Terre du Milieu - Système J (Etienne)

Résumé, compte rendu, impression des joueurs des séances précédente.
Récit et nouvelle en tout genre.
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Niemal
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Terre du Milieu - Système J (Etienne)

Message non lupar Niemal » 27 janvier 2022, 11:26

Les contes de Camalag - Campagne du Rhudaur 1re partie

Oyez, résidents de la Dernière Maison Simple, amis d'Elrond ou juste simples voyageurs. Malgré mon très jeune âge et mon manque d'expérience pour les belles paroles, je veux vous narrer une histoire. Depuis le départ de mes parents pour Valinor, j'ai plus écouté les oiseaux ou autres animaux que les elfes ou autres créatures douées de raison. Mais le seigneur de cette maison me pousse à aller vers mes semblables, à dépasser mes limites, mon inexpérience et mon chagrin. Aussi, eu égard à sa grande sagesse, je me tiens devant vous en espérant voir de l'intérêt dans vos yeux. Je vais donc vous conter les aventures qu'il m'a été donné de vivre auprès d'amis divers et de compagnons inattendus.
 
Cela se passe à notre époque, au début de l'été 1643, dans le Rhudaur que nous connaissons bien. Comme à leur habitude, les humains se font la guerre et portent la destruction partout où ils vont. Le roi Ermegil envoie ses armées dans l'Angle, que nous appelons En Egladil, en bon vassal d'Angmar qui ne désire rien d'autre que de soumettre toutes et tous sous le joug des armes et de la sorcellerie. Ses armées sont repoussées par un héros dúnadan du nom de Taurgil Melossë, dont le château et les amis résident dans l'Angle. Ce petit seigneur, héritier des rois du Rhudaur, veut retrouver la gloire de ses ancêtres, ancêtres qui créèrent le Rhudaur lorsque trois frères et princes d'Arnor se disputèrent concernant la succession du royaume. Cela entraîna la division du royaume en trois, Arthedain, Cardolan et Rhudaur, ce qui amena conflit et nombreuses souffrances...
 
Mais donc, le seigneur Taurgil s'opposa à Ermegil par les moyens qu'il put trouver, et avec succès. Dans le conflit qui l'opposa à Ermegil, il est dit qu'il terrassa des dragons à l'aide de ses armes et de sa magie. Il fit aussi preuve de diplomatie auprès du roi des Hommes des Collines, Broggha, afin de priver Ermegil de tout soutien. Mais les forces issues d'Angmar ou du Grand Nord ne se laissèrent pas éliminer si facilement. Cameth Brin fut prise par Taurgil mais abandonnée car trop corrompue par le mal, et un équilibre précaire prévalut. Aussi le seigneur Melossë fit-il appel aux elfes et hommes de bonne volonté pour l'aider dans son combat. Et son appel fut entendu au-delà même des Monts Brumeux, puisque des individus et compagnies vinrent de la vallée de l'Anduin et de la Forêt Sombre pour prêter main-forte...
 
1 - Une curieuse rencontre en chemin
C'est là que ma modeste personne entre dans le récit. Une compagnie d'elfes du royaume de Thranduil était arrivée à Imladris comme étape de leur voyage pour répondre à l'appel du seigneur Melossë. Envoyée par Legolas et menée par Orophal, cette compagnie comportait une elfe du nom de Lotheryn. Cette dernière se prit de pitié pour moi et mes tragédies récentes, et malgré mon chagrin elle arriva à devenir mon amie. Elrond estima qu'il y avait là une opportunité pour moi de découvrir les humains sous un jour un peu meilleur : Orophal accepta de me servir de guide, avec l'aide de Lotheryn, pour aller voir le seigneur Taurgil Melossë. En effet, Elrond lui-même me confia l'avoir connu et il semble l'avoir en grande estime...
 
Nous partîmes donc en direction de l'ouest, longeant la Menatar Romen qui mène au pont sur la Mitheithel, que les humains appellent Fontgrise. L'ancienne auberge avait été rasée par les armées d'Ermegil, mais une nouvelle avait été construite et un village fortifié avait vu le jour. Le seigneur Melossë y avait été vu, et Orophal espérait le trouver là ou au moins se rapprocher de lui. Nous nous dirigions donc vers le village fortifié construit sur la rive orientale de la rivière, à proximité de Iant Methed, le Vieux Pont. Mais les graines de l'aventure furent semées avant même d'arriver au village humain. En chemin, en effet, nous trouvâmes au milieu des bois une petite forme blessée, évanouie sur le sol forestier.
 
Il s'agissait du corps vivant mais mal en point d'un semi-homme, ou hobbit comme ils aiment à s'appeler, dont certains se sont établis dans le Rhudaur et notamment dans l'Angle. Mais depuis que l'Arthedain leur a offert des terres bien à eux, beaucoup partent là-bas, plus loin des conflits. Bref, cette rencontre était plus qu'inattendue, et je me suis demandé quel Vala avait joué avec la destinée du hobbit pour nous amener là et le sauver. Car il avait besoin de soins, suite à une plaie pas trop profonde mais qui avait saigné et l'avait privé de ses forces. Et il portait aussi la trace de nombreuses brûlures, même si elles étaient en majorité guéries. Et il était en haillons, seul, loin de tout campement de semi-hommes ou autres mortels...
 
Il fut soigné grâce aux compétences de certains de nos compagnons, avec l'aide de Lotheryn et moi-même, et bien vite il put se remettre sur pied, même s'il semblait un peu faible. À nos questions il répondit de manière bien évasive. Nous apprîmes qu'il se nommait Burzum, mais il semblait avoir perdu la mémoire des événements récents... ou du moins c'est ce qu'il nous dit. Et aussi qu'il s'était blessé tout seul, même si sa blessure avait manifestement été causée par une lame. Mais il n'avait pas l'air belliqueux ou animé de mauvaises intentions, et qui suis-je pour juger de ceux qui gardent des secrets ? Lorsqu'il apprit que nous souhaitions aller voir le seigneur Melossë, il parut très intéressé et nous l'invitâmes à nous suivre. Ses petites jambes affaiblies ne lui permettaient pas de suivre à notre allure, mais nos chants elfiques lui donnèrent de l'énergie et nous fîmes attention à ne pas aller trop vite, même s'il resta un peu à la traîne, peut-être autant par choix qu'en raison de sa taille ou son état de santé.
 
2 - En quête du seigneur de guerre
En fin de compte, nous arrivâmes en vue du village près du Vieux Pont. Je fus tout de suite attiré par une imposante silhouette près de l'entrée dans la palissade : un ours brun de belle taille, auprès duquel les humains semblaient pareils à des fétus de paille. Ce qui devait être le sentiment des deux gardes qui l'empêchaient d'entrer. Plus exactement, c'est ce qu'ils disaient à un humain trapu et costaud qui semblait être le maître de l'ours, car il n'était pas sauvage. Ils craignaient manifestement des problèmes avec cet ours même s'il ne montrait aucune agressivité. Je pus l'approcher sans mal et l'homme montra divers tours, mais les gardes restèrent inflexibles devant ses arguments... ce qui bloquait l'entrée dans le village. Aussi Orophal finit-il par s'approcher, avec d'autres elfes, pour rassurer les gardes et leur dire qu'il garantissait qu'il n'y aurait pas de problème avec le plantigrade.
 
Et ainsi nous pûmes découvrir le village et ses habitants ou voyageurs récemment arrivés, dont l'ours et son compagnon. Car il semblait que l'ours, qui était une ourse du nom de Bélina, considérait l'homme, Beran, comme son ami plus que comme un maître. Orophal partit s'enquérir du seigneur Taurgil mais il n'était pas là, mais sans doute au sud, à sa forteresse de Minas Brethil. En descendant le long de la Mitheithel, Orophal estimait le trajet à trois jours de marche. Ce qu'il nous proposa donc de faire : quitter immédiatement le village pour aller vers le sud et se rapprocher de Taurgil Melossë. Et Burzum fut invité à se joindre à nous, ce qu'il accepta manifestement avec plaisir.
 
L'échange avec le hobbit, en langue commune, ne passa pas inaperçu. Beran et son ourse demandèrent s'ils pouvaient se joindre à nous, ou plutôt c'est l'homme qui demanda. J'avais plaisir à voir la belle ourse à nos côtés, même si l'homme m'était complètement indifférent et même moins que cela... Et je pointai à Orophal les avantages d'avoir un pareil animal à nos côtés : il ferait certainement réfléchir à deux fois d'éventuels bandits ou autres agresseurs qui auraient mal vu la nature de notre groupe d'elfes. Une jeune femme humaine, du nom de Saoirse, se joignit également à la discussion : elle était très motivée par la possibilité de rencontrer Taurgil Melossë, qu'elle semblait tenir en très haute estime. Orophal n'était pas très chaud pour voir tous ces humains se joindre au groupe, et moi encore moins, mais en fin de compte il accepta.
 
Avant de partir, nous fûmes approchés par un nain manifestement très costaud et ayant l'expérience du combat, comme l'attestait le bandeau couvrant son œil droit. Du nom de Zarin, il avait cru comprendre que nous allions partir pour nous présenter au seigneur Melossë et il voulait en être... Orophal et d'autres elfes étaient encore moins motivés par ce nouvel apport au groupe, mais pour ma part cela me dérangeait bien moins que la présence de Beran ou Saoirse. Et de toute manière, malgré quelques tensions, la raison prévalut et il fut accepté dans la troupe : une dizaine d'elfes, un hobbit, un nain, deux humains et une grande ourse... Et ce n'était que le début du voyage vers le sud.
 
3 - Séparation
Le début du chemin se présenta sans incident aucun. Ne souhaitant pas me mêler aux humains qui me rappelaient trop de mauvais souvenirs, je restai au milieu du groupe d'elfes, aux côtés de mon amie Lotheryn. Ce qui convenait très bien à Orophal : si le seigneur Elrond lui avait demandé de veiller sur moi, ce n'était pas ce qu'il était venu faire, et il déléguait ce rôle de nounou à la "Fleur des Bois" avec grand plaisir. J'aurais voulu échanger plus avec le hobbit Burzum, mais ce dernier restait généralement en retrait, même si ses blessures semblaient à présent guéries. Et ce malgré mon intérêt affiché pour sa personne : je trouvais que c'était un être fascinant et plein de mystères, et en même temps il avait l'air plus mal en point que moi, d'une certaine manière, et j'aurais voulu pouvoir l'aider...
 
Mais le destin frappa un nouveau coup sous la forme d'un aigle qui descendit sur le groupe. Il était en fait porteur d'un message pour Orophal, qui put l'entendre grâce à la magie que certains d'entre nous maîtrisons. Message qui causa de l'émoi chez notre chef, comme nous l'apprîmes bientôt : le mal des loups-garous était présent plus au nord, et les guerriers du roi Thranduil étaient mandés vers le nord pour aider ceux du seigneur Elrond. En même temps, il n'était pas question pour moi de me joindre à eux, sans parler de nos autres compagnons. Mais que faire alors du pauvre orphelin blessé sur lequel il avait promis de veiller ? Lotheryn l'assura alors qu'elle saurait veiller sur moi, d'autant que les autres membres de la troupe qui poursuivaient vers le sud sauraient assurer une certaine protection sans doute.
 
Orophal semblait gêné et soulagé à la fois, et je sentais bien que j'étais pour lui un fardeau dont il se serait bien passé. Lotheryn était confiante, mais peut-être n'avait-elle pas perçu à quel point j'attirais les ennuis sur ma malheureuse personne et ceux qui me côtoyaient... Mais enfin Orophal prit sa décision et le groupe fut scindé en deux : les elfes de la Forêt Sombre, à l'exception de Lotheryn, partirent vers le nord à bonne allure. Et nous restâmes avec le hobbit Burzum, Beran et son ourse Bélina, le nain Zarin, et enfin l'humaine du nom de Saoirse. Cette dernière avait le don de se faire oublier, comme si elle n'existait pas, ce qui me convenait parfaitement !
 
Burzum n'avait plus les chants des elfes de Thranduil pour donner davantage de vigueur à ses petites jambes. Mais je me mis à chanter également en lui demandant de rester non loin de moi, de manière à le faire aller plus vite et à éviter toute fatigue. Je n'avais pas l'expérience des elfes qui venaient de partir, mais cela aida bien le petit hobbit néanmoins. Et ainsi le voyage continua-t-il, sur un sentier qui longeait la rive orientale de la Mitheithel. Nous avançâmes bien, nous avions parcouru peut-être la moitié du trajet, quand je remarquai le trouble de Bélina, qui réagissait à des bruits qui provenaient d'une forêt que nous longions. Alors je projetai mes sens dans cette direction, et ce que je perçus fit battre mon cœur à toute allure...
 
