Terre du Milieu - Système J

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Niemal
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Horselords - 31e partie : trahir ou mourir

Message non lupar Niemal » 28 octobre 2013, 20:30

1 - A coup de griffes et d'épée
Le groupe ne fit pas cent pas qu'il dut arrêter : la végétation, sans doute rendue inerte aux abords de Buhr Dera par le pouvoir du magicien brun, redevenait mobile et agressive, sans doute aux ordres de la force ténébreuse qui couvrait le départ de Bronwyn. Les lianes et les ronces, les racines et les branches, les arbustes - épineux surtout - et même les arbres semblaient bouger pour se mettre en travers du chemin des aventuriers, voire s'accrocher à eux pour les immobiliser. Même à l'aide de la lumière de la lanterne portée par Mordin pour repousser les ténèbres, il était tout simplement impossible à certains membres de l'équipe de mettre un pas devant l'autre sans tomber ou rester prisonnier de la végétation.

Leur objectif n'était pas si éloigné que cela : grâce à ses sens félins très exercés, Vif pouvait percevoir à un peu plus d'un demi-mile une force de plusieurs centaines d'uruks, wargs et trolls en train de s'activer. Cette armée semblait d'ailleurs se séparer en deux, avec une partie restant sur place tandis que l'autre filait vers le sud et l'ouest à bonne allure... et sans doute avec Bronwyn avec elle. Radagast avait prévenu que la route des orcs (Men Uruk) passait non loin de là qui traversait la forêt du sud au nord. C'était le chemin le plus rapide pour atteindre Dol Guldur, et si le Nécromancien s'intéressait tant à la princesse nordique, c'était sûrement qu'elle était réclamée là-bas...

L'archer-magicien confirma à l'aide d'une écoute magique la présence des ennemis en train de se séparer. Si la princesse était avec le groupe en mouvement, il fallait se dépêcher de traverser la forêt et éviter de prendre du retard. Certains demandèrent au Dunéen s'il ne pouvait pas brûler la végétation pour leur permettre d'avancer plus vite, mais Vif le déconseilla. Elle avait remarqué que de nombreux insectes, en particulier des milliers et des milliers de fourmis, étaient en déplacement autour et en même temps qu'eux, sans doute par la volonté de Radagast. Il ne serait peut-être pas judicieux de griller ces petits alliés du magicien, qui de toute manière ne pouvaient progresser très vite. Mieux valait prendre son mal en patience et garder cette assurance-vie pour les proches événements à venir.

Du coup, le groupe décida d'obliquer vers l'armée ennemie en mouvement plutôt que celle qui restait immobile à les attendre. Entre les perceptions de Vif et les sorts de Drilun, ils pourraient trouver leur chemin sans avoir à suivre les traces des olog qui avaient emmené Bronwyn. La lionne prit la tête de l'expédition et elle se mit à découper à l'aide de ses griffes et arracher de ses pattes puissantes la végétation qui les entourait. Elle faisait ainsi un tunnel à travers la végétation dans lequel les autres pouvaient avancer sans mal. Mais l'allure était lente et le travail fatigant pour elle. Au bout d'une heure, ils n'avaient progressé que d'un bon quart de mile, et elle laissa la place à Geralt.

Ce dernier, éclairé par la lanterne du nain, trouva bientôt sa vitesse de croisière. A l'aide de son épée, il taillait dans les végétaux qui les entouraient comme lors d'une danse sylvestre, impression encore accentuée par le chant elfique d'Isilmë secondé par la flûte de Drilun. Tout étonné des réserves ou de l'harmonie qu'il avait trouvées en lui, il avançait au même rythme que la lionne avant lui et sans se fatiguer, dans la direction que le gros félin lui indiquait. Lequel félin sentait que l'armée restée sur place s'était légèrement déplacée afin de se mettre sur leur route et les intercepter. De nombreuses chauves-souris de grande taille semblaient faire le va-et-vient entre eux et l'autre groupe, et il n'était pas difficile de deviner comment les sorciers pouvaient suivre leur avancée. En bref, ils étaient attendus.

2 - Séduction, menaces et exemple
Bientôt, la lionne perçut leurs ennemis à moins d'une portée de flèche, qui se mettaient en arc de cercle pour mieux les recevoir. Et quels ennemis ! Une écoute magique de l'archer-magicien, associée à l'ouïe extrêmement fine du félin magique, n'était pas très rassurante : plus d'une centaine de bipèdes à terre, probablement des uruks d'élite ; une cinquantaine de wargs, sans doute montés ; et une dizaine de trolls de guerre. Et c'était sans compter les éventuels sorciers et les rôdeurs noirs qui pouvaient attendre dans les arbres et ne pas se révéler au sort du Dunéen. Il semblait que Caran Carach ne faisait pas partie du comité d'accueil, ce dont beaucoup étaient ravis. Mais tous craignaient bien que le Grimburgoth ne fût là, comme la végétation qui les ralentissait semblait le prouver. Et n'était-il pas l'objectif de Radagast ?

Tandis que les aventuriers s'arrêtaient et discutaient plus ou moins discrètement de la suite à donner - ils avaient bien conscience d'avoir été repérés depuis longtemps - une voix forte et imposante, mais aussi glaciale, les accueillit. Cette voix humaine, du moins en partie, les félicita en langue commune pour leur opiniâtreté et les talents qui leur avaient permis d'arriver ici en un seul morceau. C'était manifestement une voix masculine et celle d'un chef habitué à commander, sans doute celle d'un grand sorcier voire du Grimburgoth lui-même. Elle était assez flatteuse et enjôleuse, vantant les mérites des aventuriers et se désolant qu'ils eussent fait certains mauvais choix. Mais ne dit-on pas que seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis ? La voix proposa ni plus ni moins que de rejoindre les rangs du Nécromancien.

La végétation s'écarta devant le groupe pour les inviter à approcher et à discuter avec leur interlocuteur. Vif arrivait à percevoir d'où venait la voix, quelque part dans un arbre face à eux, mais impossible de voir son auteur, tellement il semblait environné de ténèbres impénétrables. Mordin arriva lui aussi à repérer assez précisément l'origine de la voix, et d'autres comme Geralt en avaient une certaine idée, mais hormis cela il était comme invisible. Impossible de décocher une flèche avec quelque espoir de le toucher. De toute manière, s'il s'agissait bien du Grimburgoth, c'était l'affaire de Radagast et il fallait essayer de gagner du temps pour que ses amis et lui puissent arriver.

En attendant, Geralt répondit vaillamment à la voix ténébreuse qu'ils n'étaient pas pressés d'approcher et que la personne pouvait les rejoindre elle-même. Drilun, lui, se moqua des arguments de leur interlocuteur vis-à-vis de la prétendue liberté procurée par les services du Nécromancien. La voix de l'homme changea quelque peu et elle se fit plus pénétrante, s'adressant directement au maître-assassin : le balafré aux cheveux blancs ferait un excellent bras droit à l'assassin du Nécromancien, avant peut-être même de le remplacer... Geralt sentit à quel point les paroles de l'homme étaient convaincantes au-delà même du naturel, mais il repoussa la séduction magique qui tentait de lui montrer ses adversaires sous de belles couleurs, et il déclina l'offre.

Les adversaires ayant un peu avancé, il reprit sa danse du sabre pour tailler la végétation qui restait impénétrable et agressive sur sa droite, afin d'essayer de contourner leurs ennemis. La voix enjôleuse se fit menaçante et elle prévint l'assassin que son offre ne pourrait pas être rejetée si facilement, et qu'il avait le pouvoir de tuer n'importe lequel des aventuriers d'une flèche, ce qu'il regretterait infiniment : ce serait un formidable gâchis de compétences que le Nécromancien souhaitait absolument éviter. Mais comme Geralt continuait comme si de rien n'était, protégé par la végétation et son bouclier, l'homme mit sa menace à exécution : une flèche surgit des ténèbres, devant laquelle la végétation s'ouvrit pour n'opposer aucune résistance. Elle frôla le bouclier à un moment où il ne protégeait pas un point faible de l'armure de dragon, et elle s'enfonça dans le côté gauche de la poitrine de Geralt en une explosion de douleur, la pointe s'arrêtant à deux doigts du cœur. Et la brûlure du poison violent qui enduisait la pointe de la flèche se mit à irradier dans tout son corps.

3 - Soins et faiblesse
Geralt s'attendait un peu à une telle attaque, mais pas à une telle efficacité. Il espérait tout de même mieux de la part de son armure de qualité et de la protection offerte par la végétation, mais il avait manifestement sous-estimé leur interlocuteur, qui semblait plus que jamais être le Grimburgoth en personne, sans doute une des personnes les plus dangereuses de Dol Guldur. Ses amis ne restèrent pas inactifs et réagirent instantanément pour le sauver : tandis que Taurgil se plaçait en premier, bouclier levé, Isilmë se précipitait vers son compagnon à terre tout en appelant à elle sa magie afin d'augmenter ses talents de soigneuse. Le poison était violent et le corps de Geralt ne pouvait le combattre longtemps, il serait vite mort. Il fallait tout d'abord retirer la flèche, appliquer un contrepoison dans la blessure, fermer cette dernière et stimuler le corps du blessé afin qu'il arrive à lutter contre ces agressions. En un minimum de temps, bien sûr : Geralt n'avait probablement pas une minute à vivre. Et après sans doute la moitié de ce temps, il serait sans doute trop affaibli pour survivre aux conséquences de la blessure et du poison.

Guidée par ses compétences et sa magie, l'elfe arriva à retirer la flèche sans aggraver la blessure de l'Eriadorien en quelques secondes, tandis qu'une fiole de contrepoison était placée près du blessé qui s'affaiblissait à vue d'œil. Malgré l'armure de Geralt, la substance fut appliquée sur la blessure en un tournemain, et la douleur commença à refluer. Entre la substance purificatrice et la magie des soins, le corps du maître-assassin arriva à éliminer le poison avant qu'il ait fait trop de dégâts. Ce ne fut qu'un bref répit dans les royaumes de la souffrance : lorsqu'Isilmë appliqua ensuite le baume orc sur la blessure afin de la refermer en partie, Geralt hurla de toute la force que ses poumons en partie blessés et le reste de son énergie lui permettaient. La peau se tordit en une horrible cicatrice et se ferma partiellement - et douloureusement. Mais le blessé n'était pas encore sorti d'affaire, même si désormais il disposait d'un sérieux répit avant son départ vers les cavernes de Mandos.

Pendant ce temps, la voix continuait à harceler les aventuriers, tour à tour séduisante ou menaçante. L'un après l'autre, à l'exception de Vif, ils se voyaient offrir la chance de sauver leur vie en entrant au service du Nécromancien, avec de nombreux avantages soulignés par rapport à leur vie passée. L'un après l'autre, plus ou moins facilement selon les cas, ils repoussèrent la séduction magique qui leur était faite. Mordin ne fut aucunement affecté tellement il était têtu et résistant à la magie. A d'autres il fallut un effort de volonté. Quant à Isilmë, elle tomba sous le charme : la vie que le Grimburgoth lui offrait paraissait enfin donner du sens à son existence, et elle se dit qu'elle avait été bien bête des choix qu'elle avait faits jusqu'à aujourd'hui. Pour un peu, elle serait tombée amoureuse de son nouveau maître qui lui parlait. Néanmoins, elle n'oubliait pas Drilun, et elle tenta de le convaincre à son tour.

