vers lui pour le soigner magiquement, juste alors qu'il s'apprêtait à tirer une nouvelle flèche en tremblant. Son sentiment de désespoir fut balayé par l'amour qu'elle lui envoyait magiquement, et il put ajuster son tir et faire des dégâts dans les ours polaires plus bas. Plus tard, l'elfe utilisa à nouveau sa magie pour protéger Drilun voire d'autres de la sorcellerie utilisée à leur encontre.

Mordin, pour sa part, constatant que les injures ou rodomontades envoyées à ses ennemis avaient somme toute peu d'effet, il avait changé de tactique lui aussi. Avec l'aide de Drilun qui avait interrompu ses tirs, il avait pris leur meilleure et plus longue corde elfique pour l'attacher à un rocher qui pouvait convenir, laissant une longueur de corde d'une douzaine de pas après le rocher. Puis il avait lancé ladite corde à Taurgil, qui s'en empara... et se laissa tomber dans le vide. Le nœud tint bon, et le Dúnadan joua au pendule contre la paroi de la falaise, en s'aidant parfaitement avec ses pieds et jambes pour repousser les rochers et éviter d'être lacéré par ces derniers voire de lâcher prise. Puis il se mit à grimper à la corde pour arriver à la corniche, tandis que Mordin essayait de le hisser.

Le nain ne put mettre son plan à exécution car bientôt, au terme d'une belle acrobatie, Geralt arriva lui aussi à l'extrémité de la corde après un beau plongeon vers le côté et vers le bas. Lestée par deux corps costauds, Mordin ne pouvait hisser la corde à lui tout seul. Après l'arrivée de Taurgil sur la corniche, par contre, les deux amis réunirent leurs forces pour hisser le maître-assassin à côté d'eux. De leur côté, le hobbit et l'Homme des Bois avaient également laissé leurs arcs de côté et ils faisaient tomber sur les poursuivants, occupés à grimper et rattraper leurs proies, une pluie puis un déluge de neige et de pierres, déluge qui eut bientôt raison des grimpeurs. Et pendant ce temps, la lionne enchantée montait verticalement à la paroi, la corde elfique attachée à son corps puissant, corde largement assez longue pour couvrir deux fois toute la hauteur de la falaise. Elle comptait bien s'en servir ensuite pour jouer les ascenseurs avec ses amis : un seul serait exposé à la fois mais tous les autres pourraient le couvrir de leurs arcs ou sorts.

7 - Fin de la poursuite
En fait les choses se passèrent encore plus simplement : constatant peut-être la vacuité de ses efforts, leur ennemi en noir avait choisi de rappeler ses troupes. En effet, les archers au sol avaient subi de lourdes pertes sans réellement incommoder les aventuriers, et plusieurs ours polaires servant à tirer les traîneaux, entre autres choses, avaient été blessés voire tués. Du coup la horde des traîneaux avait pris un peu de distance, hors de portée des flèches de Drilun ou de ses amis. La lionne enchantée put servir d'ascenseur grâce à la longue corde elfique prise chez les elfes de Brumes Éternelles, avec l'aide Rob et Dwimfa : ces derniers mirent la corde sur deux petits boucliers fixés dans la neige, formant une petite rigole là où ils se chevauchaient, pour réduire les forces de frottement sur la corde.

Ainsi Vif put-elle monter ses amis les uns après les autres, et ils ne furent plus inquiétés. Bientôt ils se tenaient tous en haut de la falaise, où les blessés physiques ou magiques furent rapidement soignés. Plus bas et plus loin, leurs poursuivants les regardaient de loin ou écoutaient leur chef donner des ordres, mais apparemment les aventuriers n'étaient plus le centre de leur attention. Taurgil et compagnie finirent par s'éloigner, tandis que les ours polaires trouvaient leur pitance dans le corps des guerriers tombés. La falaise fut longée un moment, sur un terrain assez accidenté, mais elle s'incurva vers le nord et au bout d'un moment leurs ennemis disparurent à leur vue.

Le groupe finit par descendre un peu plus loin, là où le relief était moins marqué et l'obstacle plus facile à gérer : les aventuriers devaient reprendre leur destination première, qui se trouvait à l'est et légèrement au nord. Le Puits de Morgoth était toujours là, incontournable point de repère du Grand Nord. Ce n'était pas leur destination première, ils devaient juste le contourner afin de se rendre chez Canadras, le dragon qui avait donné son nom à la région qu'il occupait. Mais les aventuriers savaient qu'ils auraient tôt ou tard à revenir vers ce puits sulfureux, où les attendait sans doute une des créatures les plus puissantes de la Terre du Milieu, qu'il leur faudrait certainement affronter d'une manière ou d'une autre...

Ils poursuivirent donc leur chemin sans être plus inquiétés par quiconque. Le paysage enneigé et gris, juste parfois éclairé par la lune et les étoiles, ou les étranges vagues de lumières boréales dans le ciel, était désertique, même si les présences de loups au loin, en particulier dans les montagnes, étaient perceptibles parfois. Ils ne rencontrèrent aucun signe de présence des Lossoth non plus. Ils savaient que la région était le domaine des "Hommes des Glaces", cette peuplade des Lossoth vivant le plus au nord, à l'intérieur des terres. Mais ils étaient peu nombreux et devaient suivre les troupeaux de rennes ou d'élan, qui devaient se réfugier plus, en cette saison, dans les vallées des montagnes proches, ou près des côtes où il était possible de pêcher. Peut-être les animaux sentaient-ils la malédiction qui pesait sur les membres du groupe et les évitaient-ils, et les peuples du nord également... En tout cas ils restèrent seuls les jours qui suivirent.

Ils arrivèrent bientôt près de l'énorme gouffre qu'était Eithel Morgoth, le "Puits de Morgoth", en forme de goutte d'eau d'une largeur de peut-être une trentaine de miles d'est en ouest. Des fumées toxiques s'en échappaient, poussées par le vent du nord, donc ils dirigèrent leurs pas ou leurs skis vers le nord pour contourner cet encaissement sinistre dans le paysage. Après une première approche pour apercevoir le lieu, ils firent un camp non loin du bord du gouffre, et discutèrent aussi de le visiter ou non : même si ce n'était pas leur objectif premier, la chaleur du magma présent en son centre permettait à une flore assez riche de se développer en permanence, et en particulier quelques herbes aux propriétés enchantées. Peut-être pourraient-ils faire une petite excursion sans déranger le démon de puissance Durlach, qui devait dormir quelque part dans le lac de lave censé se tenir tout au fond...

8 - Eithel Morgoth
Même si tous n'étaient pas d'accord pour descendre dans l'énorme cratère volcanique, ils ne voyaient néanmoins aucun problème à jeter un œil - voire les deux - depuis le haut de la falaise qui l'entourait. Après leur période de repos, le ciel s'était bien dégagé et offrait une vue bien plus claire et lointaine : la veille, le Puits était couvert de fumées et nuages bas de pluie et de neige, mais à présent la vue serait bien meilleure. En effet, hormis les fumées toxiques et rougeâtres qui provenaient toujours du fond du cratère et qui étaient poussées vers le sud, le reste avait disparu. La vue était donc excellente et le groupe s'installa le plus confortablement possible au bord de l'impressionnante falaise qui marquait le début du cratère : quasiment verticale, haute d'une centaine de pas, couverte de rochers pointus et tranchants à la fois glacés et humides, elle était impossible à escalader par des hommes ordinaires dépourvus de corde. L'air était déjà notablement plus chaud à proximité.

La longue-vue fut sortie et utilisée, et, avec l'aide du maître-assassin, la féline Femme des Bois parcourut l'intégralité de l'intérieur du cratère grâce à sa vue remarquable. Ses yeux perçants réussirent à découvrir de nombreux détails, tel un oiseau de proie plutôt qu'un félin, et elle conta à ses amis ses découvertes au fur et à mesure qu'elle les observait. Elle découvrit un passage moins difficile dans la falaise, mais tout de même redoutable à emprunter sans corde, puis elle détailla les différentes zones concentriques qui occupaient le fond. Il y avait tout d'abord, au pied de la falaise, une zone rocailleuse à la pente moyenne, pas trop difficile à parcourir. L'essentiel de la neige fondait à cet endroit, et l'eau arrondissait les angles des rochers couverts de lichen gris et formait des petits ravinements et ruisseaux qui convergeaient vers le centre. De la brume couvrait en grande partie le fond. Cette zone faisait entre deux et trois miles de large.

Puis venait une large zone de peut-être une quinzaine de miles de large, très verte - sauf au sud, sous le vent des fumées toxiques - et en partie embrumée. Il n'y avait plus aucune neige à cet endroit, mais bien plus de vie : malgré quelques zones arides, des herbes voire buissons divers étaient partout présents. Quelques conifères tordus avaient réussi à prendre pied, mais les arbres les plus nombreux et les plus grands n'étaient autre que ceux que les elfes de Brumes Éternelles y avaient plantés : le cembereth poussait donc partout en bosquets plus ou moins denses, même si les arbres n'avaient pas la même hauteur ou vigueur que ce qu'ils avaient vu auprès des elfes. Malgré la brume, la lionne enchantée parut remarquer quelques rares fleurs dans cette zone en pente douce. Mais au fur et à mesure que sa vue se rapprochait du centre du cratère, les fleurs disparaissaient et les plantes avaient de plus en plus de mal à survivre. Et plus aucune brume ne couvrait le sol, sans doute en raison d'une chaleur bien plus importante.

Vif trouva également un autre signe de la présence passée des elfes : au nord, vers la fin de la zone fertile, donc plus proche du centre, avait été érigé un petit monticule au centre d'un petit lac d'eau claire. Sur ce monticule était dressé comme un tombeau près duquel se dressaient deux piliers carrés en partie couverts de lichen. Mais l'un d'eux était cassé en deux, une partie gisant dans l'eau, tandis que l'autre était dangereusement penché au-dessus de l'eau. Et malgré la distance, elle put distinguer des gravures et runes diverses à la surface des piliers, là où le lichen ne les recouvrait pas. Les elfes avaient écrit quelque chose, peut-être à la gloire de leur capitaine tombé, mais elle ne risquait pas de lire quoi que ce fût à cette distance.

Plus près du centre encore, elle remarqua une chose étrange : de loin en loin étaient disposées des grosses pierres qui formaient comme un gigantesque cercle entourant la zone non fertile. Ces pierres n'étaient pas très visibles mais elle avait pu en remarquer certaines, et leur disposition avait fini par lui sauter aux yeux. Du coup elle avait pu chercher et repérer pratiquement toutes les pierres, chacune espacée de la suivante d'une distance de peut-être un millier de pas. Elle repéra aussi, grâce à sa vue incroyable et peut-être à une inspiration particulière, comme des runes gravées sur ces pierres, similaires à celles que réalisait Drilun. Elle se dit que les elfes avaient sûrement placé là des enchantements pour la protection de quelque chose ou quelqu'un...

Au-delà, la zone fertile s'arrêtait. La pente douce se faisait de plus en plus forte, plus aucune végétation ne poussait, et sur les bords du cratère elle distinguait de plus en plus souvent des zones de lave durcie sans doute projetée du centre par l'activité volcanique. Plus elle se rapprochait du centre, plus ces projections devenaient nombreuses et couvraient la surface du cratère. Néanmoins elle put remarquer, de temps à autre, les restes à moitié recouverts de lave durcie de très anciennes constructions, comme des portails donnant accès à des couloirs souterrains. Peut-être même certaines ouvertures restaient-elles assez grandes pour permettre le passage de quelqu'un d'assez petit ou agile, comme le hobbit. De manière furtive, elle eut même l'impression de voir une ombre emprunter une telle ouverture... Plus près du centre, la pente se faisait verticale et elle ne pouvait distinguer le fond. Mais un rougeoiement incessant se reflétait sur les fumées toxiques et la vapeur d'eau née de l'évaporation des ruisseaux qui parvenaient jusque-là, fumée et vapeur qui montaient dans le ciel pour franchir les bords du cratère vers le sud.

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Niemal
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Grand Nord - 19e partie : au fond du puits...

Message non lupar Niemal » 23 août 2018, 23:56

1 - Descente
Après avoir écouté la description de la lionne enchantée, le groupe débattit de l'intérêt et des dangers d'aller faire une prudente exploration du Puits de Morgoth, ou du moins de sa périphérie, sans aller pour l'instant jusqu'au puits de lave où Durlach était censé reposer. L'idée était bien de le laisser dormir et de faire un premier tour à la recherche de choses utiles. Taurgil, dont c'était l'idée, souhaitait trouver quelques herbes rares qui ne poussaient que là, mais surtout des renseignements qui pourraient leur être utiles par la suite. En fait, que Tevildo leur ait peu auparavant déconseillé de descendre là l'incitait à aller y voir, au contraire. Et Vif avait vu comme un tombeau sur une île, et des pierres gravées de runes, et des ouvertures vers de possibles galeries vers le centre... qu'ils n'iraient pas explorer dans un premier temps.

Ses amis étaient partagés. Mordin et Geralt, en particulier, ne voyaient pas grand-chose à aller chercher aussi tôt, hormis des ennuis. Mais le reste du groupe y était assez favorable. Et même si ce détour faisait perdre un peu de temps, certains avançaient le fait que cela pourrait aussi être un raccourci. Même si descendre et remonter serait long, il serait possible de traverser le puits plutôt que de le contourner par le nord, ce qui limiterait un peu le détour. Au bout du compte les partisans d'une visite prudente furent les plus nombreux, et le groupe se prépara à descendre. La corde elfique longue d'une centaine de pas fut attachée à une autre de bonne qualité et d'une vingtaine de pas de long. Puis la lionne creusa la neige à l'emplacement où la descente lui paraissait plus facile, de manière à attacher la corde efficacement et permettre à tous une descente plus aisée.

Un rocher fut trouvé qui servit de point d'ancrage, et Isilmë commença à descendre - non sans s'être auparavant aidée par un peu de magie, au grand dam de ses compagnons qui avaient été prévenus de ne pas utiliser de sortilège dans et aux abords du puits. D'ailleurs l'elfe avait trouvé que le lancement de sa magie avait été un peu plus difficile que d'habitude... A la suite de cela, il sembla d'ailleurs à la féline Femme des Bois que les grondements et jets de lave au centre du puits avaient quelque peu augmenté. L'elfe fut houspillée pour ne pas respecter les consignes et risquer de réveiller Durlach, certains menacèrent de ne pas descendre après cela, mais en fin de compte l'incident n'eut pas d'autre conséquence, du moins pour le moment.

Avant même de toucher le sol en bas de la falaise, Drilun s'élança à son tour, avec moins de facilité. Il faut dire aussi que ce n'était pas si simple que de descendre une bête corde : la falaise n'était pas complètement verticale, elle était couverte de rochers tranchants en partie couverts de glace humide et en partie fondue, donc bien glissants. Il fallait donc s'aider avec les jambes pour descendre au fur et à mesure et ne pas se laisser glisser aveuglément le long d'une paroi qui pouvait faire penser à une gigantesque râpe à fromage ou à légumes... Le Dunéen mit donc trois fois plus de temps que son aimée, mais il arriva au sol sain et sauf lui aussi. Il fut ensuite suivi par Dwimfa et Geralt avec plus de facilité.

Mais la tâche paraissait très difficile pour les grands costauds - massifs, diront certains - qu'étaient Taurgil et Mordin, peu adeptes de l'escalade sur des falaises aussi risquées. En fin de compte, la corde fut détachée de son rocher puis attachée au corps de la lionne enchantée, qui accepta de servir d'ascenseur : le nain et le Dúnadan, tour à tour, s'attachèrent à l'autre extrémité et Vif fit descendre la corde petit à petit en s'approchant tranquillement du bord de la falaise. Reste qu'il fallait tout de même essayer d'éloigner la corde de la paroi pour éviter qu'elle ne se coupât. En fait, c'est ce qui commença à se passer pour le Dúnadan : la corde se coinça un peu autour d'un rocher tranchant et aurait pu se couper sans une manœuvre pour la dégager. Mais en fin de compte les deux compères se retrouvèrent au fond du puits sans mal, même si la solidité de la corde avait souffert un peu.

Le hobbit descendit également, mais lui n'avait pas besoin d'un ascenseur, la corde lui suffisait amplement, et il aurait même pu s'en passer. Après quoi ce fut le tour de la lionne, mais elle ne pouvait pas utiliser la corde, elle descendait avec elle, ce qui évitait de la laisser là et de devoir remonter au même endroit. Bien accrochée à la paroi grâce à ses griffes et son corps puissant, elle prit néanmoins le temps car ce n'était nullement une partie de plaisir pour elle, même si elle était moins gênée que les autres par l'obscurité ambiante. Elle fut donc aussi longue que Drilun ou Taurgil, mais elle arriva au sol sans mal avec les deux cordes attachées. Cela leur avait pris du temps mais ils étaient maintenant tous en bas et l'exploration du puits allait enfin pouvoir commencer autrement qu'à distance.

2 - Eau et pierre, flore et faune
Au pied de la falaise, à l'intérieur du puits, l'air était juste assez chaud pour faire fondre la neige. Du coup, de l'eau ruisselait sur les parois de la falaise jusque sur les éboulis qui en tapissaient la base. Le groupe descendit la pente douce en faisant attention à ne pas tomber et se faire mal dans le pierrier qui faisait suite aux éboulis. Les pierres, érodées par l'eau, étaient pour la plupart couvertes de lichen gris, et une brume tenace et glaciale limitait la vue même pour les nyctalopes. Petit à petit, l'air se fit plus chaud, et après un moment la brume finit par se lever et le sol se transforma. En plus des lichens, quelques herbes coriaces apparurent çà et là, puis une espèce de sauge sans fleur apparente, des buissons, et enfin quelques arbres rabougris, bouleaux et pins ou épicéas, puis enfin des bouquets de cembereth, ces arbres plantés par les elfes de Brumes Éternelles lors de leur passage ici. Les arbres n'étaient pas aussi majestueux que dans la vallée cachée, mais ici ils représentaient, et de loin, la flore la plus grande et élancée des environs.

Taurgil se mit bientôt à la recherche des fleurs que Vif avait aperçues avec l'aide de la longue-vue. En effet, il avait entendu les Lossoth parler d'herbes aux vertus magiques qui ne poussaient qu'ici, et notamment une du nom de sinitähti ("étoile bleue"). Les fleurs de cette plante pouvaient être mangées crues ou préparées en infusion, et, si elles entraînaient des vertiges ou déséquilibres similaires à ceux d'une personne soûle, elles procuraient une compréhension phénoménale des trajectoires des missiles ou des sortilèges, aidant grandement au lancement de ces derniers. Il finit par en trouver quelques maigres pieds qu'il empocha bientôt. Vif l'aida également, tandis que le reste du groupe choisit de continuer à progresser en direction du centre, et en particulier d'un petit édifice aperçu au loin sur une petite île au milieu d'un petit lac.

La féline Femme des Bois remarqua que des petits coléoptères noir et jaune - les seuls animaux vivants perçus jusque-là - se nourrissaient des fleurs de sinitähti. Elle se concentra alors sur les petits bruits qu'ils faisaient et qu'elle arrivait à percevoir, afin de trouver d'autres fleurs similaires. Et ainsi son compagnon et elle purent-il trouver encore d'autres fleurs identiques, mais également une autre fleur blanche, moins abondante, dont ils avaient aussi entendu parler. Les Hommes des Neiges l'appelaient la "fleur de rêve" (unikukka en labba) et ils s'en servaient pour quitter leur corps en songe et partager les rêves des amis.

Après quoi ils arrêtèrent leurs recherches et partirent rejoindre leurs compagnons. Néanmoins, ils remarquèrent tout de même que par endroits, les bosquets d'arbres avaient comme subi les assauts d'une tempête ou de quelque chose de très grand, assez costaud pour briser les troncs. Et même, certaines traces pas si vieilles que ça, peut-être de quelques années et pas complètement recouvertes par la végétation, montraient qu'une partie des arbres avaient été partiellement calcinés. Des traces sur le sol faisaient parfois penser aussi à celles d'un gigantesque serpent. Toutes choses qui rendirent Vif songeuse ; peut-être que, contrairement à ce qu'ils pensaient, le démon de feu Durlach n'était pas si prisonnier que cela de son puits de lave, et qu'il fallait être très prudent ici. Il était en effet réputé pour en sortir parfois comme un gigantesque serpent de feu. Et d'ailleurs, l'activité au centre du Puits - tremblements, fumées rougeâtres et jets de lave parfois - semblait avoir encore un peu crû depuis la dernière fois qu'elle y avait prêté attention...

Pendant ce temps, le reste du groupe avait fini par trouver le petit lac solitaire et son île surmontée de ce qui semblait être un bâtiment funéraire. Plus ils s'en étaient rapprochés, plus la température avait grimpé, et à présent ils avaient enlevé leurs vêtements chauds pour ne pas trop transpirer. D'abord de plus en plus riche, la végétation s'était faite progressivement plus sèche et plus rare, et le sol nu réapparut de loin en loin, puis plus souvent, tandis que la température continuait à monter à l'approche du centre du Puits de Morgoth. Lorsqu'ils arrivèrent au petit lac, la falaise laissée derrière eux devait être à une dizaine de miles environ, ils avaient mis trois heures de marche rapide pour arriver là. Malgré la chaleur qui devenait plus étouffante, l'eau du lac était glacée. Elle provenait de la neige qui fondait au-dessus du puits ou le long des falaises, puis coulait vers le centre par de nombreux petits ruisseaux.

3 - Tombeau et piliers
L'île n'était pas bien grande, quelques pas de côté, et presque entièrement prise par un petit bâtiment de pierre. Au sud du bâtiment avaient été érigés deux piliers carrés. L'un, à l'ouest, s'était cassé en son milieu et la partie haute était tombée dans l'eau et s'était brisée davantage, tandis que l'autre pilier, à l'est, était penché dangereusement au-dessus de l'eau. Tous deux étaient en majeure partie recouverts de lichen, et le peu qui ne l'était pas laissait parfois entrevoir des runes gravées dans la pierre et à peine lisibles. Le lac n'était pas grand non plus, une trentaine de pas de rayon, et très peu profond : seul le hobbit ne pouvait traverser en marchant, il se serait retrouvé au milieu avec de l'eau au-dessus de la tête...

Reste que l'eau diablement froide refroidissait les ardeurs de certains. Mais pas d'Isilmë, peu sensible au froid comme tous les elfes. Prenant Rob sur ses épaules, elle traversa le petit lac et arriva à l'île où son compagnon et elle commencèrent à enlever le lichen du pilier intact mais penché. Petit à petit, d'autres aventuriers les rejoignirent pour essayer de découvrir des choses intéressantes. Le pilier cassé ne pourrait être réparé, mais les morceaux tombés dans l'eau pouvaient être rassemblés et la portion supérieure du pilier reconstituée afin de lire les inscriptions. Par ailleurs, le tombeau comportait également des portes de pierre sans aucun verrou apparent, mais une poignée de pierre.

Une fois le lichen enlevé du petit obélisque côté est, les inscriptions elfiques purent être lues. Elles n'annonçaient rien d'autre qui ne fût déjà connu de Taurgil et ses amis : dans le tombeau reposait le capitaine des elfes, Thilgon, tué par Durlach. Il reposait là jusqu'au changement du monde à la fin des temps. Après quoi la guerrière elfe aida ses compagnons qui avaient un peu de mal avec le puzzle en trois dimensions qu'était devenu la moitié de l'obélisque ouest. Rapidement elle arriva à reconstituer le puzzle entier, mais certains mots étaient tellement effacés, sur une face, qu'il était impossible de les lire. Néanmoins, elle arriva à lire ou comprendre que Durlach était toujours en éveil, qu'il ne fallait jamais prononcer un sort, voire même son nom... ce que les aventuriers avaient fait sans doute de nombreuses fois !

Mordin ne put s'empêcher, le premier, de jeter un œil dans le tombeau. A l'intérieur de la petite pièce carrée, une tombe reposait, sans nulle doute celle de Thilgon. Il eut tôt fait de mettre le couvercle de pierre de côté et d'examiner le squelette du capitaine elfe autrefois tué par le balrog prisonnier des lieux. Si les vêtements étaient depuis longtemps partis en poussière, plusieurs objets étonnamment bien conservés, quoique vieillis pour certains, semblaient encore utilisables : divers bijoux comme un serre-tête, une broche ou un anneau, mais également une ceinture, un bouclier ou une épée dans son fourreau. Les yeux du nain brillèrent lorsqu'il reconnut sur les bijoux ou autre équipement des pierres précieuses, de l'argent, de l'or voire du mithril ! De plus, diverses runes probablement magiques parcouraient toute la longueur de l'épée longue qui reposait sur le squelette.

Tandis que le nain évaluait la valeur des bijoux sur les marchés des Monts de Fer ou d'Eriador, Drilun examinait les objets et en particulier les runes de l'épée. Seule cette dernière était magique, les autres objets étaient juste tous d'excellente qualité. Et la magie de l'épée n'avait rien d'exceptionnel qu'ils ne pussent déjà faire : ils ne manquaient pas de lames enchantées dans le groupe, et le sortilège de lumière que la lame pouvait lancer pâlissait devant Krisfuin, le bâton utilisé par le Dunéen. Au bout du compte, l'archer-magicien du groupe dit à Mordin qu'il fallait désormais remettre tous ces objets dans la tombe, comme il les avait trouvés. Le marchand nain râla un peu pour la forme et exigea une reconnaissance de dette de la part de ses amis ou en tout cas de l'archer-magicien pour le priver des deux cents pièces d'or qu'il aurait certainement pu tirer des bijoux.

Non loin du tombeau, Rob avait repéré une barrière magique entourant le centre du Puits de Morgoth, barrière qui émanait de points précis dans le sol, espacés d'environ trois cents pas. Après un moment Drilun et lui examinèrent la chose, et ils trouvèrent des pierres plates et basses gravées de runes magiques que la lionne enchantée avait réussi à percevoir de loin à l'aide de la longue-vue. En examinant les runes de plus près, le Dunéen découvrit que la barrière magique n'était nullement là pour empêcher Durlach de sortir, mais plutôt pour empêcher quiconque d'aller plus loin et de sortir le démon de sa torpeur. Torpeur qui avait déjà été quelque peu malmenée récemment par l'activité du groupe, qui se dit qu'il était sans doute temps de laisser Durlach à son repos mérité (ou non).

4 - Escalade et mauvaise surprise
En fin de compte, tous décidèrent donc qu'il était temps de poursuivre leur route. Ils filèrent vers l'est et la falaise qui s'y trouvait, qu'ils atteignirent un bon moment après. Vif finit, en cherchant bien, par trouver un chemin plus facile à escalader pour arriver au sommet pour ses amis et elle. Dwimfa, Rob et elle pourraient sortir du puits sans l'aide d'une corde en empruntant le chemin qu'elle avait trouvé, même si c'était loin d'être facile et rapide. En revanche, les autres ne le pourraient pas. La corde elfique rallongée d'une autre corde d'une vingtaine de pas fut attachée et enroulée autour du corps de la lionne pour qu'elle puisse la monter puis la faire tomber et permettre aux autres de l'utiliser.

Les trois excellents grimpeurs qu'étaient la féline Femme des Bois, l'Homme des Bois ayant récemment rejoint l'équipe et le hobbit, s'attaquèrent donc à la paroi de rochers tranchants couverts de glace humide. Le ciel nocturne était clair et ne gênait guère la lionne, mais beaucoup plus ses amis. La falaise était haute d'une centaine de pas, comme là où ils étaient descendus, et ils progressaient lentement pour économiser leurs forces et ne prendre aucun risque. La lionne, plus grande, venait en premier, suivie non loin par Dwimfa et Rob encore un peu plus loin. Ils étaient légèrement écartés les uns des autres sur un plan horizontal afin d'éviter des problèmes de chute de rochers ou de glace qui pourraient menacer les grimpeurs plus bas.

Après un bon moment Vif arriva enfin à la couche de neige qui recouvrait le sommet de la falaise, mais alors qu'elle commençait à avancer dans cette couche de neige et glace mêlées, elle se figea soudain : face à elle, l'air décontracté, le démon Andalónil la regardait avec un regard amusé. Plus bas, Dwimfa était encore à une quinzaine de pas et le hobbit à plus d'une vingtaine. La lionne enchantée connaissait l'étendue des pouvoirs du démon du froid, et notamment qu'il était tout à fait capable de l'envoyer valdinguer dans le vide à l'aide d'un sort qu'elle ne pourrait éviter. Et même pour elle, une chute de cent pas sur les rochers avait toutes les chances de la faire passer de vie à trépas...

Heureusement, la grande figure ailée qui lui faisait face ne tenait pas à combattre, ou du moins pas pour le moment. D'un ton mielleux, elle expliqua juste à Vif que son patron de Dol Guldur, ou plutôt celui avec qui il était venu de là-bas, tenait à préparer un piège pour le groupe d'aventuriers et que son rôle à lui, Andalónil, était de les ralentir, à défaut de les tuer. Et comme son autre patron, à savoir Eloeklo, pensait toujours que Vif et ses amis pouvaient lui être utiles, Andalónil n'avait pas assez envie de tuer les aventuriers pour mettre sa menace à exécution. Mais en tout cas il tenait à dire à la lionne enchantée qu'elle devait faire comprendre à ses amis qu'ils ne pouvaient pas monter... pas encore. Sans quoi il prendrait des mesures, certaines désagréables pour les amis de Vif voire pour au moins l'un de ses patrons, mais qui plairaient sûrement à l'autre. Et même s'il ne le dit pas, elle put deviner que cela lui plairait à lui aussi.

Elle fit deux ou trois fois un son mi-miaulement mi-grondement pour exprimer son impuissance à communiquer avec ses amis, ce qui n'eut absolument aucun effet sur son interlocuteur qui lui fit comprendre que c'était à elle de se débrouiller et de faire ses choix. Tandis que le démon prenait les airs à l'aide de ses ailes membraneuses, elle achevait sa montée et commença à dérouler la corde qu'elle portait pour la faire bientôt tomber le long de la falaise, en direction de ses amis. Lesquels amis virent la corde arriver à peu près à leur portée... mais aussi une grande silhouette ailée voler de temps en temps au-dessus d'eux ! Rob comprit également la nature des sons qu'il avait entendus peu auparavant mais auxquels il n'avait pas vraiment prêté attention. Plus bas, Geralt puis tous ses amis perçurent aussi le démon et la menace qu'il représentait.

5 - Mauvais temps et séparation
En bas, les amis de Rob crièrent à ce dernier de mettre l'anneau elfique qu'il portait encore sur lui, mais pas au doigt. Le hobbit commençait à sentir le temps changer magiquement, probable cadeau du démon. L'anneau magique ne le protégerait en rien du mauvais temps, dont l'origine magique était trop éloignée de l'anneau et de sa portée d'une dizaine de pas ; mais en revanche il pouvait éviter au petit voleur de recevoir un mauvais sort qui le ferait facilement décrocher de sa position précaire sur la falaise. Il s'immobilisa donc afin de libérer une main pour pouvoir prendre l'anneau qui reposait dans une poche, exercice délicat quand on est à plus de soixante-dix pas de hauteur, sur une falaise de rochers tranchants et glissants. Il y parvint tout de même, et reprit ensuite son ascension, tandis que le ciel se couvrait rapidement et que les premiers flocons apportés par un vent de plus en plus violent commençaient à tourbillonner autour de lui.

De son côté, Dwimfa avait réussi à se saisir de la corde que la lionne enchantée avait laissé tomber, en espérant s'en servir pour achever plus vite son ascension. Il vit alors Andalónil plonger le long de la falaise à une petite distance, et passer à quelques pas sous le voleur pour se saisir de la corde qui pendouillait. L'Homme des Bois, pressentant la chose, venait de lâcher ladite corde pour éviter un sort funeste que le démon ne manquerait pas de tester sur lui. Il eut même l'idée de couper la corde à l'aide de son épée mais n'en eut aucunement le temps. Plus bas, Andalónil remontait en volant, la corde bien en main, puis il commença à tirer la féline Femme des Bois en direction du bord de la falaise. Malheureusement pour lui, et heureusement pour Vif, elle était bien lourde sous sa forme féline et le démon était un piètre voleur. Elle n'eut donc pas de mal à lui résister et commença même à reculer loin du bord du précipice.

Brusquement elle ne sentit plus aucune tension, comme si son adversaire avait lâché la corde. En fait, il s'était juste approché d'elle et il découpait la corde elfique à l'aide de ses dents acérées. La lionne enchantée se retrouva bientôt avec un bout de corde elfique long d'un peu plus d'une trentaine de pas, tandis que le démon s'envolait plus loin en emportant le reste de la corde, et que le temps se gâtait de plus en plus. Rob et Dwimfa se hâtèrent de finir de grimper, de plus en plus gênés par le vent et la neige, tandis que, plus bas, leurs amis voyaient leurs compagnons disparaître de leur vue dans le mauvais temps qui s'intensifiait. Et même sans mauvais temps, ils comprirent qu'ils étaient à présent bel et bien coincés : sans corde assez longue, ils étaient bien incapables de grimper en haut de la falaise. Et même en ajoutant au peu de corde restante d'autres bouts que certains possédaient dans leurs affaires, un cinquième de la falaise au moins devait être escaladé à mains nues, ce qui était au-delà de la portée de la plupart de ceux qui restaient en bas, et Mordin et Taurgil en particulier.

De toute manière, le temps ne permettait plus d'envisager aucune escalade. Il fallait donc prendre son mal en patience et attendre la fin du temps ténébreux appelé par le démon. Ce ne fut pas difficile pour ceux restés en haut de la falaise, avec quantité de neige poudreuse à leur disposition. Vif eut vite fait de tasser la neige avec l'aide de ses amis pour y creuser ensuite un trou assez grand pour eux trois, où ils étaient protégés du vent et de la neige et où il faisait relativement chaud, comme les Lossoth leur avaient appris à faire. En bas, par contre, c'était autre chose : faute de neige mais aussi de tente ou de végétation, même avec le meilleur rôdeur du monde, faire un abri à l'aide des pierres, contre une paroi de pierre glaciale et ruisselante, n'était pas l'idéal pour le sommeil.

Au bout d'un long moment, comme le mauvais temps appelé par sorcellerie ne faiblissait pas, Taurgil décida d'aller voir ailleurs et de tester l'étendue de cette sorcellerie. Malheureusement, le manque de visibilité était tel, et le sol rocailleux tellement traître - ils étaient sur un pierrier dont les roches étaient couvertes de lichen humide - qu'ils ne pouvaient avancer sans risque. Drilun possédait bien deux torches dans son équipement, torches que le rôdeur dúnadan parvint à allumer malgré les exécrables conditions. Mais elles ne leur permirent pas d'aller très loin, et de trouver un meilleur endroit. Les torches s'éteignirent au bout d'un moment, et ils durent prendre leur mal en patience. Heureusement, la fin du sortilège arriva bientôt et le ciel s'éclaircit enfin. Vif avait même pu les suivre depuis le haut de la falaise grâce au manque de discrétion de Geralt qui râlait comme à son habitude. Ils pouvaient donc communiquer et envisager de se sortir de ce piège qui s'était refermé sur eux. Chose que le maître-assassin râleur, qui avait bien prédit que cela leur arriverait s'ils déviaient de leur plan initial, ne manqua pas de leur rappeler un nombre certain de fois.

6 - Escalier de pierre
Le constat était simple : sans corde, les aventuriers restés en bas n'avaient aucune chance sérieuse de pouvoir grimper tout en haut, sauf Isilmë, à l'aide de sa magie elfique qu'il valait mieux ne pas utiliser ici. En haut de la falaise, en mettant bout à bout les cordes que possédaient Vif, Dwimfa et Rob, il manquait encore plus d'un tiers de la falaise. Une corde de plus était disponible en bas pour réduire un peu plus la distance, ce qui était mieux, et Taurgil avait encore avec lui la corde d'Ardagor, cette corde magique d'une dizaine de pas de long qui agissait un peu comme un serpent vivant contrôlé par celui qui la tenait à une extrémité. Cela ne permettait pas de couvrir toute la distance, mais c'était déjà mieux, beaucoup mieux, même si certains doutaient que cela suffisât.

Qu'à cela ne tienne, il était possible de s'arranger : impossible de trouver une corde manquante, et il ne fallait bien entendu pas compter sur Andalónil pour leur rapporter le bout manquant. En revanche, la roche de la falaise pouvait être taillée grâce à l'épée magique - et maudite - que manipulait l'Homme des Bois. Elle était en effet tellement tranchante qu'elle pouvait tailler dans la pierre sans grand mal, sans risque de la briser ou même d'émousser son fantastique tranchant. Dwimfa s'attacha donc au bout de corde elfique fixé à la lionne magique, puis il se laissa suspendre dans le vide et empoigna son épée noire. Il l'utilisa pour tailler des bonnes prises, aidé par sa maîtrise de l'escalade qui lui permettait de concevoir le parcours idéal pour aventurier en mal de corde. Restait que le travail était long et fatigant, d'autant plus pour lui qui était bien plus un archer qu'un bretteur expérimenté : au bout de deux heures il dut remonter, épuisé. Néanmoins il avait bien progressé, couvrant ainsi près du quart de la distance. Assez pour permettre à la féline Femme des Bois de descendre assez et de "prendre livraison" des amis tout en bas en utilisant toutes leurs cordes mises bout à bout, en s'aidant des très bonnes prises dans la roche.

Après concertation, le groupe décida de continuer sur la lancée et d'essayer de faire un passage taillé dans la roche sur toute la hauteur de la falaise. En effet, ils auraient à revenir ici et un tel escalier de pierre pourrait sans doute leur servir plus d'une fois, avec ou sans corde. L'épée de l'Homme des Bois n'était pas sans risque mais les aventuriers n'étaient pas sans ressource non plus. Aussi Dwimfa lui donna-t-il la bonne dimension puis il la jeta dans le vide, de manière à la faire tomber non loin de ses amis. Comme prévu, elle arriva en bas sans dommage pour elle-même mais bien plus pour les rochers qu'elle brisa ou transperça, et elle put être récupérée sans mal par Isilmë. En fait Mordin fut le premier à la prendre, et il s'essaya à tailler quelques marches tout en bas de la falaise, mais il n'avait pas les mêmes compétences en escalade ou en maîtrise de l'épée que la guerrière elfe. Au moins put-il vérifier qu'il n'était pas affecté par l'épée.

Isilmë ne l'était pas non plus, même si elle ressentait les pulsions de la lame noire qui avait soif de sang et de mort. Taurgil prit sa corde magique et s'en servit pour porter l'elfe qui pouvait ensuite se concentrer sur les prises ou marches à tailler avec l'aide de l'épée. Cela permit ainsi de réaliser un début d'escalier de pierre en un temps record, l'elfe manipulant l'épée bien mieux que Dwimfa. Arrivée à une dizaine de pas de haut, soit la longueur de la corde d'Ardagor, il fallait néanmoins trouver autre chose. La tailleuse de pierre choisit alors de consacrer davantage de temps afin de réaliser un espace assez grand et stable où son ami dúnadan pourrait se tenir et continuer à la porter. Ce qui fut bientôt fait, et Taurgil put prendre place sur cette corniche artificielle. Cela fut bien plus difficile que depuis le sol, mais il put à nouveau porter son amie elfe grâce à sa corde enchantée pour lui permettre de continuer à tailler la roche de la falaise sur une dizaine de pas de haut de plus.

Ensuite, Vif put prendre le relais : elle descendit assez bas pour permettre aux cordes qu'elle portait d'arriver jusqu'à l'elfe, qui put elle-même accrocher la corde qu'elle avait avec elle. Entre les marches de pierre et la longueur des cordes attachées, grimper n'était plus un réel problème. Mais l'objectif de couvrir toute la hauteur de la falaise restait : la lionne enchantée monta son amie à la hauteur où Dwimfa s'était arrêté peu auparavant, et Isilmë continua l'œuvre de l'Homme des Bois. Le travail progressa bien, mais un nouvel élément interrompit l'elfe avant qu'elle ne pût finaliser son travail : depuis le haut de la falaise, Dwimfa vit venir du nord des nuages denses comme un mur de neige, et il prévint qu'un fameux blizzard était en train d'arriver sur eux, et qu'il fallait tous se mettre aux abris. Isilmë fut descendue, et chacun se prépara de son mieux à la tempête de neige qui arrivait.

7 - Blizzard et naturisme
En haut, les trois amis reprirent place dans l'igloo rapide - en fait rien de plus qu'une espèce de terrier creusé dans de la neige tassée - où ils se tinrent chaud les uns les autres, protégés du vent et de la neige. Tout au plus fallait-il régulièrement maintenir ouverte la sortie de leur trou pour laisser l'air circuler et éviter d'étouffer. Mais en bas, c'était une autre histoire : faute de neige ou de végétation, sans grotte où se réfugier et sans grand-chose pour créer un abri, ce n'était pas si facile. Habitués à utiliser la neige comme abri, comme les Lossoth, les aventuriers n'avaient pas de tente ou de bâche ou autre tissu un minimum grand voire étanche avec eux. La falaise n'était pas tout à fait verticale et le vent tourbillonnant les aveuglait de sa neige abondante.

Rapidement, le temps empira encore, avec de très fortes chutes de neige que l'air plus chaud du Puits de Morgoth faisait fondre. Autrement dit, les éléments se transformèrent assez vite en douche glaciale pour ceux qui se trouvaient dans des éboulis, sans abri véritable. Taurgil et ses amis tentèrent bien d'utiliser l'épée de Dwimfa pour creuser la falaise où ils se trouvaient mais sans grand succès : creuser en aveugle, dans de fortes rafales de neige tourbillonnante, sur un sol d'éboulis glissants, n'était pas très efficace. Petit à petit, leurs vêtements prenaient l'eau et perdaient leur pouvoir protecteur, ils grelottaient et ne pouvaient dormir malgré la fatigue qui se faisait de plus en plus sentir, et à part Isilmë, ils risquaient fort d'attraper bronchite et pneumonie d'ici peu. Et utiliser la magie des soins pour les protéger ou les guérir risquait fort de réveiller Durlach qui ne dormait que d'un œil et bien trop près d'eux.

Après un moment, ils s'étaient serrés les uns contre les autres en utilisant au mieux le trou partiel qu'ils avaient fait dans la falaise (dégoulinante) et les pierres alentour pour les protéger le plus possible, mais sans grand succès. L'elfe, n'ayant rien de mieux à faire, se mit à méditer pour évacuer ses tensions. Lorsqu'elle sortit de sa méditation, reposée mais passablement rafraîchie, elle constata que le mauvais temps perdurait et que ses amis soufraient beaucoup. Leurs vêtements n'étant aucunement une protection, ils finirent par se déshabiller et elle leur appliqua à tous un onguent fourni par les elfes de Brumes Éternelles pour résister au froid. Au départ l'idée avait été de se protéger des dragons et des blizzards glacés qui sévissaient dans le Grand Nord, et leur utilisation présente semblait bien choisie pour assurer la survie de ses amis.

Il se passa encore un long moment ainsi, où l'elfe dut renouveler régulièrement les onguents sur les corps nus de ses camarades serrés les uns contre les autres pour se tenir le plus possible au chaud et se protéger de la pluie glaciale qui tombait sans cesse sur eux. Certains comme Geralt et Mordin prirent même du marchand de sable, ce puissant somnifère induisant un profond sommeil réparateur. Les soins constants de l'elfe, l'abri sommaire fait à l'aide de leurs skis et de leurs affaires, la proximité de leurs corps nus, tout cela parvint à éviter qu'une hypothermie trop grave ne terrassât les corps des amis de l'elfe. Certains néanmoins montraient tous les signes de rhumes et autres affections respiratoires plus sérieuses. Cela dura encore et encore, et Geralt devait serrer les dents pour ne pas exprimer sa détresse et le désespoir qui l'envahissait petit à petit.

Mais en fin de compte les chutes de neige se calmèrent. En haut, Dwimfa jugea que ce n'était qu'un répit, le ciel restait couvert et la neige pouvait retomber d'ici peu. Il fallait en profiter le plus vite possible pour sortir de ce trou. Aussi Isilmë reprit-elle son travail de taille de l'escalier de pierre, tandis que Drilun et Geralt prenaient leurs affaires trempées pour aller les faire sécher dans les parties plus chaudes du puits de Morgoth. Néanmoins, lorsqu'ils sortirent de la zone froide et humide proche de la falaise, et dont la visibilité était faible en raison de la brume constante, ils virent que le chantier avait bien avancé : l'elfe avait terminé son travail, et Mordin était déjà en train de grimper, avec l'aide de la lionne enchantée qui le tirait de là à l'aide des cordes attachées les unes aux autres. Au bout du compte, les deux amis repartirent dans l'autre sens en grelotant, sans avoir fait sécher leurs affaires.

Au final, il ne fallut pas longtemps pour que tous fussent en haut du puits, à l'aide de l'escalier de pierre et des cordes tirées par Vif. Le groupe s'éloigna alors du bord du puits, jusqu'à une distance jugée suffisante pour essayer de lancer des sorts. Isilmë vérifia que tout se passait bien, afin de pouvoir soigner ses amis. Auparavant, comme le temps était sur le point de redevenir très mauvais, des abris furent faits dans la neige abondante, et Vif partit chasser afin de bientôt ramener la dépouille d'un renne, moins une partie qu'elle avait prélevée pour sa propre consommation. Rob fit un excellent repas pour remonter le moral des troupes, qui en avaient bien besoin, et un sommeil réparateur agrémenté de magie des soins pour le rendre encore plus récupérateur fut lancé sur certains. Drilun, de son côté, utilisa sa magie pour sécher leurs affaires. Lorsque le mauvais temps les quitta pour de bon, après un long moment, ils étaient convenablement reposés et prêts à repartir.

8 - Rencontre et discussion
Le groupe reprit son voyage en direction de l'est, mais en cours de route les aventuriers tombèrent sur ce qui ressemblait fort à d'anciens villages de Jäämiehet ("Hommes des Glaces"), comme s'appelaient les Lossoth qui vivaient par ici, villages recouverts de neige et sans vie. Certains s'empressèrent de passer rapidement, se doutant bien de ce qu'ils allaient trouver si jamais ils fouillaient un peu. Mais d'autres, comme Geralt ou Dwimfa, ne purent se résoudre à faire l'autruche alors qu'ils savaient très bien qu'ils étaient la cause de ce qu'ils ne mirent pas longtemps à découvrir : des corps démembrés, torturés, en partie mangés parfois, étaient bien présents sous la neige que le précédent blizzard avait déposée là.

La fouille rapide des lieux montra que les faits étaient récents : des guerriers de la horde des traineaux avaient en partie massacré le village, en partie emporté divers prisonniers, dont probablement une bonne proportion de femmes et d'enfants, avant de partir vers l'est. Vif avait raconté à ses amis les propos qu'Andalónil lui avait tenus. En conséquence, il fut facile d'additionner deux plus deux : leurs ennemis de Dol Guldur étaient venus faire leur marché. Autrement dit, le noir cavalier aperçu auparavant avait commencé sa campagne de terreur, destruction et capture des Jäämiehet des alentours afin de s'en servir comme appâts pour forcer les aventuriers à venir dans le piège qu'il était en train de leur tendre. Plus ils mettraient de temps pour le confronter, plus les peuplades locales en souffriraient. Entre la horde des traineaux et le spectre qui les commandaient, Taurgil et ses compagnons se doutaient qu'ils étaient la seule chance des Lossoth présents. Encore fallait-il confronter leur ennemis non selon leurs règles mais en imposant quelque chose de moins risqué pour eux.

Dwimfa ne put laisser ceux qu'il considérait maintenant comme les siens ainsi, et il se fit un devoir de déterrer les corps pour les laisser en pâture aux loups ou autres prédateurs voire charognards et permettre ainsi à leurs corps de réintégrer le cycle de la vie. Cela fut complété par un splendide chant d'Isilmë qui cherchait ainsi à ramener l'harmonie sur les lieux et à apaiser les esprits dérangés par cette violence sanguinaire. Restait qu'ils risquaient de trouver sur leur chemin d'autres vestiges de ce genre, et que plus ils attendraient et consacreraient du temps à disposer des morts, plus il risquait d'y avoir encore d'autres morts. Il ne fallait pas foncer tête baissée dans le piège qui s'annonçait, mais il ne fallait pas non plus perdre trop de temps.

Le voyage fut également ponctué par une visite à moitié prévisible, d'autant qu'elle avait été en partie annoncée à Vif peu auparavant : lorsque le groupe s'arrêta pour se reposer et que Drilun se concentra pour interroger les étoiles à l'aide de sa magie, seul sous le ciel tandis que les autres se reposaient dans leur abris, il fut brusquement interrompu par une attaque qui le prit par surprise et l'envoya voler plus loin, avec une blessure légère à la tête pour lui sonner les cloches. Puis Andalónil, satisfait de son entrée, put entamer un échange moqueur et cruel avec les aventuriers, décrivant ce qui les attendait ou du moins les conséquences les plus négatives possibles de leurs choix. En bref, le piège était prêt à se refermer sur eux et le démon venait s'assurer qu'ils ne pouvaient l'ignorer plus longtemps.

Mais en même temps, Andalónil semblait jouer un double jeu, car il servait deux maîtres, sans que les aventuriers ne parvinssent à savoir quel était son objectif véritable. Servait-il plus Dol Guldur ou Eloeklo ? Le premier souhaitait la mort des aventuriers, ou du moins d'une partie d'entre eux, et l'esclavage - ou l'enrôlement - des autres. Eloeklo comptait se servir des aventuriers pour ses fins propres, ce qui n'était pas forcément mieux à long terme mais avait l'avantage de ne pas proposer de solution définitive et à court terme pour une partie du groupe. Peut-être Andalónil servait-il plus Eloeklo, mais si jamais les aventuriers périssaient il aurait tout de même l'approbation de Dol Guldur comme lot de consolation. En conséquence il était difficile de se fier à lui.

Malgré cela il offrit au groupe de nombreuses informations sur le piège qui leur était tendu : organisation du camp de la horde des traineaux, nombre des guerriers, emplacements, ménagerie (ours, chiens...), prisonniers... et aussi fonctionnement de cette culture guerrière. D'une certaine manière, il faisait tout - au moins en apparence - pour permettre aux aventuriers de s'organiser en connaissance de cause et de pouvoir vaincre le spectre venu de Dol Guldur. Gorovod, sorcier en chef - Fhalaugash - de la montagne de la sorcellerie était mort, restait son chef des armées. Et le démon de détailler les faiblesses dudit spectre : il était particulièrement vulnérable aux éléments naturels comme l'eau courante, le feu, mais aussi la lumière... ainsi qu'au nom d'Elbereth, entre autres choses. Puis, satisfait de l'effet qu'il avait eu auprès du groupe, il prit congé et s'envola au loin, sans doute pour annoncer à son compagnon de Dol Guldur qu'il venait de faire son devoir et que l'arrivée des aventuriers ne tarderait plus.

Il n'empêche, les éléments qu'Andalónil avait donnés apportaient des perspectives nouvelles au groupe. Certes, le spectre de Dol Guldur semblait invulnérable, bien trop fort pour eux tous, surtout servi par peut-être plus de deux cents guerriers de la horde des traineaux, sans parler de leurs féroces animaux. Il pouvait les affaiblir avant même de parvenir jusqu'à lui, pour les achever sans mal avec sa sorcellerie. Mais tout de même, Drilun avait un bâton de lumière qui permettrait de l'affaiblir grandement, et plusieurs membres de l'équipe avaient sans doute l'équipement ou les compétences pour le blesser voire le tuer. En s'y prenant bien, se confronter à lui pouvait déboucher sur une issue heureuse, ce qu'ils n'auraient pas pensé possible peu auparavant. Cela étant, ils se méfiaient d'éventuelles mauvaises surprises, à tel point que pour certains c'était non pas une éventualité mais une certitude. D'un autre côté, Tevildo pouvait aussi faire pencher la balance d'une manière inattendue. Mais avoir besoin de lui était sans doute la dernière chose sur laquelle comptaient Vif et ses amis.

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Niemal
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Grand Nord - 20e partie : neige, lumière et mort

Message non lupar Niemal » 09 septembre 2018, 09:14

1 - Repos très actif
Isilmë fit un soin à la tête de Drilun, en s'aidant de sa magie, et tous repartirent bien vite dans leurs abris pour un repos bien mérité. Mais hormis pour Dwimfa et Mordin, qui eurent bien ce à quoi ils s'étaient préparés, les autres membres du groupe connurent un sommeil un peu particulier : ils se retrouvèrent tous dans une grande plaine verdoyante, sans limite visible, au pied d'un grand arbre dans lequel trônait un lynx blanc qui les regardait avec un certain dédain. Le ciel était bleu, il faisait bon, il n'y avait aucune ombre ni aucun soleil dans le ciel. Ils conclurent vite qu'ils étaient en train de partager un rêve avec le seigneur des lieux qui les toisait depuis sa branche : Tevildo avait appelé en rêve tous ceux avec qui il partageait un lien magique, soit tout le groupe hormis le nain et l'Homme des Bois.

Cette convocation imposée ne plaisait guère à Geralt, qui aurait bien voulu retourner au pays des songes, le vrai celui-là. Mais impossible d'échapper au Seigneur des Chats, qui les avait sous son emprise. Seigneur qui était bien silencieux, mais qui finit par répondre à leurs questions après un petit moment. Manifestement, le patron de Vif voyait leur prochaine confrontation avec Khamûl, nom du chef des armées de Dol Guldur, avec quelques soucis. Le groupe découvrit bientôt que d'une manière ou d'une autre, Tevildo avait espionné les préparatifs établis par leur poursuivant de Dol Guldur. Il ne semblait pas là pour les empêcher d'y aller, cela lui paraissait même un bon test. Après tout, Taurgil et ses amis auraient tôt ou tard à faire face à Eloeklo et surtout Durlach. Alors Khamûl et sa clique de deux cents guerriers de la Horde des Traîneaux, sans compter les ours polaires et autres surprises, cela représentait à peine une légère mise en bouche ! Mais avec une petite aide supplémentaire, quelques conseils, cela paraissait convenir encore mieux au Prince des Chats et ancien lieutenant de Morgoth.

Le lynx apporta quelques informations utiles. Ainsi, il décrivit un peu le camp que Khamûl avait préparé à leur intention, ses pièges, sans oublier de préciser la nature d'une des surprises qui attendaient les aventuriers : une petite horde de plus d'une centaine de loups blancs... Aux questions que le groupe posa concernant Andalónil et Eloeklo, le Maia répondit qu'il ne fallait pas compter sur eux comme aide, mais plutôt comme une gêne possible : le premier avait des intérêts tant à tuer Vif et ses amis qu'à les laisser vivre, et le second verrait sans doute cette épreuve comme un bon test pour voir l'efficacité et l'utilité du groupe pour ses projets à lui. En conséquence, ils n'aideraient pas, et Andalónil était même susceptible de leur mettre quelques bâtons dans les roues au passage. Ce qui ne voulait pas dire qu'il agirait uniquement comme un ennemi. Mais il ne prendrait le parti des aventuriers que lorsque la victoire de ces derniers ne ferait plus aucun doute.

Mais peut-être le principal apport du Seigneur des Chats fut-il de rappeler à ses demi-esclaves que le bâton de lumière de Drilun, et les pouvoirs magiques qu'il avait développés grâce à lui, étaient encore plus puissants qu'ils ne le pensaient. En effet, Tevildo fit remarquer que tout le Grand Nord, en cette saison, était plongé dans une obscurité qui allait durer encore de nombreuses semaines, et le paysage était complètement couvert de neige. Les peuples du nord ne portaient alors plus les protections qu'ils mettaient sur leurs yeux pour atténuer le réfléchissement des éventuels rayons du soleil sur la blanche neige, neige qui allait très fortement amplifier la lumière magique que le Dunéen comptait faire. Toutes les personnes présentes seraient susceptibles d'être aveuglées en raison de cette réverbération, et dans un tel rayon que tous les ennemis seraient affectés. Mais les amis également : la lumière magique que l'archer-magicien avait prévu de faire affectait la vision et le moral des personnages maléfiques, et la neige allait l'amplifier. Mais les autres, Lossoth et aventuriers, s'ils ne seraient pas gênés par la source directe de la lumière enchantée, auraient quand même droit à l'éblouissement de cette lumière reflétée sur la neige partout présente...

Malgré les nombreux problèmes que cela posait, et qui réclamaient une solution, l'avenir du groupe parut à tous soudain bien plus brillant. Aveuglés par la lumière intense que comptait faire Drilun, leurs ennemis ne seraient pas en état de leur causer beaucoup de soucis. Les aventuriers pourraient ainsi arriver rapidement à portée de combat de Khamûl pour lui régler son compte, alors qu'il serait affaibli. Ne manquait qu'à résister à sa magie ténébreuse capable de faire passer feu Gorovod pour un enfant de cœur, à ses attaques mortelles capables de ridiculiser un dragon hormis les plus puissants, sans parler de supporter l'aide d'Andalónil qui n'allait pas leur simplifier la tâche. Le tout sans être aveuglés par la trop forte lumière magique créée à cette occasion, lumière que Drilun pensait pousser jusqu'à son paroxysme.

A ce sujet, Taurgil interrogea ses connaissances et le Seigneur des Chats ensuite : il existait dans la région une herbe capable de se protéger d'une lumière trop intense, que les Lossoth utilisaient parfois. Il s'agissait d'une espèce de sauge dont la racine blanche pouvait être écrasée et faite en infusion pour renforcer la résistance des yeux à la lumière. Le lynx blanc, grâce aux connaissances - magiques notamment - de Tina, l'hôte du Maia, ne pouvait-il pas aller leur en chercher quelques-unes ? Certes, trouver des racines sous une couche de neige plus épaisse que la taille du hobbit n'était pas si facile que cela. Mais l'herbe ne poussait pas trop loin, et par ailleurs Tevildo n'aurait pas grand-chose à faire d'autre : appeler des félins pour les aider était compliqué, lent (ils étaient loin) et peu efficace face aux très nombreux loups et ours. Et les aventuriers déclinèrent l'offre du Seigneur des Chats de les stimuler magiquement, de les rendre plus confiants et pleins de ressources... au prix d'un lien encore plus fort avec lui !

2 - Approche et éloignement
Au bout du compte, après quelques ultimes coups de main, Tevildo laissa les aventuriers à leurs affaires. D'une part, il avait promis de leur apporter quelques herbes demandées qu'il pourrait trouver à leur prochaine période de sommeil. D'autre part, il put les renseigner quant à l'emplacement de la plus proche Horde des Traîneaux à proximité. Car Taurgil et ses amis, après de nombreux échanges et réflexions, pensèrent qu'arriver à la tête d'un groupe de ces guerriers apporterait un certain nombre d'avantages : les autres guerriers ennemis auraient d'autres cibles possibles ou peut-être même les laisseraient-ils arriver à leur chef, Khamûl, sans leur chercher de noise. En effet, hormis rares exceptions, les différentes tribus ne se faisaient pas la guerre, les conflits étant en général réglés entre chefs. De là à penser que ceux commandés par le chef des armées de Dol Guldur se conduiraient ainsi, il y avait un fossé que les aventuriers n'osaient pas franchir. Mais au moins pouvaient-ils l'espérer. Seule une petite tribu était à portée du groupe, à moins d'une journée au sud. La suivante était bien trop loin et ils n'auraient peut-être plus personne à sauver après un aller-retour de plusieurs jours.

Le groupe se mit donc en route vers l'est, non loin de la côte où de nouvelles scènes de désolation les attendaient. Mais alors que les traces sanglantes remontaient vers le nord, ils choisirent le sud, à travers un paysage enneigé mais quelque peu escarpé. A pattes, à skis ou en raquettes, les aventuriers progressèrent à allure constante bien qu'un peu lente. Ils rencontrèrent également un groupe de Lossoth qui les fuirent dès qu'ils les repérèrent au loin, mais Dwimfa les héla et leur fit comprendre qu'ils n'étaient pas des ennemis. En fait il s'agissait de quelques chasseurs ayant repéré deux autres membres d'une tribu proche, blessés, qui fuyaient vers le sud. C'étaient deux survivants des attaques de la Horde des Traîneaux contrôlée par Khamûl, et dont le village et ses habitants avaient été complètement massacrés ou emportés. Le groupe tâcha de les aider et les prévint qu'il fallait fuir la zone le plus possible, qu'un très puissant ennemi y faisait des ravages mais que Vif et ses amis allaient s'en occuper... Avec consigne de passer le mot auprès des autres tribus et clans proches.

Le voyage vers le sud se poursuivit. Un troupeau de rennes fut croisé, que les aventuriers firent fuir pour pouvoir ensuite avancer sur la neige tassée par les animaux, ce qui permit d'accélérer un peu l'allure. Plus loin, une tribu des Hommes des Glaces fut rencontrée et l'alerte fut donnée qu'il fallait fuir vers le sud et inciter les autres à en faire autant. Au passage, Mordin troqua quelques trousses de premiers soins contre une dose d'herbe protégeant les yeux de la lumière aveuglante du soleil sur la neige, plus des espèces de lunettes de cuir fendu pour se protéger les yeux, y compris pour Vif. Le groupe poursuivit toujours plus au sud et un peu vers l'ouest, traversant des zones au relief de plus en plus marqué. Après avoir bien grimpé, ils se retrouvèrent enfin au sommet d'une série de collines escarpées qui préfiguraient des montagnes plus au sud et à l'est, dont certaines où les amis de Dwimfa avaient rencontré leur destin...

Depuis leur position élevée ils purent repérer des feux plus en contrebas : la tribu de la Horde des Traîneaux qu'ils recherchaient était bien là, qui semblait s'installer, d'après un peu d'espionnage à l'aide de la longue-vue. Les guerriers n'étaient plus très loin et, comme ils étaient en contrebas, Drilun et compagnie pourraient être sur eux assez rapidement grâce aux skis qui pouvaient les porter assez vite. Ils firent halte pour un repos une fois de plus estimé bien mérité. Au cours de la nuit, la féline Femme des Bois rêva d'un lynx blanc qui enfouissait quelques racines dans la neige, dans un endroit qui ressemblait furieusement à ce qu'elle avait vu non loin du camp. Au réveil, elle alla fouiner dans ce qui ressemblait à la vision dans ses rêves, et elle y trouva bien entendu les racines apportées par son patron...

Les aventuriers se regroupèrent et décidèrent de la manière d'aborder la tribu en contrebas. Ils choisirent la voie la plus directe : entrer de manière provocatrice, en conquérants, sans se dissimuler le moins du monde. C'est Geralt qui fut choisi pour être le challenger de l'actuel chef de la tribu. Afin de pouvoir profiter de la descente à skis et de marquer les esprits en même temps, Drilun fit une lumière magique sur son ami, afin de les éclairer et de permettre de bien trouver où guider leurs skis dans la descente. Le maître-assassin passa aussi un peu de temps à maquiller ses amis et lui afin de ressembler davantage à ceux dont ils voulaient devenir les chefs. A l'exception du hobbit, qui ferait un bon esclave... L'archer-magicien avait complété les déguisements par un peu de magie, faisant ainsi de leur lionne enchantée un loup énorme et assez effrayant. Puis ils s'élancèrent dans la pente.

3 - Prise de pouvoir
Après plusieurs semaines d'utilisation des skis, les aventuriers à deux pattes avaient bien progressé dans la maîtrise de ce mode de déplacement. Ils profitèrent de la descente et de la lumière reflétée sur la neige pour prendre de la vitesse, contourner les rochers et arriver près de la tribu de fanatiques guerriers en un temps record et sans grande fatigue, accompagnés par la féline Femme des Bois qui bondissait comme le grand félin qu'elle était. Après un changement de nature de lumière, bien rouge pour un effet plus conforme à des guerriers sanguinaires, Geralt monta sur la lionne au déguisement magique de loup géant et il mena sa petite troupe en direction du camp. Comme prévu, leur descente lumineuse n'était pas passée inaperçue, et plusieurs guerriers les attendaient, tandis que d'autres se hâtaient de prévenir ceux qui dormaient encore.

Le maître-assassin avait soigné son apparence, exposant sa sinistre armure draconique au grand jour. Les chauds manteaux elfiques enlevés ne permettaient plus de lutter convenablement contre le froid, mais cela était compensé par la dague magique que Taurgil avait prêtée à son ami : son contact protégeait efficacement contre le climat glacial qui les entourait. Cela, plus l'effrayante monture sur laquelle il se tenait, n'incitait pas les guerriers (et guerrières) de la Horde des Traîneaux à se mettre en travers de son chemin. Néanmoins, un individu âgé, manifestement un maître des loups qui accompagnaient la troupe - il en avait deux à ses côtés - osa quand même s'interposer. Geralt ne comprit pas son parler oriental et agressif mais il répliqua en labba de manière encore plus agressive, si bien que l'homme pâlit. Ses loups blancs couchèrent leurs oreilles devant le grondement de la lionne enchantée et magiquement déguisée, et ils s'écartèrent tandis que les autres aventuriers beaux parleurs, et notamment Mordin, faisaient des commentaires insultants dans un labba de moindre qualité.

