Putain, le monde fout le camp ! ! !

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Pour ceux qui ont attrapé la "réfléchîte aigüe" cette maladie qui consiste à réflechir tout le temps sur tout, et en particulier sur des sujets intéressants...
Faites nous part de vos conclusions ici.
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Niemal
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Prévention et dépistage des cancers de la peau

Message non lupar Niemal » 16 mai 2014, 22:47

Le précédent échange avec Dramac et l'évocation du danger des "ondes visibles" m'ont fait penser que peut-être l'information qui suit permettra de recadrer les choses en mettant quelques données sur un risque évoqué. En effet, le site de météo France nous rappelle que jeudi 22 mai, c'est la Journée nationale de prévention et de dépistage des cancers de la peau, et c'est aussi le titre de cet article que vous pouvez lire à http://www.meteofrance.fr/web/comprendr ... Id=6736609

L'article pourra vous intéresser car vous pouvez éventuellement profiter de cette journée de dépistage gratuit. Mais vous trouverez aussi de quoi évaluer le caractère peut-être minime comparé à d'autres maux, mais loin d'être anecdotique quand même. Et je rappelle que les cancers de la peau sont largement provoqués par des séances de bronzage trop intensives, entre autres choses...

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La 16e Journée Nationale de Prévention et de Dépistage des cancers de la peau se tiendra jeudi 22 mai 2014. Au cours de cette journée, plusieurs centaines de dermatologues bénévoles assureront des consultations de dépistage anonymes et gratuites en dehors de leurs cabinets, dans des centres dédiés, partout en France.

L'objectif est d'alerter le public sur les risques d'exposition aux UV naturels et artificiels et les dangers des cancers de la peau et de le sensibiliser au dépistage précoce et à l'intérêt de la photoprotection. L'édition 2014 de cette journée bénéficie du parrainage du Ministère des Affaires Sociales et de la Santé et du soutien de l'INCa, l'Institut national du cancer.

Le mélanome est le cancer de la peau le plus grave. Avec 11 176 nouveaux cas et 1 672 décès en France en 2012, il représente environ 3% de l'ensemble des nouveaux cas de cancers estimés chaque année.

Les adresses des centres de dépistage ouverts le 22 mai sont notamment communiqués sur le site du Syndicat des Dermatologues,et accessibles sur l'application gratuite pour smartphones et tablettes SoleilRisk, développée en partenariat avec Météo-France.
L'application SoleilRisk fournit les index UV du jour sur l'ensemble du territoire et des conseils de protection adaptés au niveau d'ensoleillement.

Informations complémentaires et adresses des centres de dépistage :
Site du Syndicat des Dermatologues-vénérologues www.dermatos.fr
Numéro vert : 0800 11 2014 (appel gratuit depuis un poste fixe)
Sur l'application gratuite SoleilRisk

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Dramac » 17 mai 2014, 10:38

Et pour être non électro-sensible mais chimico-sensible, avec des problèmes de digestion ou des allergies médicamenteuses que certains autour de moi ont pu constater (sans parler de mon asthme), je suis assez énervé d'entendre des gens dire parfois que tout ça c'est juste dans ma tête. Surtout quand ces effets ont été constatés alors que j'étais jeune enfant, parfois, alors que je ne savais pas du tout de quoi il s'agissait. Donc, à ta place, je ne porterais pas de jugement trop hâtif sur les prétendus électro-sensibles qui font des maladies psychiques, surtout quand il s'agit d'enfants. D'où, là encore, le principe de précaution.

Je ne connais pas la chimico-sensibilité mais notre métabolisme étant fondamentalement chimique ça ne me choque pas que ça existe, techniquement nous le sommes tous, surement à des degrés variés.

Pour l'électrosensibilité je ne "juge" pas aveuglément, je ne fais que répéter ce qu'en disent les études (que je tente de retrouver) : tous les prétendus électrosensibles qui ont accepté de se prêter à une expérience "aveugle" n'ont pas été capable de détecter la présence de champs électromagnétique.
Enfin, le fait que ça soit psychologique et non physique n'enlève rien à la réalité du trouble. C'est juste qu'en prenant des mesures contre les champs EM on ne soigne pas, on ne fait qu'entretenir la patologie (par exemple ce fait hallucinant :http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/04/17/22237-premiere-indemnisation-pour-electrosensibilite).
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Message non lupar Niemal » 17 mai 2014, 12:17

Dramac a écrit :Pour l'électrosensibilité je ne "juge" pas aveuglément, je ne fais que répéter ce qu'en disent les études (que je tente de retrouver) : tous les prétendus électrosensibles qui ont accepté de se prêter à une expérience "aveugle" n'ont pas été capable de détecter la présence de champs électromagnétique.
Enfin, le fait que ça soit psychologique et non physique n'enlève rien à la réalité du trouble. C'est juste qu'en prenant des mesures contre les champs EM on ne soigne pas, on ne fait qu'entretenir la patologie (par exemple ce fait hallucinant :http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/04/17/22237-premiere-indemnisation-pour-electrosensibilite).


J'entends bien, et j'ai lu des études à ce sujet aussi. Mais les expériences de laboratoire ne font que faire varier un paramètre sur un temps relativement court et dans un environnement précis, souvent différent de celui que connaissent les personnes. On est très loin de ce que constatent certaines personnes qui pourrait peut-être s'expliquer par la combinaison de plusieurs facteurs, ou une exposition prolongée. Pour reprendre les exemples de la chimie et de la pollution permanente qui nous entoure, on commence à se rendre compte depuis un moment déjà que les effets cocktail sont d'une amplitude très supérieure à la somme des parties prises séparément, ou que les effets à long terme de l'exposition à très faible dose des produits sont largement sous-estimés et tout simplement non étudiés la plupart du temps.

Pour revenir aux ondes, les problèmes se font avant tout en milieu urbain. Certains avancent (sans preuve ou étude) que peut-être le foisonnement des ondes de toutes sortes donne un "effet cocktail" similaire à celui de la chimie. D'autres suggèrent que les structures métalliques (béton armé, entre autres) pourraient jouer un rôle d'amplificateur, en quelque sorte, d'une manière qu'on ne soupçonne pas. Les ondes émises par les multiples lignes électriques non protégées commencent également à attirer l'attention - lignes à haute tension surtout (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Lignes_%C3 ... des_lignes) mais pas que. Et j'ai parlé à des éleveurs qui constataient des choses sur leurs troupeaux paissant sous des lignes à haute tension, sans pouvoir les expliquer.

Tout ça pour dire qu'on est loin de tout expliquer et maîtriser, et qu'il y a un décalage certains entre ce qui est constaté et ce qui est compris. Je finirai, au sujet des ondes, par te parler de quelque chose que de nombreuses personnes ont pu constater chez moi : la difficulté à utiliser leur téléphone portable. On pourrait penser que je suis à un endroit mal couvert par les différentes antennes, et c'était sûrement vrai à une époque. Pourtant, selon les endroits où se tiennent les gens, le contact est meilleur, en particulier près de la baie vitrée, principale ouverture dans la structure bois de la maison. Ce qui n'a aucun sens, le bois n'étant absolument pas un frein pour ces ondes. De même, sans que j'ai pu le vérifier moi-même, les concepteurs de Domespace m'ont dit avoir constaté par hasard et fait vérifier par le CEA - qui n'y croyait pas - que la radioactivité naturelle diminue dans les dômes comme le mien (à hauteur de 70 % !) entre l'extérieur et le centre du dôme, ce qui semble impossible sur le papier. Alors, preuve de l'existence d'ondes de forme qu'avancent certaines personnes sans aucune preuve scientifique, ou un effet inattendu des nombreux clous de la charpente qui forment une espèce de cage de Faraday ? Parfois, le diable se cache dans les petits détails, détails qu'on omet souvent de prendre en compte...

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Dramac » 17 mai 2014, 12:52

Mouais, ça part un peu dans tout les sens mais je suis d'accord sur le point fondamentale : On est loin de tout maitriser, de tout connaitre et de tout comprendre.

Cependant mon propos est de tempérer un peu l'anti-technologie et le "principe de précaution à outrance". Oui nous avons un impact, et oui il est à prendre en compte. Cependant il est tellement facile de dire "C'est la faute aux ondes"... Qu'on en viendrait presque à vouloir tout arrêter pour ne pas prendre de risque.

Exemple réel (qui m'insupporte au plus haut point) :
Je travail dans un musée située en sologne (la forêt à cheval sur les département du Cher et du Loir-et-Cher), à côté d'un observatoire de radioastronomie. Il y a de grandes structures métalliques qui servent à concentrer les ondes radios émises par les objets astrophysiques (pour plus de détails : http://www.poledesetoiles.fr/ et http://www.obs-nancay.fr/). Nous sommes loin des villes, au milieu des arbres, et pour protéger les instruments il est interdit d'allumer un dispositif de communication sans fil (wifi, téléphone portable, talkie, clavier sans fil, etc.) à 1km à la ronde, et pas d'antenne relais téléphonique à 5km à la ronde (arrêté préfectoral). Donc un ciel radio particulièrement pur.
Et bien l'entreprise qui est venue coller les lettres du logo du musée a osé prétendre (pour dissimuler son incompétence parce que ces lettres se décollaient), que "ça n'arrivait jamais et que c'était surement lié aux ondes", fait absolument impossible puisque justement il y en a moins qu'ailleurs.

Cette petite histoire pour illustrer l'appropriation de 3-4 notions pseudo scientifiques par n'importe qui pour justifier n'importe quoi. (Attention je ne te vise absolument pas).

Enfin, pour chipoter un peu : l'impact du bois sur les ondes radio est connu et flagrant : l'observatoire de radioastronomie de Nançay s'est installé (en 1953) au milieu de la forêt pour être justement protégé des pollutions radios en tout genre, et les instruments qui dépassent la cime des arbres sont nettement plus sujets aux perturbations que ceux situés au ras du sol. Donc c'est cohérent qu'une structure en bois comme ton "dôme" ait un impact sur la propagation des ondes radios. (je ne me prétend pas plus intelligents que les gars du CEA hein, je ne fais que répéter les informations fournies par les chercheurs et ingénieurs de l'observatorie de Nançay :wink: )
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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Niemal » 17 mai 2014, 18:45

Dramac a écrit :Cette petite histoire pour illustrer l'appropriation de 3-4 notions pseudo scientifiques par n'importe qui pour justifier n'importe quoi. (Attention je ne te vise absolument pas).


Pas de problème, je ne me suis pas senti visé, et je rencontre aussi moi-même des "pseudo-explications" scientifiques qui montrent que les gens traitent la science comme une religion. De nombreuses grosses entreprises l'ont bien compris et savent qu'une campagne médiatique a bien plus d'impact qu'une étude scientifique rigoureuse seulement parue dans un journal scientifique : qui maîtrise l'information peut faire avaler n'importe quoi aux foules, y compris que le tabac ou l'alcool sont bons pour la santé, contre l'avis des scientifiques indépendants...

Sur ce sujet, je te rejoins donc parfaitement, je dirais même que nous sommes sur la même longueur d'onde ;)

Dramac a écrit :Enfin, pour chipoter un peu : l'impact du bois sur les ondes radio est connu et flagrant : l'observatoire de radioastronomie de Nançay s'est installé (en 1953) au milieu de la forêt pour être justement protégé des pollutions radios en tout genre, et les instruments qui dépassent la cime des arbres sont nettement plus sujets aux perturbations que ceux situés au ras du sol. Donc c'est cohérent qu'une structure en bois comme ton "dôme" ait un impact sur la propagation des ondes radios. (je ne me prétend pas plus intelligents que les gars du CEA hein, je ne fais que répéter les informations fournies par les chercheurs et ingénieurs de l'observatorie de Nançay :wink: )


Je ne connaissais pas cet exemple de l'effet d'un boisement sur les ondes radio. Cela étant, tu vas un peu vite en besogne : ne confonds pas boisement et bois. Les arbres vivants sont à majorité (60 %) constitués d'eau, elle-même source de radioactivité naturelle, sans parler des éléments tirés du sol par les arbres, dont certains sont radioactifs. La traversée d'une certaine épaisseur d'êtres vivants radioactifs - les arbres - doit donc perturber les ondes. Cela étant j'aimerais bien savoir si cela a été analysé et expliqué, voire mesuré. Mais ma maison représente une barrière de seulement 30 cm d'épaisseur de bois ou écorce (liège) secs (~ 12 % d'humidité), et je suis en sommet de coteau. Cela représente un obstacle très inférieur à celui d'un mur de maison en béton classique. Or il semble que j'aie bien plus de problèmes que la moyenne, sans parler de l'impossibilité d'expliquer l'espèce de "gradient" de l'intérieur de la maison vers l'extérieur, bien qu'on puisse l'imaginer au niveau de la baie vitrée.

Donc je ne crois pas que ta proposition tienne question cohérence, même si la présence de boisements alentours pourrait avoir une influence. De plus, dans le cadre de mon travail, j'appelle / suis appelé régulièrement (plusieurs fois par jour en moyenne) par des entrepreneurs forestiers sur leur portable. Et je n'ai pas constaté de problèmes liés aux seuls arbres. Au relief, oui, les gens en montagne étant parfois injoignables. Mais le couvert forestier, s'il a une action sur les ondes, est trop faible pour être un réel problème pour les portables amha, au contraire des instruments très sensibles d'un observatoire de radioastronomie.

La morale de toute cette histoire, et tu l'as bien saisie, c'est qu'il y a beaucoup de choses à découvrir et expliquer, et que tu as du pain sur la planche ! Quel beau métier que celui de chercheur... Même si mon père te dirait que le milieu de la recherche est loin d'être parfait, et bien trop pollué par des considérations parfois tout sauf scientifiques...

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A trop taper sur le berceau de la vie...

Message non lupar Niemal » 24 juin 2014, 10:00

Il faut savoir qu'on vient tous, même si c'était il y a longtemps, des océans. Et que ces derniers représentent encore une énorme source de nourriture, de services divers, mais aussi d'oxygène - près de la moitié de celui que nous respirons. Bref, notre destin est intimement lié à celui des océans, et la santé de ces derniers est un bon indicateur de la santé de la planète et de son avenir. Et pourtant, nous avons là un grand malade devant lequel les médecins tirent la sonnette d'alarme en prédisant le pire si rien n'est fait rapidement.

C'est ce qui résulte d'une étude rendue publique par la Commission océan mondial, dont Le Monde se fait l'écho dans un article intitulé Un appel pour sauver la haute mer, un « Etat en déliquescence ». Il est disponible à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html mais je le recopie plus bas. Néanmoins, je vous recommande d'aller le voir pour profiter du graphique sur l'impact de la pêche mondiale que je n'ai pas recopié. Et dites-vous surtout que tout cela va très vite : en 70 ans, on est passé d'océans en bonne santé à des malades dans un état grave. A tel point que ce rapport de la Commission a dans son titre le terme de "plan de sauvetage" - tout un symbole, qu'il ne faudrait pas négliger.