4 - Yrch!
Non loin, dans la forêt dont nous suivions la bordure, quelques voix naines criaient "Baruk Khazâd! Khazâd ai-mênu!". J'avais entendu des elfes de la Dernière Maison Simple me dire qu'il s'agissait d'un cri de guerre nain qui signifiait "Haches des nains ! Les nains sont sur vous !". Mais surtout, les autres sons ne pouvaient me tromper : les nains étaient en train de combattre des orcs manifestement plus nombreux ! Il était très étonnant de trouver des gobelins si loin des Monts Brumeux, mais je ne m'arrêtai pas à réfléchir à cela : après avoir crié à mes compagnons que quelques nains se faisaient attaquer par une troupe d'orcs, je pris mes jambes à mon cou et fonçai dans la direction du combat.
 
Lotheryn eut le réflexe de tenter de me retenir. Malheureusement pour elle, je l'avais prise par surprise et je glissai sans mal sous son bras. Et motivé comme je l'étais, je me mis à courir à une allure qu'aucun de mes compagnons n'allait pouvoir égaler. Après coup je me suis rendu compte du souci que j'ai causé à mon amie Lotheryn, dont la promesse de veiller sur moi a dû lui glacer les sangs quand elle m'a vu partir si vite en direction du danger. Pardonne-moi Fleur des Bois, je ne suis pas un très bon compagnon et les ennuis me suivent comme des mouches sur un cadavre... En tout cas, elle a filé à ma suite et d'autres compagnons ont fait de même, courant aussi vite qu'ils pouvaient, à savoir Zarin et Beran, tandis que le hobbit et l'humaine restaient en arrière.
 
Tandis que je me rapprochais du site du combat, je me concentrai pour me confondre avec le milieu forestier, tout en préparant une flèche pour mon arc. Mes compagnons étaient trop loin à présent pour me percevoir, et je ralentis afin de passer inaperçu aux yeux des orcs que j'entendais. Je n'allais pas droit vers les bruits, mais à une petite distance, afin de voir sans être vu et de trouver une bonne position d'où lancer mes flèches. Bientôt j'arrivai à un espace où trois nains étaient dos à dos pour combattre une demi-douzaine de maléfiques gobelins, tandis qu'une demi-douzaine d'autres se tenaient à proximité. Heureusement ce n'étaient pas des grands guerriers mais plutôt des éclaireurs. Ils ne me perçurent pas, et certains allaient bientôt le payer de leur vie.
 
Les compagnons qui me suivaient n'étaient pas aussi discrets que moi, aussi les orcs les avaient-ils perçus, eux. Quand ils les virent, les six orcs un peu à l'écart se dirigèrent vers eux avec grande joie en brandissant leurs armes. Ce qui me permit de me placer dans leur dos et de viser le dernier. Lotheryn fit parler son arc et blessa une de ces répugnantes créatures, et pour ma part j'en abattis une. Une autre se retourna, ayant flairé ma présence, mais je l'abattis également assez vite. Et une autre ensuite, et je continuai à tirer. Mes compagnons s'étaient bien débrouillés et n'avaient au pire écopé que d'égratignures, et les nains avaient fait de même, aussi les derniers orcs durent sentir le vent tourner et décidèrent bien vite de s'enfuir...
 
5 - Échanges
Les trois nains nous remercièrent et mes compagnons et eux se partagèrent le maigre butin qu'on pouvait trouver sur les orcs abattus ; sans doute guère plus que quelques armes de qualité très moyenne. Pour ma part, je me contentai d'achever les orcs avec grande satisfaction et de récupérer mes flèches sur les corps, en pensant à mon père qui avait en un sens guidé mes tirs, vu que c'est lui qui m'avait formé à l'archerie. La vengeance ne le ramènerait jamais, mais c'était un nectar que je voulais continuer à goûter pendant encore longtemps... Les nains semblaient être des marchands qui avaient établi un camp non loin, et ils nous y invitèrent, en disant qu'il y avait un cochon en train de cuire à la broche et qu'il y en aurait assez pour tous... Je partis chercher Burzum à l'orée du bois, Saoirse nous suivit à distance, puis nous laissâmes les nains nous mener à leur camp.
 
À une certaine distance de là, au milieu des bois, une charrette trônait au milieu d'une clairière, à côté d'un feu et d'une broche sur laquelle tournait un probable marcassin. Un jeune nain était là qui surveillait le tout. En plus de la viande, les marchands avaient de l'alcool, mais je déclinai tant la viande que la boisson. Je ne mange pas la chair de mes amis les animaux, et je n'ai aucune attirance pour l'alcool. Surtout que j'avais peu auparavant repéré des traces de gros loups, peut-être des wargs, et que je ne tenais pas à m'embrouiller l'esprit. En tout cas les nains ne s'en offusquèrent pas, ils étaient heureux de la récente aventure et de la mort des orcs. Ce fut un joyeux repas, peut-être parce que je n'y participai guère...
 
Tandis que je surveillais les environs, j'entendais mes compagnons qui échangèrent avec les nains voire se prêtèrent à des jeux comme un concours de devinettes, à la demande d'un des nains qui semblait un connaisseur. Mais les humains n'étaient pas en reste et notre groupe finit par gagner je crois, non sans avoir descendu un certain volume d'alcool au passage - au grand plaisir de Zarin manifestement. Il y eut aussi un concours de ronds de fumée, gagné par les nains. Certains d'entre eux étaient un peu éméchés, de même que quelques-uns de mes compagnons. Bizarre comme les mortels arrivent à faire la fête alors qu'ils savent que la mort rôde non loin...
 
Ce qui entraîna un petit débat sur la manière de renforcer la sécurité du campement. Vu le manque de sobriété d'une bonne partie de la troupe, quitter la forêt en pleine nuit n'était plus une option. Rester au milieu de la clairière serait bien pour voir arriver d'éventuels orcs, mais pouvoir grimper à des arbres était un plus en cas d'attaque de loups. En fin de compte nous déplaçâmes la charrette et les deux poneys dans les bois, non loin de la lisière de la clairière. Le feu fut laissé et Lotheryn prépara près du foyer des mannequins pour tromper d'éventuels attaquants. Avec mon amie, nous convînmes de monter la garde en alternance voire ensemble pendant que les autres dormiraient. Puis nos compagnons allèrent se coucher dans les bois, et les nains dans leur charrette.
 
 
Et voilà la fin de mon conte, braves gens d'Imladris. Ou du moins la fin de la première partie de mon histoire. Souffrez que je fasse une pause pour humecter mon gosier et me donner le temps de penser à la suite de mon récit, qui j'espère vous tiendra autant en haleine que le début, voire plus encore. Car j'espère bien, par la force de l'expérience, améliorer ma prose et me montrer digne des conteurs qui sévissent ici toutes les nuits. Puissent les Valar veiller encore longtemps sur nous et les nuits résonner des chants des elfes encore de longues années...

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Les contes de Camalag - campagne du Rhudaur 2e partie

Message non lupar Niemal » 13 février 2022, 10:37

Amis et compagnons de cette vallée cachée dans laquelle Elrond nous héberge, survivants du royaume d'Eregion ou d'autres royaumes elfiques plus anciens ou lointains, ou juste simples voyageurs : permettez que je vous narre la seconde partie de mon récit entamé il y a un moment déjà. Je veux vous conter la suite des aventures que j'ai eu l'heur de vivre, parmi ces humains que j'abhorre mais que je dois côtoyer pour apprendre à mieux les connaître. Ainsi, selon maître Elrond, pourrai-je maîtriser mes sentiments plutôt que d'être leur jouet, et mieux voir la beauté qui réside parfois dans le cœur et l'âme de ces mortels. Pourtant, vous verrez à travers mon récit que cet objectif me paraît encore bien lointain !

1 - Nouveaux venus et mauvaises intentions
Revenons donc à ce groupe bien hétéroclite auquel Lotheryn et moi faisions partie par le hasard de la destinée plus que par notre volonté. Après avoir combattu avec succès des orcs et aidé des marchands nains qui étaient leur cible, mes nouveaux compagnons avaient partagés un repas essentiellement composé de cochon - selon les dires des nains - et d'alcool. Le tout dans une belle insouciance, malgré la présence certaine de loups voire de wargs, sans parler d'être une zone de guerre, où de plus Orophal et les siens étaient partis pour combattre le mal des loups-garous. Mais bref, ces mortels ripailleurs avaient fini par aller dormir, non sans nous avoir laissés, Lotheryn et moi, le soin de réaliser un faux camp et ses faux dormeurs, ou de veiller sur leur sommeil.

Nous avions convenu, mon amie et moi, de lui laisser le soin de veiller seule au début, pendant que je méditais dans un arbre non loin du (vrai) camp des nains et compagnons de fortune. Si profondément me trouvai-je en contemplation intérieure que je mis un moment à réaliser qu'il se passait quelque chose. Lorsque des bruits me firent sortir de ma profonde méditation, je réalisai vite que des combats étaient en cours avec des nouveaux venus. Mais avant de vous dire quelles furent mes réactions, revenons brièvement au détail de ce qui c'était passé, tel que Fleur des Bois me le conta par la suite, lorsque les événements cessèrent de nous tourmenter.

Lotheryn avait donc perçu l'arrivée plus ou moins discrète d'une quinzaine d'humains équipés de filets et lassos, sans armes et armures et peu habitués aux expéditions nocturnes, à l'exception de cinq d'entre eux, qui portaient des torches ainsi que des arcs. Ils seraient plus tard identifiés comme étant des Hommes des Collines. Trompés par les mannequins de mon amie et le camouflage du vrai campement, ils n'avaient pas perçu mes compagnons ou les nains bien occupés à cuver leur alcool. Tandis que les humains arrivés en embuscade lançaient leurs filets et constataient qu'ils avaient été trompés, mon amie réveillait discrètement nos compagnons. Les nains semblaient encore trop imbibés d'alcool, à une exception près, pour sortir de leur torpeur, de même que l'ourse de Beran, Bélina.

Mais les Hommes des Collines commençaient à fouiller et allaient bientôt découvrir le vrai campement, les deux poneys, la charrette avec les nains, et l'ourse de Beran. Zarin, habitué aux embuscades et aux combats, avait tenté de les mettre sur de fausses pistes, mais sa mauvaise imitation de hurlement de loup avait surtout permis aux hommes de le repérer. Malgré ses efforts pour éviter les humains et éteindre leurs torches, il avait fini par être rejoint et un combat de filets avait débuté. Rajoutons à cela l'intervention surprise de Saoirse dans le dos d'un humain et sa demande d'explications à voix haute, demande interrompue par une pierre reçue dans la tête, pierre lancée par le hobbit Burzum ! Il semblait que la situation allait dégénérer un peu plus, et c'est à ce moment-là que je pris conscience de ce qui se passait...

2 - Histoire de cochon
Je mis peu de temps pour percevoir l'essentiel de tout cela et pour rester caché dans mon arbre. Je n'appréciai que peu d'être à proximité de tant d'humains, surtout animés de si manifestes mauvaises intentions. Tandis que Saoirse, couverte de filets, tentait de raisonner les Hommes des Collines et de chercher des explications sans combattre, je voulus faire peur en criant à l'arrivée de wargs, mais sans succès autre que de faire peur au hobbit qui grimpa illico dans un arbre proche. Pourtant, avec tous les cris que ces mortels se lancèrent, il aurait été difficile de ne pas être attiré par un tel remue-ménage. Mais les cris et surtout les corps se calmèrent un peu, et je pus suivre de loin ce qui apparut être la cause de cette embuscade nocturne : une histoire de cochon. Les humains semblent bien être capables de se battre pour quelque chose d'aussi futile, et je vous laisse deviner l'évolution de mon opinion. Et maître Elrond voulait que j'apprenne à mieux connaître ces gens-là ?!?

Je n'avais aucun mal, vu la force des cris, à comprendre ce qui se disait : les Hommes des Collines accusaient mes compagnons d'avoir volé un cochon et de l'avoir mangé, comme les restes du repas l'attestaient. Je restai ébahi devant la prétendue capacité de ces humains à pouvoir reconnaître un animal après avoir été rôti, découpé et mangé, avant de comprendre, un peu plus tard, que l'animal avait en fait été attaché dans la clairière où les nains avaient fait leur camp. Laisser un cochon attaché, sans garde aucune, dans une forêt parcourue par des loups, voilà qui me laissa encore un peu plus ébahi. Mais il semblait en tout cas qu'un soupçon de clarté commençait à se faire : les nains avaient pu être en partie réveillés, et à travers les brumes de leur alcool ils admirent avoir trouvé le cochon, et l'avoir fait rôtir pour satisfaire leur faim...

Mes compagnons d'infortune eurent beau crier qu'ils n'y étaient pour rien et qu'ils avaient mangé du cochon en toute bonne foi, invités par les nains à qui ils venaient de sauver la vie, ils ne se firent pas mieux voir pour autant par les Hommes des Collines. Ces derniers dirent qu'il fallait venir à leur village proche et comparaître devant leur cheffe, "la grosse Berta" selon leurs propres termes, qui y verrait plus clair et déciderait de la suite à donner. Les propositions de payer pour avoir fait disparaître le cochon ne rencontrèrent aucun écho, comme si la disparition de l'animal était un désastre menaçant la destinée de tout le village humain... Et j'avais quitté Imladris pour ça ?!?!?