Le groupe progressa un peu vers le centre du camp, tandis que ses habitants se faisaient plus nombreux autour d'eux. Il devait y avoir une soixantaine de guerriers, y compris des adolescents, ainsi qu'une quinzaine d'ours polaires domestiqués et une vingtaine de loups blancs eux aussi habitués à partager la vie de la tribu. Les animaux semblaient vivre en périphérie du camp, avec les humains capables de les maîtriser. Plus à l'intérieur venaient des abris assez sommaires, comme des tas de neige tassée creusés à la manière des Lossoth. Puis, plus près du centre, des igloos ou autres constructions plus solides et confortables. Encore plus près du centre, dans un espace relativement libre, divers feux étaient disposés qui servaient à rôtir des morceaux de viande de renne, dont les carcasses reposaient non loin, et qui provenaient sans doute de la harde que les aventuriers avaient fait fuir. Dwimfa ne put se retenir de constater le gaspillage dont faisaient preuve les guerriers pour faire autant de feux en extérieur et perdre toute cette chaleur...

Au centre du camp était disposé une espèce de yourte recouverte de neige, bâtiment le plus imposant du camp et probablement demeure du chef. Ledit chef arrivait d'ailleurs vers eux, accompagné de ses meilleurs guerriers (et guerrières), tenant à la main un harpon constitué de nombreux os taillés et recouverts de runes, et probablement pris à des sages ou nommeurs d'esprit lossoth. L'homme semblait très costaud physiquement, et manifestement il n'appréciait guère la nonchalance des aventuriers qui se comportaient comme s'ils étaient déjà en terrain conquis. Mais comme ses guerriers étaient clairement trop impressionnés pour s'attaquer aux étrangers, c'était à lui de faire le ménage...

Aidé par le magicien dunéen qui eut grand plaisir à changer la voix du chef de horde pour celle d'une petite fillette, Geralt n'eut aucun mal à le provoquer et le faire attaquer, pendant que le reste de la tribu observait la scène. Sous les quolibets des autres aventuriers, Geralt désarma sans mal le chef, à la grande stupéfaction de ce dernier. Il ne le tua pas tout de suite mais joua un peu avec lui, avant de lui couper une main tandis qu'il se précipitait pour ramasser son arme. Tandis que l'homme hurlait en tenant son moignon ensanglanté, le maître-assassin se moquait de lui. Parmi les spectateurs, des biens divers changeaient déjà de main suite à des paris peut-être prononcés un peu vite. Le chef perdit ensuite son autre main et il finit par s'évanouir lorsque le balafré aux cheveux blancs l'éventra. Geralt acheva son adversaire en l'étouffant avec ses propres intestins... La tribu avait un nouveau chef.

4 - Déplacement et espionnage
Tout en continuant à jouer son rôle de grand guerrier des ténèbres, le maître-assassin prononça un discours détaillant ses projets, aidé parfois par la lionne enchantée qui lui soufflait des idées quand il manquait d'inspiration : aller ajouter à sa petite (et nouvelle) tribu encore davantage de guerriers de la Horde des Traîneaux. Pour cela, il allait les emmener vers le nord où il comptait bien affronter le chef d'une tribu bien plus grosse, de fusionner les deux pour les faire devenir la tribu la plus forte de tout le Grand Nord. Il donna donc des ordres pour se préparer au départ, tandis qu'une maîtresse de l'ancien chef commençait à lui tourner autour afin de retrouver une place de choix auprès du nouveau chef. Il la laissa faire et profita même de ses vues sur lui pour lui servir de conductrice de traîneau et pour en apprendre plus sur leur culture de guerriers fanatiques.

La tribu ne pouvait prendre le chemin par où étaient passés les aventuriers, car il était trop escarpé. Ils durent donc contourner le Puits de Morgoth par le sud et l'ouest, à une certaine distance afin de ne pas être affectés par les fumées toxiques qui en émanaient. Toute la journée fut donc occupée à voyager, chacun ayant trouvé un traîneau - par l'intimidation d'autres guerriers le plus souvent - et son conducteur (ou conductrice). Ainsi Taurgil se fit-il une place auprès d'un conducteur en lui brisant quelques dents d'un bon coup de poing, tandis qu'Isilmë utilisait ses pouvoirs auprès d'un autre pour devenir son amie. L'allure était soutenue et les guerriers qui n'étaient pas en traîneau suivaient à ski, de même que les animaux qui ne tiraient pas les traîneaux - y compris Vif. Une pause à midi permit à Drilun de renouveler la magie qui couvrait d'illusions certains de ses amis comme la lionne enchantée.

Après un long voyage, la tribu et les aventuriers se retrouvèrent au nord du Puits, et plus très loin de la côte où l'armée de Khamûl devait les attendre. Mais divers guerriers montraient des signes de fatigue, et il fut décidé d'établir un camp et de se confronter à l'autre tribu - et à leur chef venu de Dol Guldur - après une bonne période de repos. Le camp fut donc établi de la même manière qu'avant leur départ, et le maître-assassin prit possession de la yourte spacieuse où il entra avec ses amis, lionne déguisée comprise. Il renvoya la guerrière avec qui il avait fait le trajet, au grand chagrin de cette dernière, et garda juste quelques guerriers pour garder l'entrée de la tente. Le temps était couvert, il neigeait et la vue était très limitée dans cette nuit perpétuelle, et donc les guerriers de la tribu se réfugièrent-ils vite dans leurs abris, à l'exception de ceux qui partageaient le quotidien des animaux et qui pouvaient se serrer contre eux, comme ils le faisaient entre eux.

A l'exception aussi de trois personnes que Vif entendit venir discrètement à l'arrière de la yourte, mais pas assez pour ne pas les percevoir grâce à son ouïe incroyable. Après en avoir informé discrètement ses compagnons, elle quitta la yourte pour se fondre dans le paysage enneigé du camp, en prenant soin de rester discrète tout en surveillant les alentours. Elle fut également suivie de manière similaire par Dwimfa et Taurgil. Au passage, leur sortie fut annoncée par un guerrier non loin de l'entrée qui siffla de manière trop évidente et qui entraîna un éloignement des trois espions à l'arrière. Mais tous retrouvèrent leur place après un moment d'attente sous la neige. Bientôt les trois indiscrets furent repérés : il s'agissait du maître-loup dont ils avaient fait la connaissance à leur arrivée dans la tribu, accompagné par deux jeunes sans doute excités par leur propre audace et celle de leur compagnon plus âgé, qui était manifestement le meneur. Petit à petit, ils se rapprochèrent discrètement d'eux...

Le maître-loup sentit bientôt une lame noire sur sa gorge, lame tenue par la main de l'Homme des Bois. La vue était tellement limitée que ses deux compagnons plus jeunes mirent un moment à se rendre compte de ce qu'il passait, mais les autres silhouettes s'approchant d'eux les aidèrent à comprendre dans quel pétrin ils étaient. Heureusement pour eux, ils n'intéressaient guère les aventuriers, qui les chassèrent des abords de la yourte en les prévenant de se tenir à carreau. Par la suite, Vif allait les retrouver aux côtés d'autres guerriers auprès desquels ils racontaient leur aventure, plongeant le groupe dans la peur et s'assurant bien que le gros loup qu'ils voyaient en elle allait quelque peu s'imposer à leur mémoire voire à leurs rêves, quitte à jouer un peu avec eux sans néanmoins les blesser. Sa petite manœuvre d'intimidation achevée, elle put retrouver ses amis.

Le maître-loup prisonnier, de son côté, fut brutalement questionné, en particulier par le nain qui manquait de patience. Mais Geralt et ses amis ne purent rien tirer de sûr de l'individu, qui déclarait avoir juste voulu en savoir plus sur le nouveau chef pour trouver comment profiter de la nouvelle situation. Il voulait améliorer sa position dans la tribu, se rapprocher du cercle du nouveau pouvoir. Pouvait-il être un espion à la solde de Khamûl ? Beaucoup en doutaient, sans certitude aucune. Que fallait-il alors faire de l'homme à leurs pieds ? Plusieurs étaient partisans de le tuer et d'en faire un exemple pour les autres, mais Geralt ne voulut pas trancher et fit le chef fatigué qui délègue le sale boulot à ses amis. En fin de compte l'homme fut traîné dehors, Mordin lui coupa une oreille et Dwimfa le prévint de filer droit à l'avenir s'il ne voulait pas perdre davantage. En espérant avoir fait un bon exemple et avoir motivé le maître-loup, tous partirent dormir et leur sommeil ne fut aucunement perturbé.

5 - Dommages collatéraux
La tribu reprit sa route une fois le repos achevé, après avoir tout démonté et remis les affaires sur les traîneaux ou dans les sacs portés par les guerriers. Les animaux s'élancèrent, les traîneaux furent tirés, et les skieurs suivirent. Il ne neigeait plus, même si des nuages d'altitude voilaient les étoiles et rendaient le paysage lugubre malgré la neige. La côte fut atteinte là où les aventuriers avaient bifurqué vers le sud, à leur précédent passage autour de deux "jours" auparavant. Dans cette éternelle pénombre, il était difficile de suivre le passage du temps. En revanche, il n'était pas difficile de suivre les traces laissées par la tribu de la Horde des Traîneaux dont Khamûl s'était rendu maître : il n'avait fait que détruire village après village des Hommes des Glaces, massacrant certains de ses habitants et emmenant les autres pour utilisation ultérieure.

En fait il ne s'agissait pas seulement de massacre mais réellement de mise en scène : malgré la neige tombée peu auparavant, les cadavres des suppliciés étaient encore clairement visibles, de même que les tortures qui les avaient mis dans un tel état, tortures que l'on devinait lentes et douloureuses. Le tout était disposé avec une expérience certaine pour impressionner et frapper les esprits et les cœurs. Les aventuriers avaient eu beau en voir au cours de leurs aventures, ils découvraient là un nouveau seuil dans l'horreur, et il leur fallut toute leur volonté, stimulée parfois par diverses babioles magiques, pour ne pas être affectés par de telles visions. Les guerriers et guerrières de la Horde des Traîneaux qui les entouraient étaient impressionnés eux aussi, et d'une certaine manière stimulés de découvrir de telles techniques provenant manifestement d'un maître de la souffrance et des ténèbres...

A cela s'ajoutait la pensée tenace que, d'une certaine manière, le groupe était responsable de ce qui était arrivé aux Lossoth des environs. Après tout, le chef des armées de Dol Guldur n'avait perpétré un tel massacre et réalisé une telle mise en scène que parce qu'il n'avait pas réussi à amener les aventuriers à une confrontation directe. Il avait donc préparé le terrain pour les forcer à venir à un endroit choisi par lui, en espérant en même temps les affaiblir avant même leur rencontre. Ils furent plusieurs à se demander s'ils n'auraient pas pu éviter d'aller au sud pour aller chercher la tribu de guerriers qui les entouraient, perdant un temps précieux qui avait entraîné la mort d'encore davantage d'innocents. Malgré la distance, Vif arrivait déjà à percevoir les cris de gens qu'on torturait, les pleurs de femmes et d'enfants, et autres sons qui les poussaient à se dépêcher s'ils voulaient rester sains d'esprit.

Il n'était de toute manière plus possible de reculer, et leur arrivée n'était plus un mystère pour leur adversaire venu de Dol Guldur, la Colline de la Sorcellerie. Ou en tout cas il ne serait plus un mystère très longtemps, comme une silhouette ailée leur fit comprendre au-dessus d'eux : Andalónil leur fit quelques signes de la main depuis sa position dans le ciel, avant de partir en avant prévenir son chef de leur arrivée. Au-delà de la lionne enchantée, d'autres aventuriers commençaient à percevoir de grands feux à distance, ainsi que les cris et autres signes de souffrance des gens qu'ils venaient sauver... après les avoir mis dans une telle situation par leur seule présence. Même à distance, Rob sentait une magie noire émaner du lieu vers où ils se dirigeaient. Une magie puissante, redoutable, dont la noirceur finirait bientôt par se faire sentir même de ceux qui n'avaient aucune perception magique. Ils avaient mis presque tous leurs espoirs dans la formidable magie de Drilun et de son bâton de lumière, mais cela suffirait-il ? Certains commençaient à en douter...

Mais les aventuriers ne manquaient pas de ressources : tout d'abord, ils mirent les protections de cuir autour de leurs yeux - ils allaient en avoir besoin pour se protéger de la lumière magique que le Dunéen allait faire. Mais aussi, ils ne lésinèrent pas sur les stimulants fantastiques qu'ils avaient à leur disposition : tous prirent des noix de l'écureuil, pour accélérer leurs réflexes et améliorer leur adresse, de même qu'une bonne infusion de bonneherbe pour toute l'équipe : leur moral serait au plus haut, et vu ce qu'ils venaient de voir ils en auraient bien besoin pour résister à l'influence du chef des armées de Dol Guldur et de ses sinistres sortilèges. Taurgil prit certaines babioles magiques de Dwimfa et d'Isilmë pour renforcer sa magie des soins. Enfin, toutes les herbes augmentant la résistance des yeux à l'aveuglement furent utilisées : trois pour la féline Femme des Bois, le rôdeur Dúnadan et le maître-assassin aux cheveux blancs, qui allaient faire face directement à Khamûl ; et la dernière à Rob, dont les perceptions magiques leur assureraient de garder un peu d'avance sur leurs adversaires.

Le camp fut enfin en vue, disposé au bord d'une mer gelée et recouverte de neige, si bien qu'il était impossible de connaître avec précision le trait de côte exact. Certains aventuriers se demandèrent s'il ne serait pas possible de faire fondre la neige et la glace sous les pas du spectre qu'ils allaient affronter, pour le précipiter dans les flots qu'il semblait abhorrer. Mais il paraissait peu probable que Khamûl n'ait pas disposé son camp de manière à éviter une telle faiblesse dans son plan. Le vent était de plus en plus fort, sans neige, mais il allait rendre le travail des archers presque impossible. D'une certaine manière cela servait les intérêts du groupe qui n'aurait pas à subir des volées de flèches de la tribu adverse. Mais leurs propres archers comme Drilun, Rob et Isilmë, ne pourraient sans doute pas faire grand-chose avec leurs arcs.

Le camp adverse était disposé de manière concentrique : en son centre, un fossé dans lequel de nombreux prisonniers hurlaient leur peur, leur chagrin et leur désespoir, tandis qu'autour de la fosse de grands feux illuminaient des scènes de torture sur des femmes et des enfants. Les cris de douleur et râles d'agonie se mêlaient aux hurlements qui montaient dans le ciel, auxquels se mélangeaient aussi les hurlements des loups ou des ours qui servaient à "motiver" les prisonniers voire à achever certains d'entre eux, tout en montrant aux autres leur avenir proche. Autour de ce centre de torture, des murs de neige ou glace de quelques pas de large étaient disposés de manière concentrique, qui devaient abriter divers guerriers. Alors que le groupe d'aventuriers et sa tribu se rapprochaient, les guerriers adverses passaient d'un mur à l'autre pour se rapprocher d'eux. La Féline Femme des Bois aperçut des sentiers bien marqués dans la neige, leurs adversaires ne marchaient pas au hasard : pour l'essentiel, la neige qui séparait les murs était un vaste piège qui n'attendait que le pied d'un ennemi pour se refermer sur lui et le blesser. Les voies pour arriver au centre étaient limitées, et donc faciles à défendre. Si la lumière magique de Drilun ne marchait pas, ils auraient toutes les peines du monde à arriver au contact de Khamûl : ils seraient ralentis par les guerriers adverses, et la magie du spectre aurait tout le temps de les affaiblir avant même de pouvoir lui porter un coup.

6 - Magie, volonté et intimidation
Le maître-assassin, par l'intermédiaire du nain et du Dúnadan, meilleurs que lui en commandement, poussait ses guerriers à avancer le plus vite possible vers l'emplacement probable de leur terrible ennemi, tout en faisant comme si le défi l'amusait voire le stimulait. Tous pouvaient sentir la présence maléfique de Khamûl, même s'ils ne pouvaient l'apercevoir. Son pouvoir rayonnait et sa présence stimulait manifestement les guerriers sous ses ordres, tandis que ceux du groupe voyaient leur volonté vaciller. Les ours et les loups commandés par Geralt refusèrent d'avancer, ses intimidations faisant pâle figure en comparaison : même pour des guerriers habitués au viol, à la torture, la souffrance et la mort, le sentiment d'infériorité et de peur faisait son chemin dans leurs esprits, et les rodomontades de leur nouveau chef étaient complètement oubliées. Les guerriers commencèrent à passer ours et loups apeurés, l'estomac noué. Il ne faudrait pas grand-chose pour les mettre en fuite. Drilun avait saisi son bâton de lumière magique, Krisfuin, trouvé dans les trésors de Dol Guldur. Quel qu'ait été son créateur, quelque grand et puissant elfe du Premier Âge, il serait sans doute flatté d'apprendre - si cela était possible - que son bâton allait servir pour cela même pour lequel il avait été créé : combattre d'indicibles ténèbres nées des plus puissants maléfices de la Terre du Milieu.

Alors que l'archer-magicien dunéen se concentrait sur le sort de lumière qu'il allait faire sur son amie féline, la voix de Khamûl se fit entendre, provenant du centre du camp adverse mais impossible à situer précisément. Le sentiment d'horreur et de désespoir grandit encore au sein des aventuriers et des guerriers qui les entouraient, qui marquèrent le pas. Ou plutôt, ils s'arrêtèrent vite et s'apprêtèrent à fuir, mais une voix proche ne leur en laissa pas le temps : Mordin se mit à leur hurler après, à les traiter de tous les noms et à tâcher de réveiller en eux les fiers et cruels guerriers qu'ils étaient. Lui qui arrivait à faire peur aux trolls parfois avec son agressivité, il donna de la voix comme jamais. Peut-être n'avait-il pas le même charisme maléfique que le spectre venu de Dol Guldur, mais il ne manquait pas de volonté ou d'imagination, ou de bagout. Au bout du compte, les guerriers hésitèrent mais finirent par tenir bon. Aucun ne choisit de fuir, même si la peur leur nouait le ventre. Et les ours ou les loups avaient les oreilles aplaties sur leur crâne et la tête baissée... mais ils restèrent sur place.

Il fallait maintenant passer à la phase suivante de leur plan : manifestement les guerriers de la tribu venus avec eux n'allaient guère aider les aventuriers, et en face d'eux les autres guerriers contrôlés par Khamûl suivraient aveuglément les ordres de ce dernier. Il fallait se dépêcher de confronter le chef des armées de Dol Guldur de la manière la plus directe possible. Drilun acheva la préparation de son sort, qu'il lança enfin sur son amie et héritière de Tevildo. De sa forme féline émana alors une lumière aussi pure que celle du soleil, qui aveuglait et terrorisait les créatures ténébreuses. Alors que le combat avec les ennemis commençait à peine, les animaux et guerriers adverses furent éblouis par la blanche lumière et ils arrêtèrent le combat pour se protéger les yeux voire pour fuir. Peut-être certains resteraient-ils sur leur chemin, mais Vif n'en avait cure et elle comptait bien les balayer. Taurgil et Geralt étaient déjà prêts, montés sur le dos de la lionne, toujours couverte d'une illusion lui donnant l'apparence d'un loup géant et terrifiant.

Elle s'élança avec ses deux amis sur son dos : ses yeux étaient protégés de la lumière aveuglante réfléchie par la neige grâce à l'herbe avalée moins d'une heure auparavant, et par le cuir fendu disposé autour de ses yeux félins. Elle voyait donc parfaitement les chemins enneigés dépourvus de piège que les guerriers adverses avaient pris, et sa voie vers Khamûl lui semblait toute tracée. A l'inverse, les guerriers adverses aveuglés par la lumière titubaient parfois hors de ces chemins et poussaient des hurlements en tombant dans la neige piégée, comme transpercés par des couteaux cachés. La lionne enchantée, partie comme une flèche, dut néanmoins ralentir : elle allait trop vite pour ses amis, et en particulier le grand Dúnadan, qui ne pouvait tenir sur son dos à une telle allure, même avec l'aide du balafré aux cheveux blancs qui l'accompagnait, et qui avait du mal lui-même à tenir en équilibre.

Rob prévint ses amis d'un nouveau danger : la silhouette ailée d'Andalónil, repérée haut dans le ciel depuis un moment, chutait en piqué vers le centre du camp adverse, avant de corriger sa trajectoire pour foncer dans leur direction. En même temps, le hobbit sentait bien que le démon du froid préparait un sort, un de ceux auxquels ils avaient déjà eu affaire. Il l'annonça à ses amis, qui se préparèrent à recevoir une onde de choc magique en travers de leur chemin. Tandis qu'Isilmë prenait sa plus belle voix pour chanter une chanson à la gloire d'Elbereth, Rob tendit la corde de son arc et visa le démon qui s'approchait de ses amis. La flèche qu'il lança, déviée ou ralentie par le vent puissant qui lui faisait face, atteignit leur adversaire mais sans lui faire de mal : le trait rebondit sur sa peau démoniaque. Puis il lança son sort sur Vif et des deux compagnons. La puissance du sort bloqua net leur élan, brisa au passage quelques côtes à la lionne enchantée, et déséquilibra si bien Taurgil et Geralt qu'ils furent désarçonnés et eurent toutes les peines du monde à ne pas lâcher leur amie, finissant leur chute à ses côtés, les fesses dans la neige. Malgré cela, malgré sa blessure, la féline Femme des Bois resta sur ses quatre pattes et s'apprêta à repartir au plus vite.

Au même moment, le reste de l'équipe connaissait un autre revers. L'archer-magicien dunéen, afin d'amplifier sa magie, avait emprunté l'anneau elfique trouvé à la main de Gillowen et porté parfois par le hobbit, parfois par l'elfe. Alors que son amie féline s'élançait, il l'avait alors mis au doigt. Malheureusement pour lui, la magie de Khamûl eut un effet hélas en partie prévisible, mais pas moins douloureux pour lui : brusquement, sous l'effet de la sorcellerie émanant du spectre, l'anneau magique lui sectionna le doigt et tomba au sol, le privant de sa magie. Grâce à la noix de l'écureuil qu'il avait avalée, il put récupérer rapidement. Aidé par la magie des soins de la guerrière elfe, la blessure fut traitée à défaut d'être guérie, et le doigt et son anneau ramassés. Reprenant ses esprits, il put ce concentrer à nouveau sur ce qu'il avait prévu de faire : un sort destiné à amplifier encore la pure lumière qui émanait du corps de Vif.

7 - Magie noire contre magie blanche
Le démon ailé passa au-dessus du reste de l'équipe puis il commença à reprendre de l'altitude, tout en revenant au-dessus du centre du camp. Pendant ce temps, la féline Femme des Bois utilisait de nouvelles ressources pour limiter la casse qu'Andalónil lui avait causée : sans être mortelle, la blessure infligée était sérieuse et risquait de s'aggraver. Mais la "paysanne" au mystérieux passé - elle ne savait toujours pas qui étaient ses parents naturels - avait pris ses précautions en prévision d'un tel événement : cela faisait longtemps qu'elle avait fait confectionner une bourse attachée à son cou qui lui permettait d'avaler certaines herbes médicinales sans l'aide de personne. Ce n'était pas la première fois qu'elle l'utilisait, mais cette fois-ci elle avait prévu quelque chose de costaud : un don-de-vipère, une glande à venin très rare qui, une fois avalée, permettait de guérir n'importe quelle blessure... avec un peu de repos.

Le groupe en avait déjà disposé de plusieurs par le passé, et le hobbit n'avait dû sa survie, à Dol Guldur, que grâce à ce remède miracle. La lionne n'avait guère le temps de se reposer, mais à tout le moins, le remède allait rapidement stabiliser sa blessure et l'empêcher de s'aggraver. Elle l'avala donc sans état d'âme. Quant à la douleur importante causée par la blessure, sa formidable endurance lui permit d'en ignorer une partie. Elle ferait avec le reste, car il ne fallait pas perdre de temps : ses amis reprirent position sur son dos, et elle fut repartie, balayant sans mal les guerriers aveuglés trouvés sur son chemin. Leur objectif restait Khamûl, qui n'allait pas tarder à se manifester et qu'elle comptait bien confronter avec l'aide de ses amis au plus vite.

L'attaque ensorcelée du chef des armées de Dol Guldur ne tarda pas, en effet. Sa voix s'éleva bientôt du centre du camp où il était retranché, porteuse d'une indicible terreur, de promesses des plus grandes souffrances, et d'une sinistre sorcellerie visant à faire perdre tout espoir à la petite rôdeuse venue de la Forêt Sombre et devenue un grand félin enchanté. Peut-être leur ennemi était-il affecté par la lumière magique et le chant d'Isilmë, et pourtant... Jamais elle n'avait fait face à une sorcellerie aussi puissante, et elle y aurait certainement succombé si ses amis n'avaient pas déjà prévu et préparé une parade : Taurgil était en effet concentré sur sa magie des soins dont il enveloppa le corps de son amie rôdeuse, la protégeant en partie des méfaits de la sorcellerie. Cela, plus les stimulants comme la bonneherbe, plus les protections magiques fournies par les elfes ou Drilun, ajoutés à sa formidable volonté, lui permirent de résister au ténébreux désespoir porté par la sorcellerie de leur adversaire. Elle continua donc sans faiblir.

Elle se rapprochait du centre où Khamûl devait se trouver, comme ses perceptions le criaient, de même que les cris de Rob derrière eux qui tentait de les guider à l'aide de ses propres perceptions. Pour éviter de mauvaises surprises, elle choisit de prendre un nouvelle voie, celle des airs : elle ne passa plus entre les murs de neige qui parsemaient sa route, craignant ce qui pouvait s'y cacher derrière, mais au contraire bondit au sommet de l'une de ces épaisses protections, tant pour éviter certaines attaques que pour mieux y voir et repérer leur ennemi. Ses amis s'accrochèrent à son dos tant pour ne pas voler en l'air que pour ne pas la gêner. Ils étaient bons, ils en avaient même l'habitude, et tout se passa bien. Les sens très affûtés de la lionne enchantée lui permirent également de percevoir que, près du centre, les murs de neige tassée ou de glace étaient en partie creusés en direction du centre du camp, permettant d'abriter un ennemi. Certains étaient des guerriers avec des lances ou harpons, qui tentèrent de l'embrocher avec leur arme, mais ils étaient bien trop gênés par la lumière magique qui émanait d'elle. Mais l'un d'eux n'était autre que Khamûl, qui sortit enfin de sa cachette.

Il était armé d'une épée noire et d'une dague sinistre, tout aussi noire et chargée d'une sinistre sorcellerie que la lionne choisir d'éviter. En revanche, même à distance, il était toujours aussi redoutable. Une nouvelle vague de haine ténébreuse émana de lui, mais cette fois-ci elle ne toucha pas la lionne mais Geralt, qui lui n'était pas protégé par la magie du Dúnadan. Malgré ses babioles magiques le protégeant, malgré la bonneherbe et toute sa volonté, il accusa le coup, sonné par un désespoir immense qui lui disait de laisser tout tomber et mourir... Taurgil aussi fit l'objet de la même sorcellerie mais il était mieux protégé et il put résister. Et puis enfin, le nouveau sort que Drilun préparait depuis un moment fut lancé, un mot de pouvoir pour amplifier la magie déjà présente sur le corps de la féline Femme des Bois. De soleil elle devint une nova, et brusquement le camp entier fut comme plongé dans l'intérieur d'une étoile.

8 - Victoire de la lumière et prix à payer
Les aventuriers avaient eu beau s'y préparer, l'intensité de la lumière en surprit plus d'un. Ceux dont les yeux étaient protégés par la plante du Grand Nord (et le reste) subirent le choc sans trop de mal, en particulier la lionne enchantée, dont les yeux félins s'adaptaient très rapidement à la lumière. Geralt et Taurgil purent eux aussi ouvrir les yeux après un moment et continuer le combat. Drilun et Mordin, dont les yeux étaient peut-être moins sensibles que ceux de leurs compagnons, supportèrent l'intensité lumineuse eux aussi sans problème. Cela fut plus difficile pour Rob, mais lui aussi s'en tira sans mal. Dwimfa, par contre, malgré sa préparation et ses protections, fut aveuglé plus durablement : ses yeux pleuraient et il voyait un peu flou, mais il avait connu cela à ses débuts dans le Grand Nord, il savait qu'il s'en remettrait. On ne pouvait en dire autant d'Isilmë, dont la vue se résuma bientôt à un grand vide d'un blanc éclatant virant lentement vers le rouge et le noir : ses yeux n'avaient pas supporté du tout l'éclat de la lumière magique sur la neige alentour, même à la distance d'une portée de flèche...

Quant aux guerriers ennemis, ceux qui s'étaient peu à peu habitués à la lumière éclatante autour de la lionne et qui se dirigeaient vers elle pour la combattre hurlèrent de plus belle devant cette nouvelle agression : la pureté de cette lumière leur donnait envie de se cacher au fond d'un trou profond, tant elle blessait les noirs sentiments en eux. Mais également, réfléchie par la neige tout autour d'eux, sans aucune autre protection que leurs fragiles paupières, elle transperça leurs orbites et les aveugla définitivement. Ou peut-être que certains auraient pu en guérir, mais ils n'auraient pas vraiment le temps d'attendre un tel événement, et ils devaient le sentir. Comme ils l'avaient prévu, les aventuriers étaient plus que jamais seuls contre leur ennemi de Dol Guldur. Et cet ennemi, pour la première fois, les fuyait : la lumière était trop pour lui, trop intense, elle le privait de ses moyens et il ne pouvait plus combattre.

Enfin, il n'était pas tout à fait seul : il lui restait un allié, comme Rob le cria à ses amis : très haut dans le ciel, ce qui l'avait peut-être protégé, Andalónil faisait une nouvelle attaque en piqué vers les trois amis. D'après le hobbit, le démon préparait le même sort qu'auparavant. Avec ses deux compagnons, la féline Femme des Bois était en train de se précipiter vers Khamûl qui fuyait non loin, mais du coup elle s'abrita derrière un mur de neige. Comme prévu, leur ennemi ailé redressa sa trajectoire pour arriver près d'eux et comme prévu, il lança son sort : mais contrairement à l'autre fois, il ne la visait pas en particulier. Son sort balaya un large espace, brisant le mur de glace et repoussant les trois aventuriers mais sans grand mal. Par contre, le spectre était aussi dans le rayon d'action du sort et il se retrouva par terre, complètement déséquilibré. Puis le démon repartit dans le ciel pour ne plus revenir.

Andalónil avait-il fait cela en raison de son aveuglement, ou plutôt, comme le pensait la lionne enchantée, pour leur donner un petit coup de pouce tout en sauvant les apparences auprès de Dol Guldur ? En tout cas Vif le remercia d'un grognement pour son "aide" et elle se précipita sur la forme noire qui gisait encore à terre. Elle lui sauta littéralement dessus, toutes griffes dehors, avec ses amis sur le dos. L'impact brisa l'armure sous le manteau noir qui cachait les formes de Khamûl, quand un cri - non de haine mais plutôt de souffrance cette fois-ci - jaillit de la forme noire pour voler dans les airs en direction du sud. Vif et ses amis eurent beau chercher, ils ne trouvèrent rien à l'intérieur du manteau ou de l'armure brisée de cuir de dragon : le spectre avait complètement disparu, et Rob confirma qu'il ne sentait aucunement sa présence ou ses sortilèges à proximité. Il avait été vaincu.

Les guerriers de la Horde des Traîneaux, aveuglés, s'étaient tus un moment devant le cri. Ils crièrent encore plus fort après en cherchant à fuir et en tombant dans les pièges préparés aux alentours. Plus tard, les aventuriers découvrirent que ces pièges consistaient en fait en de nombreuses aiguilles tranchantes de glace dure, probablement réalisées par le démon du froid, disposées dans le sol et recouvertes de neige. Tandis que le Dúnadan se précipitait pour essayer de sauver le maximum de prisonniers lossoth dont certains, sous la torture, étaient à l'agonie, maître-assassin et lionne enchantée se mirent à exécuter froidement les guerriers ennemis aveuglés. C'était de toute manière leur rendre service car, aveuglés, ils ne pouvaient survivre dans le Grand Nord. Des centaines de cadavres rougirent bientôt la neige des environs, y compris ceux de nombreux loups blancs et ours polaires de la Horde des Traîneaux.

C'était une victoire, sans nulle doute, mais elle était plutôt amère : ce charnier comprenait aussi peut-être une centaine d'Hommes des Glaces - essentiellement des femmes et des enfants - qui avaient péri sous d'indicibles tortures avant leur arrivée, ou qui n'avaient pu être sauvés. Certains, trop handicapés par leurs tortionnaires, n'auraient de toute manière pas pu continuer à vivre au milieu de leurs semblables, ils auraient été une charge inacceptable pour eux et ils se seraient laissé mourir. Même les autres qui n'avaient aucune blessure ou au moins aucune blessure sérieuse, comment allaient-ils faire pour passer la mauvaise saison ? Les cadavres des ours polaires étaient une source bienvenue de nourriture, qui pourrait peut-être compenser la perte de leurs provisions. Mais ils n'avaient pas perdu que cela, mais également toutes leurs possessions sans lesquelles ils auraient du mal à vivre dans le Grand Nord, à moins de trouver l'équivalent dans les affaires laissées par les guerriers qui les avaient attaqués.

Et ils avaient tous perdu la vue, plus ou moins durablement, sans parler de leur volonté brisée par ce qu'ils avaient vécu, par la mort des nombreux proches auxquels ils avaient assisté. Pourraient-ils être guéris tant dans leur corps que dans leur âme, sauraient-ils survivre tant à la rigueur du Grand Nord qu'à cette terrible expérience ? Même les aventuriers rompus aux scènes de carnage et de souffrance comme Geralt se sentaient malades de tant de sang et d'horreur. Et Isilmë recouvrirait-elle la vue elle aussi ? Ses amis avaient confiance dans les mains de guérisseur du grand Dúnadan. Mais sa magie nécessitait l'utilisation d'athelas, dont sa réserve était limitée : restaurer la vue de l'elfe signifiait ne pas le faire pour un Losson aveuglé, ce qui signifiait le condamner à mort.

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Niemal
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Grand Nord - 21e partie : soins, aide et voyage

Message non lupar Niemal » 18 octobre 2018, 16:07

1 - Tâche insurmontable ?
Le groupe était donc plus ou moins partagé en deux : d'un côté, il y avait ceux qui faisaient davantage de cadavres, de l'autre ceux qui essayaient d'éviter qu'il y en ait plus. Geralt et Vif mirent beaucoup d'énergie à achever les guerriers des hordes des traîneaux, mais aussi les ours polaires esclaves des hordes, voire loups blancs ou chiens aveugles. Ils furent parfois aidés par d'autres, mais pour la plupart les autres aventuriers essayèrent en premier de sauver le maximum de Lossoth blessés. Et éviter qu'il y en ait d'autres, car le camp était traître, toujours plein de pièges, qu'il fallait désamorcer. De ceux-là, Taurgil venait en premier, secondé par Isilmë qui pouvait tout de même faire des soins avec l'aide de Rob qui pouvait lui servir d'yeux.

La tâche était immense pour les uns comme pour les autres : plus de cinq cents ennemis, humains ou leurs animaux, passèrent de vie à trépas, avec ou sans l'aide des principaux guerriers du groupe. Les corps déjà morts furent mis de côté, les blessés - inconscients ou non - furent achevés, les aveugles furent exécutés. Chaque fois que possible sans faire souffrir, ce qui n'était pas une mince affaire en ce qui concernait par exemple les ours polaires fous de douleur ou de peur, qui tentaient de détruire tout ce qui pouvait leur tomber sous les griffes ou les dents. Quant aux Lossoth, leur nombre dépassait les trois cents, dont un tiers de cadavres mutilés, plus certains qu'il était illusoire de vouloir sauver, et beaucoup qui n'avaient de toute manière plus goût à vivre. Sans parler de ceux qui avaient la volonté mais dont la survie future poserait problème.

Mais le groupe n'en était pas là. Car en plus des exécutions ou des soins, il y avait autre chose qui pouvait rapidement envoyer quelqu'un dans les cavernes de Mandos : le froid. Même si le vent s'était maintenant calmé après la mort de Khamûl ou le départ d'Andalónil, le froid restait mordant comme presque nulle part ailleurs que dans le Grand Nord. Et certains Lossoth n'étaient pas forcément très bien équipés, ou n'avaient pas mangé depuis longtemps. Il fallait donc penser à abriter tous ceux qui pouvaient l'être pour s'assurer qu'ils survivent, et les nourrir. Encore de nouvelles tâches à effectuer, et sans trop tarder car les divers feux qui avaient été allumés - fantastique gaspillage pour les Hommes des Neiges présents - n'allaient pas durer éternellement.

Et tout cela n'était que la partie physique du problème. Mais ici, dans le Grand Nord, et particulièrement pour les Lossoth, les corps ne fonctionnaient bien que si les têtes allaient bien aussi. Les Lossoth, pour survivre, devaient se sentir en harmonie avec le monde autour d'eux, sans source de corruption ou d'infection par des forces maléfiques. Vu ce qui venait de se passer, les cadavres partout présents, les cris de douleur ou autre souffrance des survivants, les restes presque tangibles de la sorcellerie qui avait été effectuée... D'une manière ou d'une autre, les aventuriers devaient faire en sorte de rétablir l'harmonie du lieu, ou déplacer les survivants jusqu'à un ou des autres lieux plus en conformité avec leur philosophie. Vaste programme !

D'autant que les conséquences seraient rapides : si les Lossoth présents se sentaient coupés de l'harmonie du monde dans lequel ils avaient été habitués à vivre, leur désir de vivre s'éteindrait vite, vu le peu de réserves qu'ils avaient après les épreuves qu'ils avaient subies. Bref, Taurgil et ses amis se rendirent assez vite compte qu'ils n'avaient pas encore fini de lutter contre le spectre venu de Dol Guldur et qu'ils avaient affronté : le poison qu'il avait répandu dans les environs devait être stoppé et soigné, sans quoi il y aurait encore davantage de morts, et le désespoir pouvait continuer à se répandre dans les cœurs bien au-delà de là où il était intervenu. Ainsi il serait d'une certaine manière victorieux, même après avoir été physiquement défait...

2 - Soins physiques et mentaux
Les ressources du groupe étant limitées, tant en temps qu'en soins physiques ou magiques, les Lossoth les plus gravement blessés, ceux dont la survie à terme était difficilement envisageable dans le Grand Nord, ne furent pas soignés. C'était le cas de ceux ayant perdu plusieurs membres ou organes, ou dont les blessures étaient trop nombreuses et graves pour espérer les voir guérir même avec de la magie. Ceux-là ne furent pas abandonnés, mais accompagnés dans la mort, avec l'accord et l'aide d'autres survivants de leur communauté : ceux qui étaient conscients furent endormis, et le froid se chargea ensuite de les faire basculer dans les cavernes de Mandos, comme pour ceux qui étaient inconscients et qui ne se réveilleraient jamais plus.

Ce qui laissait autour de deux cents personnes, dont les trois quarts avaient besoin de soins divers, et dont environ la moitié étaient complètement aveugles. A l'exception de la cécité, tous, aux dires de Taurgil, pouvaient retrouver une vie normale si leur corps était convenablement soigné, tâche à laquelle il consacra toute son énergie, prodiguant soins physiques ou magiques autant qu'il le pouvait, sans relâche. Mordin accepta également de sacrifier les trousses de soins et autre équipement similaire qu'il avait apportés pour faire du troc. Plutôt que d'admettre une certaine générosité, il prétendit que de toute manière cela pesait trop lourd pour un gain potentiel minime. Isilmë, pour sa part, se consacra aux aveugles, en commençant par elle-même : avec l'aide de sa magie elle tenta de faire un diagnostic de sa cécité pour pouvoir répondre à cette simple question : pourrait-elle un jour recouvrer la vue ? Son examen intérieur, magique, lui apporta une quasi-certitude : elle était définitivement aveugle, son nerf optique avait été complètement grillé, il était mort et ne pouvait plus guérir. Peut-être une puissante magie pourrait-elle régénérer son corps, mais pour Taurgil, dont les mains de potentiel roi Dúnadan avaient de grands pouvoirs, il ne pensait pas en être capable.

Forte de son expérience, la belle elfe, aidée par le petit hobbit, passa en revue l'intégralité des Lossoth eux aussi atteints de cécité. Ceux dont la vision avait des problèmes mais qui n'étaient pas complètement aveugles, comme Dwimfa, furent soignés magiquement ou à l'aide de rares plantes disponibles. Quant aux autres Hommes des Neiges affectés, l'examen magique de la soigneuse elfe apporta les renseignements suivants : une petite partie n'étaient pas trop atteints et en fait ils recouvrèrent partiellement la vue au cours des heures qui suivirent. Une petite partie étaient définitivement aveugles comme elle. Enfin, la majorité des aveugles examinés risquaient de le rester ou au moins auraient-ils des séquelles plus ou moins graves.

L'information leur fut donnée, mais pas seulement : anticipant le coup au moral que cela risquait de porter à tous ces gens, les aventuriers qui s'occupaient des blessés et aveugles ajoutèrent que des solutions pourraient peut-être être trouvées et qu'il fallait continuer à espérer. Peut-être les esprits du Grand Nord auraient-ils des solutions à apporter ? Parmi les Lossoth présents, les sages ou nommeurs d'esprits, figures shamaniques et fréquents guides des peuplades locales, avaient tous été tués parmi les premiers. Mais divers membres du groupe d'aventuriers se faisaient fort d'aller chercher rapidement de l'aide : peut-être pourraient-ils apporter des soins différents ou faire un rituel pour demander de l'aide aux esprits et qu'ils puissent tous les guider. Aussi, malgré blessures, cécité, chagrin ou désespoir, les personnes affectées acceptèrent de mettre de côté leur choix personnel de continuer à vivre ou non, le temps que les bons esprits qui veillaient sur eux puissent être consultés.

D'autant que les nouvelles n'étaient pas toutes mauvaises : les hordes des traîneaux éliminées laissaient derrière elles quantité de matériel, et en particulier des tentes et autres abris en nombre largement suffisant pour abriter tous les Lossoth. Entre les réserves de nourriture de ces mêmes hordes et les animaux abattus en grand nombre, il y avait de quoi nourrir tout le monde pendant plusieurs mois de la mauvaise saison, sans avoir besoin de chasser ou pêcher. Un grand mal avait été vaincu et l'avenir ne pouvait être que meilleur. Et Isilmë, à défaut de pouvoir faire grand-chose d'autre que des soins, ne ménagea pas son temps à réconforter les gens avec de bonnes paroles, ou bien encore à chanter pour restaurer l'harmonie autour d'elle. Et elle fut bien aidée aussi par Rob dont le côté joyeux et inoffensif plaisait beaucoup aux Lossoth, sans parler de sa cuisine qui émerveillait les papilles de tous. Grâce à eux deux en particulier, le moral des Hommes des Neiges remonta en flèche, même s'il était loin de connaître des hauteurs fantastiques. Mais de toute manière la vie était rude dans le Grand Nord et les Lossoth avaient l'habitude des coups durs.

3 - Cadavres et harmonie
Pour permettre aux blessés de récupérer physiquement et moralement, il fallait leur proposer un cadre adapté à leur guérison. Un champ de bataille jonché de nombreux cadavres amis ou ennemis n'était pas franchement le genre de lieu correspondant à cette nécessité. Même s'il était facile de déplacer un peu ces mêmes blessés pour ne pas rester au cœur du charnier, ce dernier resterait visible à des miles à la ronde et aurait une influence bien au-delà, pour le peuple des Hommes des Neiges très attaché à une certaine notion d'harmonie. Il fallait donc nettoyer le lieu, à commencer par ses nombreux cadavres dont le nombre ne faisait que croître grâce aux efforts de certains. Si le corps des animaux était une source bienvenue de nourriture, que faire des cadavres des Lossoth assassinés, de ceux trop blessés que le froid était en train d'achever, et des centaines d'ennemis dont les corps étaient encore chauds, et encore loin d'être tous morts ?

Les aventuriers connaissaient bien à présent les us et coutumes des Hommes des Neiges, et de toute manière ils ne manquèrent pas de demander leur avis aux survivants et premiers concernés. Si certains aventuriers habitués à la vie du sud pensaient faire brûler les corps, ce qui permettait d'éviter maladies et autres problèmes liés à la lente pourriture des corps, ils se rendirent vite compte que cela n'était pas de mise ici : d'abord car les sources de combustible étaient très limitées, ensuite car cela aurait été un gâchis incroyable. Gâchis de combustible qui pouvait servir à réchauffer, à cuire, et aider à la vie locale, mais aussi gâchis d'un matériau qui pouvait profiter à la vie du Grand Nord. Ici, même les morts étaient utiles, ils participaient à la vie du Grand Nord : brûler leurs corps n'apporterait pas grand-chose à une terre où le sol était gelé et peu de choses pouvaient pousser. En revanche, les corps pouvaient nourrir d'autres animaux qui eux-mêmes entraient dans la chaîne de la vie dont les gens du Grand Nord faisaient partie.

Autrement dit, il fallait disposer les corps de manière à ce qu'ils soient disponibles aux prédateurs et charognards de tout poil - ou autre : loups et ours se régaleraient des corps, ainsi que bien d'autres animaux terrestres, mais les animaux marins également pouvaient profiter d'une pareille aubaine. Il fallait donc pouvoir laisser les cadavres au milieu naturel, marin ou terrestre, en les dispersant le plus possible pour qu'ils profitent au plus grand nombre. D'autant que les laisser concentrés au même endroit ralentirait leur "recyclage", et une partie des cadavres resteraient ensevelis sous la neige et la glace pour ressortir à la fonte des neiges, en été, avec son lot de possibles problèmes sanitaires ou de mauvais souvenirs pour ceux qui tomberaient dessus. Restait à disperser plus de six cents cadavres humains, sachant qu'en plus la mer était couverte d'une couche de glace et de neige déjà bien épaisse...

Les Lossoth des environs faisaient partie d'une culture qu'ils appelaient dans leur langue les Jäämiehet, les "Hommes des Glaces". Ils vivaient plus au nord que les Lossoth plus communs, les Lumimiehet ("Hommes des Neiges"). Ils vivaient le plus souvent sur les côtes et se nourrissaient beaucoup des animaux marins. Pour eux, lorsqu'un corps devait être disposé, ils l'enveloppaient - nu - dans des peaux de phoque, l'emmenaient en bateau au large et le faisaient couler au fond, lesté de pierres, tout en chantant afin d'aider l'esprit du mort à retrouver l'harmonie dans le monde des esprits. Lorsque c'était l'hiver, le corps était souvent recouvert de neige et de glace pour former un tombeau qui le conserverait pendant la mauvaise saison, jusqu'à la fonte des glaces où il pourrait être rendu à la nature de la bonne manière.

Là il y avait trop de corps, attendre n'était pas une option, les survivants ne reviendraient pas s'occuper de tous ces cadavres et ne voudraient pas les voir ressurgir à l'improviste en été. En revanche il était possible de les emmener plus au large, sur la mer couverte de glace, et de casser ou faire fondre cette dernière afin d'y pratiquer diverses ouvertures où il serait possible de rendre les corps à la mer. Cela nécessiterait du temps, mais les Hommes des Glaces survivants et pas trop blessés pouvaient s'occuper de cela, éventuellement aidés par des membres du groupe d'aventuriers. De toute manière ils étaient partis pour rester quelques jours ici, le temps de régler tous les problèmes qui se posaient. Et la nourriture ne manquait pas, et le ciel était à présent très clair. C'était donc un problème dont Taurgil et ses amis n'auraient pas trop à se préoccuper.

Restaient les centaines de guerriers des hordes des traîneaux que Vif et Geralt n'avaient pas encore fini de faire passer tous de vie à trépas. Ceux-là étaient trop nombreux pour être remis à la mer, les laisser aux loups blancs et autres prédateurs et charognards des environs était la meilleure solution. Restait à disperser tous ces cadavres, les emmener assez loin pour qu'ils puissent être repérés par un maximum de bêtes et être assimilés au plus vite par la chaîne alimentaire locale avant qu'ils soient ensevelis. Il n'y avait qu'un seul moyen pour cela : utiliser des traîneaux pour aller disperser toutes ces dépouilles vite et loin. Les traîneaux ne manquaient pas, par contre les chiens ou loups habitués à les tirer étaient morts ou s'étaient enfuis, pour la majeure partie. Il faudrait donc d'abord les retrouver, ce qui permettrait aux aventuriers, aidés par divers Hommes des glaces, de régler ce problème de cadavres dans les jours à venir.

4 - Aide et entraide
Bientôt le plus urgent fut fait, à savoir s'occuper des ennemis ou des survivants. Ces derniers étaient soignés, nourris, réconfortés - autant que faire se pouvait - et abrités sur place, tandis que les menaces actives (vivantes) ou passives (pièges...) avaient été éliminées. Il fallut bien se reposer après cela, car le travail ne manquerait pas et tous, à de rares exceptions près, avaient besoin de récupérer. Après le repos, disposer des cadavres fut la priorité du "jour", sans parler des incontournables tâches quotidiennes comme soins constants et repas à préparer, ou aider les plus démunis (de vue, de mobilité) à vivre ou survivre. Le groupe d'aventuriers n'était pas seul, mais les Hommes des Glaces capables de les aider étaient en nombre réduit - peut-être une cinquantaine - et aucun d'eux n'avait de capacités spéciales comme de la magie.

Les moyens de transport étant essentiels, trouver des animaux capables de tirer les traîneaux fut traité en priorité. Les rennes domestiques avaient tous été tués, et les chiens de traîneau ou loups domestiques avaient été presque tous tués ou s'étaient enfuis, certains à l'aveuglette. Qu'à cela ne tienne, Vif se chargea d'en ramener un grand nombre : elle savait que les canidés en général ne supportaient pas son odeur, et elle-même pouvait se déplacer facilement dans l'environnement du Grand Nord grâce à son puissant corps félin. Elle alla donc retrouver des groupes de chiens assez nombreux pour ne pas être trop effrayés par sa présence, et qui donc voulurent s'attaquer à elle. Elle put ainsi facilement les ramener vers le camp où les Lossoth ou autres aventuriers purent les réunir et les atteler aux traîneaux. Même ceux qui étaient aveugles pouvaient servir, car tous les chiens n'avaient pas besoin de bien voir pour tirer un traîneau : les deux de devant, s'ils y voyaient, pouvaient suffire, d'autant que le conducteur de traîneau était là pour donner la direction.

Aventuriers et survivants valides s'entraidèrent donc pour disposer les corps. Les Hommes des Glaces se concentrèrent en priorité sur les cadavres des leurs tandis que les aventuriers entassèrent les cadavres des guerriers ennemis sur des traîneaux, pour ensuite les emmener au loin. Ce qui leur prendraient du temps, vu le grand nombre de cadavres et le vaste territoire sur lequel ils allaient être dispersés. Et puis ils ne connaissaient pas grand-chose à l'art de la conduite de traîneau, même si certains n'hésitèrent pas à apprendre, aidés par les autochtones. L'équivalent d'une journée y fut consacré et elle ne suffit pas complètement, mais les choses avancèrent tout de même. Chacun trouva à être utile, selon ses capacités et ses goûts. Ainsi Geralt préféra-t-il conduire un traîneau et faire tomber les cadavres qu'il transportait plus loin, plutôt que de transporter les corps durcis par le gel sur les traîneaux à disposition, comme Mordin.

Femme et Homme des Bois ne participèrent pas à cette tâche : après son aide pour le rassemblement des chiens valides, Vif choisit de partir quérir l'aide d'autres autochtones, et en particulier de ceux capables d'interroger le monde des esprits voire de faire des rituels de soins et purification, éventuellement magiques. Elle avait tout de même besoin d'un interprète, aussi prit-elle sur son dos son ami Dwimfa, qui était à présent peut-être plus Losson qu'Homme des Bois. Et qui pouvait parler bien mieux qu'elle et rassurer leurs futurs interlocuteurs, d'autant qu'elle pensait qu'il devait être un peu connu dans les environs. En tout cas il saurait convaincre bien mieux qu'elle sur la nécessité d'aider les survivants de l'hécatombe perpétuée par Khamûl et ses sbires. Les aventuriers avaient déjà prévenus les clans et tribus plus au sud de fuir, et depuis un moment, donc la lionne enchantée préféra-t-elle partir vers le nord.

Il fallut tout de même de nombreuses heures avant de trouver de nouvelles tribus d'Hommes des Glaces : les plus proches du lieu du combat avaient été capturées et anéanties, et les autres plus éloignées avaient fui plus loin. Néanmoins, les deux amis parvinrent-ils enfin à trouver des interlocuteurs. Une fois dépassés les problèmes du premier contact, les Lossoth (et leurs chiens !) n'étant pas habitués à côtoyer un grand félin tel que Vif, Dwimfa put donner des nouvelles et plaider la cause des survivants, et réclamer l'aide des esprits afin d'aider les blessés à guérir et faire leur choix de vie ou de mort. En tant qu'habitant lui-même du Grand Nord, il sut se comporter comme ses interlocuteurs et leur faire sentir les besoins et opportunités présents : si les survivants seraient une charge dans un premier temps, en attendant leur guérison complète, en revanche le matériel et surtout les tonnes de nourriture disponibles compenseraient largement ce désagrément.

Favorablement touchés par cette requête, les shamans rencontrés prirent tout de même le temps d'interroger les esprits au cours de la prochaine période de repos. Il en ressortit des signes positifs, aussi un convoi de traîneaux, qui serait complété plus tard par d'autres traîneaux venus d'autres clans et tribus, se prépara-t-il à faire le voyage vers le sud. C'est ainsi que, au cours du deuxième "jour" après celui du combat contre Khamûl, les survivants virent-ils arriver ces nouveaux venus pour les aider. Sages et nommeurs d'esprit feraient leur possible pour les soigner davantage et les aider à faire le bon choix : se laisser mourir ou continuer à vivre, en établissant une nouvelle tribu composée de divers survivants, ou intégrer une autre tribu disposée à les aider à guérir et s'intégrer au groupe.

5 - Consultation des esprits
Les nouveaux arrivants furent bien accueillis et se mirent très vite au travail. Les soins prodigués par Taurgil et Isilmë, voire d'autres, étaient déjà remarquables et ne purent être beaucoup améliorés. En revanche, les soins constants à donner à tant de blessés, le réconfort donné par des personnes de la même culture, tout cela joua favorablement. Et lorsque le bilan fut fait, les shamans venus avec Vif et Dwimfa commencèrent à préparer un grand rituel afin de purifier le site, déjà bien préparé, mais aussi consulter les esprits de manière à permettre à chacun de faire les bons choix. Et même si tous ne choisirent pas de participer, plusieurs aventuriers voulurent bien tenter l'expérience afin de poser diverses questions qui les taraudaient aux esprits du Grand Nord.

Pour l'occasion, des grandes tentes avaient été dressées, très proches les unes des autres et communiquant facilement entre elles, afin que tous puissent être présents et se sentir entourés. Ainsi tous les Lossoth et aventuriers motivés purent-ils suivre les préparatifs et le déroulement du rituel. Il y eut ainsi de nombreux chants pour appeler les esprits, de nombreux récits pour laisser partir la souffrance, des cris et pleurs et de nouveaux chants... Et puis au bout d'un moment, certaines herbes furent brûlées dans des feux, dont certaines fournies par les aventuriers eux-mêmes, qui les avaient proposées aux Lossoth. Et ainsi, petit à petit, les personnes présentes entrèrent dans le monde des songes et à travers lui celui des esprits. Les aventuriers rêvèrent-ils ou communiquèrent-ils vraiment avec les esprits des lieux ? En tout cas ils vécurent quelque chose, parfois pas toujours facile à interpréter.

En général, les aventuriers se retrouvaient dans un environnement familier ou à tout le moins associé à des éléments positifs, où ils gardaient de bons souvenirs. A cela s'ajoutait la présence d'êtres ou de présences manifestement amies. Isilmë, par exemple, s'était retrouvée dans un cadre qui lui rappelait Fondcombe et la présence d'autres elfes. Elle s'était concentrée surtout sur la manière de combattre Tevildo. Dans son songe, elle vit venir au-dessus d'elle un nuage très noir, mais, bien que cachée au premier abord, émanait en son centre une petite lueur blanche... L'environnement vécu par Mordin, par contre, était plutôt souterrain et rempli de filons de minerais précieux et autres richesses minérales, et habité par de nombreux nains semblables aux plus grands seigneurs de l'histoire des siens, comme par exemple Durin.

Geralt, pour sa part, rêva de lits douillets et tièdes, de quantité d'oreillers, et de siestes infinies sans personne pour venir le déranger. Lui était préoccupé par les dommages collatéraux que le groupe causait aux Lossoth, et il aurait bien voulu savoir comment les soigner ou les éviter. A l'une de ces questions il vit un enfant tomber à l'eau et commencer à se noyer, puis finir par se transformer en poisson pour se trouver bien dans son nouvel élément. Une autre vision qu'il fit comportait tout d'abord l'éloignement des esprits qui volaient autour de lui, mais l'un d'eux finit par revenir pour s'enfoncer dans le sol. A cet endroit jaillit alors un cercle de fleurs.

Aux questions que posa un aventurier sur la manière de lutter contre Tevildo, Durlach et Eloeklo, une étrange vision fut proposée. Elle commença par un cercle ou fossé dans lequel les trois entités étaient enfermées, occupées à se combattre toutes les trois. Puis la vision changea et cette fois-ci les trois entités étaient à l'extérieur du cercle, séparées, et elles ne pouvaient entrer à l'intérieur. Au milieu de cet espace, l'aventurier vit en songe Drilun en train de faire un rituel ou de consulter un grimoire...

A l'issue de la période de repos, les Lossoth survivants semblaient avoir retrouvé une certaine harmonie, une plus grande paix intérieure. En rêve ils avaient pu faire un choix et l'avenir leur semblait à présent plus serein. Même si cet avenir, pour des gens du sud, ne paraissait pas très joyeux : sur les deux cents survivants, une cinquantaine avaient choisi la mort, qui était pour eux la meilleure manière de retrouver l'harmonie et d'aider, bien qu'indirectement, à la survie de leur peuple. Ils ne seraient pas une charge, leur esprit pourrait sans doute davantage aider, et leur corps servirait dans la chaîne de la vie du Grand Nord, comme tout le monde de toute manière... Quant aux autres, y compris certains aveugles, ils bâtiraient une nouvelle tribu ou en intégreraient une nouvelle existant déjà, ils aideraient par leurs compétences et leur savoir et entameraient une nouvelle vie. Même si elle pouvait être courte : les quelques aveugles qui avaient choisi de rester ne le faisaient que le temps de pouvoir transmettre le savoir qu'ils estimaient utile aux autres, dans la mesure où ils savaient que la nourriture était abondante et qu'elle ne manquerait pas. Sans doute se laisseraient-ils mourir d'ici quelques mois, lorsque leur mission serait achevée...

6 - Départ vers Canadras
Au bout du compte, il semblait bien que les aventuriers n'étaient plus vraiment utiles. Les survivants étaient autonomes à présent, aidés par les nouveaux venus qui allaient prendre soin d'eux, sans parler d'autres Hommes des Glaces qui allaient probablement arriver lorsque ce serait possible. Il faut dire qu'un petit blizzard venu du nord soufflait vent et neige sur les environs et n'incitait pas au voyage. Il semblait bien que ce temps était naturel, d'après Rob qui ne distinguait aucune magie dans la neige et le vent. Malgré ces derniers, au grand dam de Geralt, le groupe ne souhaitait pas s'attarder plus que nécessaire, et il n'y avait plus rien qui le retenait. Tous avaient récupéré de leur fatigue physique ou nerveuse ou de leurs blessures, à l'exception d'Isilmë toujours et désespérément aveugle. Tevildo avait bien soufflé par l'intermédiaire de Vif qu'il avait une solution pour lui rendre la vue, mais la belle elfe ne tenait pas à conforter l'emprise que le Maia avait sur elle, ou du moins pas encore. Elle se passerait de vue, avec l'aide de ses amis, et elle verrait quand ça ne serait plus possible. Dwimfa en profita d'ailleurs pour récupérer son arc magique, bien meilleur que celui qu'il portait d'habitude.

Après des adieux brefs, le groupe partit en direction du nord et de l'est. L'objectif était d'aller voir le dragon Canadras, qui habitait une caverne à l'extrémité d'une péninsule rocheuse qui portait son nom. L'hiver serait bientôt là mais la mer qui les séparait de leur objectif était déjà passablement gelée et couverte de neige, donc facilement praticable. Bien sûr, le mauvais temps ne facilitait pas les choses, tant pour se repérer que pour avancer. Mais le groupe avait l'habitude de la magie du magicien dunéen : d'une part il pouvait diminuer l'intensité du mauvais temps, afin de leur permettre d'avancer avec moins de difficulté ; d'autres part ses divinations magiques lui permettaient de s'orienter, et, à l'aide d'une carte donnée par les elfes de Brumes Éternelles, de connaître à peu près leur position.

Ils furent donc tous partis, une fois le blizzard quelque peu atténué par la magie de l'archer-magicien. Une partie de leur équipement était disposé sur un traîneau dans lequel avaient également pris place Rob et Mordin, et que tirait Vif toujours sous sa forme de grand félin enchanté. Les autres venaient à ski, attachés les uns aux autres pour ne pas se perdre. En effet la nuit et le mauvais temps faisaient qu'ils ne voyaient pas même leur main s'ils tendaient le bras, pour ne rien dire de l'elfe. Et Vif n'avait pas d'autre repère pour la guider que la direction du vent, relativement régulière. Ainsi ils avancèrent sur la mer gelée et enneigée, suffisamment solide à présent pour ne pas avoir à craindre de tomber dans l'eau glacée.

Les trois premiers "jours", si l'on peut parler ainsi, furent occupés de manière similaire : la lionne enchantée tirait le traîneau, derrière lequel venaient ses amis. Après un long moment à marcher dans un monde gris-noir, le groupe s'arrêtait lorsque les estomacs venaient à crier famine. Au cours de la pause repas et repos, tous abrités comme ils le pouvaient de la neige et du vent, Drilun renouvelait son sort de maîtrise du temps et pouvait aussi faire une divination pour corriger leur trajectoire, même si c'était plutôt le soir qu'il le faisait. Ils repartaient ensuite pour une nouvelle lutte contre le vent du nord, jusqu'à ce que les plus fatigués commencent à crier grâce, tant leurs membres lourds leur semblaient douloureux. Un abri était fait voire plusieurs, un repas était pris, des sorts jetés pour rendre le sommeil plus profond et réparateur au besoin, ou pour estimer la position. Puis tous dormaient et quand tout le monde était réveillé le voyage pouvait reprendre.

A la fin du troisième cycle de voyage, qui devait s'apparenter à trois jours, le paysage restait plat et uniforme, ce qui surprit un peu certains aventuriers qui s'attendaient à arriver plus vite sur la côte ouest de Canadras. En revanche, il semblait bien que le vent faiblissait et que le temps changeait, ce qui leur permettrait de mieux se repérer si le ciel se dégageait assez. Comme pour exaucer leurs souhaits, ils se réveillèrent un peu plus tard sous un ciel parfaitement clair où les étoiles étaient bien visibles, sans parler de diverses lueurs étranges qui faisaient des vagues colorées et magnifiques dans le ciel. Et à une certaine distance à l'est, les plus perceptifs arrivaient à distinguer un relief qui correspondait aux côtes qu'ils recherchaient. Avec l'aide de la longue-vue ils purent affiner leur position qui n'était pas très éloignée de ce à quoi ils s'attendaient. Et bientôt ils furent prêts à repartir, sans plus être gênés par le mauvais temps.

7 - A la recherche du dragon
Auparavant, Taurgil et ses amis avaient discuté de l'emplacement exact de cette fameuse caverne où habitait le dragon Canadras. Certains la voyaient plutôt à l'extrémité nord de la péninsule, d'autres en différents endroits. Ils ne se rappelaient plus trop les détails de ce que leur avaient dit les elfes de Brumes Éternelles, ou peut-être n'avaient-ils pas donné l'emplacement exact. En tout cas, entre ce dont certains se souvenaient et ce qu'ils avaient pu grappiller dans les échanges avec les Lossoth ou Dwimfa lui-même, ils avaient choisi d'aller voir tout au nord. De toute manière, ils pensaient longer la côte ouest un bon moment et auraient tout le loisir de repérer l'entrée d'une quelconque grotte à flanc de falaise, et d'aller voir plus loin s'ils n'y trouvaient rien. Ils se mirent donc en route de manière à se rapprocher assez vite de la côte pour pouvoir ensuite la longer vers le nord en restant bien attentifs.

Faute de mauvais temps pour les ralentir, l'allure était bien meilleure que les trois jours précédents. Ils furent bientôt à faible distance de la côte, assez près pour pourvoir facilement repérer une entrée souterraine assez grande pour un dragon, mais pas trop non plus pour ne pas suivre un trait de côte tout sauf rectiligne, ce qui les ralentirait. Ils pouvaient à présent facilement se repérer grâce à la carte des elfes et leurs propres observations. Observations qui amenèrent Vif à repérer une lumière étrange plus au nord, au-delà de la péninsule qu'ils étaient en train de contourner. C'était une lumière différente des vagues colorées qui ondulaient dans le ciel : elle était très bas sur l'horizon, plein nord, et ne bougeait pas du tout.