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L’océan va mal. Il faut le dire, le marteler à coups de prises de position solennelles, de cris d’alarme, de démonstrations d’experts. Le travail que la Commission océan mondial rend public mardi 24 juin à New-York tient de tout cela à la fois. Au sein de cette instance lancée en février 2013 un aréopage de dix-huit politiques de haut rang (parmi lesquels l'ancien directeur de l'Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy ou encore l'ex-premier ministre canadien Paul Martin) et des chefs d'entreprise sonne l’alerte.

« Il n’est pas exagéré d’affirmer que toute forme de vie sur Terre, y compris notre survie, dépend du bon état et des richesses de l’océan, écrivent ses membres. (…) Nous sommes des milliards à en avoir besoin comme source d’aliments, d’oxygène, de stabilité climatique, de pluie, d’eau potable, de transport et d’énergie, de loisirs et de moyens de subsistance. » Leur message s’adresse en particulier aux dirigeants des Etats qui vont se retrouver lors de la 69e Assemblée générale des Nations unies, à partir de septembre.

Dans son rapport intitulé « Du déclin à la restauration : un plan de sauvetage pour l’océan mondial », la Commission océan mondial reprend des données déjà connues pour la plupart. Mais, mises bout à bout, celles-ci tracent un tableau cru de la situation : peut-être pas irréversible, mais indubitablement alarmant.

PILLER LES RICHESSES SOUS LA SURFACE

A juste titre, les cosignataires déclinent le concept d’un « océan mondial », autrement dit d’une entité globale qui ne connaît pas les frontières. La haute mer, au-delà des zones côtières, illustre parfaitement cet enjeu commun, dans son immensité – elle couvre 64 % de la surface des mers, 45 % de la planète – et sa vulnérabilité. Or elle « est semblable à un Etat en déliquescence. Une piètre gouvernance et l’absence de contrôles et de gestion impliquent que des ressources précieuses sont non protégées ou dilapidées, » a estimé David Miliband, coprésident de la Commission et ancien ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni, en présentant le texte.

Navires de plus en plus puissants, forages de plus en plus profonds : la haute mer n’est plus inaccessible, mais elle ne bénéficie toujours pas d’une juridiction internationale pour la protéger. Pourtant elle aiguise toutes les convoitises avec ses trésors : gaz, pétrole, minéraux rares, ressources génétiques. Pour l’ancien ministre d’Afrique du Sud Trevor Manuel, cela signifie qu’« en l’absence d’une gouvernance adéquate, une minorité continuera à abuser de la liberté en haute mer, à piller les richesses qui se trouvent sous sa surface, à prélever une part non équitable et à en tirer profit aux dépens du reste du monde, en particulier des plus pauvres. »

Il y a donc urgence à lancer des négociations internationales pour se doter de règles communes sous l’égide de l’ONU. C’est en fait toute une architecture de gouvernance qu’il faudrait créer avec un haut fonctionnaire chargé de toutes les questions relevant de l’océan et du droit, une organisation par grandes régions du monde, des ministres de l’océan au sein des gouvernements nationaux. Il reste à mettre en place, en outre, un « Conseil de responsabilité de l’océan mondial » qui permettrait de mesurer les progrès accomplis dans les prochaines années… et de demander des comptes à ceux qui exploitent la haute mer.

Dans l’économie de la pêche aussi ce sont les plus puissants qui raflent la mise. Dix Etats se partagent à parts inégales la majorité des stocks de poissons de haute mer, tandis que les villages de pêcheurs voient leurs ressources fondre. « Pour attraper une tonne de poissons, les navires ont besoin de deux fois plus d’énergie aujourd’hui qu’il y a 60 ans », rappellent les rapporteurs, ce qui signifie qu'on s'aventure de plus en plus loin. On pêchait 3 millions de tonnes environ en 1900, 16,8 millions en 1950, 86,4 millions lors du pic de 1996. L'activité ne dépasse plus 80 millions de tonnes depuis.

Sur ce total, 10 millions de tonnes sont prélevées en haute mer, ce qui représente environ 15 % de la valeur marchande totale du secteur (soit 11,8 milliards d’euros). Cela n’est rendu possible qu’à grand renfort de subventions. Les auteurs demandent aux Etats de mettre fin aux financements publics qui permettent aux flottes industrielles de naviguer plus au large, plus longtemps et de lancer leurs chaluts de plus en plus profondément.

Ils leur recommandent de commencer par jouer la transparence totale à ce sujet (ce qui est déjà obligatoire en principe pour les pays membres de l’OMC) avant de supprimer progressivement dans les cinq ans qui viennent toutes les aides sur le carburant pour la pêche loin des côtes. De même doivent-ils cesser de soutenir toutes les pratiques destructrices : chalutage, filets dérivants, dispositifs de concentration de poissons…

NITRATES ET MÉTAUX LOURDS

La surcapacité actuelle encourage en outre la pêche illégale, estiment les rapporteurs. Ils souhaiteraient notamment que chaque navire opérant loin des côtes soit doté d’un numéro d’identification permettant d’en identifier le véritable propriétaire. Ils demandent que le transbordement des caisses de poissons en pleine mer soit interdit, que les Etats échangent leurs informations…

Las, « il est évident que la volonté politique de résoudre ce problème fait défaut », soulignent-ils. La plupart de leurs recommandations figuraient déjà dans le plan d’application de Johannesburg en 2002, puis dans la déclaration de Rio + 20… Les aires marines protégées promises depuis longtemps par les Etats par exemple ne couvrent encore que 1 % de la haute mer. Il faut donc relancer le chantier. « A moins d’enrayer le déclin de l’océan dans les cinq ans, la communauté internationale devra envisager de faire de la haute mer une zone de régénération interdite à toute exploitation jusqu’à la restauration de son état », envisage néanmoins l'ancien président du Costa Rica José María Figueres, qui copréside la Commission.

Sur les autres séries de menaces qui perturbent les écosystèmes marins, leurs propositions sont nettement moins précises. Malgré son éloignement, la haute mer recueille polluants organiques persistants, hydrocarbures, métaux lourds, nitrates, substances radioactives, débris marins (de pêche notamment).

Quant aux déchets plastiques, leur masse est multipliée grosso modo par dix tous les dix ans depuis 1950, causant de terribles hécatombes chez les tortues, les mammifères et oiseaux marins. Et on peut s’attendre à des marées grandissantes d’emballages jetables car la chute du prix des résines plastiques liée à celle du gaz devrait en décupler la production. Cette fois, les auteurs du texte se contentent d'en appeler à la mobilisation générale des gouvernements, du secteur privé, des consommateurs.

ON NE POURRA PAS RESPIRER SANS OXYGÈNE

Un tiers du pétrole et un quart du gaz naturel consommés dans le monde sont puisés sous la mer. Au sujet des forages offshore – un secteur industriel « très technique et opaque » –, la Commission plaide pour des réglementations internationales instaurant des normes environnementales et sécuritaires et pour une définition d'un niveau de « risque acceptable ». Rien de révolutionnaire donc. Ses membres évoquent surtout les indemnisations et les responsabilités à établir en cas de catastrophe, quitte à « impliquer les Etats afin de garantir que les opérateurs aient les moyens financiers suffisants pour payer d’éventuelles indemnités ».

Est-ce vraiment suffisant face aux conséquences effrayantes de pollutions qui se cumulent, de marées noires à répétition, alors que les zones mortes se multiplient sous la surface ? Comme le note la Commission, on peut s'obstiner à utiliser l'océan tout en le maltraitant. On peut ainsi continuer à tendre des câbles au fond d’étendues d’eau sans vie, à transporter à la surface 90 % du commerce mondial, mais on ne pourra pas respirer sans oxygène. Or, « l'écosystème le plus vaste au monde » produit presque la moitié de tout notre oxygène et absorbe plus d'un quart du dioxyde de carbone que nous émettons.

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Il n'y a pas que les océans qui sont pollués

Message non lupar Niemal » 24 juin 2014, 14:57

D'ordinaire je ne mets pas deux articles ici dans la même journée. Mais là, je ne peux pas m'en empêcher : après la pollution et la surexploitation des océans (cf. mon précédent post de ce matin), sans doute très éloignés de beaucoup de ceux qui lisent ce lignes, venons-en aux terres plus près de chez nous. Voici un nouvel article du Monde qui m'a immédiatement parlé, intitulé Le déclin massif des insectes menace l'agriculture, et qu'il est possible de lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html. Pourquoi m'a-t-il parlé autant ? Tout bonnement parce que ce que dit cet article, je le constate autour de moi depuis de nombreuses années. Même si je suis loin de les reconnaître tous, je constate la dégringolade des populations d'insectes et d'oiseaux tout autour de moi.

Le problème est que la nature ne peut fonctionner sans eux. Mais avant même d'en arriver là, la diminution des populations a un impact économique immédiat, comme l'article le montre : moins d'insectes et de plantes, c'est un écosystème plus fragile, moins productif, et une agriculture qui fonctionne moins bien. Ce qui oblige, dans la logique actuelle, à davantage d'intrants, de pesticides et de pollution... et à un coût plus élevé. Sans parler du fait que nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire : ces poisons que nous répandons partout, ils finissent dans notre corps. A petite dose, certes, mais beaucoup ne sont pas éliminés mais s'accumulent, dans les graisses entre autres. Pas besoin de dessin pour imaginer l'avenir...

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« Je pense que j'ai dû me réveiller vers le milieu des années 2000. Un jour, alors que je marchais près de chez moi, dans la garrigue, je me suis demandé où étaient passés les insectes, car il me semblait qu'il y en avait beaucoup moins qu'avant, raconte Maarten Bijleveld van Lexmond. Et puis j'ai réalisé qu'il y en avait aussi de moins en moins collés sur le pare-brise et la calandre de ma voiture. Presque plus, en fait. » En juillet 2009, dans sa maison de Notre-Dame-de-Londres (Hérault), le biologiste néerlandais, 77 ans, réunit une douzaine d'entomologistes partageant la même inquiétude.

Tous notent un déclin accéléré de toutes les espèces d'insectes depuis les années 1990. Selon eux, l'effondrement des abeilles domestiques n'est que la partie visible de ce phénomène aux conséquences considérables pour l'ensemble des écosystèmes.

« Au terme d'une longue journée de discussions, nous avons décidé d'examiner tout ce qui avait été publié dans la littérature scientifique sur les insecticides systémiques dits “néonicotinoïdes”, poursuit-il. Cette nouvelle génération de molécules, mise sur le marché dans les années 1990, nous semblait être un élément déterminant pour expliquer la situation. »

Encore fallait-il étayer ce soupçon. Au fil des mois, le petit groupe de chercheurs est devenu un consortium international – le Groupe de travail sur les pesticides systémiques (TFSP, pour Task Force on Systemic Pesticides) – d'une cinquantaine de scientifiques de 15 nationalités, pour la plupart universitaires ou chercheurs au sein d'organismes publics, ayant tous rejoint le groupe d'experts intuitu personae.

NOTRE ENVIRONNEMENT AGRICOLE ET NATUREL MENACÉ

Le résultat de leurs cinq années de travail, à paraître dans la prochaine édition de la revue Environmental Science and Pollution Research, devait être rendu public mardi 24 juin. « Les preuves sont très claires, affirme Jean-Marc Bonmatin (Centre de biophysique moléculaire du CNRS), membre du TFSP. Nous assistons à une menace pour la productivité de notre environnement agricole et naturel. Loin de sécuriser la production alimentaire, l'utilisation des néonicotinoïdes met en péril les pollinisateurs qui la rendent possible. »

Au total, les experts du TFSP ont passé en revue quelque 800 études publiées dans la littérature savante sur ces insecticides. Ils en ont tiré sept longues synthèses thématiques sur leurs modes d'action, leur devenir dans l'environnement, leurs impacts sur divers organismes, etc.

Ces molécules (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine, mais aussi fipronil) se partagent aujourd'hui environ 40 % du marché mondial des insecticides agricoles et représentent un marché de plus de 2,6 milliards de dollars (1,9 milliard d'euros). Elles se distinguent d'abord des précédentes générations par leur toxicité, 5 000 à 10 000 fois celle du célèbre DDT, par exemple.

Leur mode d'application est également différent. Ces produits sont en effet non seulement appliqués en pulvérisation, mais sont aussi utilisés en traitement des sols et en enrobage des semences, dans le cadre d'une utilisation systématique et préventive.

LES POPULATIONS DE NOMBREUSES ESPÈCES FRAGILISÉES

Or, une part importante – jusqu'à plus de 90 % – des quantités ainsi utilisées n'est pas absorbée par les plantes au cours d'une seule saison végétative. Ces produits s'accumulent ainsi dans les sols où ils persistent de plusieurs mois à plusieurs années. De plus, ajoutent les chercheurs, ces molécules sont hautement solubles dans l'eau et peuvent migrer et contaminer des zones n'ayant jamais été traitées.

Selon le TFSP, « il y a des preuves fortes que les sols, les cours d'eau et les plantes, dans les environnements urbains ou agricoles, sont contaminés, à des concentrations variables, par des mélanges de néonicotinoïdes, de fipronil et de leurs produits de dégradation ». Entre autres exemples, les experts du TFSP notent que de l'imidaclopride a été détecté dans 91 % de 74 échantillons de sols français analysés en 2005 : seuls 15 % des sites avaient été traités…

Les concentrations relevées ne conduisent généralement pas à une toxicité aiguë. Mais l'exposition chronique à ces faibles doses fragilise les populations de nombreuses espèces : troubles de reproduction, facultés de survie réduites, etc. Cette « contamination à large échelle » de l'environnement est, selon le TFSP, un « élément déterminant » dans le déclin des abeilles et joue un rôle « irréfutable » dans celui des bourdons. Pour les papillons, les tendances dégagées sont de l'ordre d'une réduction de moitié des populations européennes en vingt ans. Pour M. Bijleveld, le déclin en cours de l'ensemble de l'entomofaune relève d'un « effondrement brutal ».

« LE DÉCLIN DES INSECTES, C'EST AUSSI CELUI DES OISEAUX »

Son ampleur se mesure notamment sur les niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire. « Le déclin des insectes, c'est aussi le déclin des oiseaux, dont plus de la moitié sont insectivores », note François Ramade (université Paris-Sud), l'une des grandes figures de l'écotoxicologie française, cofondateur du TFSP. De fait, le programme de suivi européen ad hoc montre par exemple une perte de 52 % des oiseaux des champs au cours des trois dernières décennies – cependant, les auteurs se gardent d'attribuer l'ensemble de cette perte aux seuls insecticides systémiques, d'autres facteurs entrant en ligne de compte.

Une variété d'autres espèces importantes pour les écosystèmes est également affectée par ces substances. En particulier, les micro-organismes du sol et les lombrics, animaux essentiels au maintien de la fertilité des sols. L'ensemble des informations rassemblées par le TFSP ayant été publié, reste à comprendre comment des effets d'une telle magnitude ont pu demeurer si longtemps sous le radar des autorités sanitaires – à l'exception de l'Europe, qui a commencé, en 2013, à prendre des mesures. « Aujourd'hui, le savoir est fragmenté, juge Maarten Bijleveld. Il n'y a plus de généralistes. »

Le diagnostic de François Ramade est plus sévère. « La recherche en agronomie est sous la tutelle des pouvoirs publics, qui sont généralement soucieux de ne pas gêner l'activité économique et donc l'emploi, estime-t-il. De plus, les agences de sécurité sanitaire ne se sont guère préoccupées de ce problème car ces substances ne posent pas de graves problèmes pour l'homme. Il n'en reste pas moins qu'elles finiront par avoir un impact économique négatif important. »

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L'homme est un loup pour l'homme : vraiment ?