Voyant que le moment du combat n'était pas encore venu, le Dúnadan avait cessé sa garde pour sortir de l'athelas et ce qu'il fallait pour le préparer, tandis que le Dunéen allumait et intensifiait magiquement un feu à partir de quelques branches pour faire chauffer l'eau le plus vite possible. Ce qui nécessitait tout de même quelques minutes : auraient-ils ce temps ? Drilun essaya de faire traîner en longueur les échanges avec Isilmë, tandis que la voix du Grimburgoth s'impatientait après un moment. L'eau commençait à peine à frémir et Taurgil allait jeter dedans les feuilles médicinales, quand l'elfe abandonna tout espoir de garder auprès d'elle son aimé et commença à se détourner de lui. Sans voir le nain se glisser discrètement dans son dos : il lui saisit les jambes et les tira en arrière et vers le haut, et elle atterrit sur le sol à plat ventre dans un choc à lui couper le souffle. Bientôt elle sentit le poids de Mordin sur son dos, l'empêchant de se relever.

La voix du Grimburgoth se fit tout d'un coup plus puissante et menaçante que jamais. Cet intense éclair de colère de la part d'une personne dominatrice et redoutable était déjà impressionnant en soi ; mais les ténèbres et la végétation alentour semblaient lui donner encore plus de poids. A des degrés divers, tous sentirent au creux de l'estomac une peur comme ils n'avaient jamais senti. Ils pâlirent, les sphincters du hobbit se relâchèrent à nouveau - heureusement ses intestins et vessie n'avaient pas eu le temps de se remplir beaucoup depuis Buhr Dera - et Vif vit même les trolls accuser le coup face à une telle vague de colère et d'agressivité. Tous se sentaient faibles et tremblants, et la voix reprit son travail de séduction, mais avec une pointe de menace sous-jacente toujours bien présente. Les aventuriers avaient été préparés, avertis, et c'était maintenant leur dernière chance. L'athelas était presque prêt.

4 - Trahison et clin d'œil
A nouveau, les uns après les autres, les aventuriers se virent offrir la possibilité d'un avenir radieux au service du Nécromancien plutôt qu'une mort imminente. Tous, sauf Isilmë qui essayait de se dégager de l'emprise du nain, pas plus que Vif à qui la voix ne s'adressait jamais. La lionne essayait bien de réclamer les choix qui s'offraient à elle, même si elle s'en doutait, mais son parler félin n'était pas compréhensible, hormis de Mordin qui avait activé le tour d'oreille fabriqué par Drilun et auparavant porté par Rob, et Taurgil qui avait usé de la magie de la nature pour la comprendre. Le Dúnadan finit par traduire les propos de son amie à l'adresse de leur interlocuteur, tout en surveillant l'athelas. Ce à quoi il lui fut répondu que la lionne se voyait offrir le choix miséricordieux d'une fin rapide... aux mains de ses anciens amis ! Ce serait leur première mission, apte à montrer leur engagement auprès du Nécromancien.

Mordin, toujours aussi nain et toujours aussi têtu, offrit autant de prise à l'envoûtement magique qu'une surface lisse et huileuse en offre à de l'eau. Le hobbit, totalement abattu moralement, sans espoir de survie et sans aucune réserve intérieure, trouva néanmoins en lui l'obstination et le rejet des ténèbres propres aux gens de sa race : il refusa, d'autant plus facilement que dans sa tête il était déjà mort et n'avait plus rien à perdre. L'Eriadorien blessé, quant à lui, repoussa la suggestion avec effort, en particulier au vu de son état, et fit comme s'il était trop affaibli pour participer à l'échange. Le Dúnadan trouva la proposition bien tentante... mais il était attaché à Vif au-delà d'une simple camaraderie, et cela fit basculer son choix. Il resterait auprès de son amie, et si elle n'avait pas d'avenir alors il partagerait son sort.

Mais un peu avant Taurgil, Drilun avait lui aussi senti tout le poids de la tentation magique et il lui avait fallu de gros efforts pour y résister. Son hésitation manifeste lui donna alors une idée. Il essaya de percevoir la magie de l'envoûtement qui émanait du Grimburgoth, afin de teinter sa propre aura magique à lui comme s'il avait été affecté par le sort. Et ainsi prétendre qu'il acceptait la proposition du Grimburgoth. Il arriva à percevoir un peu la couleur du sort ténébreux - la perception magique n'était pas son fort, et le sort était discret - et il essaya de le reproduire autour de lui d'une manière mystique, ce qu'il n'avait jamais fait auparavant. Puis il déclara qu'il acceptait et il se dirigea vers Mordin et Isilmë. Au premier il fit un clin d'œil, perçu également par la lionne, et à la seconde il lui prit les mains pour lui dire qu'il venait avec elle auprès de leur nouveau maître.

Mordin comprit ce que son ami essayait de faire, et ils firent bientôt semblant de lutter entre eux, comme si le Dunéen voulait libérer l'elfe pour repartir avec elle. La lionne enchantée arriva bientôt derrière l'archer-magicien et elle lui prit une jambe dans la gueule, si bien que le nain put se concentrer sur Isilmë qui essayait vraiment de se libérer. C'est le moment où Taurgil repoussa l'envoûtement magique, tout en appliquant l'athelas sur la blessure de son ami à terre. La tension montait et chacun sentait que le dénouement - et un probable combat - était proche. Mais que faisait Radagast, qui leur avait demandé de gagner du temps ? Seule Vif percevait distinctement les milliers et milliers de fourmis et autres insectes qui s'amassaient aux pieds de leurs ennemis, prêts à passer à l'action.

Vif entendit alors le bruit d'une corde d'arc qui se tend venant du même endroit que la voix du Grimburgoth, et elle prévint ses amis dans sa langue féline. Taurgil remettait juste l'attache de l'armure de Geralt dont la blessure se refermait peu à peu, malgré quelques petits saignements et une gêne certaine mais surmontable. Mordin, de son côté, comprit l'avertissement de son amie et il se laissa tomber à terre, sur Isilmë qui en profita pour essayer de rouler sur le côté et lui échapper. Le Grimburgoth félicita le nain pour sa manœuvre, car c'était bien lui qu'il visait, tout en lui disant que cela ne le sauverait pas. Et il tira.

5 - Les forces de la nature
La flèche plongea vers la tête du nain, mais dans sa course le bois de la flèche se tordit et la trajectoire du projectile s'infléchit. Autrement dit, la flèche tordue dévia d'un côté et manqua largement le nain au lieu de lui être fatale. Dans le même moment, une lumière argentée aussi intense que celle du soleil de midi se diffusa brusquement du tronc de tous les arbres alentours. L'obscurité qui drapait le Grimburgoth disparut instantanément, tandis que la branche sur laquelle il se tenait s'esquivait sous lui et qu'il tombait de quelques mètres sur le sol, sans mal aucun : après un roulé-boulé il se releva immédiatement, pour constater que son arc au bois noir et couvert de runes était tordu et bien incapable d'envoyer une quelconque flèche. Face à la silhouette qui venait d'apparaître non loin de lui, une douzaine de pas devant les aventuriers les plus proches, il tira son épée.

Le magicien brun, car c'était bien lui, avait fait plus que bien réussir son entrée. Avec la lumière qui baignait la scène, les pouvoirs du Grimburgoth s'étaient envolés d'un coup. La végétation autour des aventuriers reprit un aspect normal, la voix de l'homme parut plus humaine, et ses serviteurs furent jetés dans une grande confusion : là où les végétaux s'étaient éloignés d'eux, ils devenaient plus mobiles que jamais et tentaient de les agripper et de les faire tomber. Les rôdeurs noirs, perchés eux aussi, devaient s'accrocher au tronc des arbres où ils avaient grimpé pour ne pas tomber, les branches refusant de rester immobiles sous leurs bottes ou leurs gants. Les uruks avaient toutes les peines du monde à bouger tellement lianes et ronces les enveloppaient. Les wargs s'en tiraient un peu mieux, même s'ils étaient fortement ralentis, de même que les trolls qui arrachaient les végétaux pour pouvoir avancer sans trop de difficulté. Vers l'arrière, les sorciers présents étaient en grande partie immobilisés et la végétation leur masquait la vue, les empêchant de trouver des cibles pour leurs sorts.

Et ce n'était pas tout : même s'ils ne le percevaient pas tous encore, Vif vit des colonies de fourmis grimper sur les jambes des ennemis et commencer à s'infiltrer dans leurs vêtements. En plus de lutter contre la végétation, les uruks et sorciers allaient bientôt pousser des cris de plus en plus aigus au fur et à mesure qu'ils commenceraient à sentir les mandibules et l'acide formique leur ronger les chairs. En plus du Grimburgoth qui s'attaquait à Radagast, les principales menaces restaient les dix trolls présents : six d'entre eux arrivaient sur les aventuriers - trois de chaque côté - tandis que les quatre les plus en face avançaient vers le magicien brun. Lequel demanda aux aventuriers de s'en occuper pour lui laisser les coudées franches afin de se concentrer sur le chef ennemi. Vêtu de vêtements bruns qui avaient l'air un peu sales et usés, il ne paraissait pas pouvoir peser lourd face au Grimburgoth, et l'épée qu'il tira était fidèle à son apparence : une épée qui avait l'air d'être faite d'un bois vieux et gris, comme fossilisé... Pourtant elle bloqua sans mal la lame d'acier de son adversaire.

Vif ne s'en faisait pas trop pour son ancien maître, en qui elle avait toute confiance, d'autant qu'elle l'avait déjà vu à l'œuvre, même s'il ne s'agissait pas de situations aussi extrêmes. Mais avant de partir l'aider, elle s'occupa d'un autre problème à sa portée : Isilmë avait réussi à se dégager du corps de Mordin et commençait à se relever, toujours sous l'emprise du chef des rôdeurs noirs du Nécromancien. Mais un bon coup de pattes - griffes rétractées - à l'arrière du crâne de l'elfe l'envoya instantanément dans les bras de Morphée avec une belle bosse en prime. Elle ne serait une gêne pour personne pour l'ensemble du combat. Puis la lionne se précipita vers le premier troll qui arrivait sur la gauche du magicien brun.

Ses amis prenaient qui son arc et une flèche, qui son épée, et se préparaient à combattre. Geralt, bien qu'affaibli et endolori, se dirigeait sur la droite pour faire face aux trois trolls de guerre qui venaient vers eux de ce côté-là. De l'autre côté, les trois autres trolls auraient à faire face à Taurgil et Mordin. Et Rob et Drilun allaient pouvoir arroser de leurs projectiles leurs ennemis. L'archer-magicien avait un moment caressé l'idée d'abattre le Grimburgoth lui-même pour aider Radagast, mais en fin de compte il se concentra sur les trolls : le magicien brun était dans sa ligne de tir, et le chef des ennemis semblait rapide et bien équipé, ce qui risquait de rendre ses tirs peu utiles. Il préférait faire confiance au maître de Vif pour gérer son duel, et ferait en sorte qu'il soit peu dérangé.

6 - Victoire
En temps normal, affronter autant d'ennemis aussi puissants, pour ne parler que des trolls de guerre et des wargs par exemple, aurait paru suicidaire. Mais ralentis comme ils l'étaient, cela paraissait tout à fait à la portée des aventuriers. Geralt, par exemple, en fit la brillante démonstration. Faisant face, seul, à trois trolls pour lui tout seul, il utilisa à chaque fois la même méthode, couronnée de succès. Jouant sur leur lenteur, il plongeait entre les jambes d'un monstre pour se relever dans son dos, l'épée prête. La pointe de son arme était alors glissée sous l'armure, dans le dos, sous l'omoplate gauche et jusqu'au cœur du monstre, qu'il arrivait juste à atteindre. Le troll mourrait alors et tombait au sol, parfois sur des wargs qui s'étaient trop rapprochés. Le maître-assassin essuyait parfois quelques attaques d'armes ou de crocs, mais ses adversaires étaient trop lents pour lui et son armure trop solide, et il ne reçut aucune blessure. Les trois trolls périrent sous ses coups.