Certains se rappelèrent les histoires concernant une cité des elfes des neiges (Lossidil) dont émanait en permanence une lumière située au sommet d'un pic. C'était sûrement cela : au nord de la péninsule il n'y avait aucune terre, mais en revanche la mer y était gelée en permanence, du moins à une faible distance de la côte qu'ils longeaient. La cité elfique était plus au nord, et par temps clair la lumière qui en émanait devait être visible depuis les terres les plus au nord. Mais elle rappelait quelque chose à la lionne enchantée, qui en parla au maître-assassin. Lui aussi avait fini par repérer la lumière, mais ce n'était pour lui qu'une lumière bizarre de plus dans le Grand Nord. Elle insista un peu néanmoins, si bien qu'il l'examina de plus près, avec l'aide de la longue-vue. Et il finit par se souvenir d'une lumière similaire, longtemps auparavant, quand ils avaient combattu un dragon et des armées d'Angmar dans le nord des Monts Brumeux. Ils y avaient trouvé un fragment d'une des lampes de lumière créées il y avait très longtemps par les Valar, avant les arbres de lumière, avant le soleil et la lune. Vif pensait bien qu'il s'agissait d'un autre fragment de la lampe du nord appelée Illuin...

En gardant à l'esprit ce nouvel élément - encore une nouvelle chose intéressante à aller voir dans le Grand Nord - ils se recentrèrent sur leur premier objectif, à savoir le dragon Canadras. Il serait bien temps d'aller voir la cité des Lossidil après avoir vu le dragon. Ils longèrent donc la côte encore et encore, jusqu'à commencer à contourner l'extrémité nord de la péninsule. A cet endroit-là, les terres émergées formaient une falaise assez haute au-dessus de la mer gelée et enneigée sur laquelle ils avançaient. Lorsque la lionne enchantée repéra enfin leur objectif : à flanc de falaise, un peu en-dessous du milieu, une large ouverture semblait assez grande pour laisser passer un dragon de bonne taille. Sous cette ouverture il était également possible de distinguer les restes d'un passage qui permettait autrefois aux elfes d'accéder à l'ouverture en marchant, et que le dragon avait détruit quand il s'était installé là.

Après avoir examiné de près l'ouverture, et n'avoir trouvé aucune trace du dragon à l'extérieur, tous se demandèrent comment aborder Canadras. Geralt annonça que de toute manière il devait être au courant de leur arrivée depuis un moment, et il n'hésita pas à le héler avec force, en espérant le voir sortir de sa tanière. Mais cela ne fut suivi d'aucune réaction, ni bruit ni mouvement venant de l'intérieur de la caverne. Comment savoir s'il était là ? Pendant leur voyage, Drilun avait essayé de faire des visions magiques pour en savoir plus sur le dragon, mais sans grand succès, ce qui l'avait amené à se demander s'il n'existait pas des protections magiques sur la caverne ou sur le dragon lui-même... En tout cas Canadras ne semblait pas daigner les rencontrer, s'il était bien chez lui. Fallait-il aller à sa rencontre, et comment ? Il était possible de grimper jusqu'à l'ouverture, mais à ce moment les aventuriers seraient encore davantage vulnérables et à sa merci. D'un autre côté, ils le seraient sans doute encore plus lorsqu'ils seraient chez lui, où il devait les attendre. Comment allaient-ils gérer cette rencontre ?

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Niemal
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Grand Nord - 22e partie : échanges avec un dragon

Message non lupar Niemal » 08 novembre 2018, 16:34

1 - Prudente approche
Si le dragon ne venait pas à eux, il faudrait sûrement aller à lui. Peut-être n'était-il pas chez lui, peut-être les attendait-il tranquillement, peut-être dormait-il... Vu le boucan qu'avait fait Geralt, cette hypothèse fut bien vite écartée. Vif n'entendait rien, mais malgré son incroyable ouïe, elle ne percevait pas tout, surtout d'aussi loin, et il n'était pas interdit de penser que le dragon essayait d'être discret ou qu'il avait des protections magiques. En parlant de protections magiques, d'ailleurs, Drilun chercha confirmation de la chose en utilisant un sort de divination pour mieux appréhender la caverne dont l'ouverture béait face à eux. De manière un peu étrange, son sort lui retourna une information mi-figue mi-raisin, comme s'il n'y avait aucune caverne... en même temps qu'il y avait quelque chose. Une espèce de caverne dont le volume était nul, autrement dit. Bref, ladite caverne semblait bien protégée contre certaines magies comme les divinations.

Il fallait donc, d'une manière ou d'une autre, se jeter dans la gueule du dragon. Gueule qui semblait être armée contre d'éventuels intrus, d'après des observations faites par les plus perceptifs de l'équipe : sur les bords de l'entrée de la caverne éclairée par un sort de Drilun, certains arrivaient à distinguer des inscriptions ressemblant fortement aux runes magiques que leur magicien dunéen savait réaliser. Il fallait donc grimper jusqu'à la caverne tout en se préparant à être soumis à des sortilèges divers et variés. Avec un inconvénient supplémentaire : Isilmë, tant qu'elle était aveugle, aurait les plus grandes peines du monde à grimper seule là-haut. Par le haut ou par le bas, l'escalade sur la paroi rocheuse en partie couverte de glace semblait très difficile aux yeux des experts...

Après discussion, il parut qu'il était préférable de descendre que de monter : pour les habitués cela ne changeait rien à la difficulté, et pour les autres ce serait moins fatigant de se laisser descendre le long d'une corde plutôt que de grimper en s'aidant de cette même corde. Vif partit alors en éclaireur afin de trouver un site qui leur permettrait de monter au sommet de la falaise sans trop de difficulté, en tout cas plus facilement que pour accéder à la demeure de Canadras. Elle revint assez vite vers ses amis, expliquant qu'elle avait trouvé un tel passage : un endroit où la falaise était échancrée, fendue, avec de nombreux débris recouverts en partie de neige et de glace. Difficile mais à la portée de tout le monde.

Le traîneau avec une bonne part de leur équipement fut mis contre la falaise à une petite distance de l'entrée de la caverne. Isilmë attendrait là, gardée par Geralt qui avait la flemme de monter pour ensuite redescendre. Les six amis partirent ensuite jusqu'au site repéré par la lionne enchantée, où un nouveau sort de l'archer-magicien éclaira les environs pour faciliter leur tâche. Puis ils grimpèrent les uns après les autres, avec plus ou moins de facilité. Taurgil, peu adroit quant à l'art de l'escalade, fut aidé par son amie féline afin de ne pas faire durer trop longtemps son ascension et lui épargner ses forces. Une fois là-haut, où le vent soufflait bien plus fort qu'au pied de la falaise, ils rebroussèrent chemin avec peine, dans la neige épaisse, ce qui leur prit un bon moment car ils n'avaient pas pris skis ou raquettes, un peu encombrants pour faire de l'escalade...

Ils arrivèrent enfin à la verticale de l'entrée de la caverne, trente pas plus bas. Ils avaient une corde d'à peu près la bonne longueur, attachée à un grappin. Après avoir creusé et trouvé l'endroit idéal pour accrocher la corde, grâce aux bons soins de Vif, tous se préparèrent à la descente. Malheureusement la corde était un peu courte et son extrémité se terminait à trois pas au-dessus du sol de l'entrée. Heureusement le bord inférieur de l'entrée formait une corniche, si bien qu'il était possible de se suspendre à l'extrémité de la corde et de se laisser tomber sur le sol de l'entrée sans faire d'acrobatie. L'archer-magicien dunéen refit une nouvelle fois le sortilège permettant d'éclairer toute la zone, et Mordin empoigna la corde afin de descendre en premier.

2 - Sommeil, glisse et épouvante
Mordin n'était pas aussi bon grimpeur que Dwimfa, Rob ou Vif, mais descendre une corde d'une trentaine de pas à flanc de falaise n'était pas trop dur pour lui. Il arriva au bout de la corde, s'y suspendit et se laissa tomber sur la corniche... et manqua glisser et tomber de la falaise : la glace était bien lisse et en pente très légère, et il ne fallait pas grand-chose pour glisser et faire un beau plongeon. Du coup, il prévint ses amis et entreprit, à l'aide de sa hache, de faire des encoches dans la glace là où il avait atterri. Ainsi ses compagnons auraient-ils moins de mal à garder leur équilibre à leur atterrissage.

Drilun fut le second à passer. Lui non plus n'était pas un grand grimpeur mais bien assez correct tout de même. Il arriva donc à bon port, n'eut pas de mal à garder son équilibre, et commença à étudier les nombreuses runes qui parsemaient les parois de l'entrée de la caverne. Il entendit Dwimfa arriver après lui, rapide et agile, tandis qu'il reconnaissait des runes de sorcellerie avec des pouvoirs d'influence. Il se retourna lorsqu'il entendit une exclamation du nain derrière lui : l'Homme des Bois n'avait eu aucun problème à garder son équilibre... mais manifestement il avait eu plus de mal à résister à la magie présente : il gisait par terre, comme endormi. Là-haut, Rob avait senti une activation magique à chaque arrivée de l'un de ses amis. Manifestement, l'effet était un profond endormissement qu'il ne fut pas possible d'interrompre...

Dwimfa fut donc mis de côté de manière à laisser place à Taurgil, qui prit son temps et arriva sur la corniche. Mais il parvint à résister aux enchantements à l'aide d'un sort à lui, contrairement à Vif qui arrivait par ses propres moyens, sans utiliser la corde. À peine eut-elle touché le sol glacé qu'elle se roula en boule et s'endormit aussitôt. N'ayant pas réussi à réveiller Dwimfa, mais connaissant la grande force de la lionne enchantée et son enchantement protecteur, Mordin se dit qu'il allait essayer la manière forte. Il lui donna un grand coup de poing, sans ménager sa force pourtant conséquente... et ne la fit pas broncher le moins du monde, comme si elle n'avait rien senti ! Un moment interloqué, il se mit à lui hurler après, pour enfin la voir ouvrir les yeux et sortir de sa torpeur : le nain lui avait fait plus mal en criant qu'en la tapant, ce qui lui avait permis de sortir du sommeil magique.

Ce fut enfin le tour de Rob, qui était descendu avec la corde, après l'avoir décrochée. Lui non plus n'arriva pas à résister au sort d'endormissement, malgré sa résistance naturelle à la magie, comme tous les hobbits. Il restait donc deux endormis, que les cris du nain ne parvinrent pas à réveiller. Après avoir fait craquer ses poings, il en assena un coup au petit voleur, qui se réveilla immédiatement... la mâchoire très douloureuse et la bouche en sang ! Le nain avait eu la main un peu lourde, malgré ses précautions pour ne pas blesser. Il s'approcha alors de l'Homme des Bois, lui balança un coup de poing qu'il espérait plus mesuré. Lequel Homme des Bois se réveilla le regard un peu noir, en crachant du sang lui aussi. Oui, Mordin avait été efficace, mais devant le regard de ses amis il s'empressa de proposer de passer à la suite du programme, à savoir un large couloir sinueux qui s'offrait à eux, couvert de nouvelles runes de sorcellerie qui ne demandaient qu'à s'activer au passage des aventuriers...

Tant Rob que Drilun avaient pu déterminer que la magie présente dans ces runes était très puissante : la résistance naturelle des nains à la magie et l'incroyable volonté de Mordin l'avaient protégé, mais ses amis étaient bien plus vulnérables que lui, malgré l'équipement magique dont ils étaient équipés. Heureusement, le bâton de lumière de Drilun renforçait la volonté de son porteur contre la magie ténébreuse. Il était sans doute possible de tenir le bâton à plusieurs, mais ce n'était pas le cas pour Vif, qui était donc sceptique quant à sa capacité à résister à la magie du dragon. En revanche, Taurgil pouvait l'aider avec un sort de soin qui servait aussi à protéger des magies agressives. Et ainsi fut-il fait : le groupe avança dans le vaste couloir, le nain en premier, seul ; derrière lui, quatre aventuriers tenaient en même temps le bâton, tenu à l'horizontale et légèrement penché du plus petit au plus grand : Rob, Drilun, Dwimfa et Taurgil. De son autre main, ce dernier touchait la lionne enchantée afin de la protéger avec sa magie.

Tour à tour, les aventuriers furent pris d'une peur panique qui menaçait de leur faire perdre tout contrôle et de s'enfuir. Mais avec l'aide du bâton de lumière ou la magie du Dúnadan, ils arrivèrent tous à résister à cette sorcellerie et continuèrent de l'avant. Le sol, couvert de glace, était particulièrement glissant, et le bâton servit aussi à aider les moins bons équilibristes à ne pas tomber, d'autant que les bons acrobates comme Dwimfa, très stables, pouvaient aider leurs compagnons. Le groupe progressa donc de quelques dizaines de pas. Les murs étaient couverts d'anciennes sculptures de glace manifestement magnifiques autrefois, avant d'avoir été brisées, défigurées ou quelque peu abîmées par le passage d'un corps massif et puissant qui n'avait semblait-il pas grand goût pour l'art des elfes qui avaient longtemps occupé ces cavernes par le passé.

3 - Installation
Le grand tunnel emprunté par le groupe déboucha enfin sur une très grande caverne là encore couverte de glace elle-même couverte de runes magiques. La lumière du bâton de Drilun était atténuée par des enchantements qui réduisaient la force de ses sorts, comme l'archer-magicien avait découvert dès l'entrée voire avant. Mais elle était suffisante pour appréhender la taille de la caverne ainsi que diverses ouvertures qui permettaient d'en sortir. Un examen rapide mais plus poussé montra que les petites étaient toutes condamnées, seules les deux plus grandes - assez pour le passage du dragon - restaient accessibles à tous. De l'une d'elles, un peu en hauteur, provenait un bruit de respiration de gros chats aux oreilles de la lionne enchantée. Un très gros chat, bien plus gros qu'elle-même, et qui à présent venait tranquillement dans leur direction...

Auparavant, les aventuriers s'étaient un bon moment concertés pour savoir comment aborder le dragon. Lui offrir un cadeau semblait une bonne introduction, encore restait à décider du cadeau en question : si tous étaient à peu près d'accord pour lui remettre un objet magique, fallait-il lui donner quelque chose de mineur au risque de paraître avare, ou était-il possible d'entrée de jeu de lui remettre un objet puissant, et lequel ? Après débat, le casque porté par Khamûl fut désigné : c'était un objet puissant avec un lien fort avec Dol Guldur ou celui qui l'avait conçu, et donc très dangereux pour un membre du groupe. Même Dwimfa, qui avait dans son passé eu maille à partir avec les gens de Dol Guldur, ne souhaitait pas forcément se risquer à certains contacts. Il se souvenait d'une époque où il avait été contrôlé par une puissante entité et où il s'était retourné contre ses amis tout en appelant les sbires du Nécromancien à lui. S'était ensuivi un redoutable combat qui avait laissé des traces dans le groupe... Bref, Mordin prit le casque et se prépara à l'offrir à l'hôte des lieux.

La tête de Canadras apparut bientôt, puis le reste de son corps, dont de nombreuses écailles portaient des runes magiques diverses, en particulier des runes de protection magique. Le dragon contempla le groupe depuis une petite hauteur, comme un balcon surplombant le reste de la caverne. Et comme tout était couvert de glace lisse et bien glissante, accéder au dragon pour lui porter un éventuel coup posait problème. De toute manière Canadras ne semblait pas pour le moment porté à la violence physique, même si ses premières paroles ne laissaient pas d'inquiéter. Elles suggéraient en effet qu'il ne savait pas encore s'il allait les laisser en vie ou non : manifestement les aventuriers étaient susceptibles de libérer de terribles forces dans le Grand Nord, mauvaises pour tous y compris pour le dragon. Il attendait donc de Taurgil et compagnie des arguments pour l'aider à décider de les épargner en fin de compte... ou non. Et il les invita à s'installer dans sa caverne en attendant d'avoir pris sa décision. Il indiqua aussi au nain qu'il acceptait son cadeau et le pria de lui laisser dans un coin pour qu'il s'en occupe ultérieurement. Mordin s'exécuta bientôt, un peu interloqué et frustré d'être ainsi commandé. Sa hache ne lui avait pas permis de repérer de point faible clair dans l'armure du dragon, pas plus que les perceptions de la lionne enchantée. Tout au plus devina-t-il que cela devait être au niveau de la tête.

Après concertation rapide, Vif et ses amis décidèrent d'accepter la proposition du dragon. Dehors, la Femme des Bois avait pu repérer très haut dans les airs la silhouette d'Andalónil qui les espionnait et qui ne manquerait pas de s'attaquer à eux pour leur pourrir un peu la vie. Il était probable qu'il ne s'approchait pas plus pour l'instant en raison de la seule présence du dragon, sans doute bien plus costaud que lui-même. De là à garantir qu'ils ne risquaient rien s'ils laissaient quelque chose ou quelqu'un dehors, il y avait un fossé que personne ne souhaitait franchir. Il fallait donc faire monter Geralt et Isilmë de même que l'ensemble du matériel. Avec la corde et les bras qu'ils avaient, rien de bien difficile.

En pratique cela fut un peu plus compliqué, mais entre la flemme de l'un et la cécité de l'autre, il était entendu que les aventuriers déjà présents sur la corniche de l'entrée dans la caverne feraient l'essentiel du boulot, et notamment Vif. Le matériel fut donc monté par la corde, puis l'aveugle fut attachée par son compagnon à terre, au pied de la falaise, et tractée ensuite jusqu'à l'entrée où elle arriva à résister au sommeil magique qui tenta de l'affecter. Le traîneau, qui n'était pas si lourd que cela, fut également hissé dans la caverne du dragon. En fin de compte, le maître-assassin monta à son tour avec le minimum d'efforts possible. Comme beaucoup s'y attendaient, le balafré aux cheveux blancs sombra dans un profond sommeil plus rapidement qu'aucun de ses amis avant lui, avec même un plaisir manifeste. Ses amis ne cherchèrent même pas à le réveiller : d'une part car ce ne serait peut-être pas si facile vu sa facilité à rester au pays des songes en temps normal ; d'autre part il pouvait ainsi facilement traverser sans mal le couloir couvert de runes de peur magique.

Il fut donc traîné sur la glace lisse jusqu'à la caverne principale où tout le groupe s'installa confortablement. Plus tard il serait réveillé et connaîtrait les affres d'une peur panique déclenchée par les runes magiques, mais pour l'instant ses amis étaient contents de l'entendre ronfler. Ils le réveilleraient quand ils auraient besoin de ses talents de beau parleur. Les huit amis virent - sauf l'elfe qui fut mise au courant, ou Geralt qui dormait - que le dragon avait mis de côté le casque de Khamûl offert comme cadeau, qui n'était plus à la place où Mordin l'avait laissé. Et le groupe se prépara à marchander avec l'un des êtres les plus puissants du Grand Nord, à l'exception des trois Maiar - Tevildo, Durlach et Eloeklo - qui étaient justement l'objet de la visite des aventuriers : Canadras les connaissait sans doute mieux que quiconque, et il faudrait lui tirer toutes les informations qu'il connaissait pour aider le groupe à les combattre.

4 - Secrets et aventures
Le jeu de chat et de souris verbal put enfin commencer. Tous les aventuriers ne participèrent pas, certains se contentant d'écouter et d'observer. Les beaux parleurs du groupe eurent bien sûr leur mot à dire, mais en fait ce qui comptait le plus, c'était les histoires que chacun avait à raconter et dont certains se souvenaient mieux que d'autres. Dwimfa joua là un rôle important car il dévoila une partie importante de l'histoire de son propre groupe d'aventuriers, dont il ne restait plus d'autres survivants que Gillowen, Tina et lui-même. Personne donc ne pouvait parler à sa place et Taurgil et ses compagnons apprirent beaucoup de choses sur l'Homme des Bois, de nombreux secrets furent révélés. Et eux qui croyaient avoir eu une histoire assez mouvementée découvrirent que leur récent ami n'avait absolument rien à leur envier. En fait, au récit qu'il fit de sa vie passée, ils s'inquiétèrent même un peu de savoir un pareil énergumène parmi eux, responsable - même si c'était de manière indirecte - de beaucoup de morts (dont un roi !) et de sanglants conflits. Au bout du compte, il était loin de faire tâche au milieu d'eux...

Toutes ces histoires, Canadras en raffolait. Le dragon savait manifestement beaucoup de choses, à tel point que certains petits détails insignifiants avaient pour lui un sens complètement différent et prenaient parfois une importance capitale. Même si au premier abord il semblait assez avare de ce qu'il savait, interrompant souvent ses récits en attente d'une histoire des aventuriers, il fut au bout du compte très prolixe. Les différents aventuriers ne lésinèrent pas sur les moyens, et ils passèrent en revue l'ensemble de leurs aventures. Vif ne participa pas directement car le dragon, s'il parlait de nombreuses langues, ne maîtrisait pas du tout le parler félin. Mais entre Drilun et Geralt, les récits de l'équipe d'origine purent être bien détaillés. Rob n'intervint guère : d'une part il n'était pas un parleur et se trouvait très bien à rester dans l'ombre des autres, d'autre part il n'avait pas toujours suivi ses amis, préférant parfois se reposer à Fondcombe et laisser ses compagnons à leurs pérégrinations.

En plus de Dwimfa, Taurgil aussi avait eu un passé d'aventurier au sein d'une autre équipe, avant d'avoir été ensorcelé par des sorciers comme Ardagor puis libéré par l'équipe actuelle. Il put lui aussi détailler certaines de ses aventures et quelques personnes qu'il avait rencontrées... Isilmë resta en retrait elle aussi. Elle était arrivée sur le tard dans l'équipe, et si elle ne détestait pas parler, ses amis avaient parfois peur des maladresses qu'elle ne manquait pas de faire, dévoilant trop de choses ou au mauvais moment. C'était quelqu'un de simple et direct et la partie qui se jouait avec le dragon n'était pas du tout à son niveau. Au risque de paraître sexiste, Drilun aimait beaucoup son amie mais particulièrement quand elle était silencieuse... Mordin avait lui aussi une place à part dans le groupe : c'était le seul - Dwimfa excepté - possédant des informations qu'il n'avait pas partagées avec le groupe, afin de garantir que Tevildo, qui lisait facilement en eux, n'en sache rien.

Drilun eut tout de même un poids spécial : en plus de l'échange d'informations, il fut au centre d'un échange de services. En effet, Canadras était non seulement un dragon mais aussi un formidable magicien, ayant accumulé un savoir de plusieurs milliers d'années dans les arts ésotériques. A part les Istari qu'étaient Gandalf, Radagast et Saroumane, le Dunéen n'avait jamais rencontré un être maîtrisant autant la magie, tant blanche que noire : d'après les nombreuses runes qui parsemaient son corps ou sa caverne, il était évident que Canadras était un maître en magie runique et en sorcellerie. Du coup, certaines informations ne pouvaient être transmises qu'à l'archer-magicien qui était le seul à pouvoir les utiliser et en tirer profit. Plus tard, le dragon lui apprendrait des sortilèges qui pouvaient faire la différence dans leur lutte contre les Maiar. En échange, Drilun aurait à travailler longtemps pour le dragon, s'engageant à inscrire de nouvelles runes sur son corps ou sa demeure. Il découvrit aussi que le dragon disposait d'une pièce spéciale spécifiquement dédiée à l'écriture de runes, où les enchantements étaient facilités. Un peu comme la montagne magique qu'ils avaient fait s'effondrer dans les Monts Brumeux, où l'aïeul de Sîralassë avait vécu un moment.

Les échanges durèrent longtemps, et malgré leurs précautions, et malgré son apparente prolixité, les aventuriers eurent l'impression que le dragon sortait plutôt gagnant de leurs échanges. Manifestement, comme Tina/Tevildo par le passé, il avait grâce à leurs histoires réussi à percer un redoutable secret grâce à eux, à savoir l'identité du Nécromancien de Dol Guldur. Secret qu'il se garda bien de partager, mais dont il se vanta un peu, à sa manière. Néanmoins, les aventuriers furent plus que satisfaits des échanges car ils apprirent beaucoup sur leurs adversaires et ils entrevirent diverses pistes pour les combattre sans forcément perdre la vie. En fait, à parler avec le vieux dragon gris, ils se demandèrent s'il n'était pas lui aussi au cœur du réseau d'informateurs que les Istari avaient tissé pour les aider à combattre les pareils au Nécromancien ou au roi-sorcier d'Angmar, sans parler des Maiar que les aventuriers devaient combattre. Canadras n'était certainement pas l'agent de Gandalf ou de Radagast, mais Vif et ses amis avaient tout de même l'impression qu'il pouvait y avoir un lien entre tous ces gens-là...

5 - Eloeklo
C'est Dwimfa qui ouvrit le bal, décrivant par le menu ses rapports très personnels avec Eloeklo et la manière dont ce dernier pouvait s'échapper de sa prison magique au-dessus des montagnes du Grand Nord. En fait, Le Maia ne pouvait pas fuir sa prison physiquement, mais son esprit, d'une certaine manière, avait pu le faire grâce à une faille magique. Et cette faille magique, c'est Gillowen qui l'avait créée. A une époque Dwimfa, Homme des Bois de la Forêt Sombre, connaissait une jeune elfe de la forêt de la Lorien, Gillowen. Elle était très attirée par les arts magiques, très douée déjà, mais un peu trop enthousiaste. Lors d'une de ses expérimentations où son ami était présent, elle ouvrit une espèce de portail magique à travers lequel l'esprit d'Eloeklo s'engouffra. A l'époque Dwimfa ne savait rien de cet être, il le percevait juste comme un démon qui avait pris place en lui et qui prenait parfois possession de son corps et lui faisait faire des actes répréhensibles. C'est ainsi qu'en 1634, Dwimfa avait fortement contribué à occuper les armées du Gondor à Pelargir, ce qui avait aidé les Corsaires d'Umbar à attaquer la ville par surprise, à la ravager et tuer le roi Minardil... Par la suite Dwimfa avait développé une résistance particulière à ce démon en lui, qui en fait ne pouvait manipuler que ses sentiments. En contrôlant ses propres sentiments - désir, haine, peur... - il pouvait résister au démon... de même qu'à certaines attaques de sorcellerie ou autre magie noire fondées sur la peur ou le désespoir.

C'est à nouveau Gillowen qui avait permis à Dwimfa de se débarrasser de cet encombrant invité, qui avait causé bien des soucis à l'Homme des Bois et ses amis au cours de leurs aventures. En effet, à l'aide d'un grimoire magique très puissant, la belle elfe avait réussi à ouvrir un autre portail similaire, en même temps qu'elle avait pu - grâce à un pouvoir inné en elle - chasser le démon de l'esprit de Dwimfa. Lequel démon avait alors pris possession de l'elfe grâce au portail qu'elle avait ouvert une nouvelle fois. Gillowen avait succombé à l'influence du démon et avait dû être maîtrisée par ses compagnons. Mais par la suite des sorciers mirent la main sur elle et arrivèrent à arracher son esprit ou son âme pour la placer dans une gemme qu'ils confièrent ensuite à une puissante araignée géante des montagnes du Mordor. Sans aucun esprit pour lutter contre ses suggestions, le démon, qui commençait à être connu par son nom, maîtrisait totalement le corps et le savoir de la magicienne. Lorsque le groupe d'aventuriers approcha de la demeure d'Eloeklo, dans le Grand Nord, il utilisa ses pouvoirs pour la libérer physiquement. Le bateau volant qu'utilisaient Dwimfa et ses compagnons s'écrasa, tous moururent sauf Dwimfa, à la chance légendaire (et magique), et Gillowen, grâce à ses pouvoirs. Mais ce n'était plus qu'un jouet entre les mains d'Eloeklo. Tina avait déjà quitté le groupe depuis un moment, contrôlée par Tevildo.

L'Homme des Bois détailla de nombreuses aventures vécues par ses anciens compagnons et lui-même, qui ne concernaient aucunement Eloeklo. En une occasion Dwimfa avait été également contrôlé mais pas par le démon du Vent du Nord : à l'aide d'un artefact magique il s'était ouvert à une créature peut-être similaire, très puissante, qui avait pris brièvement possession de son esprit, et l'avait amené à trahir ses compagnons et appeler une escouade de guerriers et sorciers venus de Dol Guldur. Gillowen avait réussi à le guérir de cette influence avant la rencontre avec ces nouveaux ennemis, et un terrible conflit s'en était ensuivi. De là à penser qu'il avait eu un contact direct avec le Nécromancien de Dol Guldur, il n'y avait qu'un pas qui intéressa prodigieusement Canadras. Ce ne fut pas la seule fois où le nom du Nécromancien revint, et le dragon y fut particulièrement attentif.

En échange, les aventuriers apprirent diverses choses sur le démon, et des pistes pour tenter de le tuer. De manière générale, comme Durlach ou Tevildo, il était relativement simple de tuer de telles créatures, en théorie du moins : ces esprits des temps anciens s'étaient trop habitués à avoir un corps physique et à exercer leur pouvoir sur le monde physique, et si leur corps était détruit ils n'auraient plus assez de pouvoir pour en reconstituer un autre par eux-mêmes. Eloeklo serait donc banni de la Terre du Milieu si son enveloppe charnelle venait à être tuée. Ce qui était plus facile à dire qu'à faire, d'autant que cette enveloppe était en grande partie immatérielle. La magie pouvait la détruire, mais autrement il fallait utiliser de la magie pour lui permettre de développer un nouveau corps, plus physique, afin de pouvoir le détruire par des moyens physiques plus traditionnels. Ce qui était loin d'être une sinécure : c'était un "démon de puissance" (Balrog), avec à sa disposition de nombreux pouvoirs et un corps extrêmement puissant et résistant.

Il avait tout de même de nombreuses faiblesses, ou peut-être pas si nombreuses mais importantes. Ainsi, il était très sensible au feu, ce qui faisait de Durlach un ennemi de taille capable de le détruire sans doute assez facilement. Egalement, malgré sa cécité, il était aussi très vulnérable à la lumière, ou plutôt à la lumière née des Valar et de la magie d'Aman. Lumière dont disposait en partie Drilun à travers son bâton. Lumière qui était également présente dans le Grand Nord dans un fragment de la lampe d'Illuin, autrefois fabriquée par les Valar pour illuminer le monde. Des objets fabriqués ou améliorés à l'aide de cette lumière, de cette magie, avaient donc davantage de pouvoir sur lui. En revanche, la présence d'une telle magie le rendait furieux et risquait de l'amener à attaquer sans réfléchir... Enfin, Canadras connaissait un rituel magique capable d'attirer physiquement le démon hors de chez lui pendant une petite durée. Assez pour l'amener en contact avec divers adversaires comme Durlach, ou pour permettre de fouiller rapidement les montagnes où le bateau volant des amis de Dwimfa s'était écrasé, avec les nombreux artefacts magiques utilisés par ses compagnons à présent décédés.

6 - Durlach
Le serpent de feu géant qui habitait le cœur du Puits de Morgoth fut rarement l'objet des discussions entre dragon et aventuriers. En fait les problèmes et questions étaient simples et directs : il était une pure force destructrice qu'il fallait éliminer d'une manière ou d'une autre, même si elle pouvait servir contre les autres Maiar. Néanmoins, un combat contre Durlach semblait incontournable, alors que c'était probablement l'être le plus fort de tout le Grand Nord voire de l'ensemble de la Terre du Milieu, sur un plan physique tout du moins. Or arriver à son contact était un soi une formidable épreuve, c'était comme de plonger dans de la lave en fusion, autrement dit la mort assurée. Seuls des objets magiques étaient susceptibles de l'affecter, et il n'était pas dit que beaucoup d'objets même magiques pourraient supporter la chaleur de son corps...

Une question essentielle de Drilun et ses amis fut donc de savoir comment se protéger de la formidable chaleur dans laquelle baignait le Maia, ou s'il était possible de lui nuire à distance. Canadras n'avait pas de recette miracle à donner, mais néanmoins ses réponses apportèrent quelques pistes aux aventuriers. En gros, pour se protéger, il fallait user de magie, si possible bien puissante... Et là encore, l'éclat de la lampe d'Illuin pouvait permettre de faire des objets exceptionnels pour protéger d'éventuels combattants. Mais il pouvait aussi être affecté par cette même lumière, et plus encore par la glace ou le froid intense, voire par l'eau. Eloeklo, bien qu'éventuellement moins puissant et en grande partie désincarné, pouvait peut-être représenter un outil précieux contre le démon du feu... En tout cas leur antagonisme était un élément important à ne pas négliger. Et là encore, comme pour Eloeklo, le dragon connaissait une magie capable d'appeler le Maia hors de chez lui et de l'y maintenir un moment.

En échange de ces informations, voire d'autres, les aventuriers détaillèrent nombre de leurs histoires faisant intervenir Angmar ou le Nécromancien. Plus les histoires s'enchaînaient, plus les liens entre les deux étaient évidents. Ainsi la saga liée à Caran Carach, qui avait amené l'équipe à se créer, en était-elle une belle illustration : la terrible bête était partie de Dol Guldur, avait semé la destruction sur son passage, ce qui avait valu à Vif de le suivre à travers différents pays. En Eriador, le soutien d'Angmar au loup-garou fut constant. Lorsqu'ils luttèrent aux côtés des seigneurs des chevaux en Rhovanion, le soutien de Dol Guldur et de ses sbires à une armée destinée à soutenir Angmar ne laissait aucun doute sur les liens étroits entre les deux.

Canadras fut aussi très intéressé par d'autres détails liés à l'un ou à l'autre, et dans lesquels le dragon sembla trouver un schéma riche d'enseignements pour lui. Il fut question de Moriel, sorcière formée en Angmar et qui fut un moment une aventurière aux côtés de Taurgil et d'autres compagnons. Mais également d'un elfe aux cheveux d'argent habitant Dol Guldur, et dont il semblait être l'un des principaux artisans forgerons. Y avait-il un rapport avec Ost-in-Edhil, la forteresse des elfes au Second Âge, lieu de création des anneaux de puissance et à présent juste des ruines, ruines où diverses équipes d'aventuriers avaient trouvé objets et informations les plus divers ? N'était-ce pas un anneau de puissance que Taurgil et Moriel avaient trouvé ? N'était-ce pas à Ost-in-Edhil que le métal magique permettant de faire des bateaux volants avait été découvert ?

Le fonctionnement de Dol Guldur fut décrit aussi par les aventuriers à travers leurs périls au sein de la Forêt Sombre. La prophétie liée à la fille d'Atagavia, concernant la chute du Nécromancien par un de ses descendants, évoqua-t-elle quelque chose au puissant magicien qu'était Canadras, sans doute lui aussi rompu aux sortilèges de divination ? Il était aussi intéressant de voir la cible principale des manigances d'Angmar ou de Dol Guldur : au bout du compte, c'était le royaume d'Arthedain qui était visé, que ce fût à travers les actions de Caran Carach, les empoisonnements des grandes familles nobles grâce à du vin réalisé sous l'autorité d'Ardagor grâce à la sœur (ensorcelée) de Sîralassë, les expériences magiques pour créer des fantastiques créatures ténébreuses au service d'Angmar... Même l'éveil de Fercha semblait tout sauf le fruit du hasard, sans parler de l'enlèvement du grand-père de Narmegil, les actions d'Angmar à Tharbad ou dans le Cardolan... Tout participait d'une même volonté, que le dragon semblait bien cerner grâce aux récits des aventuriers.

7 - Tevildo
Mais le gros des discussions concerna un vieil ami dont l'influence remontait à bien avant le temps du présent groupe d'aventuriers. Tevildo entremêlait l'histoire de plusieurs groupes d'aventuriers avec celle des rois de Gondor et d'Arthedain, et autre beau monde. Et il semblait avoir un lien particulier avec le Nécromancien, suggérant qu'ils se connaissaient de longue date. Même s'il était délicat de faire des hypothèses, s'agissant d'êtres très anciens et retords, prompts à semer de fausses pistes, ou du moins pouvait-on le supposer concernant l'hôte de Dol Guldur. En tout cas le groupe avait cru deviner que Caran Carach connaissait l'identité de son maître dont il était le geôlier en chef. En effet, à deux occasions, le groupe avait assez occupé le loup-garou de Dol Guldur pour que Tevildo, par l'intermédiaire de Tina dont il contrôlait le corps, avait pu sonder l'esprit du monstre... assez pour en extraire cette précieuse information, si l'on devait en croire la véhémente réaction du Prince des Chats.

A tout le moins, ce dernier s'activait depuis longtemps, discrètement, et le récit de Dwimfa dévoila quelques beaux secrets. Apparemment nombreux étaient ceux qui connaissaient l'histoire de la reine Berúthiel, mariée au douzième roi du Gondor, Tarannon Falastur. Elle n'eut jamais d'enfants, elle était détestée du peuple avec ses neufs chats noirs et son chat blanc qui espionnaient toutes et tous, et elle passait pour une sorcière. Tant et si bien que son mari finit par l'attacher à un bateau qui dériva vers le sud. Sauf qu'en fait il semblait bien qu'elle avait eu un fils caché du roi, fils qui grandit au sein de la lignée des princes du Mornan, dont Arang, l'un des amis de Dwimfa, était l'un des héritiers. Un de ses ancêtres avait d'ailleurs été le jouet de Tevildo, au moment de la Lutte Fratricide en Gondor au 15e siècle du Troisième Âge. Mais ce "jouet" avait préféré se laisser mourir que de monter sur le trône du Gondor et servir de pantin au Prince des Chats.

A cela se mêlait un culte de prêtresses maléfiques voué à la gent féline, culte qui semblait avoir un lien avec la reine Berúthiel et qui avait peut-être gardé un moment la prison de Tevildo, le Kuilëondo. En tout cas ce culte était manifestement à l'origine d'expérimentations ayant entraîné la naissance de trois individus avec des capacités magiques spéciales et un lien très fort avec le Prince des Chats. L'un était Tina, transformée en lynx blanc par le pouvoir du Kuilëondo et contrôlée par l'occupant du ténébreux bijou ; un autre était Vif, capable de se transformer en félin enchanté même sans l'aide directe ou indirecte de Tevildo ; enfin, le dernier semblait être un magicien rouquin vivant dans le sud, inconscient de son origine... Ces trois-là avaient un lien très fort avec le Prince des Chats, en particulier Vif. Ils étaient donc des hôtes privilégiés pour l'esprit ou l'âme - l'essence divine - de Tevildo. Ce qui n'empêchait pas qu'il avait des liens avec de nombreuses autres personnes : Míriel, fille de Narmegil et Isis, anciens aventuriers ; mais aussi tout le présent groupe, à l'exception de Mordin et Dwimfa. Mais ce lien était trop ténu pour que leur corps puisse facilement servir d'hôte à l'essence du Maia...

Comme Durlach et Eloeklo, Tevildo quitterait pour toujours la Terre du Milieu s'il ne trouvait pas un corps pour abriter son essence à présent enfermée dans le Kuilëondo. Avec suffisamment de magie - née par exemple de la destruction de l'Ulûkai - il pourrait créer un corps à lui, mais il lui était encore plus facile d'utiliser celui de quelqu'un avec qui il avait un lien fort, comme Vif, en particulier si la personne en question invitait librement le Maia à venir en elle. Tuer Tevildo semblait donc simple en apparence : détruire le bijou maudit dans lequel il était enfermé, ou capturer l'essence d'un autre Maia afin de chasser Tevildo du bijou, inviter son essence dans le corps de Vif, et tuer cette dernière... Le corps de Tina, s'il était proche, pourrait peut-être être la cible du Maia mais sa volonté était forte, peut-être pourrait-elle résister... ou peut-être devrait-elle être tuée elle aussi. Et quant au dernier, du nom de Manil, il semblait trop loin pour permettre de servir à Tevildo si jamais ce dernier était en manque de corps... ou du moins pouvait-on l'espérer. Tout dépendait vraiment de l'état de santé du Prince des Chats, de sa puissance au moment des faits. Sachant qu'à chaque changement de corps, il s'affaiblissait. Ainsi, si Vif l'accueillait en lui, il ne pourrait plus changer de corps, sauf à l'aide d'une puissante magie, comme un rituel nourri par une magie exceptionnelle, ou la mort d'un être supérieur, ou l'utilisation du Kuilëondo. A noter que le lien avec Vif était si particulier que son corps s'en trouverait investi d'une puissance inhumaine si jamais elle invitait le Prince des Chats en elle.

Canadras ne savait guère plus de choses, mais il laissa entendre qu'il y avait une personne qui en savait plus que lui : Tina. En effet, il sentait que sa présence était encore bien active et elle connaissait Tevildo comme nul autre, ayant passé des années à observer le Maia depuis l'intérieur de son propre crâne. Il était peut-être possible de parler à Tina en essayant de la contacter en rêve, après lui avoir fait passer l'info pour qu'elle cherche elle-même à contacter les aventuriers de la même manière. Mais elle ne pourrait le faire que si, en même temps, Vif et ses amis occupaient suffisamment le Prince des Chats pour qu'il ne regardât pas trop ce que l'esprit de Tina était en train de faire... Par contre, contrairement à Durlach et Eloeklo, le dragon ne connaissait aucun rituel capable d'appeler et d'influencer Tevildo. Enfin, Drilun se douta que tant qu'ils restaient chez le dragon, Tevildo aurait du mal à les espionner. Mais en revanche, une fois sortis de la caverne couverte de runes enchantées, il n'aurait pas de mal à lire dans l'esprit de Vif ou des autres les informations transmises par le dragon. C'est aussi pourquoi certaines de ces précieuses informations ne furent transmises qu'à Mordin et Dwimfa, en qui le Prince des Chats ne pouvait aucunement lire les pensées.

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Niemal
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Grand Nord - 23e partie : vol et conséquences

Message non lupar Niemal » 15 novembre 2018, 00:47

1 - Rituel de froid et de destruction
Mais après le moment des échanges de paroles vint le moment des échanges de services. Après un repos bien mérité, Drilun s'attela à la tâche consistant à renforcer les pouvoirs magiques du dragon. En l'occurrence, il s'agissait d'inscrire des runes dans sa caverne ou sur son corps reptilien géant. Il avait déjà des outils adaptés, et toutes les compétences pour ce faire, même si la sculpture sur glace ou la gravure sur écailles de dragon ne faisaient pas vraiment partie de ses compétences les plus développées. En revanche, Canadras avait fait graver sur les parois de sa "chambre de travail" des runes puissantes permettant de stimuler les compétences d'artisanat les plus diverses, ainsi que les compétences de magie runique des occupants de la caverne. L'archer-magicien dunéen passa donc de longs moments - pour un total de cinq jours en fait, ou plutôt leur équivalent - à graver des runes magiques pour le compte du dragon, avec juste le minimum de repos nécessaire.

Lequel dragon ne se contentait pas d'ordonner à Drilun ce qu'il devait faire : il travaillait de concert avec lui afin de charger magiquement lesdites runes pour leur donner une puissance bien supérieure à celle que lui-même pouvait apporter. Pour l'essentiel, il réalisa des runes apportant de puissantes protections magiques à Canadras, à tel point qu'il doutait que le groupe fût en mesure de blesser sérieusement le dragon en cas de face à face armé. Et par ailleurs, toujours avec l'aide de Canadras, il inscrivit des runes de sorcellerie permettant de manipuler complètement l'esprit ou les émotions d'une personne. Avec l'aide de cette magie, il pouvait en un clin d'œil faire oublier son passé à quelqu'un, ou en faire son fidèle esclave pour un long moment. Et avec une telle puissance qu'il doutait lui-même de pouvoir résister longtemps à de tels sortilèges. La suite lui montra d'ailleurs qu'il avait raison...

Pendant ce temps, ses amis se reposaient - Geralt en tête, mais Vif lui faisait une bonne concurrence - ou bien s'occupaient de manière diverse. Isilmë passait son temps à chanter, raillée régulièrement par Mordin qui s'offusquait de ce bruit d'elfe, et qui prenait plaisir à essayer de chanter fort et faux. De temps en temps la lionne enchantée allait tout de même chasser avec Taurgil ou Dwimfa, ce qui était d'autant plus nécessaire que leur séjour risquait de durer un moment. Si les créatures terrestres n'étaient guère nombreuses dans les environs, voire fichtrement absentes en cette partie très aride du Grand Nord (sans parler de la présence du dragon), les eaux étaient, elles, assez riches, à condition de pouvoir trouver une ouverture dans la glace qui les recouvrait, voire d'en créer une, par exemple avec l'aide de l'épée de l'Homme des Bois. Il fit un temps magnifique durant plusieurs "jours", ce qui permit de ramener des phoques voire deux fois des morses, pourtant rares en cette saison à cet endroit. Leurs peaux purent ensuite être découpées et traitées par toute l'équipe (moins les deux gros dormeurs) pour pouvoir être utilisées plus tard. Le dragon ne se priva pas de dévorer les carcasses qui traînaient lorsqu'il n'était plus avec Drilun.

En échange de son travail, ce dernier apprit comment appeler magiquement Eloeklo et le maintenir un moment en un endroit donné. Il s'agissait d'une forme de rituel magique que Canadras avait conçu, pervertissant à sa manière la magie utilisée par de puissants elfes de Valinor pour emprisonner le Maia au-dessus des montagnes qui étaient sa prison. Drilun ne connaissait pas vraiment la technique des rituels magiques, mais ces derniers avaient un fonctionnement tout de même assez proche de la magie runique qu'il utilisait. En bref, l'archer-magicien intégrait sans mal la partie runique des rituels, l'améliorant même à sa manière, ce qui compensait son manque de compréhension des préparatifs et de la procédure complète du rituel. En tout cas pensait-il arriver à un résultat similaire avec sa façon de faire, comme le passé l'avait déjà démontré : il avait en effet réalisé le rituel appelant Fercha, dans la Comté, d'après les explications données par un vieux Dunéen qui lui avait détaillé le rituel magique qui permettait de réaliser une telle prouesse.

Mais en revanche, certains ingrédients, conditions ou actions étaient nécessaires, et ceux-ci n'étaient pas les plus faciles à rassembler. Pour commencer, il fallait un froid le plus vif possible, avec un vent du nord net et marqué. Ce qui était assez commun en hiver et en particulier dans les environs, mais pouvait se révéler plus difficile à trouver en d'autres lieux ou saisons. Par ailleurs, un ou des objets magiques devaient être détruits - plus ils étaient puissants meilleur c'était - avec une certaine intervention du froid dans le processus de destruction ou au minimum d'affaiblissement. Enfin, au moins une puissante créature liée au froid devait être sacrifiée sur place, telle qu'un troll des neiges (grand minimum), un géant des glaces ou un dragon de froid. Bien entendu il pouvait y en avoir plusieurs, mais tout devait se faire au même endroit et en même temps, et plus le site d'appel et d'emprisonnement d'Eloeklo était grand, plus la difficulté du rituel l'était aussi. Plus le rituel était réussi, avec notamment des conditions très favorables ou des ingrédients très précieux ou puissants, moins le Maia pourrait résister, et plus longtemps il serait emprisonné. Un rituel peu efficace pouvait l'attirer et le laisser libre de donner cours à sa colère, car une telle créature détestait par-dessus tout être contrainte à obéir à autrui...

2 - Rituel de chaleur et de massacre
Suite à ces révélations sur la nature des ingrédients nécessaires au rituel concernant le Démon du Vent du Nord, certains aventuriers plaidèrent pour quitter Canadras et s'occuper tout de suite d'Eloeklo. Selon eux, quitte à s'en faire un ennemi pour de bon, il était possible d'utiliser le rituel pour permettre d'aller piller ses ressources ou plus précisément de récupérer les artefacts sur les corps des anciens amis de Dwimfa. Mais tous n'étaient pas d'accord avec cela, et pensaient qu'il pouvait être intéressant d'en savoir davantage concernant le rituel permettant de contrôler Durlach. Peut-être trouveraient-ils des ingrédients communs faciles à rassembler pour les deux. Et puis même s'il était possible d'utiliser le même rituel plus d'une fois, ce ne serait pas forcément aussi facile à chaque nouvel essai, le Maia étant susceptible de trouver des failles dans le sort ou de le pervertir d'une manière ou d'une autre pour se libérer ou suivre ses propres intérêts... Enfin, vu leur antagonisme, il était intéressant d'utiliser les rituels sur les deux Maiar, pour les faire se rassembler, combattre l'un l'autre et s'affaiblir, plutôt que pour aller récupérer des objets magiques perdus et pour lesquels une autre solution existait peut-être.

En fin de compte Drilun accepta de passer l'équivalent de cinq jours de plus de dur labeur magique, à faire de nouvelles runes pour Canadras, afin d'obtenir de précieuses informations sur Durlach et la manière de le contrôler magiquement. Entre-temps la météo avait changé et le temps, de très clair et étoilé qu'il était (sans oublier les belles vagues lumineuses qui éclairaient le ciel) avait laissé place à un vrai blizzard venant du nord, couvrant tout sous une neige épaisse en partie balayée par les éléments. Ce blizzard fut à l'origine d'une grosse congère au pied de la falaise où habitait le dragon, congère qui fut à la fois une gêne et une bénédiction par la suite pour les aventuriers. Mais ils ne le savaient pas encore, et en attendant ils étaient coincés dans la caverne. Cela ne changeait rien pour Geralt et Vif qui passaient encore plus de temps à dormir, tandis que les autres chantaient encore plus ou travaillaient davantage les peaux d'ours, de phoque ou de morse qu'ils avaient. Sauf Rob qui errait, désœuvré, pendant qu'une petite idée commençait à germer dans sa tête...

Et Drilun travaillait et parlait avec Canadras. Parfois il essayait de faire du troc avec le dragon, se demandant s'il ne pouvait pas lui prêter ou lui remettre un objet magique de sa collection en échange de l'un de ceux que le groupe avait amassés. L'archer-magicien était particulièrement intéressé par un marteau nain, le marteau de Galgrin, pris au chef d'une colonie de nains (sur son corps) de nombreuses années auparavant, à l'est, et pour lequel ils vouaient une haine farouche au grand reptile ailé. Mais le dragon n'était aucunement intéressé, et il se vanta même des pouvoirs magiques dudit marteau. En fin de compte ce n'était aucunement une arme de guerre mais de forge, dont les pouvoirs conféraient une incroyable aisance dans les techniques de la forge et de la magie runique. Par ailleurs, ce marteau immunisait aux éléments naturels comme le feu et le froid, permettant même au porteur de se baigner dans la lave sans en être affecté... Toutes choses qui intéressèrent encore plus le magicien dunéen !

Quoi qu'il en fût, en dehors de rapporter ces précieuses informations au reste du groupe, Drilun continua à graver des runes magiques pour le compte du dragon, renforçant son pouvoir ou lui permettant juste de remplacer des runes usées ou utilisées par le passé. Et petit à petit, en échange, il apprit plus de choses sur la manière de faire sortir Durlach de son trou et de pouvoir, au moins un temps assez bref, le maintenir en dehors de chez lui tout en l'empêchant d'aller où il voulait et de laisser éclater sa fureur destructrice sur le Grand Nord. De la même façon qu'avec Eloeklo, Canadras n'avait fait que reprendre les puissants sorts confectionnés par les elfes de Valinor - en particulier Ingwë, roi des Vanyar - lors de la guerre contre le Noir Ennemi du Monde, afin d'emprisonner le Maia dans le Puits de Morgoth. Comme pour l'autre rituel appris peu auparavant, Drilun pensait bien utiliser sa magie runique en lieu et place du rituel magique, en complétant par diverses conditions et ingrédients nécessaires au sortilège d'appel et de contrôle.

Et la liste de ces conditions et ingrédients ne manqua pas de le laisser rêveur. Trouver un site avec une abondance de roches ignées, volcaniques ou plutoniques (basalte, granite, obsidienne...), cela devait pouvoir se faire. Détruire objets magiques ou pierres précieuses à l'aide du feu, en dehors de donner une crise cardiaque à Mordin, restait également faisable. En revanche, tuer un nombre de personnes intelligentes équivalentes, en volume, à celui du Maia, était une autre paire de manches. L'archer-magicien calcula qu'il faudrait quelques milliers d'orcs, ou quelques centaines de trolls, peut-être une centaine de géants de glace (en existait-il au moins autant ?), voire une dizaine de dragons du Second Âge, ceux relativement jeunes... Et il fallait les tuer à l'aide du feu, en les faisant brûler d'une manière ou d'une autre. Dans un pays où le bois était rare, brûler en même temps et au même endroit tant de monde ne paraissait pas réaliste... sauf là où Durlach était déjà emprisonné !

3 - Petits pas, petit trésor mais gros intérêt
En attendant, tandis que l'archer-magicien dunéen terminait son dernier "jour" de travail avec le dragon, Rob finit par passer à l'action. Quand on est voleur non seulement de profession mais avant tout par passion, se promener les bras croisés dans l'antre d'un dragon était une tentation un peu forte. Par le passé le petit hobbit avait déjà succombé plusieurs fois à son vice, lui valant parfois des problèmes avec ses compagnons comme par exemple Isis, à présent en Arthedain avec Narmegil et leur fille Míriel. Bien sûr, Canadras était très puissant et ne ferait qu'une bouchée - littéralement - du hobbit s'il se faisait prendre, et sa caverne était truffée de sortilèges en tout genre. Mais la raison n'était pas le fort de Rob qui se laissa tenter par la promesse de moments bien plus excitants que d'entendre Mordin essayer de couvrir les chants d'Isilmë avec sa voix puissante mais pas très mélodieuse.

Alors donc que ses amis travaillaient le cuir, chantaient ou dormaient, il s'éloigna discrètement d'eux pour se diriger vers l'ouverture qui menait à la chambre du dragon, libre pour le moment vu qu'il était occupé avec leur ami dunéen. Dans son sommeil, Vif perçut un déplacement discret qui lui fit tourner l'oreille et ouvrir un œil : son petit ami était en maraude, et elle comprit vite ce qui allait se passer, et les possibles problèmes que cela risquait d'entraîner. Mais elle n'en eut cure et referma sa paupière pour profiter des derniers moments de repos encore possibles. Elle gageait que d'ici peu il y aurait de l'action et qu'elle n'aurait pas l'occasion de dormir autant avant un moment... Et donc Rob s'éloigna-t-il sans encombre : il parvint à escalader la glace glissante amenant à l'ouverture du couloir menant à la chambre au trésor, et y pénétra...

Très vite il sentit la magie des lieux l'affecter : une sensation de grande fatigue le fit bâiller et il aurait voulu s'endormir sur place, mais il résista à l'envie et continua un peu plus. Ses tripes se nouèrent également, manquant de le faire fuir en hurlant ou de souiller ses vêtements, mais là encore il résista par un effort de volonté et poursuivit plus avant. Aidé par un casque magique qui améliorait sa vision, il arrivait à peine à distinguer ce qui l'entourait, mais enfin il arriva à une vaste chambre dans laquelle le dragon devait dormir. Dans un coin étaient amassés divers trésors comme un peu d'argent ou d'or, des perles ou autres objets d'ivoire, quelques armes sans grand intérêt pour lui, des gemmes et bijoux de grande valeur qui attirèrent davantage son attention. Le tas n'était guère conséquent et très éloigné des montagnes de trésor dont parlaient les légendes de dragon qu'il connaissait ; mais il était néanmoins largement assez gros pour rendre une famille de hobbits riche et à l'abri du besoin pour plusieurs générations...

Craignant d'entendre le dragon revenir à tout moment il fit une fouille rapide des lieux, tentant de trouver des choses de valeur et peu visibles. Il finit par remarquer un marteau étrange fait d'un bloc unique de métal et couvert de runes diverses dont émanait à ses sens une légère magie active. Était-ce le fameux marteau de Galgrin ? Il n'osa pas le prendre, se disant que leur hôte écailleux ne manquerait pas de repérer son absence, mais mit plutôt la main sur un petit anneau d'or couvert de discrètes runes qu'il espérait magiques, et qu'il mit bien vite dans une poche. Voilà qui était plus intéressant... Puis il remarqua comme un petit espace creusé dans le mur, dans lequel avait été disposé un objet oblong plus grand que sa main. S'approchant un peu pour l'examiner malgré le manque de lumière, il vit que l'objet était fait d'une sorte d'ambre, en forme de grosse goutte d'eau, ressemblant très fort à une nouvelle larme de Yavanna arrivée ici par Eru savait quel hasard.

Connaissant les pouvoirs de protection et de guérison d'un tel artefact, il mit la main avec mille précautions sur l'objet, puis le sortit délicatement de sa cache sans détecter le déclenchement d'aucun sortilège. Satisfait de son vol, il se dirigea vers la sortie, non sans une hésitation devant le marteau enchanté auquel ses compagnons semblaient prêter un grand intérêt, vu qu'il permettrait peut-être d'affronter le feu ou le froid d'un dragon ou d'un Maia... Revenant sur ses pas il retrouva bientôt la grande caverne où ses amis vaquaient toujours à leurs occupations, et en particulier les travailleurs du cuir - Taurgil et Dwimfa - accompagnés dans leurs efforts par les chants mélodieux de l'elfe à côté d'eux, ou la voix rauque et puissante du nain qui tentait de faire plus de bruit que son amie. Il se joignit à eux et, sans proférer aucun son, montra discrètement à Taurgil ce qu'il avait dans la main, lui faisant comprendre par des gestes où il l'avait trouvé. Les yeux fermés, la lionne enchantée perçut le bruit de déglutition du Dúnadan et son rythme cardiaque s'accélérer. Contre toute attente, le hobbit avait réussi son expédition, le temps du repos touchait à sa fin...

4 - Préparatifs et départ anticipé
Dwimfa avait remarqué le geste discret du petit voleur, et en tant que voleur lui-même, il lui fit un grand sourire. Et puis de toute manière les peaux étaient maintenant toutes prêtes, ou autant qu'elles pouvaient l'être. Restait à préparer la suite, sans faire de bruit pour ne pas alerter le dragon toujours occupé avec leur ami dunéen. Mordin fut bientôt mis dans le secret, sans que cela changeât le volume sonore dont il était à l'origine, au contraire même. La lionne enchantée était déjà réveillée, attentive, et elle pouvait parler dans son langage félin que seuls ses amis ayant activé le tour d'oreille magique fait par Drilun pouvaient comprendre. Geralt fut bientôt réveillé, et lorsqu'il eut compris par gestes ce qui se tramait, il se montra particulièrement bougon envers le semi-homme : pour avoir été réveillé d'une part, et pour avoir mis autant le groupe dans la m... avec son expédition solitaire. Le dragon ne leur pardonnerait jamais cette intrusion et ce vol, il allait les réduire en pâté (pour dragon), ils allaient tous mourir...

Isilmë continuait à chanter, inconsciente de ce qui se passait, même si elle avait bien perçu que l'ambiance avait changé. Mais Mordin continuait à la houspiller et à la pousser à chanter davantage, et donc elle faisait comme on lui demandait, sans trop se poser de questions, même si elle était intriguée, ne percevant pas les échanges entre ses amis en raison de sa cécité. Les autres s'activèrent sans vraiment changer leurs habitudes ou chercher à cacher quoi que ce fût, comme si c'était une journée ordinaire à patienter dans l'antre d'un dragon... Mais en fait, par gestes ou via le parler félin de Vif, ils avaient convenu d'une chose : rester dans les cavernes de Canadras était trop dangereux, il fallait fuir au plus vite. Drilun était très utile au dragon et il était possible d'espérer qu'il l'épargnerait, mais pour le moment ils ne pouvaient rien pour lui, ils allaient le laisser supporter seul la fureur du dragon... Fureur augmentée par une nouvelle excursion de Rob dans la chambre de Canadras : protégé de la magie du dragon par la larme de Yavanna, il revint pour mettre la main sur le marteau des nains, sans oublier d'empocher au passage une dague runique ayant sans doute appartenu à quelque Losson, une perle manifestement magique, ainsi que les gemmes et joyaux les plus précieux.

Et pendant ce temps, tout en parlant normalement, les amis de Rob s'activaient de manière à rassembler leurs affaires, y compris celles de l'archer-magicien, comme son fameux bâton magique de lumière qu'il n'avait pas pris avec lui. Les peaux préparées furent mises sur le traîneau, leurs affaires empaquetées, tout en faisant comme si rien de spécial ne se passait entre aventuriers qui s'ennuyaient. Afin de ne pas faire de bruit, le traîneau, une fois prêt, fut porté - plutôt que glissé sur le sol glacé - par Vif ainsi que Taurgil et Dwimfa, dans le large tunnel qui menait à la sortie. Le blizzard avait quelque peu décru, mais la neige était encore dense et les amis ne voyaient pas leur main quand ils tendaient le bras, dans l'obscurité. Rob et Geralt accompagnèrent les porteurs, tandis que le nain et l'elfe restaient dans la grande caverne à occuper l'espace sonore et donner l'impression au dragon, qui devait les entendre, que rien n'avait changé...

Canadras, pendant ce temps, percevait bien le bruit des aventuriers, même s'il 'était occupé à discuter de runes et de rituel magique avec Drilun. Ce dernier trouva d'ailleurs que son interlocuteur semblait parfois distrait, pour une raison qu'il ignorait complètement. Et au moment où Mordin dit à Isilmë - toujours ignorante de ce qu'il se passait vraiment - qu'il voulait qu'elle l'accompagne jusqu'à l'entrée de la caverne, à l'extérieur, où il voulait aller soulager sa vessie, et qu'elle le fit (non sans se poser des questions), le bruit dans la caverne diminua. Le dragon prêta de plus en plus d'attention à ce qu'il se passait chez lui et de moins en moins à l'archer-magicien. Ses sens lui disaient que ses invités étaient maintenant tous dans l'entrée, comme s'ils étaient en train de filer pour une destination inconnue sans même le remercier de son hospitalité... ou comme des voleurs qu'ils étaient sûrement.

A l'entrée, Vif avait fait descendre le traîneau avec diverses affaires ainsi que le balafré aux cheveux blancs, qui s'empressa, une fois à terre - ou plutôt sur la neige épaisse qui couvrait tout dehors - de libérer la corde et de préparer le traîneau pour un départ précipité. Taurgil, mauvais grimpeur, suivit bientôt par la même voie, au bout de la corde descendue par son amie. Mordin, pendant ce temps, lançait des blagues vaseuses à Isilmë qui se demandait vraiment ce qu'il se passait, tandis que Rob s'inquiétait de la suite. Dwimfa, qui avait récupéré le bâton de Drilun, remarqua l'inquiétude qui se lit vite sur le museau de son amie féline et il n'eut pas besoin de traduction pour comprendre qu'elle disait que le dragon arrivait et qu'il fallait sauter, ce qu'il fit aussitôt. La lionne enchantée prit une jambe de l'elfe et plongea dans le vide, avec Mordin accroché à son dos - il avait à peine eut le temps de s'agripper à elle avant qu'elle ne s'élançât. Et le petit hobbit sauta lui aussi du haut de l'entrée des cavernes, à une vingtaine de pas du plancher des vaches... même si jamais aucune vache n'avait contemplé l'endroit.

5 - Ensorcellements plus ou moins réussis
De son côté, Drilun vit Canadras mettre brusquement fin à leur discussion et filer vers la caverne principale. Interloqué, il chercha à avancer au plus vite, ce qui n'était pas si simple sur la glace particulièrement glissante qui couvrait tout. Lorsqu'il arriva dans la grande salle où ses amis et lui s'étaient installés, une lumière magique lui montra que le groupe avait pris la poudre d'escampette tandis qu'il était occupé avec le dragon, qui devait être du côté de l'entrée. Il tenta alors de glisser en direction de ladite entrée afin d'arriver le plus vite possible à l'extérieur, où ses amis risquaient d'avoir besoin de lui... et lui d'eux également. Mais son voyage sur le ventre fut bien vite interrompu avant d'arriver dehors.

Car entre-temps, Canadras s'était précipité vers l'entrée de ses cavernes, sans avoir de problème de glissade grâce à ses puissantes griffes. Il arriva pour percevoir plus bas, grâce à son ouïe fantastique, les sept aventuriers qui manifestement n'avaient plus rien à faire de son hospitalité draconique. A l'exception de Taurgil et Geralt, déjà en bas, tous avaient atterri sans mal au bas de la falaise, grâce en bonne partie - surtout pour l'elfe arrivée à plat dos en criant - à la congère qui s'était formée au pied du mur de roche et de glace. Rob eut même un peu de mal à sortir du trou qu'il avait formé en tombant, mais il put le faire avec l'aide de ses amis. Tandis que tous se préparaient à partir, en se coordonnant à l'aveuglette, grâce à la voix, Vif entendit le dragon plus haut, qui semblait marmonner quelque chose, alors que le semi-homme détectait de la magie provenant de l'entrée des cavernes : le dragon tentait de les ensorceler ! Ou plus exactement il lançait un sortilège sur la lionne enchantée, qui arriva à résister à son influence. Peu après, en l'absence de plus de réaction du dragon, elle s'attela au chariot où avaient déjà pris place Isilmë et Rob, tandis que les autres avaient chaussé skis ou bientôt raquettes, plus pratiques dans tant de neige fraîche.