Mes compagnons et les nains acceptèrent de venir au village, devant l'insistance des Hommes des Collines. Je restai caché dans mon arbre, mais comme j'avais crié auparavant, plusieurs d'entre eux demandèrent à voir la personne cachée descendre de son arbre, sans quoi ils menaçaient de l'abattre. Suite à cette demande, le hobbit Burzum se dépêcha de descendre de son perchoir, pensant qu'on parlait de lui. Les Hommes des Collines furent un peu interloqués, l'arbre d'où mon petit ami était descendu n'étant pas dans la direction où ils pensaient avoir entendu les cris. Mais la nuit, les tensions, la colère, tout cela fit qu'ils n'insistèrent pas et partirent. Mes compagnons purent garder leur équipement, mais les nains, qui avaient plus ou moins avoué leur méfait, eurent les mains attachées.

3 - Explications et nouvelles menaces
Je suivis discrètement la troupe, tous les sens aux aguets, me rappelant bien les traces de loups que j'avais repérées plus tôt dans la nuit. Je parvins au village humain : il était entouré d'une palissade en mauvais état, et l'ourse avait été laissée à l'extérieur, non loin de l'entrée dans la palissade. Ayant repéré les gardes et même un endroit de la palissade en mauvais état, et comme c'était le milieu de la nuit, je pus me glisser dans l'enceinte sans être repéré. Je parvins sans mal à l'arrière d'un grand bâtiment, comme une longère nordique composée d'une salle unique où devait trôner la cheffe du village. C'est là que les nains et mes compagnons furent emmenés, et où ils rencontrèrent Berta, femme âgée et cheffe des Hommes des Collines.

Tous se présentèrent à Berta et donnèrent leur version des faits. Les nains, qui n'étaient qu'en partie dessaoulés, pleuraient sur leur mauvaise action, leur faim à laquelle ils n'avaient pas su résister, et faisaient amende honorable. Mais Berta dit que l'affaire était plus grave qu'un simple cochon. Ce dernier avait été laissé là comme offrande, afin de contenter un sinistre et maléfique warg qui terrorisait le village avec une quinzaine de loups. Il avait tué plusieurs personnes, dont deux de ses fils, et demandait - car oui, il parlait, ce qui pour moi le rangeait plutôt dans les sorciers ou les loups-garous - un sacrifice régulier. À défaut de cochon, des humains risquaient de faire les frais de la bête...

Tandis que certains de mes compagnons - Zarin le premier - proposaient de régler le problème du warg de manière définitive, je fus attiré par un bruit en dehors du village : Bélina était agitée. Aussi j'escaladai le mur puis le toit du bâtiment, et je vis des formes, dans les bois, s'approcher du village. Malgré mes sens elfiques, il était difficile de distinguer quoi que ce fût, comme si l'obscurité grandissait à l'approche de ces choses qui semblaient tout sauf humaines. Il ne faisait guère de doute, pour moi, que le fameux warg et ses loups venaient prendre livraison d'un paiement qui n'avait pas été trouvé. Je prévins immédiatement Lotheryn en sindarin, à la grande surprise des humains qui m'entendirent. J'expliquai qu'il fallait faire venir tout le village dans la longère et la barricader. Mais un autre bruit se produisit : le warg, suivi par ses loups, avait enfoncé sans grand mal une portion de la palissade en mauvais état. Puis il était entré, immense, presque de la taille d'un cheval ! C'était la panique dans le village...

Et il ne s'agissait pas que de peur de mourir : la vue de cette bête maléfique et tout sauf naturelle me glaça le sang. Malgré toute ma volonté, qui certes est bien faible, je ne pus résister au désir de me recroqueviller sur le toit et de ne rien faire qui pourrait trahir ma position. Néanmoins, je voulus prévenir mon amie Lotheryn, et cela me donna la force de sortir de ma torpeur. Grâce à un effort de volonté, je criai en ouistrain que la bête arrivait, et montai au sommet du toit, près de l'ouverture au-dessus de la fosse à feu. Puis je pris la corde de mon sac, la fit glisser dans l'ouverture du toit, le plus loin du feu possible, et criai à mon amie elfe et au hobbit de monter me rejoindre.

4 - Combat
La porte du bâtiment explosa sous la force du monstre maléfique, et un vent venu de nulle part souffla les torches et même le feu au centre de la grande pièce. Le monstre parla et dit qu'il avait faim et qu'il allait se rassasier parmi les villageois, à leur grande frayeur. Heureusement, la plupart arrivèrent comme moi à résister à la peur panique qui m'avait saisi. Beran était le plus près du monstre, mais Zarin avait pris son arme et il courait vers la bête qui entrait calmement, vite suivie par ses loups qui se ruèrent sur les villageois ou mes compagnons. Il n'y avait pas d'autre issue que la grande entrée par où warg et loups étaient entrés, certains fuyaient vers l'arrière de la salle, d'autres comme Berta prenaient leurs armes. Le combat allait commencer.

Je plantai ma dague dans le toit et fit une boucle avec la corde autour de la poignée, afin de l'empêcher de glisser. Lotheryn aida le hobbit à attraper la corde qui pendait en l'air, et Burzum y grimpa péniblement. Mais il fut le seul à profiter de la corde, car les loups qui arrivaient ne laissèrent pas le temps à Lotheryn de suivre par la même voie. Le combat était partout. Mais tandis que Burzum grimpait et que j'arrivais tout juste à maintenir la corde d'une main, Zarin enfonçait le flanc de la bête avec son arme à deux mains tandis qu'il écopait en même temps d'une vilaine morsure. La douleur étourdit les combattants, aucun ne prenant l'avantage. Les autres arrivèrent à éviter toute blessure ou ne subirent que des morsures sans gravité.

Beran réussit ensuite à blesser légèrement le monstre, tandis que certains loups leur faisaient, à Zarin et lui, des blessures mineures. Du coup, le premier, le nain arriva-t-il à porter un nouveau coup au monstrueux loup doué de parole et de magie. Sa puissante attaque arriva à faire passer la bête de vie à trépas, pour autant qu'on pouvait dire qu'elle était auparavant vivante. En tout cas, suite à la mort du monstre, tous les loups arrêtèrent de combattre et redevinrent des loups normaux, animés par une seule idée : la fuite. Mes compagnons comme les villageois - du moins ceux qui avaient survécu, heureusement la majorité - les laissèrent partir. Mais il y avait pas mal de blessés.

Lotheryn se mit alors à soigner nos compagnons, tandis que Berta les félicitait pour leur exploit, et en particulier Zarin. J'aidai Burzum à descendre, et je fis également passer ma trousse de soins à Lotheryn pour l'aider dans sa tâche. Entre ses bandages et ses sorts de soin, tous nos compagnons de fortune furent bientôt tirés d'affaire et la guérison en bonne voie. Elle fut ensuite assaillie par les demandes des Hommes des Collines qui avaient des maux à traiter, mais elle arriva à les faire patienter jusqu'au lendemain. Le bilan fut fait dans le village, mais il était moins lourd que ce que j'avais craint : quelques morts à peine. Bélina, l'ourse de Beran, n'avait pas été sur le chemin des loups, et donc elle n'avait souffert de rien. On lui permit de rentrer dans le village et elle fut installée dans l'étable, pendant que le reste du village tentait de prendre du repos. Tandis que mes compagnons dormaient dans le bâtiment où ils avaient donné combat, je sortis du village pour aller dans un arbre proche et veiller en me reposant tranquillement.

5 - Nouvelle mission
Mais la nuit était loin d'être terminée, et après un moment j'entendis du bruit. Un groupe de cavaliers arriva à proximité du village, et quelle arrivée ! La végétation semblait d'écarter du groupe et faciliter son passage. À sa tête était un homme de grande taille, monté sur un imposant destrier blanc, trop majestueux pour être un simple cheval. Je ne l'avais jamais vu, mais il me semblait bien qu'il s'agissait là d'une de ces montures intelligentes que les humains appellent chevaux elfiques, tel Asfaloth monté par Glorfindel ici présent. Je ne pouvais en être sûr vu la distance de mon arbre, mais pourtant, d'après la description qu'on m'en avait faite, j'en étais à peu près sûr : le seigneur Taurgil Melossë venait d'arriver.

Il entra bientôt dans le village sans rencontrer aucune résistance d'aucune sorte, tellement imposante était sa présence, comme un roi sur ses terres. Tous furent bientôt réveillés, et je me dépêchai de retourner discrètement sur la grande longère qui hébergeait mes compagnons et où traînait encore le cadavre de la bête maléfique abattue par Zarin. Taurgil, car c'était bien lui, posa des questions et fut bientôt mis au courant par Berta de ce qui s'était passé. Le groupe de mes compagnons de fortune lui fut présenté, et il parut intéressé par leurs exploits. Ces gens-là voulaient se mettre à son service ? Manifestement, il avait besoin de pareilles personnes... Par contre, Burzum lança de nombreuses accusations contre Saoirse, comme si elle était la source de nos problèmes, une espionne voire une sorcière, et les tensions montèrent d'un cran. Le manque de sommeil était manifeste chez ces pauvres mortels... À contrario, le seigneur Taurgil semblait en pleine forme, lui. Ce qui n'était pas le cas de ses compagnons, qui avaient les traits un peu tirés...

En fin de compte, le seigneur Melossë demanda à s'entretenir en privé avec chacun des membres de notre petite et récente troupe. Il avait fini par reconnaître Zarin - manifestement ils avaient déjà vécu des choses ensemble - mais ce n'était pas le cas des autres. En plus du nain, Saoirse, Burzum, Beran recontrèrent le seigneur. À son tour, Lotheryn fut mandée, mais elle vint d'abord me chercher pour me faire rencontrer Taurgil. J'acceptai, même si j'aurais préféré rester sur mon toit, mais mon effort vola vite en éclats devant le grand Dúnadan : n'était-il pas humain, comme les autres ? Je ne pus lui adresser la parole et demandai à mon amie Lotheryn de m'excuser auprès du seigneur, qui parut un peu surpris. Néanmoins, il dit qu'il avait besoin de gens comme nous pour une mission. Il remit à Fleur des Bois deux jetons de bois gravés d'un aigle, dont un pour moi, afin de les présenter à son intendant, qui nous donnerait alors le détail de la mission.

Il se passa encore bien des choses, je fus le témoin de bien des échanges - parfois difficiles, comme avec Burzum et Saoirse - en présence du seigneur Melossë. Il examina aussi le cadavre de la bête maléfique qui nous avait attaqués, et qui manifestement était encore chargée de sorcellerie. Ses hommes, de toute évidence des rôdeurs d'expérience, venaient souvent l'interrompre pour lui parler de sujets importants. Un moment, une lumière parut dans le ciel nocturne, sous la forme d'un gigantesque aigle enflammé qui brûlait les végétaux à proximité, mais qui ne semblait pas incommoder le seigneur dúnadan ! Aigle qui avait un message important à transmettre, semblait-il... En fin de compte, Taurgil repartit avec ses cavaliers fatigués, tous appelés à d'autres tâches, avec le cadavre du warg sorcier. En ayant chargé mes compagnons et moi-même d'une nouvelle mission.

La nuit n'était pas encore terminée, tous étaient fatigués voire blessés et n'avaient pas fini de guérir. Peut-être resterions-nous encore quelques temps pour terminer de récupérer et aider ces Hommes des Collines avec des soins, tandis que les nains qui avaient pris le cochon resteraient un temps pour payer leur dette avec un peu de dur labeur. Les gens du village nous avaient remerciés en nous remettant quelques armes possédées par des défunts, comme deux dagues et deux arcs courts, et Berta avait même offert sa propre épée longue - leurs meilleures armes. Lotheryn m'avait dit que je ne devais pas être affecté par mon échec à parler à Taurgil Melossë, que je finirais par dépasser tout cela, je devais rester confiant. J'enviais son optimisme, mais je pensais plutôt que la quête que maître Elrond m'avait confiée, apprendre à connaître voire aimer les humains, serait encore plus difficile et incertaine que je le craignais ! Je comprenais de mieux en mieux pourquoi tant d'elfes partaient pour Valinor, où m'attendaient mes parents. Et j'étais tenté de les rejoindre... mais pas avant de terminer ce que j'avais commencé, si je le pouvais !


Ainsi s'achève la deuxième partie de mon récit, résidents permanents ou passagers de la Dernière Maison Simple. Merci de m'avoir écouté et encouragé à m'améliorer, ce que je ne manquerai pas de faire à travers la suite et troisième partie de mon récit. Quelle mission le seigneur Melossë nous avait-il confiée, et arriverai-je un jour à supporter ces terribles humains qui semblaient n'apporter que cris, combats, souffrance et destruction tout autour d'eux ? En même temps, je commençai à percevoir que, par certains côtés, certains de mes compagnons n'étaient pas si différents de moi, en particulier Saoirse ou Burzum. Peut-être que je pouvais commencer à envisager de pouvoir un jour m'attacher à certains d'entre eux... même les humains peut-être, même si j'en doutais un peu.