Néanmoins, si les ennemis étaient ralentis, la végétation qui les gênait les protégeait aussi en partie, les rendant un peu plus difficiles à tuer. Cela ne ralentit que peu Vif, qui utilisa sa tactique habituelle que Geralt venait de reprendre en partie. La lionne plongeait entre les jambes d'un monstre, puis elle sautait d'un bond puissant jusqu'à sa nuque. Elle eut un peu plus de mal avec toute la végétation, si bien que les deux trolls à la gauche de Radagast ne moururent pas instantanément, elle dut s'y reprendre à deux fois avant qu'ils ne restent immobiles au sol : l'un d'eux avec la tête complètement déchiquetée, l'autre mortellement blessé au cou mais également éventré par ses griffes puissantes.

Du côté de Taurgil et Mordin, le combat fut un peu plus rude. Le Dúnadan ne risquait pas grand-chose avec la lenteur des trolls gênés par la végétation et sa cotte de mailles de mithril. En revanche, il avait beaucoup plus de mal à entamer la chair des monstres, déjà naturellement résistante, mais également protégée par une armure et la végétation qui s'agrippait à eux. Lui aussi, après un début de combat peu fructueux, employa la tactique chère à la lionne et à l'Eriadorien aux cheveux blancs. Bien que plus grand et moins rapide, il était aussi un acrobate assez correct et il arriva à contourner l'olog face à lui pour arriver dans son dos, où il put plus facilement lui porter une blessure grave, suivie par d'autres.

Mordin, de son côté, faisait le même constat : s'il connaissait bien les points faibles des trolls et savait où taper, les armures tant naturelle, qu'artificielle et végétale autour des monstres rendaient ses coups peu probants, ne faisant que des petites blessures au départ. Il eut même la mauvaise surprise de recevoir un coup d'épée, heureusement fortement ralenti par la végétation, et qui ne lui laissa qu'une blessure légère. Il lui fallut lui aussi apprendre l'esquive, mais il profita également des flèches de ses amis pour reprendre le dessus et arriver à faire de véritables blessures. Entre Taurgil, Mordin et les archers, les trois trolls sur leur gauche passèrent enfin de vie à trépas.

Au début du combat entre Radagast et le Grimburgoth, l'un des trolls à la droite du magicien brun put tenter de lui porter un coup mais il fut évité sans mal. Par la suite, les deux trolls sur sa droite furent criblés de flèches et au minimum empêchés de nuire au magicien. L'un de ces trolls, qui était passé dans son dos, reçut tellement de flèches du hobbit qu'il avait fini par se retourner pour faire face à ce moucheron. Rob, le moral toujours anéanti par les récentes expériences, trouvait dans la mort du troll une obsession et il ne faisait rien pour se protéger, se contentant de rester à quelques pas pour tirer ses flèches au mieux. Elles ne faisaient pas grand mal au début, mais avec l'aide de ses amis il arriva aussi à abattre le monstre. Et Drilun n'eut pas trop de difficulté à abattre le sien, à la droite de Radagast, et à continuer à flécher çà et là pour se protéger et aider ses amis.

Le Grimburgoth, face au magicien brun, n'était pas de taille, malgré son équipement. Il arrivait bien à porter quelques coups, mais cela ne semblait pas incommoder outre mesure Radagast, dont le corps semblait bien plus résistant que les apparences ne laissaient supposer. Et son équipement, tout modeste qu'il paraissait, semblait bien plus endurant et résistant que les armures les plus solides. Son épée taillait dans l'armure de son adversaire et le blessait, faisant couler son sang rouge jusqu'au sol. Au bout d'un moment, le Grimburgoth mit un genou à terre, et il ne put jamais se relever : Radagast fit sauter sa tête d'un coup d'épée bien placée, et elle roula au sol. Ailleurs, les derniers serviteurs de leur ennemi succombaient dans de grandes souffrances face aux myriades d'insectes, et ils furent achevés lorsque c'était possible. Les insectes commencèrent alors à profiter de cette abondante nourriture : l'endroit serait sans doute bientôt marqué par d'énormes fourmilières, et il faudrait sans doute des semaines pour que les chairs soient toutes nettoyées.

7 - Décision, cadeaux et repos
Quelques dizaines d'elfes, menés par Legolas, arrivèrent vers la fin et aidèrent à achever les mourants et à les fouiller, tandis que Radagast s'occupait du corps du Grimburgoth. Le groupe était encore vivant, les estomacs, les esprits et les cœurs remontèrent un peu plus haut que les chaussettes pour certains. Ainsi, Rob reprit goût à la vie et son corps se remit à trembler avec l'espoir nouvellement retrouvé. De son côté, Vif paraissait en pleine forme, même pas fatiguée ou si peu et avec un moral à peu près normal, mais c'était bien la seule. Globalement, l'équipe était sur les rotules. Geralt était passé à deux doigts de la mort, et si le baume orc et les soins magiques de Taurgil et Isilmë l'avaient à peu près remis sur pied, le reste de sa blessure mettrait des jours à guérir. D'ailleurs, à la réflexion, certains se dirent que peut-être que le Grimburgoth aurait pu le tuer mais s'était débrouillé pour qu'il puisse vivre afin d'avoir une recrue de choix...

Mais en tout cas, Bronwyn n'était plus là et il fallait la retrouver. Ce fut le principal sujet de l'entretien avec le magicien brun. Lui, de son côté, avait rempli ses objectifs : le Grimburgoth était mort et il avait récupéré à son doigt un anneau qui était sûrement la source d'une partie importante de son pouvoir. Face à la demande des aventuriers, Radagast précisa que les ennemis avaient sans doute plusieurs heures d'avance et qu'ils devaient progresser vers le sud sur la route des orcs (Men Uruk), sentier qui traversait la forêt du nord au sud jusqu'à Dol Guldur, leur probable destination. Si le groupe voulait partir à leur poursuite, il allait pénétrer dans le cœur le plus noir de la forêt, où même certains arbres étaient les alliés des forces ténébreuses. En particulier autour de Nan Lanc, la "Vallée Nue", qui entourait la forteresse de Dol Guldur. Radagast était allé partout dans la forêt, mais il n'avait jamais pu pénétrer dans cette vallée.

Devant la résolution de Vif et ses amis, le magicien n'insista pas. En fait, il leur dit que Gandalf avait prévu qu'il pourrait en être ainsi et qu'il lui avait demandé de préparer diverses choses pour les aider dans leur périlleuse mission. Mais déjà, ils purent récupérer divers matériel pris sur le corps de leurs ennemis : poisons divers et surtout baumes orcs, essentiellement. L'arc du Grimburgoth fut rapidement remis en état et offert aux aventuriers : son bois noir était couvert de runes magiques de douleur et sa magie était puissante, mais le magicien ne percevait pas d'aura trop noire et corruptrice, l'objet lui semblait utilisable. Il leur remit également trois clés qu'il avait trouvées sur le chef ennemi. En revanche, son armure faite d'une peau très fine et très résistante avait été bien trop endommagée pour pouvoir encore servir à quiconque.

Radagast passa ensuite à ses cadeaux à lui : en premier venaient sept dons-de-vipère, ces petits organes capables de guérison miraculeuse, et que le magicien avait encore améliorés pour que la guérison soit plus rapide. Suivait également une gourde d'eau qui se remplissait toute seule en moins d'une heure, et dont l'eau donnait un sommeil plus profond et récupérateur, même si ce n'était pas une drogue. Enfin, Radagast avait aussi préparé... un nid de guêpes. Il expliqua que la magie de cet objet ne pouvait servir qu'une seule fois et qu'elle ne durait qu'une minute. Mais dans ce laps de temps, tous les ennemis dans un rayon d'une trentaine de mètres du nid seraient attaqués par des nuées de guêpes fantomatiques qui les feraient paniquer ou au moins qui les aveugleraient, sans aucunement gêner les aventuriers ou leurs alliés.

Enfin, le magicien déclara qu'il pouvait préparer des flèches afin de rendre inertes les arbres animés au cœur noir qui peuplaient le sud de la forêt. En quelques minutes, il pouvait transformer une flèche normale en une flèche magique qui ne servirait qu'une seule fois et d'autant plus longtemps qu'elle arriverait près du cœur de l'arbre. Après débat, les aventuriers décidèrent de dormir trois heures environ. Avec l'aide de la gourde qui doublerait leur repos, ils seraient physiquement en pleine forme tandis que Radagast pourrait préparer deux carquois de flèches spéciales. Pour chacune, il lui fallait retirer la pointe métallique, ce qu'il arrivait à faire sans mal aucun, puis il devait se concentrer un certain temps pour insuffler la magie dans chacun des projectiles.

Mais avant cela, Taurgil demanda au magicien, ainsi qu'aux elfes, s'ils n'avaient pas d'athelas pour sa magie à lui. Il avait épuisé toute sa réserve et en avait bien besoin pour soigner les dernières blessures. Il ne pouvait rien pour celle de Geralt, qu'il avait déjà bien traitée, mais Mordin et Isilmë apprécieraient un dernier soin. Et cela servirait certainement par la suite. Personne n'en avait sur lui, mais Radagast s'éclipsa un bref moment et en ramena quelques feuilles. Cela, plus des sommeils magiques jetés par Isilmë ainsi qu'un autre elfe qui maîtrisait la magie des soins, et tous plongèrent bientôt sans une inconscience profonde et réparatrice.

8 - La poursuite commence
Le jour pointait lorsque les aventuriers se réveillèrent - ou furent réveillés, pour certains comme Geralt ou Rob. Enfin, quand on parle de jour, il fallait vraiment chercher le bout de son nez, bien petit : il faisait sombre comme dans la Forêt Sombre, d'autant qu'il devait pleuvoir au-dessus des arbres, au vu des quelques (rares) gouttes qui arrivaient à traverser la canopée pour tomber au sol. Autrement dit, la lumière éclairait autant que celle d'une nuit sans lune à découvert. Radagast achevait de préparer les dernières flèches enchantées pour endormir les arbres éveillés. Les elfes étaient restés aux alentours, à monter la garde, et s'apprêtaient à repartir bientôt. Comme ils l'avaient annoncé avant le sommeil des aventuriers, ils n'iraient pas prêter main-forte à ces derniers en poursuivant les ravisseurs de Bronwyn.

Ces derniers avaient plusieurs heures d'avance, d'après ce que leur dit le magicien brun en leur remettant les flèches enchantées par ses soins. Il ne pouvait en dire plus, car ses propres messagers étaient attaqués - par des crebain ou grosses chauves-souris le plus souvent - s'ils s'approchaient trop. La distance d'ici à Dol Guldur était de soixante-dix à quatre-vingt miles (~ 110 à 130 km) et il fallait bien deux jours pour y arriver, même à allure soutenue. Radagast ajouta qu'il ferait en sorte que la végétation ne les gêne pas trop sur le chemin vers la route des orcs, après quoi ils n'auraient plus besoin de son aide. Peut-être les suivrait-il de loin voire même de près, cela dépendait d'une autre mission qu'il avait à accomplir, mais il valait mieux qu'ils ne comptent pas sur lui. Avant qu'ils ne se séparent, il leur recommanda de ne jamais se séparer les uns des autres, les dangers de la forêt pouvant être mortels pour des individus isolés.

Le groupe partit au pas de course, ce qui pour le félin n'était guère plus que son allure de marche normale. Mais les premiers problèmes apparurent bientôt : même avec l'aide de la magie de Radagast, certains membres de l'équipe n'étaient pas à leur aise pour une telle course en forêt. Drilun fut le premier à prendre du retard, si bien que Vif finit par l'attendre pour lui permettre de monter sur son dos. Après ce fut le tour de Geralt : il était toujours blessé et son endurance était très limitée, particulièrement en forêt où il y avait plus d'efforts à faire. Lui aussi finit par rejoindre l'archer dunéen sur le dos de la lionne, qui portait déjà plus que son propre poids mais sans trop sourciller. De son côté, Rob tint bon, mais une heure plus tard, au moment où Vif déclara qu'ils étaient sur la Men Uruk, la "route des orcs", il était complètement épuisé. Un sort d'Isilmë lui redonna de la vigueur, mais elle ne pourrait pas le refaire sur lui avant une journée.