En fait le dragon, constatant l'inefficacité de son sort, avait choisi de rentrer dans sa caverne. Les aventuriers n'iraient pas loin, il avait tout le temps de s'occuper d'eux. En attendant, il avait mieux à faire, et il ouvrit la gueule quand Drilun arriva vers lui en glissant sur le ventre. L'archer-magicien, sentant sa dernière heure venue, lança un sort de protection magique autour de lui. Mais Canadras se contenta juste de l'attraper dans sa gueule, sans chercher à broyer son corps dans ses puissantes mâchoires. Il transporta Drilun dans la caverne principale, puis jeta son corps plus loin, où il atterrit souplement, heureux de son expérience. Il avait profité de son transport pour vérifier une hypothèse qui s'était révélée exacte : le fond de la gorge du dragon comportait une peau rose qui lui sembla particulièrement fine et délicate, c'était là son point faible ! Mais Canadras activa une à une diverses runes magiques de la caverne : la première tenta de rendre l'archer-magicien dunéen complètement amnésique, mais il repoussa le sortilège par un effort de volonté. La seconde, à laquelle il ne put résister, lui procura un amour immodéré pour le dragon. Et la dernière, à laquelle il ne résista pas plus, lui donna un nouvel objectif dans sa vie : il se devait de servir Canadras, son maître, fût-ce au péril de sa vie.

Un peu plus tard, à l'extérieur, Vif perçut une nouvelle arrivée du dragon dans leur direction. Il volait et tournait autour d'eux, malgré le blizzard qui perdurait un peu, comme d'autres le perçurent à leur tour. Le traîneau fut rapidement arrêté et chacun se prépara. Hormis Isilmë et Rob, qui restaient dans le traîneau, tous tournaient le dos à ce dernier en s'attendant au pire. Dwimfa avait à la main le bâton magique de lumière, qui renforçait la volonté face aux magies noires, et Taurgil avait reçu du hobbit la larme de Yavanna, qui permettait encore mieux de résister à la sorcellerie. Et Isilmë se tenait prête à lancer des sorts de soin qui protégeaient aussi contre de telles magies. Alertés par Rob qui prévenait ses amis des sorts que lançait le dragon, et sa cible, ils arrivèrent à résister aux enchantements de Canadras notamment sur le maître-assassin de Tharbad ou la guerrière et soigneuse elfe. Malgré leurs craintes, l'attaque physique ou le souffle du dragon ne s'abattirent pas sur eux. Après quelques mots durs envers eux, Canadras se contenta de leur tourner le dos et de rentrer à sa caverne, où Drilun l'attendait sagement...

A présent, les amis de l'archer-magicien se trouvaient fort marris. Le dragon était malin, et il devait se douter qu'ils n'allaient pas abandonner leur ami dunéen dans ses pattes. Il devait donc les attendre dans ses cavernes, où ses protections magiques et runes multiples le rendaient presque invulnérable. D'une manière ou d'une autre il fallait bien le faire sortir de là, et affronter le dragon autant que possible à l'extérieur. Taurgil fut alors équipé des meilleurs équipements dont ils bénéficiaient, comme par exemple de la larme de Yavanna récupérée chez Canadras ou du fameux marteau de Galgrin qui protégeait si bien contre les éléments, comme le hobbit avait déjà eu l'occasion de tester quand il avait mis la main dessus. A l'aide de sa magie de roi, très puissante, protégé de ses sorts ou de son souffle, le Dúnadan avait des chances de résister au dragon et de l'occuper un moment...

En parallèle, Geralt se mit à appeler Eloeklo dans le vent froid venant du nord. Plus que jamais, ils avaient besoin d'aide, et leur allié de circonstance pouvait y trouver son intérêt : sans Drilun, Eloeklo ne pouvait faire réaliser les rituels dont il avait besoin pour renforcer son corps et se libérer de sa prison. Le maître-assassin espérait donc bien pouvoir bénéficier d'un petit coup de main voire d'un gros ! Par ailleurs, Vif avait constaté une chose nouvelle : Rob, après être tombé dans la neige, avait été assez difficile à percevoir même lorsqu'il parlait à ses amis, et elle lui demanda quelle étrange magie il avait utilisé. Le petit voleur avoua alors avoir passé au doigt l'anneau volé dans le trésor du dragon, et qu'il avait gardé pour lui. Testant plus avant les effets de cette magie, la féline Femme des Bois s'aperçut que le hobbit n'était pas seulement plus difficile à entendre, mais également à voir ou à sentir. Son anneau masquait efficacement la présence du petit voleur, ce qui pouvait se révéler très utile par la suite... Mais en attendant, Drilun restait leur priorité.

6 - Mission commando
Le groupe commença à débattre sur les moyens d'arriver à leurs fins, ce qui n'était pas une mince affaire, quand Vif les prévint qu'une forme ailée, plus petite que celle d'un dragon, était en train de descendre vers eux. Les premiers jours de leur séjour chez Canadras, elle avait régulièrement vu Andalónil dans les airs, donc personne ne fut surpris de l'arrivée du démon. Il resta au-dessus d'eux, invisible mais bien assez audible, à se moquer d'eux tout en demandant ce qu'ils souhaitaient de la part d'Eloeklo, qui serait peut-être bientôt heureux de se débarrasser d'eux. Il insinua, comme régulièrement il faisait lorsqu'il rencontrait les aventuriers, que ces derniers étant plus une source de problèmes que de solutions, il se ferait un plaisir d'enlever l'épine du pied qu'ils représentaient pour son maître...

Néanmoins, il écouta les arguments de Geralt sur l'intérêt à récupérer Drilun des pattes de Canadras, et déclara qu'il allait participer et que les amis de l'archer-magicien avaient intérêt à faire la preuve de leur valeur. Manifestement, il ne participerait à aucun combat contre le dragon, mais progressivement par la suite, le temps se calma et, s'il resta couvert, les aventuriers bénéficièrent d'une certaine accalmie autour des cavernes du dragon. Même s'il faisait encore bien noir et que le ciel restait couvert, cela permettrait d'y voir quelque chose, sauf pour l'elfe bien sûr. Le démon fut bientôt parti, même si le groupe se doutait qu'il ne serait jamais loin, prêt à profiter d'une quelconque occasion pour tirer un bénéfice personnel, comme de se venger de torts passés sur certains d'entre eux et en particulier le maître-assassin.

En attendant, les sept amis parvinrent à se mettre d'accord sur un plan : le groupe serait divisé en deux afin de pouvoir attaquer le dragon sur deux fronts. Un groupe constitué de Taurgil - le tank - accompagné de Dwimfa - le perforeur - ainsi que de Rob - le cambrioleur - et de Vif - le taxi multi-tâche - aurait pour objectif de passer par le haut de la falaise et de pénétrer dans les cavernes en ouvrant une nouvelle entrée s'il le fallait. L'autre groupe, dont Mordin le concasseur, irait en bas de la falaise, sous l'entrée des cavernes. Le nain aurait avec lui la masse de Gorovod, dont il espérait bien qu'elle lui permettrait de briser la roche sous la demeure de Canadras afin d'endommager ladite demeure ou d'y percer une nouvelle entrée. Peut-être certains trouvaient-ils ce plan un peu léger mais faute d'autre chose à proposer...

Après avoir rapproché le traîneau et les affaires de l'entrée de la caverne, le groupe se sépara. Comme prévu, les deux rôdeurs et le voleur-magicien partirent plus au sud, jusqu'à l'endroit de la falaise - déjà emprunté auparavant - en partie échancré et éboulé, où il était plus facile de faire l'escalade jusqu'au sommet de la falaise. Les autres restés plus bas examinèrent la paroi qu'ils allaient attaquer. Présentement, le pied de la falaise était couvert d'une énorme congère qui masquait la glace et la roche dont était constituée la muraille qui se dressait devant eux. Mordin ne risquait pas d'être très efficace à donner des coups de masse magique dans de la neige épaisse. Il fallait donc creuser et déblayer la neige avant d'arriver à quelque chose de dur dans lequel il pourrait réellement taper, ce qui ne risquait pas d'arriver tout de suite : plus il creusait dans la neige, plus la congère se tassait et recouvrait à nouveau tout de neige fraîche. Ce travail de sape qu'il voulait entreprendre risquait donc de lui demander plus de temps que prévu, et il s'obstina. Les nains sont connus pour être têtus, et Mordin était sans doute le plus têtu de tous les nains que le groupe avait jamais rencontrés.

Tout se passa très bien au départ, même si certains se doutaient que le dragon n'allait pas rester là sans réagir, même s'il les attendait peut-être tout simplement à l'intérieur, prêt à faire usage de ses sorts pour leur pourrir la vie ou les ensorceler chacun leur tour. Alors que les quatre amis partis au loin commençaient à escalader la falaise, les trois restés au pied des cavernes, dont le nain qui bataillait contre la poudreuse, eurent la surprise de voir leur ami Drilun dans l'entrée au-dessus d'eux. En effet, répondant aux ordres de son maître, il avait reçu pour mission de combattre ses ex-amis venus faire du mal à Canadras. Après avoir renforcé la protection magique autour du dragon avant la séparation de ses amis en deux groupes, il avait proposé un nouveau sort afin de passer à l'attaque, et reçu la bénédiction du grand reptile ailé. Il avait donc chargé de magie quelques morceaux de glace, prêts à exploser au moindre choc, et les jeta tranquillement du haut de l'entrée sur le nain plus bas...

7 - Chute et bris de glace
Les projectiles magiques du Dunéen explosèrent autour de Mordin, mais fort heureusement il était trop bien protégé par son ou plutôt ses armures pour en subir aucun dégât. Au contraire même, les explosions l'aidèrent puisqu'elles volatilisèrent une partie de la neige autour du nain. Par ailleurs, Geralt, qui avait vu la scène d'un peu plus loin, encocha une flèche sur l'arc de l'archer-magicien qu'il avait pris avec lui. Malgré ses armures physiques ou magiques, il arriva à transpercer la jambe de son ami. Lequel ami, déjà bien affecté par sa lutte magique contre Canadras, vacilla sous la douleur avant de tomber sur son séant. La pente douce en bordure de la corniche couverte de glace fit glisser son corps vers l'avant, et Drilun tomba vers ses ex-amis...

Heureusement pour lui, la neige qui restait amortit sa chute près de Mordin, qui se dirigea vers le Dunéen blessé. Mais derrière, Canadras, qui était resté un peu en arrière de l'archer-magicien, s'avança au bord de la corniche glacée et sauta. Et contrairement à ce à quoi s'attendaient les aventuriers, il n'ouvrit pas ses ailes, mais chuta d'une vingtaine de pas au bas de la falaise. Le choc ne lui fit rien, il était bien trop costaud pour cela. Il évita - volontairement ou non - les corps de Mordin et de Drilun, et sa trajectoire se finit sur la neige au pied de la falaise, et la glace qu'il y avait en-dessous... et qui se brisa. En effet, la mer baignait le bord de la falaise, et si elle était gelée, la glace ne put supporter le poids du dragon tombé d'aussi haut.

A cet endroit l'eau n'était pas profonde, et pour Canadras ce n'était rien de plus qu'un bain pour ses pattes puissantes, et le froid ne risquait pas de l'affecter. Mordin et Drilun, par contre, furent projetés en l'air par la force du choc et le basculement de blocs de glace, et ils retombèrent ensuite dans l'eau glacée, qui s'insinua dans leurs armures et vêtements... Plus loin, Isilmë et Geralt virent et sentirent la glace se fendre autour d'eux et bouger, menaçant de les envoyer eux aussi goûter aux joies d'un bain de minuit dans de l'eau glacée. Malgré sa cécité, l'elfe tenta tant bien que mal de garder son équilibre voire de parvenir à une zone de glace plus stable, mais elle finit par glisser et faire trempette à son tour. Geralt, par contre, sauta tel un cabri de bloc de glace en bloc de glace jusqu'à arriver à une zone non fracturée et au sec, si l'on oubliait la neige qui recouvrait tout. Il restait juste seul face au dragon, qui se détournait complètement de ses trois amis immergés...

Drilun était trop sonné par la douleur de la flèche, la chute depuis la corniche et ensuite dans l'eau glacée pour faire quoi que ce fût, et il commença à se noyer. Mais un bras arriva à le saisir et lui maintenir la tête hors de l'eau. Même s'il n'était pas un bon nageur, Mordin avait réussi à utiliser ses maigres compétences associées à beaucoup d'effort pour réussir à surnager et à sauver son ami avec lui. Mais il ne pouvait faire plus, et avec le froid qui s'insinuait vite dans son corps il ne faudrait pas longtemps avant qu'il ne sombrât. En attendant, il ne pouvait rien faire d'autre que de prier. Isilmë, pour sa part, arriva aussi tout juste à maintenir sa tête hors de l'eau. Le froid l'affectait moins, en revanche elle était plus proche du maître-assassin vers lequel la tête du dragon était tournée, gueule bien ouverte. Le souffle glacial du monstre lui gela légèrement le visage, mais aussi la glace autour d'elle : elle ne risquait plus de se noyer mais elle était prisonnière !

Quant à Geralt, faute d'endroit où se protéger du souffle du dragon, et sachant très bien qu'il ne pourrait l'esquiver vu sa taille qu'il devinait conséquent, il creusa frénétiquement la neige sous lui pour s'y enfoncer le plus possible et se protéger comme il pouvait. Le froid magique qui s'étendit sur et autour de lui trouva tout de même son dos, qui gela malgré ses armures et vêtements chauds, et son cœur s'arrêta de battre... avant de repartir avec difficulté. Jamais le maître-assassin n'avait vu la mort d'aussi près. Mais ce n'était qu'un court répit : d'une part le dragon pouvait souffler à nouveau, ou venir le croquer, et en plus le dos du balafré était bien gelé, et il sentait que s'il bougeait, sa peau allait se déchirer et il allait vite saigner à mort. De toute manière, comme il l'avait dit bien des fois, ils allaient tous mourir...

Au loin, Vif avait perçu ce qui se passait et elle avait pris Taurgil sur son dos avant d'accourir aussi vite que possible. Ce qui n'était pas une mince affaire vu l'épaisseur de neige fraîche qui couvrait tout le paysage. Malgré tous ses efforts, elle ne pouvait arriver à temps pour sauver ses amis. Elle n'avait aucun moyen d'empêcher Geralt de se faire geler ou dévorer, ou autre chose encore, et elle doutait même de pouvoir arriver à temps pour sauver les autres d'une éventuelle noyade ou du froid. Il était inutile de compter sur Andalónil pour s'attaquer au dragon, qu'elle devinait bien plus fort que le démon, tant physiquement que magiquement. Non, si aide il devait y avoir, elle devrait venir de quelqu'un d'autre...

8 - Tête de chat
Dans sa demi-conscience ou demi-inconscience, Drilun sentit une présence relativement familière s'insinuer dans sa tête et repousser sans mal les sorts de Canadras pour un petit entretien magique : Tevildo avait certainement suivi ce qui se passait et il devait trouver que le moment était bien choisi pour intervenir. Tandis qu'en dehors de sa tête le monde se figeait, le Dunéen se voyait proposer une aide bienvenue pour le sauver des griffes du dragon, de même que ses amis. Bien entendu, cette aide n'était jamais gratuite, l'archer-magicien le savait et le Prince des Chats ne s'en cachait pas. Et donc Drilun hésita-t-il, partagé entre le fait de garder son indépendance vis-à-vis du Maia, même si elle était déjà plus qu'écornée, et le réalisme de la situation intenable dans laquelle il se trouvait. Tevildo donna le coup de grâce à la volonté du magicien en parlant d'Isilmë et du sort qu'elle connaîtrait bientôt...

L'archer-magicien accepta donc de laisser son interlocuteur l'envahir afin de servir de vecteur à sa magie. Mais pas seulement : Tevildo demanda aussi à Drilun de puiser dans ses dernières ressources en lui afin de renforcer encore le sort qui allait être lancé. Canadras était un être redoutable, à la volonté vieille et puissante, il ne serait pas si facile à influencer. Le Dunéen mit alors toute son énergie intérieure restante dans la sorcellerie féline qui montait en lui. Le résultat dépassa ses espérances : il appela le dragon d'une voix rauque, et alors que la bête se tournait vers lui, une tête de chat indescriptible, un concentré de folie et d'horreur, prit forme au-dessus de lui. Par le passé le Prince des Chats avait déjà utilisé une telle magie, comme à Tharbad où de nombreuses personnes étaient mortes devant cette vision et beaucoup d'autres avaient été atteintes de folie. Mais jamais cette vision n'avait été aussi puissante, et Tevildo s'en lécha les babines et en ronronna de plaisir, ou du moins il l'aurait fait s'il avait eu un corps physique.

Malgré son incroyable volonté, Canadras fut pris au dépourvu et il n'arriva pas à résister à l'horreur d'une magie plus ancienne que lui. Il hurla de terreur et s'éleva immédiatement dans les airs, fuyant vers le nord de toute la force de ses ailes, loin de la vision. Mais il n'avait pas été le seul témoin de la scène. Geralt avait la tête dans la neige et il comprit très bien ce qu'il se passait, se rappelant sans mal les événements de Tharbad voire d'ailleurs, et il se garda bien de laisser sa curiosité prendre le dessus sur sa sécurité. Il avait déjà été confronté à la tête de chat de Tevildo à Tharbad, et son cœur s'en était arrêté de battre : il avait fallu les soins de leur soigneur, Sîralassë, pour le faire redémarrer. Quant à Isilmë, elle était bien protégée par sa cécité. Sa connaissance des sortilèges du Prince des Chats était plus limitée, mais elle comprit tout de même le retournement de situation. Restait Mordin, qui fut aux premières loges pour voir la vision se former juste au-dessus de lui...

Malgré sa volonté fantastique et la proverbiale résistance des nains à la magie, il fut affecté par la sorcellerie de la tête de chat. Son sang se glaça, les pensées se mélangèrent dans sa tête, et il eut bien du mal à comprendre ce qu'il faisait là et ce qu'il devait faire. Comme Isis et Narmegil à Tharbad, il devint un gentil doux-dingue qui laissa libre court à ses penchants refoulés (ou pas). Il se moqua de l'eau glacée qu'il comptait bien réchauffer avec ses propres fluides corporels, vit la vie en rose et le départ du dragon avec un grand rire, et trouva toute cette aventure follement drôle et digne d'être fêtée. Restait tout de même en lui un désir de survie et une amitié pour Drilun à ses côtés. Lequel Drilun n'avait plus aucune volonté de survivre et se laissait couler sans bouger, trouvant les efforts du nain pour lui maintenir la tête hors de l'eau risibles et voués à l'échec. Au moins n'était-il plus sous l'influence du dragon, et pourrait-il mourir en ayant pleinement conscience de ce qui lui arrivait.

Les quatre amis n'étaient pas perdus, mais le fil qui les maintenait en vie restait ténu. Geralt avait encore sur lui un fameux don-de-vipère remis autrefois par Radagast. Il s'empressa de le prendre dans ses affaires et de l'avaler, en bougeant le moins possible pour ne pas se blesser davantage. Très rapidement, il le savait, la magie de cette petite glande allait stabiliser son état et il pourrait aider ses amis en faisant bien attention. Mais il devait attendre un peu, en espérant qu'ils tiendraient tous ou que d'autres secours arriveraient bientôt. Et il entendit effectivement quelque chose ou quelqu'un arriver. Mais c'était une paire d'ailes qu'il savait membraneuses et qui portaient un démon qui aimait particulièrement le faire souffrir, et qui se posa à côté de lui. Andalónil avait pu observer de loin ce qui s'était passé, assez loin pour ne pas être affecté par la magie de Tevildo. A présent que ses quatre anciens ennemis étaient à sa portée, vulnérables, il tenait à profiter un maximum de la situation. Le moral de Geralt chuta un peu plus, et il aurait hurlé sa rage devant ce nouveau revers de sa fortune si cela ne lui avait pas fait aussi mal ou si ça n'avait pas été aussi fatigant...

9 - De Charybde en Scylla
Dire qu'Andalónil jubilait de la présente situation aurait été un très doux euphémisme. Geralt entendit le démon se moquer de lui et il envisagea toutes les choses possibles. Au début il voulut prendre son épée et porter un coup à leur ennemi ailé, mais en fin de compte il y renonça : non pas car cela aurait déchiré son dos qui se serait mis à saigner fortement, ce qui arriverait immanquablement, il en était persuadé ; mais surtout car il savait qu'il n'avait aucune chance, dans sa position et son état, de faire sérieusement mal à Andalónil. Il le laissa donc profiter de sa situation en rongeant son frein, espérant que la magie du don-de-vipère finirait vite son œuvre et qu'il pourrait agir, ou que quelque chose arriverait pour l'aider. Mais avant cela le démon lui donna une grande claque amicale dans le dos, de l'amitié dont on se passerait bien : la douleur fusa, insupportable, et le dos gelé du maître-assassin se craquela et son sang et sa vie se mirent à couler abondamment hors de son corps...

Mais le démon ne l'acheva pas, il se contentait de le faire souffrir et il était probable qu'il était tenu par son maître, Eloeklo, de les garder tous en vie. Ce qui ne l'empêchait pas de leur faire frôler la limite entre la vie et la mort et de causer autant de souffrances et de désespoir qu'il en était capable, car c'était dans sa nature. Même si la haine qu'il éprouvait pour Geralt rendait l'idée de désobéir à son maître presque acceptable voire désirable... En fin de compte, il prit le corps du blessé par une jambe et le jeta en l'air à une certaine distance, dans la neige. Peut-être hésita-t-il à l'envoyer dans les eaux glacées aux alentours, mais il dut penser que le froid atténuerait trop la douleur éprouvée par le chef des assassins de Tharbad. Geralt atterrit douloureusement dans la neige tandis que le démon s'éloignait en direction d'Isilmë, tout en gardant un œil vers l'aventurier humilié et blessé.

Et bien lui en prit. Geralt avait toujours l'arc de Drilun à la main, et il prit une flèche qu'il encocha et tira vers le démon du froid. Ce dernier, malgré son esquive, ne put éviter le trait enchanté qui lui fit une estafilade et continua sa course plus loin. S'attendant à un sort de son ennemi, le balafré aux cheveux blancs se laissa ensuite tomber dans la neige. De toute manière son énergie le fuyait et il risquait de bientôt perdre conscience. Mais Andalónil se contenta de l'abreuver d'injures avant d'arriver à Isilmë. Il brisa sans mal la glace autour d'elle et souleva son corps en l'air, avant de l'envoyer au loin avec adresse, dans le corps du maître-assassin, pour de nouvelles douleurs supplémentaires. A charge pour l'elfe de le soigner à présent, comme le démon lui fit comprendre. Sa manière d'aider était vraiment très personnelle !

Il s'envola ensuite pendant qu'Isilmë faisait son possible pour soigner son ami que le don-de-vipère aidait tout de même à maintenir en vie. Andalónil ne partit pas tout de suite, il prit juste un peu de hauteur et passa plusieurs fois au-dessus de Mordin et Drilun qui continuaient à patauger dans l'eau glaciale où le dragon les avait mis. Affecté par le froid, le nain sentait son énergie le quitter et il ne pourrait bientôt plus tenir sa tête et celle de son ami hors de l'eau. En fin de compte, le corps trop engourdi, sa tête plongea et il retint sa respiration pour résister à la mort encore un peu... avant de se sentir arraché hors de l'eau. Le démon avait plongé sur les deux compagnons et les avait sortis de l'eau pour les laisser tomber un peu plus loin, dans la neige. Ils n'étaient pas encore tirés d'affaire, juste sauvés de la noyade, mais le froid pouvait encore les tuer. Néanmoins l'être ailé choisit de les quitter et de les laisser à leur sort, estimant qu'il en avait fait assez. D'autant que Vif et Taurgil étaient sur le point d'arriver.

10 - Soins et nouveau départ
Le rôdeur dúnadan et la féline Femme des Bois arrivèrent enfin, et avec Isilmë les soins redoublèrent d'intensité. Magie des soins, magie royale, baume orc, plantes diverses et variées... Les blessés virent leurs blessures stabilisées voire en partie guéries, les corps furent séchés et réchauffés, la folie du nain fut traitée, et le moral remonta un peu sous l'effet de l'odeur d'athelas, des soins reçus et de l'amélioration de l'état de santé et des perspectives à court terme. Drilun avait retrouvé le contrôle de son esprit, même s'il avait vendu une partie de son âme à Tevildo, qu'il sentait deux fois plus présent qu'auparavant dans un coin éloigné de son esprit. Mais au moins étaient-ils tous vivants, Isilmë comprise, et s'il se sentait bien dépressif il ne ressentait aucune pulsion suicidaire comme peu auparavant. Il avait encore goût à vivre, malgré les futurs combats qui s'annonçaient contre anciens comme nouveaux ennemis.

Et Canadras comptait désormais parmi ces derniers. En bon dragon qu'il était, les aventuriers ne se faisaient aucune illusion : il ne leur pardonnerait jamais de l'avoir volé, et chercherait par tous les moyens à leur faire connaître un sort peu enviable. Dans le meilleur des cas il les croquerait bien vite, dans le pire ils resteraient ses serviteurs et souffre-douleur, pour mourir éventuellement à très petit feu... Il avait été surpris par l'attaque magique de Tevildo, et son intensité exceptionnelle grâce au coup de pouce de l'archer-magicien, mais c'était plus de la chance qu'autre chose. Il n'était pas envisageable de compter sur un exploit similaire à l'avenir, et dans un combat rapproché, même hors de sa caverne, personne ne pariait sur une victoire du groupe : à défaut de pouvoir les affecter magiquement, le dragon était trop bien protégé contre leurs coups, ils ne pourraient jamais lui faire autre chose que des blessures mineures. Même si l'archer-magicien avait pu repérer le point faible du dragon au fond de sa gorge, et s'il avait heureusement gardé la mémoire de sa découverte, malgré le sort de Canadras...

Malgré tout cela, personne ne reprocha à Rob son initiative. D'abord car c'était fait - et joliment en plus ! - et que cela ne servait à rien d'avoir des regrets ; ensuite car le résultat avait été supérieur à leurs attentes : le marteau de Galgrin, à défaut d'être une arme redoutable, avait une utilité fantastique pour les aventuriers, comme Drilun le confirma après l'avoir étudié magiquement. Il protégeait très efficacement des éléments même magiques comme ceux des dragons et pareils à Durlach et Eloeklo, c'était exactement ce dont les aventuriers avaient besoin ! Par ailleurs, il était d'une grande aide pour la confection de magie runique sur des objets métalliques, permettant également de leur conférer automatiquement une protection contre les éléments, voire sur leur porteur... Et l'anneau trouvé par le hobbit était lui aussi un incroyable atout : équipé de cet objet puissant, Rob, à qui il fut laissé, serait bien plus difficile à percevoir physiquement et magiquement, et donc bien plus susceptible de voler des choses à la barbe de leur propriétaire. Comme les artefacts possédés par Eloeklo, par exemple... Et pour couronner le tout, l'archer-magicien découvrit que l'anneau protégeait également contre les éléments et les coups, même si c'était de manière plus limitée. Ce qui rendait le petit voleur moins fragile et encore plus autonome et utile. Enfin, indirectement, cette aventure déclenchée par Rob avait permis à Drilun de repérer le point faible du dragon, ce qui pouvait s'avérer fort utile par la suite. Et mettre la main sur une nouvelle larme de Yavanna était vraiment inespéré, autant qu'inattendu. Au bout du compte, même si cela leur avait coûté, le petit voleur était bien le héros du jour.

Tandis que des soins étaient faits, l'équipe fut bien vite rassemblée, avec le retour de Dwimfa et de Rob grâce à l'aide de la lionne enchantée. Remettre Geralt sur pied - et encore ne serait-il tiré d'affaire qu'après une journée de repos - prit du temps, bien assez pour débattre de leur prochaine destination. Ils ne pouvaient rester sur place, le dragon reviendrait tôt ou tard, il fallait fuir loin de lui. Une fois partis, la magie de l'anneau elfique pris à Gillowen et porté par Isilmë les masquerait aux pouvoirs divinatoires du dragon, il ne pourrait les rechercher que physiquement, ce qu'il ne manquerait pas de faire. La zone où ils se trouvaient, près de son repaire, connaissait un calme relatif, mais non loin le blizzard sévissait encore, même si son intensité avait fortement diminué. Une fois qu'ils seraient de retour dans le mauvais temps, le dragon ne pourrait plus faire grand-chose pour les retrouver, à moins de leur tomber dessus par hasard. Il fallait donc partir là où il n'irait pas fourrer son froid museau draconique, ou en tous cas assez loin pour que les chances de les repérer soient nulles.

Les discussions tournèrent autour de deux destinations principales : les nains de Vasaran Ahjo ("Forge du Marteau", en labba), demeure loin à l'est et un peu au sud ; et les elfes des neiges (Lossidil) dans leur cité de Helloth ("Fleur de Glace", en sindarin), au nord du nord, dans un endroit perpétuellement glacé, où rien ne poussait et où aucun animal n'allait... mais où un éclat de la lampe d'Illuin, dont la magie provenait des Valar, demeurait. Les montagnes où résidait Eloeklo ne furent pas oubliées, avec les artefacts des amis décédés de Dwimfa, mais elles ne furent pas jugées prioritaires. Les nains pourraient peut-être les aider à fabriquer des objets magiques utiles, mais certains se dirent qu'ils n'allaient peut-être (sûrement !) pas laisser le marteau de Galgrin, qui était le leur, aux aventuriers, même si ces derniers en avaient bien besoin. Notamment pour faire fabriquer des objets magiques par Drilun, et encore plus s'il avait accès à la magie de l'éclat d'Illuin, comme il avait déjà pu l'expérimenter dans les Monts Brumeux avec un autre éclat.

Au final les elfes des neiges et Helloth paraissaient la meilleure destination. Avec néanmoins deux problèmes à la clé : d'une part, Canadras était justement parti par là, vers le nord ; d'autre part, l'emplacement exact de la cité de glace était inconnu, juste lointain, dans un pays sans source de nourriture aucune. Les aventuriers y arriveraient-ils en quelques jours, une semaine, deux semaines ? En tout cas ils semblaient prêts à le tenter. Quant au dragon, Isilmë se montra véhémente et obnubilée par une idée fixe : il leur fallait partir rapidement vers l'est ou l'ouest afin de créer une fausse piste pour le dragon. Puis, quand ils seraient dans le blizzard, détourner leur trajet vers le nord afin qu'il ne puisse leur tomber dessus. Si globalement ses amis furent d'accord avec l'elfe aveugle, ils débattirent longtemps de l'orientation de la fausse piste ou du temps à la suivre avant de tourner plein nord. En fin de compte, poussés par le temps et l'arrivée prochaine et probable du dragon, ils prirent leurs affaires et se mirent en route, Vif tirant le traîneau avec Geralt et Rob tandis que les autres suivaient en raquettes ou skis, plus lentement.

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Niemal
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Grand Nord - 24e partie : chat et souris

Message non lupar Niemal » 01 janvier 2019, 00:24

1 - A l'aveuglette
Suite aux nombreuses discussions, et pressés par la perspective de l'arrivée prochaine du dragon, les aventuriers filèrent vers l'ouest. Ou du moins essayèrent-ils d'aller dans cette direction. Dans la zone de calme météorologique relatif que le démon Andalónil avait établi autour de la caverne du dragon, il était possible de distinguer la falaise dans laquelle elle était creusée. Vers l'ouest, c'est-à-dire sur la mer glacée recouverte de neige sur laquelle ils avançaient, il n'y avait aucun point de repère. Et ce fut encore pire lorsqu'ils quittèrent la zone de calme : même si le blizzard avait un peu baissé en intensité, il était impossible à quiconque, même à la lionne enchantée, de percevoir au-delà de quelques maigres pas. Seule la direction du vent, qui venait du nord, permettait d'avoir une idée de la direction.

Vif, comme à son habitude, menait donc l'expédition sur les terres gelées et enneigées. Elle tirait le traîneau dans lequel étaient confortablement installés Drilun et Geralt, accompagnés de Rob. Le magicien dunéen, encore très affecté par les épreuves récentes, avait vite montré ses limites et avait donc rapidement rejoint ses amis immobiles. Les autres avaient chaussé leurs skis, jugés plus rapides que les raquettes. Mais le temps ne leur facilitait pas la tâche, si bien qu'Isilmë choisit de chanter pour aider les glisseurs. En effet, son chant chargé de magie elfique avait le pouvoir de stimuler les corps pour permettre d'aller plus vite et sans fatigue. Le groupe avait beaucoup débattu du fait d'utiliser ce pouvoir de l'elfe, craignant que Canadras, à son retour, ne puisse les retrouver grâce à ce chant. Peut-être pas tellement à cause du son, assez inaudible dans le blizzard, mais plutôt pour l'effet magique que le dragon, puissant magicien, pourrait peut-être percevoir. Isilmë avait diminué l'intensité de son chant pour mieux masquer sa magie, et avait estimé que cela, plus les conditions météorologiques défavorables, plus son anneau magique qui masquait toute magie alentour, serait suffisant pour empêcher le dragon de les retrouver. Tous ne partageaient pas son assurance, non sans raison.

Un autre aspect de leur expédition dut être rapidement pris en compte : le froid. Malgré la diminution de la vitesse du vent, la température restait très basse et les aventuriers n'étaient pas tous parfaitement protégés. C'était en particulier le cas de Vif, dont la seule fourrure, même avec l'ajout de l'habit de cuir très chaud confectionné par les elfes des Brumes Éternelles, n'arrivait pas à bloquer la sensation de froid qui s'insinuait en elle. Malgré sa force et sa résistance remarquables, elle allait attraper froid assez vite sans davantage de protection. Et d'autres, comme le hobbit, n'étaient pas loin de ressentir la même chose. Heureusement pour ce dernier, l'anneau magique trouvé dans le trésor du dragon protégeait efficacement des éléments et cela fut suffisant. Pour Vif, la parade fut trouvée grâce à deux équipements : d'une part, une ceinture autrefois portée par Gillowen, qui protégeait magiquement des éléments, bien que moins efficace que l'anneau de Rob ; d'autre part, des peaux d'ours qui furent assemblées du mieux possible autour de son corps pour une meilleure protection de sa forme féline. Sans être parfait, cela lui suffirait assez pour continuer des heures sans risquer plus que quelques frissons.

Après un moment, de toute manière, le vent continua à diminuer et devint moins régulier et en même temps moins froid, supprimant la trop grande exposition au froid de la lionne. Ce qui posa un autre problème : il était temps de changer de direction pour compliquer la tâche du dragon qui chercherait à les retrouver. Mais la visibilité était toujours nulle et il devenait plus difficile de se repérer grâce à la seule direction du vent, qui ne venait plus aussi clairement du nord et qui comportait davantage de rafales venant d'un peu partout. Confiants dans les capacités de leur féline amie, les aventuriers décidèrent tout de même de compter sur elle pour ne pas les faire tourner en rond dans le paysage monotone. Elle prit donc sur sa gauche pour diriger leur expédition vers le sud, pour autant qu'elle pût l'estimer du moins.

Car en fin de compte Taurgil et compagnie avaient choisi une autre destination que les elfes des neiges, au nord du nord, ou les nains loin à l'est et un peu au sud. Ils allaient essayer de trouver le reste de l'expédition funeste de Dwimfa et ses amis, avec leurs nombreux artefacts magiques dont ils comptaient bien se servir. C'était dans les montagnes au sud, domaine d'Eloeklo, mais d'après la carte remise par les elfes et les connaissances des uns et des autres, notamment Taurgil qui ne perdait jamais une occasion de discuter avec les autochtones de ce qu'ils savaient de leur pays, il était plus simple d'y aller par le sud puis de contourner les montagnes par l'ouest, plutôt que faire un très large détour par l'est et le sud sans beaucoup de terres pour les abriter. En tout cas il semblait qu'il serait plus facile d'éviter le dragon par cette voie-là.

2 - La fureur du dragon
Le groupe progressait depuis un certain temps déjà, et Vif commençait à s'inquiéter un peu de ne rien voir venir de nouveau. D'après ce qu'ils avaient escompté, en allant vers le sud ils finiraient tôt ou tard par rejoindre la terre ferme - très exactement une région escarpée portant le nom du dragon, Canadras - pour leur permettre de continuer leur périple sur un sol moins traître qu'une banquise où tout pouvait arriver, comme leur expérience récente leur avait montré. Peut-être n'allaient-ils pas exactement dans la bonne direction, peut-être n'étaient-ils plus loin, difficile de savoir. Les sorts de Drilun pourraient certainement les aider à trancher la question, mais ce serait aussi prendre le risque de signaler leur présence au dragon. D'autant que la magie du Dunéen était plus "brutale" et facile à repérer que celle de l'elfe.

Quoi qu'il en fût, cette question de savoir où ils étaient passa bientôt au second plan. En effet, les sens exacerbés de la féline Femme des Bois vêtue de cuir elfique, de peaux d'ours et d'une ceinture magique, lui apprirent que quelque chose de gros était en train de filer dans les airs, dans leur dos, dans leur direction. Et ce n'était plus très loin. Autrement dit, elle grogna un message d'alerte que ses compagnons comprirent assez vite, même sans traduction magique à la clé : il semblait bien que Canadras les avait retrouvés... Ce qui fut confirmé par Rob qui sentait une magie puissante et aérienne arriver dans leur direction. Même sans en connaître la raison exacte, quelques-uns des compagnons d'Isilmë maudirent l'elfe et ses bêtises et dirent qu'ils ne manqueraient pas de la bâillonner à l'occasion. En plus d'être aveugle, que n'était-elle pas muette en plus ? Ils lui dirent donc de la fermer - ce qu'elle fit - et s'interrogèrent sur la conduite à tenir dans le peu de temps qui leur restait.

Combattre le dragon une nouvelle fois, dans leur état, n'était pas une option. Ils choisirent donc la ruse, sachant que le temps empêchait tout de même Canadras de les percevoir à moins d'être très près d'eux. Après la fin du chant de l'elfe, ils firent rapidement dix ou vingt pas sur un côté, tandis que d'autres que Vif commençaient à percevoir l'arrivée prochaine du dragon grâce à son puissant battement d'ailes. Les quatre skieurs déchaussèrent et s'enfouirent au plus vite dans la neige molle et épaisse, tandis que la lionne enchantée s'approchait du traîneau où reposaient trois de ses compagnons, dont deux dormaient profondément grâce au coussin magique dont Geralt ne se séparait jamais et qui lui permettait d'avoir un sommeil plus récupérateur... Puis Vif utilisa ses quatre pattes comme une furie pour projeter de la neige sur le traîneau déjà passablement recouvert de poudreuse. Elle s'enfonça ensuite à ses côtés, et plus personne ne bougea. La neige masquait tout, vue et sons, et l'anneau magique porté par Isilmë masquait efficacement toute la magie qui émanait d'eux, ou du moins l'espéraient-ils. Et le dragon arriva.

Il passa autour d'eux manifestement sans les percevoir, car aucun coup de queue ou souffle glacé ne trahit son plaisir de les retrouver. En revanche, sa trajectoire changea, il fit des cercles autour du lieu où ils s'étaient tenus au moment où l'elfe avait arrêté son chant, et bientôt il hurla sa colère de ne pouvoir repérer sa proie. Plus d'une fois Rob sentit qu'il usait de magie, et même de magie divinatoire, mais l'anneau elfique d'Isilmë les protégeait de cette magie et cela ne lui servit à rien. Il n'arrivait pas à les percevoir, ils s'étaient en quelque sorte évanouis à son nez et à sa barbe, et dire que cela le rendait furieux était un très doux euphémisme. Il lui fallait quelque chose ou quelqu'un pour passer sa fureur, et il le trouva bientôt : un choc puissant fit trembler la banquise, qui commença à se fissurer dans toutes les directions, tandis qu'au point d'impact la glace était éclatée en mille morceaux, tous bien trop petits pour pouvoir supporter le poids de quiconque, hobbit compris.

Et Canadras ne s'en arrêta pas là : il fit voler sa queue de nombreuses fois, de manière à réduire en miettes toute la banquise sur un assez grand rayon. L'un de ses puissants coups de queue tomba à un pas d'un aventurier enfoui dans la neige, non loin du traîneau. Les aventuriers ne bougèrent pas, tandis que la glace rompait sous eux et qu'ils sombraient plus ou moins vite dans l'eau glacée, même s'ils restaient recouverts de neige. Arrivé dans l'eau, le traîneau se pencha sur un côté, précipitant son contenu à l'eau. La fureur du dragon avait fait sortir Geralt de son voluptueux sommeil, mais pas Drilun. Tandis que le maître-assassin empoignait fermement le marteau enchanté qui protégeait du froid, tout en retenant sa respiration comme le reste de ses amis, l'archer-magicien dunéen piquait une tête dans l'eau glacée et prenait sa première tasse, pour un réveil un peu froid et brutal...

3 - Sauvetage et remorquage
Tandis que le dragon continuait à passer sa fureur sur la glace aux alentours en espérant bien faire mouche, même au hasard, ou sérieusement compliquer le trajet au sec des aventuriers, ces derniers tâchaient de se faire le plus discret possible, avec les inconvénients que cela entraînait, à savoir le risque de mourir de noyade ou de froid. Drilun pouvait aussi les faire repérer facilement avec son réveil un peu spécial, mais Geralt arriva à lui plaquer une main sur la bouche tout en lui maintenant la tête hors de l'eau un moment pour lui permettre de respirer, ce qui n'était pas une mince affaire en nageant et en tenant un marteau de forgeron dans l'autre main, tout magique qu'il fût. Et l'eau s'insinua dans les vêtements et armures de chacun, mettant à mal leur isolation contre le froid, ce dont ils se rendirent bien vite compte...

Certains n'en étaient pas affectés : Dwimfa pouvait se baigner dans l'eau glacée comme dans un bain chaud, cadeau magique de Gillowen il y avait une éternité de cela. Geralt, de son côté, ne ressentait aucun froid tant qu'il tenait à la main le marteau de Galgrin, qui le protégeait parfaitement grâce à sa puissante magie. Taurgil possédait une dague magique qui faisait un peu pareil, même si elle n'était pas aussi efficace. Et pour les autres ? Après avoir recouvré ses esprits, Drilun put empoigner le fameux marteau également. Vif, de son côté, avait son armure naturelle et une ceinture magique, si bien qu'elle pouvait tenir assez longtemps grâce à sa très robuste constitution. Rob était en partie protégé par un anneau magique, mais de tous il était le moins robuste et le froid allait vite lui donner des engelures et pire. Isilmë était naturellement résistante au froid mais cela ne serait pas suffisant bien longtemps pour empêcher son corps de geler, toute elfe qu'elle fût. Et Mordin, s'il était très résistant comme le nain costaud qu'il était, voyait quelque chose de plus dangereux que le froid : ses talents de nageur lui permettaient à peine de surnager, et l'engourdissement dû au froid n'allait rien arranger !

Après un moment bien trop long où les déprédations du dragon s'éloignèrent, les aventuriers commencèrent à remuer et à essayer de se sauver les uns les autres. Le traîneau fut utilisé comme radeau sur lequel se juchèrent plusieurs d'entre eux, tous tenant le marteau enchanté qui protégeait du froid. Il fallut aider certains comme le hobbit, ou encore le nain, dernier arrivé, qui croyait bien sa dernière heure arrivée, n'arrivant plus à bouger assez bras et jambes pour tenir sa tête hors de l'eau. Mais heureusement Taurgil était là pour le tirer en partie hors de l'élément liquide et lui permettre de respirer, et l'amener au traîneau où les autres l'attendaient...

Tandis qu'elle était sous l'eau, Vif avait pu faire une découverte plutôt rassurante : le fond était assez proche de la surface. Même si ce n'était pas suffisant pour marcher au fond de l'eau, cela voulait dire que la côté n'était pas très loin. En fait, elle put déterminer la distance approximative - au plus deux ou trois portées de flèche - et la direction à prendre. Il ne restait plus qu'à remorquer tout ce beau monde, tandis que Dwimfa et Taurgil essayaient de l'aider en poussant le traîneau et ses naufragés à la nage. Ils virent vite que leurs efforts étaient inutiles face à l'efficacité de la nage de la lionne, et bientôt ils se laissèrent traîner comme tous les autres. Le dragon avait brisé toute la banquise jusqu'à terre, il fallut donc à la lionne faire tout le trajet à la nage. Heureusement ce ne fut pas long, d'autant qu'elle sentait tout de même le froid et qu'elle était motivée pour se réchauffer !

Mais une fois arrivés à terre, ils virent que le terrain était encore bien trop accidenté pour pouvoir y faire évoluer le traîneau. Ils poursuivirent donc vers le sud par la mer gelée, jusqu'au moment où la glace n'était plus brisée et put de nouveau supporter leur poids. Le traîneau fut remonté sur la banquise, et les aventuriers sentirent que le vent rendait le froid plus mordant au-dessus de l'eau qu'en dedans. Vif était assez robuste pour tenir le choc malgré cela, même si elle allait vite accuser le coup, et donc elle tira le traîneau encore un moment, tandis que l'eau infiltrée dans et sur les vêtements et possessions se changeait en glace. Enfin, ils décidèrent d'arrêter et de faire un abri, qu'ils espéraient assez loin du dragon, pour se reposer et se sécher tous. Dans une échancrure de la falaise proche ils établirent en un temps record un abri assez grand pour eux tous et assez confortable pour se mettre nus et être protégés du vent et du froid. Un endroit où ils pourraient enlever la glace qui recouvrait toutes leurs possessions et leur permettre de tout sécher. Mais avec quel feu ? Il était hors de question d'utiliser de la magie, et ils n'avaient pas de combustible...

4 - Un dragon bien zélé
Tandis que Vif partit chasser, le groupe fit le bilan des dégâts causés par l'eau, tout en brossant autant que faire se pouvait leurs vêtements pour en retirer la glace qui s'y était formée. L'eau, en imbibant leurs vivres et en gelant, avait causé la perte d'environ la moitié. Et s'ils n'avaient pas eu autant d'objets magiques capables de les protéger du froid, et en particulier le marteau de Galgrin, il n'y a pas que la nourriture qui aurait été perdue. Mais à présent, malgré leur abri, ils ne pouvaient se passer desdits objets tant que leurs possessions n'auraient pas été normalement réchauffées et ensuite séchées. Heureusement, la lionne enchantée finit par revenir avec plus lourd qu'elle : non sans mal, elle avait réussi à trouver un jeune morse isolé qu'elle avait pu abattre puis traîner jusqu'à ses amis... alors qu'il devait bien faire entre trois et quatre fois son poids, dont un tiers de graisse !

Cette graisse abondante permit de faire un feu constant capable de sécher les aventuriers et leurs possessions imbibées de glace. Ce qui prit tout de même la bagatelle d'un cycle complet de veille et de sommeil (long), avant que tous soient prêts. Après quoi ils reprirent leur route vers le sud, tandis que le temps s'éclaircissait. Au début ils restèrent sur la mer gelée, mais rapidement les terres qu'ils longeaient devinrent plus accessibles et praticables, moins escarpées, et ils y transférèrent leur traîneau. En effet, même si leur progression était un peu plus lente, avec Vif qui tirait leurs affaires et certains d'entre eux, et les autres qui suivaient à ski, plus lentement, cela leur paraissait plus sûr : le risque de se voir à nouveau attaqués par un dragon sur une glace facile à casser pour lui refroidissait leur ardeur d'aller plus vite...

Et bien leur en prit, car au cours de leur voyage, ils repérèrent Canadras qui arrivait du nord, peu ou prou dans leur direction. Or, même s'il ne les avait pas encore repérés, il risquait fort de trouver leurs traces, assez clairement visibles pour quelqu'un avec son acuité visuelle. Et le secteur où ils se trouvaient manquait d'abris capable de les cacher à sa vue voire à ses attaques physiques ou autres... Néanmoins, la féline Femme des Bois avait pu repérer des espèces de crevasses dans le sol, en grande partie remplies de neige. L'une d'elles était proche, profonde de quelques pas avant d'arriver à une couche de poudreuse qu'ils espéraient tous épaisse. Tandis que Taurgil effaçait leurs traces proches dans la neige, histoire de ne pas rendre leur cachette trop facile à percevoir, Vif embarqua le traîneau avec quelques-uns de ses amis (et elle-même) directement dans le trou, bientôt suivis par les autres à ski, le rôdeur dúnadan en dernier. Le traîneau et ses occupants s'enfoncèrent facilement dans la neige épaisse, et tous purent rapidement se recouvrir de neige et passer inaperçus sans trop laisser de traces, d'autant qu'ils étaient dans un creux du terrain et donc difficiles à repérer hormis en se tenant juste au-dessus d'eux.

Et le dragon, s'il vit effectivement les traces de leur passage avant que Taurgil ne s'en occupât, ne put repérer les aventuriers qui s'étaient une nouvelle fois volatilisés alors qu'il espérait peut-être prendre sa revanche. Il fit donc voler la neige alentour de dépit, sans rien trouver de spécial et en particulier pas de bipèdes (voire un quadrupède) cachés. Après avoir un peu donné libre cours à sa colère, il finit par s'éloigner et ne plus se faire entendre, au grand soulagement de Drilun et compagnie qui purent arrêter de retenir (inconsciemment ou non) leur respiration... Resta alors l'épineuse question de pouvoir remonter du trou dans lequel tous avaient joyeusement (ou non) plongé, ce qui ne s'avéra pas être une si facile affaire que ça.

En effet, les aventuriers se rendirent assez vite compte que la neige dans laquelle ils reposaient était assez lâche, et avait un comportement assez similaire à des sables mouvants : bouger avait tendance à faire s'enfoncer davantage le corps, voire les choses proches, comme Rob en fit bientôt l'amère expérience. Il plongea un peu plus profondément dans la poudreuse en essayant d'avancer, et éprouva bientôt un peu de mal à respirer. Pire encore, Isilmë, en tentant de lui porter secours à l'aveuglette, s'enfonça elle aussi et connut un sort similaire. S'ils avaient continué à bouger, peut-être seraient-ils tombés plus profondément dans quelque poche d'air cachée, mais plus probablement ils auraient péri étouffés dans la neige...

Heureusement, Vif avait réussi à s'extraire de ce piège poudreux et avait pu remonter - non sans mal - en haut de la crevasse avec une corde sur elle. Elle put remorquer ses compagnons les uns après les autres, tandis que Taurgil allait à la rescousse des deux amateurs d'apnée dans la poudreuse. Le traîneau fut sorti à son tour, toujours intact, et après cette épreuve, un abri fut installé un peu plus loin pour s'y reposer et éviter de trop se montrer. En effet, rien ne prouvait que le dragon ne fût pas à l'affût à faible distance, même si une recherche de la lionne enchantée et du maître-assassin ne donna rien. Et ainsi un peu de repos fut-il pris.

5 - Bis repetita
Le temps était de plus en plus clair, ce qui était une bonne et une mauvaise chose. Il était bien sûr plus facile d'avancer dans de telles conditions, mais en revanche, les aventuriers étaient plus facilement identifiables à distance, notamment par un dragon revanchard. Avant de poursuivre leur périple vers le sud, le groupe sonda soigneusement l'horizon. Et notamment, une montagne plus élevée que les autres, et assez proche, retint leur attention, et en particulier celle de la lionne, qui y trouva bien des choses remarquables qu'elle n'arrivait pas à distinguer précisément à l'œil nu. En revanche, à l'aide de la longue-vue, des informations supplémentaires purent être obtenues. Ainsi, les parois verticales de la montagne semblaient en partie recouvertes de quelque chose d'indéfinissable à sa surface, quelque chose qui accrochait les lumières du ciel. Taurgil et ses amis subodorèrent qu'il s'agissait là d'Orod Certhas, la "Montagne des Runes", sur laquelle les elfes de Brumes Éternelles inscrivaient quantité de runes magiques, faisant de la montagne le probable plus grand catalogue magique de la Terre du Milieu...

Ce qui faisait de cet endroit une visite favorite de Canadras, que les yeux exercés de la lionne enchantée, aidés par la longue-vue tenue de la main experte (et habituée) de Geralt, pensa distinguer : au sommet de la montagne, une grande forme ailée, de couleur semblable à celle du dragon qu'ils avaient combattu, semblait attentive à ce qu'il se passait dans leur direction. Canadras était certainement plus têtu que le nain, et disposait de sens encore plus développés que ceux de la féline Femme des Bois. Personne ne doutait donc qu'il fût en mesure de les repérer à cette distance, tant que le temps restait clément, sans brume, neige ou autre couverture nuageuse.

Du coup, la poursuite de la route vers le sud paraissait plutôt compromise, car cela voulait dire une confrontation à peu près certaine avec le dragon. Et si certains aventuriers parlaient ouvertement de cette éventualité, la majorité d'entre eux ne voulaient pas même envisager un tel affrontement sans quelque chose de nouveau capable de leur donner un avantage. Il fut donc choisi de partir vers l'ouest, loin de Canadras, et discrètement. Ce qui signifiait avancer plus lentement, en tirant parti de l'irrégularité du terrain pour les masquer aux yeux du dragon. Ce jeu de chat et souris les ralentit vraiment beaucoup, sans pour autant être une garantie infaillible. Et le dragon finit en effet par s'envoler dans leur direction, comme s'il les avait repérés ou qu'il voulait vérifier quelque chose qui avait pu les trahir...

Le scénario était bien rôdé, et le dragon avait été aperçu plus loin que la fois précédente, ce qui laissait du temps pour trouver un abri satisfaisant. Malheureusement, là où ils se trouvaient, rien ne correspondait franchement à leurs désirs. Tandis que Taurgil effaçait leurs traces, Vif finit par trouver une crevasse similaire à la précédente, sauf qu'elle était plus grande et plus profonde, avec une chute d'une hauteur double. Canadras n'allant certainement pas faire une pause en route pour leur laisser le soin de trouver une meilleure cachette, la lionne enchantée lança le traîneau - et elle-même - dans le précipice, tandis que les aventuriers à skis plongeaient par eux-mêmes d'une hauteur d'une dizaine de pas, le grand Dúnadan une nouvelle fois le dernier.

Cette fois-ci, le traîneau accusa le choc et fit entendre plusieurs craquements bien nets, heureusement étouffés par la neige et de toute manière peu audibles depuis le trou d'où ils étaient émis. Tous finirent sans mal dans l'épaisse poudreuse : les occupants du traîneau, bien qu'un peu secoués, avaient vu leur chute amortie - en plus de la neige - par les autres possessions dont le traîneau était empli. Les autres avaient tous des compétences acrobatiques largement suffisantes pour tomber de la bonne manière. Et donc le dragon en fut-il encore pour ses frais : il ne repéra pas plus que la fois précédente l'emplacement où ses proies étaient terrées, ou plutôt enneigées. Après avoir passé sa frustration sur les alentours, il finit par repartir en direction de la Montagne des Runes.

6 - Troc magique
Sortir de la crevasse ne fut pas une mince affaire : d'une part la hauteur était plus grande que la fois précédente, mais également la neige semblait plus instable, comme s'il ne fallait pas grand-chose pour provoquer un effondrement de la neige encore un peu plus bas, ce qui aurait sans doute été synonyme d'étouffement pour une majorité d'aventuriers. Mais les capacités de Vif et de ses amis et l'équipement magique des uns et des autres permirent de se tirer du mauvais pas, au prix de quelques petites sueurs. Leur équipement fut également intégralement récupéré, sauf le traîneau qui n'était ni récupérable ni réparable. Au grand dam de certains, ils redevenaient tous des piétons à présent, et leur allure allait certainement s'en ressentir.

N'empêche que le voyage n'était pas exactement la priorité du moment : d'une part certains avaient encore besoin de repos, en particulier Geralt, dont le dos était loin d'être guéri. Le don-de-vipère avait permis une guérison partielle de sa blessure mortelle, mais il était encore loin d'être tiré d'affaire, d'autant qu'il n'avait plus maintenant de moyen de transport. Par ailleurs, une recherche des cieux montra qu'en fait le dragon n'était pas du tout retourné sur son perchoir en haut de la montagne magique, mais qu'il était non loin, assez haut dans les airs, observant avec attention ce qui se passait plus bas... Voyager dans ces conditions était la garantie de le voir arriver bien vite et d'avoir une confrontation probablement musclée avec la créature vieille et expérimentée... et plus puissante qu'eux.

Le groupe décida alors de trouver refuge dans un abri durable. Au pied d'un relief fracturé verticalement, ils installèrent un refuge bien protégé du vent et autres éléments, assez grand pour eux tous, voire même confortable, et même relativement difficile d'accès pour des créatures de grande taille. Entièrement recouvert de neige durcie, il était difficile à repérer également, sauf de près. Et ainsi le maître-assassin put-il finir de guérir grâce aux soins physiques apportés par les soigneurs du groupe et surtout grâce à un bon repos. Néanmoins le ciel restait toujours très clair et le dragon n'était jamais assez loin pour la sécurité et surtout pour les déplacements du groupe. Une nouvelle fois, les aventuriers avaient besoin d'aide, et Taurgil n'hésita pas à invoquer la source d'aide qui lui sembla la plus appropriée : il sortit dans le vent et appela Eloeklo à plusieurs reprises...

Après un moment assez long, le temps se mit à changer, et une espèce de brume glacée commença à tout recouvrir là où ils se trouvaient. Ils n'eurent guère besoin des sens magiques de Rob pour deviner qu'Andalónil en était la cause, et ils s'apprêtèrent à entendre le démon, ce qui ne manqua pas d'arriver. Il n'était pas visible, néanmoins, et sans doute avait-il fait la brume juste pour couvrir sa propre descente et la conversation qui allait s'ensuivre avec le groupe. Cela risquait de mettre la puce à l'oreille du dragon, même si le démon n'était pas celui qu'il recherchait, et cela donnait du pouvoir à Andalónil qui aurait pu nuire aux aventuriers en levant la brume et en indiquant directement ou non à Canadras où étaient ses proies. Mais bien entendu il avait d'autres objectifs que juste nuire au groupe, sans quoi il l'aurait déjà fait depuis un moment.

Et donc il répondit à Taurgil - non sans avoir au préalable émis quelques propos désobligeants sur les membres du groupe et leur incapacité à gérer leurs propres problèmes - que son aide ne serait certainement pas gratuite. Drilun et consorts avaient notamment privé Gillowen, ou plutôt le corps qu'elle occupait auparavant, d'une partie de son matériel. Corps qui servait à présent, de temps en temps, de véhicule pour l'esprit d'Eloeklo. Andalónil réclamait qu'au moins une des deux ceintures qu'elle portait lui soit remise avant que les aventuriers ne puissent bénéficier de son aide. Lorsqu'elle avait été dépouillée, l'ancienne amie de Dwimfa portait en effet une ceinture permettant de rendre invisible de manière ponctuelle, non durable, et une autre permettant de résister magiquement aux éléments, bien que de manière relativement faible, et qui avait servi à Vif dernièrement.

Après discussion, le groupe décida de remettre au démon la ceinture d'invisibilité. De toute manière elle ne leur servait guère, car leurs adversaires étaient trop perceptifs pour que cela soit un réel avantage. Au contraire même, une créature comme Canadras pouvait mieux percevoir quelqu'un avec une telle magie active que si la personne se contentait d'être immobile dans la neige. Ils caressèrent l'idée également de rendre la ceinture mais dépourvue de toute magie : l'anneau elfique pris à Gillowen permettait en effet de supprimer la magie de la plupart des objets, et Andalónil n'avait jamais demandé à ce que la ceinture restât magique. Ils n'avaient de toute manière rien à gagner à exciter la fureur du démon, donc ils abandonnèrent l'idée, malgré le malicieux désir qu'ils en aient de lui jouer un bon tour. En fin de compte ils se préparèrent à partir et remirent l'objet au démon, ou plutôt ils lui jetèrent. La brume se transforma alors en petit blizzard, ce qui n'aidait peut-être pas à leur progression mais garantissait au moins qu'ils en avaient fini avec le dragon !

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Niemal
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Grand Nord - 25e partie : sur et sous la montagne

Message non lupar Niemal » 15 février 2019, 10:33

1 - Cul-de-sac
Le groupe se mit alors en route dans le blizzard, qui, s'il les protégeait des perceptions du dragon, ne les aidait pas vraiment à déterminer la route à prendre. Ils souhaitaient longer la côte de manière à contourner les montagnes par l'ouest et le sud, et arriver ainsi de l'autre côté des Ered Muil, les "Montagnes de la Désolation", plus près du site probable de l'écrasement du bateau volant de Dwimfa et ses amis. La zone à fouiller était encore extrêmement vaste, mais pour l'instant ils ne se voyaient pas faire des recherches magiques tant que Canadras était dans les parages pour leur chercher des poux dans la tête... Et ils ne comptaient pas traverser les montagnes en passant par les sommets : ces montagnes étaient les plus inhospitalières du Grand Nord, dépourvues de vie hormis quelques mousses et lichens. Aucun animal n'y résidait, seuls des orcs et trolls les avaient élues comme résidence, et ils ne pouvaient survivre qu'en allant pêcher sur les côtes ou en faisant des raids sur les peuplades autochtones à proximité... et en pratiquant le cannibalisme. Même les dragons ne voyaient aucun intérêt à y séjourner voire à y passer.

Taurgil et Vif, les plus doués pour se débrouiller en milieu naturel, déterminèrent la direction à prendre grâce au sens du vent, qui était censé venir du nord, d'après des échanges avec Andalónil. Ils emmenèrent donc le groupe en direction du sud-ouest, même si certains aventuriers émettaient des doutes sur la capacité du démon à respecter sa parole concernant le sens du vent, si cela pouvait nuire au groupe. Le terrain était escarpé, très enneigé, avec beaucoup de vent, ce qui ne facilitait pas la tâche des marcheurs, tous ou presque ayant chaussé leurs raquettes. Rob, plus petit que les autres, était particulièrement gêné par la neige. Pourtant il arrivait à progresser à la même vitesse que les autres, vu sa grande habileté et son aisance en nature. Il était même plus rapide que Geralt, dont les compétences en espace naturel, si elles avaient bien progressé, n'étaient pas au même niveau que celui de ses amis (nain compris), et dont le moral était désespérément bas. Ce qui n'aidait nullement à sa progression et était la cause de la chute encore plus rapide dudit moral. Au bout d'un certain temps, il fallut le mettre sur le dos de Vif, qui grogna un peu pour la forme.

Les aventuriers avaient donc du mal à progresser et ils le faisaient très lentement. Certains s'étonnèrent que Dwimfa ne soit pas plus rapide que les autres, lui qui vivait dans le Grand Nord depuis quelques années déjà. Ce à quoi il leur fut répondu que par un temps pareil, les Lossoth un tant soit peu sains d'esprit ne sortaient pas de chez eux et attendaient tranquillement que le mauvais temps soit passé ; les autres mouraient, en général, ce qui garantissait qu'il ne restait que des gens sains d'esprit chez les Hommes des Neiges. Et puis, après un temps assez grand pour faire naître l'appétit dans l'estomac de Rob, ils se retrouvèrent plus ou moins dans un cul-de-sac : ils pensaient progresser un peu vers la côte et en fin de compte il semblait qu'ils avaient un peu trop avancé dans les montagnes et avaient remonté une vallée dont ils atteignaient un seuil. Ils n'avaient plus d'autre choix que de grimper sur des rochers couverts de neige, ou rebrousser chemin vers la droite et la probable côte qu'ils recherchaient. Certains se demandèrent aussi si Andalónil n'avait pas un peu fait tourner le vent de manière à les aider à se perdre...

Ils choisirent donc de rebrousser (en partie) chemin, en maugréant après la perte de temps, le froid, le démon, la neige, le dragon... Bon, Geralt était celui qui maugréait le plus, mais les autres n'en pensaient pas moins. Même Mordin était un peu abattu : si sa force de volonté était inégalée au sein du groupe, il avait néanmoins dû faire beaucoup d'efforts et prendre sur lui ces derniers jours, et il manquait d'un vrai repos. Et il n'était pas le seul, même si pour certains les ennuis ne leur apportaient qu'un sentiment de routine. Bref, le groupe progressa en grande partie dans l'autre sens pendant un temps certain, tandis que les membres se fatiguaient et que l'appétit grandissait dans le ventre du hobbit. Ils étaient partis depuis peut-être l'équivalent d'une bonne demi-journée, et plusieurs ne se voyaient pas continuer une autre demi-journée comme cela.

C'est alors que l'ouïe extrêmement fine de la lionne enchantée lui fit percevoir des sons nouveaux au creux de son oreille. Comme des coups de métal contre de la roche ou un autre métal, comme s'il y avait des mines ou des forges dans les environs. En se concentrant sur ses perceptions, elle put déterminer que ces sons qu'elle était la seule à percevoir provenaient d'un peu plus haut sur la paroi rocheuse. Après avoir fait comprendre à Geralt qu'il lui fallait descendre de son dos, elle partit escalader la paroi à l'aide de ses griffes et de ses pattes puissantes, en emportant une corde avec elle. Un peu plus tard, assez long pour certains mais trop court pour d'autres comme Geralt, qui n'avait pas eu assez de temps pour se reposer, ses amis la virent revenir devant eux. Elle leur raconta qu'elle avait découvert l'entrée probable d'une caverne pleine d'orcs des neiges. L'entrée était bloquée par un gros rocher intérieur, et un sentier permettait d'y accéder sans avoir à faire de l'escalade, même s'il était étroit et rendu difficile d'accès par la neige apportée par le blizzard. Et l'ouverture était trop haute pour y accéder en grimpant à la corde emportée par la lionne. Néanmoins, la perspective de quitter le blizzard et de se retrouver à l'abri du dragon Canadras fut jugée très intéressante par l'ensemble du groupe...