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Les contes de Camalag - campagne du Rhudaur 3e partie

Message non lupar Niemal » 27 mars 2022, 14:38

Habitants de la vallée d'Imladris, de longue date ou de passage, protecteurs, voyageurs ou artisans, voici le moment de vous révéler la troisième partie de mes aventures parmi les humains. Toujours j'ai en tête les mots du seigneur Elrond me poussant à découvrir les mortels et ne pas les juger trop vite, encore j'éprouve au cours du récit que je m'apprête à conter le plus grand mal à ne pas constater en eux tous les ferments du mal, petit et grand, qui ont conduit à faire de moi un orphelin. Mais au moins dois-je concéder que j'ai parfois réussi à adresser la parole à certains d'entre eux, que je côtoyais depuis plusieurs jours alors. Autant de raisons de croire en la sagesse de mon seigneur et grand soigneur parmi les elfes...

1 - Aide et nouveau départ
Dans ce village où nous avions combattu, mes compagnons et moi, la fin de la nuit fut l'occasion d'un repos bienvenu. Mais dès le soleil d'été revenu, les questions se pressèrent pour les six aventuriers qui partagions un objectif commun, à savoir répondre à la demande de Taurgil Melossë d'accomplir une mission. Fallait-il partir au plus vite ? J'y étais favorable, tant rester parmi ces humains me pesait ; mais Lotheryn, qui me rappelait ma mère et son funeste destin, tenait à répondre à la demande des villageois encore souffrants. Je lui dis donc que je respecterais son choix, et si elle restait un moment je le ferais aussi.

Les autres compagnons étaient partagés, mais comme, en plus de Fleur des Bois accomplissant ses soins, le nain Zarin avait décidé d'aider marchands nains et villageois humains, les autres firent contre mauvaise fortune bon cœur. Le hobbit Burzum, qui semble avoir des dons pour trouver et préparer des herbes médicinales, décida d'aller en chercher. Je l'accompagnai pour veiller sur lui tout en récoltant de quoi manger pour moi-même ou mon amie. Pendant ce temps, des villageois en firent de même, accompagnés par Beran et Saoirse. Nous fûmes tous surpris de la facilité à trouver de la nourriture, les personnes du village ne comprenant pas comment la nourriture avait pu pousser aussi vite et de manière si abondante dans les environs...

Après une journée complète de la sorte, les problèmes de plaies et d'estomacs vides furent en grande partie réglés. Si bien qu'après une nouvelle période de repos nocturne sans incident, le groupe prit congé de ces humains, et des nains restés à faire amende honorable en travaillant dur auprès d'eux. Nous marchions en direction de Minas Brethil, demeure du seigneur dúnadan qui nous avait confié une mission à aller chercher auprès de son intendante. Mon amie et moi marchions en chantant, afin de progresser plus vite et sans fatigue par la magie de l'harmonie des elfes, ce dont profitaient le hobbit Burzum et l'humaine Saoirse. Suivaient le nain Zarin et l'ourse Bélina et son maître humain, Beran.

En cours de route nous croisâmes le chemin d'une patrouille d'une dizaine de cavaliers nordiques du Rhovanion, des Éothraim, au service du seigneur Melossë. Au début méfiants, surtout en raison de la présence de l'ourse, ils se détendirent quand mon amie parla de l'invitation à réaliser une mission pour Taurgil Melossë en montrant le jeton de bois sculpté qu'il avait remis. Du coup ils décidèrent de nous accompagner au château. Après une fin de journée, une nuit sans encombre et une matinée à marcher, nous y arrivâmes enfin. L'endroit était magnifique, très riche et giboyeux, et occupé par de nombreux humains occupés à travailler la terre, pêcher, fabriquer... et réparer le château dont les travaux n'étaient pas encore terminés.

2 - Minas Brethil et mercenaires
Le château s'élevait sur une butte à proximité de la Mitheithel, rivière que les humains appellent Fontgrise. Mais pour arriver à ses portes, nous devions au préalable traverser un camp de cavaliers éothraim apparemment sur le pied de guerre. Ce ne fut pas aisé en raison de la présence de l'ourse qui inquiétait les hommes et affolait chiens et chevaux. Nous réussîmes à convaincre les gardes de l'entrée de nous laisser passer, Bélina comprise, mais la cheffe du camp, quand elle nous vit, ne fut pas de cet avis. Après diverses tentatives infructueuses de lui faire changer d'avis, Beran choisit de ressortir du camp avec son ourse plutôt que la voir dans une cage.

Au passage, avant d'arriver à la porte du château, nous fîmes la rencontre de divers groupes de mercenaires humains. L'un d'eux, un Éothraim, chantait en jouant du luth. Lorsqu'un dunéen lui demanda de se taire avec agressivité, il lui brisa son instrument sur le crâne et déclencha une bagarre. Lotheryn eut le malheur de vouloir s'interposer et calmer les esprits, mais elle reçut un coup dans le dos, ce qui entraîna la participation du nain Zarin, à son grand plaisir semblait-il. Il fallut les efforts de la cheffe du camp pour calmer les esprits et mettre fin à la dispute qui n'avait heureusement fait aucun blessé à l'exception de quelques bleus et bosses. Et je devais accomplir une mission avec ou pour ces gens-là ? Ecœuré, je poursuivis ma route vers le château.

Les jetons donnés par le seigneur Melossë nous permirent de rentrer, et divers mercenaires nous suivirent, soit cinq groupes tous montés - nous étions les seuls sans chevaux - que je vais détailler un peu ici :
- des Éothraim menés par le chanteur et joueur de luth bagarreur, du nom d'Ulfúr
- des cavaliers d'origine diverse menés par une femme aux cheveux noirs nommée Léora
- des guerrières éothraim à l'air sérieux et efficace, appelées les "Castratrices d'Aldlida"
- les "Hacheurs de Corman", calmes mais moins bien équipés que les groupes précédents
- les "Archers d'Acton", compagnie d'archers originaires du Cardolan d'après l'un de mes compagnons

Nous fûmes accueillis par l'intendante, du nom de Jayelle. Elle nous remit un nouveau jeton en bois sur lequel était inscrit un nom qui serait celui de notre groupe, "gémique". Un autre jeton en cuivre avec cheval bondissant nous fut remis, qui servirait à prouver aux gardes nordiques que nous étions au service de leur seigneur et non des bandits. L'intendante s'adressa à toutes et tous pour détailler la nature de la mission qui était proposée : devant l'effort de guerre, Taurgil et ses armées n'étaient pas disponibles pour faire la chasse aux bandits et assassins. Ce dont profitaient certains autour d'un fort récemment pris à l'ennemi, le fort Grim, dans le centre-est du Rhudaur. À charge aux mercenaires acceptant la mission, et pour laquelle ils seraient payés, d'aller nettoyer la région.

3 - Des mercenaires suspects
Avant d'aller confirmer notre participation auprès de l'intendante, je surpris des mots agressifs prononcés par Ulfúr, ce musicien et chef de mercenaires éothraim. Selon lui, les coupables étaient les Hommes des Collines et il tenait à leur régler leur compte. J'en fis part à Lotheryn, Burzum et Zarin, ce qui fut aussi entendu par Saoirse, comme la suite le montrera. Toujours est-il qu'après avoir accepté la mission, l'intendante fut questionnée sur le matériel qu'il était possible d'acquérir. Ainsi, Saoirse et Zarin allèrent-ils à l'armurerie pour se faire équiper à crédit, tandis que Burzum profitait de l'herboristerie pour diverses préparations d'herbes qu'il avait ramassées.

La plupart des compagnies partirent au galop, vu la distance entre Minas Brethil et fort Grim. Mais pas nous, faute de monture ou de compétence en équitation parmi les membres du groupe. De plus, le groupe d'Ulfúr ne semblait pas pressé non plus. Le chef et ses mercenaires prenaient leur temps, tandis que l'intendante nous proposait plusieurs solutions pour aller plus vite remplir notre mission au loin. Mais mes compagnons et moi-même n'étions pas emballés à l'idée de risquer de perdre des chevaux que nous ne savions pas monter, et de se retrouver endettés. L'acquisition d'un chariot fut envisagée, mais il n'était pas bien plus rapide que la marche à pied, juste moins fatigant. Et l'intendante insistait pour mettre l'ourse en cage, ce qui ne risquait pas de plaire à Beran ou à son ourse.

Au retour de Saoirse, nous n'avions pas décidé quoi faire, et Burzum n'était toujours pas là. En l'attendant, Saoirse, manifestement très curieuse et pleine de ressources, changea en un tournemain d'apparence et se dirigea vers le groupe d'Ulfúr. La langue bien pendue, elle sembla arriver à s'intégrer à leur groupe et à discuter de manière amicale avec eux. Elle nous rapporterait plus tard ses propos avec le chef bavard et vantard, qui apparemment était un ménestrel vivant autrefois dans une cour de quelque royaume, ménestrel forcé de fuir après avoir tué un autre artiste qui lui aurait volé une chanson. Mais selon Saoirse, ses paroles laissaient songer qu'il y avait une autre vérité derrière ces paroles. En tout cas, le côté raciste et agressif du chef et de son groupe ne faisait aucun doute.

Cela ne me surprenait aucunement de la part des humains, mais Saoirse et moi commencions à nous poser des questions : et si Ulfúr était plus qu'un imbécile, peut-être aussi un mouchard, espion voire mercenaire à la solde d'autres bandits voire d'Angmar ? Peut-être que la lutte contre les bandits pouvait commencer ici même... Nous envisageâmes de fouiller leurs affaires ou de tirer les vers du nez à leur chef, et divers stratagèmes nous vinrent à l'esprit. Il semblait que les mercenaires logeaient à l'auberge de Sepa, dans le camp éothraim, et qu'ils y resteraient pour la nuit. Peut-être Zarin pourrait-il faire un concours de bras de fer, qu'il ferait durer, voire perdrait... Concours dont le prix serait un tonneau d'alcool nain qu'il avait encore, et dans lequel le hobbit pouvait préparer des herbes qui aideraient à délier les langues... Le temps pour moi de faire une fouille des affaires d'Ulfúr.

4 - Bras de fer et fouille
Nous avions installé notre campement à l'extérieur du camp éothraim. Ainsi nous pouvions tranquillement faire part de nos projets à Beran, puis de Burzum lorsqu'il revint de l'herboristerie. Zarin fut difficile à convaincre, car il tenait à son alcool manifestement de forte valeur. Je lui proposai de prendre ma part de butin la prochaine fois que nous aurions un butin à partager entre nous, sans pouvoir dire ce que ce serait. Au bout du compte l'idée lui plut et il accepta de fournir l'alcool pour ce projet. Le hobbit accepta de préparer des herbes psychotropes qui renforceraient les effets de l'alcool, et mon amie Lotheryn proposa de fournir quelques pièces nécessaires à se faire accepter à l'auberge sans éveiller trop de soupçons.

Et ainsi fut-il fait : Burzum était fatigué et resterait dormir, et Beran ne voulait pas quitter Bélina. La soirée était déjà avancée, et nous fûmes quatre aventuriers à aller à l'auberge. Saoirse était avec Zarin, la première la langue toujours bien pendue et le second aux muscles impressionnants. Lotheryn et moi entrâmes peu après, à distance, en observant les Éothraim avec qui nos deux compagnons échangeaient. Manifestement, même si Ulfúr était plus intéressé par la servante à ses côtés que par un bras de fer, l'idée faisait son chemin parmi ses hommes et lui. J'en profitai pour monter aux chambres, et même si Ulfúr me repéra, il sembla m'oublier vite. Lotheryn ferait le guet depuis la salle principale si quelque chose arrivait. Dans le pire des cas, Zarin avait consigne de déclencher une bagarre pour me donner un peu de temps.

Je trouvai sans mal la chambre du chef grâce aux indications que Saoirse lui avait soutirées. En Imladris on m'avait appris à crocheter des serrures, ce qui pouvait s'avérer utile pour aller espionner les gens d'Angmar. Si j'avais très peu de pratique, je fus tout de même heureux de constater que la serrure ne me posa aucun problème. Je rentrai vite et discrètement dans la chambre et entrepris de tout fouiller, tout en me ménageant une issue de secours possible grâce à la fenêtre que j'ouvris en grand, tant pour la fuite éventuelle que pour davantage de lumière. Ma fouille fut rapide et efficace, et je trouvai, soigneusement cachées, cinq pièces d'or dans les affaires du chef. Une bien grande somme pour un petit chef de mercenaires vantard, bagarreur et sans doute menteur. Mais rien d'autre pour incriminer Ulfúr, aucun contact manifeste avec d'éventuels bandits ou autres personnes louches.

Je redescendis discrètement peu après, surprenant Lotheryn, après avoir tout remis en ordre à la suite de mon passage, serrure verrouillée comprise. Puis mon amie et moi sortîmes de l'auberge pour rejoindre notre campement au milieu des bois. Plus tard, nous serions rejoints par Saoirse et Zarin, un peu éméché, et échangeâmes sur ce que les autres avaient appris et fait. Manifestement, Ulfúr n'était pas un agent double ou bandit caché, même si c'était bien une canaille. Il avait ainsi tué l'autre ménestrel par jalousie, d'où sa fuite et son changement de métier. De plus, il comptait laisser les autres mercenaires faire le sale boulot et récolter les lauriers avant les autres. Les cinq pièces d'or mirent une lumière dans les yeux de Zarin, qui se dit qu'il avait fait une bonne affaire en perdant son alcool. Il empocha deux pièces, et les trois autres allèrent à Burzum, Lotheryn et Saoirse.