La route des orcs était un simple sentier étroit qui filait entre les arbres. Pour les moins perceptifs du groupe, ils auraient pu le traverser sans s'en rendre compte, et il valait mieux que quelqu'un ne les guide pour qu'ils ne s'en écartent pas par hasard. Pour les plus perceptifs, en revanche, il était facile à suivre : non qu'il fût bien marqué au niveau du sol, mais il était relativement libre de végétation. De plus, de fréquents signes ou marques témoignaient de nombreux passages récents. Vif examina les traces qu'elle estima être vieilles d'une demi-douzaine d'heures. Ce qui fut ensuite confirmé par Drilun à l'aide d'un sort de voyance, qui lui donna le moment du passage et une vision de la troupe qu'ils poursuivaient : une centaine de wargs menés par le loup-garou Caran Carach ; plus d'une centaine d'uruks dont quatre d'entre eux portaient une cage étroite dans laquelle une personne aux cheveux blonds était bien ficelée - cage identique à celle, vide, qu'ils avaient trouvés dans les parages du combat avec le Grimburgoth ; dix trolls de guerre menés par un onzième plus grand et mieux équipé ; et une quinzaine d'humains - sans doute cinq rôdeurs noirs et dix sorciers - menés par un homme qui semblait être le chef de l'expédition, et lui-même un important sorcier.

Après discussion, le groupe décida de marcher d'un bon pas mais de ne pas courir. Sans cela, ils ne pourraient pas tous rester ensemble et certains seraient épuisés au moment de passer aux choses sérieuses. Dans un premier temps, donc, l'allure serait celle de la marche rapide, les chants magiques d'Isilmë permettant aux plus fragiles physiquement, comme Geralt, de ne pas ressentir la fatigue. Le groupe avança donc à la queue-leu-leu, la lionne enchantée en premier. Le début du cheminement ne posa aucun problème, même si rien ne laissait penser que l'écart entre poursuivants et poursuivis s'amenuisait. Et brusquement, Vif s'arrêta : après utilisation d'un sort ou d'un tour d'oreille magique préparé par Drilun pour la comprendre, elle expliqua que le sentier avait subi quelque chose, juste à côté d'un gros arbre mort qui penchait vers le sentier. Elle flairait un piège, mais elle ne pouvait voir de quoi il pouvait s'agir.

9 - Men Uruk - première journée
S'agissait-il d'un mécanisme quelconque pour les tuer ou au moins les blesser ? Des crebain allaient et venaient régulièrement au-dessus de leurs têtes, donc les poursuivis devaient se douter que la rencontre avec le Grimburgoth s'était mal passée pour ce dernier. Ils avaient dû préparer quelque chose... mais quoi ? En fin de compte, le hobbit fut envoyé en avant : c'était le meilleur d'entre eux pour la préparation des pièges, et il était très perceptif, y compris pour tout ce qui était magique. Et effectivement, à quelques mètres, il vit que de nombreux signes courraient sur le sol et jusqu'au tronc de l'arbre mort, mais en grande partie masqués car ils n'étaient pas du côté où le groupe arrivait. Et il sentait une magie nette sur les signes, sur l'arbre, et tout autour. Il imaginait très bien l'arbre lui tomber dessus ou lui exploser à la figure, et vu sa taille il n'était pas sûr de pouvoir s'écarter à temps...

Après son retour, le groupe discuta de la suite à donner et préféra faire un détour, même si cela faisait perdre une dizaine de minutes à travers les épais fourrés qui bordaient le sentier. Peut-être la magie était-elle inoffensive et juste là pour leur faire craindre le pire et leur faire perdre du temps, mais ils ne pouvaient prendre trop de risques. Et le temps perdu était minime. Une fois le petit détour accompli, le sentier fut repris, et il ne se passa rien d'autre pendant un moment. Puis la lionne s'arrêta à nouveau, tendant l'oreille et percevant des choses que seule son ouïe féline pouvait entendre. A un demi-mile environ, elle percevait la présence de wargs - autour d'une cinquantaine - et d'orcs en moins grand nombre. Drilun apporta quelques précisions grâce à une écoute magique du sol : autour de quarante wargs, dont la moitié plus lourds sur le sol, donc probablement montés. Pas de loup-garou a priori. Sans doute pas une grosse menace.

Un plan d'action fut arrêté, et le groupe repartit plus ou moins discrètement. Ils n'essaieraient pas de contourner cette nouvelle menace, car les sens des wargs pouvaient les trahir à une distance assez grande et ils ne pouvaient se permettre de faire un trop grand détour, ni de les avoir dans leur dos ou pour le retour. Arrivée à deux ou trois portées de flèche des ennemis, la lionne prévint que les wargs les avaient perçus, sans doute grâce à leur odorat. Elle grimpa dans un arbre un peu en avant, Rob dans un autre sur un côté, et les cinq autres aventuriers se mirent tous dos au même arbre, en cercle, et ils préparèrent tous leurs armes. Ils n'eurent pas longtemps à attendre : si les wargs avaient commencé à venir vers eux discrètement, cela ne dura pas : les premiers, sentant l'odeur de la lionne de plus en plus distinctement, ne purent résister à la haine qu'elle leur inspirait et ils coururent en hurlant vers elle, bientôt suivis par toute la troupe.

Une dizaine d'entre eux - non montés - restèrent au pied de l'arbre où la lionne avait grimpé, tandis que Rob décochait ses premières flèches. Puis les autres arrivèrent, y compris quelques wargs montés dont les orcs maniaient l'arc, et le combat commença. Mais il ne dura pas longtemps : la lionne se laissait tomber de son arbre sur un warg, l'écrasant au passage, avant de remonter d'un bond... et de recommencer. Sans perdre plus que quelques poils dans les vaines tentatives que ses ennemis faisaient pour la blesser. Le hobbit essuya un ou deux tirs d'archer, mais il était meilleur que l'orc qui le visait, et ce dernier le découvrit bien vite. Mordin ayant fait peur aux wargs en leur criant après, ils attendirent d'être presque tous là avant de mener leur attaque. Leurs pertes furent si rapides et si sévères qu'ils se rendirent vite compte - mais un peu tard - qu'ils n'avaient aucune chance, et seuls une dizaine de wargs et quelques orcs purent prendre la fuite. Les aventuriers n'avaient subi aucune blessure, juste un peu transpiré pour certains.

A nouveau le chemin du sud fut repris, plusieurs heures durant, en essayant parfois d'accélérer l'allure afin de se rapprocher de ceux qu'ils poursuivaient. Mais Geralt, toujours blessé, les ralentissait, et d'autres n'avaient pas l'endurance du nain ou les facilités de la lionne. Lorsque la lumière baissa, dénotant la tombée de la nuit, l'avancée sans lumière fut de plus en plus difficile, les humains et le hobbit en particulier n'y voyant goutte. Il fut décidé de faire une pause pour se reposer. Mordin, Rob et Taurgil firent un abri un peu à l'écart, abri qui les protégerait d'éventuelles mauvaises surprises nocturnes plus qu'il ne les abriterait de la pluie.

Ils discutèrent un moment de la durée de leur repos et d'éventuels tours de garde. Toute l'équipe sauf Isilmë commença à dormir, avec l'aide de l'eau de la gourde de Radagast et parfois un sommeil magique pour les plus démoralisés. Pendant trois heures l'elfe veilla, entendant divers bruits nocturnes et en particulier de probables araignées géantes qui passèrent non loin. Mais ils ne furent pas inquiétés et elle put à son tour se reposer, accompagnée par les plus grands dormeurs de l'équipe comme Geralt, Rob et Vif. Après une heure et demie de sommeil l'elfe était en pleine forme, grâce à la magie de l'eau de la gourde, et tous furent bientôt prêts. La poursuite sur la Men Uruk allait pouvoir reprendre, nocturne à présent.
Modifié en dernier par Niemal le 30 août 2015, 20:10, modifié 1 fois.

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Niemal
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Horselords - 32e partie : double marathon (1/2)

Message non lupar Niemal » 18 décembre 2013, 19:46

1 - Course nocturne
La Forêt Sombre étant ce qu'elle est, il fallait une source de lumière ou une amélioration de la vision nocturne pour beaucoup pour pouvoir avancer. En effet, pour le nain, le hobbit et les humains, leur aveuglement était à peu près total. Une lanterne fut allumée, Taurgil ayant conservé quelques flacons d'huile. Le groupe repartit en avant à petites foulées, pour autant que les racines nombreuses, le chemin tortueux entre les troncs et les branches des arbres ou buissons le permettaient. Vif portait Geralt, toujours blessé, mais refusa de prendre Rob sur son dos : il était en pleine forme et il serait bien assez temps pour elle de l'aider quand il en aurait réellement besoin. Il obtint tout de même de faire porter une partie de son lourd équipement (pour lui) afin de se fatiguer moins vite.

Après un peu plus d'une heure, l'équipe fit halte à un endroit où les ravisseurs de Bronwyn semblaient avoir fait une courte pause. Les traces paraissaient vieilles de quelques heures aux sens de la lionne, et Drilun, à l'aide de sa magie, eut une vision des êtres qui s'étaient arrêtés là. Il pensa reconnaître ceux qu'ils poursuivaient : une cinquantaine de wargs menés par le loup-garou Caran Carach, une centaine d'uruks, une douzaine de trolls de guerre et une quinzaine d'humains. En revanche, ils étaient hors de portée d'une de ses écoutes magiques du sol, écoutes qui portaient à une heure de course tranquille au plus. Ils repartirent bientôt en courant.

Au fur et à mesure que la nuit passait, la course en forêt devenait de plus en plus pénible pour certains. Si Taurgil ou Mordin avalaient le sentier sans trop y faire attention malgré leur équipement volumineux, Rob et ses courtes pattes, et sa constitution plus frêle, n'étaient pas taillés pour un pareil marathon. Et il ne fut pas le seul à peiner, même s'il fut le premier : Isilmë était une guerrière avant tout, la course de fond n'était pas son fort, elle qui était plutôt habituée à une marche elfique rapide. Et ils ne furent pas les seuls à souffrir. Dans un premier temps, un regain d'énergie leur fut fourni grâce aux soins magiques du Dúnadan ou de l'elfe, ou encore grâce au Miruvor, le cordial d'Imladris remis par les magiciens par l'intermédiaire de Rillit l'écureuil. Mais cela ne pourrait durer éternellement.

Néanmoins, l'écart entre poursuivants et poursuivis semblait se combler, au vu des traces au sol et dans la végétation alentour. Ce qui motiva les aventuriers pour continuer à courir malgré les difficultés, même si sur la fin les charges changèrent : tandis que Geralt descendait de son dos, Vif prit de nouvelles personnes sur elle tandis que leur équipement était réparti entre les plus costauds et endurants. Le maître-assassin, malgré sa blessure non complètement guérie et son état de fatigue, prit sur sa force de caractère pour avancer malgré son état. Il était loin le fragile assassin de Tharbad, et même râleur comme il était, sa réserve interne était loin d'être négligeable, surtout quand elle était stimulée par du Miruvor.

Et puis la lionne finit par ralentir et indiqua à ses amis, par l'intermédiaire d'un des tours d'oreille de Drilun qui permettaient de la comprendre, que l'ennemi n'était pas loin. Elle percevait en effet à faible distance, sur le chemin, une troupe arrêtée composée d'une centaine de wargs peut-être, de quelques dizaines d'uruks et de quelques trolls. Cela fut confirmé par une écoute magique du Dunéen, mais du monde manquait à l'appel par rapport à sa précédente vision magique. En fait, en limite de ses perceptions magiques, il sentait qu'un autre groupe, un peu plus petit, continuait à descendre vers le sud. Et sans doute avec Bronwyn, même s'il n'avait pas moyen d'en être sûr. De plus, il sentait des présences contre le sol mais sans pouvoir déterminer précisément ce quoi il s'agissait : peut-être des gens allongés, endormis... ou en embuscade ? Et en dehors des wargs et de cinq trolls, il ne percevait que quatre bipèdes de taille normale, comme deux gardes situés de chaque côté du camp, tandis que les wargs étaient étalés un peu tout autour.