2 - Entrée sans invitation
Vu le blizzard extérieur et la neige accumulée sur le sentier, la grimpette proposée par la lionne s'avéra plus que difficile. Certains y arrivèrent par leurs propres moyens, comme par exemple Taurgil, dont les compétences en extérieur et le contact avec la larme de Yavanna lui donnaient une grande aisance sur la neige. Cela lui prit tout de même autour d'un quart d'heure pour arriver en haut. Rob, pour sa part, mit deux fois plus de temps, tandis que Mordin accomplissait le trajet en trois fois plus de temps que le Dúnadan. Et les autres ? Même en allant plus lentement, les chances restaient grandes de glisser et de faire une mauvaise chute, ce qu'ils ne tenaient pas trop à faire, malgré l'épaisseur de neige pour amortir une telle glissade si elle se produisait ! Bref, la féline Femme des Bois servit de taxi aux quatre aventuriers restants...

En haut, ils se blottirent contre la paroi et l'entrée de la caverne, entrée bloquée par un gros rocher rond qui devait pouvoir être roulé sur le côté. Vif, lorsqu'elle était partie en reconnaissance, avait pris le temps d'écouter à la "porte", et avait déterminé qu'il devait y avoir une équipe d'une demi-douzaine de gardes orcs un peu plus loin, mais ils n'étaient pas très attentifs, consacrant leur temps à jouer et se battre. Il restait assez d'espace pour que Rob puisse se glisser au-dessus de la pierre et pénètre dans la petite antichambre qu'il y avait derrière. A tâtons, il découvrit que des cales avaient été placées au pied du rocher, cales qu'il enleva, et que des leviers étaient présents pour faciliter le roulage du rocher, avec l'aide des mêmes cales. Quant aux gardes, ils étaient effectivement un peu plus loin dans le tunnel, masqués par un coude, et ne seraient probablement pas un souci.

Il ressortit faire part de ses trouvailles à ses amis, qui décidèrent de déplacer le rocher discrètement. Rob repassa de l'autre côté, bientôt suivi par Dwimfa et Geralt, tous deux très souples et agiles, et Vif : lorsqu'un félin peut passer sa tête, le reste du corps peut suivre, vu leur grande souplesse. Ensuite, tandis que le hobbit surveillait, les deux hommes utilisèrent les leviers tandis que la lionne les aidait en poussant. L'Homme des Bois, extrêmement adroit, maîtrisa parfaitement le déplacement du rocher qui ne fit aucun bruit et laissa bientôt passer tout le reste de l'équipe. Puis le rocher fut remis en place en partie, de manière à limiter l'entrée du blizzard mais en autorisant une sortie rapide même pour un grand gabarit comme celui du rôdeur dúnadan.

Les conversations des orcs purent être davantage espionnées. Vif savait très bien parler la langue de Dol Guldur, qui était la base de nombreux parlers orcs. Mais les orcs des neiges avaient un vocabulaire et un accent vraiment spéciaux, empruntant entre autres au labba, la langue des Hommes des Neiges, qu'elle ne maîtrisait pas parfaitement. Elle avait pu apprendre des choses et notamment entendre une discussion entre deux orcs importants à propos d'un grand chef nommé Agog. Taurgil, lui, maîtrisait bien mieux le labba et le noirparler également, si bien qu'il arrivait très bien à comprendre ce qui se disait plus loin, mais il n'avait pas l'ouïe aussi fine. Ce qui fut tout de même suffisant pour apprendre bien des choses. Entre autres choses, il semblait que depuis peu, les tribus d'orcs au sein des Montagnes de la Désolation étaient unies par un chef charismatique et puissant, nommé Agog, et que récemment il avait ordonné aux tribus d'arrêter d'envoyer l'habituel tribut qu'elles donnaient au dragon Canadras. Lequel dragon n'avait pas réagi... pas encore.

Le tunnel se poursuivait plus loin jusqu'à un coude où se tenaient les gardes, loin de l'antichambre où il faisait plus froid. Au-delà, il semblait qu'il y avait non loin une grande caverne où "socialisaient" de nombreux orcs, dont probablement des membres importants de la tribu, plus intelligents ; et d'autres cavernes d'où émanaient des bruits de mine ou même de forge, et que la lionne enchantée avait réussi à percevoir depuis l'extérieur. Egalement, plusieurs personnes sentirent diverses odeurs traîner dans le tunnel. Malgré le froid, il était possible, en plus de la puanteur des orcs, de sentir que des huiles étaient brûlées. Rob, dont le nez était assez fin, arrivait bien à percevoir qu'il n'y avait pas de feu de bois plus loin. Et d'ailleurs les lumières étaient lointaines et faibles, les orcs ne devaient pas avoir de torches ou grands feux allumés. Vif arrivait même à déterminer que les huiles brûlées provenaient de phoques, de morses ou de baleines.

Le groupe, après avoir improvisé la suite à donner à leur entrée par effraction, commença à approcher discrètement des gardes qui ne se doutaient de rien. Ils étaient six, trop occupés à leurs jeux pour repérer les silhouettes de Vif et de Geralt qui arrivaient juste derrière eux. Quatre d'entre eux périrent en un bref instant, un cinquième grâce à une flèche de Rob, plus rapide que Drilun, et le dernier par un nouveau coup d'épée du maître-assassin. Plus loin, le tunnel se divisait en deux, avec d'un côté une manifestement grande caverne occupée par de nombreux orcs, de l'autre par davantage de tunnels menant à un labyrinthe de mines, de cavernes voire de forges loin en bas. Là où ils étaient, les aventuriers ne risquaient pas trop d'être dérangés, et ils s'installèrent pour se déguiser pendant un petit moment.

3 - Prise de pouvoir
Ce n'était pas la première fois que les aventuriers allaient se faire passer pour des orcs pour prendre le pouvoir et faire accomplir aux orcs leurs quatre volontés. Ils savaient comment fonctionnaient les créatures : les forts - en gueule et en armes - écrasaient les autres, qui obéissaient, fuyaient ou mouraient. Et s'ils faisaient tomber le ou les chefs, ils devenaient chef à la place, jusqu'à ce qu'un sort similaire leur arrive... ou que la tribu disparaisse avant eux ! Ils ne manquaient pas de forts en gueule et de personnages assez doués pour faire peur même à des trolls, alors que les orcs des neiges semblaient vraiment minables, tant côté physique que côté équipement. En majorité ils utilisaient des outils de pierre ou d'ivoire, le bois était très rare, et le peu de métal qu'ils avaient semblait être conservé pour des outils, des pièges ou des éléments de construction. Le métal se prêtait assez mal aux armes dans un climat glacial qui le fragilisait beaucoup...

Après un bon moment, le hobbit était transformé en un snaga ("esclave") convaincant, mais les autres étaient un peu trop grands pour faire couleur locale, même s'ils faisaient plus orc qu'humain. Taurgil fut élu "chef à la place du chef", chargé de bientôt diriger les orcs pouilleux qui composaient la tribu. D'après leur espionnage, il s'agissait en fait d'une tribu importante de plusieurs milliers d'orcs, avec des mines et même des forges. Vif serait tenue en laisse par ledit chef, tandis que Geralt et Mordin, effrayants à souhait, seraient les exécuteurs des basses œuvres du chef, chargés de faire exécuter ses décisions ou d'exécuter ceux qui se mettraient en travers ou qui seraient trop lents ou trop bêtes. Dwimfa ferait le sinistre individu vêtu et équipé de noir (Morang comprise), Isilmë une espèce de prisonnière non moins mystérieuse, avec le hobbit pour la faire avancer et subvenir aux besoins des autres. Drilun, un peu derrière tout cela, saurait aussi être menaçant voire mortel au besoin.

Les pas du groupe les menèrent rapidement vers la grande salle commune, où leur entrée fit sensation. Le volume sonore diminua quelque peu, tandis que les orcs se demandaient où placer les nouveaux venus dans leur échelle de valeur sociale et où eux-mêmes ils comptaient se placer - physiquement et socialement - par rapport aux chances de gains et de pertes perçus ou imaginés. La plupart s'écartèrent bien vite du chemin du groupe, qui se dirigeait vers une extrémité de la salle où le probable chef des orcs siégeait, entouré par un probable général et d'autres officiers. Vif repéra dans la foule un orc tenté de lui lancer une pierre à la tête en réponse à un défi d'un autre orc, mais la pierre n'eut pas le temps de quitter sa main que l'orc en question était mort, de même que son ami. Elle revint bientôt aux pieds du Dúnadan maquillé tout en mâchouillant une jambe arrachée à son propriétaire, avant de la recracher plus loin. Le goût de ces orcs était au moins aussi infect que ceux du sud, voire plus. Curieusement, les orcs tentés de faire de telles blagues sur les nouveaux venus retrouvèrent vite un semblant de raison et s'abstinrent...

Parvenu devant le chef qui tentait de faire bonne figure (les officiers n'étaient pas aussi doués), Taurgil annonça vite la couleur : d'une voix puissante, il déclara - comme il avait été décidé entre aventuriers - qu'ils étaient des envoyés de Canadras, et que le dragon n'appréciait pas du tout le retard du tribut qui lui était dû. Le chef tenta alors de jouer au plus malin en prétextant qu'il avait été bien envoyé, mais il se rendit vite compte que sa réponse avait été mauvaise. A peine eut-il le temps de sortir son arme que la main qui la tenait était sectionnée par la lame de Geralt, et il s'évanouit. De dépit, son corps encore vivant fut jeté en pâtures aux autres orcs avec ordre de se régaler, ce qu'ils ne manquèrent pas de faire. L'ex-chef se réveilla juste à temps pour sentir ses anciens subordonnés commencer à le croquer avec appétit, et ses cris ne durèrent pas très longtemps...

Très vite, celui qui semblait être le général orc approuva l'action des nouveaux venus, injuria les restes de l'ancien chef et se posa comme le digne et efficace serviteur de Taurgil et de sa suite - et prit l'arme de l'ex-chef au passage. Puis il donna des ordres aux autres officiers pour répondre aux moindres besoins du nouveau chef. Cette conduite obséquieuse, si elle n'était pas très surprenante, n'empêcha pas les aventuriers de ressentir un très fort désir de meurtre à l'égard du "général", qui se révéla être un bon guerrier et meneur d'orcs mais un très mauvais organisateur, sans grande imagination. En gros, c'était une brute capable de pousser ses troupes à obéir, mais assez bête à part ça, donc difficile à supporter pour qui voulait obtenir des renseignements, ce qui était le cas de Taurgil et compagnie. Néanmoins ils risquaient de tomber sur pire encore s'ils le tuaient, donc ils firent avec.

4 - Information et nouvelle quête
Pour commencer, les aventuriers auraient voulu en apprendre plus au sujet de ce fameux Agog. En questionnant le "général" ou d'autres officiers, ils apprirent comment cet orc des neiges avait réussi à unifier les tribus des montagnes et imposer sa loi. Parfois cette compréhension se renforça au cours des jours qui suivirent et des autres tribus que le groupe allait rencontrer. Comme beaucoup d'autres chefs avant lui, Agog s'était imposé par la force mais aussi par la ruse ou le bagout. Issu d'une assez grande tribu, il n'aurait peut-être été qu'un bon chef de guerre de plus, sans une aide arrivée de l'extérieur : d'après ce que disaient les orcs et que les aventuriers interprétèrent, Agog aurait reçu la visite, quelques années auparavant, d'un mystérieux et terrifiant grand orc inconnu localement. Il était non seulement terrifiant physiquement, mais magiquement aussi, ayant réussi à faire fuir les orcs des neiges qui lui faisaient face. Avec son aide, la tribu s'était organisée, transformée, des orcs d'élite avaient été à la fois formés et "fidélisés" à leur chef. Grâce à cette élite nouvelle et à l'aide apportée par le sorcier orc servant de conseiller, Agog avait vite imposé sa loi aux tribus proches puis aux autres.

A l'aide de ses sorts divinatoires, Drilun en apprit davantage : l'aide apportée à Agog ne venait pas d'un esprit quelconque du Grand Nord, pas plus que d'un dragon, d'Eloeklo ou d'autres figures locales. Par contre, la main d'Angmar et Dol Guldur était bien présente. Le chef des orcs des neiges des Montagnes de la Désolation n'était pas sous leurs ordres, mais leur influence était manifeste, même si peut-être Agog avait-il l'impression d'être complètement autonome. De toute manière, ce n'était pas la première fois que Taurgil et ses amis constataient le côté subtil et sournois de l'influence d'Angmar ou du Nécromancien, visant à affaiblir les Peuples Libres en contrôlant et organisant mieux les capacités à nuire des orcs et autres peuplades trop portées sur la guerre et l'asservissement...

Même sans deviner avec exactitude les projets du roi-sorcier d'Angmar ou du Nécromancien concernant le Grand Nord, il était facile de comprendre que cela ne ferait pas les affaires des Lossoth, des nains ou des elfes de la région, voire des peuples plus au sud. Du coup, si la chasse aux trésors des ex-amis de Dwimfa restait toujours d'actualité, une autre mission vint vite s'imposer : tuer Agog et son sorcier, ou en tout cas les empêcher de nuire. Au départ la prise de pouvoir avait semblé une manière intéressante de pouvoir voyager à travers les montagnes, mais à présent il s'agissait de plus que ça : une nouvelle menace avait été identifiée, il convenait d'y répondre. Voyager à travers les montagnes grâce aux cavernes des orcs leur retirait une épine du pied, car Canadras ne pouvait guère les affecter sous terre. Si en même temps ils éliminaient un grand chef et son sorcier, sans parler de nombreux petits chefs locaux, les orcs seraient désorganisés et seraient trop occupés à se battre (et manger) entre eux pour rester une grande menace.

Restait donc à trouver ce fameux Agog, qui vivait quelque part au sud et un peu à l'est, au beau milieu des Ered Muil, les Montagnes de la Désolation, plutôt côté est. D'après ce que les aventuriers comprirent, deux routes étaient possibles : la première, et plus communément utilisée, passait par les cavernes de diverses tribus alliées ou non, avec parfois de courts passages par l'extérieur, sur des sentiers dangereux en raison du temps et du relief. La seconde voie passait au plus profond des montagnes, dans des chemins souterrains où la lumière du soleil ne pénétrait jamais, souvent peuplée de terrifiantes créatures extrêmement puissantes ou agressives (vers - dragons sans ailes - des cavernes, spectres, trolls des cavernes...), parfois d'anciens serviteurs ou lieutenants de Morgoth au Premier Âge. Les chemins étaient connus d'un petit nombre d'orcs, mais ceux qui partaient ne revenaient jamais tous vivants...

Taurgil ordonna donc au général de préparer une grande expédition à travers les montagnes. Les aventuriers annoncèrent au début que la route vers ces fameux souterrains développés par Morgoth, les "Sous-Profonds", constitueraient la voie à prendre, malgré la réticence manifeste de nombreux orcs. Plus tard, après en avoir débattu, Taurgil et ses amis choisirent l'autre voie, plus proche de la surface. Non pas à cause des pertes prévisibles, car de toute manière leur objectif était avant tout de réduire la population des orcs des environs pour qu'ils soient moins une menace ; mais simplement car certains d'entre eux craignaient de devoir affronter des créatures trop puissantes, et ils avaient déjà suffisamment d'ennemis à gérer comme cela : Tevildo, Eloeklo, Durlach, Canadras, sans parler de divers sbires du Nécromancien (Andalónil...) ou les anciennes créatures de Morgoth qui peuplaient le Grand Nord... Aller en chercher d'autres dans les profondeurs n'était peut-être pas nécessaire !

5 - Autres divinations
Drilun ne s'en arrêta pas là, et il utilisa sa magie divinatoire pour se renseigner davantage sur les artefacts qu'ils étaient venu chercher dans les montagnes. En effet, Dwimfa avait parlé de plusieurs amis ayant rassemblé de nombreux objets magiques puissants, en particulier un très costaud Dúnadan du nom d'Arang, un redoutable maître d'armes nain du nom d'Enhar, et un elfe débrouillard prénommé Dinyondo, alors compagnon de Gillowen. Il y avait aussi un Dunéen venu de Dunfearan, Tank-Er, et bien sûr Gillowen elle-même, que les aventuriers avaient déjà rencontrée. Quand l'Homme des Bois avait perdu le contrôle du bateau volant qu'il pilotait, alors qu'au même moment Gillowen semblait se libérer de ses liens, sans doute avec de l'aide, il avait compris que la mort les attendait et il avait sauté hors du vaisseau, dans le vide. Il avait survécu, et l'elfe magicienne aussi bien sûr, mais il ne pensait pas revoir ses anciens amis vivants, d'autant qu'il n'avait jamais plus entendu parler d'eux...

Ce qui ne voulait pas dire qu'ils étaient restés dans le bateau volant ou dans ce qu'il en était resté après leur crash. Manifestement, Gillowen (ou plutôt Eloeklo, qui la possédait) avait récupéré certains objets, elle avait sans doute connaissance de l'emplacement des corps, qu'elle avait même pu déplacer - ou le Démon du Vent du Nord lui-même. Il fallait essayer de s'assurer que les objets étaient disponibles en un ou plusieurs endroits, et leur localisation la plus précise possible. Fouiller les montagnes les plus froides et désolées de la Terre du Milieu ne serait pas une partie de plaisir, sans parler de la présence d'Eloeklo, piégé là, qui ne les laisserait pas faire leurs "courses magiques" sans leur présenter un quelconque prix à payer. Prix qui serait peut-être bien supérieur au niveau de leurs ressources ou de leur motivation...

Pour commencer, à l'aide de la carte que les elfes de Brumes Éternelles leur avait remise, l'archer-magicien du groupe s'efforça de localiser sur ladite carte l'emplacement du vaisseau magique, ou plutôt de ce qu'il en restait. Après lancement de divers sorts de divination, il pensa arriver à bien cerner le secteur des montagnes où les ruines du bateau volant reposaient. De là à croire que les objets qu'ils recherchaient s'y trouvaient encore, il y avait un fossé qui n'était pas près de se combler. En effet, de nouveaux sorts de divination indiquèrent que divers objets cités par Dwimfa se trouvaient plus ou moins éloignés du lieu du crash. Ils n'étaient pas tous au même endroit, loin s'en fallait, certains reposant à de nombreux miles du bateau. La majeure partie des artefacts magiques semblait avoir bougé. Avaient-ils été récupérés par Gillowen ? Lorsqu'elle avait été capturée, plusieurs d'entre eux avaient été pris sur son corps, mais elle n'avait pas forcément tout sur elle, elle avait pu se constituer une cache, voire plusieurs...

De nouveaux sorts de divination permirent de préciser le destin de quelques objets remarquables que l'Homme des Bois avait vus à l'œuvre. Ainsi, Dwimfa et ses anciens amis avaient par le passé recueilli un grimoire de magie comportant de nombreuses runes magiques utilisables telles quelles, à l'aide de la magie runique, ou pour apprendre des tours magiques les plus divers. Ce grimoire s'appelait le Suimbalmynas, et il avait été réalisé par un ou des magiciens nordiques, dans leur langue, l'éothrik. Malheureusement, il semblait bien que ledit grimoire avait été récupéré par Gillowen. D'autres objets magiques ayant été pris sur les corps des ex-compagnons de Dwimfa comprenaient l'Eargil ("Étoile de Mer"), une amulette aidant à la réalisation des sorts et ayant des pouvoirs sur les créatures marines ; un bâton de foudre permettant d'attirer les éclairs voire les lancer ; un talisman maudit permettant à son possesseur de se transformer en chauve-souris... mais pas forcément de reprendre sa forme initiale, ou du moins pas sans une autre magie !

Mais certains objets que Dwimfa avait cités n'avaient pas trouvé de repreneur ou repreneuse. Ce qui ne voulait pas dire qu'ils pourraient être facilement récupérés, mais les nouveaux amis de Dwimfa se faisaient fort de pouvoir les retrouver grâce à leurs formidables capacités. Ce qui ne voulait pas dire qu'ils pourraient ou voudraient mettre la main sur tous... Parmi ces objets, Dwimfa parla de la fantastique épée maniée par Arang, Gwaedhel ("Sœur de Serment"), qui permettait à son possesseur d'aller dans les Chemins des Morts, dans les Montagnes Blanches ; ou un arc de lumière qui créait ses propres flèches directement sur l'arc, comme si elles étaient faites de lumière solide ; ou une amulette appelée Nar ("Feu"), d'après le mot de pouvoir qui permettait d'appeler et contrôler une boule de feu vivante... D'autres objets furent évoqués par l'Homme des Bois mais n'eurent pas droit à un sortilège pour déterminer leur destinée. Par exemple une masse de pierre permettant de prendre la consistance d'une pierre touchée, ou diverses armes magiques d'excellente qualité...

6 - Départ et progression
Après deux jours passés à se reposer (pour les aventuriers) ou à organiser le prochain mouvement des troupes (pour les orcs), le moment du départ arriva. Curieusement, le nombre de guerriers orcs qui allaient prendre part à cette expédition avait quelque peu fondu : sur le millier d'orcs des neiges attendus, la moitié étaient présents, après évaluation. Il faut dire que, d'une part, le "général" sur qui reposait l'organisation de l'expédition n'était pas une lumière et ne savait pas très bien compter. D'autre part, divers officiers orcs avaient préféré prendre la tangente et partir avec chacun son petit contingent d'orcs, plutôt que de se lancer dans une expédition qu'ils estimaient très risquée, à savoir affronter Agog. Peut-être même certains d'entre eux étaient-ils partis le prévenir... Cette fuite de nombreux guerriers ne dérangea pas trop les aventuriers : après tout, tout ce qui contribuait au morcellement et à l'affaiblissement des orcs était bon à prendre.

Ils partirent donc tous. Taurgil avait fait faire, à la demande de Geralt, diverses chaises pour porteur afin de ne même pas avoir à marcher. Néanmoins, vu l'étroitesse des tunnels parfois, et les piètres qualités des orcs, le maître-assassin tomba plus d'une fois et dut donc sévir, faisant tomber les têtes de ceux qui le laissaient tomber. A cause des tunnels bien étroits, la file de guerriers orcs s'étirait sur près d'un demi-mile. En avant, l'armée était menée par Vif, Taurgil et Geralt, qui motivaient très bien leurs troupes et les empêchaient de fuir ou déserter à la moindre anicroche. En arrière, Rob, Isilmë, Drilun, Dwimfa et Mordin fermaient la marche. Le nain criait constamment après les orcs, les motivant lui aussi très bien. En revanche, au milieu de la colonne, loin des cris - et des armes - des chefs, les orcs étaient plus autonomes. Aussi n'était-il pas très surprenant de constater que la colonne d'orcs se réduisait petit à petit, de manière lente mais sûre...

Après l'équivalent d'environ une journée de marche, plutôt soutenue car les aventuriers ne souhaitaient pas ménager les orcs, les abords d'une petite tribu d'orcs des neiges furent atteints. C'était normalement une tribu "satellite", plus ou moins sous la coupe de celle à laquelle ils commandaient à présent. Néanmoins, quand ladite tribu avait constaté l'approche d'une telle force, elle avait érigé des barricades dans les tunnels. Taurgil se fit un plaisir d'utiliser son épée et sa magie de seigneur dúnadan pour faire voler les barricades en éclats. Les orcs fuirent bientôt, mais la féline Femme des Bois se chargea d'empêcher une bonne partie d'aller trop loin. Les troupes restantes de cette petite tribu furent bientôt intégrées à celles de Taurgil et compagnie, ce qui permit de compenser les pertes liées à la désertion, au manque de discipline, et aux exemples à faire pour faire filer droit ces pitoyables créatures...

L'étape suivante était une autre tribu de petite taille, similaire à celle qui avait été conquise par Taurgil et ses amis. En revanche, les cavernes ne pouvaient couvrir le chemin pour y aller, et il fallait bientôt sortir et prendre des chemins escarpés couverts de neige et battus par des vents glaciaux. Le chemin des sous-Profonds fut à nouveau évoqué, mais l'emprunter nécessitait à présent de faire demi-tour, ce qui fut écarté. Les orcs furent donc plus ou moins poussés dehors, motivés par les cris de Mordin ou la présence - ou les armes - de ses amis. La progression était très difficile, et Geralt dut se résoudre à marcher ou emprunter le dos de Vif, car sinon il aurait bien vite chuté avec (ou sans) ses porteurs. Vu le relief, les chutes étaient presque systématiquement mortelles, et le nombre des orcs se réduisit à grande vitesse. Plus d'un tiers d'entre eux périrent dans les deux jours qui furent nécessaires pour arriver aux prochaines cavernes habitées, permettant de se rapprocher de la grosse tribu commandée par Agog et son sorcier venu du sud.

L'approche d'une nouvelle tribu d'orcs fut l'occasion de remotiver les troupes restantes et de grossir les rangs. Comme cela avait été fait par le passé, les défenses des nouveaux orcs furent balayées et une partie de leurs guerriers furent intégrés aux troupes commandées par Taurgil. La tribu suivante put être atteinte par des souterrains, et elle était plus grosse, similaire à la première que les aventuriers avaient prise sous leur contrôle. Elle fut un peu plus dure à conquérir, mais rien qui dépassa plus que quelques contusions voire une blessure légère. Cette nouvelle tribu permit de faire plus que compenser les pertes passées : elle grossit notablement l'armée en partance pour aller faire la guerre à Agog. Après cela, deux autres petites tribus furent combattues puis intégrées, puis une plus grosse, et encore une autre plus petite. En passant toujours par des souterrains ou parfois à l'extérieur quand c'était nécessaire. Tout cela avait pris peut-être l'équivalent d'une dizaine de jours depuis qu'ils étaient partis, et de très nombreux orcs avaient péri dans le processus, et notamment de nombreux chefs et officiers. Même si Agog ne pouvait être abattu, il ne risquait pas de faire grand-chose avec le reste des orcs laissés après le passage de Taurgil et ses amis...

7 - Attendus !
Enfin, la dernière partie du voyage arriva. L'armée commandée par Taurgil était forte de plus de mille orcs, mais sans doute moins de deux mille. Il restait encore à traverser une dernière fois les montagnes par l'extérieur, en un lieu qui devait correspondre au cœur des montagnes, où les vents étaient les plus froids et les plus forts, la neige la plus abondante, les sentiers les plus périlleux. Heureusement, le temps était très clément, clair et peu venté, même si la température était glaciale. Les aventuriers n'en appréciaient que mieux leur excellent équipement, tandis que celui des orcs, de piètre qualité, mettait leur pourtant grande endurance à rude épreuve. De toute manière ce n'était pas le plus grand danger : la très longue colonne de guerriers orcs parcourait des glaciers couverts de neige qui pouvait masquer des crevasses traîtresses, ou progressait le long de sommets ou parois où le moindre faux pas pouvait entraîner une glissade synonyme de fin précoce. Et comme les orcs avaient toujours de nombreux torts à se reprocher les uns les autres, les croche-pieds et autres farces fatales étaient assez communs. Tout au plus Taurgil et ses amis pouvaient-ils maintenir le niveau des pertes assez bas en faisant sauter les têtes des farceurs pris sur le vif, ou en les donnant à manger avant même de les tuer. Ce qui n'empêchait pas certains de tenter d'agir discrètement, ou simplement loin de leurs chefs...

Le temps très clair et le bruit modéré du vent étaient très favorables aux perceptions. Geralt en profita pour utiliser sa longue-vue de nombreuses fois, et put ainsi repérer une silhouette ailée plus haut dans le ciel, au-dessus d'eux, après un bon moment passé à cheminer : Andalónil les avait repérés... Mais hormis cela les montagnes étaient désertes, privées de toute vie, hormis celle des orcs eux-mêmes. A part le bruit du vent, le silence n'était troublé, de loin en loin, que par le bruit d'une éventuelle avalanche. Ce qui faisait que même les orcs évitaient de faire trop de bruit, en particulier quand ils cheminaient dans les vallées glaciaires dont les parois étaient couvertes d'une neige qui ne demandait qu'à tomber, et où le son rebondissait d'un bord à l'autre en s'amplifiant parfois.

Ils progressèrent donc sans trop grande difficulté, en direction d'une petite tribu satellite de celle d'Agog, qui serait leur destination suivante, et ultime, avant sans doute un grand conflit. Ils n'étaient plus très loin et progressaient au sommet d'un glacier, approchant du cirque glaciaire où la petite tribu avait son entrée principale, au pied d'une paroi presque verticale. Néanmoins, les oreilles incroyablement perceptives de Vif, qui profitaient en plus de l'écho bien présent dans ces montagnes, lui apportèrent un nouveau sujet d'inquiétude : elle entendit un orc parler, et il avait un accent très proche de celui qu'elle avait connu à Dol Guldur. C'était manifestement un grand orc, peut-être un uruk, et qui disait à d'autres orcs de se tenir prêts, que l'armée arrivait et que tout se passait comme prévu...

La colonne fut bientôt arrêtée. Avec l'aide de la longue-vue, l'origine des bruits put être repérée : dans le cirque glaciaire, au-dessus de l'entrée principale, assez haut, les orcs avaient installé une espèce de nid d'aigle sur une corniche à flanc de falaise. Plusieurs d'entre eux étaient présents, donc un grand orc qui était manifestement un uruk et qui dirigeait les autres. Apparemment le nid d'aigle avait été abondamment fourni en pierres et autres projectiles gros et lourds dont l'utilité était assez évidente : il serait très facile de déclencher une avalanche en précipitant ces rochers dans le vide, ce qui signerait sans doute la fin prématurée d'une armée qui se tiendrait plus bas, et qui serait complètement balayée par les éléments déchaînés. Et, bien entendu, l'accès à ce nid d'aigle semblait à peu près impossible par l'extérieur, et il était bien trop haut (et loin) pour être à portée d'un quelconque projectile.

Les aventuriers se réunirent et débattirent de la manière de passer cet obstacle. Les projectiles, éventuellement magiques et explosifs, furent évoqués, non pas pour abattre les orcs mais par exemple pour déclencher l'avalanche de manière préventive. Ce qui signifierait la mort des lanceurs de projectile car ils n'auraient pas le temps d'échapper à l'avalanche qu'ils auraient déclenchée. Si c'étaient des orcs, ce ne serait pas un problème, mais qu'est-ce qui allait empêcher l'avalanche de grossir et de parvenir jusqu'à l'armée principale ? Sinon, d'autres évoquèrent l'idée de faire du bruit pour un résultat similaire, à savoir déclencher une avalanche, avec l'avantage de pouvoir le faire de plus loin. Mais en regardant tout autour d'eux, les aventuriers se dirent que ce n'était pas forcément une très bonne idée : ils risquaient de déclencher non pas une mais de nombreuses avalanches qui convergeraient vers eux, vu leur position au fond de la vallée encaissée. Monter sur les parois enneigées ne servirait pas à grand-chose si la couche de neige se dérobait sous eux. Et ils ne pouvaient rester indéfiniment là à chercher une solution à ce problème...

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Niemal
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Grand Nord - 26e partie : conflits et avalanches

Message non lupar Niemal » 17 mars 2019, 16:16

1 - Positionnement
La première chose que décida le groupe, c'est d'envoyer Rob en avant, en tant qu'éclaireur : il était assez discret pour se faufiler sur le glacier jusqu'à l'entrée principale des orcs sans se faire repérer. Il faut dire qu'entre sa cape elfique et son anneau magique de dissimulation, sans oublier sa petite taille et ses remarquables compétences en la matière, il pouvait facilement passer complètement inaperçu, même auprès de ses amis. Il n'y avait guère que Vif qui pouvait le suivre s'il ne voulait pas être repéré, et encore. Par ailleurs, il était très à l'aise dans la nature et saurait donc repérer les crevasses cachées et autres pièges que le glacier avait à leur offrir. Son faible poids l'aiderait aussi à ne pas trop déranger la neige là où d'autres auraient pu déclencher glissade ou éboulement.

Il partit donc prudemment, tant pour ne pas se faire voir que pour éviter les dangers naturels. Il progressait près du centre du glacier, où la moraine principale offrait un relief capable de le cacher plus facilement. Bien vite, seule la lionne enchantée arriva à le suivre, les autres ne pouvaient plus le repérer dans le paysage blanc-gris du glacier. Sa progression était lente, très lente même, au grand dam de certains qui s'impatientaient. L'armée des orcs avait été immobilisée, avec Dwimfa et Mordin en arrière, près d'une moraine latérale, le nain tâchant d'empêcher les orcs de fuir. En effet, leur motivation n'était pas très grande, et l'attente leur était difficile.

Vif était aussi vers l'arrière, tâchant de repérer d'autres voies possibles pour accéder au nid d'aigle qui les bloquait. Son attention fut attirée par des bruits d'orcs plus haut, à un endroit de la vallée glaciaire qu'elle ne pouvait voir. S'il y avait des orcs plus haut, il y avait sans doute un passage... Et donc elle commença à grimper aux parois. Plus en avant, Taurgil en eut assez d'attendre, et il s'avança vers l'entrée de la caverne ennemie sans se soucier de se cacher, en faisant juste attention aux crevasses et autres périls naturels. Interloqués car il n'avait consulté personne, ses amis qui restaient à la tête de l'armée des orcs - Drilun, Geralt et Isilmë - se demandèrent que faire. Même s'ils ne le voyaient pas, ils se dirent que le hobbit serait sans doute rattrapé puis dépassé par le Dúnadan, qui pourrait peut-être avoir besoin d'une aide quelconque. Ils décidèrent alors d'avancer avec une bande d'orcs pour déblayer le terrain devant eux et éventuellement les laisser tomber dans d'éventuelles crevasses qui seraient ainsi vite repérées. Il est vrai que pour Isilmë, progresser n'était pas très facile sans la vue...

Et donc, lentement, les choses se mirent-elles en place. Après un moment, Rob eut la surprise de voir son grand compagnon dúnadan le dépasser et continuer sa progression vers l'entrée de la caverne. En plus de ses grandes guiboles, le fait d'être un rôdeur habitué aux milieux naturels les plus variés l'aidait à progresser vite. D'autant qu'au contact avec la larme de Yavanna trouvée chez Canadras, larme qu'il portait en permanence, il était encore plus en harmonie avec son environnement naturel. Il pouvait donc sentir de manière magique où et comment poser les pieds sur la neige et les éboulis sans glisser ou autre faux mouvement, et sans marcher sur les zones de neige les moins stables. Taurgil arriva donc bientôt devant l'entrée de la caverne des orcs : c'était une très grosse ouverture de plusieurs pas de haut et de large, sans autre obstacle que l'obscurité impénétrable, sans personne pour l'arrêter.

Plus haut, la féline Femme des Bois arriva à une zone de la vallée, en altitude, moins escarpée, où la progression était plus facile. Mais surtout, elle était à présent capable de voir ce qui se tramait sur les bords élevés de la vallée, invisibles depuis le fond de celle-ci : plus haut qu'elle, plus près des sommets, elle repéra de petites silhouettes d'orcs tant de son côté de la vallée que de l'autre côté. Il semblait que diverses ouvertures permettaient aux orcs de sortir de leurs cavernes en altitude, sur des sentiers au-dessus du U de la vallée glaciaire. Depuis leur emplacement plutôt stable, il n'était pas interdit de penser qu'ils pouvaient nuire à ceux restés plus bas en faisant rouler pierres ou neige et déclencher eux aussi des avalanches sur le fond de la vallée glaciaire, où se trouvaient l'armée d'orcs et les amis de Vif. Elle se dit qu'il était temps de faire le ménage et se dirigea vers les créatures qui sortaient toujours plus nombreuses de leurs trous.

2 - Un ver difficile à avaler
Taurgil, de son côté, entrait prudemment dans l'entrée principale menant aux cavernes des orcs. Faute d'assez de lumière, il y allait à tâtons, jusqu'à se heurter à de grandes doubles portes de pierre qui lui bloquaient le passage. Mais depuis un moment déjà, des bruits l'avaient averti qu'il y avait du monde pas loin, pour ne pas dire de l'autre côté. Des bruits d'orcs, bien sûr, mais aussi d'autre chose, bien plus lourd. Quelque chose qui faisait plus de bruit qu'un troll, quelque chose d'animal, à quatre pattes. Quelque chose qui faisait peur aux orcs, d'après ce que Taurgil arrivait à entendre. Et avec raison : il lui sembla bien entendre un cri plus fort que les autres, suivi par le bruit que pourrait faire un corps écrasé par de très grandes mâchoires...

Après avoir pris la précaution de s'entourer de sa magie de roi protectrice, il frappa avec énergie sur la porte en réclamant de pouvoir passer. Plus exactement, il le fit plutôt à la manière des orcs, à savoir en les injuriant bien fort. Il fut assez vite exaucé : le double battant s'ouvrit lentement dans sa direction, laissant passer une faible lumière qui lui permit de contempler un assez inquiétant tableau. Il s'attendait bien sûr à la foultitude d'orcs qui l'attendaient dans la vaste antichambre derrière le portail. Ces orcs avaient manifestement peur, mais pas seulement de lui : tenu en respect - en apparence au moins - par de nombreuse lances tournées dans sa direction, un énorme lézard, ou peut-être vaudrait-il mieux parler de dragon sans aile, occupait une bonne partie de l'espace.

L'animal était plus haut qu'un troll, beaucoup plus long et lourd, et sa mâchoire n'avait rien à envier à celle des dragons que l'héritier des rois du Rhudaur avait déjà combattus. Manifestement il n'était pas intelligent, se comportant comme une bête (très) affamée, malgré le ou les orcs qu'il semblait bien avoir déjà engloutis. Ou peut-être était-il juste furieux d'être là, entouré de tous ces orcs nauséabonds. En tout cas il avait assez de place pour manœuvrer, tant en hauteur qu'en largeur, et il en profita pour avancer sur le rôdeur dúnadan qui focalisa bientôt son attention. Pendant ce temps les orcs s'écartaient le plus possible, trop heureux de ne plus avoir à gérer le monstre. Taurgil ne put d'ailleurs s'empêcher de se demander Eru savait comment ces orcs avaient pu se rendre maîtres d'une telle créature : était-ce l'œuvre du sorcier venu de Dol Guldur ?

Il semblait donc que ce fût un ver des cavernes, sorte de dragon sans intelligence ni ailes pour lui permettre de voler. Des créatures de légende qu'on disait qu'elles hantaient de profonds souterrains sous les montagnes, comme ceux développés par les anciens serviteurs de Morgoth. Bon, ce n'était pas la première fois que Taurgil se trouvait face à un dragon ou équivalent, et il avait survécu pour en parler. Néanmoins l'animal était de belle taille et se débarrasser de lui n'allait peut-être pas être une partie de plaisir. Le ver ouvrit grand sa gueule, où se voyaient encore quelques restes des orcs précédemment avalés, et il se précipita sur le grand Dúnadan, qui manifestement avait l'air plus appétissant que les autres créatures avoisinantes...

Plus rapide que le monstre, l'épée que Taurgil avait préparée s'enfonça dans la grande gueule hérissée de grandes dents prêtes à le transformer en purée pour bébé dragon. Le ver retira immédiatement la tête, surpris, désorienté et furieux d'avoir été blessé. Mais manifestement ce n'était pas une blessure très grave, et il se tourna de côté pour utiliser sa grosse et puissante queue. Le mouvement circulaire qu'elle fit balaya et écrasa au passage une dizaine d'orcs au moins, puis elle arriva sur le puissant rôdeur du Rhudaur. Protégé par sa magie et son équipement il ne reçut aucune blessure, même minime, mais il sentit tout de même que ça n'était pas passé loin. Et le choc le propulsa en arrière, jusqu'à l'entrée de la grotte donnant sur le cirque glaciaire. Et bientôt le monstre se précipitait sur lui à nouveau. Non, ça ne commençait pas si bien que ça, et abattre la bestiole risquait de ne pas être une partie de plaisir.

3 - Combat, retraite et avalanche
A l'extérieur, Rob avait entendu les hurlements féroces de son ami, bientôt suivis par un silence et un autre type de grognement. Puis il vit Taurgil sortir de l'entrée des cavernes, à reculons, bientôt suivi par une gueule énorme précédée de grosses pattes griffues que le rôdeur repoussait avec son épée. Le hobbit tâcha d'aller plus vite, mais il était encore bien trop loin pour pouvoir faire quoi que ce fût comme tirer une flèche sur le dragon qui venait de sortir. Et il tenait tout de même à rester discret et à ne pas trop attirer l'attention sur lui, que ce fût de la part du dragon ou des orcs, comme ceux du nid d'aigle, qui prêtèrent brusquement beaucoup plus d'attention à ce qui se passait en bas. D'autres orcs commencèrent à apparaître à l'entrée de la grotte, et le grand Dúnadan arrivait parfois à entendre leur excitation et leurs paris sur le temps que la bête aurait besoin pour venir à bout de lui...

Un autre type de combat avait lieu plus loin, et plus en altitude : Vif commençait à faire le ménage, et des cris retentirent bientôt dans la vallée. En plus des râles des orcs blessés par la lionne enchantée, il y eut les hurlements d'épouvante de ceux qu'elle envoyait valdinguer plus bas, jusqu'à une glissade ou chute mortelle depuis le haut de la vallée en U. Dwimfa et Mordin, placés de l'autre côté de la vallée, mais en contrebas, ne voyaient pas ce que leur amie faisait au juste mais ils le devinaient assez bien, et les orcs qu'ils surveillaient s'amusaient beaucoup de voir leurs congénères hurler et laisser de belles traînées rouges sur la neige ou les rochers. Plus haut, la féline Femme des Bois tentait de trouver un chemin pour arriver jusqu'au nid d'aigle au loin, mais elle n'en voyait pas. Par défaut, elle approcha d'une ouverture par où les orcs étaient sortis et dans laquelle ils refluaient à présent.

Geralt fit avancer la trentaine d'orcs avec lesquels Drilun, Isilmë et lui étaient venus pour prêter main-forte au rôdeur, même s'ils en étaient encore loin. Orcs qui étaient moins motivés que jamais pour servir de chair à dragon, dragon qui faisait reculer leur nouveau chef manifestement en difficulté. Jusque-là Taurgil parait très bien les coups du monstre, mais il sentait bien qu'il ne fallait pas grand-chose pour que ledit monstre arrivât à passer sa magie et son équipement protecteurs. Il ne s'était pas vraiment attendu à une telle résistance, et pour l'instant la retraite prudente était la seule option qui lui semblait valable. En espérant aussi qu'il ne tomberait pas sur une crevasse ou autre piège naturel en reculant. D'ailleurs il fut même surpris que le poids du ver en face de lui n'ait pas provoqué quelque chose. Mais en fait le dragon avançait comme un lézard, ventre sur la neige, en glissant et s'aidant des pattes juste pour aller de l'avant. Et pour l'instant les deux adversaires n'avaient pas encore atteint de grosse crevasse où la bête aurait peut-être pu trébucher, pas plus que Taurgil. Mais pour combien de temps encore ?

Rob s'approchait de son ami et du ver des cavernes, plutôt sur son côté, mais il ne mit pas encore une flèche à son arc. Au lieu de ça, il regarda plus haut, où l'uruk et probable sorcier qui dirigeait les opérations venait de donner un ordre. Du coup les orcs qui l'accompagnaient avaient commencé à faire basculer dans le vide les pierres et rochers qu'ils avaient accumulés dans le nid d'aigle. Les premiers projectiles roulèrent dans la neige, grossissant avec cette dernière, et finirent par arriver dans les environs de Taurgil et de son adversaire sans causer aucun dégât. A peine le ver reçut-il l'équivalent de quelques bonnes boules de neige sur son corps puissant, boules de neige qui ne le ralentirent aucunement. Mais la dégringolade s'intensifia, et bientôt un sinistre craquement se fit entendre : la paroi neigeuse au-dessus de l'entrée des cavernes commençait à céder, une avalanche dévalait maintenant en direction des deux adversaires... et du hobbit qui s'approchait d'eux !

Rob se mit alors à courir comme un fou en direction de l'entrée de la caverne des orcs, qui lui semblait son seul salut. Les orcs qui s'y trouvaient auparavant étaient bien trop occupés à faire retraite à l'intérieur pour prêter attention à lui, et de toute manière la poussière de neige qui allait bientôt le recouvrir, avant l'avalanche elle-même, empêcherait quiconque de voir le hobbit, et encore plus s'il était enseveli. Ce qui arriva bientôt au dragon sans ailes et sans cervelle : l'arrivée de l'avalanche ne l'avait aucunement dérangé dans sa fureur et son désir de réduire le Dúnadan qui lui faisait face en pâté. Brusquement, le gros du glissement de terrain neigeux arriva au ver qui fut emporté en l'air. Taurgil le vit monter de quelques pas dans les airs et commencer à lui tomber dessus. Il plongea sur le côté pour éviter le corps gigantesque prêt à l'écraser. Un peu plus loin, Drilun et Geralt assistèrent à l'avalanche qui emporta tout sur son passage et emporta ou recouvrit complètement le dragon et leur ami, sans parler du hobbit qu'ils ne percevaient pas. Ils étaient heureusement assez loin de l'avalanche et seul un nuage de poudreuse arriva jusqu'à eux. Le silence retomba, rien ne bougeait, et ils se précipitèrent sur la neige enfin immobile pour tenter de venir en aide à leur ami.

4 - Combats et infiltration
Rapidement, la neige se mit à bouger non loin devant eux. Bientôt en sortit le grand ver des cavernes, manifestement peu refroidi ou étourdi par la petite avalanche qui l'avait bousculé et enseveli. Les orcs comprirent vite qu'ils étaient les plus proches du monstre, et donc les prochains sur le menu du dragon sans aile. Ils auraient bien fui dans toutes les directions, mais malheureusement pour eux Geralt leur fit vite comprendre que sa lame leur réservait un sort encore plus rapide que la bouche du dragon s'ils se défilaient. Ils firent donc face au ver, ce qui permit de gagner un peu de temps au trio, qui se prépara à combattre (maître-assassin), à lancer un sort (archer-magicien), ou à se demander quoi faire (guerrière aveugle). Bientôt le ver s'était débarrassé de tous les orcs, et il se dirigea vers les trois aventuriers...

De son côté, Rob émergeait à grand peine de l'amas de neige qui avait en partie envahi l'entrée dans les cavernes des orcs. Il se retrouva bientôt environné d'autres orcs qui l'avaient vu émerger de la poudreuse et qui le prenaient pour l'un des leurs, vu son déguisement de snaga. Le hobbit aurait bien voulu s'éclipser discrètement, mais comme sa seule voie de retraite était un peu bloquée, il choisit de se laisser porter par la foule. En effet, de nombreux ordres fusaient, et il comprit que les orcs faisaient face à un problème et que les troupes devaient se réunir quelque part. Il serait toujours temps de fausser compagnie aux orcs à un endroit où il se rendrait mieux compte de ses options et des issues possibles. Il suivit donc le mouvement du haut de ses courtes jambes, en tâchant du mieux possible de comprendre ce qui se passait, même s'il avait une petite idée de la chose...

Il faut dire que dehors, la lionne enchantée avait pu atteindre une ouverture, au-dessus de la vallée glaciaire, vers les cavernes des orcs. Face à ces piètres combattants mal équipés et peu motivés, elle faisait un carnage tout en se demandant comment accéder au nid d'aigle et au sorcier, sa véritable cible. Menée par les cris des orcs et leur semblant d'organisation, elle se dirigea vers ce qui lui semblait être un rassemblement important, plus profond dans les cavernes. Il y aurait certainement les élites de la tribu, peut-être même le sorcier ou Agog lui-même, et donc elle ne fonça pas aveuglément mais prit bien soin de repérer les obstacles et adversaires avant de pénétrer dans tout nouvel espace. Bientôt elle s'approcha de ce qui semblait être la salle principale des cavernes, avec au moins des centaines d'orcs qui l'attendaient, au bruit. Mais ses oreilles lui permettaient de percevoir une voix particulière, celle d'un orc extrêmement charismatique, auquel les autres semblaient obéir sans discuter, ce qui était une vraie prouesse !

En surface, les choses ne se passaient pas trop bien. Geralt n'avait pas pu trouver de point faible au monstre qui les attaquait, et le sort de foudre ou la flèche anti-dragon de Drilun, s'ils avaient eu un effet certain, n'avaient pas eu l'air d'inquiéter beaucoup le monstre. Il était juste un peu plus blessé et furieux qu'avant. Isilmë restait en arrière, pouvant difficilement participer au combat vu son état, et suivant comme elle pouvait la situation à l'aide de son ouïe bien développée. Elle entendit un grand bruit de frottement sur la neige mais ne put voir la queue du dragon balayer le sol devant lui, ni l'assassin balafré sauter par-dessus, ni le Dunéen magicien se glisser dessous grâce à un creux dans le sol. Par contre, elle sentit que quelque chose de nouveau se préparait, comme si le dragon s'apprêtait à faire autre chose. Puis un mouvement brusque dans sa direction, et elle comprit qu'elle était la nouvelle cible du monstre, dont elle imaginait trop bien les grandes mâchoires ouvertes dans sa direction, même si elle ne pouvait les voir...

Très vite elle déclencha une aura elfique autour d'elle, en espérant que la lumière gênerait la créature, cette lumière elfique incommodant les créatures de Morgoth depuis des temps immémoriaux. Néanmoins elle avait peu d'espoir que cela fût suffisant... et bientôt elle fut bousculée par la tête du dragon qui arriva sur elle. Mais ses mâchoires ne se refermèrent pas sur son corps : Drilun n'avait pas eu le temps de réagir, mais Geralt, bien plus rapide, avait pu profiter de la situation. Alors que le corps du grand ver passait juste à côté de lui, en direction de son amie, il enfonça profondément son épée magique dans son flanc. L'épée n'était pas aussi acérée que Morang, l'épée noire portée par Dwimfa, mais elle avait été conçue pour tuer des dragons : elle savait trouver les défauts dans leur armure et tranchait même les aciers les plus durs. Grâce à cela, à l'adresse du balafré aux cheveux blancs et à la vitesse de déplacement du monstre, la lame de l'épée s'enfonça jusqu'à la garde et s'arracha de la main de Geralt. Mais elle avait pu atteindre le cœur de la bête, qui mourut instantanément, les mâchoires ouvertes sur Isilmë, que son équipement avait pu protéger du choc et des dents...

5 - Le cadeau d'Andalónil
Bientôt le calme revint dans le cirque glaciaire. Le ver des cavernes ne bougeait plus, manifestement mort, contrairement à Isilmë qui semblait aller bien et qui était toujours coincée dans la gueule de la créature. Le maître-assassin s'approcha alors de son épée plantée jusqu'à la garde dans le flanc du dragon. Il mit la main dessus, et d'un geste puissant il dégagea la lame qui sortit bien plus facilement qu'il ne l'avait escompté. Un jet de sang acide en sortit qui failli l'asperger, mais heureusement, prévoyant, il avait préparé son bouclier en os de dragon, et il ne fut aucunement affecté par les humeurs acides de la créature. Et un dragon de plus à mettre au palmarès, un ! Il commença déjà à réfléchir à la meilleure manière de récupérer les différentes parties du corps, avec l'aide des orcs, pour les apporter aux elfes ou aux autres personnes capables d'en faire du nouveau matériel magique...

Mais une autre personne le tira de ses réflexions : cela faisait déjà un moment que le démon Andalónil suivait ce qui se passait, et il avait même diminué son altitude afin de suivre de plus près les combats. Certains des aventuriers avaient aussi détecté de la magie autour de lui, mais ils avaient alors d'autres chats à fouetter. Et tandis qu'il volait au-dessus d'eux, hors de portée des flèches, l'ancien serviteur de Morgoth, et maintenant aux ordres de Dol Guldur ou d'Eloeklo, se mit à... applaudir. Et plus que cela : il félicita les aventuriers pour leur épique combat et la manière dont ils l'avaient mené à bien. Il les félicita bruyamment, très bruyamment même : sa voix très forte était amplifiée par une probable magie qu'il avait lancée. Le son rebondissait sur les parois du cirque glaciaire, s'amplifiait et faisait vibrer l'air... et la neige des parois environnantes. Et bientôt ce qui devait arriver arriva : les vibrations furent trop importantes pour les couches de neige des flancs du cercle de montagne ou de la vallée glacière... De nombreuses avalanches se déclenchèrent et fondirent sur les aventuriers et l'armée des orcs.

Les orcs hurlèrent tandis que la neige tombait du haut des parois de la vallée dans laquelle ils se trouvaient, alors que Drilun et Geralt voyaient, au centre du cirque glaciaire, la neige foncer sur eux de tous les côtés. Mordin et Dwimfa laissèrent les orcs à leur destin tandis qu'eux-mêmes tentaient de trouver un endroit peu exposé et de ne pas se laisser emporter par les coulées de neige, heureusement moins fortes qu'au niveau du cirque glaciaire. Là-bas, le Dunéen de la Comté et l'Eriadorien de Tharbad se précipitèrent vers le seul endroit qui leur proposait un peu d'abri : la gueule encore ouverte du ver des cavernes, dans laquelle l'elfe de Fondcombe était encore coincée. En se faufilant bien ils parvinrent à y tenir tous les trois, tout en utilisant leur équipement pour éviter que les mâchoires, bientôt secouées par la neige qui emporta un moment le corps du dragon, ne rendissent leur vie plus difficile qu'elle ne l'était déjà !

Andalónil s'éloigna ensuite, satisfait de son petit cadeau qui recouvra bientôt toute forme de vie à la surface du glacier. Les aventuriers avaient de la ressource, ils s'en sortiraient bien d'une manière ou d'une autre, et sinon ils ne méritaient pas de continuer à le distraire un peu. Et effectivement, après un certain temps la neige bougea çà et là : plus loin dans la vallée, le nain et l'Homme des Bois avaient pu atteindre un endroit un peu abrité où ils avaient été recouverts, et par la suite ils avaient réussi à s'extirper de la couche de neige avant d'étouffer. Au centre du cirque glaciaire, par contre, l'épaisseur de neige était plus grande. Isilmë, Drilun et Geralt avaient été bien protégés par le corps et la bouche du dragon, mais la poche d'air dans laquelle ils se trouvaient n'était pas très grande, ils auraient vite fait de consommer tout l'air qu'elle hébergeait. Dans un premier temps ils avaient tenté de creuser la neige, après avoir pu déterminer la bonne direction, ce qui n'était pas si évident que ça. Mais ils se rendirent vite compte que le travail serait bien trop long pour le temps qu'il leur restait.

Pourtant une personne émergea bientôt à la surface de la neige : nul autre que Taurgil, qui avait subi une première avalanche, avait commencé à creuser puis avait senti à nouveau la neige passer au-dessus de lui. Aidé par ses compétences et la larme de Yavanna, il parvint à se dégager assez vite pour ne pas risquer de manquer d'air. Il surprit quelques orcs qui donnaient des coups de lance dans la neige, et qui s'enfuirent à son approche en criant. Apparemment le sorcier leur avait demandé de récupérer les corps des aventuriers et de s'assurer de leur mort, et ils tenaient à lui rendre compte de l'échec de sa stratégie pour au moins l'un d'entre eux. Le rôdeur dúnadan les vit passer par l'entrée de la caverne qu'ils avaient apparemment pris le temps de dégager en partie. Du coup il se dirigea dans leur direction.

Mais bien vite la neige bougea derrière lui : Drilun avait réussi à creuser un tunnel dans la neige bien plus rapidement qu'avec ses mains ou des outils. Grâce à sa magie du feu, il avait fait fondre la neige au-dessus d'eux, à plusieurs reprises, ce qui leur avait permis de sortir assez vite de dessous, contrairement au corps du dragon qui passerait sans doute des années voire des siècles dans le glacier qui se formait sous eux, sans parler de ceux des centaines d'orcs qui avaient probablement tous péris là. Taurgil attendit ses trois amis, puis ils laissèrent Mordin et Dwimfa arriver jusqu'à eux. Il ne manquait plus que le hobbit et la lionne enchantée, mais ils ne s'en faisaient pas trop pour eux. Ils les retrouveraient sans doute à l'intérieur, où ils auraient eu le temps de faire bien des choses, car ils avaient mis du temps à se dégager.

6 - Duel avec Agog
Effectivement, il s'était passé des choses dans les cavernes des orcs. Rob avait fini par arriver dans une grande salle commune pleine de centaines d'orcs, dont beaucoup criaient fort... mais qui se taisaient quand un grand orc avec un cimeterre manifestement magique prenait la parole d'une voix forte. En fait les troupes de base étaient massées d'un côté, face à une grande entrée où des cris de terreur se faisaient entendre : des combats avaient lieu plus loin qui se passaient mal pour les orcs, et certains d'entre eux fuyaient par là mais ils étaient vite repris par des orcs supérieurs avec des fouets, et remis dans les rangs, prêts à combattre. Plus en arrière, l'élite des orcs était là, sur une partie de la caverne qui était un peu surélevée et accessible par quelques escaliers. Cette élite était constituée par des orcs plus grands et mieux équipés, mais ce n'était pas tout : il y avait en fait les orcs de deux tribus, réunis sous la houlette d'un chef charismatique, celui qui tenait la lame magique.

Discret comme toujours, et pressentant ce qui allait arriver, le hobbit arriva à sortir un peu du rang et à se placer dos à la paroi de la caverne, non loin de l'ouverture par où les ennuis étaient en train d'arriver. Comme il s'y attendait, ces ennuis avaient la forme d'un félin enchanté contre lesquels les orcs normaux ne pouvaient rien. Pour autant, le félin en question ne se précipita pas et examina la pièce tranquillement, tandis qu'un ordre était donné et que les pierres de fronde et autres projectiles affluaient dans la direction de la bête qui esquivait la plupart ou qui ne semblait pas particulièrement dérangée par ceux qui la touchaient. Vif, car c'était bien elle, prenait ses précautions et examinait l'endroit où elle allait mettre les pattes. Ce qui lui permit de percevoir une voix différente qui lui parlait dans une langue que les orcs du coin ne risquaient pas de connaître, la langue nordique du Rhovanion. Les membres de l'équipe d'aventuriers l'avaient apprise lors de leurs aventures avec les seigneurs des chevaux, et elle était très proche du Nahaïduk, la langue des Hommes des Bois que parlait Vif. Elle put ainsi facilement repérer Rob, malgré son déguisement.

Elle repéra aussi très bien les orcs de base face à elle, les grands orcs qui donnaient des ordres plus loin, et surtout le chef charismatique avec le cimeterre noir dont elle pouvait elle aussi sentir la magie. Si ce n'était pas Agog qui était là, il ressemblait bien à l'idée qu'elle s'en faisait, et lui au moins était dangereux. Elle vit les membres des deux tribus, mais elle n'avait rien à craindre des orcs de base, seuls les grands orcs pouvaient peut-être la blesser, et certainement Agog. En attendant, il n'était pas à portée, donc elle s'élança dans les rangs des orcs des neiges, après avoir fait un petit signe de tête au hobbit pour lui signaler qu'elle l'avait bien identifié. Et le carnage commença, tandis qu'elle faisait voler les têtes, les membres voire les corps des orcs face à elle. Tant et si bien qu'après un moment une voix forte s'éleva qui ordonna aux orcs, dans leur langue, de s'écarter. Ce qu'ils firent bien vite, pour laisser un large passage à la lionne face à Agog qui l'attendait en faisant des moulinets avec son arme.

Rob profita de la confusion pour gagner l'arrière de la caverne, à proximité de la partie surélevée où se tenaient les officiers. Plutôt que de prendre un escalier qui n'était manifestement pas pour les snagas comme lui, il grimpa discrètement à l'arrière, contre la paroi, pour se glisser silencieusement derrière les officiers qui attendaient des ordres de leur chef. Chef qui attendait tranquillement la lionne enchantée qui s'approchait prudemment. Vif avait auparavant pris la précaution de manger une noix de l'écureuil, cet incroyable stimulant qui donnait davantage de coordination et de vitesse, grâce à la bourse attachée à son cou et qui contenait quelques herbes qu'elle pouvait avaler sans l'aide de personne. Malheureusement, ses sens très développés lui rapportèrent, tandis qu'elle s'approchait d'Agog, une odeur de noix identique à celle qu'elle avait encore dans la bouche et le nez : son adversaire était lui aussi stimulé par cette noix fantastique...

Toute la salle attendait la confrontation en retenant son souffle, tandis que Rob tentait de trouver le meilleur endroit - discrètement - pour voir et agir au mieux de l'intérêt de son amie. Laquelle amie bondit sur la partie surélevée de la caverne en direction d'Agog, juste assez près pour pouvoir faire une esquive au dernier moment. Elle avait repéré que son ennemi tenait quelque chose de caché dans sa main gauche, et elle craignait quelque nouvelle magie. Rob avait également été témoin d'un ordre qu'Agog avait donné à ses lieutenants, qui avaient alors tous mis quelque chose dans leurs oreilles. Agog lui-même semblait porter quelque chose sous son casque qui faisait penser à une protection similaire. Lorsque la lionne bondit, il leva sa main gauche, mais pas pour lancer ce qu'il tenait en direction du corps félin : il lança un petit objet à terre, qui en se brisant déclencha une explosion sonore assourdissante qui ébranla les parois de la grotte... et les tympans de tous ceux présents, Vif la première. Et ses oreilles étaient les plus sensibles de tous les êtres vivants dans la caverne...

Rob s'était bouché les oreilles tout en essayant de prévenir son amie par un cri, mais il fut tout de même étourdi par le bruit puissant ; mais moins que Vif qui en voyait encore trente-six chandelles. Les orcs étaient tous étourdis également, sauf les officiers qui s'étaient protégés, et encore. Officiers qui reçurent l'ordre d'avancer et d'abattre la lionne, qui n'était pas en état de faire plus que se défendre. Heureusement les grands orcs n'avaient pas d'arme magique, et leurs coups ne firent pas plus que de légères contusions dans un premier temps. Puis Agog arriva et utilisa la magie de son épée pour tenter de l'endormir, magie qu'elle repoussa par la force de sa volonté, mais il arriva à la blesser profondément avec sa lame, et elle sentit un poison envahir son corps. Heureusement, malgré la force du poison, son corps était trop résistant et le poison n'était pas entré assez dans la blessure. Puis Agog leva son cimeterre une nouvelle fois et elle sentit une nouvelle magie en déferler, et elle était toujours étourdie...

7 - Cimeterre de mort
Rob avait mis un moment pour retrouver tous ses esprits, et il avait assisté aux déboires de son amie. Tandis que sa tête l'élançait encore, discrètement et comme oublié de tous, il prit position derrière Agog et encocha une flèche. Il vit son amie résister à un charme venu de la lame, la vit blessée sérieusement par la même lame, et vit le cimeterre luire d'une noirceur magique encore plus forte : Agog mettait tous les pouvoirs magiques de son arme dans un coup qui serait fatal, tandis que Vif ne pouvait attaquer ou fuir, pressée de partout par les grands orcs et sans doute encore étourdie. Mais à présent le hobbit avait la tête plus claire, et tandis que le chef des orcs se concentrait sur la magie noire qui émanait de la lame, il visa l'arrière de la tête de l'orc... et relâcha sa flèche.

Le petit voleur avait soigneusement visé, et personne n'avait fait attention à lui : la flèche traversa le cuir du casque, la nuque d'Agog, et Vif vit la flèche ressortir dans la gorge de son ennemi, tandis qu'elle commençait enfin à retrouver les idées claires. Le chef orc s'abattit sans un bruit, tandis que les autres orcs, atterrés, ne bougeaient plus. Puis quelque chose se passa autour de la lame enchantée que tenait auparavant Agog : la noirceur l'enveloppait de plus en plus, et Rob sentit une puissante magie du poison et de la mort. Et cette magie grandissait sans cesse, tandis que Vif retrouvait son ami en quelques bonds et lui demandait de monter sur son dos... après l'avoir remercié pour lui avoir sauvé la vie. Puis elle bondit à vive allure en direction de la sortie principale, par où elle était arrivée.

Peu de temps après avoir quitté la salle, le hobbit et elle sentirent une puissante émanation magique derrière eux, suivie de très nombreux cris, mais ils ne s'arrêtèrent pas pour en découvrir les effets exacts. Vif se dit que cette voie principale qu'elle empruntait avait de fortes chances de l'amener à une sortie quelconque. Lorsqu'elle l'avait prise dans l'autre sens, elle était arrivée par un tunnel secondaire qui descendait depuis l'ouverture en altitude qu'elle avait prise. Là elle continua tout droit, avec en tête deux objectifs : retrouver ses amis restés à l'extérieur, et le sorcier qui venait de Dol Guldur ou Angmar et qui avait aidé Agog à devenir qui il était, notamment en lui fournissant probablement toute sa magie.

Le tunnel principal menait effectivement à l'entrée des cavernes, que Taurgil et les autres avaient commencé à emprunter. Les huit aventuriers se retrouvèrent donc bientôt et se mirent rapidement au courant de leurs expériences respectives. La féline Femme des Bois, toujours blessée, demanda au Dúnadan de la soigner avec de l'athelas et ses mains de roi potentiel, ce qu'il fit - bientôt sa blessure se ferma en partie, et il ne resta plus que l'équivalent d'une blessure légère qui finirait de guérir toute seule avec du temps et des soins. Agog étant mort, restait encore le sorcier à trouver, et Drilun était curieux de voir ce fameux équipement magique que portait le chef orc. Vif fit donc demi-tour et conduisit ses amis jusqu'à la salle où elle avait combattu et été sauvée par le hobbit, salle complètement silencieuse à présent. Pourtant elle était occupée par des centaines d'orcs, tous morts dans d'atroces souffrances semblait-il, comme sous l'effet d'un poison très rapide et douloureux. Un résidu de magie était perceptible sur les corps, comme si c'était bien cela qui les avait tués...