5 - Embuscade et blessure mortelle
Le lendemain, nous partîmes vers le nord et l'est, à pied. Beran partit avant tout le monde mais il fut vite arrêté à cause de Bélina. Heureusement, il arriva si bien à montrer ses talents de dresseur que la patrouille rencontrée le laissa repartir, et avec un peu d'argent en prime ! Ce qui nous permit de le rattraper, d'autant qu'il dut parfois s'éloigner de la route avec Bélina pour éviter les patrouilles. L'idée était de rejoindre la route principale vers le centre du Rhudaur, où peut-être trouverions-nous des caravanes pour faciliter notre voyage, estimé à une semaine. Et nous continuâmes en direction de notre objectif, fort Grim.

Mais le destin en décida autrement. Alors que nous longions une forêt broussailleuse, nous fûmes alertés par un grognement de Bélina que nous n'étions pas seuls : des bandits avaient tendu une embuscade, et nous étions tombé dedans sans sourciller ! Heureusement l'ourse nous permit de réagir juste avant l'envol d'une demi-douzaine de flèches. Burzum fit le mort, même s'il n'était pas visé, et Saoirse, Lotheryn et moi-même fîmes de beaux et efficaces plongeons pour esquiver le trait qui nous était destiné. Zarin, Beran et l'ourse écopèrent de blessures minimes et vite oubliées qui allaient vite avoir de fâcheuses conséquences pour nos attaquants.

Ces derniers étaient au nombre de neuf : six archers et trois guerriers supplémentaires, dont le probable chef. Tandis que Zarin fonçait sur le plus proche et lui faisait sauter la tête, et que Bélina, furieuse, chargeait les bandits, Lotheryn utilisa ses pouvoirs elfiques pour charmer le chef au-delà de tout succès : ne reconnaissait-il pas sa meilleure amie ? Mais dans le même temps une flèche se ficha dans son ventre : mortellement blessée, elle arriva à peine à ne pas tomber inconscience et à rester debout, maintenant son emprise sur le chef. Ce dernier jeta ses armes en disant à ses hommes d'arrêter, hommes qui de toute manière étaient déjà en train de prendre la fuite ou de perdre la vie.

Au final, trois bandits furent tués et un bien assommé, quatre s'enfuirent, et le chef resta pour aider comme il pouvait. Lotheryn fut allongée et j'utilisai mes pouvoirs et compétences de soins, ainsi que la trousse de soins que j'avais remise à mon amie, pour enlever la flèche, stabiliser la blessure et la soigner du mieux possible. Dans le même temps, elle continuait à parler au chef et à lui soutirer tous les renseignements nécessaires pour aller jusqu'au campement des bandits, en fait des déserteurs de l'armée de Taurgil. Un petit camp fut installé à l'ombre des arbres, caché, dans lequel Burzum et moi-même veillerions sur mon amie. Le chef des déserteurs fut attaché et mené en otage jusqu'à leur campement par le reste de mes compagnons.

Ils revinrent peu après avec sept chevaux, de l'argent et du matériel (tentes, provisions...) pris aux bandits. Burzum partit chercher des herbes médicinales qu'il prépara ensuite pour accélérer encore plus la guérison de Lotheryn, que ma magie aidait déjà beaucoup. Néanmoins il lui faudrait encore plusieurs jours avant de pouvoir faire plus que quelques pas, ou voyager autrement que dans un brancard. Monter sur les chevaux ne disait pas à grand monde, et garder Lotheryn en selle n'était pas compatible avec sa guérison. Nous n'avions le choix qu'entre rester quelques jours sur place jusqu'à ce qu'elle fût d'attaque, ou faire un brancard où elle serait installée, brancard devant être porté avec mille précautions sur plus d'une centaine de miles... ou le temps qu'elle guérirait.


Et voici, une nouvelle fois, la fin provisoire de mon récit. Merci de m'avoir écouté et encouragé, je l'espère avec tout votre intérêt et votre attention. D'autres péripéties seront certainement à venir que j'aurai la joie de vous conter encore, si vous le voulez bien. Allons-nous enfin arriver à bon port, et que nous aurons laissé les autres groupes de mercenaires quant à la mission à accomplir ? À présent que c'est moi qui devais veiller sur elle, que devait penser Lotheryn de son engagement à veiller sur moi ? En tout cas, je commençais à mieux comprendre les mots d'Elrond et son désir de me pousser à me mêler aux humains pour me rendre utile et retrouver un certain équilibre...

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Les contes de Camalag - campagne du Rhudaur 4e partie

Message non lupar Niemal » 31 mai 2022, 04:59

Serviteurs de la Dernière Maison Simple ou anciens forgerons d'Eregion qui avez suivi maître Elrond, rôdeurs des royaumes du nord ou elfes qui combattez les orcs des Monts Brumeux, je veux à présent vous conter la suite de mes aventures chez les humains. Comme le fils d'Eärendil le Marin me l'avait prédit, il me faut admettre que je me suis étonné moi-même, sans parler de mon amie Lotheryn, dans ma capacité à échanger avec ces mortels pour lesquels j'éprouve bien du ressentiment. Néanmoins, force est de constater que l'on s'habitue à tout pourvu qu'on y consacre assez de temps et d'énergie. Au cours de ce quatrième récit, vous verrez que j'ai parfois pu surmonter mes sentiments non seulement vis-à-vis de ceux que je côtoyais depuis un moment, mais également certains mortels rencontrés au hasard de nos pérégrinations, mortels qu'autrefois je n'aurais même pas supporté d'écouter. Mais laissez-moi vous donner les détails de ces moments qui m'étonnèrent mais me coûtèrent aussi beaucoup...

1 - Guérison et équipement
Au cours du débat concernant nos options concernant la blessure grave subie par mon amie, j'insistai sur un point : même si la guérison de Lotheryn était fortement accélérée par ma magie ou les herbes de Burzum, la déplacer dans son état, c'était prendre des risques qui pouvaient lui être fatals. À tout le moins, et cela fut accepté, elle pouvait rester sur place jusqu'au lendemain matin. Restait deux options possibles, en plus de tous rester ici jusqu'à la fin de sa guérison : aller chercher de l'aide à une place-forte (et village attenant) non loin d'ici, ou embarquer une partie des chevaux et du matériel pris aux bandits et retourner à Minas Brethil, juste distant de six heures de marche, pour les échanger contre un chariot à même de pouvoir transporter notre amie blessée sans mettre sa vie en péril. Beran avait en effet quelque compétence en conduite d'attelage, et la route n'était pas trop mauvaise. En fin de compte, c'est ce qui fut décidé.

Le hobbit et moi-même restâmes donc à soigner notre amie, aux côtés des deux bandits attachés à un arbre : le chef et le bandit assommé pendant notre combat contre eux. Les autres s'en allèrent vers le sud, à cheval (une première pour beaucoup), et le temps s'étira. Lotheryn se reposait tranquillement, Burzum s'était éloigné pour faire des préparations alchimiques au milieu des arbres, caché, et je n'adressai mot aux bandits, qui faisaient de même. En soirée, tandis que la nuit tombait, je fus alerté par les bruits d'une troupe de cavaliers : des rôdeurs du seigneur Melossë arrivaient, sans doute prévenus par le reste de mes compagnons. Je descendis de mon arbre et les menai sans mot dire jusqu'au camp, malgré leurs demandes. Mais ils n'osèrent brusquer l'elfe que j'étais, je pense. Une fois arrivés en présence de mon amie blessée, elle put leur narrer ce qui nous était arrivé et confirmer qu'ils avaient atteint leur objectif.

Ils prirent en charge les deux bandits et déserteurs de l'armée de Taurgil Melossë, qui faisaient une mine sombre : leurs actions leur vaudraient sûrement la peine capitale ; en temps de guerre (voire en tout temps) les humains avaient une justice pratique et expéditive... Un rôdeur examina la blessure de mon amie et déclara qu'il ne pouvait faire mieux que ce qui avait déjà été fait. Puis la troupe s'éloigna en direction de Minas Brethil, nous laissant seuls pour la nuit, ce qui m'allait parfaitement. Au cours du matin suivant, nos quatre compagnons arrivèrent avec trois chevaux de moins et un chariot bâché équipé de nombreuses couvertures pour rendre le trajet plus confortable pour Lotheryn. Quelques nouvelles furent échangées, puis Fleur des Bois fut soigneusement installée dans le chariot, avec le reste de la troupe. Et nous fûmes partis, l'ourse Bélina trottant à nos côtés, à une petite distance pour ne pas effrayer les chevaux.

Le voyage se passa bien, Beran prenait bien soin de ne pas aller vite pour rendre le confort optimal pour l'elfe blessée. En fin de journée, la Route de l'Est fut rejointe, ce qui permit d'aller plus vite et plus confortablement encore, vu qu'elle était pavée. Après une nuit sans incident au cours de laquelle le nain Zarin et moi-même montâmes la garde à tour de rôle, le route fut reprise jusqu'à Barad Calen ("Fort Vert", en ouistrain) en milieu de matinée. Sur d'anciennes ruines, les armées de Taurgil avaient commencé à construire une nouvelle forteresse. Un donjon était en construction, entouré de remparts en triangle, avec un camp/village de nordiques éothraim à proximité. C'est là où nous arrivâmes et où les gardes nous arrêtèrent, inquiétés par la présence de la grande ourse à nos côtés ailleurs que dans une cage.

2 - Échanges et combat
C'est alors que quelque chose monta en moi qui me poussa à faire quelque chose que j'aurais cru impossible auparavant. Sans autre motivation que de faire ce que je pensais être juste, j'affrontai les gardes, sans agressivité mais avec fermeté, et leur dis que l'ourse était parfaitement sous contrôle. Mettaient-ils la parole d'un elfe en doute ? Très inspiré, j'arrivai à dire cela sans laisser paraître aucun désarroi ou émotion négative, ce qui était un exploit - et une première - pour moi. Et les gardes, décontenancés et intimidés par ma présence, n'osèrent aller contre ma volonté. Ils acceptèrent de laisser Bélina hors de toute cage, mais expliquèrent qu'elle ne pouvait rentrer dans le camp, au risque de perturber les animaux, dont de nombreux chevaux. Le chariot fut donc installé non loin, dans la nature, et Lotheryn et moi-même restâmes avec l'ourse tandis que nos compagnons entraient dans le camp nordique.

Plus tard, lorsqu'ils nous rejoignirent avant de repartir le lendemain, ils nous mirent au courant de ce qu'ils avaient glané dans le camp. Zarin avait commencé par essayer de vendre ou échanger quelques tentes prises aux bandits qui nous avaient attaqués, tandis que Saoirse se maquillait pour mieux se fondre à la foule bigarrée composée d'Hommes des Collines, de Dunéens et de nordiques (Éothraim surtout). À l'auberge du village, elle eut beaucoup de succès en racontant une histoire enjolivée de notre rencontre avec Taurgil Melossë, ce qui valut de nombreuses pintes gratuites pour elle et les autres membres du groupe. Les potins du coin furent évoqués, comme la bonne entente entre tous malgré le racisme bien présent, entente fermement maintenue par la cheffe des Éothraim de Barad Calen, une femme du nom de Bronwyn. Cette capitaine avait une excellente réputation, malgré des sautes d'humeur sporadiques : elle était célibataire et très recherchée, mais ceux qui flirtaient avec elle le faisaient à leurs dépens : amoureuse éconduite d'un autre homme, elle avait peu de patience pour ceux venus lui conter fleurette...

De nombreux échanges tournaient aussi autour de la guerre, bien sûr. Angmar semblait en difficulté, les armées de Taurgil progressaient, mais aussi une troisième force maléfique et semblait-il indépendante d'Angmar, comportant notamment vampires et loups-garous. Le nom de cette force était Baugroniônthuringwath, mot dont la seconde partie signifie "ombre secrète" en langue elfique. Autour de fort Grim, notre destination, de nombreux problèmes étaient évoqués concernant la situation d'éleveurs qui s'étaient installés là. Les Éothraim accusaient les Hommes des Collines, et manifestement le chef du fort n'avait pas l'ouverture d'esprit de Bronwyn. Sinon, de terribles histoires étaient échangées concernant des bois maudits (Yfelwood), au nord, près desquels nous étions censés passer pour aller à Dol Cultirith, sur le chemin de fort Grim.

Ces histoires convainquirent mes compagnons de passer par l'est plutôt que par le nord à partir de Barad Calen. La route ne serait pas beaucoup plus longue, et meilleure au début. Quoi qu'il en soit, le lendemain nous fûmes tous prêts, la santé de Lotheryn s'améliorait visiblement, elle serait vite guérie. La Route de l'Est fut reprise sans autre incident de toute la journée. Mon amie était complètement guérie lorsque nous fîmes le camp à faible distance de la route, sur un site dégagé, afin de pouvoir voir arriver d'éventuels agresseurs. En effet, nous étions en bordure des Pinnath Tereg, les "Fourrés aux Trolls", il convenait de rester prudent... Et la santé retrouvée de Lotheryn lui servit bien, puisque, pendant son tour de garde, deux jeunes trolls nous chargèrent en hurlant.