2 - Gros chat en maraude
Un petit débat eut lieu pour confronter points de vue et options possibles. Manifestement, il fallait poursuivre ceux qui continuaient vers le sud et Dol Guldur, Bronwyn était certainement avec eux. Valait-il mieux faire un détour pour éviter ce camp et probable piège, le traverser à toute allure, ou éliminer tous ses occupants pour ne plus avoir de mauvaise surprise dans le dos ? Le premier choix fut repoussé : avec l'odorat des wargs, il faudrait faire un détour trop grand qui pouvait prendre des heures dans la végétation épaisse de la forêt, en pleine nuit. Et traverser à toute allure semblait difficile, les wargs étaient plus rapides. Par ailleurs, s'il y avait quelques rôdeurs noirs ou sorciers embusqués, les risques de blessure ou envoûtements n'étaient pas nuls.

En fin de compte, un plan intermédiaire fut décidé : Vif s'approcha nonchalamment du camp, tandis que ses amis suivaient un peu plus loin derrière, après avoir éteint la lanterne et pris du trèfle de lune pour mieux voir dans l'obscurité. Bientôt, la lionne entendit le grondement des wargs enfler : ils avaient senti son odeur, comme prévu. S'ils n'étaient pas tenus par un sorcier ou loup-garou - et ce dernier ne semblait pas présent - elle allait bientôt faire un magnifique appât. Ce qui ne manqua pas : après un moment, le grondement des gros loups enfla et devint un concert de hurlements, tandis qu'ils s'élançaient tous dans la direction de cet ennemi félin. Les amis de la Femme des Bois crurent un moment que les wargs arrivaient sur eux, mais quand ils s'arrêtèrent au pied de l'arbre dans lequel elle avait grimpé, ils comprirent que le plan fonctionnait.

La lionne joua les écureuils et sauta d'arbre en arbre au niveau des frondaisons, emmenant les gros loups avec elle, incapables de l'atteindre. Elle arriva bientôt à la limite du camp, où elle découvrit qu'elle n'était pas seule... dans les arbres : en effet, de nombreux uruks y étaient perchés, cachés, matériel d'archerie prêt à servir. Mais ils ne s'attendaient pas à voir arriver un ennemi par la voie des airs, et bientôt ils tombèrent comme des fruits mûrs avec des cris facilement interprétés par les autres aventuriers. Les archers ennemis comprirent bientôt que le plancher des vaches était plus sûr pour eux, d'autant que leurs flèches semblaient n'avoir aucun effet sur la lionne, quand bien même ils arrivaient à la voir avant qu'elle ne les attaquât.

Tout en progressant, Vif poussait des rugissements à l'attention de ses amis pour les prévenir de ce qu'elle observait et déduisait. Elle devinait ainsi que les corps allongés sentis par son ami archer-magicien étaient ceux d'uruks qui faisaient semblant de dormir et que le ramdam avait poussé à se relever. Elle vit également des trolls venir à elle et tenter de la bombarder avec des projectiles de bonne taille, ce qui la poussa à chercher refuge plus en hauteur. Puis elle redescendit discrètement, non loin d'un troll qu'elle arriva à surprendre malgré les wargs qui continuaient à hurler dans sa direction, alertés par son odeur. Elle se laissa tomber sur le troll, toutes griffes dehors, d'une hauteur d'une dizaine de mètres. Entre son inertie et ses griffes, le troll ne put que pousser un hurlement devant la dissection dont il fut l'objet, avant de tomber et de trépasser. Les wargs se jetèrent sur Vif mais malgré de rares morsures sans conséquence, elle remonta sans mal dans l'arbre. Puis elle chercha à renouveler son opération.

Tout en jouant au chat et à la souris avec ses ennemis, elle aperçut au milieu du camp une cage recouverte d'une bâche, cage tout à fait assez grande pour contenir quelqu'un de la taille de Bronwyn. Elle prévint alors ses amis par un de ses rugissements, puis elle repartit en quête d'autres trolls. Un deuxième passa de vie à trépas, puis un troisième, et elle écopa d'une petite blessure par la grâce d'un warg plus doué ou chanceux que les autres. Mais bientôt, elle repéra, caché derrière un arbre, un archer vêtu de noir qui la visait soigneusement. Devinant là un rôdeur noir, elle esquiva son trait probablement empoisonné, se cacha dans les frondaisons tout en prévenant ses amis de la présence de tels ennemis, puis elle redescendit pour le surprendre comme pour les trolls. Mais aidé par les gros loups, il la repéra une seconde fois et elle dut esquiver une seconde flèche avant de retourner se cacher. Mais il ne perdait rien pour attendre.

3 - Un chef uruk peu patient
Ailleurs, pendant ce temps, les amis de Vif s'approchaient du camp, un peu à l'écart du chemin que traçait la féline Femme des Bois. Drilun avait masqué magiquement leurs odeurs pour que les loups ne les repèrent pas, et à présent ils tâchaient de se faire discrets. Malgré l'agitation causée par Vif, certains uruks restaient alertes et observaient les environs. Malheureusement pour eux, l'équipe voyait aussi bien dans le noir qu'eux par nature (Isilmë) ou grâce au trèfle de lune qui les rendait nyctalopes. Et les uruks étaient bien moins perceptifs que des gens comme Geralt ou Rob. Quatre uruks qui se tenaient aux aguets furent donc repérés par les aventuriers sans que l'inverse fût vrai.

Après concertation, les archers - Drilun et Rob - s'avancèrent assez pour pouvoir repérer au moins une cible et bien la fixer, tandis que les autres approchaient des gardes restants en catimini, les plus discrets en premier. Arcs et lames chantèrent, et les uruks périrent sans avoir le temps de pousser de grands cris, ou trop peu pour que d'autres puissent les entendre dans le concert de hurlements des wargs et de cris des victimes de la lionne. Geralt s'était occupé d'un probable chef, au vu de son meilleur équipement, et il eut une idée : il dépouilla le grand uruk, à peu près de la même taille que lui, et enfila les affaires qu'il pouvait afin de se faire passer pour lui, aidé par la magie de Drilun qui lui donna les traits de la créature. Il venait d'entendre sa féline amie parler d'une cage, et il décida d'aller y jeter un œil ainsi, à découvert, tandis que le reste de l'équipe continuerait son avancée en catimini.

Il avança donc au sein du camp, sur le sentier, vers le centre où il pensait distinguer la cage. Quelques uruks vinrent lui parler dans leur langue, mais il avait déjà par le passé endossé le rôle d'un chef orc d'emprunt. Même s'il ne comprenait pas suffisamment leur langue, il savait comme réagir : brutalement. Entre ses poings et ses hurlements à lui, les uruks comprirent bien vite qu'il valait mieux passer à l'écart de ce chef-là tant il paraissait menaçant et passablement peu patient. Ainsi, plus vraiment inquiété, il commença à s'approcher de ce qui était bien une cage bâchée placée en plein milieu du chemin, bien visible. C'est alors qu'un des rugissements de la lionne parla de rôdeurs noirs dans la troupe.

Heureusement, il avait activé son tour d'oreille magique qui lui permettait de comprendre les paroles de Vif. Prudent, il scruta discrètement les environs et découvrit qu'à une dizaine de mètres de là, caché dans des buissons, un humain vêtu de noir, qui ressemblait furieusement à d'autres rôdeurs noirs qu'il avait déjà rencontrés, surveillait la cage et ses environs. Il passa devant de manière nonchalante et finit bientôt par sortir du champ de vision du rôdeur. Puis il se faufila dans le dos de l'homme, discrètement, jusqu'à pouvoir le toucher. Le rôdeur sentit une main se plaquer sur sa bouche avant d'être égorgé, et bientôt il resta caché dans son buisson, en tas et sans vie. Puis le maître-assassin revint tranquillement vers la cage dont il souleva un coin de la bâche.

Elle était bien occupée, mais par un cadavre d'uruk. Toute l'affaire était donc bien un leurre et l'autre groupe emmenait sûrement Bronwyn loin d'eux à l'heure actuelle. Tandis qu'il entendait la lionne qui continuait à régler leur compte aux trolls et autres ennemis, au milieu de hurlements et grognements de loups, il poursuivit vers le sud du camp, repoussant d'éventuels uruks par son attitude menaçante. Jusqu'à un endroit où, curieusement, des sentinelles manquaient ou semblaient inconscientes, pour ne pas dire plus. Un endroit où cinq silhouettes le dévisageaient, arme à la main, bien cachées mais pas assez pour ses sens exercés. Avant de recevoir une flèche ou un coup d'épée mal placé, il fit un geste en direction de Taurgil, qui semblait hésiter. Ce dernier eut un petit rire et les six amis furent bientôt réunis. Ils avaient réussi à passer.

Derrière eux, Vif avait réussi à tuer les cinq trolls qu'elle avait pu repérer ainsi que deux rôdeurs noirs, sans subir d'autre blessure. Il ne restait que des uruks, moins ceux qu'elle avait liquidés, et la plupart des wargs. Elle finit par sauter à terre, tuant au passage un ou deux gros loups, et fila à toute allure en forêt, poursuivie par la meute de wargs. Ils étaient peut-être très endurants mais son corps magique n'avait pas grand-chose à leur envier, et elle était plus rapide et adroite en forêt. Elle les emmena loin de ses amis, et après une course-poursuite infructueuse les canidés enchantés finirent par abandonner. Ses amis ne risquaient plus rien à présent. Il lui fallut un moment pour retrouver le sentier, qu'elle suivit vers le sud pour les rattraper.

4 - Caprice de soin
Alors que le jour était à présent levé, la lionne retrouva le reste du groupe : ils avaient bien avancé sur le sentier mais sans courir, car plusieurs d'entre eux n'étaient plus vraiment en état de le faire : trop fatigués même après des soins et la prise de cordial d'Imladris, ils se seraient dangereusement affaiblis en courant. Et cela ne servait à rien de rattraper des ennemis puissants si c'était pour les affronter dans un état de grande faiblesse. D'après les traces et les sorts de Drilun, les poursuivis, probablement tenus constamment au courant de la position des poursuivants grâce à leurs espions ailés, s'étaient mis à courir et l'écart entre les deux groupes se creusait.

Les deux groupes étaient d'ailleurs peut-être devenus trois : en effet, lorsqu'elle rejoignit ses amis, la Femme des Bois sentit grâce à ses sens félins un groupe de wargs et de d'uruks à quelques portées de flèche, dans la direction qu'ils suivaient, vers le sud. Manifestement, les gens de Dol Guldur avaient laissé derrière eux encore quelques personnes pour les ralentir. Une écoute magique de l'archer-magicien lui laissa entrevoir un groupe d'une quarantaine de wargs, dont la moitié montés, plus une douzaine de bipèdes normaux. Pas de trolls, pas de loup-garou selon ses sens magiques. Le groupe était d'avis de foncer sans s'arrêter : les ennemis n'étaient que broutille, ils les exploseraient en un rien de temps.

Mais Vif n'avait pas envie d'exploser quiconque tant qu'elle n'avait pas reçu un peu d'attention et de soins. Elle avait subi une morsure sans gravité mais tout de même douloureuse, et elle espérait bien en être rapidement débarrassée. Isilmë proposa de faire disparaître la blessure à l'aide de baume orc dont le groupe avait des doses en abondance. Mais la Femme des Bois refusa tout net l'application de cette substance douloureuse et qui laissait de méchantes cicatrices : elle désirait un soin magique des mains de Taurgil, seul capable d'éliminer immédiatement ce genre de blessure avec ses mains de descendant de roi dúnadan, pas moins. Oui, mais pour cela il fallait faire chauffer de l'eau et faire une infusion d'athelas dans de l'eau frémissante, et cela prendrait trop de temps d'après le rôdeur : leurs ennemis ne les attendraient pas.