Le corps du grand orc tué par Rob fut retrouvé, mais son cimeterre, même s'il était couvert de runes, ne semblait plus comporter aucune magie. Apparemment les runes enchantées avaient une durée de vie limitée, ou quelque chose de spécial les avait vidées de leur énergie. Le reste de son équipement fut fouillé, sans révéler rien d'extraordinaire, tandis que la féline Femme des Bois partait en quête d'un orc à interroger. Elle revint bientôt avec une de ces créatures, après avoir été la chercher assez loin : il semblait que les orcs survivants s'étaient tous carapatés et s'éloignaient le plus possible de la pièce où ils étaient. Taurgil, très à l'aise avec le parler orc local, put apprendre diverses choses de la part de la créature, qui confirma ce que Rob et Vif avaient constaté : en fait Agog était venu avec une grande partie de sa tribu à lui, dans les cavernes d'une tribu satellite, où ils se trouvaient à présent, et cela depuis plusieurs "jours". Lui et le sorcier avaient préparé la venue des aventuriers, le sorcier avait comme capturé magiquement le ver des cavernes, etc. Et maintenant tous fuyaient les aventuriers.

8 - Sorcier en cavale
Ces derniers prirent encore le temps de récupérer sur place ce qui pouvait l'être, comme des morceaux de viande de phoque ou baleine réservés aux orcs les plus influents, ou des perles d'ivoire volées aux Lossoth. Puis ils se mirent en quête du sorcier : Rob arrivait à sentir sa signature magique à distance, manifestement il fuyait en direction des cavernes des orcs d'où provenait Agog. D'après les informations données par les orcs capturés - car par la suite, Vif en "réquisitionna" plus d'un pour répondre à leurs questions - il y avait l'équivalent d'une demi-journée de marche entre les présentes cavernes et celles d'Agog. Le groupe se mit donc en route après avoir été guidé sur la bonne voie par les orcs disponibles, à leur corps défendant.

Avec l'aide d'une chanson de marche elfique par la grâce d'Isilmë, le groupe progressait vite et sans se fatiguer. Néanmoins ils n'avaient toujours pas rattrapé le fameux sorcier en cavale lorsqu'ils arrivèrent dans le réseau de cavernes de la grosse tribu autrefois gérée par Agog, et d'où il commandait une grande partie des orcs des montagnes. La réputation des aventuriers les précédait, et ils ne rencontrèrent guère de résistance - tous fuyaient face à eux, sans aucun chef charismatique pour les commander. Les orcs les plus intelligents avaient prudemment décidé de partir avec leur petite troupe pour établir leur propre petite tribu ailleurs. Le sorcier, quant à lui, continuait à fuir dans la même direction, et Rob arrivait toujours à le suivre.

Le groupe décida alors de lancer le hobbit et la féline Femme des Bois à ses trousses, afin de gagner du temps. Ce qui fut bientôt fait, et le félin enchanté se précipita à grande allure dans les cavernes des orcs. Au bout d'un moment, le sorcier choisit de prendre des tunnels plus petits, mais cela ne posait aucun problème à la lionne, même avec le petit voleur sur son dos. Un groupe d'orcs fut bientôt rattrapé, dont le sorcier parmi eux... qui n'était en fait qu'un orc normal sur lequel un enchantement avait été lancé par le sorcier : le groupe avait été trompé par un leurre ! Vif revint alors, plus lentement, avec l'orc en question afin de l'interroger ou plutôt le faire interroger par Taurgil. Lorsque les aventuriers se retrouvèrent tous, le sorcier avait eu encore plus de temps pour fuir, et Taurgil et compagnie étaient un peu dépités d'avoir été trompés si facilement. Ils ne s'attendaient pas à tant d'astuce de la part d'un orc, tout uruk qu'il fût, et ils s'en mordaient un peu les doigts.

L'interrogatoire du prisonnier confirma la ruse du sorcier qui était probablement monté dans ses quartiers, au-dessus des cavernes principales, pendant que Vif et ses amis le pourchassaient ailleurs. Il s'agissait en fait d'une zone proche des sommets des montagnes, avec entre autres une ouverture assez large pour permettre à des créatures ailées de bonne taille - comme des petits dragons ou des féroces ailées - d'atterrir et de s'abriter. Il y avait normalement deux féroces à demeure, mais lorsque les aventuriers arrivèrent, ils ne trouvèrent plus personne. Le sorcier était parti avec toutes ses affaires ou il avait brûlé le reste, et il devait être loin d'eux à présent, et sans doute en train de rire de la manière dont il les avait trompés et s'était enfui. Mais bon, Agog était mort, de même que de nombreux orcs, donc l'objectif premier du groupe avait été atteint. Et à présent, quels étaient les nouveaux objectifs du groupe ?

La recherche des artefacts des anciens amis de Dwimfa était toujours présente à leur esprit, mais deux autres choses s'y rajoutèrent à présent : d'une part, certains comme Geralt auraient bien aimé conserver quelques parties du corps du dragon afin de pouvoir servir plus tard pour confectionner des armes ou armures magiques. Bien sûr, l'accès au dragon ou le transport de son cuir ou ses os ne seraient pas faciles, mais après tout il y avait encore de nombreux orcs dans ces montagnes, et ils commençaient à savoir y faire pour les forcer à leur obéir. En parallèle, un problème potentiel s'était ajouté à la liste de leurs objectifs : ils n'avaient plus beaucoup de nourriture. Même en récupérant le peu de viande de phoque, de morse ou de baleine laissée par les orcs, les réserves diminuaient vite et ils risquaient de manquer de vivres, sachant que les montagnes étaient complètement dénuées de toute vie végétale ou animale, à l'exception de rares mousses ou lichen... Et ils ne se voyaient pas pratiquer le cannibalisme sur les orcs et trolls qui pouvaient peupler les montagnes environnantes !

Ils décidèrent alors de se partager en deux groupes, après avoir trouvé de nouveaux orcs à qui commander. Vif, Taurgil et Rob traversèrent les montagnes vers l'est et la mer la plus proche des montagnes, où ils purent attraper du gibier marin et le ramener - ou plutôt le faire ramener - dans les montagnes. Pendant ce temps-là, Geralt et les autres ordonnèrent aux orcs de creuser dans la neige du cirque glaciaire où ils avaient combattu pour permettre au maître-assassin d'accéder à la dépouille du dragon, dont il entreprit de découper les parties du corps qui l'intéressaient le plus - cuir et os essentiellement. Ils se servirent aussi de certains des os pour la confection d'un nouveau traîneau. Tout cela prit l'équivalent d'une dizaine de jours, et si chaque groupe connut quelques petits déboires, aucun véritable problème ne se posa à eux. Restait juste à s'organiser pour le transport des cuirs et os de dragon, et pour la recherche des dépouilles des ex-amis de Dwimfa et leurs possessions enchantées.

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Niemal
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Grand Nord - 27e partie : démons et artefacts

Message non lupar Niemal » 28 avril 2019, 17:23

1 - Voyage et objectifs
Au bout du compte, le groupe s'organisa afin de voyager vers le sud en emportant, en plus du traîneau fait d'os de dragon, pas moins de 80 kg de cuir de dragon imparfaitement traité et 300 kg de viande rapportée de la mer à l'est. Les os de dragon, hormis ceux nécessaires à la confection du traîneau, furent laissés sur place : les elfes de Brumes Éternelles avaient à leur disposition un plein cimetière de dragons juste à côté de chez eux, dont il restait encore quantité d'os bien conservés. A cela il fallait ajouter entre deux et trois cents orcs des neiges "recrutés" pour l'occasion, autrement dit pour servir d'esclaves pour porter ou tirer le traîneau et leur matériel. Geralt en particulier comptait bien profiter de cette main-d'œuvre abondante et docile face à son bagout et son épée pour en faire le moins possible et s'épargner tout effort...

Restait qu'il n'était pas si simple de faire voyager tout cela : le voyage allait durer autant sous la montagne, dans des cavernes taillées par des orcs, que sur la montagne, dans les vallées glaciaires ou à l'assaut de cols difficiles d'accès. Comme en plus Vif ne se voyait pas jouer au chien ou au rêne, même magique, le traîneau devait bien être confié à quelqu'un et avancer sans trop l'abîmer. Sur la neige, sur du plat ou en pente faible, les orcs pourraient s'en charger. Mais dans les cavernes ou sur des pentes plus fortes, comment y arriver ? Comme Mordin, Taurgil et Geralt étaient de taille à commander aux orcs, et que l'un des objectifs était aussi de réduire leur nombre dans les montagnes, la solution fut vite trouvée : nourriture et cuir de dragon seraient répartis entre divers orcs qui seraient soigneusement surveillés, et les petits roublards qui tenteraient de chiper de la nourriture serviraient très vite de nourriture aux autres, pour être ensuite remplacés. Et le traîneau serait porté par les orcs dans les cavernes, puis tiré à l'extérieur par ces mêmes créatures, quitte à les faire crever de fatigue. Il n'y a que dans les endroits les plus délicats et difficiles que Vif leur prêterait main-forte.

Et ainsi fut-il fait. Les étapes réalisées sous terre ou sur terre virent le nombre d'orcs diminuer régulièrement, mais bien moins que ce que certains attendaient. Le vol de nourriture fut réduit à néant, et les orcs comprirent très bien que leurs maîtres étaient bien trop perceptifs et rapides pour eux : il était plus mortel de grappiller une nourriture interdite que de mourir de faim et d'épuisement en la portant, même si au final le résultat ne changeait guère. Et dehors, très peu de porteurs orcs faillirent-ils à leur tâche, donc très peu de viande fut perdue dans une chute au bas de falaises et montagnes. Au bout de six étapes équivalant peut-être à six jours, toute la caravane avait traversé les montagnes vers le sud jusqu'à un secteur où les orcs n'allaient jamais : ceux qui le faisaient n'en revenaient pas. C'était un secteur où les montagnes étaient les plus hautes, le vent le plus fort, l'air le plus froid, et où Eloeklo, Démon du Vent du Nord, rôdait souvent. Un endroit où les invités n'étaient pas les bienvenus, ce que les orcs savaient bien. Pourtant c'est bien là où le groupe voulait aller, car c'est là que devaient se trouver les restes du bateau volant et les corps des anciens amis de Dwimfa, avec nombre de précieux artefacts qui seraient bien utiles au groupe.

Mais l'emplacement desdits artefacts n'était pas si évident que cela à trouver. A l'aide de sa divination, Drilun avait par le passé réussi à apprendre bien des choses sur leur position présumée, mais une partie de son savoir reposait sur des interprétations peut-être susceptibles d'être affinées. Il reprit donc ses cailloux afin de les interroger magiquement. Assez rapidement, comme beaucoup s'en doutaient, il fut clair que Gillowen, la magicienne elfe possédée par l'esprit d'Eloeklo, était en possession de certains des meilleurs artefacts, comme par exemple : le Suimbalmynas, un recueil de runes très complet réalisé par d'anciens magiciens nordiques ; une amulette chauve-souris permettant de faciliter le lancement de certains sorts et de se transformer en une telle créature ; un bijou permettant de contrôler les créatures marines et de stimuler sa magie, entre autres multiples propriétés ; et un bâton de foudre capable d'appeler et manipuler les éclairs. La magicienne en question n'était d'ailleurs pas si loin que ça de l'emplacement des aventuriers.

Restaient bien d'autres objets magiques abandonnés ou laissés sur les corps des anciens amis de Dwimfa. Ainsi l'Homme des Bois avait-il évoqué une améthyste magique, portée par Tank-Er, capable de détecter les ennemis voire de les gêner, entre autres choses. Le nain Enhar, quant à lui, possédait diverses armes redoutables comme une masse de pierre magique, mortelle pour les fantômes ou permettant à son porteur de se transformer en pierre. Ou encore une hache de lancer très douée pour briser les armures ennemies. Pour ne rien dire d'une armure de mithril ou d'un marteau de guerre du même métal. Dinyondo, autre elfe et ancien amant de Gillowen, portait sur lui un médaillon lié à sa belle et permettant de connaître sa position voire son état ou ses sentiments. Il avait aussi, entre autres choses, un arc tueur de dragon, un anneau stimulant sa magie ou une statuette de cheval pouvant se transformer en un cheval lourd infatigable. Et Arang, dernier mais non le moindre, avait diverses épées redoutables, dont Gwaedhel, l'épée "sœur de serment", qui en plus d'être particulièrement mortelle au combat, avait de nombreux autres pouvoirs entre les mains d'un seigneur dúnadan. Ainsi qu'un arc de lumière ne nécessitant pas de flèche ou une amulette capable d'appeler une boule de feu magique et vivante, et de la contrôler. Cette amulette appartenait d'ailleurs autrefois à la famille Eldanar ("feu elfique"), dont Narmegil, ancien membre du groupe, faisait partie.

2 - Questions et divinations
De par de précédentes questions, Drilun savait qu'un certain nombre d'objets magiques des anciens amis de l'Homme des Bois n'avaient pas été retrouvés, ce qu'il avait interprété comme "non déplacés". A côté de cela, en plus des objets récupérés par la magicienne possédée par Eloeklo, d'autres avaient été déplacés. Les raisons ou positions exactes n'étaient pas très clairs, mais l'archer-magicien du groupe pensait que les corps des anciens aventuriers, ainsi que leurs possessions, se trouvaient plus ou moins à deux endroits : un site correspondant au crash du bateau, probablement à flanc de falaise ou quelque chose d'équivalent, d'après une ancienne vision des voyants de Fornost dont il pensait se souvenir ; et un autre lieu un peu plus loin, mais globalement dans le même secteur qu'ils approchaient à présent.

Les cailloux de Drilun se mirent bientôt à voler, avant de retomber autour d'une ligne tracée sur le sol, lui permettant de répondre par oui ou par non à une question qu'il visualisait en faisant sa magie divinatoire. La quantité de pierres de chaque côté permettait de nuancer la réponse et laissait place à une certaine interprétation, même s'il était parfois possible de penser que la magie ne fonctionnait pas, peut-être parce que certains objets ou lieux étaient masqués magiquement. Le groupe lui-même utilisait souvent ainsi l'anneau elfique porté par Isilmë - et pris à Gillowen - qui avait le pouvoir de les masquer aux divinations magiques de leurs ennemis, comme Canadras par exemple. Et les aventuriers avaient déjà rencontré par le passé des personnes, lieux ou objets qui étaient dissimulés magiquement de manière similaire.

Et il semblait bien que ce fût encore le cas ici : certains des objets que Drilun tentait de localiser sur une carte, en la partageant de lignes diverses, ne correspondaient pas à leur localisation présupposée. C'était en particulier vrai pour les objets portés par Arang, le seigneur dúnadan de l'ancien groupe, à l'exception d'un objet que Gillowen avait récupéré, l'Eargil ("Etoile de Mer"), aux pouvoirs sur les créatures marines. Malgré toute son intelligence, le Dunéen ne voyait pas comment concilier le résultat de ses anciennes divinations avec les nouvelles. Il semblait bien que les objets avaient bougé sans avoir été trouvés. Ses amis avancèrent l'idée que peut-être y avait-il une raison naturelle à cela : objets déplacés par une créature sans s'en apercevoir, chute du corps en dehors du bateau avant le crash, jusqu'à une autre destination éloignée... Certains aventuriers se demandèrent même si Arang n'avait pas survécu, en cachette, même si Dwimfa trouvait cela assez difficile à envisager.

Comme par ailleurs les divinations concernant les objets d'Arang étaient étonnamment régulières et précises quant à leur résultat, cela fit dire à certains comme Geralt qu'il n'y avait pas de protection magique, qui se traduirait sûrement par des résultats aléatoires. Non, le corps d'Arang et ses objets, ou du moins ceux qu'il avait conservés, devaient être dans un autre lieu, loin d'ici. En fait, en partant de cette hypothèse, les interprétations des cailloux lancés par Drilun devenaient vite logiques et le lieu assez facile à déterminer : le grand Dúnadan et porteur de nombreux artefacts était au nord, peut-être à une dizaine de jours de "marche" de l'emplacement actuel des aventuriers. Autrement dit, ils avaient fait ce voyage pour rien, ils s'étaient même complètement trompés de direction !

Pas tout à fait pour rien cependant : les trois autres corps restaient proches, même s'ils semblaient bien être en deux endroits séparés. Dinyondo devait être séparé des autres pour une raison inconnue, à un endroit proche du col que les elfes de Brumes Éternelles avaient pris lorsqu'ils étaient pourchassés par les sbires de Sauron, au Second Âge. Un endroit où leur chef avait combattu Eloeklo pour permettre aux siens de s'échapper, et où il était mort. D'après les histoires racontées, son corps était encore présent quelque part sur le lieu du combat, paralysé pour l'éternité dans un bloc de glace. Les autres, Enhar et Tank-Er, devaient être sur ou autour du lieu où le bateau volant s'était échoué.

3 - L'appel du démon
Néanmoins, les corps et artefacts étaient chasse gardée d'Eloeklo, à savoir dans une zone des montagnes où il semblait qu'il ne tolérait guère les intrus. Les aventuriers avaient parlé plus d'une fois de dérober les objets au Maia en utilisant la discrétion, en particulier celle du hobbit. Néanmoins, Taurgil voyait les choses autrement, et il avait fortement envie d'appeler le Démon du Vent du Nord pour tailler un peu le bout de gras avec lui. Après tout, c'était tout de même dans l'intérêt du démon que le groupe fût bien préparé à la suite, qui nécessitait entre autres de se confronter à Durlach, balrog ("démon de puissance") enfermé magiquement au sein du Puits de Morgoth. L'équipe et ses orcs se tenaient alors juste à la sortie d'une caverne d'orcs des neiges, l'endroit le plus proche du domaine d'Eloeklo où ces créatures osaient aller. Il y avait toujours un vent glacial à cet endroit des montagnes, et il lança plusieurs fois le nom du démon dans l'air et le vent.

Après un certain temps, la lionne enchantée annonça à ses amis qui pouvaient la comprendre qu'elle entendait comme une tempête arriver dans leur direction depuis des sommets encore lointains. Peu après c'est Rob qui annonça sentir une puissante magie arriver du côté que Vif avait pointé. Un peu plus tard, les autres membres perceptifs du groupe, tels que Geralt ou Isilmë, perçurent eux aussi que le temps changeait et qu'une tempête venait à eux avec davantage de froid, de vent et de neige. Il devenait de plus en plus difficile de rester à l'extérieur, et certains commencèrent à faire demi-tour pour rentrer sous terre avant d'être emportés par le vent. Le grand Dúnadan tint bon et resta sur place, bien décidé à attendre le démon, mais il était bien le seul à vouloir rester dehors.

Pourtant il ne fut pas le seul : Drilun avait lancé un sort pour diminuer la force des éléments, mais sans aucune conséquence visible. Par contre les rafales de vent avaient fini par le déséquilibrer et il commença à être emporté... avant que la main ferme de Geralt, assez rapide pour arriver à s'accrocher à lui, ne pût ralentir sa progression. Taurgil y rajouta encore tout son poids et freina un peu plus le déplacement forcé de ses deux amis. En fin de compte, Vif rebroussa chemin et se précipita sur eux malgré les éléments, les plaquant tous au sol et les protégeant de son corps lourd et puissant, tandis que plus loin, les autres aventuriers et les orcs se terraient et ne pouvaient plus même percevoir leurs amis ou maîtres, complètement enveloppés par une tornade de vent et de neige...

Au bout d'un moment la pression sur les quatre amis au cœur de la tourmente diminua, mais pas le bruit du vent autour d'eux. Ils se rendirent compte qu'en fait ils se trouvaient au beau milieu d'une tornade de neige qui faisait comme une tour de flocons blancs tournant à toute vitesse autour d'eux, dans une zone de calme très relatif. D'une certaine manière ils étaient prisonniers de cette tornade qui ne bougeait pas, piégés par la magie d'Eloeklo qui pouvait les balayer d'une simple pensée. Ils l'avaient appelé, et il était bien là, même si ça présence physique n'était pas vraiment perceptible tellement elle était mélangée aux éléments. Et ils attendirent qu'elle se manifestât davantage, tout en résistant du mieux possible à l'agressivité des éléments. Heureusement ils étaient bien équipés et s'étaient bien préparés.

Comme Eloeklo ne se manifestait toujours pas, Taurgil eut quelques mots légers à l'adresse du démon, de l'air de celui qui n'a aucune peur, avec le sentiment d'être protégé de par son utilité aux yeux de cette espèce de demi-dieu local. Manifestement, ce dernier n'allait pas gâcher facilement des outils très prometteurs susceptibles de l'aider à le délivrer de sa prison magique. Comme tout bon démon de puissance qui se respecte, il jouait avec eux en essayant de leur procurer les frissons (dans tous les sens du terme) de leur vie, mais ça ne marchait pas avec lui. Quoi qu'il en fût, Eloeklo finit par sortir de son silence pour répondre aux piques du grand rôdeur. Il n'avait pas l'air très content, et la confrontation verbale allait enfin pouvoir commencer.

4 - Confrontation verbale
Le démon montra très vite de l'impatience voire de la colère à être dérangé par des serviteurs qui ne progressaient guère dans la tâche qui leur avait été confiée. Il demanda donc des explications lourdement teintées de menaces, comme des bonnes raisons de ne pas anéantir le groupe s'il n'avait rien de concret à lui offrir. Ce à quoi Taurgil argumenta que les progrès étaient nombreux et que se passer de l'aide de ses compagnons et lui serait une lourde erreur. Mais que par contre cette aide serait d'autant plus efficace et valorisée si Eloeklo consentait à confier aux aventuriers des objets qui ne lui servaient aucunement, mais qui pouvaient faire toute la différence pour eux. Comme d'ailleurs cela avait été convenu par le passé lorsqu'ils avaient passé un accord en ce sens...

Et il avança entre autres éléments le fait que ses amis et lui savaient à présent comment invoquer Durlach, qui habitait le cœur du Puits de Morgoth, en dehors de chez lui. Mais que ce savoir appris auprès de Canadras se heurtait à une chose à peu près impossible à trouver : un feu assez intense ou grand pour brûler des créatures intelligentes en nombre suffisant pour peser autant que le corps du balrog enfermé dans le puits de lave. Sans parler de la difficulté à réunir - vivants - un millier d'orcs, une centaine de trolls, une trentaine de géants ou une dizaine de dragons pour les faire brûler vif... Bref, l'idée était bien de convoquer Durlach sur le domaine d'Eloeklo, ce dernier pouvant beaucoup aider à éliminer le premier. Mais trouver un feu assez puissant sur le domaine le plus froid du Grand Nord semblait un peu contradictoire.

Le Démon du Vent du Nord parut quelque peu satisfait de cette information, comme si la perspective de devenir peut-être la nouvelle entité la plus forte de la région lui plaisait, ou juste de pouvoir éliminer son ancien rival. Par ailleurs, il annonça aux aventuriers présents qu'une solution existait pour la réalisation d'un pareil rituel et de la chaleur intense nécessaire. En effet, les montagnes hébergeaient peut-être bien cette énergie quelque part, même s'il ne précisa pas sa nature, géologique ou magique. Par ailleurs, il pressa aussi Taurgil de questions quant à la possibilité de pouvoir voyager physiquement jusqu'au Puits de Morgoth, où le rituel qui pourrait le libérer de sa prison pourrait être fait. Mais le rôdeur dúnadan se montra plus évasif, même si manifestement le démon sembla penser que Canadras avait renseigné les aventuriers. Par contre, aucun progrès concernant Tevildo ne fut avancé. Ce qui ne contraria pas le démon : pour lui, il serait facile de piéger Tevildo ou plutôt le corps qu'il possédait, et de l'éliminer : quand le Prince des Chats ne pourrait plus posséder personne, il quitterait la Terre du Milieu pour toujours...

Au bout d'un moment, le démon finit par éclater de rire quand il comprit à quoi servait l'argumentaire et les flatteries du Dúnadan : à obtenir de lui la permission d'aller récupérer les artefacts des anciens amis de Dwimfa, artefacts pour une bonne partie inutilisés. Il admit d'ailleurs avoir récupéré certains d'entre eux grâce au corps de Gillowen qu'il possédait, et donc que ces objets n'iraient pas à Taurgil et ses amis, malgré l'insistance du grand rôdeur. Mais au cours de la conversation, il permit au groupe de résoudre le problème lié au déplacement du corps d'Arang, le noble Dúnadan du sud du Gondor qui portait les meilleurs artefacts. En effet, si Eloeklo, à travers Gillowen, avait récupéré au moins un des artefacts qu'il portait, il semblait qu'un autre l'avait blessé par son contact ou sa proximité : aussi se vanta-t-il d'avoir jeté le corps sans vie du grand guerrier loin au nord...

Au bout du compte, le Démon du Vent du Nord sembla apprécier l'entretien avec le grand rôdeur dúnadan, et il lui donna donc quitus pour aller récupérer les artefacts convoités... à condition de les trouver. Bref, il permettait aux aventuriers de passer sur son territoire pour y faire leurs recherches, ce qui en soi pouvait s'avérer un beau défi. Puis il rompit le dialogue et prit congé de Taurgil et des autres. Le temps se calma très vite, à tel point que les quatre aventuriers se retrouvèrent au centre d'une tour de neige s'élevant au-dessus d'eux, tour qui ne put rester ainsi sans les vents violents qui l'avaient érigée. Une importante masse neigeuse s'abattit sur les quatre amis, qui heureusement commençaient à être rompus à cet exercice de sauvetage hors d'une petite montagne de poudreuse... Et ainsi purent-ils rejoindre leurs amis et les mettre au courant de ce qui s'était passé.

Un peu plus tard, Vif demanda en songe à son patron et ascendant, Tevildo lui-même, ce qu'il pensait de cet entretien auquel elle avait participé silencieusement, mais que le Prince des Chats n'avait certainement pas ignoré. Ce dernier se montra extrêmement méprisant envers Eloeklo, le considérant manifestement comme une brute et un imbécile qu'il serait facile de tromper. Ce qui fut jugé très intéressant par Taurgil et ses amis : chaque Maia avait manifestement ses petits secrets et pouvoirs, sensés - dans l'esprit de chacun - lui donner l'avantage, ce qui promettait une lutte délicate dont pouvaient profiter Vif et ses compagnons. Restait tout de même que Tevildo lisait dans l'esprit de la plupart des aventuriers, ce qui n'était pas le cas d'Eloeklo. Le premier serait donc sans doute plus délicat à manipuler...

5 - Montagnes inhospitalières
Mais pour l'instant, l'objectif premier était de récupérer des artefacts sensés se trouver quelque part dans les montagnes proches. Maintenant que le passage était à peu près garanti, restait à se rendre sur place et à les trouver. La zone à fouiller avait été circonscrite à une zone, certes petite sur la carte du groupe, mais passablement immense dans la réalité. Taurgil et ses compagnons comptaient sur leurs considérables ressources physiques ou magiques pour arriver à les dénicher malgré l'immensité de la tâche : entre les sorts divinatoires de Drilun, la fine perception de la magie de Rob ou les fantastiques sens félins de Vif, cela paraissait tout à fait à leur portée. Restait quand même à se rendre sur place, ce qui ne serait pas une mince affaire.

Après de multiples débats, il fut décidé de se séparer des orcs de la manière la plus pratique et utilitaire possible : en les tuant à la tâche. Le groupe partit donc dans une direction jugée conforme aux prévisions de Drilun, en faisant tirer le traîneau d'os de dragon par les orcs des neiges. Lorsque les voyages en fond de vallée furent terminés, les orcs durent monter à l'assaut des crêtes avec leur lourd chargement. Une partie en moururent, d'autres tombèrent - littéralement - de fatigue et connurent le même sort, et ceux qui tentèrent de s'enfuir servirent d'exemple aux autres, qui comprirent vite à quel point leurs options étaient limitées. Au bout d'une journée, leur nombre avait fortement réduit, mais il n'était plus possible de continuer ainsi : c'était en dehors des capacités des orcs de faire avancer plus le traîneau... et des aventuriers pareillement.

Il fallait donc se lancer à l'ascension des pires sommets enneigés et battus par les vents glaciaux des Montagnes de la Désolation (Ered Muil), où personne ne vivait, aucun animal ou être pensant, ni aucun végétal : dans la zone à explorer, même les mousses ou lichens étaient absents. Et lorsque les meilleurs grimpeurs du groupe firent part de leur évaluation aux autres, certains blêmirent : entre les parois raides couvertes de neige et de glace, les vents violents et le froid terrible, sans parler de la distance, la tâche paraissait proche de l'impossible pour une partie des moins bons grimpeurs. A tout le moins ils allaient tellement ralentir leurs compagnons que la nourriture allait vite leur faire défaut, même en utilisant les inereneraban portés par certains membres du groupe : ces merveilleuses boîtes de bois travaillé étaient enchantées par le savoir-faire des Hommes des Bois, et permettaient de rendre la nourriture placée en son sein bien plus nourrissante qu'en réalité.

Le débat porta alors sur un choix à faire : partir tous en prenant le temps qu'il fallait pour arriver au but recherché, estimé au strict minimum à dix jours si tout se passait bien - ce qui semblait irréaliste ? Plus du temps passé à chercher, et encore autant pour revenir. Ou limiter l'expédition aux meilleurs grimpeurs, aux plus perceptifs et à l'aise dans la nature inhospitalière des lieux ? Ce fut un vaste débat : fallait-il envoyer Drilun, dont la magie divinatoire serait un réel atout mais qui n'était pas très bon grimpeur ? Rob ou Dwimfa, très bons grimpeurs, perceptifs et débrouillards, mais à l'endurance plus limitée, pourraient-ils être à la hauteur du défi ? Quelle serait l'utilité de chacun dans une telle expédition, quelle vitesse adopter ? Vif, plus perceptive et sans doute la meilleure grimpeuse, pouvait-elle faire le voyage en portant un ou des compagnons, sachant que leur poids allait fortement la handicaper ? Et comment ferait-elle pour supporter le froid trop glacial même pour sa fourrure magique ?

Au bout du compte, la rapidité fut choisie : la lionne et le hobbit partiraient seuls, pendant que les autres rebrousseraient chemin vers les cavernes des orcs, où Drilun pourrait toujours occuper son temps à couvrir leurs objets de runes magiques. Rob irait d'abord par ses propres moyens, et quand son endurance serait épuisée, il monterait sur le dos de sa féline compagne. En dehors de son excellent équipement, il aurait avec lui la dague magique permettant de résister au froid portée par Taurgil. Quant à Vif, en plus de son habit de peau, elle serait constamment enduite de l'onguent de résistance au froid réalisé par les elfes de Brumes Éternelles et dont ils avaient une bonne quantité. Le hobbit et elle en prendraient une bonne réserve pour qu'elle puisse faire l'aller et le retour, sans parler des recherches, sans être importunée par le froid des lieux.

6 - Tombe glacée
Le premier objectif des deux aventuriers serait de trouver le corps de Dinyondo, qui avait été déplacé après le crash du bateau volant pour quelque obscure raison. Entre les ultimes éléments apportés par les divinations de l'archer-magicien et les informations données par les elfes de Brumes Éternelles, la lionne enchantée se dit que cela ne devrait pas être aussi difficile que se rendre là-bas, au col emprunté par les elfes. D'autant que leur chef avait combattu là Eloeklo, et son corps était censé s'y trouver toujours, dans une gangue de glace qui ne serait sans doute pas trop dure à percevoir. Et Rob pouvait sentir la magie des objets puissants même à travers la neige, donc à eux deux cela devait être à leur portée.

Ils partirent donc comme prévu. La difficulté était immense, jamais ils n'avaient traversé des montagnes dans des conditions aussi difficiles. Ils se rendirent vite compte que la plupart de leurs amis n'auraient pas pu suivre, et certainement pas avec une telle vitesse. Le hobbit, telle une véritable araignée, arrivait sans mal à suivre la lionne enchantée. Mais après plusieurs heures d'une escalade extrême, son corps dut admettre ses limites et il finit par arrêter, épuisé. Mais un harnais avait été préparé à son attention par ses amis et il prit place dedans. Ce fut au tour de la féline Femme des Bois de souffrir davantage de la fatigue liée au poids de son ami, mais elle put tenir bon quelques heures de plus avant de devoir s'arrêter pour se reposer et même dormir.

Et ainsi les deux amis continuèrent-ils à bonne allure. Ils n'étaient plus guidés par les sorts de l'archer-magicien, mais les perceptions et l'aisance de Vif lui permirent de poursuivre dans ce qu'elle estimait être la bonne direction, sans souffrir du froid ou du manque de nourriture. Entre les griffes de l'une, l'équipement de l'autre, et leurs incroyables perceptions, ils évitaient tous les pièges de ces inhospitalières montagnes et progressèrent sans être inquiétés. Après l'équivalent de cinq jours d'avancée acharnée, la lionne enchantée estimait qu'ils avaient parcouru à vol d'oiseau l'équivalent d'une vingtaine de miles dans ce terrain particulièrement difficile, et ils ne devaient pas se trouver loin de l'emplacement de la tombe glacée du chef des elfes de Brumes Éternelles, près de laquelle le corps de Dinyondo devait se trouver.

Au bout du compte, le col entre certaines montagnes ne fut pas trop dur à trouver, d'autant que le hobbit sentait comme une magie ancienne et diffuse émaner des lieux. En fait, la Femme des Bois était également sensible à la magie, et avec ses oreilles incroyablement sensibles, il lui semblait comme entendre les échos d'un chant très ancien dans le bruit du vent puissant qui soufflait à cet endroit des montagnes. Cela les aida donc peut-être un peu à arriver au col dont les elfes de Brumes Éternelles leur avaient parlé, et qui avait été bien difficile à atteindre. Pourtant ceux parmi les elfes pourchassés qui n'avaient pas voulu tenter ce passage présumé infranchissable avaient tous été attrapés par les armées de Sauron et avaient péri après avoir été torturés...

Et une fois au col magique et quelque peu plus calme qu'aux alentours, ils n'eurent aucun mal à distinguer comme un menhir ou obélisque translucide au milieu du terrain. Il était fait de glace pure et transparente dans laquelle se tenait le corps d'un ancien et grand elfe, beau jusque dans la mort. Ce devait donc être le corps de Lindor, qui s'était sacrifié pour occuper Eloeklo et permettre aux siens de passer le col jusqu'à un lieu plus sûr. Et non loin de sa tombe glacée, et malgré le vent et la neige, Vif distingua un monticule de neige qui semblait tout sauf naturel. Ses pattes eurent vite fait de creuser dans la neige glacée, et elle finit par déterrer ou plutôt déneiger un elfe bien plus petit et moins impressionnant : c'était un elfe sylvestre de la Lorien, dont le corps avait été manifestement brisé par un choc très puissant. Rob et Vif avaient retrouvé le corps de Dinyondo, ainsi que son équipement, ou du moins une bonne partie de l'équipement qu'il portait au moment où il avait rejoint les cavernes de Mandos puis Valinor... où il devait encore attendre l'arrivée de Gillowen pour être enfin réunis.

7 - Crash et glacier
Soigneusement, le corps de l'elfe fut débarrassé de possessions dont il n'aurait plus jamais besoin, comme par exemple : une hache dont le métal ressemblait fichtrement à du mithril, un arc couvert de runes et des flèches à la pointe de mithril elles aussi, des brassards de peau écailleuse qui provenait sans doute du corps d'un dragon, une statuette de cheval dont Dwimfa leur avait vanté les propriétés magiques, et un bijou au bout d'une chaîne, pendentif qui avait un lien mystique avec Gillowen et qui permettait autrefois aux amants d'être toujours ensemble malgré la distance. Puis le corps brisé fut remis dans sa tombe de neige glacée tandis que les deux aventuriers se demandaient qui l'avait mis là et pourquoi. Un petit camp fut installé et Rob s'abandonna bientôt à un sommeil réparateur dont son corps fatigué avait bien besoin.

Tandis qu'il dormait, sa compagne féline se mit à explorer les environs. Elle chercha une vallée proche sur les parois de laquelle le vaisseau magique avait pu s'écraser, comme décrit ou plutôt rappelé par Drilun. Après quelques heures de fouille dans les alentours, elle pensa avoir découvert les ruines d'un vaisseau couvert de neige glacée. Après un peu d'escalade, cela fut bientôt confirmé par une exploration plus minutieuse, et elle put bientôt explorer le reste du bateau volant dont émanait encore de la magie perceptible à ses sens. Elle trouva le corps glacé et sans vie d'une personne, sans doute le Dunéen du pays de Dun appelé Tank-Er, d'après la description qu'en avait faite Dwimfa. En revanche, son compagnon nain manquait à l'appel dans les entrailles brisées du vaisseau.

En fouillant un peu plus, Vif finit par trouver où il était caché : il avait dû tomber ou être jeté au fond de la vallée, et son corps avait glissé dans une crevasse peu profonde, mais qui s'était en bonne partie refermée sur lui. Malgré toute sa souplesse, la lionne ne pouvait pas s'y faufiler, et découper la glace, même à l'aide de ses pattes robustes, risquait de lui prendre bien du temps. Elle retourna donc chercher son petit ami et le ramena bientôt sur place. Sans trop de mal, grâce à sa très grande souplesse, il put descendre dans la crevasse à moitié refermée et parvint vite au corps brisé du nain, qui n'était qu'à quelques pas de la surface du glacier où il était tombé.

Malheureusement la dépouille était un peu trop enchâssée dans la glace pour pouvoir facilement lui retirer certaines parties de son équipement, comme l'armure de mithril ou le marteau de guerre du même métal. Non sans mal et après avoir découpé la glace autour de certaines parties du corps à l'aide de la dague enchantée, il put tout de même ôter du cadavre ses gants et sa hache de lancer magiques, ainsi qu'une masse de pierre permettant à son porteur de se transformer en pierre lui aussi, toujours d'après Dwimfa. De toute manière il faisait confiance à Drilun pour leur détailler les pouvoirs exacts des objets magiques lorsqu'ils l'auraient retrouvé. Avec l'améthyste et le bracelet magiques récupérés sur le corps de Tank-Er, et les artefacts portés par Dinyondo, les deux amis se dirent que leur petite expédition avait été couronnée de succès.

Ils repartirent donc après une période de repos nécessaire pour la lionne enchantée. Le voyage de retour fut tout aussi difficile qu'à l'aller, d'autant qu'ils étaient légèrement plus chargés. Ils connaissaient déjà un peu le chemin et réussirent à ne pas se perdre, ce qui était tout sauf facile dans cet environnement. Ils retrouvèrent la vallée où ils s'étaient séparés de leurs compagnons, et après l'avoir suivie ils retrouvèrent enfin les grottes des orcs où leurs amis avaient tué le temps (et des orcs) en les attendant. Plus exactement, l'archer-magicien dunéen avait passé une bonne partie de son temps à couvrir de runes magiques le traîneau d'os de dragon qu'ils avaient fabriqué, de manière à en alléger magiquement son contenu, ce qui allait leur servir dans les jours prochains. Au final, la petite excursion du hobbit et de la Femme des Bois avait duré l'équivalent d'une douzaine de jours...

8 - Le dernier et non le moindre
Les aventuriers furent donc enfin réunis, et Rob put faire le récit de leur petite escapade. Les objets rapportés furent examinés par Drilun, leurs pouvoirs détaillés en grande partie, et ils furent répartis entre les personnes présentes. Le petit voleur hérita du médaillon lié à Gillowen, et il arriva, en se concentrant, à ressentir non seulement la direction de son emplacement présent, mais aussi sa distance, son état de santé... et l'absence complète d'émotions qui l'habitait. Ce qui ne surprit pas certains des aventuriers : la réelle magicienne elfe ne possédait pas son corps, et son âme devait être enfermée quelque part loin au sud. En fait Dwimfa et ses amis pensaient qu'elle était enfermée dans un bijou magique qui avait été confié à une grande araignée-démon non loin de la cité de Minas Ithil, la "Tour de la Lune", dans le Gondor... Une créature très puissante, trop même, et qui avait eu raison de deux des leurs.

Restait tout de même des artefacts à récupérer sur le corps d'Arang, noble Dúnadan de la famille du Mornan, dans le sud du Gondor. Dans les mains d'un autre noble Dúnadan comme Taurgil, certains seraient d'une aide précieuse pour la suite des aventures du groupe. Lequel groupe se prépara donc à repartir pour cette dernière quête des artefacts : le Dunéen et archer-magicien fut mis à nouveau à contribution, et ses cailloux divinatoires permirent une fois de plus de cerner le secteur des montagnes où il fallait aller chercher. L'essentiel du trajet se ferait sous terre, dans les cavernes des orcs, et parfois à l'extérieur. Il n'y avait plus d'orc sous les ordres des aventuriers : tous étaient morts, et les autres qui vivaient aux alentours évitaient soigneusement l'équipe. Il serait sûrement possible d'en capturer quelques-uns çà et là pour obtenir des indications sur les chemins et tunnels à prendre, mais ce serait tout : impossible d'en faire de nouveaux esclaves, ils savaient trop bien que seule la mort les attendait et ils fuyaient au plus vite dès que l'écho du groupe retentissait dans les ténèbres...

Ils partirent donc vers le nord sans l'aide (hormis forcée et ponctuelle) des orcs des neiges. Hormis Rob et Vif, trop bas sur patte, et Geralt, trop feignant, tous portèrent le traîneau dans les tunnels tandis que la lionne enchantée était couverte de paquets. Dehors, elle tirait le traîneau dans les vallées jusqu'aux cavernes suivantes. Au bout de quelques jours, le groupe arriva non loin de certaines des montagnes les plus hautes du nord de la chaîne de montagnes, près desquelles le corps d'Arang avait été jeté. Mais le traîneau ne pouvait pas aller plus loin, il n'était pas fait pour la haute montagne. Il fallait le laisser de côté et aller retrouver la vallée glaciaire où le corps du grand Dúnadan décédé avait été abandonné, d'après les sorts de divination de Drilun. Sorts que le Dunéen ne pourrait plus faire au fur et à mesure que le groupe se rapprocherait du nord et d'un puissant dragon magicien à qui ils avaient faussé compagnie il y a peu, en lui empruntant quelques objets de son trésor personnel...

Une fois de plus se posa la question des personnes susceptibles d'accomplir la fin du voyage et le repérage du site de la dépouille. Une fois encore, il parut plus judicieux d'envoyer une équipe plus réduite, plus rapide : l'archer-magicien dunéen irait avec Vif, probablement le plus souvent sur son dos, afin de jouer les éclaireurs avec leurs moyens magiques (masqués par la présence à son doigt de l'anneau elfique prêté - non sans mal - par Isilmë) ou plus traditionnels. Ce qu'ils firent donc, tandis que le reste de l'équipe établissait un camp. La lionne et le Dunéen progressèrent donc, les sens aux aguets, du moins surtout ceux de la féline Femme des Bois : cela faisait un moment que le démon Andalónil avait été repéré à voler au-dessus d'eux dès que le temps le permettait, ce qui était le cas en ce moment. Par ailleurs, plutôt de de passer dans chaque vallée des environs les deux amis choisirent plutôt de grimper à la plus haute montagne et d'examiner les vallées au loin, en profitant du temps clair présent.

Ce qu'ils firent donc. Tandis qu'ils progressaient en altitude, ils firent un arrêt et examinèrent les environs. Une vallée glaciaire non éloignée attira leur attention et Vif décida d'y concentrer ses sens mystiques. A sa grande surprise et à son grand soulagement, elle perçut la présence de magie dans cette direction, signe manifeste que le corps d'Arang, avec les artefacts qu'il portait, était proche. Ils allaient donc pouvoir retrouver les autres et chercher tous ensemble, maintenant qu'ils savaient où aller. Mais ils furent interrompus par un bruyant applaudissement au-dessus d'eux : la silhouette ailée d'Andalónil volait un peu plus haut, hors de portée des flèches de l'archer-magicien. Et le démon les félicita d'avoir retrouvé si vite le corps du Dúnadan qu'il avait enfoui si loin, comme son maître lui avait demandé. Il les félicita bruyamment, très bruyamment même, en utilisant manifestement de magie pour augmenter la portée de sa voix. Or Vif et Drilun n'étaient plus très loin de la zone patrouillée par Canadras ; en fait la lionne arrivait même à distinguer depuis leur position Orod Certhas, la "Montagne des Runes", où le dragon passait une partie de son temps.

Aucune surprise, alors, à ce que la lionne enchantée remarquât peu après un petit point sur l'horizon, au nord, petit point qui grossissait et venait dans leur direction et qui avait la mauvaise idée de ressembler à un grand monstre capable de réduire le groupe en purée (pour dragon)... Très vite, avant même de trouver un abri pour eux, elle se mit à rugir en direction de ses amis laissés un certain nombre d'heures auparavant. Par chance, loin de là, Geralt était en train de veiller, tandis que d'autres se reposaient. Son ouïe fine lui permit de repérer et bientôt identifier les sons puissants qui se répercutaient et s'amplifiaient sur les parois des montagnes. Il activa alors le tour d'oreille magique créé par Drilun pour comprendre le parler félin de la lionne, qu'il put enfin déchiffrer. Le message était court, mais limpide : "Canadras arrive"... Avec un juron, il se leva d'un bond et se précipita pour prévenir ses amis.

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Niemal
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Grand Nord - 28e partie : dragon et abysses

Message non lupar Niemal » 02 août 2019, 13:53

1 - Tous aux abris !
Le groupe était donc coupé en deux, ce qui entraînait un problème de taille : Canadras était un excellent magicien, capable de repérer la magie même passive assez facilement... si elle n'était pas masquée, comme par exemple avec l'anneau elfique pris à Gillowen. Cet anneau avait permis au groupe d'échapper au dragon-magicien plus d'une fois, quand tous les aventuriers étaient regroupés. Mais là, c'est Drilun qui le portait au doigt, afin de lui permettre de renforcer sa magie qui avait aidé à retrouver la dépouille d'Arang... A présent, Canadras arrivait trop vite pour que les huit aventuriers soient réunis à temps, six d'entre eux n'étaient pas masqués magiquement et avaient sur eux assez de magie active ou passive pour empêcher de rester cachés bien longtemps. Et en plus de cela, Vif et Drilun étaient à flanc de montagne, en hauteur, ce qui n'était pas l'idéal pour trouver un endroit capable de les protéger des sens particulièrement exacerbés du dragon !

La lionne enchantée repéra vite une cachette possible dans de la neige, dans un repli du terrain, mais face aux capacités de Canadras cet abri fut jugé insuffisant... et il n'y avait rien d'autre à portée. Alors, après s'être assurée que l'archer-magicien dunéen était bien attaché à son dos grâce au harnais qui avait été installé, elle se lança dans la pente raide et enneigée. Son corps prit de la vitesse, et rapidement elle ne fit rien d'autre que freiner des quatre pattes tout en tâchant de ne pas perdre l'équilibre, telle une luge vivante sur laquelle Drilun s'agrippait de son mieux, ce qui n'était pas si simple : le flanc de montagne qu'ils dévalaient à toute allure comportait rochers et autres obstacles, il fallait donc diriger leur trajectoire et modifier leur équilibre en permanence... sans le perdre, ce qui aurait transformé leur glissade en chute non contrôlée, d'où une mort très probable...

A peut-être deux lieues de là, au fond d'un cirque glaciaire, six aventuriers se préparaient à fuir. Mais pour où ? Leur seul salut était de trouver une caverne à proximité, et le temps leur était compté. Fort de sa connaissance des milieux naturels, et aidé par le contact de la larme de Yavanna, Taurgil indiqua le secteur des montagnes proches, un peu en hauteur, où il pensait qu'ils auraient le plus de chance de trouver un tel refuge. Mais il leur fallait pour cela sortir de la vallée glaciaire où ils se trouvaient. Il leur fallait également abandonner leur traîneau, car sans Vif pour le tirer, ils étaient incapables de l'emporter nulle part et de toute manière ils ne pouvaient le faire grimper. Ils arrivèrent donc au plus vite à la paroi que le rôdeur avait indiquée et commencèrent à escalader la montagne aussi vite que possible, certains avec plus de mal que d'autres, comme Isilmë qui était aveugle. Elle aurait pu s'aider en utilisant sa magie elfique, mais alors cela aurait été un phare pour les sens du dragon, et le plus sûr moyen de lui dire "nous sommes ici" !

Plus haut et au nord, le couple félin-Dunéen arrivait enfin à une zone moins pentue mais escarpée des montagnes, la lionne enchantée choisissant de se diriger vite vers un secteur difficile d'accès pour le dragon : une zone de parois raides et rapprochées où il ne pourrait vraiment se poser et combattre. Cela ne l'empêcherait pas de voler mais à tout le moins cela serait compliqué pour lui, il ne pourrait se rapprocher trop et utiliser son souffle magique. Malheureusement, les deux amis savaient qu'il était parfaitement capable de faire de la magie peut-être trop puissante pour qu'ils puissent y résister, ou simplement démolir les parois autour d'eux pour leur envoyer des avalanches de neige et de rochers sur la tête... et les ensevelir définitivement. Et en un temps record, la féline Femme des Bois avait peu d'espoir de trouver une caverne assez grande pour les abriter, et assez solide (ou profonde) pour empêcher le dragon de la faire s'effondrer sur eux.

Plus loin, les aventuriers progressaient plus ou moins vite, hobbit et Homme des Bois largement en tête, en bons grimpeurs qu'ils étaient et habitués à évoluer dans les milieux naturels les plus divers et variés. Taurgil et Geralt venaient ensuite, l'un très à l'aise en nature mais bien moins bon grimpeur, alors que pour l'autre c'était le contraire. Enfin suivaient, à distance, une elfe aveugle et un nain peu adepte de l'escalade en conditions extrêmes. Ni l'un ni l'autre n'étaient ridicules, mais ils étaient un peu lents, peut-être trop pour le temps qui leur restait, temps dont ils n'avaient aucune idée. Peut-être Canadras perdrait-il du temps à s'occuper de leurs deux amis, peut-être arriverait-il directement vers eux, certains avaient du mal à savoir ce qu'ils souhaitaient le plus ! Mais bientôt Rob les héla de sa petite voix. Il venait de sentir un éclair de magie puissante au nord, où devaient se trouver ses amis et le dragon. Et très vite, il sentit que le temps autour d'eux changeait à grande allure : le vent devenait de plus en plus puissant, avec des rafales de plus en plus violentes. Leur position à flanc de falaise allait très vite devenir intenable... et Dwimfa et lui étaient déjà à une trentaine de pas de haut.

2 - Mot de pouvoir
En effet, Drilun avait fini par jouer sa dernière carte, la plus puissante : devant le risque de voir bientôt arriver le dragon au-dessus de leur tête, il avait appelé à lui des turbulences magiques, renforcées par l'anneau elfique qu'il portait au doigt. Comme il se doutait que le dragon, bien meilleur magicien que lui, saurait sans doute les annuler, il les avait renforcées par un mot de pouvoir qui amplifiait considérablement la magie, et encore plus avec le même anneau elfique. Il estimait donc que Canadras pourrait avoir du mal à annuler pareille magie, et que s'il ne le faisait pas il serait absolument incapable de voler. Par ailleurs, avec autant d'énergie magique à sa disposition, il accéléra grandement le changement de temps : au lieu de se faire très progressivement, le mot de pouvoir lui permit de bouleverser la météo en moins de temps qu'il n'en fallait au dragon pour arriver sur eux.

Et c'est bien ce que ressentit Rob : battement de cœur après battement de cœur, il pouvait sentir la difficulté de leur escalade augmenter. Dwimfa le sentit aussi, qui le premier prit une décision audacieuse : après avoir rapidement regardé vers le bas, il se jeta dans le vide, en visant de manière à ne pas tomber sur un de ses amis. Malgré la hauteur, il était un excellent acrobate et en bas, la paroi s'incurvait doucement et était recouverte de congères. Il fut bientôt suivi par le hobbit, et leurs quatre amis les virent rapidement sortir du trou dans la neige qu'ils avaient fait en atterrissant, apparemment indemnes. Les uns après les autres, à des hauteurs moindres mais avec moins d'assurance, ils en firent autant. Bientôt ils étaient tous sains et saufs au fond de la vallée, près de la paroi rocheuse, sans avoir eu plus que quelques bleus vite oubliés.

Côte lionne magique et archer-magicien dunéen, les violentes turbulences firent se décrocher divers paquets de neige qui les ensevelirent bientôt. Complètement masqués par la neige et protégés du vent mais aussi du dragon, il ne leur resta plus qu'à grimper jusqu'en surface du tas de neige qui les recouvrait, encore et encore, jusqu'à la chute des derniers bouts d'avalanche, de manière à éviter de périr asphyxiés. Avec ses quatre puissantes pattes ce n'était nullement un problème pour Vif. Du coup, ils purent établir un meilleur abri dans la neige, ce qui leur permit même de se reposer. Les rafales étaient si violentes que rien ne pouvait venir jusqu'à eux, et Drilun sombra dans le sommeil en se disant qu'il avait certainement protégé ses autres amis au loin. Par contre il était presque surpris voire inquiet de ne pas avoir constaté de réponse magique de la part du dragon...

Les amis plus loin, justement, constatèrent que leur situation allait vite devenir intenable avec de nombreuses petites avalanches qui se déclenchaient un peu partout dans la vallée. Heureusement ils repérèrent vite une échancrure dans la paroi de la vallée en U où ils se tenaient, qui permettait de les abriter un peu contre les coulées de neige. Ils furent néanmoins ensevelis sous la neige sans être balayés par elle, et en la tassant autour d'eux et en organisant leur abri de manière à garder une ouverture vers l'extérieur, ils évitaient eux aussi l'asphyxie. Protégés des éléments et du dragon, même si ce n'était que pour un temps, certains s'adonnèrent au sommeil tandis que les autres veillaient. Plusieurs auraient bien eu besoin de l'aide d'Isilmë ou Taurgil pour récupérer leurs forces plus vite, grâce à leur magie des soins, mais Canadras étant dans les parages, il était plus prudent d'éviter de signaler si ouvertement leur position.

Drilun, pour sa part, profita d'un sommeil profond dont il avait bien besoin. A son réveil, rien n'avait changé, les turbulences étaient toujours aussi fortes, et elles risquaient de durer encore pas mal de temps. Vif avait tout de même pu, en jetant la tête hors de leur abri à l'occasion, constater qu'ils avaient avancé dans la bonne direction et que la petite vallée où devait se trouver la dépouille d'Arang, ancien compagnon de Dwimfa, ne devait pas être très loin. Il pourrait être intéressant de continuer à progresser, mais les turbulences étaient trop fortes même pour la féline Femme des Bois. Après un moment, les deux amis décidèrent de faire baisser l'intensité des vents turbulents, ce que la magie de Drilun lui permettait de faire. Assez pour progresser, le Dunéen arrimé au dos de la lionne, mais assez peu pour continuer à empêcher le dragon de voler au-dessus d'eux. Quand le changement s'opéra, ils reprirent alors leur route, secoués fortement par les vents. Malgré son harnais, Drilun sentit bientôt des crampes dans ses muscles douloureux. Mais s'il ne réussissait pas à rester collé au plus près de la lionne, les mouvements que le vent causait en jouant avec son corps gênaient beaucoup Vif qui avait les plus grandes peines du monde à avancer.

Bien plus loin, les veilleurs de l'autre partie du groupe constatèrent eux aussi que le temps s'était un peu assagi. Geralt en profita pour jeter un œil au-dehors, et malgré l'obscurité et la neige que les turbulences faisaient voler, il lui sembla percevoir comme une aile gigantesque posée sur une corniche au-dessus d'eux, au sommet de la falaise contre laquelle ils se blottissaient. Rob se servit de ses sens mystiques pour détecter les magies alentour, et il sentit qu'à environ une portée de flèche au-dessus d'eux, une magie connue, passive mais puissante, était présente. Cette magie, il finit par la reconnaître : les runes magiques que son ami Drilun savait faire. Il se rappela qu'il y avait peu, il avait réalisé de telles runes sur les écailles de Canadras. Il confirma donc ce que Geralt craignait : Canadras les attendait là-haut, et ce n'était sûrement pas un hasard s'il était juste au-dessus d'eux : ils avaient été repérés. Maintenant que les vents violents avaient diminués, il risquait de passer à l'action à tout moment.

3 - Fissures et ouvertures
Tous étaient à présent bien réveillés. Deux aventuriers étaient livrés à eux-mêmes et progressaient lentement mais sûrement, tandis que les six autres s'interrogeaient sur leur avenir possible. Autrement dit, comment faire pour échapper à Canadras ? Là où il était, il les cueillerait sans mal, et impossible de compter sur la discrétion, la magie ou la force pour lui échapper. A plus ou moins brève échéance, il pouvait leur tomber dessus et ne faire qu'une bouchée d'eux, au propre comme au figuré ! Les turbulences le gênaient encore pour le moment, mais quand elles seraient terminées... Mais quelle issue de secours envisager ? A l'aide de Morang, l'épée noire et maudite possédée par Dwimfa, ils pouvaient envisager de creuser dans la roche pour éventuellement s'abriter davantage du dragon, mais cela n'avait d'intérêt que s'ils trouvaient une autre issue, sinon Canadras les attendrait patiemment pour les croquer ou pire...

Certains se souvinrent alors qu'ils avaient dans leur équipement de la "Fleur de Voyage", une orchidée très rare. Séchée et réduite en poudre, elle permettait à quelqu'un qui la respirait de tomber en transe et de voyager hors de son corps, y compris à travers la matière solide comme la roche. Il était plus que temps d'utiliser cette herbe magique ! Après discussion, il fut décidé d'envoyer Rob comme éclaireur éthéré : entre ses perceptions et son aisance en nature, aidée par le contact avec la larme de Yavanna qui amplifiait le sentiment d'harmonie avec les milieux naturels, il semblait la meilleure chance de l'équipe. Accessoirement, les hobbits étaient réputés pour être chanceux. Cela étant, Dwimfa aurait aussi fait un assez bon candidat, et certains hésitèrent. Mais le petit voleur du groupe fut tout de même choisi.

Et le choix s'avéra judicieux : d'entrée, Rob se dit que la petite faille dans la falaise où ils étaient terrés était peut-être l'annonce d'autres failles plus grandes, et son esprit éthéré se dirigea donc dans cette direction. Après un court déplacement de deux battements de cœur, il tomba pile sur une faille assez large pour les laisser passer, tous, vers les profondeurs. Après un peu d'exploration rapide, il confirma que c'était bien l'issue de secours qu'ils cherchaient : plus bas, la faille débouchait dans des entrelacs de galeries souterraines et labyrinthiques dont il ne percevait pas la fin. Bref, il leur serait facile de fausser compagnie au dragon par là, et de trouver - ou creuser - une autre sortie vers l'extérieur, à un endroit où Canadras ne pourrait leur pourrir la vie. Il revint donc bien vite dans son corps et se réveilla pour annoncer la bonne nouvelle à ses amis.

Ils s'organisèrent donc bien vite : l'Homme des Bois prit sa fabuleuse épée magique, plus tranchante que du diamant, et commença à attaquer la paroi rocheuse au fond de leur abri, dans la direction indiquée par Rob. Il y avait moins d'une douzaine de pas à creuser, et le chantier avançait bien. Derrière Dwimfa, Mordin déblayait les morceaux de rocher en les faisant passer à Isilmë, qui les prenait à tâtons et les poussait plus loin, où Taurgil les emportait pour les évacuer. Geralt, pour sa part, surveillait le dragon à l'aide de son œil exercé, en regrettant la longue-vue qui avait été emportée par Drilun. Et le hobbit l'aidait en se concentrant sur les possibles sortilèges que le dragon était susceptible de leur envoyer dans la figure. Par ailleurs, il avait toujours sur lui la larme de Yavanna que le grand Dúnadan lui avait remise lorsqu'il avait utilisé la Fleur de Voyage.

Bien plus loin, Vif arrivait dans un nouveau secteur des montagnes : après la zone d'escarpements très étroits, elle avait débouché dans une vallée plus large qui lui rappelait ce qu'elle avait repéré plus haut sur la montagne. Ils étaient dans la bonne direction et l'emplacement de la dépouille de l'ancien ami de Dwimfa ne devait plus être très loin. D'après des échanges avec Andalónil, son cadavre avait été jeté dans une crevasse. Elle progressa donc, le Dunéen toujours accroché à son dos, cherchant à droite et à gauche des signes de crevasse ou autre trou assez grand pour y faire passer le corps d'un très grand guerrier, plus grand et large encore que Taurgil. Après un petit moment d'une progression lente mais régulière, elle repéra en hauteur un trou assez grand dans la paroi d'une falaise. Curieusement, la neige et la glace autour et au-dessus du trou semblaient absents, comme si elles avaient fondu...

4 - Canadras en action
Le balafré aux cheveux blancs surveillait donc le dragon, tout en exhortant silencieusement ses amis à se dépêcher. Le bruit ne pouvait manquer d'échapper à l'ouïe incroyablement fine du lézard géant, et s'il en jugeait par ce qu'il voyait, c'était déjà fait : Canadras n'était plus immobile et sa tête se pencha au-dessus du vide, dans leur direction. Malgré la distance, l'obscurité et la neige qui volait grâce aux bourrasques, Geralt ne la voyait que trop bien. Le dragon devait écouter ce qu'ils faisaient, et s'il n'y eut aucune réaction particulière de sa part au début, ce qui permit au groupe de progresser d'une demi-douzaine de pas vers leur objectif, il finit probablement par percevoir que les aventuriers avançaient bien plus vite qu'attendu et qu'ils allaient peut-être lui glisser entre les pattes. Aussi se mit-il à parler à l'adresse du maître-assassin qui le fixait derrière un trou dans la neige...

Rob sentit immédiatement de la magie noire descendre sur son ami. Même en s'y attendant, Geralt fut vite séduit par les paroles ensorcelées qui lui apprenaient qu'en fait il était le jouet de sorciers orcs qui l'avaient envoûté, alors que la voix qu'il entendait était celle d'un ami venu le sauver... Avec horreur, il se rendit compte que ses compagnons étaient effectivement des créatures repoussantes, dont l'une d'elles, un petit snaga proche de lui, tendait une patte griffue vers son visage. Et dire qu'il avait cru qu'il s'agissait de son ami hobbit ! Avec la très grande célérité dont il était coutumier, il empoigna son épée pour dégainer et couper le bras de l'orc avant le répugnant contact. Pourtant, chose incroyable et qu'il pensait impossible, l'orc proche de lui fut le plus rapide, et il sentit ses doigts griffus sur son visage couturé.

Ou plutôt il s'attendit à un contact avec des doigts sales et griffus, mais fut bien surpris de sentir la larme de Yavanna sur sa peau, tenue par son ami Rob. Le hobbit, lui aussi très rapide, avait mis toute son énergie pour prendre son compagnon, et redoutable bretteur, de vitesse. Il y était parvenu, et la larme de Yavanna avait cassé la magie noire qui avait pris possession des sens et du cerveau de Geralt. Il était donc redevenu lui-même, un peu ébahi - mais pas tant que ça - d'avoir succombé si facilement au charme du dragon malgré sa volonté et la protection magique qu'il portait. Malgré le danger d'une telle attitude, il ne put s'empêcher de répondre au dragon en jouant à l'imbécile, ce qui ne plut pas du tout à Canadras, qui se jeta dans le vide.

Le dragon s'envola vers l'aval de la vallée, malgré les turbulences encore fortes, tout en prenant un peu de vitesse. Le hobbit arrivait à le suivre à distance, percevant la récente magie runique de Drilun sur certaines écailles du dragon. Il annonça donc que Canadras accélérait, puis faisait demi-tour en descendant dans la vallée, et qu'il allait bientôt repasser devant eux, comme le constata vite Geralt, qui vit sa bouche s'ouvrir. Le balafré aux cheveux blancs mit donc son bouclier en os de dragon face à l'ouverture, en se cachant derrière et en empoignant le marteau nain qui protégeait du froid, marteau qui lui avait été remis. Tout en tâchant au mieux de protéger ses compagnons derrière lui et en les prévenant. Rob, lui, courut vers le fond de la galerie, en esquivant tous ses amis en un temps record, avant de se réfugier dans les jambes de Dwimfa, tout au fond. Et le souffle du dragon fut sur eux, faisant voler la neige autour d'eux en une myriade de petits cristaux de glace bleutée.

Grâce au marteau et à son équipement - cuir de dragon et bouclier en os de dragon - le maître-assassin s'en sortit indemne. Derrière lui, Taurgil se sentit glacé et son corps se couvrit de gerçures et d'engelures. Les autres, plus loin, moins exposés et protégés par leurs compagnons, s'en tirèrent sans rien de plus que quelques frissons ou petites engelures vite oubliées. Et Rob put annoncer que le dragon, un peu plus loin, commençait à faire demi-tour et qu'il allait bientôt revenir. Et malgré les encouragements de ses compagnons, Dwimfa, qui avançait déjà bien, ne pouvait pas aller plus vite. Taurgil reprit alors le marteau enchanté et occupa la place laissée vacante par Geralt, qui se précipita pour remplacer l'Homme des Bois, lui prenant Morang des mains.