Message non lupar Niemal » 17 juillet 2014, 22:38

Pour une fois, l'article dont je vais parler n'est pas vraiment catastrophique, il sert surtout à remettre les choses à leur place. Plus un article d'information générale qui aidera ceux qui ne connaissent pas certaines statistiques à éviter de gober certaines images un peu trop facilement véhiculées par certains médias. Cela parle de la dangerosité du monde animal, plus exactement des statistiques de mortalité humaine en raison d'animaux sauvages (ou non). J'imagine que la plupart d'entre vous connaissent déjà en partie certains de ces chiffes, mais de les rassembler et les comparer jette tout de même un éclairage nouveau sur ce dont on doit se protéger.

L'article est un blog du monde ("Passeur de sciences") et il s'intitule Quel est l’animal le plus dangereux pour l’homme ?. Vous pouvez le consulter à http://passeurdesciences.blog.lemonde.f ... ur-lhomme/, ce que je vous recommande de faire pour le graphique que je n'ai pas recopié plus bas. Cela étant, le texte en est largement suffisant tout de même, et son auteur est un habitué de la vulgarisation : ça se lit bien, ce n'est pas trop long, les sources sont citées (liens dans l'article d'origine)... Je ne vois guère de défauts, et pas de quoi s'en priver.

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Il est assez rare que, dans ce blog, j'écrive autre chose que des comptes-rendus d'études scientifiques qui ont excité ma curiosité et que j'ai eu envie de partager. Mais il est aussi des moments où l'actualité pose des questions énervantes, auxquelles le rappel de faits simples répond avec lumière. Par deux fois, au cours des derniers jours, on s'est demandé comment agir avec ces animaux dangereux pour l'homme ? Il y a eu cette alerte aux requins sur les côtes catalanes qui faisait un écho méditerranéen aux attaques de surfeurs très médiatisées à La Réunion de ces derniers mois. Quelques jours avant, le 10 juillet, il y a eu l'autorisation donnée aux éleveurs, lors du vote du projet de loi sur l'agriculture, d'abattre des loups en France. Mon confrère Stéphane Foucart a consacré à cette information sa dernière chronique, où il démonte quelques idées reçues sur la perception que les Français ont du loup. Et puis, dans les réactions à son article, je suis tombé sur un commentaire vibrant d'intelligence : "Dans un monde normal, on se défend, on se laisse pas manger."

Certes. Défendons-nous, donc, me suis-je dit. Mais contre qui ? Quels sont les animaux les plus dangereux pour l'homme dans ce "monde normal" qu'est notre planète (où, même si là n'est pas la question du jour, il n'est pas inutile de rappeler qu'Homo sapiens est de loin le prédateur le plus dangereux pour toutes les autres espèces animales) ? Quelle est la place du loup, celle du requin, dans le palmarès des bestioles assassines ? J'ai trouvé un début de réponse, sous la forme d'une infographie que je reproduis ci-dessous, sur le blog de... Bill Gates.

La légende de cette infographie précisant que les calculs avaient de grandes marges d'erreur, j'ai pris un peu de temps pour recouper les informations et vous donner d'autres chiffres ainsi que des sources plus précises. Commençons donc, par nos grands "ennemis", le loup et le requin. Pour le premier, je me réfère à une vaste étude internationale publiée en 2002. Sur le demi-siècle 1950-2000, elle a comptabilisé 331 attaques mortelles dues à Canis lupus dans le monde entier. Ce qui fait, en moyenne, un peu moins de sept morts par an, l'essentiel des victimes se trouvant en Inde. Sur ces cinquante ans, le loup a causé en Europe neuf décès humains (donc cinq de la rage) dont zéro en France. Pour les requins, j'ai consulté le site Internet de l'International Shark Attack File (ISAF). Le bilan 2013 a été de dix personnes tuées suite à des attaques de squales soit, précise le résumé, plus que la moyenne de six victimes recensées pendant la décennie 2003-2012. Voilà, les grands tueurs qui nous effraient, font, bon an mal an, moins de vingt morts.

Alors, on peut ajouter les autres grosses bêtes comme les fauves, les attaques d'éléphants, celles d'hippopotames ou de crocodiles (à ce sujet, le chiffre de 1 000 tués que l'on trouve dans le tableau est très supérieur à celui du site comptabilisant les attaques de crocodiliens, lequel a recensé 143 morts en 2013 dans le monde). Au total, on ne dépasse pas les deux mille victimes.

En réalité, les animaux les plus dangereux pour l'homme sont petits, voire minuscules. On trouve bien sûr les serpents venimeux, avec des estimations très variables, allant de 20 000 à 94 000 décès selon une étude parue en 2008 dans PLoS Medicine. Puis viennent des auxiliaires de la Camarde que l'on n'attend pas toujours, chiens, écureuils, chauves-souris, ratons-laveurs, renards, tous animaux porteurs de la rage qui, selon une très vaste étude internationale sur les causes de la mortalité dans le monde, publiée en 2010 dans The Lancet, est responsable d'un peu plus de 26 000 morts chaque année. C'est de ce même article, très complet, que je tire les chiffres suivants : le ver Ascaris lumbricoides compte 2 700 morts humains à son tableau de chasse ; la mouche tsé-tsé (maladie du sommeil) et le triatome (insecte vecteur de la maladie de Chagas) tuent respectivement 9 000 et 10 000 personnes par an ; le phlébotome, autre insecte, porteur du parasite provoquant la leishmaniose, provoque le décès de 52 000 personnes (l'Organisation mondiale de la santé (OMS) donne une fourchette plus basse de 20 000 à 30 000).

Et puis, comme vous l'avez vu sur l'infographie, il y a Terminator. Le vrai tueur, c'est lui, le moustique, ou plutôt les moustiques, vecteurs de diverses joyeusetés comme le paludisme (entre 600 000 et 1,17 million de morts suivant les estimations), la dengue (14 600 décès), la fièvre jaune, l'encéphalite japonaise, le chikungunya, la fièvre à virus West Nile, etc. Tous les ans, les moustiques provoquent le décès de plusieurs centaines de milliers de personnes. Si l'on appliquait le tarif médiatique que l'on réserve aux attaques de requins, combien cela donnerait-il d'articles chaque année ? Et combien y en a-t-il vraiment ? Très peu, parce que l'essentiel de ces maladies touchent des pays pauvres et lointains et que la terrible loi médiatique du mort-kilomètre font que les journaux parleront beaucoup plus d'un malheureux garçon mort d'une infection digestive en colonie de vacances que des dizaines ou des centaines de milliers d'enfants africains succombant au paludisme chaque année. Parce que c'est arrivé près de chez vous.

Enfin, je n'ai pas voulu oublier un autre animal dangereux pour l'homme : lui-même. Les statistiques en la matière ne sont pas toujours simples à trouver et à utiliser. Evidemment, si l'on additionne les morts sur la route, les suicides et les différents types de violence, Homo sapiens fait mieux (ou plutôt pire) que les moustiques. En cette année 2014, où l'on commémore le centenaire du début de la Première Guerre mondiale et les 70 ans du Débarquement de Normandie, je me suis contenté des conflits armés et des homicides (hors guerre...). Pour les premiers, l'estimation la plus récente que j'aie pu trouver évoque le nombre de 55 000 morts par an. Pour les violences non guerrières, l'étude du Lancet parle de 456 000 homicides annuels. Soit un total qui dépasse largement le demi-million. Tout cela dans un "monde normal", pour reprendre l'expression du commentaire que j'ai cité au départ. Un total à rapprocher des victimes du requin et du loup. Quand on dit que l'homme est un loup pour l'homme, c'est vraiment insultant pour le loup.

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Petit point sur le changement climatique

Message non lupar Niemal » 11 septembre 2014, 13:06

C'est peut-être l'occasion de faire un petit point sur l'évolution du changement climatique. Cela tombe bien, l'Organisation Météorologique Mondiale vient de le faire pour nous. Cela a donné lieu à divers articles çà et là, je n'ai que l'embarras du choix. Je vais copier ici l'article d'Actu-Environnement intitulé Climat : l'OMM pointe une accélération de la hausse de la concentration atmosphérique de CO2, et qu'on peut lire à http://www.actu-environnement.com/ae/ne ... xtor=EPR-1. Je vous recommande tout de même d'aller le lire sur site, vous pourrez profiter des quelques liens qui permettent d'approfondir certains sujets.

Cela étant, l'article est factuel et ne prend pas en compte ce que l'on sait déjà à travers d'autres études : en gros, les capacités d'absorption du CO2 et autres gaz à effet de serre par les êtres vivants terrestres ou aquatiques devraient diminuer à l'avenir en raison d'un climat plus agressif ou de l'acidité croissante de l'océan. Sans parler du relargage de méthane du pergélisol et du fond des océans lié au réchauffement global, que l'on commence à constater. Certains chercheurs avancent qu'il existe un seuil au-delà duquel la machine planétaire s'emballera toute seule et entraînera l'augmentation des gaz à effet de serre même si nous ne sommes plus là. Mieux vaut avoir changé nos habitudes avant, surtout qu'on ne sait pas si ce seuil ne pourrait pas être près de nous...

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La hausse de la concentration atmosphérique de CO2 s'accélère, déplore l'OMM dans son bulletin annuel. Cette accélération serait due à la réduction des quantités de CO2 absorbées par la biosphère conjuguée à la hausse des émissions mondiales.

Le 9 septembre, à l'occasion de la publication de son bulletin annuel sur les gaz à effet de serre (GES), l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a fait état d'une accélération de la hausse de la concentration de CO2 dans l'atmosphère en 2013. En conséquence, la teneur de l'atmosphère en GES atteint un nouveau sommet.

"Les observations effectuées par le réseau de la veille de l'atmosphère globale (VAG) de l'OMM révèlent que le taux d'accroissement du CO2 atmosphérique entre 2012 et 2013 représente la plus forte augmentation interannuelle de la période 1984-2013", indique l'OMM, précisant que "des données préliminaires laissent supposer que cela pourrait être dû à la réduction des quantités de CO2 absorbées par la biosphère terrestre alors que les émissions de ce gaz continuent de croître". L'océan absorbe aujourd'hui environ le quart des émissions totales de CO2 et la biosphère un autre quart, limitant ainsi l'accroissement du CO2 atmosphérique, rappelle l'OMM.

"Le bulletin sur les gaz à effet de serre souligne que la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, loin de diminuer, a augmenté l'an dernier à un rythme inégalé depuis près de 30 ans", a résumé le Secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud, ajoutant : "Nous devons inverser cette tendance en réduisant les émissions de CO2 et d'autres gaz à effet de serre dans tous les domaines d'activité. Le temps joue contre nous".

400 ppm de CO2 dès 2015 ou 2016 ?

"En 2013, en moyenne mondiale, la teneur de l'atmosphère en CO2 était de 396,0 parties par million (ppm), soit 2,9 ppm de plus qu'en 2012", explique l'OMM. L'organisation onusienne souligne que la hausse de la concentration enregistrée en 2013 "représente la plus forte augmentation interannuelle de la période 1984-2013". Cette concentration de CO2 représente 142% de ce qu'elle était à l'époque préindustrielle, c'est-à-dire autour de 1750.

L'annonce intervient alors que le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) estime qu'il faut limiter la concentration de GES à 450 ppm en 2050 pour avoir de bonnes chances de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, conformément à l'objectif politique adopté par la communauté internationale à Copenhague en 2009. Selon l'OMM, au rythme actuel, la concentration du seul CO2 dans l'atmosphère atteindrait 400 ppm en 2015 ou 2016.

Pour Michel Jarraud, qui estime que "plaider l'ignorance ne peut plus être une excuse pour ne pas agir", le constat dressé par l'OMM fournit aux décideurs des éléments scientifiques sur lesquels ils peuvent s'appuyer pour limiter à 2°C la hausse des températures.

Les autre GES suivent le même chemin

Parmi les autre GES, l'OMM constate que la concentration de méthane (CH4) dans l'atmosphère poursuit sa hausse constatée depuis 2007. En 2013, la concentration atmosphérique du deuxième plus important gaz à effet de serre a atteint 1.824 parties par milliard (ppb) environ. L'OMM pointe "l'accroissement des émissions anthropiques", c'est-à-dire des émissions de l'élevage de bétail, de la riziculture, de l'exploitation des combustibles fossiles, des décharges, ou encore de la combustion de biomasse. Ces émissions représentent environ 60% des rejets mondiaux de méthane, le solde étant lié à des phénomènes naturels. En 2013, la concentration atmosphérique de méthane représentait 253% de ce qu'elle était à l'époque préindustrielle.

Quant à la concentration atmosphérique du protoxyde d'azote (N2O), elle atteint quelque 325,9 parties par milliard en 2013. Si cette concentration est nettement plus faible que celles des deux autres gaz, son impact sur le climat "est 298 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2)", rappelle l'OMM. Les activités humaines, telles que la combustion de la biomasse, l'usage d'engrais et certains processus industriels, comptent pour environ 40% des émissions mondiales. En 2013, la concentration de protoxyde d'azote dans l'atmosphère représentait 121% de celle de l'époque préindustrielle.

L'acidification des océans, l'autre raison d'agir

Par ailleurs, le bulletin de l'OMM a été enrichi d'une nouvelle section sur l'acidification des océans. L'océan absorbe aujourd'hui le quart des émissions anthropiques de CO2, limitant ainsi l'accroissement du CO2 atmosphérique causé par l'exploitation des combustibles fossiles, rappelle l'organisation. Or, l'absorption de quantités accrues de CO2 par les mers modifie le cycle des carbonates marins et entraîne une acidification de l'eau de mer. "Celle-ci est déjà mesurable vu que les océans absorbent environ 4kg de CO2 par jour et par personne", explique l'OMM.

Par ailleurs, l'organisation souligne que le rythme actuel d'acidification des océans "semble sans précédent depuis au moins 300 millions d'années, si l'on en croit les données indirectes livrées par les paléo-archives". Et d'ajouter que ce phénomène continuera de s'accélérer au moins jusqu'au milieu du siècle, d'après les projections établies à l'aide de modèles.

Pour Wendy Watson-Wright, secrétaire exécutive de la commission océanographique intergouvernementale de l'Unesco, "si l'on estime que le réchauffement planétaire n'est pas une raison suffisante de réduire les émissions de CO2, il devrait en être autrement pour l'acidification des océans, dont les effets se font déjà sentir et ne feront que se renforcer dans les décennies à venir".

Parmi les conséquences attendues, figure l'influence néfaste de l'acidité sur la calcification des coraux, des algues, des mollusques et de certains planctons.