Son amie n'en démordait pas, et plusieurs minutes furent perdues à essayer de faire changer d'avis l'un ou l'autre, ou de proposer d'autres solutions comme faire chauffer magiquement de l'eau avec l'aide de Drilun pour accélérer l'infusion. Mais rien n'était totalement satisfaisant pour personne, et le groupe se chamailla encore un moment avant d'arriver à une décision : le Dúnadan ferait son infusion d'athelas et soignerait la féline Femme des Bois pendant que le reste du groupe avancerait et réglerait son compte aux assaillants qui les attendaient. A cinq ils étaient bien assez forts pour les tailler en pièces. Le groupe laissa donc Taurgil et Vif en arrière et se rapprocha du lieu de l'embuscade.

Ils arrivèrent bientôt en vue de l'endroit où les attendaient les forces ennemies. Elles étaient divisées en deux groupes à peu près équivalents, abrités autour et derrière deux gros arbres distants d'une dizaine de mètres de chaque côté du sentier. Des uruks étaient présents - autour d'une dizaine peut-être - flèche encochée, tandis qu'une vingtaine de wargs montés patientaient, tenus par leurs cavaliers orcs, et qu'une vingtaine d'autres gros loups se tenaient également prêts à bondir, impatients. Mais les orcs, grands et petits, ne semblaient pas si impatients que cela. Les cinq amis avancèrent sans crainte, s'approchant à une trentaine de mètres des groupes ennemis, quand quelque chose titilla le hobbit sans qu'il arrivât à déterminer ce qui clochait. En tout cas, son instinct lui disait que quelque chose n'allait pas.

5 - Envoûtement sylvestre
Et il avait raison, comme ses amis et lui le découvrirent très vite. Isilmë et Geralt changèrent bientôt complètement d'attitude : d'une avancée prudente à l'abri derrière leur bouclier, ils se mirent à bâiller en abaissant armes et protection, titubant à moitié vers le pied d'un des deux gros arbres où les troupes ennemies étaient massées. Ils ne ressentaient plus qu'une grande fatigue et l'envie irrésistible de s'allonger au pied d'un des deux arbres, sur l'aguichant et moelleux tapis de mousse ensoleillé qu'ils percevaient. Envolés les ennemis, et les amis aussi d'ailleurs : ils étaient seuls dans la forêt et ne ressentaient plus aucun autre besoin que celui de s'allonger là-bas au plus vite et de fermer les yeux... pour toujours ?

Rob, Mordin et Drilun retinrent leurs amis, leur parlèrent et les secouèrent pour les faire sortir de leur torpeur. Tandis que les cordes des arcs se tendaient chez les ennemis, l'elfe et Eriadorien aux cheveux blancs se retournèrent, agacés de ne pouvoir avancer. Par un effort de volonté, néanmoins, leur raison commença à reprendre le dessus et ils revinrent tous deux à la réalité. Ils découvrirent avec stupéfaction qu'ils étaient à une trentaine de pas des orcs, dos à leurs flèches, tandis que les wargs n'attendaient qu'un ordre pour foncer en avant. Ordre que donna justement un uruk à ce moment-là. Une dizaine de cordes d'arc vibrèrent et des hurlements d'orcs et de loups résonnèrent dans le sous-bois.

Mais la guerrière et le maître-assassin avaient recouvré leur lucidité juste à temps, et, très rapides, ils plongèrent dans la végétation qui bordait le chemin avant d'entendre le bruit des arcs et flèches. Hobbit, nain et Dunéen s'étaient préparés à cela et avaient fait de même. Toutes les flèches ratèrent leur objectif, avec l'aide des armures de qualité qu'ils portaient parfois. Lorsque les assaillants arrivèrent, les cinq amis étaient en cercle, prêts à faire face à la vingtaine de fauves dont la moitié étaient montés. Curieusement, cela ne représentait qu'une moitié des ennemis, sans même prendre en compte les archers uruks. Les autres restaient à l'abri des deux gros arbres, attendant Eru savait quoi. D'un autre côté, ils auraient eu du mal à s'approcher : les aventuriers étaient au centre d'un cercle d'ennemis, à cinq contre trente, et cela ne laissait pas vraiment de place à d'autres combattants.

Si pour certains des héros cela ne posait aucun problème, il en était tout autrement pour Rob : une fois sa flèche décochée et un ennemi mortellement blessé, il se retrouva en pleine mêlée face à un loup plus gros et lourd que lui. Il fut un moment tenté de tourner le dos et de commencer à grimper à un arbre, mais un éclair de raison lui fit comprendre que le warg ne ferait alors plus qu'une bouchée de lui. Il sortit donc son épée et donna des moulinets avec pour se défendre, arrivant ainsi à repousser les assauts du monstre. Grâce aussi à l'armure de peau très spéciale qui avait été taillée pour lui à partir des cuirs que portaient des sorciers qu'ils avaient rencontrés, cuirs encore renforcés par des runes magiques de Drilun.

Le reste du combat se passa normalement, à savoir que les ennemis tombaient assez vite, malgré quelques morsures sans gravité. Un rugissement annonça l'arrivée de la lionne, portant le Dúnadan sur son dos, et les uruks hurlèrent aux orcs montés (ou tombés à terre par la mort de leur monture) de revenir sous les arbres. Ce qui stimula Rob, toujours aux prises avec son warg, et le poussa à tenter de porter un coup. Sans succès, mais le gros canidé profita de l'ouverture pour planter ses crocs dans la jambe du petit voleur, heureusement protégée par un cuir magique. En fin de compte le hobbit resta sur la défensive et il laissa la lionne le priver de son adversaire d'un coup de patte nonchalant. A chacun sa spécialité, et celle de Rob n'était pas le combat rapproché.

Plusieurs comme Geralt commençaient à avancer sur les ennemis regroupés, écopant de quelques flèches sans effet aucun, mais la lionne leur rappela qu'il fallait se méfier des arbres enchantés de la forêt : ne voyaient-ils pas que les branches des deux arbres bougeaient alors qu'il n'y avait aucun vent ? Drilun prit une flèche spéciale enchantée par Radagast, et il l'envoya dans le tronc de l'arbre de droite, où elle se ficha profondément. Aussitôt, l'arbre s'immobilisa, alors qu'une grosse branche s'apprêtait à redescendre sur les aventuriers avec force. Les autres ennemis furent vite mis en déroute, du moins ceux qui quittaient l'abri de l'autre arbre éveillé ou qui s'exposaient aux flèches des archers. Le groupe d'aventuriers fut bientôt passé, laissant les deux arbres maléfiques derrière eux.

7 - Loups et lionne, forêt et araignées
Aidés par la lionne qui portait de plus en plus de monde, les aventuriers reprirent un rythme de course sur le sentier. Au bout d'un moment ils ne furent plus que quatre à courir : Geralt, toujours blessé et qui ne tenait plus que par la force de sa volonté ; Mordin et Taurgil, bien chargés avec une partie de l'équipement de leurs amis, et qui suaient à grosses gouttes ; et la lionne qui portait Rob, Isilmë et Drilun sur son dos musclé. En fait l'archer-magicien alternait avec le maître-assassin sur le dos de la féline Femme des Bois. Et tout ce beau monde n'arrivait à continuer à courir que grâce à la magie des soins, qui les soulageait d'une partie de leur fatigue, et du Miruvor, le cordial d'Imladris, qui affermissait leur corps et leur volonté.

Mais malgré cela, la distance ne diminuait pas entre poursuivants et poursuivis : pour les wargs et Caran Carach, l'allure n'était rien d'autre qu'une marche rapide, et les trolls de guerre, même gênés par la végétation et leur masse imposante, avaient tout de même une certaine allonge et une très robuste constitution. Ils devaient probablement aider les humains en les portant à tour de rôle, car les traces humaines se faisaient plus rares, et pour une créature de plus d'une tonne, un humain de deux cents livres ne représentait pratiquement rien. Sans doute étaient-ils fatigués à force, mais le fait était que l'écart restait le même et que les aventuriers ne pouvaient accélérer. La poursuite était un échec.

Il restait tout de même un espoir : ralentir wargs et autres afin que le groupe puisse les rattraper sans cracher leurs poumons. Ils avaient déjà laissé derrière eux une partie de leur matériel afin de s'alléger et courir plus vite ou longtemps, mais l'un d'eux - et un seul - pouvait aller bien plus vite. Un plan fut établi, et après débat, le hobbit fut choisi, pour son faible poids notamment, afin d'accompagner la lionne. Une corde fut enroulée autour du corps félin de Vif, à laquelle le hobbit fut attaché, et il ne garda que ses vêtements, son armure... et des graines de ronciers magiques remises par Radagast. Sans oublier une noix d'écureuil pour son amie. La Femme des Bois, sous sa forme enchantée, ne pouvait combattre seule Caran Carach, les trolls et autres sorciers ou rôdeurs noirs. Mais elle pensait bien pouvoir aller plus vite qu'eux en forêt, et elle était loin d'avoir épuisé toute son énergie à transporter ses amis.

Tandis que le reste de l'équipe progressait en marchant, la lionne bondit en avant. Après un moment, quand elle commença à percevoir les ennemis à quelques portées de flèche, elle quitta le chemin et se mit à zigzaguer entre les arbres pour pouvoir les dépasser. Tout en réalisant que de nouveaux acteurs étaient en train d'entrer en scène : peut-être alertés par les crebain qui les surveillaient régulièrement, les ennemis avaient dû appeler à eux des araignées géantes qui prospéraient non loin. Ces dernières étaient disposées en ligne, formant une barrière qu'elles confectionnaient avec leur toile et dont elles se servaient pour guetter les proies à venir. Quand Vif arriva à quelques dizaines de mètres de la barrière, elle vit qu'elle n'était pas parfaite mais parsemée de nombreux trous qu'elle pourrait franchir. Mais ces trous étaient gardés par des araignées géantes prêtes à tomber sur d'éventuels ennemis.

La lionne enchantée continua à courir en zigzag, esquivant les chutes des araignées, frôlant leurs fils collants et s'arrachant à eux, vers un des trous de la barrière. Rob s'accrochait aux cordes, allongé sur le dos de Vif, pour offrir le moins de prise à la végétation ou aux pattes des araignées. S'il n'avait pas été attaché, il aurait volé en l'air de multiples fois. Enfin, le félin traversa la barrière d'un bond : elle était passée, le hobbit toujours attaché à elle... mais avec un poids en plus : une araignée avait réussi à s'accrocher au dos de la lionne, ou plutôt au hobbit qui s'y trouvait, lui causant une certaine douleur. Qu'à cela ne tienne : Vif continua à foncer en avant mais en traversant fourrés et taillis, en frôlant les troncs et les branches basses, en sautant et en changeant de direction sans arrêt. Et le poids supplémentaire finit brusquement par disparaître lorsqu'il percuta une grosse branche... qui laissa aussi un beau bleu au petit voleur, en plus des traces des pinces de l'araignée !

Et ce n'était que le début de leur mission : Vif percevait maintenant qu'elle était au même niveau que ceux qu'elle poursuivait, mais Caran Carach et ses wargs l'avaient perçue également, et ils se mirent en chasse. La suite du plan fut mise en œuvre : sur une demande de la lionne, Rob se pencha plus en avant et lui mit dans la bouche la noix d'écureuil qu'il avait emportée. Stimulée par cette graine spéciale qui décuplait sa rapidité, plus rapide que les wargs, elle garda sur eux une avance de quelques foulées de félin magique et commença à revenir en direction du sentier, qu'elle percevait approximativement grâce au bruit que faisaient les trolls de guerre. A son signal, le hobbit commença à laisser tomber des graines magiques de chaque côté de Vif, de manière à peu près uniforme malgré sa position et le parcours non rectiligne de la lionne. Tandis que les ronciers magiques poussaient derrière eux, ils traversèrent le sentier et commencèrent à remonter vers le nord et vers leurs amis, le loup-garou et ses wargs toujours non loin derrière eux. Les ronces feraient un mur presque infranchissable ou du moins qui ralentirait trolls et humains, de quoi peut-être pouvoir les rattraper. La mission était accomplie ! Restait tout de même encore à échapper au loup-garou et retrouver leurs amis.