Le rôdeur dúnadan ne put résister à l'envie de taquiner le dragon en lui montrant le marteau magique qui avait été pris chez lui, et en lui envoyant quelques petits mots du genre "C'est ça que tu viens chercher ?"... Après une brève hésitation, et percevant les engelures sur les lèvres et le visage de Taurgil, Canadras souffla une nouvelle fois. Mais tous étaient mieux préparés ou protégés, et à part refroidir l'ambiance, son souffle glacé n'eut aucun effet. Plus loin, Geralt attaquait la paroi avec ardeur, en oubliant sa flemme. Sa maîtrise de l'épée lui permit d'avancer trois fois plus vite que son compagnon, et rapidement il commença à arriver aux fissures repérées par le hobbit. C'est alors que le dragon repassa et donna un grand coup de queue à l'endroit où se tenait le Dúnadan. Celui-ci s'était protégé avec sa magie de roi, ce qui lui évita des dégâts certains, mais des rochers tombèrent du haut de la falaise et le boyau que l'équipe avait creusé se fissura de partout. Tous se dépêchèrent de descendre dans la faille enfin atteinte, et peu après la fureur du dragon se fit entendre par de nombreux coups de queue derrière eux, coups qui déclenchèrent des avalanches de neige et rochers. Les éboulis envahirent le boyau et scellèrent complètement le passage par lequel ils étaient arrivés.

5 - Souterrains et présence de vie
Les six amis étaient dans le noir le plus complet. A défaut de pouvoir y voir, Isilmë s'entoura d'une aura elfique pour permettre à ses compagnons de mieux se repérer. Tous étaient plus ou moins arc-boutés contre les parois d'une faille verticale plus ou moins large, ce qui n'était pas l'idéal pour se reposer. La faille se refermait vers le sommet, donc la descente semblait la seule solution. Mais Taurgil était blessé, et sa peau gelée s'était craquelée par endroit et saignait faiblement, malgré ses efforts pour la préserver. Il fallait donc commencer par le soigner, physiquement et magiquement, ce qui n'était pas si simple. Par ailleurs, il lui faudrait se reposer pour laisser la magie faire son effet, et l'escalade dans un boyau souterrain étroit ne faisait pas partie de la définition du repos.

Ses amis construisirent une espèce de hamac de cordes avec celles dont ils disposaient et leur matériel d'escalade, et le rôdeur dúnadan put bénéficier de tous les soins nécessaires à sa guérison. Il se glissa dans son nid de cordes et laissa son corps et la magie faire leur travail. Il lui faudrait quelques heures avant de pouvoir bouger, ce qui laissait amplement le temps à ses amis d'explorer leur environnement. Ils descendirent donc le long de la faille, sans grande difficulté, jusqu'à croiser un boyau horizontal assez large pour eux tous. Ils s'y glissèrent donc et inspectèrent les lieux : le tunnel était assez grand pour tenir debout, ils ne voyaient pas ses extrémités de part et d'autre, et il était silencieux. Des traces très anciennes semblaient attester de la présence d'une vie animale géante, faisant immanquablement penser à ces espèces de lézards géants appelés vers des cavernes, sortes de petits dragons sans aile et sans intelligence, comme celui - plutôt gros et musclé ! - que le noble Dúnadan avait combattu quelques semaines auparavant en arrivant chez les orcs de ces montagnes.

Bien plus au nord, la féline Femme des Bois et l'archer-magicien dunéen examinaient l'ouverture à flanc de falaise et les moyens d'y accéder. Dans son état de fatigue, et même sans cela, Drilun doutait de sa capacité à pouvoir grimper là-haut. Ce qui n'était pas le cas de Vif, qui se transforma vite en écureuil et accéda sans mal à l'ouverture. Elle découvrit qu'un peu d'air chaud en sortait, comme elle s'y attendait, mais qu'un peu plus loin le passage, qui s'incurvait vers le bas, était encombré de nombreuses pierres, comme si quelqu'un avait voulu le boucher en s'attaquant aux parois proches, d'après des signes assez récents sur ces dernières. Il était possible de se faufiler entre les gros rochers, mais cela risquait de compliquer leur avancée. Et plus elle progressait, plus le passage plongeait vers le bas, toujours obstrué par des rochers plus ou moins gros en équilibre instable sur les bords de cette espèce de cheminée... Et le noir bientôt complet l'empêchait de trouver son chemin plus avant et plus bas.

Elle rebroussa chemin et s'entretint avec son compagnon, dans son parler félin qu'il pouvait comprendre magiquement à l'aide du tour d'oreille enchanté qu'il avait fabriqué. Elle proposa de le hisser à l'aide d'une corde qu'il avait, et dont il attacha une extrémité au corps de la lionne. Elle regrimpa sans mal jusqu'à l'ouverture, puis elle tira son compagnon attaché à l'autre bout. Malheureusement, les rafales étaient toujours bien là, le magicien ayant décidé de les garder pour éviter une arrivée intempestive du dragon Canadras au mauvais moment. Si bien que, suspendu à sa corde, il perdit le contrôle de son corps qui fut de plus en plus balloté par les intempéries. La corde frottant sur un rocher finit par s'user... et se rompit soudainement en son milieu.

Drilun vit sa chute heureusement amortie par la neige et il s'en sortit sans grand mal, même s'il en garda quelques douleurs dont il se serait bien passé. En fin de compte, la lionne enchantée redescendit, le laissa s'arrimer au harnais qu'elle portait, amélioré par un bout de corde pour le maintenir le plus serré possible contre elle, et entreprit l'ascension avec son ami sur son dos, malgré les fortes bourrasques qui les secouaient tous les deux. Il lui fallut un peu de temps et d'huile de coude, mais elle finit par y arriver. Les deux compagnons purent alors pénétrer tous deux dans les éboulis de gros rochers, éclairés par le bâton de lumière que portait le Dunéen. Plus ils descendaient, plus le passage devenait étroit et obstrué. Plus il faisait chaud également, et au bout d'un moment il sembla à Vif repérer comme les reflets d'une faible lueur très loin en contrebas. De gros rochers bloquaient le passage et ne permettaient plus de descendre, pourtant les éboulis paraissaient s'arrêter bientôt.

6 - Bruits et chutes
Parmi les six aventuriers toujours ensemble, certains ne s'étaient pas beaucoup reposés dernièrement, et ils décidèrent de le faire sur place. De toute manière il fallait attendre que Taurgil, plus haut, soit guéri et puisse redescendre. Plusieurs s'installèrent donc pour une sieste bien méritée (dans l'esprit de Geralt au moins), tandis que Rob veillait sur ses compagnons. De toute manière il n'y avait pas de trace de vie récente, les sons étaient amplifiés dans les souterrains et portaient assez loin, le hobbit avait l'ouïe très fine, donc il n'y avait guère de surprise à attendre. Et puis il n'y avait rien d'autre à faire que se reposer, car creuser vers l'extérieur, avec Canadras dans les parages, ne serait sans doute pas très utile. Et donc l'attente commença.

Après un certain temps ponctué seulement par les respirations tranquilles de certains ou le ronflement de Geralt, les oreilles de Rob se dressèrent soudain, si cela était possible : à une extrémité du tunnel lui était parvenu un bruit faible d'éboulement bref, comme si quelques gros rochers avaient bougé ou étaient tombés, loin de là. Puis plus rien... Quelques mots furent échangés avec les éveillés présents, puis le silence revint. Mais après encore un peu de temps, le bruit se reproduisit - le même ou un bruit similaire, difficile à dire avec la distance. Nouveaux petits échanges, et à nouveau le silence. Puis, alors que des mouvements proches indiquaient que de plus en plus de monde était bien éveillé, un nouvel éboulement eut lieu à distance, plus fort cette fois, et plus long. Comme si de nombreux rochers avaient basculé dans le vide et avaient heurté les parois d'une falaise dans leur longue chute, faisant vibrer les rochers autour d'eux...

Bientôt tous furent prêts à partir, et il semblait que Taurgil était à présent guéri. Un peu de lumière fut faite pour l'aider dans sa descente, et le groupe de six aventuriers fut bientôt réuni. Après discussion à voix basse, ils décidèrent de partir dans la direction de l'éboulement probable. Ils marchèrent donc les uns derrière les autres, faiblement éclairés par l'aura elfique d'Isilmë. Même s'ils faisaient attention à ne pas faire trop de bruit, leurs pas résonnaient dans le tunnel. Parfois ils croisaient des failles ou autres ouvertures plus ou moins grosses qui coupaient leur tunnel et ouvraient sur d'autres passages dans toutes les directions, mais ils continuaient dans le même tunnel qui restait étonnamment droit et horizontal. Bientôt, ils approchèrent de la fin du tunnel, qui paraissait déboucher sur une grosse cheminée verticale.

Pendant ce temps, archer-magicien et lionne enchantée avaient discuté de la manière de poursuivre leur chemin. Le premier avait annoncé à la seconde qu'il connaissant une magie permettant de débloquer des obstacles mécaniques, ou au contraire de les bloquer sur place. En général cela agissait sur les verrous, loquets et autres mécanismes, mais il pensait que cela pourrait aussi avoir un effet sur les rochers autour d'eux, même s'il était incertain de pouvoir affecter des objets aussi lourds. Il proposa donc de lancer des sorts de blocage sur les rochers au-dessus d'eux, et de débloquer ceux qui les empêchaient de passer. Et ainsi fut-il fait : sort après sort, il tentait de s'assurer que tous les rochers n'allaient pas s'écrouler, en fixant certains d'entre eux grâce à ses enchantements, puis il laissa sa magie agir comme une huile pour aider certains d'entre eux, plus bas, à bouger et les laisser passer plus loin. Son corps déjà bien fatigué lui envoyait des messages de protestation, la fatigue liée au lancement des sorts se faisant de plus en plus aigüe et douloureuse...

Bientôt quelques rochers bougèrent, avec un bruit sourd qui se répercuta au loin dans la cheminée en partie obstruée. Mais le chemin était un peu dégagé, et ils purent progresser davantage. Néanmoins, les formidables oreilles de la féline Femme des Bois lui rapportèrent des sons lointains ressemblant fort à des bruits de voix, trop lointains pour dire à quel genre de créature ils appartenaient. Et de toute manière ils s'arrêtèrent bien vite. A nouveau, le chemin fut bloqué et Drilun fit une nouvelle fois ses sorts, malgré la douleur grandissante qu'il en éprouvait. A nouveau quelques pierres furent délogées, du bruit fut fait, des voix lointaines se firent entendre, et le chemin fut poursuivi. Mais pas pour très longtemps, car les précédents rochers déplacés avaient fini là.

Cette fois-ci, le rougeoiement lointain était plus facile à percevoir : il ne restait plus tant de rochers qui obstruaient la cheminée, et derrière, loin dans les tréfonds de la terre, une lumière et une chaleur montaient qui faisaient penser à la présence de quelque lointain magma souterrain. Plus bas, sous les pieds ou pattes des deux aventuriers, divers rochers étaient bloqués par un rocher très gros qui obstruait pratiquement tout le puits dans lequel ils se trouvaient. Si jamais ce rocher basculait et tombait dans le puits, de nombreux rochers suivraient et le passage serait libéré. Avec le risque de tout faire écrouler et d'être emporté dans la chute... Drilun refit encore de nombreux sorts, souffrant le martyre mais refusant de s'arrêter si près du but tout proche, il le sentait. Il consolida la position de nombreux rochers, puis lança sort après sort afin de déloger certains plus bas, et notamment le plus gros... qui finit par basculer, entraînant une avalanche généralisée.

7 - Dépouille et artefacts
Prévoyant ce qui risquait de se passer, Vif et Drilun s'étaient placés dans un secteur jugé plus "sûr", où la féline rôdeuse pouvait le plus facilement s'accrocher à la paroi, et où le Dunéen estimait que les rochers étaient les plus stables. Lorsque l'éboulement se produisit, seuls trois rochers restèrent en place. La lionne enchantée, réagissant très vite, empoigna un membre de son ami dans sa gueule et se prépara au pire, mais ils ne furent pas précipités dans le vide grâce à deux rochers stables sous leurs pieds et pattes, et furent protégés des blocs qui chutaient par un rocher fixe au-dessus de leurs têtes. La magie ne tiendrait pas éternellement, mais à présent ils pouvaient progresser sans mal jusqu'à des ouvertures visibles, plus bas, dans le conduit de la cheminée souterraine où ils se trouvaient. Vif pouvait distinguer, à peut-être une distance d'une portée de flèche, le début d'un boyau d'où sortait le pied d'une personne. C'était loin et très difficile, mais largement à sa portée. Drilun, le corps perclus de douleurs, choisit pour sa part l'ouverture la plus proche, juste à sa portée.

La lionne enchantée arriva en premier, et, comme elle s'y attendait (et l'espérait), trouva le corps momifié d'un très grand guerrier qui correspondait à la description qu'en avait faite son compatriote Dwimfa. De toute manière il n'existait pas beaucoup de gens aussi grands et musclés que l'était Arang, qui, selon l'Homme des Bois, était aussi costaud qu'un troll. En réalité il n'avait jamais rencontré aucun humain, nain ou elfe aussi fort que son ancien ami. Par ailleurs, des guerriers en cotte de mailles de mithril ne couraient pas les rues ! Sans oublier deux épées larges couvertes de runes et manifestement magiques, une épée courte faite d'une espèce de verre particulièrement solide et tranchant, une amulette portant en lettres runiques le nom Eldanar ("Feu elfique"), qui était aussi le nom d'une noble famille d'Arthedain à laquelle appartenait Narmegil, ancien membre du groupe... entre autres choses. Voilà qui allait bien leur servir.

De son côté, l'archer-magicien arriva sans trop de mal, mais sans trop de facilité non plus, à un passage bien plus haut que celui où se trouvait à présent son amie. Mais il ne se sentait pas du tout capable de la rejoindre par la même voie. Après un sort qui lui permit de visualiser un peu le réseau de souterrains aux alentours, il s'éloigna dans son tunnel, non sans avoir prévenu Vif qu'il partait pour essayer de la rejoindre. Il arriva à une faille verticale qu'il emprunta en escaladant, au grand désespoir de son corps meurtri par une fatigue excessive. Il arriva à un nouveau tunnel horizontal, mais il ne savait pas ou plus dans quel sens le prendre pour arriver à retrouver son amie, qu'il n'osait pas appeler. De toute manière il était épuisé, donc il se coucha sur le sol et s'endormit derechef, malgré les douleurs aigües qui l'élançaient.

De son côté, Vif, après avoir fouillé avec ses grosses pattes félines la dépouille de l'ancien guerrier et ami de Dwimfa, se concentra sur les bruits de pas qui semblaient s'approcher depuis une ouverture un peu plus lointaine dans le puits. Plus le temps passait, plus elle arrivait à distinguer des détails, comme le nombre voire la nature des êtres qui approchaient. Leur démarche discrète ou agressive, le bruit de leur équipement, le son de leur voix parfois... elle n'avait plus aucun doute sur leur identité. Et donc, lorsque les bruits, désormais tout proches, s'arrêtèrent un peu plus bas, elle ne fut nullement surprise de distinguer, à travers l'ouverture, la tête du hobbit qui regardait dans sa direction. Elle feula à son attention, et il la reconnut sans mal, même s'il ne pouvait la voir clairement dans l'obscurité qui l'entourait.

S'il était possible de communiquer, se réunir ne fut pas si simple. Grimper jusqu'à la lionne enchantée et à la dépouille d'Arang n'était pas à la portée des six aventuriers. En fin de compte, Mordin prit une dose de Fleur de Voyage, qui permet à l'esprit de voyager hors du corps, afin d'explorer le réseau de cavernes et de trouver un moyen d'arriver à l'emplacement de leur amie et des artefacts sur la dépouille qu'elle gardait. C'était un vrai labyrinthe, mais il finit par trouver un chemin, qu'il tâcha de ne pas oublier. Les nains sont réputés s'orienter avec aisance dans les souterrains, et Mordin fit honneur à leur réputation. Malgré la difficulté, il emmena ses amis dans divers tunnels, grimpant parfois vers le haut, vers le bas, rampant, progressant sans cesse vers son objectif. Au bout d'un moment il dut s'arrêter car son corps peu habitué à tant d'escalade n'en pouvait plus, mais il continua à guider ses amis à distance jusqu'à ce qu'ils retrouvent enfin la lionne enchantée. Mieux, il avait aussi repéré Drilun, et celui-ci s'étant assez reposé, il l'aida aussi à distance, en criant, ce qui permit à ce dernier de retrouver lui aussi ses amis. Puis le nain se coucha et s'endormit à son tour, tandis que Vif en faisait autant de son côté.

Une fois Drilun arrivé, l'inventaire des possessions d'Arang put être fait et leur magie analysée. Entre autres choses, et avec l'aide des souvenirs de Dwimfa, furent donc trouvés et répartis :
- une cotte de mailles de mithril, de bonne taille, qui échut à Taurgil
- Gwaedhel, épée large "sœur de serment", redoutable arme contre les créatures géantes, qui conférait de nombreux pouvoirs contre les Parjures, des Dunéens ayant renié leur serment à Elendil, et qui renforçait la volonté et le charisme entre les mains d'un seigneur dúnadan... comme Taurgil, qui la prit également
- une épée large de mithril, fabriquée par les nains des Montagnes Bleues (Ered Luin), pour le roi d'Arthedain Argeleb II
- l'amulette Nar ("Feu") appartenant à la famille de Narmegil Eldanar, qui permettait de conjurer et commander à une boule de feu vivante et magique une fois par jour
- un arc de lumière, sans corde, capable de créer et lancer d'une pensée une flèche de lumière solide qui disparaissait une fois arrivée à destination
- une coque de noix magique capable de grandir au contact d'un plan d'eau pour se transformer en une petite embarcation, bien que peu maniable

8 - Spéléologie
Malgré l'accomplissement de leur objectif et la joie qui accompagna cette réussite, les ennuis ne manquaient pas. Déjà, Isilmë se rendit bien vite compte de l'influence grandissante de l'anneau elfique qu'elle avait prêté à Drilun, sur ce dernier. L'archer-magicien en avait fait grand usage, avec toute la magie qu'il avait accomplie, et à présent il ne voulait plus s'en séparer, allant jusqu'à nier ouvertement l'avoir encore en sa possession. Il fallut à l'elfe se montrer extrêmement convaincante, utiliser même les sentiments profonds que le Dunéen et elle avaient l'un pour l'autre, et utiliser la magie des soins pour diminuer l'emprise de l'artefact sur son aimé. En fin de compte, Drilun recouvra la raison et accepta d'enlever la babiole magique de son doigt, bien qu'il lui en coutât. L'anneau fut confié à Rob, censé être moins corrompu et qui résistait mieux à son influence.

Mais dans l'immédiat, le principal problème restait de rejoindre la surface, bien entendu à distance de Canadras qu'ils soupçonnaient de les attendre plus haut, à la surface. Ils avaient de vastes souterrains à leur disposition, mais aucune sortie connue à portée, malgré l'exploration que Mordin avait faite grâce à la Fleur de Voyage. Car leurs réserves de nourriture, et encore plus d'eau, étaient très limitées : les souterrains ne recelaient aucune espèce de nourriture, et même grâce à ses sorts, Drilun ne trouva aucune source liquide à portée immédiate. Il trouva bien quelque chose assez loin vers le bas, qui nécessiterait peut-être des jours de spéléologie avant de pouvoir y arriver. Or ils n'avaient pris aucune réserve d'eau avec eux, sachant qu'à la surface, neige et glace étaient abondantes. Mais sous terre... Heureusement, Dwimfa avait dans son équipement une outre magique qui produisait un bon gallon d'eau par jour. En rationnant cette eau, elle leur permettrait de tenir tous au moins quelques jours sans problème.

Bref, il fallait s'éloigner de là, et de Canadras, et trouver quelque part un moyen de retrouver le monde extérieur, aussi froid et inhospitalier fût-il. Plus facile à dire qu'à faire, mais ils n'avaient pas d'autre choix pour l'instant. Après avoir attendu assez pour permettre à Mordin, une fois son repos terminé, de les rejoindre, ils décidèrent de s'éloigner du puits où Vif et Drilun étaient descendus. Mais d'abord, ils décidèrent de donner une sépulture à Arang : à l'aide de l'épée maudite Morang, une tombe fut creusée à même la roche, dans laquelle le corps du grand guerrier fut placé. Puis des plaques rocheuses furent replacées sur son corps pour fermer son tombeau, et le Dunéen inscrivit quelques mots commémoratifs sur la surface de pierre grâce à ses outils de mithril. Et ainsi finit l'histoire d'Arang, un des plus grands héros humains du Troisième Âge de la Terre du Milieu, descendant caché des rois du Gondor, qui avait combattu et vaincu nombre de redoutables adversaires que très peu d'humains avaient jamais affrontés.

Puis ils s'éloignèrent dans le boyau où Arang reposait, dans une direction que certains supposaient être le sud. Après un certain temps, la progression se fit plus difficile, le tunnel fit place à d'autres souterrains, et tous se retrouvèrent en train de faire de la spéléologie dans un labyrinthe de cavernes sans fin, sans vie et sans lumière, où les éventuelles traces de passage étaient toutes très anciennes. Ce qui en surprit plus d'un, qui pensaient que ces cavernes étaient parcourues régulièrement par des orcs ; mais il semblait que ces créatures n'allaient pas si loin et s'arrêtaient plus au sud. Par ailleurs, des aventuriers pensèrent que les galeries pouvaient mener aux Sous-Profonds, les anciens tunnels développés par Morgoth pour protéger ses anciens serviteurs de la lumière de la lune et du soleil. Anciens serviteurs qui avaient trouvé refuge dans ces mêmes abysses à la chute de leur maître, à la fin du Premier Âge du monde...

En tout cas, ils progressaient lentement et ne trouvaient pas de sortie. Après un certain temps ils firent une pause pour permettre à Taurgil de se reposer, car il ne pouvait plus continuer. Pendant qu'il dormait, comme d'autres de ses amis, la lionne enchantée décida de partir en avant pour continuer l'exploration en solitaire. Son corps très costaud et endurant et ses grandes capacités lui permettaient d'avancer plus vite et plus longtemps que ses amis, et ses sens très développés, notamment ceux de l'ouïe, de l'odorat et du toucher, compensaient l'absence totale de lumière et lui assuraient de pouvoir continuer en aveugle... et de revenir. Elle progressa donc un moment, sans rien trouver de spécial, et notamment aucun souffle d'air qui aurait pu témoigner d'une ouverture vers l'extérieur.

Au contraire même, les tunnels qu'elle explorait semblaient plutôt la confiner à un voyage vers le bas : la plupart des tunnels qui montaient ou restaient de niveau finissaient tôt ou tard par se fermer, et la descente paraissait inexorable. A un moment, elle perçut également un bruit faible à distance, dans les profondeurs. En se concentrant, elle put entendre comme un lointain raclement contre les parois d'un tunnel, comme le bruit que ferait un très gros corps écailleux qui frotterait contre des rochers. Était-ce un ver des cavernes qui vaquait non loin ? Fallait-il fuir un monstre pareil, ou était-ce au contraire une opportunité ? Pour l'instant du moins, elle ne connaissait pas la réponse à une pareille question...

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Niemal
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Grand Nord - 29e partie : le rubis de Durlach

Message non lupar Niemal » 09 octobre 2019, 19:34

1 - Exploration et approche
Vif continua à avancer un peu. Petit à petit, le cheminement était plus facile, la progression ressemblait beaucoup moins à de la spéléologie, les boyaux souterrains étaient plus larges et droits, mieux taillés, manifestement plus utilisés... par le passé. En effet, les éboulis, fissures et crevasses parsemaient les passages même les plus artificiels, suggérant que l'occupation manifeste des souterrains avait brusquement cessé, vu qu'aucun entretien n'avait été fait depuis sans doute des siècles voire des milliers d'années. En fin de compte, elle se retrouva dans un couloir très large et haut - autour de trois pas dans toutes les directions - et rectiligne. Après un moment à le suivre, elle arriva à un palier d'où partait une volée de marches qui descendaient. Cela semblait être le début d'un grand escalier de quatre pas de large.

Mais les bruits de présence d'un possible ver des cavernes lui parvenaient de mieux en mieux, il ne devait plus être si loin. Après avoir marqué une paroi de ses griffes et de son odeur féline, elle fit discrètement demi-tour afin de rejoindre ses amis. Dans une obscurité totale, guidée entre autres par son grand sens du toucher à travers ses coussinets et vibrisses, elle finit par retrouver sans mal ses amis à l'aide des marquages qu'elle avait effectués à l'aller. Elle se permit même la facétie de surprendre Isilmë qui montait la garde auprès de ses compagnons endormis : l'elfe, qui avait pourtant l'ouïe très fine, n'entendit pas son amie revenir, mais elle sentit brusquement sa langue râpeuse sur son visage. Il s'en fallut de peu qu'elle ne poussât un cri de surprise... Puis la lionne enchantée se coucha auprès des autres et s'endormit.

Lorsque tout le monde fut reposé, la féline Femme des Bois, grâce aux tours d'oreille magiques de Drilun, put décrire à ses compagnons le résultat de son exploration. Faute de mieux et peut-être curieux de ce qu'ils pourraient trouver, les aventuriers se mirent en route vers les cavernes autrefois occupées. Il leur fallut une petite fraction de journée pour approcher de la zone en question, sans aucune fatigue grâce à un chant elfique d'Isilmë. La magie de l'elfe était insuffisante pour englober absolument toute l'équipe, mais Vif n'avait pas besoin de cela pour ne pas se fatiguer, et elle embarqua même Rob sur son dos pour que le groupe puisse progresser plus vite. Enfin, les huit compagnons arrivèrent en haut de l'escalier que la lionne enchantée avait repéré.

Malheureusement, son ouïe incroyablement fine lui disait que le ver des cavernes qu'elle avait entendu lors de son premier passage était encore là, et même qu'il s'approchait rapidement d'eux : il avait dû percevoir sans mal le chant de l'elfe, même entonné doucement, d'autant que le son voyageait facilement dans les souterrains, le moindre bruit portait très loin... Même si la bête qui arrivait paraissait plus petite que celle que le grand Dúnadan avait combattu par le passé, il ne fallait pas la prendre à la légère. Par ailleurs, tout dans les bruits qu'elle faisait indiquait à Vif qu'elle était affamée et qu'elle les prenait pour son prochain déjeuner... A tout le moins, ce n'était pas un monstre intelligent, juste un lézard géant capable d'engloutir un membre ou une tête - voire plus - d'un coup de mâchoire !

Drilun fit un sort pour que tout le secteur autour d'eux luise d'une douce lumière fantomatique, ainsi ils ne seraient pas gênés par l'absence de lumière. Ils se reculèrent un peu dans le couloir, de manière à préparer l'arrivée du ver : Rob se faufila dans une petite anfractuosité où lui seul pouvait entrer, l'arc à la main ; Isilmë était un peu plus loin, dans une faille plus large mais trop petite pour laisser passer un éventuel petit dragon, et elle se transforma en pierre grâce à la masse d'armes trouvée sur le corps du nain et ancien ami de Dwimfa. Non loin, dans une crevasse similaire, Dwimfa, Vif et Mordin attendaient le passage de la bête. Une douzaine de pas plus loin, Taurgil, Drilun et Geralt attendaient le monstre de pied ferme, l'arme à la main. Celui-ci arrivait, ils l'entendaient tous à présent, et vite - il avait très faim !

2 - Exécution et zone de magie
Lorsque le gros lézard géant arriva, il ignora Rob ou Isilmë mais il marqua un temps d'arrêt devant le passage - trop étroit pour lui - dans lequel se terraient la lionne et ses deux compagnons. Il tenta d'attraper le nain, le plus proche, avec une de ses pattes, sans que cela fût possible, mais cela laissa à Drilun tout le temps de lancer une flèche de lumière de son arc magique récemment trouvé. Le trait de lumière blessa le monstre avant de disparaître, laissant un peu de sang noir couler, et rendit la bête coléreuse. Elle se précipita alors vers les deux guerriers et l'archer qui l'attendaient plus loin, tandis que l'elfe essayait de se concentrer pour gêner la bête avec l'améthyste magique trouvée sur un autre des anciens compagnons de Dwimfa. Mais bientôt le ver fut hors de portée de la magie de la pierre destinée à repérer et déranger les ennemis...

Dans l'étroit passage, l'Homme des Bois s'accrocha au dos de son amie féline qui sauta par-dessus le nain, qui se glissa derrière eux dans le tunnel, dans le dos du monstre, tandis que le hobbit en faisait autant et encochait la flèche qu'il avait préparée. Très rapidement, le petit dragon sans aile et sans souffle reçut deux flèches (hobbit et Dunéen) et deux coups d'épée au cou (Dúnadan et Eriadorien), et autant de blessures graves voire mortelles. Puis la féline Femme des Bois lui sauta sur le dos et lui laboura profondément le cuir et les chairs de ses pattes puissantes, pour une nouvelle blessure redoutable. C'était à qui voulait tuer le monstre en premier, et cet honneur échut à Geralt, qui acheva de sectionner le cou de la bête d'un grand coup de son épée magique.

Le monstre, pour un ver des cavernes, semblait plutôt petit et portait sur son cuir écailleux des traces anciennes de blessures. Manifestement, c'était plus un souffreteux qu'un puissant lézard géant... Si son sang, qui coulait à flot, n'était pas aussi corrosif que celui des dragons intelligents rencontrés par le passé, les espoirs de certains aventuriers furent vite refroidis : il était tout de même imbuvable et même sans doute toxique, d'après les sens de Vif. Car ses compagnons et elle ne se souvenaient que trop bien que leur eau était rationnée, et encore avaient-ils la chance de bénéficier de l'outre magique de Dwimfa. Néanmoins elle était à peine suffisante pour ne pas mourir rapidement de soif.

A tout le moins, il était possible de continuer à avancer sans craindre une nouvelle rencontre, Vif ne percevant plus rien. Mais à peine le groupe eut-il commencé à descendre les larges marches, que le hobbit et la Femme des Bois s'arrêtèrent net : ils avaient perçu une zone de magie dans laquelle ils venaient tous d'entrer, et dont la puissance grandissait vite au fur et à mesure qu'ils avançaient. Comme si c'était une puissante magie mais bien cachée, que seule la proximité permettait de percevoir avec des sens ésotériques. Mais rien ne semblait se déclencher, donc après des tests et hésitations, le groupe reprit sa progression prudente. Quelques vieux ossements parsemaient les marches, autant de cadavres que Drilun voulait examiner de plus près avec sa magie, afin de déterminer quel avait été leur funeste sort.

Le premier squelette reposait sur les marches, mais ses os avaient été largement brisés par des passages antérieurs comme celui du ver qui avait été tué récemment. La vision ne montra donc rien d'autre qu'un squelette poussiéreux brisé par un ver des cavernes. En revanche, un peu plus loin, le magicien du groupe trouva un squelette très bien conservé dans un passage étroit qui donnait sur l'avenue où ils se trouvaient. Sa vision magique, qui prenait un peu de temps, lui montra un orc en train de hurler de douleur comme s'il était en train de brûler, d'après ses cris, avant de finir par mourir et ne plus bouger. Sauf qu'aucune flamme n'avait été visible autour de lui. Par contre, Rob prévint ses amis qu'il sentait qu'une nouvelle magie, proche du centre de la zone de magie où ils se trouvaient tous, venait d'apparaître à ses sens magiques. Et cette magie était en train de se diriger rapidement dans leur direction...

3 - Inquiétante présence
Les aventuriers se préparèrent à tout et sans doute au pire, comptant sur leur petit ami pour leur donner les informations nécessaires. Car il devint vite évident que la présence qui venait vers eux était tout sauf naturelle : elle paraissait ne se soucier aucunement des obstacles et en particulier de la roche que parcouraient les tunnels. Rob pouvait facilement suivre le déplacement de la chose ou créature qui émettait un peu de magie, et elle semblait leur tourner autour dans les trois dimensions, comme un oiseau en l'air, sauf que l'espace dans lequel cet oiseau se déplaçait était le plus souvent empli de la roche des montagnes alentour. Et par ailleurs, les rares fois où la créature passait dans une partie du tunnel accessible à leur sens de la vue, leurs yeux ne voyaient rien. La chose, quelle qu'elle fût, était invisible.

Taurgil et Geralt descendirent un peu en avant par rapport au reste du groupe, les sens aux aguets, alertés en permanence de la position de la présence par les paroles voire les gestes du petit voleur. Le Dúnadan prenait bien soin de garder le contact avec la larme de Yavanna, qui le protégerait facilement de toute sorcellerie. Et précisément, Rob annonça après un moment qu'il sentait de la magie autour de la créature, une magie noire ayant un rapport avec l'esprit, selon ses sens ésotériques très développés. Le sortilège - d'une grande puissance selon Rob - fut lancé sur le rôdeur dúnadan, dont la larme magique remplit parfaitement son rôle : il ne sentit absolument rien. Du coup, le hobbit décida de mettre l'anneau elfique qui lui avait été précédemment remis, après l'utilisation que Drilun en avait faite et qu'il avait eu du mal à retirer ensuite. Cet anneau limitait fortement la magie autour de lui, ce qui les protégerait tous - s'ils étaient assez près du hobbit - d'une attaque de sorcellerie.

Mais rien de tel ne se produisit, et la présence magique continuait à tourner autour du groupe qui restait aux aguets. Rob continuait à indiquer à ses amis où elle se trouvait autour d'eux par paroles et gestes, jusqu'au moment où elle disparut complètement à ses sens. Et pas seulement aux siens : d'autres, comme Vif ou Taurgil, pouvait aussi ressentir les flux magiques, même si c'était de manière moins fine que pour leur petit ami. Et eux non plus ne ressentaient plus rien. En revanche, la zone de magie autour d'eux restait stable, et plus ils descendaient, plus la force de cette magie se renforçait. Néanmoins, faute de davantage d'options, ils continuèrent leur exploration plus avant. Après avoir descendu le large escalier sur une distance d'environ une portée de flèche, les marches s'arrêtèrent et le tunnel continua vers l'avant, horizontal à présent.

Souhaitant éviter la zone centrale d'où provenaient les émanations de magie, ils profitèrent du premier tunnel sur le côté pour essayer d'esquiver la zone ou du moins sa source. Ils se trouvaient à présent dans une espèce de grande cité souterraine construite sans doute des milliers d'années auparavant, et abandonnée depuis des temps immémoriaux. Elle était trop bien conçue pour être l'œuvre de simples orcs : tout semblait tourner autour d'une zone centrale autour de laquelle des grandes avenues mais aussi de plus petits passages faisaient des cercles concentriques. Tout était très symétrique, avec quatre grandes avenues principales qui convergeaient vers le centre. De très nombreuses cavernes avaient dû héberger des milliers d'orcs à une époque, mais d'autres lieux de vie, et leurs squelettes associés, attestaient de la présence d'autres créatures comme humains ou uruk, sans parler de trolls voire d'autres créatures. Les quatre avenues se terminaient toutes, loin du centre, par des escaliers : deux d'entre eux, en opposition, montaient en s'éloignant du centre de la cité souterraine, tandis que les deux autres descendaient dans les profondeurs.

A part divers squelettes de toutes sortes, il n'y avait aucun signe de vie récente. Et encore, les squelettes semblaient tous très anciens, même si certains signes laissaient entendre qu'ils avaient été bougés ou dépouillés de leurs possessions il y avait de nombreuses années. En tout cas les aventuriers ne trouvèrent rien de notable ou d'utilisable. Sauf que ces squelettes, lorsqu'ils n'avaient pas été brisés par le passage ou l'action ultérieure de visiteurs et notamment des plus gros, ne portaient aucun signe de mort violente : tous semblaient être morts sans combattre, comme empoisonnés, ou par magie peut-être. Et tout tournait autour d'une gigantesque salle centrale, le cœur de la cité : une avenue tournait tout autour, et une ouverture face à chacune des quatre avenues en croix laissait entrevoir une très grande pièce vide, en dehors de squelettes divers, dont celui d'un probable ver des cavernes.

4 - Premier combat
Mais les aventuriers n'en étaient pas encore à l'exploration de cette pièce centrale. Alors qu'ils visitaient les avenues et s'approchaient d'un squelette sur lequel Drilun allait bientôt faire une vision, Rob les avertit qu'une nouvelle magie était à l'œuvre, et pas n'importe laquelle : il reconnut immédiatement celle que faisait son ami dúnadan, la magie de roi qu'il avait apprise de Narmegil, descendant des rois d'Arnor. Une magie qui renforçait considérablement les capacités d'attaque, de défense ou de commandement de son utilisateur. Et en plus l'intensité de cette magie était très supérieure à ce que le hobbit avait déjà ressenti chez ses amis. L'être qui était en train d'utiliser cette magie était, en plus d'un roi ou au moins roi potentiel, manifestement un magicien accompli. Et Rob et ses amis se doutaient que l'utilisation de cette magie n'allait pas être défensive...

Taurgil s'entoura aussitôt de la même magie, version défensive, tandis que l'archer-magicien lançait son propre sort de défense. Puis le hobbit annonça qu'une puissante sorcellerie était en préparation, quelque chose en lien avec le feu. Et soudain, tout autour de la présence magique, jusqu'à une distance de dix pas environ, l'air s'emplit de flammes sombres, engloutissant toute l'équipe dans une chaleur surnaturelle. Heureusement, tous étaient bien protégés par leur attirail physique ou magique, mais cela ne fut pas sans conséquence malgré tout : Rob, Drilun et Mordin furent légèrement blessés par les flammes, et le premier se mit à paniquer. Heureusement la féline Femme des Bois le prit dans sa gueule pour le faire sortir de la zone envahie de flammes magiques, tandis que le Dunéen et le nain en faisaient autant par leurs propres moyens. Et si les autres résistèrent mieux aux flammes, ils sentaient que ce n'était qu'une question de temps avant d'être eux aussi physiquement affectés.

Heureusement, Rob continua à guider ses amis avec ses perceptions ésotériques, si bien que Taurgil et Geralt, même en aveugle, tentèrent de blesser l'inconnu qui faisait preuve d'une telle sorcellerie. Malgré son invisibilité, ils arrivèrent même à toucher quelque chose et à entendre ce qui ressemblait à un cri de douleur. Guidé par sa magie défensive, le grand Dúnadan roula de côté pour esquiver une lame enchantée et invisible qui lui sembla rater sa tête d'assez peu. Sa magie venait probablement de sauver Taurgil d'une mort rapide. Et si leur ennemi avait été blessé, les aventuriers n'avaient pas l'impression qu'il avait été particulièrement gêné par les deux coups qui lui avaient été portés. En tout cas ses blessures n'avaient pas empêché l'espèce de spectre qui les attaquait de faillir tuer l'un des plus puissants d'entre eux.

Malheureusement, l'exploit de blesser ce puissant fantôme ne risquait pas de se reproduire, car leur ennemi plongea dans le sol. Tant Dwimfa, armé de Morang, que Geralt et son épée magique, tentèrent bien de pourfendre le spectre à travers la roche, mais sans résultat tangible, malgré l'aide à distance de leur petit ami. Et les flammes continuaient à brûler et allaient tôt ou tard passer la barrière de leur équipement ou leur résistance. Sans parler d'autre sorcellerie : Rob lança une nouvelle alarme à propos d'un puissant sortilège affectant les esprits. Geralt en était la cible, mais il arriva à résister sans problème. En revanche, il entendit dans sa tête la suggestion à laquelle il résista : le sorcier aurait voulu que le maître-assassin s'emparât d'un fabuleux rubis qui devait se trouver au milieu de la pièce centrale de la cité désertée.

Taurgil fut aussi la cible d'un sortilège similaire, mais, aidé par le toucher de la larme de Yavanna, il ignora complètement la magie qui avait auparavant tenté d'affecter son ami. Drilun, voyant que ses efforts en combat ne donnaient aucun résultat, sortit de la zone enflammée et se dirigea vers l'origine de la puissante magie au centre de la cité souterraine. Au même moment, Geralt parla du rubis qu'il avait été poussé à aller chercher. La mention de la gemme entraîna la réaction immédiate de Mordin, qui se précipita alors vers le centre de la cité et le probable rubis magique. Lui se moquait bien du pouvoir corrupteur de ce qu'il pensait être un puissant artefact. Mais Taurgil avait lui aussi réagi, et il était devant le nain, derrière Drilun, tandis que les autres suivaient à plus ou moins grande distance, si possible en dehors de la zone de flammes magiques qui perdurait. Ils entrèrent tous bientôt dans une grande caverne de trente pas de rayon, un immense dôme, sorte de demi-sphère, accessible par les quatre avenues qui divisaient la cité souterraine en quatre parts d'un drôle de gâteau.

5 - Rubis et lutte
Entre autres divers squelettes, la pièce comprenait ce qui ressemblait aux restes d'un petit dragon, probablement un autre ver des cavernes. Mais un peu plus loin, en plein centre, Mordin repéra un corps momifié a moitié pris dans le sol rocheux, et dont émanait une petite lueur rouge... Le rubis était là ! Juste au-dessus, à trente pas de haut, une ouverture au sommet du dôme laissait entrevoir un escalier en colimaçon qui se terminait dans le vide. En fait, même s'il était concentré sur le rubis, le nain remarqua dans un coin de sa caboche des détails troublants : en dehors des squelettes, il n'y avait absolument rien dans la pièce, aucun meuble, ornement, sculpture ou décoration. Mieux encore, les parois de la pièce avaient un aspect très lisse, très régulier, de même que le sol dans lequel la momie reposait, comme si le sol avait fondu et qu'elle avait été figée dedans...

Mordin cria qu'il avait repéré le rubis dans le squelette du ver, et Taurgil, trompé par son ami, s'y dirigea immédiatement. Drilun, encore moins perceptif, ne vit rien et se dirigea lui aussi dans la mauvaise direction. Bien entendu, le nain poursuivit tout droit et trouva une pierre rouge légèrement lumineuse qui reposait sur la poitrine de la momie. Il mit la main dessus... et constata avec plaisir que les flammes qui l'entouraient, et qui les avaient suivis, ne l'affectaient plus. Bien sûr, il ressentait la chaleur, mais c'était juste un peu désagréable, les flammes ne lui causaient plus aucune douleur. Il concentra alors son attention sur la gemme, tâchant de contrôler sa magie et de faire arrêter les flammes qui l'entouraient, tandis que ses amis arrivaient et restaient en dehors de la zone de feu d'environ dix pas de rayon autour de Mordin.

Mais la tentative de faire disparaître les flammes se solda par un échec. En revanche, le nain se réjouissait du contact du rubis, comme s'il avait été fait pour lui. Devinant une corruption à l'œuvre, et se rappelant que, malgré sa résistance impressionnante, Mordin avait déjà succombé par le passé à des corruptions magiques, Drilun prépara un sortilège de maladresse pour faire lâcher la gemme à son ami. Malheureusement, les nains résistent particulièrement à la magie et celui-là peut-être encore plus que tous les autres... et le sort fut donc sans effet. Dwimfa, au vu des flammes, eut l'idée d'utiliser l'amulette autrefois portée par son ami Arang, et qu'ils appelaient "Nar", d'après le mot de pouvoir qui déclenchait sa magie. Il prononça donc le mot de commande, et une boule de feu magique apparut dans les airs, liée à sa volonté. Il lui ordonna mentalement de couvrir la main du nain, celle qui tenait le rubis, ce qu'elle fit... sans effet apparent !

Drilun repartit à l'assaut de son ami avec sa magie : une nouvelle fois, il voulut influencer Mordin pour le forcer à lâcher la pierre. Cette fois-ci, son sort de maladresse fut plus efficace, et, à sa grande surprise, le nain lâcha le bijou qui tomba au sol. Et à sa grande douleur aussi : brusquement les flammes alentour l'affectaient à nouveau, et en particulier la boule de feu autour de sa main, qui le brûla profondément ! Taurgil décida alors de foncer dans les flammes, vers l'artefact magique : protégé par le contact de la larme de Yavanna, il ne craignait pas le pouvoir corrupteur de la pierre. Et contrairement à son ami, il avait l'habitude de la magie et il espérait bien arriver à contrôler celle de l'artefact, ou en tout cas mieux que Mordin.

Mais ce dernier, libéré du rubis et secoué par la douleur des flammes, comprit qu'il avait été influencé par l'artefact, dont rien de bon ne pouvait sortir. Il prit alors la masse de Gorovod, cette arme prise sur le corps du grand sorcier de Dol Guldur, arme maudite qu'il portait et utilisait parfois. En effet, elle avait un grand pouvoir destructeur sur les corps et encore plus sur les choses inanimées, ce qui les avait bien aidés par le passé pour briser la glace, par exemple. Avant que son ami dúnadan ne puisse prendre la pierre rougeoyante, il assena dessus un coup puissant de la masse magique... qui lui explosa à la figure ! Il était heureusement bien protégé par son armure, mais il reçu une nouvelle blessure et une belle cicatrice au visage. Taurgil fut affecté un peu lui aussi, mais très légèrement, et il vit que le rubis n'avait absolument pas été affecté par le coup : la magie du rubis avait été plus forte que celle de la masse... Et il prit l'objet dans sa main, ce qui lui conféra immédiatement une résistance à la chaleur des flammes, tandis que Mordin tâchait de sortir de la zone enflammée.

6 - Maîtrise et menace
Pendant tout ce temps, Rob suivait la présence magique grâce à ses perceptions ésotériques extrêmement développées, héritage d'une autre époque où il avait été corrompu par un anneau magique et avait quitté le groupe. Mais il en avait toujours gardé quelque chose, et sa longue période comme invité du seigneur Elrond lui avait permis de développer un talent certain pour détecter voire reconnaître la magie. Il sentait bien, par exemple, que la zone de flammes était une sorcellerie qui émanait de l'espèce de fantôme que Geralt et Taurgil avaient blessé, et qui était toujours là. Malheureusement, l'être était un puissant sorcier, et l'anneau elfique que portait le hobbit, et qui réduisait voire annulait les magies alentour, avait une portée légèrement inférieure à la taille de la zone enflammée. Il ne pouvait donc pas affecter leur mystérieux ennemi, sauf à entrer dans les flammes et à s'y brûler. Et il devinait que des deux, il serait le plus affecté...

A tout le moins, il informait ses compagnons de la présence de la chose, et des éventuels sorts qu'elle préparait. Lorsque la boule de feu magique créée par Dwimfa à l'aide de l'amulette magique "Nar" fut soufflée, il sentit que le fantôme en était la source. Par contre, contrairement à Mordin, Taurgil réussit à maîtriser la magie du bijou, ce que le hobbit perçut : les flammes finirent par s'éteindre, mais Rob sentait que son ami était en train de faire une nouvelle sorcellerie liée au feu, probablement avec l'aide du rubis magique. La magie grandissait petit à petit, de plus en plus puissante, mais ce n'était que la préparation. Contrairement au fantôme de celui qui avait peut-être été un puissant sorcier, Taurgil n'avait pas autant d'aisance dans le lancement de cette nouvelle magie. Il lui fallait donc du temps avant de lancer ce qui ressemblait à un sort puissant lié au feu...

Si certains ne savaient pas quoi faire, en revanche ce n'était pas le cas de Vif : se concentrant, elle appela Tevildo en elle, sachant très bien qu'il avait toujours un œil sur elle et ses compagnons, et qu'il pouvait même, à travers ses sens félins, avoir accès à ses perceptions en temps réel. Il devait donc très bien suivre ce qu'ils étaient en train de faire. Elle lui demanda des informations pour savoir comment maîtriser le sorcier et son rubis avant que les choses ne dégénèrent. Le Prince des Chats, tel un véritable félin, n'était pas toujours très coopératif, mais là il répondit immédiatement. Il prévint sa descendante que le rubis était très puissant et dangereux, et qu'il ne fallait surtout pas l'utiliser ou essayer de le détruire. Le groupe en était peut-être capable, grâce aux incroyables artefacts qu'étaient les épées Morang et Gwaedhel, mais les conséquences seraient tout sauf faciles à assumer. L'éclatement de la masse de Gorovod, pourtant puissant artefact, en était un avant-goût. Ce qui fit écho, dans la tête de Vif, à la forme parfaitement (demi) sphérique de la grotte où ils étaient, aux bords et sol lisses comme de la pierre fondue qui se serait solidifiée...

Elle fit tout de suite profiter son ami dúnadan de cette information, avant la fin du lancement du sort. Il arrêta aussitôt... non sans avoir senti au même moment la larme de Yavanna, qu'il tenait dans une main, s'évaporer entre ses doigts ! La féline rôdeuse n'en avait pas fini avec Tevildo et elle le pressa de questions sur la manière de combattre leur ennemi, mais il resta évasif, lui disant de chercher, comme si tout était facile et à leur portée. A sa manière, il lui disait peut-être d'utiliser sa tête plutôt que son corps, mais il ne lui semblait pas d'une très grande aide ! De toute manière il cessa de répondre à ses demandes, et elle ne put que mettre ses compagnons au courant de la situation.

Ils décidèrent alors, en premier lieu, de sortir de la zone magique qui englobait toute l'ancienne cité souterraine, et qui était centrée sur la grotte centrale où ils se trouvaient. Non sans avoir auparavant détruit la momie et le sol dans lequel elle se trouvait à moitié. Ils se disaient que le fantôme du sorcier qui rôdait autour d'eux devait être confiné à cette zone, preuve en était les nombreux squelettes présents dans ladite zone mais pas à l'extérieur. Ils filèrent donc à l'opposé de là d'où ils venaient, traversèrent l'avenue qui menait à l'autre escalier ascendant que celui par lequel ils étaient arrivés, et le montèrent au plus vite, le fantôme toujours sur leurs talons, d'une certaine manière. Malheureusement, en haut des marches et hors de la zone d'origine, Rob leur annonça que la zone avait bougé avec eux et que le fantôme était toujours là. Il devait être lié au rubis, pierre précieuse qu'ils ne pouvaient détruire sans grave conséquence mais qui en même temps était potentiellement très utile, ce qu'avait aussi laissé entendre Tevildo. Restait à se débarrasser de son gardien...

7 - Discussion et lointain passé
Suite aux suggestions de la lionne enchantée, Taurgil prit alors la parole et demanda avec force au fantôme de parlementer avec lui, Taurgil Melossë, descendant des rois du Rhudaur, dont les ancêtres n'étaient autres que Beren et Luthien, cette dernière fille du roi Thingol et de Melian la Maïa. Une voix désincarnée résonna alors non dans le tunnel mais dans leurs têtes, un langage ancien mais très proche du noirparler, langue utilisée à Dol Guldur et que maîtrisaient de nombreux aventuriers. L'être se moqua d'eux et de leur insignifiance, se disant bien plus vieux que Beren, et il semblait heureux de communiquer sa haine de la vie, son mépris et son pouvoir. Malheureusement, à part faire gagner du temps, lui parler ne paraissait guère utile à la conclusion recherchée de leur différent : leur mort à tous, lentement et avec beaucoup de souffrance, restait toujours son objectif prioritaire, ce dont il se délectait. Et manifestement il avait ce pouvoir, ou en tout cas il le pensait, et la disparition de la larme ou l'éclatement de la masse magique, pour ne rien dire de la corruption du nain, allaient dans son sens.

Mais parler permettait d'apprendre des choses et peut-être de trouver ce qui pourrait l'affecter. Grâce à son lien avec Tevildo, Vif, qui aida souvent son ami rôdeur dans ses négociations, apprit que leur interlocuteur s'appelait Zigûr, et qu'il haïssait Durlach et Eloeklo. Plus tard ils sauraient tous que c'était un grand et puissant sorcier du Premier Âge aux ordres de Morgoth lui-même. Quelqu'un qui jouait dans la cour des grands et qui côtoyait les meilleurs lieutenants du Noir Ennemi du Monde, et notamment certains balrogs... comme Durlach et Eloeklo. Ces "démons de puissance" (balrog) se détestaient cordialement (et même plus) depuis le temps de Morgoth, et Zigûr avait été un pion dans leur conflit. Un pion bienveillant et conscient de son rôle, mais il espérait bien en tirer parti : il avait accepté un rubis magique imprégné d'une partie de l'essence de Durlach, ce qui lui donnait un grand pouvoir. En essence, ce rubis, par sa magie du feu tournée vers la mort du démon du froid, rendait son possesseur capable de tuer les créatures du froid, et en particulier le balrog Eloeklo, bien plus facilement.

Le sorcier avait crû en pouvoir, mais la Guerre de la Colère avait mis fin à ses petits jeux, comme à ceux de Durlach et Eloeklo. Ces deux derniers furent emprisonnés dans le Puits de Morgoth et au sommet des Montagnes de la Désolation (Ered Muil), mais Zigûr réussit à s'enfuir dans les profondeurs, comme tant d'autres serviteurs de Morgoth privés de leur maître. Hors d'atteinte des Valar et de leurs serviteurs, le sorcier développa son petit royaume souterrain, puissant et respecté : il était devenu l'égal d'un balrog lui-même, ou du moins s'en vanta-t-il auprès des aventuriers. Il savait que le rubis de Durlach avait un pouvoir de corruption, mais cela lui allait très bien car cela suivait bien ses propres intérêts.

Mais il n'avait pas prévu le petit piège magique que le créateur du rubis avait mis dans sa création : au bout du compte, à force de corruption, le rubis devint incontrôlable et Zigûr mourut dans ses propres flammes, crucifié magiquement par le pouvoir du rubis qui avait desséché son corps et prolongé son agonie physique sur une longue période, avant de la faire se prolonger dans le monde des morts-vivants. Un pouvoir qui avait agrandi sa déjà grandiose salle du trône et fait fondre, entre autres choses, l'escalier qui menait à ses appartements privés. A présent, il était piégé par la magie du rubis, qu'il contrôlait encore, et il haïssait plus que tout les deux démons qui l'avaient manipulé et mis dans une telle situation. Ses anciens serviteurs, ceux qui n'avaient pas immédiatement péri ou fui, subirent vite sa colère et passèrent tous de vie à trépas d'une manière similaire : il les faisait mourir à petit feu en partageant magiquement avec eux l'expérience de sa propre agonie...

Ravi de pouvoir s'exprimer, il donna nombre d'informations à Vif et ses amis, mais l'essentiel avait été dit, et Taurgil exprima ce qu'il pensait être le souhait le plus cher du fantôme sorcier, bien plus que ses désirs de torture de leur petite compagnie : la mort de Durlach et Eloeklo. Il sous-entendait qu'en aidant les aventuriers, le sorcier pouvait réaliser son vœu. Mais c'était semblait-il une erreur : Zigûr se moqua d'eux, disant qu'il souhaitait au contraire continuer à les sentir souffrir dans leur prison magique, et que de toute manière Taurgil et les siens étaient bien comme les balrogs : ils ne cherchaient qu'à se servir de lui pour arriver à leurs fins ! Mais en fin de compte Geralt arriva à mettre le doigt sur ce qui taraudait vraiment le fantôme, comme tous les fantômes d'ailleurs : sa libération. Lorsque cette idée fut évoquée à voix haute, le fantôme se tut, interloqué. Les aventuriers surent alors qu'ils avaient trouvé le levier pour se servir du sorcier, et potentiellement en faire un puissant allié.

En fait ce n'était pas aussi simple. Zigûr ne voulait pas être un pion, mais si l'équipe était prête à lui offrir sa rédemption, sans garantie d'aucune contrepartie, alors il serait susceptible de les aider par son savoir. Mais jamais il n'irait affronter les balrogs physiquement ou magiquement. Néanmoins, ses connaissances pouvaient être précieuses, de même que le rubis : non seulement il pouvait transmettre à Drilun les connaissances nécessaires pour faire un rituel capable d'invoquer Durlach lui-même, d'autre part l'essence même du rubis permettait d'apporter toute l'énergie nécessaire, sans avoir besoin de trouver et sacrifier nombre de créatures pour arriver à faire sortir le balrog un bref moment de sa prison. Et la magie du rubis apportait toujours des capacités mortelles dans tout combat face à Eloeklo...

8 - Escalade
Drilun et ses amis acceptèrent de libérer le fantôme de son statut de mort-vivant, pour qu'il puisse enfin rejoindre les cavernes de Mandos. Ce qui ne serait pas si simple : il fallait réunir tous les restes de la momie de Zigûr - dont certains avaient été obligeamment éparpillés par Mordin - et les emporter à la surface de la terre. Là-haut, ils finiraient par être exposés à la lumière de la lune, qui donnerait au fantôme sa liberté par rapport au rubis, et à celle du soleil, qui lui permettrait de quitter enfin la Terre du Milieu pour Valinor et les cavernes de Mandos où résidaient les morts. Il faudrait aussi se servir du rubis. En échange, le sorcier leur indiqua le plus sûr chemin pour sortir des cavernes où ils se trouvaient : dans la pièce principale de la cité (où ils revinrent bientôt), au-dessus de leurs têtes, l'escalier privé du sorcier permettait d'accéder directement à l'extérieur, après une longue et éreintante ascension. Et de là il serait possible de sortir des montagnes...

Plus facile à dire qu'à faire : le bas de l'escalier débouchait dans le vide, à trente pas de haut, et les parois de la pièce étaient lisses et quasiment impossibles à escalader. Même avec du matériel d'escalade, même avec les griffes enchantées de la lionne magique, Rob et Vif doutaient d'être capables de réaliser un tel exploit. Lancer un grappin à une telle hauteur semblait presque plus simple, ou, à tout le moins, moins fatigant. Mais lancer un objet aussi haut paraissait déjà presque irréalisable, et trouver une prise pour le grappin, sur la roche en partie fondue et solidifiée, serait un nouvel exploit. Les deux, combinés, paraissaient une entreprise tout aussi irréalisable. Pour des individus normaux peut-être, mais pas pour des aventuriers pleins de ressources...

Tout d'abord, la distance pouvait être réduite : Taurgil avait toujours sa corde magique prise à Ardagor, serviteur du roi-sorcier d'Angmar qui avait menacé le Cardolan et l'Arthedain, avant l'intervention des aventuriers dans une guerre collective contre le Seigneur de Guerre, comme il se faisait appeler. Longue de dix pas, cette corde magique pouvait servir comme une extension du corps du grand Dúnadan, assez fort pour soulever le hobbit et le maintenir à son extrémité, où il pourrait jouer du grappin pour l'envoyer vingt pas plus haut. Et la magie de Drilun pouvait aider le grappin à se fixer sur la pierre... Et ainsi fut-il fait, après une pause et quelques soins : Rob se retrouva dix pas plus haut, avec une autre corde à laquelle fut fixée un grappin. Il fit tournoyer ledit grappin de nombreuses fois, arriva à l'envoyer proche de son but, mais chaque fois le manquait, et le grappin et la corde retombaient. Il faut dire que sans appui solide sous ses pieds, la tâche n'était pas aisée. Et le grand Dúnadan transpirait de tenir à bout de bras - et de corde - un poids qui bougeait ainsi.

En fin de compte, Rob finit par descendre, et un autre le remplaça : Dwimfa était encore plus adroit que le hobbit, et, même s'il était plus lourd et difficile à porter pour Taurgil, il avait une chance magique supérieure à celle - naturelle - de son petit ami. Il monta donc en haut de la corde, lança le grappin... qui s'accrocha - à l'aide de la magie de l'archer-magicien dunéen - du premier coup ! Vite, l'Homme des Bois grimpa à la corde et arriva enfin au bas de l'escalier. Il assura alors la prise du grappin et les autres montèrent tour à tour, parfois leur (lourd) matériel séparément : Geralt, Isilmë, Drilun, Mordin, Taurgil... Pour Vif, ce fut plus difficile : elle souhaitait conserver sa forme féline, incapable de grimper à une corde si mince. Avec d'autres cordes que le hobbit attacha au corps de la lionne, Vif fut soulevée par ses amis déjà arrivés - non sans mal et avec beaucoup de sueur (dont quelques sueurs froides) - jusqu'à la base de l'escalier. Puis, dernier mais non le moindre, le hobbit put rejoindre ses amis à son tour.

C'était un premier pas vers leur libération, mais pas le dernier : une longue et fatigante ascension les attendait, alors qu'en plus de leur matériel, ils étaient chargés de la lourde dépouille du sorcier : les morceaux de sa momie étaient en soi très légers, mais la gangue de roche qui s'était refermée sur une partie de son corps n'avait pu être retirée qu'en partie. C'était donc un poids mort aussi lourd qu'une personne normale à faire parvenir tout en haut. Et leurs ressources en eau étaient fortement limitées, alors qu'ils allaient tirer (encore plus) la langue... Mais en haut, de la neige et de la glace les attendaient et se transformeraient vite en eau limpide et rafraîchissante. Du moins s'ils y arrivaient, même s'ils étaient confiants. Et si Canadras n'était pas là pour leur faire passer un mauvais moment, ce que beaucoup craignaient plus. Mais depuis un moment ils ne sentaient plus rien à son sujet, et ils s'étaient bien éloignés de lui.

9 - Soif et libération
La longue ascension commença donc. L'escalier était raide, tous étaient bien chargés, et la soif se faisait sentir, car l'outre magique de Dwimfa était loin de suffire à tous. Même en répartissant les charges entre eux, même en évacuant leur fatigue grâce à la magie des soins d'Isilmë, ils ne purent tout faire en une seule fois. Après un temps qui semblait trop long, Mordin et Rob s'avouèrent vaincus, et ils s'assirent sur les marches, leur corps refusant d'aller plus loin. D'autres n'en étaient pas là mais ils sentaient que leur corps n'allait pas tarder à leur présenter la facture. Drilun avait trouvé en lui un second souffle et il se sentait plein d'énergie ; Geralt pensait pouvoir finir la montée jusqu'en haut d'une seule traite, malgré sa flemme - mais peut-être souhaitait-il être débarrassé de cette corvée au plus vite ; et Vif, dont le corps très robuste était plus adapté à cet exercice que les autres, ne voyait pas de raison d'arrêter : même si son corps félin était adapté au manque d'eau, ce dernier la gênait plus que la fatigue et elle comptait bien arriver au plus vite au sommet, où les attendaient neige et glace...

L'archer-magicien, le maître-assassin et la féline rôdeuse continuèrent donc, non sans avoir aidé leurs compagnons à installer des espèces de hamacs grâce au matériel d'escalade, afin de leur permettre de se reposer dans cet escalier trop raide pour s'allonger. Après encore un moment, la température se mit à baisser de plus en plus, signe que le sommet ne devait plus être loin. Enfin, ce fut le bout du chemin : l'escalier s'arrêta à un seuil, face à une porte dérobée sur l'intérieur de laquelle une rune était inscrite. Avec l'aide de Drilun, la magie put être activée et la porte s'ouvrit enfin, au fond d'une anfractuosité. Les trois amis purent sortir prudemment, après avoir vérifié qu'aucun dragon n'attendait à proximité pour leur faire un mauvais sort. Puis ils purent prendre de la neige, la faire fondre dans leur bouche et avaler le liquide qui glissa dans leur gosier comme un fabuleux nectar...

Tandis que Geralt s'installait pour un repos - à nouveau - bien mérité, Drilun et Vif eurent l'idée, peut-être loufoque mais pas complètement, d'envoyer une très grosse boule de neige à leurs amis plus bas. Vu la distance, la boule allait rebondir sur les marches et perdre beaucoup de sa substance avant d'arriver au niveau où les autres se reposaient. Ils mirent donc leur plan à exécution, prenant comme "cœur" de la boule une gourde qui avait été remplie avec de la neige plus ou moins fondue. Il fallut un moment pour faire la plus grosse boule de neige possible, puis ils la lancèrent dans l'escalier, où elle prit de la vitesse tout en laissant de la neige un peu partout. Loin en contrebas, Rob fut tiré de son repos par du bruit de chute qui venait d'en haut, mais il ne pouvait rien voir faute de lumière. Heureusement, Isilmë, même si elle était aveugle, pouvait toujours s'entourer d'une aura lumineuse magique, ce qu'elle fit. Ce qui permit au hobbit de voir bientôt arriver une gourde pleine qu'il attrapa au vol... et dont il profita bientôt.

Après la fin de leur repos, les cinq derniers aventuriers reprirent leur ascension, et trouvèrent bientôt des petits tas de neige éparpillés au hasard des marches, ce qui les aida à étancher leur soif. Enfin, le groupe fut réuni et tous purent bientôt profiter d'un air moins souterrain mais toujours aussi glacial. Le ciel était très couvert et la neige tombait, donc il n'était pas question de laisser de sitôt les restes de Zigûr, mais de toute manière les aventuriers et lui avaient beaucoup à se dire. En attendant que le ciel se découvrît, il les informa davantage sur les pouvoirs du rubis de Durlach, qui étaient les plus grands lorsque le porteur était environné de flammes magiques. Malheureusement, chaque fois qu'un tel sortilège était lancé, la magie du rubis pouvait déborder son porteur et tout détruire aux alentours, transformant par la même occasion son porteur en mort-vivant...

Mais la gemme renfermait aussi une part de Durlach en elle, et à ce titre elle avait un pouvoir sur lui, et Drilun ne manqua pas d'apprendre ce qu'il pouvait sur les invocations possibles du Balrog à l'aide de l'artefact. Les aventuriers posèrent de nombreuses questions au fantôme, sur Eloeklo et Durlach, sur les environs, sur Canadras, qui avait en partie été le maître de Zigûr, et que ce dernier considérait comme son supérieur... Mordin et Dwimfa, également, s'isolèrent un peu pour parler de Tevildo au fantôme du sorcier, loin des oreilles indiscrètes que le Prince des Chats laissait traîner dans les corps des six autres aventuriers, avec qui il avait un lien plus ou moins fort, ayant par le passé été invité à les soigner avec sa puissante magie. Tous deux espéraient donc en apprendre le plus possible sur le Maia pour pouvoir faire la différence au moment de régler les comptes.