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L'homme, un destructeur qui s'ignore de moins en moins

Message non lupar Niemal » 30 septembre 2014, 08:07

Que l'homme soit un destructeur de notre planète, ce n'est plus vraiment une nouveauté. Mais quand on voit la vitesse et l'impact de cette destruction, cela laisse à réfléchir. Ainsi, selon un indice calculé grâce au suivi de plus de 10000 populations animales, on arrive à mesurer qu'en seulement 40 ans, l'homme a provoqué la mort de plus de 50 % de ces animaux, pas moins ! C'est ce qui ressort du dixième rapport Planète Vivante du WWF, établi avec divers organismes indépendants, et dont une présentation est faite dans un article du Monde, La Terre a perdu la moitié de ses populations d'espèces sauvages en 40 ans (http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html).

Ce chiffre découle de la destruction d'habitats et la surexploitation des ressources de la terre, dont nous entamons le capital. Rappelons également que l'empreinte écologique de l'humanité correspond à une Terre et demie : ce que nous demandons à notre planète n'est pas durable et l'épuise, notamment à travers l'utilisation des ressources fossiles. Mais les menaces sur l'eau sont également très présentes à court terme, et l'on ne parle même pas de la menace à long terme induite par le changement climatique. Je vous recopie cet article plus bas, mais je vous conseille d'aller le lire directement pour profiter de divers graphiques très parlants qu'il comporte. Et je rappelle, ce que ne dit pas l'article, que l'une des premières causes de cet impact catastrophique, c'est d'abord notre alimentation. On peut donc tous faire quelque chose s'il l'on veut se donner un avenir, sans même parler de celui de nos enfants...

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La planète est malade, et sa guérison semble de plus en plus incertaine. La pression exercée par l'humanité sur les écosystèmes est telle qu'il nous faut chaque année l'équivalent d'une Terre et demie pour satisfaire nos besoins en ressources naturelles, tandis que le déclin de la biodiversité est sans précédent. Ce sont les conclusions alarmantes du Fonds pour la nature (WWF), dans la dixième édition de son rapport Planète Vivante, le bilan de santé le plus complet de la Terre.

Ce rapport bisannuel, réalisé avec la société savante Zoological Society of London et les ONG Global Footprint Network et Water Footprint Network, et présenté à l'Unesco mardi 30 septembre, se fonde sur trois indicateurs. Le premier, l'indice planète vivante (IPV), mesure l'évolution de la biodiversité à partir du suivi de 10 380 populations (groupes d'animaux sur un territoire) appartenant à 3 038 espèces vertébrées de mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons.

Résultat : les effectifs de ces espèces sauvages ont décliné de 52 % entre 1970 et 2010. Autrement dit, la taille de ces populations a fondu de moitié en moins de deux générations, ce qui représente un recul beaucoup plus marqué que celui précédemment estimé (– 28 %). Dans le détail, les espèces d'eau douce sont les plus durement touchées avec une chute de 76 % entre 1970 et 2010, contre un déclin de 39 % pour les espèces marines et les espèces terrestres.

« Nous avons enrichi notre base de données d'un millier de populations, mais surtout, nous avons changé de méthodologie, explique Christophe Roturier, directeur scientifique du WWF France. Nous avions auparavant surreprésenté dans notre indice les espèces de mammifères et d'oiseaux par rapport aux reptiles, amphibiens et poissons. Nous avons donc pondéré chaque espèce par rapport à sa réelle importance dans les écosystèmes. »

Si ce déclin touche l'ensemble du globe, les pertes les plus lourdes sont observées sous les tropiques (– 56 % contre – 36 % dans les zones tempérées). L'Amérique latine est la région la plus affectée (– 83 %), suivie par l'Asie-Pacifique. Au contraire, dans les aires terrestres protégées, l'IPV a diminué de « seulement » 18 %. Le déclin de la biodiversité touche davantage les tropiques (– 56 %) que les zones tempérées (– 36 %).

Les principales menaces pesant sur les espèces sauvages sont la disparition et de la dégradation de leurs habitats (du fait de la déforestation, de l'urbanisation ou encore de l'agriculture), la chasse et la pêche (intentionnelle, à des fins alimentaires ou sportives, ou accidentelle comme les prises accessoires), la pollution et le changement climatique, dont les effets devraient être de plus en plus forts.

L'HUMANITÉ CONSOMME 1,5 TERRE

Second indice du rapport, l'empreinte écologique mesure la pression qu'exerce l'homme sur la nature. Elle calcule précisément les surfaces terrestres et maritimes nécessaires pour produire chaque année les biens et services que nous consommons (nourriture, combustibles, espace pour les constructions, etc) et absorber les déchets que nous générons.

Selon le WWF, l'empreinte écologique de l'humanité atteignait 18,1 milliards d'hectares globaux (hag, hectares de productivité moyenne) en 2010, soit 2,6 hag par personne. Le problème, c'est que cette empreinte mondiale, qui a doublé depuis les années 1960, excède de 50 % la biocapacité de la planète, c'est-à-dire sa faculté à régénérer les ressources naturelles et absorber le CO2, qui elle, s'élevait à 12 milliards de hag (1,7 hag par personne). Au final, en 2010, l'humanité a utilisé l'équivalent d'une planète et demie pour vivre, et a donc entamé son « capital naturel ». La moitié de cette surconsommation est imputable aux émissions de CO2 (53 %), en grande partie dus aux combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel).

Ce « dépassement », où ce jour à partir duquel l'humanité vit à crédit – qui intervient de plus en plus tôt dans l'année – est possible car nous coupons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, nous prélevons plus de poissons dans les océans qu'il n'en naît chaque année, et nous rejetons davantage de carbone dans l'atmosphère que les forêts et les océans ne peuvent en absorber. Conséquence : les stocks de ressources s'appauvrissent et les déchets s'accumulent plus vite qu'ils ne peuvent être absorbés ou recyclés, comme en témoigne l'élévation de la concentration de CO2 dans l'atmosphère.

« Si l'innovation technologique, telle que l'amélioration de l'efficacité de la consommation des ressources et de l'énergie peut permettre de réduire le dépassement, elle nous expose aussi à de nouveaux dilemmes : ainsi, la progression de la biocapacité agricole grâce à l'emploi d'engrais et à la mécanisation s'est-elle effectuée en consommant davantage de combustibles fossiles, donc en augmentant l'empreinte carbone », prévient le rapport.

LE KOWEÏT, PLUS FORTE EMPREINTE ÉCOLOGIQUE PAR HABITANT

Quels pays exercent la plus grande pression sur les écosystèmes ? Ce sont ceux qui émettent le plus de CO2 : la Chine, les Etats-Unis, l'Inde, le Brésil et la Russie. A eux cinq, ils pèsent près de la moitié de l'empreinte écologique mondiale.

Ramené par habitant, cet indice donne un classement très différent. Cette fois, ce sont les pays aux revenus les plus élevés qui sont les plus fautifs. Ainsi, l'empreinte écologique record par tête est détenue par le Koweït (10,5 hag par habitant, soit 6 fois ce que la Terre peut produire), suivi du Qatar, des Emirats arabes unis, du Danemark et de la Belgique, qui se situent autour de 8 hag par habitant. La France se classe à la 23e position, avec 4,5 hag, soit bien plus que la moyenne mondiale (2,6) ou que la biocapacité de la Terre (1,7). L'Afghanistan, Haïti, l'Erythrée, la Palestine et le Timor oriental possèdent quant à eux l'empreinte la plus faible, avec environ 0,4 hag par habitant.

TROP D'EAU CONSOMMÉE

Enfin, le troisième indice du rapport Planète vivante, l'empreinte eau permet de saisir l'ampleur des volumes d'eau douce (prélevée dans les lacs, rivières, réservoirs et aquifères) et d'eau de pluie nécessaires à nos modes de vie. La production agricole engloutit 92 % de l'empreinte eau globale, devant la production industrielle (4,4 %) et les usages domestiques (3,6 %).

Si l'Inde et la Chine sont en tête (avec les Etats-Unis) des pays ayant la plus forte empreinte eau, c'est qu'elles exportent massivement des biens intensifs en eau, qu'ils soient agricoles ou industriels, à destination des pays développés. Ce qui augmente les pressions sur des zones fragiles souvent dépourvues de politiques de conservation de cette ressource rare. Aujourd'hui, plus d'un tiers de la population mondiale, soit environ 2,7 milliards de personnes, vit dans des bassins fluviaux connaissant une grave pénurie d'eau pendant au moins un mois par an.

Cette tendance devrait aller en s'aggravant avec l'augmentation de la population, qui a déjà doublé depuis 1950, pour atteindre 7 milliards en 2011, et devrait encore croître à 9,3 milliards en 2050. « L'humanité peut réussir à décorréler son développement de son empreinte écologique, assure Philippe Germa, directeur général du WWF France. Il faut pour cela préserver le capital naturel, notamment en arrêtant de surexploiter les stocks halieutiques, produire mieux, avec moins d'intrants et de déchets et plus d'énergies renouvelables, et réorienter les flux financiers, en prenant en compte les coûts environnementaux et sociaux. »

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La pollution nous rend con !

Message non lupar Niemal » 10 décembre 2014, 23:07

Cela faisait un moment que je n'avais rien mis ici, tant les mauvaises nouvelles sont nombreuses et un peu toujours les mêmes. Mais là c'est une nouvelle pièce du détestable puzzle de notre société moderne qui s'imbrique parfaitement aux autres. C'est ce qu'on apprend en lisant l'article du Monde La pollution met en danger le cerveau, qu'on peut lire à http://www.lemonde.fr/medecine/article/ ... 50718.html. Bon, en fait, que la pollution génère des troubles qui affectent le développement de notre intelligence, entre autres choses, rien de bien nouveau. Mais que l'augmentation de cet impact dans le temps soit mesurée et si rapide, c'est déjà beaucoup plus inquiétant !

Je copie l'article plus bas pour que vous puissiez en profiter. Il a des parties plus techniques et d'autres qui parleront à tout le monde. Mais n'hésitez pas à aller directement sur la page du journal car les graphiques sont assez parlants et résument très bien l'ampleur du problème, qui est qualifié d'exponentiel. Le lien possible entre l'augmentation de la pollution et des problèmes de santé voire de société se fait de plus en plus consistant. Déjà que nos dirigeants ne brillent pas par l'exemplarité de leurs décisions, on ne peut qu'être inquiets quand on voit le boulet que devront traîner les générations suivantes, amenées à les remplacer... Encore de bons arguments pour faire attention à ce qu'on achète, à son hygiène de vie, à la qualité de son environnement. Mais la marge de manœuvre n'est pas forcément grande pour tous.

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Des enfants exposés in utero à des niveaux élevés de deux phtalates présentent en moyenne un quotient intellectuel (QI) inférieur de plus de six points à celui d’enfants moins exposés. Cette conclusion préoccupante est le fruit d’une étude au long cours, conduite par des chercheurs de l’université Columbia (New York), et publiée mercredi 10 décembre dans la revue PLoS One.

Les phtalates sont des plastifiants présents dans de nombreux produits courants – objets en PVC, textiles imperméables, cuirs synthétiques, mais aussi rouges à lèvres et à ongles, bombes de laque ou certains shampooings. Ils sont interdits dans les jouets, en Europe comme aux Etats-Unis, mais rien n’est fait pour éviter l’exposition des femmes enceintes.

L’étude a porté sur 328 New Yorkaises, dont l’urine a été analysée au cours du troisième trimestre de grossesse pour y mesurer la concentration en quatre phtalates. Les tests de QI ont été réalisés auprès de leurs enfants à l’âge de sept ans. Pour les 25 % de ceux nés de mères dont les taux de DnBP et DiBP étaient les plus élevés, le QI était respectivement de 6,6 et 7,6 points inférieur à celui du quart des enfants dont la mère montrait la concentration la plus basse de ces deux phtalates. L’étendue des concentrations n’avait rien d’inhabituel et se situait dans l’échelle de celles mesurées au niveau national par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).

« L’ampleur de ces différences de QI est troublante, note Robin Whyatt, qui a dirigé l’étude. Une baisse de six ou sept points pourrait avoir des conséquences substantielles sur la réussite scolaire et le potentiel professionnel de ces enfants. »

Cette étude n’est que la dernière en date d’un corpus toujours plus vaste de travaux qui pointent l’impact sur le développement cérébral de différents polluants, au premier titre desquels figurent les perturbateurs endocriniens. La montée de l’incidence de l’autisme pourrait être l’un des symptômes de l’imprégnation de la population – notamment de l’enfant à naître – par ces produits chimiques.

De toutes les maladies non transmissibles, l’autisme est l’une de celles dont la fréquence augmente le plus rapidement. Si vite qu’il est même difficile d’y croire. En mars, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, l’équivalent de notre Institut de veille sanitaire (InVS), rendaient publiques les dernières estimations de la prévalence des troubles du spectre autistique chez les garçons et les filles de 8 ans aux Etats-Unis. Selon ces chiffres, un enfant sur 68 est désormais touché par cet ensemble de maladies du développement, regroupant l’autisme profond, les syndromes de Rett et d’Asperger, etc.

Augmentation quasi exponentielle

Le plus impressionnant n’est pas tant le chiffre lui-même, que la rapidité de son évolution : il est supérieur de 30 % à celui publié seulement deux ans auparavant (un enfant sur 88) par le même réseau de surveillance mis en place par les CDC, et a plus que doublé en moins d’une décennie. Au cours des vingt dernières années, les données américaines suggèrent une augmentation quasi-exponentielle de ces troubles, aujourd’hui diagnostiqués « vingt à trente fois plus » que dans les années 1970, selon le rapport des CDC. 40 % de ces enfants dépistés aux Etats-Unis présentent un quotient intellectuel (QI) inférieur à 70.

D’autres troubles neuro-comportementaux sont également en forte croissance ces dernières années. Outre-Atlantique, l’hyperactivité et les troubles de l’attention touchaient, selon les chiffres des CDC, 7,8 % des enfants entre 4 et 17 ans en 2003. Ce taux est passé à 9,5 % en 2007, puis à 11 % en 2011. Par comparaison, en France, leur fréquence est estimée entre 3,5 et 6 % pour les 6-12 ans.

Aux Etats-Unis, un enfant sur six est concerné par un trouble du développement (troubles neuro-comportementaux, retard mental, handicaps moteurs, etc.).

Dans un ouvrage scientifique tout juste publié (Losing Our Minds. How Environmental Pollution Impairs Human Intelligence and Mental Health, Oxford University Press, 2014) Barbara Demeneix, directrice du département Régulations, développement et diversité moléculaire du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), soutient que cette augmentation rapide de la fréquence des troubles neurocomportementaux est, en grande partie, le résultat de l’exposition de la population générale à certaines pollutions chimiques diffuses – en particulier les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Selon la biologiste, cette situation n’est, en outre, que la part émergée d’un problème plus vaste, celui de l’érosion des capacités cognitives des nouvelles générations sous l’effet d’expositions toujours plus nombreuses à des métaux lourds et à des substances chimiques de synthèse. Le sujet est, ces dernières années, au centre de nombreuses publications scientifiques. Philippe Grandjean, professeur de médecine environnementale (université Harvard, université du Danemark-Sud), l’une des figures de la discipline et auteur d’un livre sur le sujet (Only One Chance. How Environmental Pollution Impairs Brain Development — and How to Protect the Brains of the Next Generation, Oxford University Press, 2013), va jusqu’à évoquer une « fuite chimique des cerveaux ».