S'ils ne furent pas repérés de loin, leurs cris nous réveillèrent tous, me permettant de m'éloigner discrètement et de bander mon arc. De toute manière, le combat fut vite expédié : Beran demanda à Bélina de protéger Lotheryn vers laquelle les deux monstres se dirigeaient au début. L'ourse fit éclater la tête d'un troll, et ma flèche dans sa tête étourdit le second. Celle de Fleur des Bois, également en plein tête, le fit tomber, et Zarin n'eut plus qu'à achever la bête. Zarin et Beran, avec l'aide de Bélina, écartèrent les cadavres un peu plus loin et le reste de la nuit se passa sans incident. Le lendemain, la route fut reprise et nous arrivâmes bientôt au gué sur la Bruinen. Sans franchir la rivière, nous prîmes une piste vers le nord. Elle s'avéra un peu difficile pour les talents de conducteur de Beran, mais avec l'aide des uns et des autres et malgré quelques difficultés, nous poursuivîmes vers le nord. Il valait mieux marcher à côté du chariot pour l'alléger, j'inspectais le chemin au-devant de l'attelage pour aider Beran, et une nouvelle journée passa ainsi.

3 - Problèmes et vent mauvais
Tandis que nous montions un camp, Burzum partit aux alentours en bon connaisseur d'herbes utiles qu'il était. Il revint bientôt avec de l'athelas, à la fragrance si apaisante, et la nuit fut là. Tandis que Lotheryn montait la garde, elle distingua au loin les voix chantantes d'elfes d'Imladris. Accompagnée par Zarin, elle alla à leur rencontre et les aborda. Comme elle nous le rapporta plus tard, ils ne tenaient pas trop à interrompre leur marche. Néanmoins, ils donnèrent quelques nouvelles sur les problèmes rencontrés par les éleveurs plus au nord et à l'est, des attaques notamment, imputées aux Hommes des Collines par les Éothraim du coin. Au petit matin nous fûmes repartis, jusqu'à un sentier vers l'est qui menait aux éleveurs précédemment mentionnés, et les probables problèmes pour lesquels nous avions été envoyés.

Le fort Grim n'était plus très loin, une demi-journée de voyage tout au plus. Mais y avait-il besoin vraiment d'aller là-bas, alors que les ennuis à régler étaient manifestement ici ? Après débat, nous décidâmes de continuer jusqu'à une tour de guet proche pour obtenir quelques renseignements, avant de poursuivre vers l'est. Les Éothraim qui l'occupaient ne firent que confirmer ce que nous savions déjà, en rajoutant une épaisse couche de racisme par-dessus : selon eux, les coupables ne pouvaient être que les Hommes des Collines, dont l'élimination réglerait tous les problèmes. Je ne dis rien mais ne manquai pas de penser qu'avec de tels raisonnements, voir partir tous les humains de la Terre du Milieu, comme j'en rêvais souvent, règlerait sûrement bien des problèmes... Ils parlèrent aussi de divers groupes de mercenaires qui étaient passés avant nous, quelques jours auparavant.

Nous nous dirigeâmes donc vers l'est, sur un sentier manifestement pas très utilisé dernièrement. Après avoir passé un petit cours d'eau à gué, nous longeâmes une petite forêt, ou plutôt ce qu'il en restait : malgré la saison (le plein été), les bois semblaient sans vie, les feuilles mortes comme si c'était l'hiver, avec très peu de vie animale. Saoirse appela magiquement à elle un corbeau qui lui confirma la chose : dans son parler magiquement perçu par notre compagne, il parla de l'arrivée d'une ombre un an auparavant, et de diverses créatures mauvaises attirées ici mais non originaires de la forêt. Faute de nourriture, les oiseaux allaient bientôt quitter les lieux. Nous dressâmes le camp à proximité de la forêt, non sans une rapide inspection des abords auparavant, mais sans rien repérer.

Pendant la nuit, une meute de loups fut repérée. Je réveillai tout le monde mais ils n'étaient pas agressifs, c'étaient des loups normaux. Néanmoins, leur chef fut magiquement appelé par Saoirse, chef qui confirma le récit des oiseaux voire le précisa : il existait depuis peu une forte odeur inconnue liée à une grosse créature impliquée dans les attaques à l'est. Après le départ des loups, le reste de la nuit se passa sans incident. Au matin, nous reprîmes le sentier vers l'est. Peu après avoir quitté la forêt, un domaine d'élevage apparut sur notre gauche, vide et comme dénué de vie. Les bâtiments que nous approchâmes ne comportaient aucun humain ou animal visible, et les cris d'appel de Beran ne rencontrèrent aucun écho : les éleveurs éothraim censés vivre ici étaient tous morts ou partis.

4 - Recherches et rencontre
Une fouille des lieux n'apporta aucun renseignement sur les propriétaires des lieux et leur destin. En revanche, un mur entier du bâtiment principal du domaine, une longère nordique, était manquant, comme arraché. Un anneau métallique accroché au mur, probablement pour attacher les chevaux à l'extérieur, avait semble-t-il été tiré par une grande force, ce qui avait fait tomber le mur. Par ailleurs, je repérai des traces vieilles de quelques jours tout au plus, trois séries en fait : trois groupes de cavaliers étaient passés par là, qui devaient correspondre à trois bandes de mercenaires qui nous avaient précédés. Une série de traces partaient vers le nord, les deux autres vers l'est. Un corbeau appelé par Saoirse n'apporta aucun renseignement nouveau.

Après discussion, et afin de ne rien laisser au hasard, nous entreprîmes de fouiller la forêt plus à l'ouest pendant le reste de la journée, après avoir laissé le chariot et les chevaux dans une dépendance. Rien ne fut trouvé de notable, sauf un constat : comme nous avions déjà commencé à le remarquer, plus on allait vers l'est, plus la vie était absente et la mort omniprésente. Comme si le vent d'est, anormalement entêtant, n'apportait que mort et dessèchement. Par ailleurs, nous trouvâmes quand même un arbre arraché du sol et brisé par un rocher depuis un moment, puisque de la végétation avait eu le temps de pousser dessus. Une créature très forte et immense, un géant peut-être, avait dû passer par là. Mais c'était il y avait tellement de temps, un an au moins, que les traces avaient été effacées.

Il nous faudrait tôt ou tard aller vers l'est, mais nous étions plusieurs à nous demander pourquoi certains mercenaires avaient poussé leur groupe au nord, et c'est la direction qui fut prise le lendemain. Mais nous n'eûmes pas à aller bien loin, car avant la fin de la matinée, nous vîmes venir à nous une dizaine de cavalières, les Castratrices d'Aldlida. C'étaient manifestement de bonnes combattantes éothraim, assez agressives avec cela ; mais après quelques échanges, il devint assez vite apparent qu'elles manquaient d'éclaireuses compétentes. En tout cas, elles étaient allées vers le nord et n'avaient rien rencontré de remarquable, chevauchant après des fausses pistes et des mirages vite évanouis. Si bien qu'elles semblaient plutôt stressées et agressives... comme sans doute la plupart des troupes de guerre humaines, me dis-je en mon for.

Mais là encore je me surpris : m'adressant directement à Aldlida, je lui rapportai les informations que nous avions recueillies, et lui fis une proposition. Une terrible créature semblait rôder dans les environs, à en juger par certaines traces ou ce que les loups avaient rapporté. Ne serait-il pas plus sage de joindre nos forces ? Si je ne fus pas aussi inspiré qu'à Barad Calen, je fus néanmoins écouté. Devant l'échec de ma proposition, j'insistai en usant de mes dons elfiques pour convaincre davantage. Cela ne suffit pas pour la plupart des Castratrices... mais je réussis à charmer Aldlida, qui dit à ses consœurs que c'était une bonne idée, et que nous allions faire route ensemble. Dire qu'elles étaient stupéfaites étaient un euphémisme, mais mes compagnons également, Lotheryn la première !

Les Castratrices réagirent avec aigreur à cet ordre, mais elles se reprirent en proposant un contrat : elles prendraient 70 % des bénéfices si nous restions ensemble. Je n'avais que faire de l'argent, mais Zarin ne le voyait pas de la même manière. Nous discutâmes un moment et cela fut accepté. Restait un dernier détail : pour nous accepter complètement, elles tenaient à retourner au plus vite au domaine... avec nous en croupe, pour ne pas les ralentir. Or, à part Beran, personne n'avait jamais monté. Mais c'est ce que nous fîmes, et Aldlida m'invita avec plaisir sur son cheval. Puis nous partîmes au galop, et tous arrivèrent à rester sur le dos du cheval, sans tomber. Cette première leçon d'équitation, pour moi, s'arrêta bientôt lorsque nous arrivâmes au domaine déserté où nous avions laissé chevaux et chariot.


Mon récit se termine une nouvelle fois, mais l'aventure continue et j'aurai plaisir à reprendre la parole pour vous conter la suite. Quelle était la source de ce vent mauvais venu de l'est, qu'allions-nous trouver au prochain domaine d'élevage, qu'étaient devenus les précédents mercenaires et les humains du premier domaine, ainsi que leurs animaux ? Allais-je continuer à me rapprocher des humains, malgré toute la difficulté que j'en éprouvais ? Car on ne peut pas dire que c'était une agréable habitude, même si je devais reconnaître qu'il m'était de plus en plus facile de m'adresser à mes compagnons de fortune. Déjà au moins dix jours que nous partagions cet objectif, cette aventure en commun...

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Niemal
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Les contes de Camalag - campagne du Rhudaur 5e partie

Message non lupar Niemal » 07 juin 2022, 00:20

Vous qui me connaissez ou vous les inconnus que je n'ai jamais croisés, vous qui partagez la vie des habitants de la Dernière Maison Simple ou vous qui ne faites qu'y passer : cette nuit, je voudrais poursuivre le récit de mes aventures parmi les humains, aux côtés de divers membres des peuples libres qui étaient devenus mes compagnons. Accompagné d'un hobbit (Burzum), d'un nain (Zarin), d'une elfe de la Forêt Sombre (Lotheryn), d'une mystérieuse humaine (Saoirse), et d'un Béornide (Beran) accompagné de son amie ourse (Bélina), je m'approchai de la source du mal qui sévissait au nord d'Imladris, tuant hommes et chevaux. Preuve que les humains ne sont peut-être pas aussi irrécupérables que je le pensais à l'origine, nous arrivions à travailler ensemble, et nous avions même des alliées, cavalières mercenaires du peuple des Éothraim. Que de gens que je n'aurais pas pu supporter de côtoyer quelques jours auparavant... d'autant que leurs manières m'indisposaient régulièrement. Et je n'étais pas au bout de mes surprises. Mais reprenons où je m'étais arrêté la dernière fois.

1 - Nouvelles déprédations
Nos chevaux et le chariot étaient toujours là, sur le domaine privé de ses occupants, mais la question se posait de la manière de voyager. Pour ma part je comptais suivre les traces des précédents groupes de cavaliers et les lire du mieux possible, donc je resterais à pied. Mais certains de mes compagnons auraient voulu profiter des chevaux des guerrières menées par Aldlida... et des compétences de ces dernières. En effet, ils avaient pu juger de la différence de mobilité entre elles et nous, notamment notre difficulté à faire avancer notre chariot. Aldlida, qui par ailleurs semblait ne plus être influencée par ma magie, réagit vertement, peut-être aussi en réaction à l'influence que j'avais eue sur elle et qu'elle digérait mal. D'après elle, servir de transport n'avait jamais fait partie du contrat : à nous de pister et d'amener tout le monde au bon endroit, à elles de combattre... et d'empocher 70 % de la récompense. Elles nous avaient amenés là en croupe pour gagner du temps, mais à présent que la vitesse était limitée, à nous de nous débrouiller !

Ce qui m'allait très bien, et je me mis bientôt à suivre les traces, suivi par mon amie Lotheryn à qui je racontais ce que les traces me disaient. Au bout du compte, les deux équipes suivirent : les unes montées sur leurs chevaux, tandis que Beran conduisait le chariot de manière très correcte. Burzum restait dedans, les autres marchaient au côté, Bélina comprise, à une petite distance des chevaux des Castratrices pour ne pas les affoler. Après un moment, les traces continuaient vers l'est voire le nord-est, mais d'autres traces les rejoignaient venant du sud, où se trouvait le deuxième domaine d'élevage. Des traces de gros bipède peut-être de la taille d'un troll ou d'un géant, et qui traînait quelque chose de très lourd. Les traces avaient plusieurs jours, et il ne m'était pas possible de donner l'ordre de passage des cavaliers ou du monstre d'après elles. Nous décidâmes d'aller inspecter le domaine, où plutôt ce qu'il en restait.