Et des comptes il y en avait à régler, mais jamais le groupe ne s'était senti si près de pouvoir le faire : avec ce dernier artefact en leur possession, de nombreux horizons s'ouvraient à eux. Dwimfa gardait une très grosse dent vis-à-vis d'Eloeklo, et il se sentait tout à fait prêt à détruire le rubis grâce à Morang - même au prix de sa mort - si cela pouvait permette de pulvériser le Démon du Vent du Nord en même temps. Et Vif se disait que si elle laissait Tevildo prendre possession de son corps, il deviendrait vulnérable et pourrait peut-être aussi succomber à l'explosion du rubis. Elle aussi se sentait prête à mourir pour débarrasser la Terre du Milieu de son patron, et trouver elle aussi repos et satisfaction du devoir accompli. Après tout, en son cœur, son vrai patron restait Radagast, qui lui avait appris à accepter et maîtriser ce qu'elle était. Et non Tevildo pour lequel elle n'était qu'un pion, même si c'était une reine...

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Niemal
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Grand Nord - 30e partie : complot et voyage

Message non lupar Niemal » 30 octobre 2019, 09:51

1 - Boussole
En fait, dès que le temps le permit, le groupe s'éloigna de la sortie de l'escalier souterrain, jusqu'à trouver un abri suffisant pour y passer un moment. Car tous les entretiens avec Zigûr allaient prendre du temps. Le sorcier de Morgoth, en plus de discuter avec Mordin et Dwimfa de ce qu'il savait sur Tevildo, devait enseigner à Drilun divers tours de magie qui pourraient lui être utiles. En fait l'Homme des Bois se joignit aussi au Dunéen : lui aussi savait faire un peu de magie et pouvait en apprendre davantage, et ainsi ils se partagèrent la tâche : Dwimfa apprit les rudiments du rituel permettant d'invoquer Durlach avec l'aide du rubis de feu qui contenait une part du balrog. Ce qui lui prit tout de même quelque chose comme l'équivalent de trois jours à échanger avec le fantôme... Tandis que l'archer-magicien, pendant ce temps, se consacrait surtout à la conception d'un objet magique simple mais extrêmement utile : une boussole.

En effet, plus d'une fois, le groupe avait été pris dans des phénomènes météorologiques extrêmes qui empêchaient toute possibilité de se repérer et donc de se diriger. Souvent cela n'avait pas été un problème car Drilun utilisait sa magie afin de les guider. Mais dorénavant, avec un puissant dragon-magicien qui leur tournait autour pour leur faire connaître un funeste destin, l'utilisation de magie, bien que possible, devenait fort risquée. L'archer-magicien se dit donc qu'il serait peut-être plus sage de confectionner une boussole magique, dont l'utilisation ultérieure serait un peu plus discrète que le lancement de ses sorts. Bien sûr, créer un tel objet pouvait attirer l'attention de Canadras, mais avec l'aide de l'anneau elfique qui masquait la magie, et en prenant quelques précautions, le risque resterait minime. Et c'est ainsi qu'il demanda au reste du groupe de rester une semaine entière au même endroit afin de pouvoir réaliser sa babiole magique.

Après réflexion, il choisit de réaliser une magie permanente plutôt qu'un objet capable de lancer un sortilège de direction de temps en temps. Le second aurait été bien plus facile à faire, mais chaque lancement de sort aurait pu alerter Canadras s'il avait été dans les parages. Une magie permanente était plus puissante mais ensuite son utilisation ferait moins de vague dans la trame ésotérique de la Terre du Milieu : il ne s'agissait que d'enchanter un morceau d'os de dragon, matériau déjà très réceptif à la magie, afin de pouvoir tourner pour indiquer le nord en permanence. Certes, ce bout d'os enchanté serait susceptible d'être perçu à tout moment par la magie qu'il émettait, mais à condition d'être plutôt proche. De toute manière, les aventuriers étaient truffés d'objets enchantés qui émettaient une semblable magie, plus ou moins passive et plus ou moins forte, capable d'attirer n'importe quel puissant sorcier ou magicien.

La confection de la boussole prit effectivement sept jours ou plutôt sept laps de temps de travail interrompus par des phases de repos. Pendant ces sept jours, Rob resta toujours aux aguets, attentif à d'éventuelles utilisations proches de magie, comme les runes magiques et en partie actives qui couvraient une partie des écailles du dragon. Il s'occupait aussi à confectionner les meilleurs plats possibles pour ses amis et lui, à partir de la nourriture séchée transportée par le groupe. Taurgil, soucieux de bien gérer leur stock de nourriture, les alerta d'ailleurs sur la baisse notable et rapide de leurs réserves : ils n'avaient que quelques semaines de provisions, et ils étaient encore au milieu des montagnes...

Mais enfin, les dernières touches furent apportées, et la boussole magique se mit à fonctionner comme prévu, et elle allait être utile. Geralt, trop heureux d'avoir pu se reposer pendant une semaine, se prépara au pire, à savoir, faire de nombreux efforts. Hormis Drilun, très actif, les autres avaient pu se reposer correctement. Mais avant de partir, Isilmë se décida à régler enfin ce qui était une épine dans le pied de ses amis, pour ne rien dire d'elle : sa cécité. En effet, elle ralentissait tout le groupe avec cela. Si elle avait pu lancer sa magie elfique pour augmenter ses perceptions, cela aurait en grande partie compensé sa cécité. Mais avec la menace de Canadras qui planait sur eux, c'était une chose qu'elle ne pouvait se permettre de faire en permanence. Et il semblait que dans le Grand Nord, il n'y avait qu'une seule personne capable de la soigner : Tevildo, à travers les pouvoirs magiques de Tina, qu'il possédait.

2 - Coûteuse guérison
L'elfe était en fait assez partagée : d'une part, elle se sentait souvent inutile, la guerrière en elle ne pouvait faire grand-chose pour aider ses amis. Cela ne gênait guère la soigneuse qu'elle était, mais elle préférait sans doute empêcher que ses amis se fassent blesser en participant à leurs combats, que les soigner ensuite avec ses sorts. Et puis elle avait conscience de ralentir le groupe, même si elle n'était pas toujours la seule. A côté de cela, elle savait que le Prince des Chats avait les pouvoirs de la soigner, mais elle savait aussi que cela aurait un coût. Elle avait déjà un lien avec lui, une corruption née de blessures passées qu'il avait guéries magiquement, dont certaines blessures qu'elle aurait pu éviter et dont elle avait encore honte à présent, souvenirs de son immaturité, car elle était très jeune pour une elfe. Bref, elle craignait de voir ce lien se renforcer, et de finir comme une marionnette du Maia, alors que pour l'instant elle avait réussi à limiter son emprise sur elle, comparé à tous ses amis à l'exception de Mordin et Dwimfa, pour l'instant épargnés par la corruption de l'esprit félin.

Mais sa cécité pesait sur tout le groupe, et Taurgil ne se priva pas de le lui faire sentir. Lui-même n'avait pas hésité à se laisser tomber dans les rets de Tevildo pour faire avancer leur cause à tous, et il estimait qu'elle pouvait dorénavant en faire autant. Avant donc leur départ, une fois la boussole terminée, elle se décida à retrouver la vue. Encore fallait-il savoir comment faire... Elle appela le Prince des Chats dans sa tête, sachant très bien qu'à travers son lien avec lui, il était conscient de ce qu'elle faisait. Pourtant il ne répondit pas, malgré son insistance. Tel le félin qu'il était, il la faisait lanterner... En fait, Vif entendit dans sa tête comme un petit rire : son patron savourait la situation. Après de nombreuses semaines sans faire appel à lui, l'elfe se décidait enfin à l'appeler. Mais du coup, maintenant qu'elle consentait enfin à réclamer ses services, il entendait bien les lui faire payer cher...

Il expliqua donc à la féline Femme des Bois qu'avant de guérir sa cécité, il tenait à avoir un petit bonus : il souhaitait voir Vif blesser légèrement l'elfe avec ses griffes, pour pouvoir ensuite la guérir en la léchant, moyen facile et félin pour transmettre la magie des soins de Tina à travers le corps de sa descendante. Après quoi, ou plutôt en même temps, il lui soignerait sa cécité. La lionne enchantée transmit donc à Isilmë le désir de son patron, ce qui ne plut bien entendu pas à la guerrière elfe. Il fallut l'insistance de ses amis pour qu'elle acceptât enfin, contrainte et forcée, de se faire torturer pour le plaisir de Tevildo... et pour récupérer l'usage de ses yeux. Cela non plus ne plaisait guère à Vif, qui avait obtenu la certitude, auparavant, qu'il n'y aurait aucune conséquence pour elle. Elle s'approcha donc de son amie aveugle, qui dénuda ses bras.

Isilmë avait une forte volonté, et les blessures laissées par les griffes de Vif étaient légères, donc elle ne broncha pas, et pas plus quand son amie féline se mit à la lécher. Les blessures commencèrent alors à se fermer, tandis qu'en même temps l'elfe sentait quelque chose d'insidieux monter en elle. Un sentiment ou sensation étrange, autant qu'un rêve éveillé. Ou plutôt un cauchemar : Isilmë avait l'impression qu'à travers la salive de Vif, un chat minuscule était passé dans ses veines, qui maintenant grimpait dans son corps, usant de ses griffes pour y faire des dégâts, vers son cœur puis sa tête. Son pouls s'accéléra, son sentiment de stress grandit, tandis que Tevildo jouait non seulement avec les sens de son corps mais aussi un peu avec son âme, la pliant et la torturant un peu pour bien montrer qui était le chef. Elle était vraiment comme une souris dans la mâchoire d'un gros chat qui jouait d'elle avec délectation...

Mais enfin le cauchemar prit fin et les sensations désagréables se terminèrent. Ses bras étaient guéris, et des picotements se firent sentir dans ses yeux, suivis par une grande lumière... Elle voyait à nouveau, et sa longue cécité qui se terminait rendait la lumière des étoiles du Grand Nord presque éblouissante ! Mieux encore, le lien avec Tevildo lui semblait moins fort que ce qu'elle avait craint, sa corruption n'avait pas trop augmenté, et elle était vraiment soulagée. Par contre, quelque chose n'allait pas, et elle prit alors conscience du dernier tour du Prince des Chats : ce dernier n'avait soigné qu'un seul œil, elle était encore borgne ! Poussée par ses amis, elle lui demanda alors de soigner l'autre œil, sans quoi ses talents d'archère auraient été bien réduits. Tevildo, avec une joie très féline, demanda alors à Vif de lécher l'œil encore mort de l'elfe, qui finit par recouvrer toute la vue... et vit son lien avec le Prince des Chats se renforcer encore ! Elle le maudit avec amertume, avant de prendre son paquetage et de se préparer à suivre ses amis dans les montagnes.

3 - Complot contre Tevildo
Grâce au pouvoir de la boussole, le groupe sut sans mal dans quelle direction aller. Ou du moins les aventuriers savaient-il où orienter leurs pas, car ils avaient choisi d'aller vers l'ouest et Brumes Éternelles. Mais ils étaient au milieu des Montagnes de la Désolation, près des sommets battus par le vent glacial et la neige, avec un puissant dragon-magicien dans les parages capable de sentir la magie qu'ils étaient susceptibles de faire pour aider à sortir des montagnes... Ces conditions extrêmes demandaient une certaine harmonie avec les éléments naturels pour pouvoir progresser, même lentement. Cette habileté à se jouer des éléments manquait un peu à Drilun et pouvait retarder le groupe, comme autrefois lorsqu'il était encore mauvais cavalier et qu'on devait l'attacher à sa monture. Du coup, il devint vite évident qu'il valait mieux pour tous qu'il restât sur le dos de la lionne enchantée.

Tandis que le groupe voyageait, Mordin et Dwimfa repassaient dans leur tête les nouveaux éléments dont ils avaient parlé avec Zigûr, concernant Tevildo. Cela avait commencé longtemps auparavant, en Forêt Sombre, quand le nain avait eu un entretien avec Radagast. Il y avait eu d'autres éléments apportés par les elfes, les Dúnedain, et dernièrement le sorcier de Morgoth. Mordin avait partagé tout ce qu'il savait avec l'Homme des Bois, qui était le seul, avec lui, à ne pas avoir été touché par la corruption du Prince des Chats, qui venait de grandir un peu plus pour Isilmë. Oui, Tevildo pouvait se sentir tranquille, les plans ourdis par le groupe contre son emprise ne pouvaient qu'être voués à l'échec puisque le Maia pouvait les lire dans l'esprit de ceux avec qui il partageait un lien. Mais pas Dwimfa et lui, Mordin, et petit à petit un plan prenait forme...

De manière un peu paradoxale, plus l'emprise de Tevildo grandissait en eux, plus il s'affaiblissait, car son énergie était répartie sur davantage d'esclaves, plus dissipée donc. Comme beaucoup de Maiar, l'esprit félin était peut-être trop confiant en lui, en particulier alors que le sentiment de victoire devenait plus fort. Surtout, son talon d'Achille était Tina, qui était toujours en lui autant qu'il était en elle. Et avec sa volonté et ses pouvoirs magiques, elle était capable de l'affecter vraiment, ou peut-être d'aider d'autres à le faire. Peut-être, s'il était affaibli, pourrait-elle - un moment au moins - le bloquer dans un corps voire entre deux états. Il était éventuellement possible de la contacter, car elle était bien là, derrière Tevildo lui-même. Mais elle ne pouvait communiquer qu'en rêve ou en tout cas dans un état non physique, comme celui apporté par des sortilèges influençant les rêves ; ou peut-être aussi grâce à la fleur de voyage, cette herbe magique qui permettait à l'esprit de sortir du corps pour explorer les environs.

Par ailleurs, il semblait évident, aux dires de Zigûr, que les options de Tevildo pour se libérer étaient limitées. Il pouvait utiliser une forte énergie magique pour se fabriquer un corps, si possible avec l'aide de personnes sachant manier la magie pour la modeler à sa convenance, par exemple à travers un rituel nourri par la destruction de puissants objets magiques ou la mort d'un corps magique de grande puissance comme celle d'un balrog... Mais il était encore plus simple de posséder un corps qui lui était lié d'une certaine manière, à condition que l'âme qui l'occupait soit complètement corrompue, comme celle de Tina, ou accepte volontairement de le laisser prendre toute la place, comme Vif était prête à le faire... si cela pouvait être un piège pour lui. En tout cas c'est ce que pensait Dwimfa, qui croyait bien connaître son amie, ayant passé beaucoup de temps avec elle dans son enfance, plus ces dernières semaines. Il y avait bien d'autres corps possibles mais aucun aussi bien taillé à la mesure du Prince des Chats que celui de Vif.

Pour Zigûr, il était évident que prendre le corps de la lionne enchantée pour le sien serait le premier choix du Maia. Le lien était le plus fort, même si Vif était moins corrompue que Tina. Quant à la troisième personne ayant un lien de sang avec Tevildo, elle était loin et sans corruption, a priori, donc moins intéressante et plus difficile d'accès. Mais au moment d'occuper le corps félin et de le faire sien, il faudrait y placer toute son énergie, ce qui pourrait prendre du temps, surtout si cette énergie était très dispersée... voire retenue par quelqu'un comme Tina. En tout cas, rassembler toute son énergie permettrait au Prince des Chats de prendre une forme vraiment terrifiante, peut-être aussi grande qu'un Oliphant, et capable de tenir tête à un balrog. Ce qui faisait dire au fantôme que la présence vivante, bien qu'affaiblie, de Durlach ou d'Eloeklo, au moment de la transformation, pourrait être intéressante car elle forcerait l'esprit félin à rassembler toute son énergie, à se focaliser sur l'autre Maia, et à le tenir occupé si combat il y avait.

Mais Tevildo avait aussi besoin de pouvoir sortir du Kuilëondo : soit en détruisant l'artefact, par exemple en le jetant dans la lave du Puits de Morgoth, soit en faisant absorber par ledit artefact un esprit aussi puissant, comme celui des balrogs. Ce qui n'empêcherait pas de pouvoir éventuellement remettre l'esprit du Prince des Chats dans l'artefact, si le Maia avait entretemps pris un corps - le sien ou celui d'un autre - et qu'il pouvait être blessé, et faire baigner l'artefact dans son sang... A ce sujet, le sorcier de Morgoth était à peu près sûr qu'aucun des trois Maiar ne pourrait perdre un corps et rester encore dans la Terre du Milieu : si le corps était tué, ou si l'âme était absorbée par le Kuilëondo et relâchée ensuite sans pouvoir fournir de nouveau corps prêt à l'emploi, alors l'esprit du Maia serait forcé de partir pour toujours... Par contre, pour faire partir complètement Durlach, il fallait détruire le rubis de feu, qui contenait en lui une part du Maia. Et dans l'esprit de Mordin et Dwimfa, ces terribles esprits, ces Maiar, semblaient bien fragiles et leur destin à leur portée, tandis que divers plans s'échafaudaient dans leurs têtes...

4 - Sortir des montagnes
Mais en attendant de voir ces rêves se réaliser, les aventuriers devaient sortir des Montagnes de la Désolation. Sous des vents violents et des bourrasques de neige, ils progressaient dans un monde de pics et arêtes rocheux couverts de neige et de glace. Même avec l'aide de la boussole il n'était pas si facile que ça de se diriger, car la ligne droite vers l'ouest était bien souvent impossible. C'était en permanence une alternance de parois raides à escalader et de progressions sur des surfaces de neige très pentues, où un faux pas pouvait vite amener à une chute fatale, ou des progressions sur des arêtes ou cols battus de vents violents, en équilibre au-dessus du vide. Certains, plus à l'aise que d'autres dans cet environnement inhospitalier, se fatiguaient moins, physiquement ou nerveusement. Ces efforts constants minaient le moral de Geralt, grand flemmard devant l'éternel : après quelques heures d'une lutte constante, il s'assit dans la neige et refusa d'aller plus loin.

De toute manière, d'autres que lui, s'ils n'avaient pas son problème de motivation, étaient perclus de fatigue et ils ne tiendraient pas beaucoup plus longtemps. Le groupe s'arrêta donc pour faire des abris sommaires mais suffisants, et, après avoir mangé un bon morceau, ils s'endormirent quelques heures pour reprendre la route ensuite. Et c'est ainsi qu'ils progressèrent par la suite : une succession de courtes périodes de marche qui pouvaient néanmoins paraître durer une éternité pour certains, un repas et quelques heures de sommeil, avant de repartir. La progression était lente, le moral de Geralt n'arrêtait pas de diminuer, la répartition du matériel et surtout de la nourriture séchée variait entre les aventuriers pour soulager les plus fatigués. Mais pour l'essentiel, c'est Vif qui en portait le plus, en plus de servir de monture à Drilun, et Taurgil.

Après peut-être l'équivalent de deux jours et demi ainsi, sans grand changement visible autour d'eux, les oreilles de la lionne enchantée la prévinrent d'un bruit redoutable, comme celui de vastes ailes membraneuses portant le corps d'un redoutable ennemi que personne ne souhaitait revoir. Ce qui fut confirmé un peu plus tard par Rob, mais de toute manière le groupe n'avait pas attendu sa confirmation : ils s'étaient tous enfouis sous la neige en effaçant leurs traces le plus possible, sans s'éloigner trop du hobbit qui portait l'anneau elfique pris à Gillowen et qui masquait leur magie. Sans cet anneau, Canadras n'aurait eu aucun mal à les repérer même d'assez loin, vu les nombreuses magies qu'ils utilisaient en permanence. Rob, qui resta aux aguets, enroulé dans son manteau elfique qui le rendait invisible lorsqu'il ne faisait aucun mouvement, vit même un moment la silhouette du dragon passer entre deux sommets. Il avait peut-être senti leur magie à une occasion ou l'autre, mais même pour lui, sans signal clair, cela ressemblait un peu à trouver une aiguille dans une botte de foin. Il s'éloigna et le groupe ne fut pas plus inquiété.

Après trois jours et demi ou l'équivalent, le moral de Geralt toucha presque le fond. Drilun lui offrit donc sa place, mais le maître-assassin était dans un tel état de fatigue nerveuse, proche du désespoir, qu'il fallut même l'attacher sur le corps de la lionne, car l'effort de tenir sur son dos était encore trop pénible pour lui. Heureusement, le relief commença à changer, signe que le plus dur était passé. Après la période de repos suivante, il fut possible d'utiliser de plus en plus les skis dans des pentes plus douces et moins dangereuses. Non seulement la vitesse augmenta fortement, mais la fatigue diminua également. Si bien que le groupe put progresser bien plus longtemps avant de se reposer, même si Geralt, dont le moral remontait progressivement, regrettait de dormir moins. Au moment de leur phase de repos, pour la première fois, ils purent distinguer à l'horizon - le temps était alors clément et permettrait de voir loin - une étendue lisse, blanche et plate qui signalait la présence de la mer proche, ou plutôt de la banquise qui la recouvrait.

Après la phase de repos, le groupe repartit et s'approcha de plus en plus des côtes. Mais deux choses refroidirent un peu leur bel enthousiasme : des gros nuages arrivaient du nord qui annonçaient une tempête de neige, d'une part ; d'autre part, Rob sentit la présence du dragon non loin. Il devait être caché dans des rochers sur la côte, un peu au nord, surveillant de près les allées et venues éventuelles des rares habitants du lieu : à part des orcs, des trolls et de rares dragons, il n'y avait personne qui vivait ici, et sur la banquise un groupe de personnes serait facile à identifier. Heureusement le mauvais temps allait faciliter la tâche du groupe en les masquant aux sens du dragon, et tant pis pour Geralt qui comprit que le repos tant attendu n'était pas pour tout de suite !

5 - Trolls pêcheurs
Bientôt la neige fut sur eux, ainsi que le vent et le froid. Cela promettait d'être une belle petite tempête, mais pour l'instant elle les masquait bien aux sens du dragon. Par ailleurs, le vent qui venait du nord était un peu ralenti par le relief qui perdurait un peu plus au nord. Ils arrivèrent donc sans grand mal sur la banquise couverte de neige, et, poussés par le vent qui soufflait en partie dans le dos (ils allaient vers le sud-ouest), ils avançaient bien, guidés par la boussole et précédés par le corps félin de Vif qui avançait dans la neige en faisant de grands bonds. Ils s'éloignèrent petit à petit des côtes, ainsi que de Canadras : au bout d'un moment les sens exercés du hobbit ne détectaient plus la magie qui émanait du grand Ver. Ils poursuivirent donc, tandis que le vent augmentait et le froid avec.

Après un bon moment ils étaient dans une obscurité presque totale, et avec la neige ils ne pouvaient voire bien loin de toute manière. Vif repéra alors comme des creux dans le sol devant eux. Après les avoir examinés, elle se rendit compte qu'il s'agissait en fait de trous faits dans la glace, pourtant épaisse. Ils étaient récents car la glace qui avait pris au fond du trou était encore mince. Ils ne devaient pas être très loin des côtes de Torogmar, un pays peuplé presque exclusivement de trolls. Ces derniers n'avaient que trois sources de nourriture : les orcs qui vivaient dans les montagnes plus au sud, les autres trolls de la région - le cannibalisme était très courant ici - et les poissons et mammifères marins comme certains phoques qui restaient dans le coin et devaient trouver des ouvertures dans la glace pour pouvoir respirer de temps en temps. Ils devaient donc se trouver dans une zone de pêche pour les trolls, la côte devait être toute proche...

Et effectivement, ils la trouvèrent bientôt. Ils la suivirent un moment, tandis que les oreilles incroyablement fines de la lionne enchantée lui rapportaient divers bruits, malgré la tempête, qui faisaient penser à un groupe de trolls. Elle en fit part à ses amis, plutôt étonnée, car son expérience lui disait que les trolls étaient plutôt solitaires, hormis les familles. Mais Dwimfa expliqua que pour survivre, les trolls des neiges en particulier savaient s'organiser et pouvaient rester en bande pour combattre et augmenter leurs chances de survie. Dans Torogmar, il devait y avoir aussi des trolls de pierre et des trolls des cavernes, mais ils étaient probablement plus dans les montagnes, moins sur les côtes. Un moment, les aventuriers furent tentés d'en suivre certains à l'ouïe et de trouver leur repaire, mais au bout du compte la lassitude fut la plus grande et ils choisirent de faire des abris sommaires sur place : ils n'y voyaient plus rien et le vent et le froid augmentaient encore, si bien que, malgré leur excellent équipement, certains sentaient le froid s'insinuer dans leur corps.

Des abris furent donc vite creusés dans de la neige tassée, parfois hébergeant plus d'un aventurier : Vif avec Rob, Taurgil avec Drilun et Dwimfa, et Mordin, Geralt et Isilmë dans un abri individuel. Ils s'endormirent bientôt, laissant le soin aux perceptions de Vif de les prévenir en cas de visite inopinée. Ce qui ne manqua pas d'arriver après un temps trop bref pour certains : la féline Femme des Bois entendit un quatuor de trolls arriver depuis le nord, se parlant dans un pseudo-langage qui ressemblait plus à une succession de grognements agressifs qu'à une langue articulée. Vu la direction du vent ils ne devaient pas les avoir sentis, mais en tout cas il lui semblait qu'ils arrivaient droit sur eux. Même sans les percevoir, s'ils leurs marchaient dessus ils pouvaient faire du dégât. Elle s'empressa donc de réveiller ses amis avant de partir au nord, en faisant tout de même une boucle pour arriver dans le dos des gêneurs.

Mais le vent était devenu tellement fort que les aventuriers avaient le plus grand mal à rester debout. Au bout du compte, seuls Isilmë, Mordin et Taurgil arrivèrent à tenir sur leurs pieds et à affronter les nouveaux venus. Avec un autre problème : la neige était telle, le ciel était tellement opaque, que tous, hormis l'elfe et la lionne enchantée, étaient à peu près aveugles par un temps pareil. Cela ne dérangea pas le nain et le Dúnadan, qui espéraient pouvoir utiliser les bruits de leurs ennemis pour arriver à les repérer et frapper. De toute manière, Mordin avait autrefois perdu nombre des siens à cause des trolls, il leur vouait une haine tenace et il n'aurait pour rien au monde perdu l'occasion d'un combat contre ces créatures.

Vif arriva dans le dos des trolls, au nombre de quatre. Ils portaient, en plus de leurs lances, des filets avec quelques gros poissons - dont l'un d'eux en partie bien mangé - ainsi que les dépouilles de deux phoques. Poussée par le vent, elle sauta dans le dos d'un troll qui s'affala dans la neige, pris par surprise, où les quatre pattes griffues du félin enchanté transformèrent bientôt la tête du troll en charpie dénuée de vie. Elle ne put empêcher un autre troll de la blesser légèrement de sa lance, mais elle s'enfuit bientôt pour revenir peu après dans leur dos, tandis que l'elfe leur tirait dessus avec l'arc de lumière et que les deux autres combattants occupaient leur attention. Heureusement les créatures étaient lentes et bruyantes, ils arrivaient à les repérer au son et à les blesser avant qu'elles ne puissent les attaquer. Vif eut alors beau jeu de revenir par derrière, et elle arriva à faire voler la tête d'un troll au loin et prendre appui sur son corps qui tombait pour sauter sur le dos d'un autre qui tomba aussi sous ses griffes. Plus loin, Mordin et Taurgil combattaient le dernier, que Gwaedhel transperça, mais finalement la lionne enchantée vint l'achever... et il tomba sur ses deux amis.

6 - Tempête et traîneau d'os
Mordin réussit à esquiver l'essentiel du corps du troll, tandis que Taurgil fut coincé dessous un moment. Heureusement, la neige sous lui fit qu'il n'eut guère plus que des bleus et il put se sortir de sa situation assez facilement. Restait à récupérer Gwaedhel, ce qui ne fut pas une si mince affaire que ça, vu qu'elle transperçait le ventre du monstre avec la poignée et la garde du mauvais côté, sous le corps. Plutôt que de réclamer l'aide de ses amis pour tenter de retourner le lourd cadavre, il se contenta d'emprunter Morang à Dwimfa pour découper ledit cadavre autour de son épée, et ainsi pouvoir la récupérer. Pendant ce temps, le reste du groupe avait fait main basse sur la pêche des quatre trolls - autour de cent cinquante kilos de chair bienvenue - et les aventuriers discutaient de la suite à donner.

La tempête qui les environnait était forte et pouvait durer plusieurs jours, selon Dwimfa. Leurs abris sommaires n'étaient pas suffisants, il était temps de préparer quelque chose de plus grand et durable, qui les abriterait davantage. Ils se mirent donc à préparer un grand igloo collectif où tous pourraient s'entasser et se tenir chaud. Cela allait prendre du temps, mais de toute manière ils n'avaient rien de mieux à faire, le froid étant trop fort même pour leur excellent équipement et leurs extraordinaires capacités. Même pour les quelques heures nécessaires pour aider à construire leur abri, Vif dut demander à ce qu'on l'enduise d'une crème de protection du froid fabriquée par les elfes de Brumes Éternelles.

Mais à peine l'abri construit et occupé, il fallut penser à en construire un nouveau, mais pour quelque chose de différent cette fois : Drilun espérait en effet pouvoir fabriquer un traîneau construit à partir entre autres des os des trolls des neiges, sans parler des cuirs des phoques ou autres. A l'aide de Morang et de ses outils de mithril, il pouvait tailler facilement dans les chairs et l'os, les assembler, et réaliser quelque chose qui leur permettrait d'aller bien plus vite sur la banquise. Le projet fut adopté, mais il fallut donc construire un atelier pour réaliser cela, soit un autre igloo attenant au premier pour disposer les outils et les parties du traîneau d'ossements. Ce qui fut donc l'objet d'une nouvelle mais plus courte journée de labeur pour quelques aventuriers expérimentés. De son côté, dès le premier jour, l'archer-magicien-artisan eut fort à faire à dégager les meilleurs os des trolls de leurs carcasses, récupérer les peaux des phoques, les traiter du mieux qu'il pouvait avec l'aide de ses amis, etc.

Au total, la tempête dura l'équivalent de six jours, ou plutôt six périodes de travail (ou repos pour certains, vu qu'il n'y avait pas grand-chose à faire pour tous) entrecoupées de périodes de sommeil. Au cours de la quatrième période de travail, les oreilles ultra-sensibles de Vif lui rapportèrent l'arrivée rapide de cinq trolls dans leur direction, venant du sud, qui avaient peut-être senti les odeurs de leur atelier de construction et en particulier le traitement des peaux à l'aide de leurs urines. Dans tous les cas, une équipe similaire de combattants de choc se mit en place pour combattre les monstres. Elle était composée de Vif, Taurgil et Mordin, avec l'aide à l'arc de Dwimfa. Le Dúnadan profita d'une lumière magique réalisée par le Dunéen grâce à laquelle il tua sans aucun mal trois des cinq trolls - Gwaedhel était vraiment une arme puissante face à de telles créatures. Mordin et Vif se contentèrent de terminer le tableau de chasse.

Tout ceci permit à Drilun d'améliorer son traîneau, grâce à de nombreux os nouveaux ainsi qu'aux lances d'os portées par les trolls, probablement des os de baleine ou autre grand mammifère marin. Au bout de six jours, la tempête donna des signes de faiblesse mais le traîneau n'était pas encore complètement achevé. Du coup l'archer-magicien-fabricant de traîneau mit les bouchées doubles et il continua à travailler sur son œuvre lors de la dernière phase de sommeil, tandis que les autres se reposaient dans l'igloo collectif. Si bien qu'à leur réveil, leur nouveau moyen de locomotion, même si ce n'était pas leur premier traîneau, loin de là, était prêt. Le ciel était plus dégagé, ils pouvaient voir au nord les habituelles lueurs colorées qui zébraient une partie du ciel, le vent n'était pas trop fort. Ils chargèrent leur traîneau avec leurs possessions, un harnais fut passé au corps de Vif tandis que certains s'installaient dans le traîneau ou prenaient leurs skis, et ils furent partis.

7 - Plus blanc que blanc
La progression sur la banquise était excellente, le traîneau donnait entière satisfaction, la lionne enchantée le tirait sans grand effort et avec rapidité... Les quatre aventuriers qui étaient à ski se laissaient tirer en s'accrochant au traîneau, ou bien ils utilisaient plus d'huile de coude pour arriver à suivre le rythme rapide de Vif. Grâce à la boussole, aux cartes de la région et à leurs perceptions, ils se repéraient sans mal et traversèrent rapidement la partie sud-ouest de Hûb Lostas, la "Baie de la Désolation". Parfois ils croisèrent des groupes de trolls au loin, et ils dévièrent leur route afin de les éviter ou de leur échapper lorsqu'ils étaient repérés par les créatures. Enfin, ils durent quitter la baie prise par les glaces et avancer sur un terrain moins plat, plus accidenté... et plus difficile pour le traîneau et la lionne qui le tirait.

Mais ce n'était pas le seul problème à gérer : Dwimfa avait vu se mettre en place un phénomène météorologique hivernal assez rare appelé Olfain ("Vision Blanche") par les elfes et Valkosokeus par les Lossoth. Il prévint ses amis lorsqu'il vit le ciel devenir uniformément laiteux, d'un blanc grisâtre qui se confondait avec le sol. En fait, il se confondait si bien avec les éléments du paysage qu'il était extrêmement difficile de voyager : il n'y avait aucun relief, aucun point de repère, et les obstacles - crevasses éventuelles, parois enneigées, dénivelés divers... - étaient extrêmement difficiles à repérer. Voyager serait donc très dangereux, lent et difficile, et trouver sa route dans le paysage irrégulier qu'ils traversaient allait relever de l'exploit. En tout cas, Rob ne détectait là aucune magie, même si peu auparavant certains avaient repéré la silhouette d'Andalónil dans le ciel. Le serviteur d'Eloeklo les avait probablement retrouvés et repérés, mais pour l'instant Eru seul savait ce qu'il allait faire...

Heureusement le groupe avait retrouvé dans les affaires des anciens amis de Dwimfa, sur le corps de Dinyondo pour être précis, une statuette magique de cheval. Elle pouvait se transformer en un cheval puissant et infatigable, même si c'était pour un temps limité. Malgré la neige, le cheval prit la place de Vif et tira le traîneau du mieux qu'il pouvait, inlassablement, tandis que la féline Femme des Bois tentait de trouver le meilleur chemin pour aller vers l'ouest, sortir de la zone accidentée difficilement praticable pour leur traîneau, et continuer vers l'ouest dans Narthalf, la "Toundra de Feu". Elle était ainsi nommée à cause de la présence du Puits de Morgoth à une extrémité nord, puits que les aventuriers souhaitaient contourner par le sud, assez loin des fumées toxiques que le vent du nord poussait dans leur direction. Pour l'instant, le vent était faible, mais c'était déjà suffisant pour sentir une odeur de soufre et des relents âcres de fumées toxiques, heureusement largement supportables pour l'instant.

Après les efforts du cheval, Vif reprit le flambeau lorsque la monture redevint statuette. Ses efforts aboutirent enfin et ils sortirent de la zone accidentée, ce qui leur permit d'avancer plus vite vers l'ouest, au sud du Puits, donc. Le reste du trajet semblait simple : traverser la toundra vers ouest jusqu'à un bras de la baie des icebergs nommé Pitkävesi (Longue Eau). Puis remonter vers le nord sur la glace qui le recouvrait jusqu'à Brumes Éternelles. A proximité de ces dernières la glace serait fondue et ils devraient rejoindre les côtes, mais hormis cela le trajet semblait vraiment facile et rapide. Malheureusement, le temps semblait en avoir décidé autrement. Le temps, ou plutôt un petit démon du froid ailé que les aventuriers connaissaient bien : manifestement, selon Rob, Andalónil avait décidé de leur pourrir un peu la vie avec sa magie...

Et effectivement, une neige épaisse se mit à tomber à toute allure, et le groupe dut vite réaliser des abris autour du traîneau. La neige tomba sans arrêt pendant peut-être l'équivalent d'une journée, et lorsque les flocons s'arrêtèrent enfin, le paysage était toujours aussi blanc. En revanche, l'épaisseur de poudreuse légère était telle, plus d'un pas de haut, que le traîneau n'arrivait pas à avancer, il s'enfonçait bien trop dans la neige. A skis, en raquettes ou à pattes félines, il était difficile et fatigant d'avancer, toute glisse étant impossible. C'est pourtant ce qu'il fallait faire, aller de l'avant, et ils durent se résoudre à abandonner leur récent traîneau. Ils se répartirent donc nourriture et matériel, puis ils se remirent en route vers l'ouest, Vif ouvrant la voie de son corps puissant afin de faciliter le passage de ses amis.

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Niemal
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Grand Nord - 31e partie : neige et brumes

Message non lupar Niemal » 04 décembre 2019, 19:34

1 - Vers l'ouest
La féline Femme des Bois faisait donc une espèce de tranchée dans l'épaisse poudreuse qui les entourait, tassant la neige et facilitant le passage de ses amis qui voyageaient à ski. Du coup l'allure n'était pas très rapide, mais tout de même similaire à celle d'une marche lente, ce qui avait l'avantage de ne pas trop fatiguer les uns et les autres. Aller plus vite fut envisagé par plusieurs mais certains, et Geralt le premier, objectèrent que le groupe se fatiguerait trop vite, ou du moins certains de ses membres, lui le premier. Pas physiquement, en ce qui le concernait, mais le fait de faire trop d'efforts allait lui miner le moral, déjà bien entamé. Connaissant leur ami, les autres aventuriers avaient donc opté pour une allure lente mais sûre. Allure sûre et donc longue, comme le balafré aux cheveux blancs en fit l'amère expérience : puisqu'ils se fatiguaient moins, ils se fatigueraient plus longtemps avant de faire une halte pour dormir. La journée - ou du moins ce qui en tenait lieu - allait donc être longue pour le maître-assassin...

Ils progressèrent régulièrement, sans rien avoir à déplorer au cours de leur trajet : le temps était plutôt clair, la lumière de la lune et les étoiles se réfléchissait sur la neige abondante et était largement suffisante pour voir où ils allaient et ce qu'ils faisaient, même sans être nyctalope. Ils ne firent aucune mauvaise rencontre : la vaste plaine que les elfes appelaient Narthalf ou "Toundra de Feu" était le refuge de grands troupeaux d'élans parfois pourchassés par des hardes de loups blancs, entre autres. Mais les élans voyaient ou sentaient la présence du groupe, et en particulier la lionne enchantée, d'assez loin, et ils s'en éloignaient vite. Et les loups préférèrent suivre les rênes que les aventuriers. En cette saison, les Hommes des Glaces, peuple des Lossoth qui habitaient plutôt le nord du Grand Nord, étaient plutôt rassemblés le long des côtes où la pêche était plus facile que la chasse. Bref, Taurgil et ses amis restèrent livrés à eux-mêmes et personne ne les embêta, pas même le démon ailé qui les surveillait parfois depuis les nuages où il se tenait.

A l'allure où ils allaient, ils pensaient arriver aux Brumes Éternelles d'ici trois jours. Dans un premier temps ils allaient vers l'ouest, afin de passer au sud de l'extrémité d'une chaîne de montagnes qui avait mauvaise réputation : elle s'appelait Ered Úmarth, les "Montagnes de Funeste Destin", et elle était le refuge notoire de dragons et de trolls des neiges, entre autres créatures. Bref, le groupe voulait garder l'éperon sud de cette barre montagneuse à bonne distance, puis progressivement remonter vers le nord à l'approche des côtes de Pitkävesi ("Longue Eau"), la baie qui prenait sa source à la vallée de Brumes Éternelles. Les dragons étaient connus pour surveiller les entrées dans la vallée, mais le groupe comptait sur un quelconque mauvais temps pour les aider à passer sans se faire repérer.

En tout cas la première partie du trajet se passa bien. Après un long moment, quand les protestations de Geralt se firent plus nombreuses et désespérées, quand les muscles des uns et des autres réclamèrent un arrêt plus durable qu'une pause pour manger, le groupe s'arrêta enfin. A dire vrai, Rob et Vif étaient un peu perplexes : devant eux s'étendait une vaste zone de neige immaculée, aussi loin que portait le regard. Mais voilà, le hobbit sentait qu'un résidu de magie en émanait, comme si une magie récente avait opéré dans le secteur devant lequel ils se tenaient. Il ne s'agissait pas de magie des ténèbres ou de sorcellerie, que le petit voleur arrivait en général à repérer, non ; cela lui faisait penser à quelque chose de neutre comme la magie naturelle que son ami Taurgil arrivait à maîtriser un peu, même si c'en était un peu différent. Ce qui ne l'empêchait pas de l'inquiéter.

Pour la lionne enchantée, le constat était un peu le même : au-delà des traces de magie, ses sens surdéveloppés lui renvoyaient l'image d'un endroit mystérieux. Ainsi il n'y avait aucune trace animale présente dans le secteur, comme si tous les animaux présents évitaient le coin. De plus les douces courbes de la plaine enneigée étaient un peu moins douces, comme si l'épaisse poudreuse recouvrait comme un petit relief, comme si le sol était un peu rugueux, d'une rugosité que la neige n'arrivait pas à effacer tout à fait. En fait, à bien regarder cette étendue neigeuse, la Femme des Bois avait l'impression qu'elle avait bougé : elle voyait des signes qui lui laissaient à croire que la neige s'était ou avait été déplacée, comme par magie. Tout cela ne lui disait rien qui vaille, et fleurait bon le piège qu'un esprit malin avait placé juste sur leur passage. Et le contourner prendrait sans doute bien du temps...

2 - Étude et précautions
De toute manière le groupe devait se reposer à présent, et donc un abri fut vite établi. La neige ne manquait pas, restait à la tasser, la creuser, se faufiler dedans et y dormir, au chaud. Les aventuriers faisaient confiance à Vif pour les prévenir d'éventuels opportuns, Isilmë résumant la question des tours de garde en une phrase laconique : "la lionne est plus perceptive en dormant que nous en veillant". Il était prévu de dormir assez peu, en tout cas au goût de Geralt, et de repartir vers Brumes Éternelles assez tôt. Sachant qu'il faudrait étudier mieux cette neige magique qui se dressait devant eux, ou la contourner, ce qui ferait perdre du temps. Et bientôt ils furent tous endormis, et leur sommeil ne fut aucunement troublé. Trop tôt pour certains, l'elfe les réveilla tous, elle qui n'avait pas besoin d'autant de repos que les mortels. Elle leur avait tout de même laissé un long moment supplémentaire pendant lequel elle veillait, même si elle faisait encore plus confiance à la lionne pour détecter un possible danger.

Après un rapide en-cas, se reposa donc la question d'étudier et traverser - ou non - l'étendue enneigée dans laquelle des résidus de magie étaient encore perceptibles. Tout cela faisait trop penser à un piège à certains, et Vif se souvenait encore du ricanement qu'elle avait perçu la veille, tandis que le démon Andalónil les regardait depuis les nuages, incertains sur la décision à prendre. Ce qui fit dire à certains que peut-être était-il responsable de cette magie, qui n'avait d'autre raison d'être que de les faire hésiter et de leur pourrir la vie. Geralt aurait voulu lui parler pour savoir quelles étaient les raisons à toutes ses actions contre le groupe : peut-être y avait-il moyen de trouver une solution pour ne plus le voir traîner autour d'eux à leur mettre des bâtons dans les pattes, pour rester gentil. Peut-être était-il aux ordres de Dol Guldur et pourrait-il changer de comportement en étudiant la chose ensemble. Ses compagnons étaient sceptiques et l'idée de lui parler fut abandonnée.

La féline Femme des Bois creusa dans la neige pour arriver au rocher, afin de permettre à Drilun d'y coller son oreille pour lancer un sort d'écoute. Son idée était de se servir de sa magie pour vérifier qu'aucun ennemi n'était présent sous la neige, comme elle le craignait. Le sol glacial aurait pu être fatal à l'oreille de l'archer-magicien, mais il prit le marteau nain qui protégeait des éléments et le problème fut réglé. Son sort ne lui apporta aucune information nouvelle, par contre : il ne ressentait aucune vibration particulière, hormis l'eau qui battait contre les côtes qui étaient à la limite de sa perception. Les êtres vivants qui parcouraient la plaine enneigée avançaient sur une épaisseur de un à deux pas de neige au-dessus du sol, neige qui masquait toute vibration. Bref, Drilun ne percevait aucun ennemi face à eux.

Les aventuriers s'approchèrent alors. Quelques-uns, Mordin en tête, utilisaient leurs bottes enchantées qui permettaient de marcher à la surface de la neige comme s'ils ne pesaient presque rien, comme les elfes pouvaient le faire. Isilmë, Drilun et Dwimfa étaient attachés les uns aux autres par une corde. Rob avançait avec eux, tandis que Geralt était sur le dos de la lionne enchantée, derrière ceux qui marchaient sur la surface enneigée, et Taurgil arrivait bon dernier. Ils décidèrent de traverser la zone mystérieuse, d'autant que la magie résiduelle n'était pas d'origine maléfique. Le nain et Drilun sondaient la neige à l'aide de bâton ou harpon, sans trop les ralentir tout de même, mais ils ne trouvèrent rien. Néanmoins, lorsqu'ils furent tous sur la neige enchantée, Vif sentit quelque chose de curieux, comme si en fait la neige avait été utilisée pour construire quelque chose : sous ses pattes, elle sentait que la neige ne s'était pas juste déposée en couche normale, elle avait fait des assemblages légèrement plus rigides.

La neige superficielle fut alors déblayée pour voir de quoi il retournait, et la neige modifiée fut sondée, écrasée, détruite, sans aucun effet visible. Le groupe continua donc à aller de l'avant, écrasant sur son passage cette neige bizarre que seule Vif percevait comme différente. Pour eux tous, ce n'était que de la neige... Ils avancèrent donc un certain temps, lentement, quand ils entendirent tous un cri derrière eux. Ils se retournèrent tous... et ne virent rien. Ou plutôt, ils virent que Taurgil avait tout simplement disparu. L'oreille incroyablement fine de la lionne enchantée percevait néanmoins un bruit étouffé, comme celui que ferait leur ami s'il était bâillonné et maintenu immobile sous une épaisse couche de neige. Cela venait de l'endroit où il était un bref instant auparavant, là où les traces de ses skis s'arrêtaient brusquement, comme s'il s'était envolé...

3 - Esprit de neige
Vif se précipita pour essayer de creuser dans la neige et libérer son compagnon, mais une petite - mais violente - tornade de neige commença immédiatement à tournoyer autour du point où Taurgil avait disparu. La neige et les vents ralentirent la féline Femme des Bois, qui continua à avancer, tandis que la tornade s'agrandissait vite, englobant bientôt tous ses amis. Dwimfa, assez proche, perdit pied et glissa en arrière de plusieurs pas. La plupart des aventuriers arrivaient à peine à tenir debout et avaient bien du mal à percevoir ce qui se passait au centre de la bourrasque de neige tourbillonnante, comme Drilun, qui choisit de s'en éloigner un peu - la force des éléments diminuait vite quand on s'éloignait du centre : la zone de turbulence devait faire autour d'une trentaine de pas de rayon.

Alors que Vif arrivait près du centre, une grosse masse de neige de forme humanoïde se forma devant elle, aussi grosse qu'un troll, avec des bras menaçants... dont l'un, assez rapide, qui fonça dans sa direction. Elle tenta d'esquiver le coup mais la chose la percuta brutalement, la blessant légèrement et l'envoyant valdinguer un pas plus loin, projetant le maître-assassin en l'air, qui avait vu passer le coup pas loin de son propre corps. Malgré les vents, ses talents de gymnaste lui permirent de retomber sur ses pieds, et il empoigna son épée magique. Rob arrivait à percevoir assez bien ce qui se passait et il voulut courir vers le centre, un peu de côté... mais la fureur des vents l'empêcha de progresser plus que deux ou trois pas. Dans le même temps, il sortit sa casserole magique et l'activa afin de faire fondre de la neige. Son objectif était d'attaquer la neige vivante avec de l'eau bouillante !

Pendant ce temps, Taurgil essayait désespérément de se libérer de la glace qui lui immobilisait tous ses membres et l'empêchait de respirer, mais sans succès : les prises étaient trop serrées et trop fortes. Il se rappela d'une légende des Lossoth concernant un esprit de la neige, un artiste et constructeur, capable à la fois d'enseigner aux Hommes des Neiges comment construire un igloo, mais n'ayant aucun remord à tuer ceux qui par mégarde détruisaient ses sculptures de neige. Drilun aussi avait souvenir de cette légende, mais comme il n'arrivait pas à voir quoi que ce fût au sein de la tornade, il ne savait pas quoi en penser. De son côté, Dwimfa, après avoir réussi à stabiliser sa glissade, se concentra sur cette même légende qui lui titillait l'esprit. Il se rappela alors l'histoire complète avec les nombreux détails chantés par la viisas de son clan...

Cet esprit de la neige avait pour nom Lumihenki chez les Lossoth, soit littéralement "Esprit de la Neige", mais le nom elfique était Raugloss, soit "Démon de la Neige". L'histoire ne le décrivait pas comme une entité malfaisante, juste comme un grand artiste très susceptible et bien plus attaché à ses créations, du plus petit flocon de neige à de grands palais de neige cristalline, qu'aux êtres vivants qui par malheur venait empiéter sur ses œuvres d'art. Il pouvait prendre la forme d'une tornade, et voler à la surface du sol, ou celle d'une masse semi-humanoïde, sorte de golem de neige très dure aussi redoutable qu'un géant de glace, et capable de maîtriser le temps et la neige autour de lui. Détail intéressant, l'Homme des Bois se rappela que cet être vivait en permanence dans un monde de gris et de blanc, et qu'il était fasciné par la couleur...

Au centre, Geralt choisissait d'attaquer la créature de neige, qu'il toucha... sans lui faire grand mal. Il reçut en retour un coup qui, malgré son esquive, le blessa légèrement. Il attaqua de nouveau - et reçut en retour une nouvelle blessure légère - pour attirer l'attention de la créature, permettant à Vif de la contourner un peu, prudemment. Pendant ce temps, Taurgil, qui sentait que ses liens bougeaient un peu, essayait à nouveau de se libérer, mais sans plus de succès. Il commençait à manquer d'air, mais heureusement il avait encore de la marge, et il se concentra sur ce qu'il pouvait faire, se remémorant les détails des histoires sur cet esprit de la neige. Le problème est qu'il n'avait aucun moyen de les communiquer à ses amis. Ne lui restait plus qu'à faire preuve de patience... Rob, de son côté, s'approchait d'un côté de la créature avec sa casserole pleine d'eau bouillante.

Plus loin, Dwimfa criait à Drilun de faire des couleurs magiques sur la neige, que cela calmerait l'esprit de neige qu'ils avaient en face d'eux. Ce que fit l'archer-magicien dunéen, un peu dubitatif. Dans le même temps, Vif creusait frénétiquement au pied de la créature de neige, la blessant au passage, car elle maintenait Taurgil immobile. La douleur la fit relâcher le grand rôdeur, qui fut expulsé du trou de neige qui l'étouffait, et il put respirer à nouveau avant de vite s'éloigner avec la lionne enchantée. La magie de Drilun, au contact de l'anneau elfique porté par Rob, fut un peu réduite, mais quelques couleurs chatoyantes envahirent la neige alentour et la créature s'immobilisa bientôt, de même que le tourbillon de neige qui les enveloppait tous. Le hobbit retint son geste et évita d'envoyer l'eau bouillante à la tête de l'esprit de neige qui semblait se calmer peu à peu devant les couleurs que la lumière du bâton de Drilun mettait en valeur...

4 - Réparation et échanges
En fin de compte, Rob s'éloigna discrètement tandis que la créature de neige s'extasiait à sa manière devant les couleurs magiques générées par la magie de Drilun. Il retira même l'anneau elfique de son doigt, de manière à permettre à la magie de son ami de ne pas être gênée. Ce qui se traduisit par davantage de couleurs... Bientôt la tornade de neige s'arrêta totalement, Dwimfa put mettre au courant de la nature de l'esprit tous les membres du groupe, et Taurgil s'approcha tranquillement de Lumihenki et il s'adressa à lui en labba, la langue des Lossoth. Il imaginait que depuis le temps que l'esprit était là, il avait bien dû apprendre la langue, les légendes qu'il avait apprises parlaient d'échanges avec l'esprit. Bref, il commença par s'excuser auprès de la forme de neige vivante d'avoir fait des dégâts dans son œuvre d'art, et demanda s'il était possible de réparer la chose...

Comme les histoires des Lossoth le disaient, échanger avec l'être de neige ne fut pas particulièrement aisé : sans être bête, la créature était simplette et vivait dans son monde à elle, et elle n'avait guère d'intérêt pour les fourmis à ses yeux qu'étaient les humains, nains, elfes ou hobbits, ou à leurs manières de vivre, leurs objectifs et les raisons à leurs actions. En revanche, elle était très heureuse de pouvoir réaliser de délicates structures de neige en couleurs, et Drilun eut fort à faire pour satisfaire la créature qui semblait s'amuser comme une folle, ou plutôt comme un enfant ou un artiste perdu dans ses pensées. Mais tout se passa bien, chacun ayant à l'esprit de ne jamais rien faire qui pourrait déplaire à l'esprit.

Au final, le groupe resta l'équivalent d'une journée avec l'être ancien. Geralt et Dwimfa avaient pensé utiliser les couleurs de leurs trousses de maquillages pour soulager un peu leur ami dunéen, mais en fin de compte ils n'auraient jamais assez de peintures pour satisfaire la créature. Ils laissèrent donc l'archer-magicien refaire sa magie régulièrement pour répondre aux demandes de Lumihenki. D'une certaine manière, le groupe arriva à faire du troc avec l'être : après en avoir beaucoup discuté, Drilun réalisa à l'aide de sa magie et de ses amis des grosses boules de neige colorées dont la durée serait bien plus longue, permettant à l'esprit de la neige d'utiliser ces neiges colorées longtemps après le départ des aventuriers.

Comme l'esprit modifiait la neige tout autour d'eux, il lui fut demandé de créer un passage au milieu de ses œuvres, afin de pouvoir les contempler sans les abîmer. Ce qui fut bientôt fait : le secteur fut bientôt traversé par un chemin de neige tassée, passant parfois sous les œuvres de neige colorée de l'esprit. De même, les aventuriers ayant besoin d'un abri, ils demandèrent à Lumihenki de réaliser un grand igloo qu'ils pourraient utiliser pour dormir... après l'avoir coloré de manière à satisfaire les goûts du sculpteur de neige. Et ainsi coopérèrent-ils tous, si bien que le maître des lieux n'eut jamais l'occasion de s'emporter contre Drilun et ses amis. En fait il aurait volontiers gardé l'archer-magicien avec lui en échange des dégâts passés, mais il était trop content de ses nouveaux jouets de couleur pour insister beaucoup.

En fait le groupe arriva même à obtenir quelques renseignements en discutant avec l'esprit. Il était là depuis si longtemps qu'il avait de nombreuses connaissances qui intéressaient Taurgil et compagnie. Par contre il n'avait pas forcément beaucoup de motivation pour parler de sujets qui ne le concernaient pas, mais les aventuriers arrivèrent tout de même à apprendre diverses choses. Certaines ils les connaissaient déjà, comme les faiblesses de Durlach pour le froid et l'eau, Durlach qu'il ne souhaitait absolument pas combattre d'aucune manière, même s'il le détestait. Il n'avait à peu près rien à dire sur Tevildo. Il parla d'autres êtres du Grand Nord liés au froid, comme Eloeklo et Jäänainen, la Sirène de Glace, mais il n'avait pas de lien avec eux. Ni avec Andalónil, qui lui avait peu auparavant fourni toute cette belle neige pour lui permettre de faire ses expériences artistiques... juste sur le trajet des aventuriers. Et il parla d'autres sujets concernant le Grand Nord et ses habitants.

5 - Passage furtif
Au bout du compte, le groupe prit congé de Lumihenki, en prenant bien soin de ne pas déranger ses œuvres. Bientôt ils furent tous hors de la zone d'activité de l'esprit, et ils purent choisir plus librement leur chemin. La neige s'était tassée, solidifiée, voyager à ski était plus rapide. Avec l'aide de la longue-vue, Rob avait pu déterminer exactement où ils étaient et où ils souhaitaient aller sur la côte, en s'aidant des dernières montagnes de la chaîne d'Ered Úmarth. Ils forcèrent donc un peu l'allure, progressant rapidement. Petit à petit, ils quittèrent les étendues sauvages de la Tundra de Feu, et le sinistre rougeoiement qui indiquait l'emplacement du Puits de Morgoth, et ils arrivèrent dans les parages de la baie dont les côtes allaient les mener à Brumes Éternelles.

La zone était plus peuplée, moins sauvage. Des bois de pins et autres résineux adaptés au Grand Nord servaient de refuge à des rennes et élans, et le cortège de prédateurs qui allaient avec. Y compris les prédateurs à deux pattes : au fur et à mesure que le groupe se rapprochait des montagnes qui bordaient la baie, les traces de passage récent d'orcs et de trolls n'étaient pas si rares. Et plus aux nord il faudrait également compter avec de possibles trolls, et Geralt et les autres savaient que les passages étaient surveillés par les dragons... Les Lossoth, et plus particulièrement les Jäämiehet ("Hommes des Glaces") et les Merimetsästäjät ("Chasseurs des Mers") étaient présents dans leurs villages côtiers ou leurs icebergs, et les aventuriers en rencontrèrent quelques-uns, groupes de chasseurs profitant du temps relativement clément pour compléter leurs provisions. Mais ils évitèrent le groupe, qui ne demandait pas mieux.

Les hardes de loups blancs se faisaient plus menaçantes et l'odeur de Vif les incommodait, mais le groupe évita le conflit en se débarrassant de leurs réserves de nourriture fraîche, pêche prise aux trolls moins ce qu'ils avaient consommé. Ils espéraient bien arriver vite chez les elfes et ils ne voyaient pas trop l'intérêt de continuer à s'alourdir. Ainsi les loups se détournèrent-ils d'eux et ils continuèrent plus au nord. Les bois étaient de plus en plus nombreux, le ciel était de plus en plus chargé, avec des petits chutes de neige à l'occasion : le temps presque parfait pour passer inaperçu, même s'il était trop clément pour empêcher les prédateurs de tout poil de chercher noise auprès de malheureux aventuriers comme eux...

Drilun, confiant que Canadras était désormais trop loin, utilisa sa magie pour leur donner à tous une odeur de dragon, et même en fait celle de Canadras lui-même, qu'il avait longuement côtoyé chez lui. De cette manière-là, les animaux normaux les laissèrent tranquilles. Alors qu'il ne leur restait plus guère que quelques heures avant d'arriver à destination, Vif repéra au bruit une troupe d'orcs des neiges cachés dans les bois qu'ils devaient traverser. Mordin se porta en avant d'eux en les injuriant comme lui seul savait le faire ; mais les orcs, même si peut-être certains d'entre eux durent se forcer, choisirent d'attaquer en hurlant. Après une vingtaine de battements de cœur, les cris étaient tout autres et provenaient des survivants qui tentaient de s'enfuir dans toutes les directions. Deux cents battements de cœur plus tard, il n'y avait plus aucun bruit, et tous les orcs étaient morts, grâce essentiellement aux archers et à la lionne enchantée.

Ils durent encore se cacher lorsqu'ils entendirent un géant passer non loin de là, et une autre fois lorsque Vif perçut le bruit de grandes ailes écailleuses qui annonçait un dragon passant à basse altitude non loin d'eux. Ils n'étaient pas tous parfaitement dissimulés, mais fort heureusement le dragon devait avoir la tête ailleurs car il ne les repéra pas. Bientôt il s'éloigna et le groupe put arriver aux frontières du domaine des elfes, protégé par leur magie. Rob le premier, confirmé peu après par Vif, trouva l'emplacement du passage spécial qui permettait d'entrer au travers du bouclier magique, depuis la rive où ils se trouvaient. Bientôt ils durent déchausser leurs skis : les sources chaudes de la vallée étaient là, la neige ne tenait plus, et les elfes les accueillirent avec des chansons de bienvenue.

6 - Au nord du Nord
Une nouvelle fois, les aventuriers restèrent quelques jours pour guérir et se reposer, s'informer et s'équiper. Ils rencontrèrent bien vite Nestador, qu'ils mirent au courant des détails de leurs expéditions. Les elfes de Brumes Éternelles avaient suivi le groupe grâce à leurs visions, pour autant qu'il fût possible : chaque fois que l'anneau elfique pris à Gillowen était mis au doigt de l'un d'eux, les visions échouaient, au moins en partie. Taurgil et ses amis étaient partis longtemps, le printemps n'allait pas tarder à arriver, et déjà le temps changeait et était plus doux, même si le groupe ne le percevait pas encore. Ce qui signifiait aussi plus de danger sur la banquise qui allait se faire plus mince et fragile. Pourtant ils avaient encore un long chemin à faire...

Le temps passé depuis leur dernier passage avait permis aux elfes de réaliser diverses commandes physiques ou magiques pour les aventuriers, comme une armure de cuir pour la forme féline de Vif, des potions diverses, une épée d'os de dragon... Nestador analysa ou fit analyser le rubis de Durlach, et l'enseignement qu'il en tira était le suivant : tant que le rubis existait, le démon de feu ne pourrait être complètement banni de la Terre du Milieu. Même si sa forme physique était vaincue, quelqu'un avec la bonne magie pourrait le rappeler et l'aider à se faire un nouveau corps. Ce qui prendrait sans doute un long moment, sauf si une magie puissante était disponible... Geralt et ses amis imaginèrent divers scénarios possibles pour utiliser au mieux le balrog contre les autres Maiar, avant de le jeter hors du monde, mais aucun n'était sans risque.

Ils étudièrent aussi leur prochain objectif et le chemin qu'ils allaient prendre pour y arriver : Helloth, la "Fleur de Glace" et cité des elfes des neiges, construite au sommet nord de la Terre du Milieu. En fait elle était bâtie au pied d'un pic de glace hébergeant un fragment d'Illuin, une des deux lampes créées par les Valar avant les arbres de lumière, puis la lune et le soleil. La plupart des aventuriers avaient déjà contemplé un fragment d'Illuin lors d'une aventure dans les Monts Brumeux. Ils savaient que sa magie était si intense qu'elle pouvait permettre à Drilun de fabriquer des objets d'une grande puissance. Encore fallait-il avoir l'approbation des elfes des neiges, et notamment de leur dirigeante, Losp'indel. Les elfes se méfiaient des objets magiques puissants, qui pour eux étaient des leurres capables de tourner le cœur des personnes les mieux intentionnées...

La cité des elfes des neiges était très loin de Brumes Éternelles, à peut-être mille cinq cents miles de là où ils étaient. Sur la banquise, il fallait bien deux semaines à des elfes, à ski, pour couvrir cette distance. Et encore ne faisaient-ils le voyage le plus souvent qu'en été, quand le vent du nord était moins fort et le froid moins intense. Mais avant d'arriver à la banquise de glaces éternelles qui recouvraient le nord du Nord, il fallait en premier lieu contourner ou traverser les montagnes au pied desquelles reposait la vallée. Or ces montagnes appelées Ered Rhívamar, ou "Montagnes du Bout du Monde", étaient infestées - entre autres - de dragons qui surveillaient la vallée, d'une part, ou de géants des glaces plus à l'ouest, où un passage restait encore à trouver...

D'ordinaire, les rares elfes de Brumes Éternelles à avoir accompli le voyage avaient contourné les Ered Úmarth - l'éperon est et sud des Ered Rhívamar, notable pour sa grande concentration de dragons - par le sud, avant d'aller à l'est puis au nord. Mais pour les aventuriers, cela les faisait passer trop près de Canadras, qui n'habitait pas si loin que cela. Au passage, redoutant toujours ce terrible dragon, une boussole fut créée pour repérer le monstre, grâce à des rognures d'écaille que Drilun avait conservées lorsqu'il avait inscrit des runes sur le puissant magicien draconique. Néanmoins, même avec l'aide de cette boussole, le groupe ne tenait pas trop à emprunter la même voie que les elfes. Ils envisagèrent sérieusement de traverser les montagnes au nord, mais les elfes douchèrent vite leur motivation : la plus proche passe connue était étroitement surveillée par les dragons, et eux-mêmes avaient perdu nombre des leurs en combattant les monstres. Et aller plus à l'ouest et traverser la zone peuplée de géants des glaces risquait d'être très dangereux également, tant par ses habitants que par le relief et la rigueur du climat.

Au final, Drilun et ses amis se dirent qu'il serait plus judicieux de passer par l'ouest, sur la banquise de la baie de Forochel, afin de contourner les montagnes. Cela leur prendrait peut-être deux semaines et ils n'auraient comme principaux ennemis sur leur chemin que d'éventuels spectres issus des tombeaux des Lossoth qui vivaient sur leurs glaciers, les Merimetsästäjät ("Chasseurs des Mers"). Ce qui faisait à tout le moins un voyage d'un mois pour arriver au sommet du monde, si tout se passait bien - ce qui n'arrivait jamais. Plus du temps à passer là-bas sans doute, plus encore des semaines pour revenir... avec la fonte de la banquise en prime. Geralt ne se demanda même pas s'il allait survivre à cela, il connaissait bien la réponse, si bien qu'il ne l'exprima même pas à haute voix. Ses amis la lisaient trop bien sur son visage...