La thyroïde en cause

« L’augmentation de la fréquence de l’autisme que l’on mesure ces dernières années est telle qu’elle ne peut pas être attribuée à la génétique seule et ne peut être expliquée sans faire intervenir des facteurs environnementaux, dit Barbara Demeneix. De meilleurs diagnostics et une meilleure information des médecins et des familles permettent certainement d’expliquer une part de cette augmentation, mais en aucun cas la majorité. » Et ce d’autant plus que les critères diagnostiques utilisés par les CDC sont demeurés identiques entre 2000 et 2013. « En France et en Europe, il n’existe pas de suivi historique de la prévalence de ces troubles aussi précis qu’aux Etats-Unis, mais il est vraisemblable qu’on assiste aussi à une augmentation de leur incidence », ajoute Barbara Demeneix.

Autre argument fort suggérant que l’augmentation de fréquence de l’autisme ne relève pas d’un biais de mesure : le sexe-ratio est constant. Les garçons sont toujours cinq fois plus touchés que les filles. Or, si l’accroissement constaté était artéfactuel, une modification du sexe-ratio aurait de grandes chances d’être observée.

Comment expliquer une telle épidémie ? Pour la biologiste française, l’une des causes majeures est la prolifération de molécules de synthèse capables d’interférer avec le fonctionnement de la glande thyroïde. « Depuis de nombreuses années, mon travail consiste à comprendre comment un têtard devient une grenouille. Les molécules-clés de ce processus sont les hormones thyroïdiennes, qui jouent un rôle crucial dans les transformations lourdes du développement, explique Barbara Demeneix. En cherchant à comprendre comment ces hormones agissent dans la métamorphose du têtard, je me suis posé le même type de questions sur leur importance dans le développement du cerveau humain. »

Les hormones thyroïdiennes sont connues pour moduler l’expression des gènes pilotant la formation de structures cérébrales complexes comme l’hippocampe ou le cortex cérébelleux. « Nous savons avec certitude que l’hormone thyroïde joue un rôle pivot dans le développement du cerveau, précise le biologiste Thomas Zoeller, professeur à l’université du Massachusetts à Amherst et spécialiste du système thyroïdien. D’ailleurs, la fonction thyroïdienne est contrôlée sur chaque bébé né dans les pays développés et la plupart des pays en développement, ce qui montre le niveau de certitude que nous avons dans ce fait. Pourtant, malgré le fait que de nombreuses substances chimiques ayant un impact documenté sur la thyroïde soient en circulation, les autorités sanitaires ne font pas toujours le lien avec l’augmentation des troubles neurocomportementaux. »

Dans Losing Our Minds, Barbara Demeneix montre que la plupart des substances connues pour leur effet sur le développement du cerveau interfèrent bel et bien avec le système thyroïdien. Ces molécules ne sont pas toutes suspectées d’augmenter les risques d’autisme, mais toutes sont susceptibles d’altérer le comportement ou les capacités cognitives des enfants exposés in utero, ou aux premiers âges de la vie. C’est le cas des PCB (composés chlorés jadis utilisés comme isolants électriques, lubrifiants, etc.), de certaines dioxines (issues des processus de combustion), de l’omniprésent bisphénol A, des PBDE (composés bromés utilisés comme ignifuges dans l’électronique et les mousses des canapés), des perfluorés (utilisés comme surfactants), des pesticides organophosphorés, de certains solvants, etc.

« Le travail de Barbara Demeneix est très important, estime la biologiste Ana Soto, professeur à l’université Tufts à Boston (Etats-Unis) et titulaire de la chaire Blaise Pascal 2013-2014 de l’Ecole normale supérieure. Elle a conduit un travail bibliographique considérable et c’est la première fois que l’ensemble des connaissances sont rassemblées pour mettre en évidence que tous ces perturbateurs endocriniens, mais aussi des métaux lourds comme le mercure, sont capables de perturber le fonctionnement du système thyroïdien par une multitude de processus. »

Substances très nombreuses

Les composés bromés peuvent inhiber l’absorption d’iode par la thyroïde qui, du coup, produit moins d’hormones. Les molécules chlorées peuvent en perturber la distribution dans les tissus. Le mercure, lui, peut inhiber l’action des enzymes qui potentialisent ces mêmes hormones… Lorsqu’une femme enceinte est exposée à ces substances, son fœtus l’est également et, explique Barbara Demeneix, « le risque est important que la genèse de son cerveau ne se fasse pas de manière optimale ». Pour limiter au mieux les effets de ces substances, la biologiste insiste sur la nécessité d’un apport d’iode conséquent – absent du sel de mer – aux femmes enceintes, garant de leur bon fonctionnement thyroïdien.

Le problème est que les substances susceptibles de perturber ces processus sont très nombreuses. « Les chimistes manipulent des phénols auxquels ils ajoutent des halogènes comme le brome, le chlore ou le fluor, explique Barbara Demeneix. Or les hormones thyroïdiennes sont composées d’iode, qui est aussi un halogène. Le résultat est que nous avons mis en circulation des myriades de substances de synthèse qui ressemblent fort aux hormones thyroïdiennes. »

Les scientifiques engagés dans la recherche sur la perturbation endocrinienne estiment en général que les tests mis en œuvre pour détecter et réglementer les substances mimant les hormones humaines sont insuffisants. D’autant plus que les effets produits sur les capacités cognitives sont globalement discrets. « Si le thalidomide [médicament retiré dans les années 1960] avait causé une perte de 10 points de quotient intellectuel au lieu des malformations visibles des membres [des enfants exposés in utero via leur mère], il serait probablement encore sur le marché », se plaisait à dire David Rall, ancien directeur de l’Institut national des sciences de la santé environnementale américain (NIEHS).

L’érosion du quotient intellectuel de même que les troubles neurocomportementaux comme l’hyperactivité et les troubles de l’attention ou l’autisme « sont le talon d’Achille du système de régulation, souligne le biologiste Thomas Zoeller. Ce sont des troubles complexes, hétérogènes et aucun biomarqueur caractéristique ne peut être identifié. Du coup, il y a beaucoup de débats sur la “réalité” de l’augmentation de leur incidence. Ce genre de discussions ne décide pas les agences de régulation à être pro-actives, en dépit du fait que l’incidence des troubles du spectre autistique augmente si rapidement que nous devrions tous en être inquiets. »

L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l’organisme intergouvernemental chargé d’établir les protocoles de test des substances chimiques mises sur le marché, a cependant appelé, fin octobre, au développement de nouveaux tests susceptibles de mieux cribler les molécules interférant avec la thyroïde. Et ce, avec « une très haute priorité ».

L’affaire ne concerne pas uniquement l’intelligence des prochaines générations mais leur santé au sens large. « Les épidémiologistes remarquent depuis longtemps que les gens qui ont un quotient intellectuel élevé vivent plus longtemps, et ce même lorsqu’on corrige des effets liés à la classe sociale, dit Barbara Demeneix. Or selon la théorie de l’origine développementale des maladies, notre santé dépend en partie de la manière dont nos tissus se sont développés au cours de notre vie intra-utérine. Les facultés cognitives pourraient ainsi être une sorte de marqueur des expositions in utero et pendant la petite enfance à des agents chimiques : avoir été peu exposé signifierait un quotient intellectuel élevé et, du même coup, une plus faible susceptibilité aux maladies non transmissibles. »

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Niemal
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Quelques questions derrière le fait de manger de la viande

Message non lupar Niemal » 29 décembre 2014, 14:46

Certains qui parcourent cette rubrique n'auront pas omis de remarquer que je m'emporte souvent après la consommation effrénée de viande dans nos civilisations. Pour autant, je ne suis pas forcément contre le fait de manger de la viande (je ne suis pas un "végétarien éthique"), mais essentiellement ses excès :
- excès en quantité pour notre santé
- excès pour les ressources de la planète
- déshumanisation faute de lien avec l'animal (industrialisation)

Mais on peut aussi se poser la question : pourquoi manger de la viande, alors qu'on reconnaît à présent que les animaux sont doués de sensibilité et donc souffrent, alors qu'on n'en a pas besoin pour s'alimenter ? Plusieurs personnes y répondent dans cet article du Monde qui s'intitule La philosophie à l’épreuve de la viande
(http://www.lemonde.fr/societe/article/2 ... _3224.html). Les arguments et prises de position sont intéressants et méritent de s'y arrêter, et l'article ne vise pas à culpabiliser les gens, juste à les faire réfléchir sur leur comportement vis-à-vis de la viande. Avec un oubli tout de même : le lobby de la viande et son poids, son insistance à pousser à la consommation, ne sont guère évoqués. C'est un peu dommage car le tableau n'est pas complet. Mais l'article reste intéressant à lire quand même.

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Certes, la Journée internationale sans viande (Meat Out Day), fixée chaque année autour du 20 mars, suscite l’intérêt croissant du grand public et des médias. Certes, scientifiques et politiques sont chaque jour plus nombreux à dénoncer l’aberration pour l’environnement que représente la production mondiale de viande (302 millions de tonnes en 2012, soit cinq fois plus qu’en 1950), l’une des grandes causes de la déforestation, du réchauffement climatique et de la pollution de la planète. Certes, de grands chefs cuisiniers prennent position, tel le Français Alain Ducasse, qui a supprimé la viande de la carte du Plaza Athénée, son restaurant parisien. Certes, le nouveau livre du moine bouddhiste Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, est un joli succès de librairie… Et après ?

Après, rien. Ou presque. On sait, et on continue. On évoque avec pessimisme la crise écologique, on s’indigne du scandale des élevages industriels, mais on ne renonce pas à son bifteck. Ni à sa dinde de Noël. Tout juste réduit-on un peu sa consommation… Mais si peu ! Un effort infime au regard de l’essor fulgurant qu’a connu l’industrie de la viande depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En France, alors que la population est passée de 40 millions d’habitants à près de 70 millions aujourd’hui, la quantité de viande consommée par personne a presque doublé entre 1950 et 1980, grimpant de 50 à près de 100 kg par an. Elle a, depuis, légèrement régressé, mais avoisine toujours les 90 kg par personne et par an. Soit près de 500 000 bovins, ovins et porcins tués chaque jour dans les abattoirs, tandis que les végétariens plafonnent à 2 % de la population.

« Défi majeur à la cohérence éthique des sociétés humaines »

« Tous les ans, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation, ce qui pose un défi majeur à la cohérence éthique des sociétés humaines », constate Matthieu Ricard. Dans un livre choc paru en 2011, le romancier américain Jonathan Safran Foer allait plus loin encore. Faut-il manger les animaux ?, s’interrogeait-il à l’issue d’une longue enquête, en partie clandestine, dans cet enfer insoutenable qu’est l’élevage industriel. « Les animaux sont traités juridiquement et socialement comme des marchandises », conclut-il. Nous le savons tous, comme nous devinons tous l’horreur des traitements qu’on leur inflige. Sans vouloir nous en souvenir. Car c’est un fait : « La majorité des gens semble avoir accepté le fait de manger les animaux comme un acte banal de l’existence. »

En avons-nous moralement le droit ? Le 30 octobre, l’Assemblée nationale adoptait un projet de loi visant à reconnaître aux animaux, dans notre Code civil, le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Pouvons-nous, pour notre plaisir ou par simple habitude, faire souffrir et mourir des êtres vivants capables de souffrance, d’émotions, d’intentions, alors même que notre survie alimentaire n’est pas en jeu ? Et si non, pourquoi continuons-nous à le faire ? Pour tenter de comprendre, nous avons voulu interroger la philosophie. Et nous devons avouer notre surprise : la philosophie, jusqu’à un passé (très) récent, ne s’est jamais posée cette question. Elle ne s’est jamais demandé si cette pratique était acceptable. C’était une évidence.

« Tuer les animaux pour les manger, cela allait de soi. On n’en parlait même pas »

« Dans l’Antiquité grecque, on ne pouvait pas tuer un animal ni manger de la viande n’importe comment, tempère la philosophe Elisabeth de Fontenay, auteur de l’ouvrage somme Le Silence des bêtes. La philosophie à l’épreuve de l’animalité (Fayard, 1999). Pour les Anciens, comme pour Aristote et Platon, cette pratique était très codifiée par les sacrifices religieux. Mais tuer les animaux pour les manger, cela allait de soi. On n’en parlait même pas. » A quelques exceptions près : Pythagore (571-495 av. J.-C.), pour qui tuer un animal pour le manger était un crime ; et longtemps après, Plutarque (45-120 apr. J.-C.), dont le traité S’il est loisible de manger chair est un vibrant plaidoyer pour l’abstinence de nourriture carnée. Mais, dans leur immense majorité, les Anciens ne se sont intéressés à l’animal que pour démontrer combien l’homme en était différent. Combien il leur était supérieur.

Selon le christianisme, la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création

C’est ce qu’on nomme l’humanisme anthropocentrique : une conception fondée sur l’idée de l’exceptionnalisme humain, que la tradition judéo-chrétienne n’a fait que renforcer. Notamment le christianisme, selon lequel la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création. Toute la tradition philosophique occidentale sera marquée par cette coupure ontologique entre l’homme et l’animal. Et il faudra attendre Jacques Derrida, et sa déconstruction du propre de l’homme, pour qu’enfin la question soit posée : comment a-t-on pu à ce point légitimer la violence envers l’animal ? Précisément en le nommant « l’animal », plutôt que de parler des animaux, répond-il. Car « l’animal » n’existe pas, si ce n’est pour désigner l’ensemble des vivants pouvant être exploités, tués et consommés hors du champ de la morale et de la politique. Le meurtre de « l’animal » n’est pas reconnu comme tel. Alors qu’il y a bel et bien « crime contre les animaux, contre des animaux ».

Comme Derrida, Elisabeth de Fontenay l’affirme : « Il n’y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C’est un assassinat en bonne et due forme, puisque c’est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation. » Elle-même, pourtant, n’est pas végétarienne. « Je n’en suis pas fière, mais comment faire autrement ? Je ne mange pas de la viande tous les jours, mais j’adore les lasagnes ! J’adore la sauce tomate à la bolognaise ! Les goûts de chacun, c’est compliqué. C’est idiosyncrasique, c’est l’histoire de l’enfance… » Elisabeth de Fontenay a le courage de cette contradiction majeure, qu’elle analyse à l’aune de notre histoire. « Manger de la viande, c’est un héritage du néolithique ! Vous vous rendez compte ? Du néolithique ! Et toutes les cultures, toutes, sont carnivores ! » Même en Inde, où le végétarisme hindouiste compte nombre d’exceptions.