La situation était à peu près la même que pour le premier domaine que nous avions visité, avec quelques corps en plus. Nous eûmes même la surprise de découvrir quelqu'un encore vivant, malgré la faim, la soif et la perte de sang : il avait été gravement blessé et n'avait pu se soigner correctement. Lotheryn fit son possible pour essayer de lui sauver la vie, mais nous savions qu'il était trop mal en point pour survivre. Pourtant, à notre grand étonnement, ces soins magiques l'éveillèrent un bref moment, pendant lequel il évoqua l'arrivée de la créature venue des montagnes, pendant la nuit, le combat impossible... La créature avait des yeux terribles et une peau dure comme l'acier, il était question du vent... Puis l'homme retomba dans un coma dont il ne sortirait sans doute jamais. Néanmoins, nous l'installâmes dans le chariot et poursuivîmes notre route, après avoir vérifié qu'il n'y avait rien d'autre d'intéressant sur place pour nous.

Après une demi-journée de voyage sans incident, il fut temps de se reposer et monter un camp. La nuit se déroula sans mal, avec une garde triple composée de deux guerrières d'un côté, et un membre de notre groupe de l'autre. L'habitude avait été prise de faire commencer Lotheryn, pendant que je me reposais, puis c'était mon tour. Plus tard je serais rejoint par Zarin et mon amie Fleur des Bois. Le lendemain la route fut reprise, sans plus de nouveauté qu'après la visite du second domaine. Le terrain devenait plus accidenté, avec des buttes et coteaux qui parsemaient le paysage, annonciateurs des contreforts des Monts Brumeux. En fin de journée, la piste menait à travers des bois et se terminait au pied d'une butte dans laquelle avait été creusée l'entrée d'un souterrain, comme l'attestaient les piliers et l'arche qui composaient l'ouvrage. Sur la droite en arrivant, un petit campement attestait d'une présence humaine récente.

2 - Hommes des Collines et discussion
Sans surprise, le vent de la mort que nous avions suivi, et qui semblait dessécher toute vie voire même parler parfois, émanait de l'ouverture de la caverne. De même, le sol de l'entrée de la caverne était couvert d'ossements, manifestement provenant de chevaux. Le campement ressemblait à mes sens à celui d'Hommes des Collines, et les traces indiquaient qu'il avait été évacué il y avait très peu de temps... Vu notre groupe peu discret, il était facile de deviner que nous avions dérangé, et d'ailleurs Burzum, au nez très fin, sentit une odeur humaine sur la gauche, tandis que pour ma part j'arrivai à distinguer des archers cachés dans les buissons desséchés non loin. Je me jetai à terre en prévenant mes compagnons, qui pour la plupart se protégèrent et sortirent leurs armes. Les hommes cachés parlaient entre eux en Blarm, la langue des Hommes des Collines, mais bientôt l'un d'eux nous interpella en ouistrain, demandant à parlementer.

Après un moment, les armes furent rangées et le contact fut établi pacifiquement. Il s'agissait bien d'Hommes des Collines, au nombre de six, dont trois archers, bientôt rejoints par leur chef, du nom d'Imar. Il s'était caché à un autre endroit, et plus efficacement, mais il se montra lorsqu'il jugea que nous n'étions pas une menace. Nous avions tous le même objectif, à savoir : éliminer la créature monstrueuse qui rôdait dans les environs et qui manifestement demeurait au fond de la caverne. Saoirse faisait preuve de diplomatie, informant nos alliés de ce que nous avions appris sur le monstre. Eux nous rapportèrent les villages qu'elle avait attaqués, laissant plusieurs morts derrière elle. Ils l'avaient traquée pendant un mois, jusqu'ici, lieu qu'ils appelaient dans leur langue "ravine maudite" ; et ils attendaient là depuis deux jours. Il semblait qu'elle ne sortait que de nuit et qu'elle raffolait de la chair des chevaux, mais depuis qu'ils campaient près de l'ouverture elle n'avait pas montré le bout de son nez. Mais avec nos nombreux chevaux et la nuit qui tombait, cela risquait de vite arriver...

Ce qui entraîna un sentiment d'urgence et une discussion qui donna lieu à plusieurs scénarios envisagés :
- éloigner les chevaux à bonne distance, se reposer pour la nuit et laisser une garde près de l'entrée
- faire une embuscade nocturne immédiate, à l'aide d'un ou deux chevaux utilisés comme appât, et attaquer le monstre à sa sortie, tous ensemble
- de jour, quand la créature pourrait être endormie, aller explorer la caverne et la tuer
- attirer la créature dehors grâce aux chevaux montés par les Castratrices, afin de l'emmener loin de la caverne et de pouvoir l'explorer plus tranquillement

En fin de compte c'est la première solution qui fut choisie. Lotheryn ressentait de la magie à l'intérieur, et Bélina n'aimait pas du tout l'odeur du vent qui sortait de la caverne, cela l'inquiétait et donnait une bonne indication du danger posé par la créature. Les Hommes des Collines tenaient à rester pour surveiller. Après avoir masqué les traces et l'odeur des chevaux, nous nous éloignâmes à une distance jugée suffisante pour ne pas attirer la créature, un millier de pas environ. La nuit se passa bien, et lorsque tous furent reposés, nous laissâmes deux guerrières garder chariot et chevaux et nous retournâmes à l'entrée de la caverne, où nos alliés attendaient toujours. Le monstre était sorti pendant la nuit, attirée par les traces restantes des chevaux, mais une voix portée par le vent lui avait dit de rebrousser chemin et de rester sous terre, à son manifeste déplaisir. Ils décrivirent la créature, plus grande qu'un troll mais moins qu'un géant, à l'air terrible, affamée...

3 - Exploration et poursuite
Et à présent, qu'allions-nous faire ? Nous avions convenu avant de nous quitter de tenter d'explorer les cavernes, de jour, à l'aide d'une équipe constituée de personnes très discrètes. Personne ne semblait qualifié chez les Castratrices. Je me proposai le premier, et Lotheryn ne voulut pas me laisser y aller sans elle. De toute manière, j'avais vu de quoi elle était capable et cela me convenait, même si je ne voulais pas qu'elle se mît en danger pour moi. Saoirse fut volontaire également, tandis que Burzum déclina l'offre de nous accompagner. Quand Zarin dit qu'il viendrait, je fus plus circonspect quant à ses capacités à être discret ; mais il insista en parlant de ses capacités au combat, que personne ne contestait. Et Imar, le chef des Hommes des Collines, compléta le groupe d'explorateurs. Nous serions donc cinq à nous jeter dans la gueule du loup, ou plutôt l'antre de la créature et de la personne qui la manipulait.

Les autres ne resteraient pas à rien faire et ils se tiendraient prêts à accueillir la créature si jamais elle nous poursuivait, voire à nous venir en aide si cela était possible. Et nous entrâmes dans les entrailles de la terre, le plus discrètement possible... ce qui souleva un premier problème : Zarin était nettement plus bruyant que tous les autres réunis, ce qui posait souci. Je lui demandai de se tenir loin en arrière, mais Saoirse coupa court à sa participation à elle : elle ne voulait pas prendre le risque d'entrer avec une personne qui allait nous faire repérer ainsi. Au final nous ne fûmes donc que quatre à pénétrer dans la caverne. Elle avait été creusée il y avait sans doute longtemps, et il y avait peut-être la patte des nains derrière cela, mais rien de sûr. Le boyau était large mais pas très haut, ce qui voulait dire que la créature, lorsqu'elle passait par là, devait se tenir à quatre pattes. Elle ne risquait donc pas de courir trop vite.

En nous éloignant, le besoin de lumière se fit sentir, aussi Lotheryn s'entoura-t-elle d'une aura magique propre à la race des elfes. Mon amie, les sens très affûtés ce jour-là, entendait distinctement des bruits au loin : la créature en train de manger, sans doute dans une grande caverne, et des pas d'hommes également. Et elle entendait clairement une voix magique dire à la créature que nous venions pour elle et qu'il fallait se préparer à nous combattre. Malgré cela, je décidai de poursuivre, avec Fleur des Bois derrière moi, tandis qu'Imar et Zarin suivaient loin derrière. Après peut-être trois cents pas, il semblait que la caverne où se trouvait la créature n'était plus qu'à deux cents pas devant nous. Mais le bruit porté par les souterrains indiqua que la créature se levait enfin, poussée par la voix qui lui disait que nous étions sur le point d'arriver. Le monstre se dirigeait vers nous, il était temps de fuir.

Il n'y avait plus de discrétion possible, et de toute manière la voix disait au monstre que nous fuyions et qu'il fallait accélérer. Zarin et Imar, plus près de la sortie, y arrivèrent vite. Pour ma part, je suis assez rapide, et je pus atteindre la sortie sans mal, suivi par Lotheryn qui fut elle aussi plus rapide que le monstre. Vite, nous nous préparâmes à une embuscade, les armes au poing, sauf pour quelques Castratrices qui se tenaient prêtes à attirer le monstre plus loin... ou à combattre. Mais avions-nous des armes capables de percer la peau du monstre ? Ou des combattants assez costauds pour blesser la créature sans y laisser eux-mêmes la vie ? Bélina était certes un formidable animal, mais je doutais que Beran saurait - ou même voudrait - lui faire combattre un ennemi manifestement plus dangereux qu'elle. Et Zarin, tout costaud qu'il était, n'avait qu'une armure de cuir pour le protéger, ce qui serait bien insuffisant pour le protéger des griffes du monstre. Et il n'était pas exclu de découvrir une ou deux petites surprises de la part du sorcier qui contrôlait la créature.


Je m'interromps une fois de plus avant de décrire le conflit qui n'allait pas manquer de suivre. Bien entendu, si je suis là à vous le conter bientôt, vous devez vous douter de son issue heureuse. Mais peut-être faut-il vous préparer à des surprises, de la souffrance voire des morts, car le monstre que nous nous apprêtions à éliminer paraissait vraiment terrible et digne de figurer dans certains de nos anciens récits des guerres contre Morgoth. Et nous n'avions toujours aucune idée sur l'origine de la magie qui avait appelé là la créature et la manipulait comme un petit enfant. Dans mon esprit, nul doute qu'il ne pouvait s'agir que d'un ancien serviteur de Morgoth ou d'un de ses lieutenants. Serviteurs parmi lesquels on trouvait de nombreux humains...

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Niemal
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Les contes de Camalag - campagne du Rhudaur 6e partie

Message non lupar Niemal » 26 juin 2022, 22:40

À nouveau je sollicite votre attention et votre clémence, à vous toutes et tous qui m'écoutez. Ma prose est perfectible et j'espère qu'elle ne choquera pas trop vos oreilles habituées à tant de récits racontés avec bien davantage de talent, ici en Imladris. Merci pour vos encouragements à poursuivre le récit de mes tribulations parmi les humains et autres peuples libres, à essayer d'apprendre à mieux comprendre, apprécier voire même aider les mortels, comme mes parents et notamment ma mère le faisaient. En espérant ne pas, comme elle, en devenir la victime. Car malheureusement, comme vous allez vite le découvrir, c'est un sort qui me guettait et que mon inexpérience ou l'aide de mon amie Lotheryn ne me permirent pas d'éviter. Mais il me fallait bien assumer mes choix, et voici donc ceux que je fis et qui me valurent bien des peines et souffrances.


1 - Début de combat et fuite
Malgré la hauteur limitée de la grotte qui forçait la créature à avancer à quatre pattes, elle ne mit pas longtemps à atteindre la sortie du tunnel que nous avions évacué peu auparavant. Néanmoins, freinée par une voix magique qui la poussait à ne pas sortir en pleine lumière, la créature s'arrêta non loin de l'ouverture. Elle n'en était pas inoffensive pour autant, ce qui parut vite évident lorsqu'un membre du groupe repéra trois rochers de bonne taille qu'elle tenait dans ses mains. L'alerte fut donnée et tous s'écartèrent vivement les uns des autres et de l'entrée de la caverne... sauf Beran, dont la vivacité, tant de corps que d'esprit, est à l'inverse de la taille et la robustesse de son corps. Le monstre lança donc un rocher dans sa direction, rocher qu'il arriva à esquiver en partie, pour ne lui laisser que des égratignures. Nul doute que si le projectile m'avait touché de la même manière, la blessure n'aurait pas été la même.

Toujours la voix du sorcier poussait la créature à revenir et ne pas sortir, malgré son manifeste désir d'en découdre... ou était-ce juste son désir de nous manger, nous ou les chevaux des Castratrices ? En tout cas, la créature n'était pas si bête que cela, et son odorat bien développé. J'entendis clairement ses reniflements, et manifestement l'odeur des elfes ne lui plaisait guère : Lotheryn et moi étions plaqués contre la paroi rocheuse de la butte à la gauche de l'entrée du boyau souterrain, d'où sortit le bras du monstre, armé d'un autre rocher, avec la claire intention de le lancer, en aveugle, dans notre direction. Mon arc vibra mais ma flèche rebondit sur le cuir du monstre, tandis que la flèche de mon amie arrivait à percer le cuir de la bête, qui du coup laissa tomber son projectile sans le lancer. Peu après elle lança son dernier rocher en direction de nos compagnons ou alliés, mais sans succès.