8 - Barrières
La lionne et le petit voleur fonçaient à présent plein nord, à peu près parallèlement au sentier des orcs, la Men Uruk, poursuivis par une cinquantaine de wargs menés par le loup-garou Caran Carach. Au bruit, ils passèrent le groupe de trolls et d'hommes qui filaient sur le sentier, vers Dol Guldur, et s'approchèrent à nouveau de la barrière de toile formée par les araignées géantes, et présente aussi de cet autre côté du sentier. Là encore, la barrière n'était pas parfaite, il serait peut-être possible de passer sans ralentir, même si cela paraissait plus difficile : les araignées avaient eu un peu plus de temps pour tisser leur toile. Elles ne s'attendaient pas à ce que quelqu'un essayât de passer du sud au nord, et les éviter serait sans doute facile. D'un autre côté, les hurlements des wargs avaient largement de quoi les alerter. De toute manière, Vif et son compagnon n'avaient pas le choix : il fallait passer d'un coup, sans ralentir, sinon Caran Carach serait sur eux en quelques secondes, avec tous ses wargs.

Et donc la lionne fonça en avant, en zigzaguant tout d'abord, puis droit sur une ouverture qu'elle estimait assez large pour pouvoir passer. Le hobbit, secoué comme un panier à salade, était complètement oublié, accroché qu'il était aux cordes qui le maintenaient à son amie. Entre l'envie de vomir suite aux changements brusques de direction, et les images qui lui venaient à l'esprit à entendre le loup-garou non loin derrière et l'imaginer arriver jusqu'à lui, il ne tenait pas vraiment à ouvrir la bouche. La féline Femme des Bois mit toute son énergie et plongea dans l'ouverture de toile arachnéenne, rompant quelques gros fils au passage. Ils étaient passés !

Un coup d'œil en arrière lui procura une grande joie quand elle vit le loup-garou et les wargs empêtrés dans la toile - elle était la meilleure ! Mais elle prit conscience qu'une araignée avait encore une fois réussi à s'agripper au hobbit au passage et elle se tenait encore fermement à lui, le pinçant douloureusement à travers son cuir enchanté. A nouveau, une séance de rodéo eut lieu qui laissa l'araignée géante en arrière, empêtrée dans un épais buisson que la lionne et son petit cavalier avaient traversé d'un bond. Rob n'avait même pas été blessé par l'arrachage de cette deuxième araignée, et il appréciait grandement de ne plus avoir les sales pattes de l'arachnide sur lui. Et d'être loin du loup-garou, qui ne chercha pas à les poursuivre : ils avaient trop d'avance et ils seraient bientôt parmi leurs amis.

Ces derniers furent en effet retrouvés assez vite, une fois sur le sentier des orcs. Des nouvelles furent données qui réchauffèrent le cœur des aventuriers : ils avaient une chance de rattraper les ravisseurs de Bronwyn à présent, et ils reprirent leur rythme de course sylvestre. Ils approchèrent de la barrière formée par les araignées géantes, mais curieusement, aucune ne s'y trouvait. Les perceptions de Vif et une écoute magique de Drilun eurent vite fait de découvrir le pot-aux-roses : Bronwyn et ses ravisseurs avaient franchi le mur de ronces magiques, ils étaient bien plus loin. Et les araignées semblaient s'être déplacées au niveau de cette autre barrière, bien plus difficile à franchir que leur toile. Sans doute, se dit le Dunéen, avaient-elles fait un pont de toile pour les aider à franchir l'obstacle, qu'elles gardaient à présent.

Le groupe traversa sans grand mal le mur de toile au niveau du sentier, écartant ou coupant les toiles qui entravaient le passage. Puis il continua à avancer jusqu'à arriver à portée de vue et d'ouïe des araignées. Elles étaient bien présentes au niveau du mur de ronces, qu'elles gardaient à présent. Une centaine d'araignées géantes pour leur bloquer le passage... de quoi leur faire perdre encore du temps et en donner assez aux trolls pour atteindre Dol Guldur. Comment faire pour passer au plus vite ? Essayer de contourner le mur de ronces leur prendrait beaucoup de temps, et les araignées, plus à l'aise qu'eux en forêt, les suivraient et les attaqueraient de toute manière. Autant combattre ici, au niveau du sentier, et trouver comment franchir le roncier magique.
Modifié en dernier par Niemal le 31 août 2015, 09:36, modifié 2 fois.

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Niemal
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Horselords - 32e partie : double marathon (2/2)

Message non lupar Niemal » 18 décembre 2013, 19:47

9 - Feux magiques
Vu leur état d'épuisement, un combat contre les araignées était quelque chose de risqué : les créatures pouvaient facilement les noyer sous le nombre et leur tomber dessus de haut, même si individuellement elles étaient quantité négligeable pour les combattants qu'ils étaient. Pire encore, comme certains l'avaient expérimenté, leur poison pouvait les paralyser et les mettre hors de combat pour des heures, ce qu'ils ne pouvaient se permettre : ils étaient déjà trop fatigués pour se permettre d'avoir un ou des poids morts à transporter, et personne ne souhaitait laisser derrière lui un ami comateux sans plusieurs personnes pour le surveiller...

Mais l'endroit que gardait les araignées était dense et plein de matériau inflammable, végétation relativement sèche, même si elle était encore verte - rien qu'un feu assez intense ne pourrait faire brûler. Drilun appela alors à lui un vent nordique fort qui se mit en place progressivement. Puis il provoqua magiquement des départs d'incendie, attisant magiquement leur flamme pour la rendre plus intense et capable de brûler même les végétaux vivants et plein de sève. Petit à petit, l'incendie gagna en intensité, attisé également par le vent, et il se propagea vers le sud, causant une grande confusion parmi les arachnides qui étaient démunis contre cette agression.

Bientôt l'équipe avança, bien que lentement, derrière une barrière de flammes qui nettoyait tout le sous-bois et montait jusqu'à la cime des arbres, brûlant tout sur son passage, y compris les araignées qui n'avaient pas eu la présence d'esprit de déguerpir assez vite. La progression était lente car le sol restait brûlant et il fallait se protéger des braises qui pouvaient tomber des arbres encore en flammes. Ils utilisèrent pour cela deux bâches qui leur servaient pour faire des abris et se dissimuler en forêt, bâches qui finirent en dentelle à force de se couvrir d'escarbilles brûlantes. Mais au moins l'air restait-il respirable, grâce au vent fort qui poussait les flammes et fumées vers le sud, apportant avec lui un air respirable bienvenu.

Après une heure, le groupe était parvenu au mur de ronces, qui résistait bien aux flammes et devant lequel ils patientèrent un moment. Ce qui leur laissa le loisir de comprendre comment les trolls étaient passés. Ils virent en effet que le mur de ronces avait été détruit au niveau du sentier, permettant le passage de créatures aussi massives que les trolls. Les araignées n'avaient donc pas fait de pont par-dessus la barrière épineuse, mais par contre elles avaient rempli la brèche avec leur toile après le passage de Bronwyn et ses poursuivants, toile qui brûlait à présent et révélait le passage. Également, les plus perceptifs remarquèrent que cette brèche semblait avoir été ouverte par un feu extrêmement intense. Drilun se dit qu'un sorcier - voire plusieurs - avait dû faire preuve d'une magie dont il avait entendu parler et dont lui-même était encore incapable ; et d'ailleurs Taurgil avait pensé sentir une magie puissante à un moment passé. Cela le laissa songeur quant à la suite de leurs aventures...

Quand la barrière de ronces fut franchie, l'archer-magicien arrêta d'attiser les flammes et le vent, de manière à ce que l'incendie ne s'étendît pas plus et qu'ils pussent vite le franchir. La végétation épaisse et verte étouffa progressivement les flammes qui moururent peu à peu, et après un moment le groupe fut au sud de la progression ultime du front de flammes. Ils retrouvèrent la route des orcs, la Men Uruk, et les traces du passage de ceux qu'ils poursuivaient. Mais ils n'avaient nullement gagné sur eux, et ils étaient même hors de l'écoute magique de l'archer-magicien. La Femme des Bois, qui connaissait quelque peu le sud de la forêt, estimait qu'ils étaient peut-être à une vingtaine de miles (une trentaine de km) de Nan Lanc, la "Vallée Nue" où demeurait le Nécromancien, dans sa colline de Dol Guldur. Ils avaient une ou deux heures de retard sur ceux qu'ils poursuivaient, et ils ne voyaient plus comment le combler. Échec sur toute la ligne.

10 - Embuscade inattendue
Mais il fallait avancer malgré tout et ne pas désespérer. Deux heures furent encore consacrées à la course, amenant l'équipe à la limite de ses capacités, même pour les plus endurants comme Vif (qui portait trois personnes), Taurgil ou Mordin. La Femme des Bois estimait qu'en pratiquement deux jours et une nuit, ils avaient parcouru une soixantaine de miles (près de 100 km) sur un terrain assez ingrat, et en prenant seulement le minimum de repos ; sans parler des combats et du reste... Ils firent une pause pour souffler et Drilun en profita pour tenter une écoute magique. Et ce qu'il perçut le surprit, sans pouvoir dire s'il fallait s'en réjouir ou non.

Tout d'abord, il percevait bien un mouvement proche, à la limite de ses perceptions magiques, ce qui était une bonne chose : leurs cibles n'avaient pas accru leur avance, c'était même plutôt le contraire. De plus, les sons qu'il percevait n'allaient pas vers le sud et la probable forteresse de Dol Guldur, mais bien plus vers l'est à présent. Enfin, il n'entendait rien d'autre que de nombreux wargs - dont un plus gros, probablement Caran Carach - mais accompagnés d'une quinzaine de trolls cette fois. Et aucun bruit de pas d'humains ou d'uruks. Les ravisseurs de Bronwyn avaient reçu du renfort mais changé de direction. Pour quel objectif, dans quel but ? Impossible à savoir en l'état. Et la disparition des quelques signes d'humains normaux laissait à penser : Bronwyn était-elle toujours parmi eux ? Quid des sorciers et en particulier de celui qui avait ouvert une brèche grâce à un feu magique ? Étaient-ils tous portés par les trolls ou partis ailleurs ?

Ils dormirent tous un bref moment, hormis Geralt qui veillait au grain, d'un sommeil renforcé par l'eau de la gourde magique de Radagast. Une fois Isilmë reposée, tous furent réveillés et ils repartirent, après avoir confectionné une sorte de hamac de cordes contre le ventre de la lionne, hamac dans lequel le maître-assassin se faufila et s'endormit derechef. Le groupe reprit sa progression, jusqu'au moment où Vif fit signe d'arrêter : ils arrivaient à présent sur une zone couverte de nombreuses traces. Les wargs avaient remué la terre et cassé la végétation un peu partout sur une vaste zone, masquant toute empreinte ou signe de passage. En particulier autour de onze corps humains qui gisaient en plein milieu du sentier : onze personnes criblées de flèches et qui faisaient fort penser à des sorciers, au vu de leur équipement. L'un d'eux paraissait leur chef, avec des signes extérieurs distinctifs d'une grande autorité, même si ces signes avaient été récemment bien malmenés. Tous avaient été fouillés et dépouillés de ce qu'ils pouvaient avoir de précieux. En particulier, le chef avait une bourse à herbe vide dans laquelle Vif sentit traîner, grâce à ses sens félins, une odeur de noix d'écureuil...