Changer une habitude plurimillénaire, source de protéines animales et d’un plaisir gustatif singulier ? S’interdire l’accès à un aliment qui, de tout temps, fut considéré comme un mode de distinction sociale ? Pas si facile. Cela coûte du temps, de l’argent, cela oblige dans nos sociétés modernes à se priver d’innombrables produits fabriqués. Pour une famille nombreuse à revenus modestes, cela frise vite le sacerdoce. « Je peux très bien comprendre que certains trouvent trop compliqué d’être végétarien, et que ces mêmes personnes affirment être contre le fait d’élever les animaux pour les tuer », estime la philosophe Florence Burgat, devenue végétarienne « après avoir été hypercarnivore ». « Cela ne me semble pas incohérent. Beaucoup tentent de réduire leur consommation de viande, ou de la rendre plus éthique. L’important est de tendre vers quelque chose. »

Auteur de plusieurs ouvrages sur la question animale, elle consacrera son prochain ouvrage à « l’option carnivore de l’humanité ». Car une question la fascine. « Nous sommes une espèce omnivore, ce qui signifie que nous avons le choix de notre alimentation, rappelle-t-elle. Pourquoi alors l’humanité, au moment où elle arrive à un niveau de développement suffisant pour s’émanciper de l’alimentation carnée – vers la fin du XIXe siècle, quand les connaissances scientifiques et techniques libèrent les bêtes d’un certain nombre de tâches, et que surviennent les premières lois de protection des animaux –, pourquoi fait-elle au contraire le choix de l’instituer ? De l’inscrire dans les techniques, dans les pratiques ? » Un droit désormais devenu, dans la plupart des pays dont le développement le permet, celui de manger de la viande tous les jours.

Depuis quand ? Symboliquement depuis 1865, date à laquelle furent inaugurés les abattoirs de Chicago. En 1870, les Union Stock Yards (littéralement, les « parcs à bestiaux de l’Union ») traitaient déjà 2 millions d’animaux par an. En 1890, le chiffre était passé à 14 millions, dont la mort et le dépeçage fournissaient du travail à 25 000 personnes – Ford, dans ses Mémoires, affirme s’être inspiré de ces abattoirs pour créer sa chaîne de montage à Detroit. C’est ainsi, aux Etats-Unis, que démarre véritablement la démocratisation de la nourriture carnée. Et la production de masse d’une viande issue de ce que l’historien américain Charles Patterson, dans son ouvrage Un éternel Treblinka (Calmann-Lévy, 2008), qualifie de génocide animal. Un génocide qu’il n’hésite pas à comparer à celui du peuple juif dans les camps de concentration nazis.

C’est l’ignominie de l’élevage industriel. Il y a une dégradation non seulement de l’animal, mais aussi de l’humain à travers ces pratiques » Dominique Lestel, philosophe et éthologue

C’est aussi ce que fait le philosophe Patrice Rouget, auteur d’un récent essai sur La Violence de l’humanisme. « Cette passerelle tendue d’entre deux horreurs est installée aujourd’hui, écrit-il. Des noms dignes de respect, non suspects de mauvaise foi ou de parti pris idéologique, l’ont bâtie pièce à pièce pour que nous osions la franchir. Singer, Lévi-Strauss, Derrida, Adorno, Horkheimer, des victimes revenues des camps de la mort y ont apporté leur contribution. » Ce qui fait de l’extermination perpétrée par les nazis un événement irréductible à tout autre événement de l’Histoire, et ce qui rapproche ce crime de masse de l’enfer de l’abattoir, c’est le processus industriel qui est à l’œuvre. Un processus qui, à la différence des autres génocides, rend le meurtre « identiquement interminable, au moins dans son principe ».

Qu’ils soient végétariens ou « carnistes », tous les philosophes s’accordent donc sur ce point : la production et la mise à mort des bêtes à la chaîne sont une abomination, indigne d’une civilisation évoluée. « Le problème éthique majeur aujourd’hui, ce n’est pas celui de la consommation de viande, affirme Dominique Lestel, philosophe et éthologue à l’Ecole normale supérieure de Paris. C’est l’ignominie de l’élevage industriel. Il y a une dégradation non seulement de l’animal, mais aussi de l’humain à travers ces pratiques. » Auteur d’une provocante Apologie du carnivore, il estime cependant que les végétariens « éthiques » – ceux qui refusent de manger de la viande au nom de la souffrance des bêtes et de leur droit à la vie –, se trompent de cible en s’obstinant à combattre « le méchant carnivore ».

Le concept de la « viande heureuse »

« Par rapport à l’enjeu qu’est la fermeture des élevages industriels, ces végétariens éthiques seraient infiniment plus efficaces s’ils s’alliaient avec ce que j’appelle les carnivores éthiques : des carnivores qui refusent de manger de la viande industrielle, ou qui considèrent que cela ne se fait pas à n’importe quel prix, ni de n’importe quelle façon, précise-t-il. La moindre des choses que l’on puisse faire pour un animal que l’on tue, c’est de le cuisiner convenablement… C’est-à-dire avoir un rapport avec cet animal mort qui n’est pas celui que l’on a face à une barquette de supermarché. » Dominique Lestel, et il n’est pas le seul, opte pour le concept de la « viande heureuse » – une viande provenant d’animaux bien élevés, bien tués, que nous pourrions ainsi consommer en toute bonne conscience. Un compromis auquel Florence Burgat s’oppose totalement.

« Quelle que soit la manière dont on s’y prend, la violence qui consiste à tuer les animaux pour les manger demeure, observe-t-elle. Elle renvoie à la question de fond : qui sont les animaux ? Est-ce que le fait de vivre leur importe ? Pourquoi tuer un homme serait grave, et pourquoi tuer un animal ne le serait pas ? Je n’arrive pas à comprendre ce qui motive cet argument, et je le comprends d’autant moins que les animaux d’élevage, y compris en élevage bio, sont tués très jeunes. Qu’est-ce que cela signifie d’offrir à des bêtes de bonnes conditions de vie dans laquelle elles peuvent s’épanouir, puis de les tuer en pleine jeunesse ? » Vinciane Despret, philosophe à l’université de Liège (Belgique), n’explique pas cette contradiction manifeste. Mais elle rappelle que « l’acte de manger est un acte qui requiert de la pensée », et que la mise en œuvre de cette pensée a été précisément supprimée par notre alimentation moderne. Ce qui a permis que soit instaurée, « sans plus de révolte, la folie furieuse que constitue l’élevage industriel ».

A Chicago, une étude a mon­tré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien entre le hamburger et l’animal

« Au fur et à mesure des années, ce qui constituait un animal domestique vivant a progressivement disparu de tout état de visibilité », souligne-t-elle. La plupart des gens ne mangent plus que sa chair – laquelle, une fois dans l’assiette, évoque de moins en moins la bête dont elle vient. Le comble est atteint avec le hamburger : à Chicago, une étude a mon­tré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien avec un animal. « La conséquence de cette logique, qui est en connivence avec l’élevage industriel, c’est que l’acte de manger est devenu totalement irresponsable : c’est un acte qui ne pense pas », conclut Vinciane Despret.

Penser plus, donc, pour enrayer cette tuerie et ces souffrances de masse ? Et manger moins de viande, bien sûr. Mais encore ? Fermer les élevages industriels ? A moins de se payer de mots, il n’y a guère d’autre solution. Mais il s’agirait d’une solution ultraradicale. Supprimer la production intensive et favoriser l’élevage artisanal, même en augmentant les surfaces dévolues aux bêtes, cela reviendrait à disposer d’une quantité de viande infinitésimale à l’échelle des 7 milliards de personnes qui peuplent la planète. A en faire à nouveau un mets de luxe, rare et accessible seulement à une petite partie de la population… L’inverse de la poule au pot du bon roi Henri IV, en quelque sorte. Pas très satisfaisant pour qui espère réduire les inégalités.

La planète ne pourra pas supporter longtemps les humains et leurs élevages

Reste une évidence, non plus philosophique mais écologique : au train où s’épuisent nos ressources naturelles, la planète ne pourra pas supporter longtemps les humains et leurs élevages. En 2001, alors que l’épidémie d’encéphalopathie spongiforme bovine (EBS) battait son plein, Claude Lévi-Strauss publiait un texte magnifique, La Leçon de sagesse des vaches folles (revue Etudes rurales, 2001). Citant les experts, il y rappelait que « si l’humanité devenait intégralement végétarienne, les surfaces aujourd’hui cultivées pourraient nourrir une population doublée ». Les agronomes se chargeraient d’accroître la teneur en protéines des végétaux, les chimistes de produire en quantité industrielle des protéines de synthèse, les biologistes de fabriquer de la viande in vitro – elle existe déjà en laboratoire.

Mais alors, plus de bêtes ? C’est ce que redoute Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui vient de coordonner un Livre blanc pour une mort digne des animaux. Un avenir sans élevage est un avenir sans animaux, du moins sans ces animaux avec lesquels nous avons une relation de travail, prévient-elle. Ce qui ne convainc guère la philosophe Anne Frémaux, auteur de La Nécessité d’une écologie radicale (Sang de la Terre, 2011). « C’est là un argument qui s’appuie sur la préférence abstraite pour l’existence plutôt que la non-existence, et qui ne prend pas en compte la vie réellement et concrètement vécue par l’individu », estime-t-elle, en suggérant de réensauvager les animaux domestiques et d’agrandir l’espace dévolu aux espèces naturelles.

Florence Burgat, elle, n’en démord pas : « Tant que l’homme mangera les animaux, rien ne pourra changer dans sa conduite envers les autres hommes. On ne peut pas éduquer à la non-violence envers son prochain quand des espèces très proches de nous restent tuables. »

À LIRE
« Plaidoyer pour les animaux. Vers une bienveillance pour tous », de Matthieu Ricard (Allary Editions, 382 p., 20,90 €).
« Livre blanc pour une mort digne des animaux », coordonné par Jocelyne Porcher (Editions du Palais, 104 p., 14,50 €).
« La Violence de l’humanisme. Pourquoi nous faut-il persécuter les animaux ? », de Patrice Rouget (Calmann-Lévy, 160 p., 14,50 €).
« Une autre existence. La condition animale », de Florence Burgat (Albin Michel, 2012).
« Apologie du carnivore », de Dominique Lestel (Fayard 2011).
« Faut-il manger les animaux ? », de Jonathan Safran Foer (Points, 2012 ; Editions de l’Olivier, 2011).

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Sucre et diabète

Message non lupar Niemal » 30 janvier 2015, 08:54

Les sucres ajoutés aux aliments sont un fléau pour la santé, et cela prend des proportions d'épidémie, aux Etats-Unis en particulier. Il semble en effet que ces sucres ajoutés, pour l'essentiel du sirop de maïs à très forte teneur en fructose, soient responsable de l'apparition de nombreux cas de diabète de type 2. C'est ce qui ressort d'une étude dont Le Monde se fait l'écho dans l'article Le fructose est le principal moteur du diabète.

Je recopie l'article plus bas, mais pour les pressés, que déduire de sa lecture ? Que l'absorption de sucres ajoutés dans les aliments non seulement favorise l'apparition du diabète, mais qu'elle "entraîne" le corps à stocker ces sucres dans des tissus adipeux abdominaux. Et je rappelle que de manière générale, plus cet "entraînement" a lieu tôt (dans l'enfance), plus il est difficile de s'en débarrasser. Donc, pour ceux qui ont des enfants, pensez-y... Par ailleurs, ne vous privez pas pour autant de manger des fruits : leur concentration en fructose est très faible et en manger apporte aussi eau, fibres, vitamines et sels minéraux, qui permettent de lutter contre l'obésité qui menace.

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Les sucres ajoutés aux aliments et boissons, en tout premier lieu le fructose, font le lit du diabète de type 2. Publiée en ligne jeudi 29 mars dans les Mayo Clinic Proceedings, une analyse des données existantes effectuée par des chercheurs américains est catégorique : « Il existe un énorme corpus de preuves scientifiques, de données d’observation et de résultats d’essais cliniques qui suggèrent que le fructose ajouté – même par rapport à d’autres sucres – est le principal moteur du développement du diabète et de ses conséquences. »

Représentant 90 % des formes de la maladie, le diabète de type 2 a pris des proportions épidémiques dans le monde : environ une personne sur dix dans le monde en est atteinte et la fréquence augmente avec l’âge. Dans le diabète de type 1, une anomalie immunitaire ne permet plus au pancréas de fabriquer de l’insuline, l’hormone permettant aux cellules de stocker du glucose, ce qui augmente le taux de sucre dans le sang. S’installant de manière insidieuse, le diabète de type 2 résulte d’une baisse de la sensibilité des cellules à l’insuline liée à l’obésité et à la sédentarité.

La résistance à l’insuline est associée à une augmentation de la concentration de cette hormone dans le sang (hyperinsulinémie), qui a pour effet de favoriser l’accumulation de graisse abdominale, l’élévation des triglycérides, ainsi que d’autres désordres métaboliques. L’hyperinsulinémie est un facteur de risque cardiovasculaire, corrélée à une diminution de l’espérance de vie de l’ordre de cinq à dix ans.

Sirop de maïs à haute teneur en fructose

L’étude rappelle que la littérature scientifique montre que « l’ajout de fructose – que ce soit sous forme de saccharose ou de sirop de maïs à haute teneur en fructose – est associé à une série d’effets biologiques indésirables chez l’homme comme chez l’animal ».

Ces données pourraient surprendre s’agissant d’un sucre que l’on trouve naturellement dans les fruits, d’où son nom. Mais le problème vient du fait que dans le sirop de maïs à haute teneur en fructose, ce dernier représente près de 50 % du poids de l’additif sucré, alors qu’il ne constitue qu’1 % du poids d’une pêche mûre, soulignent James DiNicolantonio, du Saint Luke’s Mid America Heart Institute (Kansas City, Missouri), et ses collègues. Outre cette faible concentration, la consommation d’un fruit ou d’un légume entiers apporte également de l’eau, des fibres, des antioxydants, qui sont bénéfiques pour l’organisme.

Dans leur article, les scientifiques précisent qu’aux Etats-Unis environ 40 % des adultes ont déjà un certain degré d’insulinorésistance et à peu près autant développeront un véritable diabète. En France, 4,6 % de la population serait globalement diabétique de type 2 mais l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) considère que ce pourcentage est « largement sous-estimé », car « 20 % des personnes diabétiques âgées de 18 à 74 ans ne sont pas diagnostiquées. »

Le fructose stimule des modifications métaboliques

Or, le rôle des sucres que nous ingérons dans des boissons ou des aliments solides, singulièrement celui du fructose, est déterminant dans le développement de ces anomalies. Le fructose stimule des modifications métaboliques qui aiguillent les calories vers le stockage dans les cellules du tissu adipeux abdominal. Ce mécanisme adaptatif avait toute son utilité pour nos lointains ancêtres qui n’avaient pas un accès facile à des aliments nourrissants et n’avaient accès qu’à des quantités limitées de fructose, essentiellement dans des fruits mûrs.