La voix magique insistait toujours pour faire revenir la créature, qui commença à s'éloigner de l'entrée, poursuivie par les invectives de Zarin qui aurait voulu l'enrager et la pousser à revenir combattre. Mais cela ne fut pas le cas, et petit à petit mes compagnons et moi-même, à l'exception de Burzum, nous nous lançâmes - prudemment - à la poursuite du monstre dans le tunnel. Le nain avait son arbalète tandis que je me tenais non loin derrière lui avec une flèche encochée sur mon arc, à une vingtaine de pas de la créature qui continuait à reculer en nous faisant face. Chacun d'entre nous tirâmes un projectile sur le monstre, mais sans grand effet. Il faisait de plus en plus sombre au fur et à mesure que nous avancions dans le tunnel, des bruits plus loin attestaient de la présence d'autres personnes, et nous laissâmes la créature partir. Après un moment elle fit demi-tour et s'enfuit plus vite, tandis que nous regagnions l'air libre.

Après quoi nous fîmes le bilan avec nos compagnons et alliés. Manifestement il était impossible de faire sortir la créature en plein jour, il fallait donc se préparer à une confrontation de nuit. Je proposai de faire un piège à l'entrée de la grotte, ce qui fut adopté : nous allions avoir la journée pour préparer l'embuscade, dont une petite fosse à l'entrée, masquée. L'idée était de faire trébucher la créature à la sortie, de la blesser non seulement avec sa chute mais également avec des rochers voire un projectile brûlant prêts à lui tomber dessus, grâce à un mécanisme que j'allais préparer. Mais plus que tout, il fallait la rendre vulnérable à nos attaques : entre les projectiles lancés dans son dos et les charges des cavalières, nous comptions bien faire passer un mauvais moment à la créature...

2 - Exécution et exploration
Et ainsi fut-il fait : les cavalières allèrent chercher les outils, dont diverses pioches, que nous avions récupérés dans les domaines abandonnés. Entre les Hommes des Collines et les guerrières éothraim, nous ne manquions pas de bras pour creuser un trou. Je m'appliquai particulièrement bien à concevoir le piège dans lequel allait tomber la créature, dont la chute allait faire tomber rochers et fagot enflammé qu'un Homme des Collines allumerait avant l'arrivée de la créature. Ces rochers et fagot, ainsi que Lotheryn, trois Hommes des Collines et moi-même, étions installés sur la butte, en hauteur, au-dessus de l'entrée. Des barricades de terre avaient été montées sur les côtés de l'ouverture de la grotte, et les Castratrices, montées, se tenaient prêtes à charger de chaque côté, non loin du reste de mes compagnons et des Hommes des Collines préférant la lance à l'arc. La cheffe des Éothraim, Aldlida, restait face à l'entrée, à une petite distance, pour servir d'appât en quelque sorte.

La nuit finit par tomber, nous étions toutes et tous prêts. Il ne fallut pas attendre longtemps avant de distinguer que le monstre approchait de l'entrée. Il nous perçut probablement à l'odeur, et, alléché par la perspective d'un bon combat et d'un repas de cheval peut-être, son esprit simplet prit le dessus. Malgré les cris du sorcier qui le prévenait de ne pas sortir, il se rua dehors. Le piège fonctionna parfaitement : la créature trébucha de tout son long, des rochers et le brûlot lui tombèrent dessus, elle hurla, blessée. La première, ma flèche se ficha dans sa tête et la blessa sérieusement. Ensuite le carreau d'arbalète de Zarin trouva le cœur ou autre organe vital et le monstre ne bougea plus. D'autres flèches le criblèrent, puis ce fut le tour des lances des cavalières. Très rapidement, tout fut terminé.

Le monstre était bien mort. En récupérant ma flèche, un souvenir me revint en mémoire, un récit des terres nordiques prodigué en Imladris, et je reconnus la créature : un troll des neiges. Mais que faisait-il ici, si loin de chez lui ? Le cri de haine du sorcier, parvenu à nous sur le vent magique qui continuait à sortir de la caverne, et les jurons dans une langue qu'aucun de nous ne comprenait, nous interpelèrent. Ce sorcier venait-il du Grand Nord, d'où il avait amené ce monstre ? En tout cas, il restait encore bien des choses à faire, et notamment s'occuper de ce sorcier et de ses sinistres manigances. Hormis quelques rares guerrières ou guerriers pour garder l'entrée ou les chevaux, nous entrâmes tous dans le tunnel, bien décidés à faire un mauvais sort à celui qui avait manipulé le troll et fait tant de mal dans la région.

Nous avançâmes sans mal mais avec précaution, les meilleurs guerriers en tête, mais j'étais juste derrière. En approchant de la grande salle à l'extrémité du tunnel, au bout de cinq cents pas peut-être, Saoirse nous prévint qu'un nombreux comité de réception nous attendait, que les plus perceptifs d'entre nous percevaient. Sans parler d'une magie active et bien présente. Nous avions préparé un beau piège au troll maintenant abattu, pas question de faire comme lui. Je projetai mes sens elfiques pour mieux percevoir les personnes qui nous attendaient, et proposai à mes compagnons et alliés d'aller voir en catimini la disposition du comité d'accueil. Je demandai à Fleur des Bois de me faire confiance, ce qui ne fut pas facile pour elle, mais elle me laissa partir aussi.

3 - Envoûtements et retraite
Pendant que j'avançais le plus discrètement possible, Zarin et Saoirse faisaient semblant de se disputer quant à la marche à suivre, comme si notre groupe d'assaillants, arrivé discrètement à portée de la salle souterraine, ne savait plus que faire. Ils argumentaient juste assez fort pour être perçus et montrer incertitude et hésitations, de manière à focaliser l'attention du magicien et de ses serviteurs sur eux plutôt que sur moi. Je pus ainsi approcher plus facilement, sans être inquiété, assez près de l'entrée de la vaste salle où nous étions attendus par près d'une vingtaine de guerriers. Et pas n'importe quels guerriers : je reconnus assez vite les Éothraim sous le commandement d'Ulfúr, bien présent, de même que la troupe de guerriers menés par une femme brune nommée Léora, présente aussi. Mais... était-ce bien eux ?

Physiquement, oui. Les Éothraim avaient installé une petite barricade à gauche et à droite de l'entrée dans la salle, barricade derrière laquelle ils se tenaient, prêts à transpercer les premiers à entrer. Les autres étaient non loin, armés, prêts à attaquer au besoin. Par contre, tous avaient un air étrange, sans vie, dénué d'émotion. Comme s'ils étaient sous l'emprise d'un envoûtement... Tous, hormis Ulfúr, qui paraissait, lui, animé d'intentions tout sauf aimables. Comme s'il attendait avec impatience de régler quelques comptes, comme par exemple de remettre la main sur quelques pièces d'or que je lui avais subtilisées. La source de ces pièces d'or, qui semblait inexpliquée, paraissait tout d'un coup plus claire.

Mais ce n'était pas tout. En plus des guerriers prêts à nous tailler en pièce, et manifestement contrôlés magiquement, je pouvais distinguer quelques cadavres de chevaux voire d'humains, comme je m'y attendais. Mais j'arrivai aussi à distinguer une espèce de fumée ou nuage bien magique à mes sens, nuage d'un pas de large d'où provenait le vent maudit qui sortait de la caverne. Il était au centre de la pièce, près du plafond à cinq pas de haut, hors d'atteinte des armes de mêlée. Il y avait également, à l'autre bout de la pièce, une vieille ouverture qui semblait bloquée, ainsi qu'une autre ouverture tout à fait praticable, elle, sur la droite. Après avoir mémorisé tout cet inquiétant tableau, je fis demi-tour tout aussi discrètement pour rejoindre mes compagnons à qui je transmis, discrètement, mes observations.

D'une part, les mercenaires qui nous attendaient avaient l'avantage de la position, sans même parler de la magie possible que le sorcier pouvait faire. D'autre part, même si nous pouvions peut-être vaincre nos adversaires, ce n'étaient pas nos ennemis, à de rares exceptions près : les mercenaires étaient envoutés et nous ne souhaitions pas les tuer, à l'exception possible d'Ulfúr, qui paraissait de mèche avec le sorcier. Lancer une attaque était périlleux et entraînerait de nombreux morts que nous ne souhaitions pas. Avec regret, il nous fallait rebrousser chemin pour discuter d'un nouveau plan, pour confronter le sorcier sans nous mettre trop en danger, ni les mercenaires qu'il avait envoûtés. Nous fîmes donc demi-tour afin de retrouver l'air libre et discuter de la suite à donner.

4 - Une mission de reconnaissance qui tourne mal
En bref, comment faire pour soigner les mercenaires envoûtés de la sorcellerie qui les transformait en pantins ? Comment faire pour les forcer à sortir, de manière à pouvoir les combattre plus facilement et sans trop risquer notre vie ou la leur ? Lotheryn et moi nous proposâmes pour aller chercher sur la butte les probables aérations qui permettaient d'une part de respirer, d'autre part de faire se lever le vent magique. Avec l'idée de pouvoir les boucher ou de faire des feux pour enfumer ceux qui se tiendraient à l'intérieur. Sans parler de chercher une possible deuxième issue. Ce fut adopté, et nous trouvâmes sans mal diverses fissures dans la roche où l'air semblait s'engouffrer. Pas de sortie de secours visible, mais nous n'avions pas non plus passé énormément de temps, pas assez pour ratisser tout le secteur de la colline.

Au petit matin, tandis que des Hommes des Collines préparaient des feux, je me reposai, aidé magiquement par les soins de Fleur des Bois, afin d'être en plein forme pour une nouvelle mission d'espionnage. Je comptais retourner à la salle souterraine où nous étions attendus, en m'aidant d'un pas très léger, elfique, afin de ne pas faire de bruit sur les nombreux ossements qui jonchaient le sol du tunnel. Après mon repos, tandis que les feux étaient sur le point d'être allumés, je fus parti. La progression dans le tunnel ne me posa pas de problème, et bientôt l'entrée de la salle souterraine fut là. Mais ce que j'y vis, mes compagnons et amis n'allaient pas l'apprendre de suite. Bientôt, ils m'entendirent courir vers la sortie en hurlant que le sorcier essayait de m'envoûter, et ils vinrent à ma rencontre.

Dans ma tête, le sorcier avait vite réussi à s'imposer et à se faire passer pour la voix de mes parents défunts qui veillaient sur moi. Mais il m'avait laissé rejoindre les autres en espérant pouvoir se servir de moi au bon moment, me conseillant, pour mon bien et celui des autres, de ne rien dire. Heureusement, Lotheryn n'était pas née de la dernière pluie et elle avait vite repéré l'envoûtement actif sur moi, et avait prévenu les autres. Puis elle avait cherché à annuler cette magie grâce à la sienne. Son sort de soin prêt, elle s'approcha de moi... mais la voix du sorcier m'avertit de fuir, que mon amie était contrôlée par le sorcier, et je l'esquivai, fuyant en direction de l'entrée de la grotte, plus rapide qu'aucun de mes compagnons. Mais pas plus rapide que la flèche de Saoirse, qui me transperça profondément la jambe, et je m'abattis par terre, évanoui. Quand je revins à moi, ma jambe était bandée, la flèche retirée, le saignement arrêté, et j'étais très faible... et attaché.

Pourtant je cherchai à me libérer pour rejoindre la voix de mes parents et le sorcier qui en était à l'origine. Sans succès, vu mon état, et je retombai inconscient. Plus tard, j'appris que Lotheryn en avait profité pour éliminer la sorcellerie qui m'avait affecté, et Burzum me fit une infusion de marchand de sable, ce puissant somnifère qui allait me faire dormir plus d'une journée entière. Et il resterait encore du temps avant de guérir. En attendant, les Hommes des Collines étaient revenus de l'allumage des feux sur la butte en disant que lesdits feux avaient été éteints ou n'avaient pu empêcher l'air frais de passer. Il fut décidé de combler les ouvertures sauf une, où un feu plus gros serait fait. Ce qui fut entrepris, mais je n'étais pas conscient pour le percevoir.


Et voilà braves gens d'Imladris. Comme je m'en étais douté, la proximité des humains m'avait apporté bien des malheurs, et en mon for intérieur j'étais très près d'abandonner tout et d'aller rejoindre mes parents dans le Lointain Ouest dès que mon corps m'en laisserait la possibilité. Dans l'état où j'étais après l'envoûtement et la blessure, il n'aurait vraiment pas fallu grand-chose pour achever en moi toute volonté de voir dans les mortels autre chose qu'une race corrompue et nuisible, et tout espoir de garder une quelconque motivation pour continuer à vivre en Terre du Milieu. Une partie de moi était certes reconnaissante à Saoirse de m'avoir arrêté avec sa flèche, ce qui avait permis de lever mon envoûtement. Mais mon désespoir avait beau jeu de me dire que sorcellerie et flèche qui m'avaient tant affecté étaient d'origine humaine, et qu'il y en aurait d'autres...