Au cours de l’évolution de l’humanité et surtout dans la période contemporaine où l’ajout de sucres dans l’alimentation s’est largement répandu, cet avantage s’est transformé en inconvénient. D’autant que les industriels de l’alimentation ont largement eu recours à l’ajout de fructose sous différentes formes : d’abord avec le saccharose, sucre associant une molécule de glucose et une de fructose que nous connaissons sous forme de poudre ou de carrés, puis de plus en plus avec le sirop de maïs à haute teneur en fructose, qui peut contenir jusqu’à 65 % de fructose.

Aux Etats-Unis, 25 kg de fructose par habitant par an

En 2012, une étude de chercheurs américains et britanniques montrait déjà du doigt le rôle de l’ajout de sirop de maïs à haute teneur en fructose dans le développement d’un diabète de type 2 et donnait des chiffres marquants : les Etats-Unis – où environ les trois quarts de l’ensemble des boissons et aliments préemballés contiennent du sucre ajouté – consomment annuellement 25 kg de fructose par habitant. Le Canada, le Mexique, la Belgique ou le Japon figurent également au rang des gros consommateurs. Loin devant la France, l’Australie, l’Inde, la Chine, la Suède ou le Royaume-Uni, qui plafonnent en dessous de 0,5 kg par habitant et par an.

Particulièrement inquiets de la situation dans leur pays, les chercheurs américains affirment : « Aux niveaux actuels, la consommation de sucre et celle de fructose en particulier – à des concentrations et dans des contextes que l’on ne rencontre pas avec les aliments entiers naturels – alimente une épidémie de plus en plus grave de diabète de type 2. » Ils s’inquiètent des recommandations en vigueur aux Etats-Unis : les lignes directrices émises en 2010 estimaient acceptable de consommer jusqu’à 19 % des calories sous forme de sucres ajoutés et l’Institut de médecine américain admet même le plafond de 25 %.

A l’issue d’une consultation publique qui a eu lieu en mars 2014, l’Organisation mondiale de la santé a publié début 2015 des recommandations beaucoup moins laxistes : réduire à moins de 10 % la part des sucres libres (glucides simples comme le fructose) ajoutés dans l’apport calorique total et suggère même de descendre en dessous de 5 %.

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L'Amazonie malade du changement climatique

Message non lupar Niemal » 18 mars 2015, 22:11

Les mauvaises nouvelles, même lorsqu'elles sont attendues, surprennent parfois par leur importance ou la rapidité avec laquelle elles se font sentir. C'est ce qu'on pourrait dire à la lecture d'un article du Monde intitulé La forêt amazonienne éponge de moins en moins le carbone émis par l’homme et qu'on peut lire à http://www.lemonde.fr/climat/article/20 ... 52612.html. Ce n'est pas une surprise car les modèles en parlaient depuis un moment déjà. Mais de mesurer la vitesse à laquelle se fait la dégradation du rôle tampon de cette grande forêt tropicale, voilà qui est plus qu'inquiétant...

En gros, le changement climatique affaiblit la capacité des arbres à stocker du carbone et à lutter contre la rapidité d'évolution du changement climatique. Les modèles du GIEC établissant les limites à ne pas franchir prenaient comme base des hypothèses - déjà pas très optimistes selon les scénarios - qui risquent d'être complètement enfoncées par ces dernières nouvelles. Autrement dit, les perspectives les plus noires des rapports du GIEC risquent d'être en-deçà de la réalité... Ce qui est déjà un peu ce que l'on constate au niveau de l'évolution des concentrations en CO2 et autres gaz à effet de serre mesurés. On comprend sans doute un peu mieux pourquoi, à présent, et d'autres mécanismes sont peut-être à l'oeuvre... Mais lisez par vous-mêmes, l'article n'est pas très long.

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La forêt amazonienne est malade et c’est l’une des plus mauvaises nouvelles apportées par la science, ces dernières années, sur le front climatique. Jeudi 19 mars, dans la dernière édition de la revue Nature, une centaine de chercheurs publient les résultats d’un projet de recherche gigantesque, conduit depuis plus de trois décennies et destiné à surveiller, dans un monde plus chaud, l’évolution de la jungle d’Amazonie. Le fait saillant des conclusions présentées est que celle-ci éponge de moins en moins le dioxyde de carbone (CO2) anthropique. Environ un quart de celui-ci est actuellement absorbé par la végétation terrestre, les forêts tropicales jouant un rôle prépondérant dans ce processus.

La mauvaise nouvelle était attendue, mais les chiffres publiés frappent par leur ampleur. Dans les années 1990, l’Amazonie retirait chaque année de l’atmosphère quelque 2 milliards de tonnes de CO2. Ce taux aurait chuté d’un tiers dans les années 2000 et n’excéderait guère, aujourd’hui, un milliard de tonnes de CO2. En un peu plus de deux décennies, l’efficacité du « puits de carbone » amazonien aurait donc été divisée par deux.

« La conséquence mécanique de ce constat est que le CO2 va s’accumuler plus vite dans l’atmosphère », explique Jérôme Chave, chercheur au laboratoire Evolution et diversité biologique (CNRS-Université Toulouse III-Paul Sabatier) et coauteur de ces travaux. Avec comme conséquence possible l’aggravation des prévisions du réchauffement pour la fin du siècle, obtenues grâce à des modèles de climat. En effet, selon Roel Brienen, chercheur à l’université de Leeds (Royaume-Uni) et premier auteur de ces travaux, « les modèles climatiques qui incluent la réponse de la végétation présument que tant que les niveaux de CO2 continueront à grimper, l’Amazonie continuera à accumuler du carbone, mais notre étude montre que cela pourrait ne pas être le cas ».

Hausse du taux de mortalité des arbres de 30 % en trente ans

Pour établir leurs résultats, les chercheurs ont procédé à un travail de fourmi. Plus de 320 parcelles de forêts, mesurant chacune environ un hectare, disséminées sur les six millions de kilomètres carrés du bassin amazonien, ont été visitées à intervalles de temps réguliers depuis le milieu des années 1980. La croissance et la mortalité de la végétation y ont été consignées à chaque visite, tous les arbres d’un tronc de diamètre supérieur à 10 cm ayant été inclus. Résultat : depuis le début des relevés, leur taux de mortalité a, en moyenne, augmenté de 30 %.

« Les deux sécheresses exceptionnelles qui ont frappé la région, en 2005 et 2010, ont joué un rôle dans cette augmentation de la mortalité, explique Damien Bonal, chercheur au laboratoire Ecologie et écophysiologie forestière (INRA), coauteur de l’étude. Mais on voit également que ce processus est engagé depuis bien avant 2005. »

Rôle du changement climatique

Le principal suspect est bien sûr le changement climatique en cours, mais les mécanismes précis par lesquels celui-ci agit négativement sur la végétation n’est pas absolument clair. Dans un commentaire publié par Nature, Lars Hedin (université de Princeton, Etats-Unis) estime « probable » que « la disponibilité en eau, la limitation des nutriments disponibles ou le stress thermique » jouent un rôle.

Ce à quoi on assiste, dit en substance Jérôme Chave, est probablement le remplacement des espèces d’arbres les plus sensibles aux perturbations en cours par d’autres essences. Une fois ce remplacement achevé, verra-t-on le puits de carbone de l’Amazonie redevenir aussi important qu’auparavant ? « C’est peu probable, dit M. Chave. Car les espèces qui tendent à remplacer celles qui déclinent ont une croissance plus rapide, une durée de vie plus courte et une tendance à stocker moins de carbone. »

L’état de santé des autres grands bassins forestiers tropicaux — en Asie du Sud, en Afrique équatoriale — est du coup, lui aussi, un sujet d’inquiétude, au-delà même de la déforestation rapide qui sévit dans ces zones. « Des sécheresses importantes ont également touché ces régions, mais cela ne veut pas nécessairement dire que la situation y est identique à celle de l’Amazonie », tempère M. Bonal, qui ajoute que les résultats présentés devront être confirmés par d’autres méthodes de mesure que l’inventaire forestier — en particulier des mesures directes des flux de CO2 au-dessus de la forêt.

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La 6e extinction massive d'espèces

Message non lupar Niemal » 20 juin 2015, 07:35

Cela fait un moment que je n'ai rien mis ici en raison de soucis personnels : quand on a soi-même des problèmes, pas besoin de s'appesantir sur ceux - nombreux - de la planète. Voici tout de même un petit rappel sur l'impact néfaste de l'homme sur notre petite maison dans le cosmos, tiré d'un article du Monde intitulé La sixième extinction animale de masse est en cours, et qu'on peut lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html. Il n'est pas long mais je le recopie plus bas.

L'article rappelle que nous sommes directement concernés par ce risque : comme les dinosaures avant nous, les sommets de la chaîne alimentaires ont toutes les chances de tomber si la base de leur alimentation s'effondre. Vous vous rappelez le mauvais état des populations d'abeilles, également ? Et s'il est question seulement d'espèces animales dans l'article, je peux vous assurer que les espèces végétales ont aussi de nombreux soucis : changement climatique, artificialisation des milieux, pollutions diverses, espèces invasives... c'est tout le vivant qui est menacé. Et ne croyons pas que nous serons les derniers, ni que nous serons partis avant de voir cela : la société moderne est bien trop fragile pour résister encore longtemps à ces problèmes du vivant, qui menacent déjà directement la subsistance d'une partie de la population et également l'économie planétaire ou simplement la paix...

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Les espèces animales disparaissent environ 100 fois plus rapidement que par le passé, les estimations les plus optimistes montrant que la faune de la Terre est en train de subir sa sixième extinction de masse, selon une étude publiée vendredi 19 juin par des experts des universités américaines Stanford, Princeton et Berkeley, notamment.

Jamais, selon eux, la planète n'a perdu ses espèces animales à un rythme aussi effréné que depuis la dernière extinction de masse il y a 66 millions d'années - celle des dinosaures - . Leur étude, publiée dans le journal Science Advances, « montre sans aucun doute notable que nous entrons dans la sixième grande extinction de masse », a affirmé Paul Ehrlich, professeur de biologie à Stanford.

Les humains en feront partie


Et les humains feront probablement partie des espèces qui disparaîtront, ont-ils prévenu. « Si on permet que cela continue, la vie pourrait mettre plusieurs millions d'années à s'en remettre, et nos espèces elles-mêmes disparaîtraient probablement assez tôt », a précisé Gerardo Ceballos, de l'université autonome de Mexico.

Cette analyse s'appuie sur les observations documentées d'extinctions de vertébrés - à savoir des animaux avec squelettes internes comme des grenouilles, des reptiles et des tigres - à partir de fossiles et d'autres bases de données. Le rythme actuel de disparition des espèces a été comparé aux « rythmes naturels de disparition des espèces avant que l'activité humaine ne domine ».

Fourchette basse

Ces derniers sont difficiles à estimer car les experts ne savent pas exactement ce qu'il s'est produit tout au long des 4,5 milliards d'années d'existence de la Terre. Si le taux du passé fait ressortir une disparition de deux espèces de mammifères pour 10 000 espèces en 100 ans, alors « le taux moyen de perte d'espèces de vertébrés au siècle dernier est 114 fois supérieur à ce qu'il aurait été sans activité humaine, même en tenant compte des estimations les plus optimistes en matière d'extinction », selon l'étude.

« Nous insistons sur le fait que nos calculs sous-estiment très probablement la sévérité de cette crise d'extinction, parce que notre objectif était de fixer un bas de la fourchette réaliste en ce qui concerne l'impact de l'humanité sur la biodiversité », a-t-elle relevé. Les causes de la disparition des espèces comprennent notamment le changement climatique, la pollution et la déforestation. D'après l'Union internationale pour la conservation de la nature, environ 41 % des espèces d'amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont menacées d'extinction.

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Enix » 27 juin 2015, 13:59

Et pour ceux qui voudraient agir sur ce sujet spécifique, il y a une pétition facilement signable avec https://secure.avaaz.org/en/stop_the_mass_extinction_31_cntrl/?cPVwQab

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L'humain, un insoutenable super-prédateur

Message non lupar Niemal » 20 août 2015, 22:35

Voilà qui fait parfaitement suite à mon précédent billet. Il s'agit d'un article du Monde dont j'ai mis le titre en objet, et qu'on peut lire dans son intégralité à http://www.lemonde.fr/biodiversite/arti ... 52692.html. Il ne dit rien qu'on ne connaisse déjà, il se contente juste de faire l'écho d'une étude qui permet de mettre quelques chiffres sur notre travail de prédation. En le comparant aux autres prédateurs ou super-prédateurs du milieu naturel.

Que faut-il en penser ? En résumé, non seulement la pression de prédation est trop forte en quantité, terres et mers confondues, mais en qualité également : là où les animaux s'attaquent en priorité aux jeunes et aux faibles, nous nous concentrons sur les plus gros, les plus beaux... donc ceux qui se reproduisent le plus. Les deux combinés, on met des espèces entières en danger, et on ne s'en sort qu'en faisant porter notre pression sur l'ensemble des espèces et non un nombre réduit. Autrement dit, quand on n'y arrivera plus, c'est que l'ensemble de la chaîne trophique se sera cassée la figure. Ça va être dur à réparer si on cherche à recoller les morceaux plutôt qu'à éviter un désastre, désastre qui arrivera bien plus vite que certains ne semblent le croire...

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Vous vous demandez ce que la science appelle un superprédateur ? Regardez-vous dans le miroir. Une étude publiée dans la revue Science, vendredi 21 août, démontre que l’énorme pression exercée par l’humain sur les populations animales, terrestres comme marines, en fait un prédateur unique, et à même de déséquilibrer totalement les écosystèmes et les chaînes alimentaires, ainsi que de provoquer des extinctions de masse.

L’idée d’une exploitation extrême de la faune sauvage est déjà largement documentée. Mais les travaux de l’équipe de Chris Darimont, de l’université Victoria au Canada, ont cherché à analyser ce tableau de chasse sous un autre prisme : en comparant l’impact de l’homme à celui d’autres prédateurs non humains. Pour cela, les scientifiques ont passé en revue plus de 300 études portant sur 2 125 cas de prédation sur des espèces sauvages (poissons et mammifères terrestres) de chaque continent et océan, à l’exception de l’Antarctique.

Les résultats sont édifiants : les humains exploitent les poissons à un taux 14 fois supérieur, en moyenne, à celui des autres prédateurs marins. Ils tuent aussi des grands carnivores – comme les ours, les loups ou les lions – à un rythme 9 fois supérieur à celui qui voit ces prédateurs s’entre-tuer dans la nature. Cela signifie, concrètement, que l’industrie de la pêche capture 78 % de la population adulte de saumons d’Alaska par an, contre 6 % prélevés par les grizzlys – les plus gros prédateurs de cette espèce. Ou encore que nous chassons chaque année 32 % des pumas américains, contre 1 % tués par leurs congénères.

Cette pression ne s’exerce pas avec la même intensité selon les régions. Ainsi, les chasseurs nord-américains et européens tuent des herbivores à des taux respectivement 7 et 12 fois plus élevés que les chasseurs africains. L’impact de l’industrie de la pêche est trois fois plus prononcé dans l’océan Atlantique que Pacifique.

L’originalité de l’étude est également de comparer les taux de prédation selon les niveaux trophiques des proies – c’est-à-dire, pour simplifier, la place qu’occupe un organisme dans la chaîne alimentaire, allant des planctons aux carnivores qui ne se nourrissent que de carnivores. De manière inattendue, les humains exercent, sur terre, une pression bien plus forte sur les grands carnivores que sur les herbivores, et ce, alors qu’ils ne les consomment pas. En mer, en revanche, l’impact de l’homme est élevé à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la pêche aux anchois, aux harengs, ou à la chasse aux requins et aux thons. Les captures de poissons, en hausse malgré la surexploitation des espèces, excèdent aujourd’hui 100 millions de tonnes par an.

Cibler davantage les jeunes

« Ce travail d’analyse gigantesque montre avec précision que nous prélevons trop de proies pour que les espèces puissent renouveler leurs populations, juge Franck Courchamp, directeur de recherches en écologie au Centre national de la recherche scientifique. Contrairement aux autres prédateurs qui sont naturellement régulés par le nombre de proies, nous subsistons grâce à énormément d’espèces à la fois. Et comme nous sommes omnivores, ce qui implique que nous ne dépendons pas des proies pour notre survie, celles-ci diminuent sans que cela ne nous pousse à relâcher la pression. »

Mais au-delà de ces quantités colossales, ce qui différencie l’humain des autres prédateurs et en fait un superprédateur au comportement « insoutenable » selon l’étude, c’est qu’il cible des proies adultes et non pas des jeunes. « Les autres prédateurs tuent en général les jeunes et les faibles, c’est-à-dire ceux qui ne se reproduisent pas. A l’inverse, nous prélevons les plus gros animaux, notamment comme trophées de chasse, qui représentent les populations les plus matures et reproductrices, regrette Heather Bryan, chercheuse à l’institut Hakai de l’université de Victoria, et l’une des coauteures de l’étude. Cela a un double impact sur la population exploitée, du fait des prises directes et du déficit de reproduction pour le futur. »

Les scientifiques appellent alors à changer de techniques de chasse et de pêche, pour cibler davantage les jeunes – une idée qui va à l’encontre des recommandations actuelles. Surtout, la prédation humaine doit être considérablement réduite. « Les niveaux décrits par les scientifiques comme durables sont encore trop élevés, poursuit la biologiste. Nous devrions nous inspirer du comportement des prédateurs non humains, qui représentent des modèles de soutenabilité à long terme. »

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Quelle planète pour quels enfants ?

Message non lupar Niemal » 01 octobre 2015, 11:15

La planète est déjà complètement polluée, ce n'est pas une nouvelle. Mais on commence seulement à prendre conscience de l'impact que cela a sur nous et en particulier sur les générations jeunes ou futures. C'est ce qui ressort d'un article du Monde intitulé Des enfants qui naissent « pré-pollués », qu'on peut lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html. Ce n'est pas la première alerte en ce sens, mais cela permet de mieux se faire une idée du pétrin dans lequel on s'est mis.

C'est en fait la synthèse de deux études, et il y avait déjà eu une première édition de l'une d'elles, et les nouveaux éléments recueillis depuis n'ont fait que confirmer les inquiétudes : à force de jouer avec le feu, on se brûle. Comment faire pour se sortir de là ? L'article ne le dis pas dans le détail, mais il est assez évident qu'a minima, il va falloir éliminer les sources de pollution à la base. En dehors de généraliser le bio, il va falloir repenser toute notre société, notamment dans les transports, la construction, et plein d'autres choses. Les cyniques diront que cela facilitera la régulation de la population humaine sur le globe, mais pour ma part je crois que cela fragilisera un peu plus une société qui risque de s'écrouler brutalement si on ne fait rien...

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Les substances chimiques auxquelles les populations sont quotidiennement exposées ont des effets sur la santé de plus en plus manifestes. C’est le sens de l’alerte publiée jeudi 1er octobre dans l’International Journal of Gynecology and Obstetrics par la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO). Elle met en avant la responsabilité de certains polluants de l’environnement dans les troubles de la fertilité et souligne l’urgence d’agir pour réduire l’exposition aux pesticides, aux polluants atmosphériques, aux plastiques alimentaires (bisphénol A, phtalates, etc.), aux solvants, etc.

C’est la première fois qu’une organisation regroupant des spécialistes de santé reproductive s’exprime sur les effets délétères de ces polluants, présents dans la chaîne alimentaire et dans l’environnement professionnel ou domestique. Un appel soutenu par des ONG dont Women in Europe for a Common Future (WECF) et Health & environment Alliance (Heal).

La prise de position de la FIGO — qui regroupe 125 sociétés nationales de gynécologie et d’obstétrique — rejoint celle, publiée deux jours plus tôt, de l’Endocrine Society. Pour cette société savante, qui rassemble 18 000 chercheurs et cliniciens spécialisés dans l’étude du système hormonal, l’exposition aux polluants de l’environnement est aussi en cause dans plusieurs maladies émergentes : diabète de type 2, obésité, cancers hormono-dépendants (sein, prostate, thyroïde) et troubles neuro-comportementaux (troubles de l’attention, hyperactivité, etc.).

Constat préoccupant

Après la publication, en 2012, du rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), ces deux nouvelles publications creusent un peu plus le fossé qui sépare l’état des connaissances et celui de la réglementation. Celle-ci ne reconnaît toujours pas l’existence de certaines substances – dites « perturbateurs endocriniens » – capables d’interférer avec le système hormonal et d’agir à des niveaux d’exposition très faibles, inférieurs aux seuils réglementaires. « Près de 800 substances chimiques environnementales sont connues ou suspectées d’interférer avec les récepteurs hormonaux, la synthèse ou la conversion des hormones », soulignait déjà, en 2012, le rapport de l’OMS et du PNUE.

« L’exposition à des produits chimiques toxiques au cours de la grossesse ou l’allaitement est ubiquitaire », note la FIGO, qui s’inquiète de ce qu’« aux Etats-Unis, une femme enceinte serait en moyenne contaminée par au moins 43 substances chimiques différentes ».

« On trouve la trace de polluants organiques persistants (POP) chez des femmes enceintes et allaitantes dans le monde entier, ajoute la FIGO. L’Institut national américain du cancer se dit préoccupé par le fait que les bébés naissent en quelque sorte “pré-pollués”. »

Les effets de ces expositions in utero ou sur les nourrissons ont aussi des répercussions sur la fertilité ultérieure des individus. En France, environ 15 % des couples en âge de procréer consultent pour infertilité, selon un rapport récent de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Agence de la biomédecine sur les troubles de la fertilité. Et le nombre de couples ayant recours aux techniques de procréation médicalement assistée ne cesse de croître, « très probablement en raison de modifications environnementales, notamment l’exposition à certains toxiques comme le tabac et/ou à certains perturbateurs endocriniens ».

Dans les consultations, le constat est préoccupant. « Au cours de ces dernières années, nous avons vu une recrudescence du syndrome des ovaires micropolykystiques, cause importante de l’infertilité, de l’endométriose, qui touche des femmes de plus en plus jeunes, et la qualité du sperme s’est effondrée », souligne Richard Benhamou, gynécologue obstétricien, spécialisé dans l’infertilité, installé depuis 1985. Certes, les méfaits du tabac et de l’alcool sont très délétères pour la femme enceinte et pour la fertilité. Mais « le rôle de l’environnement invisible est capital », avertit le docteur Benhamou.

« Les preuves des dégâts sanitaires des perturbateurs endocriniens sont plus définitives que jamais, estime Andrea Gore, professeur de pharmacologie à l’université du Texas à Austin, qui a présidé le groupe de scientifiques chargés de rédiger la déclaration de l’Endocrine Society. Des centaines d’études pointent dans la même direction, que ce soit des études épidémiologiques menées à long terme sur des humains, des études menées sur l’animal ou sur des cellules, ou encore sur des groupes de personnes exposées dans leur métier à des produits spécifiques. »

Hausse des pathologies

Le rapport de l’Endocrine Society est le deuxième du genre. Dès 2009, la société savante avait rassemblé les éléments disponibles dans la littérature scientifique et fait état de ses inquiétudes. Cette nouvelle édition renforce le constat précédent. « En particulier, depuis 2009, les éléments de preuve du lien entre exposition aux perturbateurs endocriniens et troubles du métabolisme, comme l’obésité et le diabète, se sont accumulés, alerte la biologiste Ana Soto (Tufts University à Boston, Ecole normale supérieure), coauteure de la précédente version du rapport. Et il faut noter que rien de ce qui était avancé en 2009 n’a dû être retiré ou revu à la baisse. Tout ce que nous suspections à l’époque a été confirmé par les travaux les plus récents. »

La part prise par l’exposition aux substances chimiques toxiques dans l’augmentation d’incidence de certains troubles ou maladies – obésité, cancer du sein, de la prostate, etc. – ne peut être précisément quantifiée. Mais la société savante rappelle que ces pathologies, en lien avec le dérèglement du système hormonal, sont toutes en hausse inquiétante. Aux Etats-Unis, 35 % de la population est obèse et la moitié est diabétique ou prédiabétique.

Hasard du calendrier, Pesticide Action Network (PAN Europe), une ONG basée à Bruxelles, rappelait, fin septembre, qu’une dizaine de pesticides catégorisés comme perturbateurs endocriniens par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) étaient actuellement examinés par la Commission européenne afin d’être autorisés ou réautorisés sur le marché européen. A l’heure actuelle, il n’existe pas de définition réglementaire stricte de ces substances : l’exécutif européen devait au plus tard prendre une telle définition en décembre 2013, mais a cédé sous les pressions de l’industrie et a repoussé sine die une telle mesure.

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Vilimar » 10 novembre 2015, 03:10

Ayant récemment découvert cet suite de vidéos parlant du climat et de son évolution, j'ai décidé de vous les présenter car je les trouves très intéressantes et instructives.


Le changement climatique:

https://www.youtube.com/watch?v=OQBcrKqyHJI

Les climatosceptiques:

https://www.youtube.com/watch?v=yKpPXGb1-w0

Et pour finir une vidéo qui nous raconte en partie comment ont en est arrivé à une tel consommation des énergies fossiles:

https://www.youtube.com/watch?v=KAPzxR9VYRI

Voilà, n'hésitez pas à donner votre avis dessus.
« Le Monde est un Jeu de Go dont les règles ont été inutilement compliquées »

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Pesticides : pour en savoir plus

Message non lupar Niemal » 03 février 2016, 23:16

La nocivité des pesticides et l'ampleur de leur impact sont de mieux en mieux documentés. C'est ce que vous pouvez découvrir si vous avez suivi mardi soir (2 février) une émission sur france tv info, par l'équipe de Cash Investigation, émission qu'il est encore possible de voir en replay (cf. http://www.francetvinfo.fr/replay-magaz ... 86821.html). Mais pour ceux qui auraient la flemme - le documentaire fait 2h15 - vous en avez un bref résumé dans l'article du Monde, Révélations de « Cash Investigation » sur l’agriculture qui tue, visible à http://www.lemonde.fr/televisions-radio ... 55027.html

J'ai mis le texte de l'article plus bas, mais je vous recommande d'aller directement sur la page du journal pour bénéficier des nombreux liens que je n'ai pas reproduits. Après, si vous avez l'habitude de lire des choses au sujet des pesticides, vous ne serez guère surpris. Le point fort de l'émission est de faire tenir en un peu plus de deux heures un condensé de tout ce qu'on sait à leur sujet, et cela fait peur. Ce qui devrait une fois de plus inciter à prendre ces molécules plus au sérieux et à essayer de les bannir de nos vies, notamment dans notre alimentation. On ne pourra pas dire après qu'on ne savait pas...

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Les pesticides, nous en mangeons, nous en buvons et nous en respirons. Ils font la fortune de quelques géants de l’agrochimie – six, exactement – et ont des conséquences graves sur la santé publique. Le postulat de départ de l’équipe de «  Cash investigation  », sur France 2, est remarquablement illustré par ce documentaire percutant. Leur démonstration a des chances de secouer le public, encore loin de mesurer l’ampleur du problème.

D’autant que les journalistes ont choisi de concentrer leur enquête sur les victimes les plus vulnérables des épandages incontrôlés dans les champs, les vergers et les vignes : les enfants, et plus encore les fœtus exposés dans le ventre de leur mère. Tumeurs cérébrales, cancers, autisme, malformations congénitales, retards de développement : le nombre de cas augmente à grande vitesse. Les scientifiques multiplient les recherches qui établissent un lien entre ces courbes alarmantes et celles des pesticides, des médecins tentent de sonner l’alarme. En vain.

On ne peut plus dire que l’on ignore le danger. Mais tout se passe comme si la santé publique ne pesait rien face aux millions de tonnes de « produits de protection des plantes », comme les désignent les industriels, autrement dit face aux rendements agricoles. Et comme certains insecticides, herbicides, fongicides sont très persistants, même une fois interdits, ils contaminent encore pendant des années, voire des siècles, l’air, la terre, l’eau, jusque dans les nappes phréatiques. L’émission alterne les rencontres avec les riverains et les dirigeants des firmes de l’agrochimie. On est frappé par l’impuissance des premiers et le cynisme des seconds.

Dans la campagne californienne, au milieu des citronniers, les ouvriers agricoles mexicains et leurs familles respirent quotidiennement du chlorpyrifos, un insecticide interdit en France. « Sur huit femmes enceintes, six qui travaillaient dans les champs avec moi ont eu un enfant autiste, comme mon fils », témoigne une mère.

Elise Lucet et Martin Boudot sont aussi allés à la sortie d’écoles de Gironde encerclées par les vignobles. Ils ont proposé à des parents de faire analyser une mèche de cheveux de leurs enfants. Les conclusions du laboratoire sont édifiantes, comptabilisant jusqu’à 44 pesticides, autorisés ou non. Nombre des informations livrées dans ce documentaire étaient connues, au moins des spécialistes. Une fois rassemblées et incarnées par des visages de parents inquiets et d’enfants au regard perdu, elles prennent un nouveau relief.

Alors, forcément, le téléspectateur citoyen jubile de retrouver la patte des journalistes de « Cash investigation », cette façon bien à eux de passer un pied dans la porte de l’assemblée des actionnaires de Bayer à Cologne, de s’immiscer dans un dîner chic de sénateurs français organisé par le groupe suisse Syngenta, ou de passer au grill un des porte-parole du lobby des pesticides à Bruxelles.

Un traitement spécial est réservé à Stéphane Le Foll. Le ministre de l’agriculture est reçu dans une pièce au sol recouvert d’une vaste carte de France des départements les plus consommateurs de pesticides, établie à partir des statistiques inédites de vente que l’équipe a réussi à se procurer. M. Le Foll se laisse aller à une contre-vérité : « Tout le monde peut avoir accès à ces informations », prétend-il, alors que ces chiffres sont plus protégés qu’un secret d’Etat. Puis il lâche : « Je suis parfaitement conscient que c’est une bombe à retardement, un danger pour la santé, pour l’environnement et même pour l’économie. » On ne peut pas mieux dire.