Les flèches ressemblaient à des projectiles elfiques, ce qui ravit le cœur de certains, mais de nombreux détails ne collaient pas. Les soigneurs pouvaient voir d'autres blessures tranchantes ou écrasantes qui ne faisaient pas elfiques du tout. Une vision magique de Drilun permit de découvrir ce qui s'était réellement passé. Le groupe de wargs, de trolls et de sorciers - une bonne partie portés par les précédents - avait fait la rencontre inopinée de nouveaux trolls. Les sorciers, manifestement surpris et fatigués, avaient été tous attaqués et massacrés en quelques secondes, tandis que Caran Carach et ses wargs restaient à l'écart, surveillant les environs. Les sorciers avaient enfin été dépouillés, puis percés de flèches qu'un troll avait amenées. Les trolls étaient ensuite partis essentiellement vers l'est, tandis que les wargs s'occupaient à nettoyer le sol de toute trace du rapide combat qui s'était déroulé.

Les magiciens avaient prévenu que les guerriers et sorciers de Dol Guldur avaient des objectifs différents et même opposés, d'après des conversations qu'ils avaient surprises. Manifestement, les trolls avaient agi contre les intérêts des sorciers et enlevé Bronwyn pour une autre destination que celle initialement prévue. Restait que les aventuriers avaient toujours autour de deux heures de retard et qu'il fallait continuer la poursuite. Leur cible comportait une dizaine de sorciers de moins mais une dizaine de trolls de guerre en plus, et il ne fallait pas oublier Caran Carach. Avec lassitude, le groupe reprit sa route, mené par Vif qui arrivait péniblement à suivre les traces des trolls en raison du travail des wargs. Mais les aventuriers ne firent pas cinquante pas que certains d'entre eux se figèrent brusquement sur place.

11 - Vieilles connaissances
A vrai dire, Rob, Mordin et Isilmë ne comprirent pas immédiatement ce qui avait pris leurs compagnons, qui s'étaient arrêtés en fixant un point dans les basses branches d'un arbre, comme s'ils y voyaient une menace ou un quelconque ennemi. Le premier réflexe de Drilun fut même d'encocher une flèche, mais il ne la décocha pas. De manière un peu irréelle, la lionne entama une conversation, parfois partagée par le Dunéen et le Dúnadan, à l'attention d'un personnage invisible et inaudible qu'aucun des trois autres membres du groupe ne percevait. Quant à l'Eriadorien, il continuait à ronfler dans son hamac... mais qui savait ce dont il rêvait ? Il faut dire que ce qu'ils voyaient et entendaient, comme ils le devinèrent tous assez vite, ne se passait que dans leur tête : ils percevaient un lynx blanc perché dans un arbre, image mentale d'un individu bien connu... ou plutôt de deux individus, un petit bout de femme et un esprit des temps anciens qui la possédait : Tina/Tevildo.

Le seigneur des chats leur était en effet apparu, eux qui avaient subi par le passé son influence et sa magie, si bien qu'il gardait un lien mental avec eux et qu'il pouvait se manifester autrement que dans leurs rêves. Tevildo n'y alla pas par quatre chemins : il s'était grandement amusé à suivre les efforts de leur petite troupe et avait apprécié de voir leurs capacités poussées jusqu'au bout, mais maintenant les vacances étaient terminées, et il le leur dit. Il fallait faire demi-tour, car leur poursuite était finie et elle se soldait par un échec. Aller plus loin était un suicide assuré, ne fût-ce que par la seule présence de Vif et la magie qu'elle portait : elle ne pourrait entrer dans Nan Lanc et encore moins Dol Guldur sans alerter le Nécromancien et ses sbires. Et ses compagnons, si puissants fussent-ils, n'avaient aucune chance. Point final.

Mais Vif s'entêtait et parlait de promesse, à quoi il lui fut répondu qu'elle n'avait pas voix au chapitre : Tevildo pouvait faire en sorte qu'elle soit incapable de faire un pas de plus, et il le ferait si elle était incapable de se montrer raisonnable. La Femme des Bois commençait à sentir une pression sur son esprit, preuve que son "sire" ne plaisantait pas, mais dans le même temps elle perçut autre chose : comme un bruissement de feuilles qui progressait vers elle, alors qu'il n'y avait aucun vent. Inquiète au départ, elle sentit près d'elle comme une certaine familiarité, et elle se calma bientôt, tout en continuant à répondre du tac au tac à Tevildo d'une manière enjouée et féline. Si bien que l'esprit ancien commençait à gronder et à se faire de plus en plus menaçant... jusqu'au moment où une silhouette apparut brusquement au milieu du groupe, la main posée sur une épaule de la lionne. Une fois de plus, Radagast les avait surpris et il avait soigné son entrée.

La pression spirituelle que la Femme des Bois ressentait disparut instantanément, et le magicien brun confirma que lui présent, Vif garderait son plein arbitre. Manifestement, Tevildo et Radagast se connaissaient de longue date et ils échangèrent dans un parler que personne ne connaissait. A tout le moins, ce fut une bonne occasion pour expliquer aux trois qui ne percevaient rien la teneur des échanges passés. L'image mentale du lynx blanc montrait tous les signes d'une fureur croissante, mais aussi d'une impuissance et d'une grande frustration : le seigneur des chats, trop confiant, venait d'être mis en échec, et il n'appréciait pas du tout la chose. Il considérait Vif comme sa reine dans une partie d'échecs difficile à comprendre, et brusquement elle venait d'échapper à son emprise. Dire que cela lui restait en travers de la gorge était un doux euphémisme.

Admettant son échec, le lynx imaginaire s'adressa à la Femme des Bois, et à ses amis qui le percevaient, sur un ton furieux. Si les aventuriers étaient assez stupides pour cette mission suicide dans Nan Lanc voire au-delà, sous-entendu Dol Guldur, il allait faire la seule chose en son pouvoir qui pouvait éventuellement offrir une petite chance au groupe de ne pas se faire repérer : il allait ôter à Vif le chat en elle, comme c'était déjà arrivé une fois par le passé. Il ne pourrait plus rien pour elle ni pour ses compagnons d'ailleurs, car sa magie à lui serait bloquée hors de la vallée. Plus exactement, s'il utilisait sa magie pour les suivre, ils seraient tous automatiquement repérés. La Femme des Bois redeviendrait donc simple humaine et elle ne pourrait être réunie à son esprit félin qu'une fois hors de la Vallée Nue. Mais ainsi, sa magie en elle - absente - ne pourrait les trahir tous. Également, la magie de Vif n'était pas la seule à poser problème : certaines magies étaient prohibées dans la vallée car elles seraient immédiatement repérées. Seul Drilun pourrait éventuellement utiliser ses sortilèges, en les masquant le plus possible pour que sa "signature" inhabituelle ne soit pas trop facilement repérée.

Sur une note plus positive, l'esprit ajouta qu'il savait que les deux principaux collaborateurs du Nécromancien, le chef des armées et le chef des sorciers, étaient actuellement absents. Et le Grimburgoth, chef des armées par intérim, était mort, ce qui risquait de désorganiser un peu le pouvoir militaire. La force ne servant à rien face à celle de leurs ennemis, les aventuriers devraient se faire passer pour des gens de Dol Guldur et arriver à leurs fins par la ruse, ce qui ne serait possible qu'à condition de connaître les us et coutumes des habitants de la forteresse. Tevildo pouvait transférer dans l'esprit de la Femme des Bois les connaissances empruntées à l'esprit de Caran Carach par ses soins, et elle-même pourrait les transférer en tout ou partie à ses amis éventuellement. Mais avant cela ils avaient une tâche à accomplir : abattre Caran Carach. Ce dernier les attendait en effet non loin d'ici, et lui vivant le groupe ne pourrait jamais déjouer les défenses de Dol Guldur et tromper ses habitants. Et il faudrait l'abattre sans son aide à lui ni celle de Radagast, car s'ils n'en étaient pas capables, ils ne pourraient affronter ce qui les attendait plus loin.

12 - Conseils et préparatifs
Devant l'acquiescement passif de Vif et ses amis, Tevildo fut pris d'une grande colère et disparut brusquement. Le groupe se retrouva seul avec le magicien brun avec qui ils échangèrent sur ce qui venait de se passer. Radagast expliqua qu'il traquait le seigneur des chats, présent depuis un moment dans la forêt, mais qu'il avait joué ce petit tour sur les conseils de Gandalf, qui avait semble-t-il prévu que les événements pussent se dérouler un peu de cette manière. Aux magiciens, cette mission semblait aussi une folie, mais peut-être n'y avait-il que cela qui pouvait avoir une chance de réussir ? Le magicien gris paraissait voir une lueur d'espoir dans une pareille entreprise, et il se trompait rarement dans ses impressions. D'une certaine manière, c'était un rêveur très puissant...

Néanmoins, même si les aventuriers entraient dans la vallée et arrivaient à en sortir, ce qui serait une grande première, la tâche ne serait pas pour autant une partie de plaisir. Aucun animal ne vivait dans la Vallée Nue, hormis des créatures du Nécromancien comme les crebain le jour, les chauves-souris vampires la nuit, et les wargs et féroces ailés en toute période du jour ou de la nuit. Sans oublier les patrouilles d'orcs et autres. Le pourtour de la vallée était gardé par de nombreux arbres éveillés au cœur noir, dont certains très puissants - les Huorns - qui pouvaient se déplacer et attaquer. Caran Carach les attendait d'ailleurs à l'une des entrées possibles, aidé par certains de ces arbres et par des araignées géantes qui gardaient elles aussi l'entrée dans la vallée. Et une fois dans Nan Lanc, il ne fallait toucher à rien : l'eau était empoisonnée et toutes les plantes qui y poussaient étaient soient vénéneuses, soit épineuses et promptes à blesser voire tuer.

Le magicien recommanda de se déguiser en sorciers de Dol Guldur, qui étaient les êtres les plus craints de la forteresse, et en général tous humains. Pour cela, il serait judicieux d'utiliser les vêtements restants des sorciers abattus non loin par les trolls : les dépouilles pourraient sans doute fournir de quoi faire cinq ou six déguisements passables, même s'il serait sans doute judicieux d'en trouver en meilleur état. A ce sujet, Vif demanda à son ancien maître s'il avait la possibilité d'aller récupérer au moins une partie du matériel qu'ils avaient laissé derrière eux en forêt pour s'alléger et pouvoir avancer plus vite. En effet, la trousse de maquillage de Geralt s'y trouvait, et elle leur serait sans doute très utile. Le magicien acquiesça, il pourrait probablement s'en occuper tandis que le groupe se reposerait.

Car il faudrait bien cela pour avoir la force de continuer : ils étaient tous complètement épuisés, et Vif subissait également le contrecoup de la prise de noix d'écureuil, qui affaiblissait tout son organisme, volonté comprise. Néanmoins, pouvaient-ils se permettre d'attendre assez longtemps pour être complètement reposés ? Il semblait que oui, à l'aide de magie, de marchand de sable ou de la gourde d'eau magique remise par le magicien. En revanche, la Femme des Bois ne pourrait plus bénéficier de l'effet stimulant d'une autre noix avant de nombreuses heures, sans quoi le stimulant agirait comme un poison pour son corps. Et Caran Carach avait peut-être pris une telle noix pour lui...

Radagast prévint également que ses petits amis ailés lui avaient montré qu'avant l'embuscade qui avait entraîné la mort des sorciers, ces derniers avaient envoyé des messagers. Les ravisseurs de Bronwyn - les sorciers en tout cas - étaient donc attendus, et s'ils ne voyaient rien venir, les autres sorciers de Dol Guldur enverraient certainement une force de reconnaissance pour essayer de savoir où étaient passés les absents. Les cadavres furent donc dépouillés pour en récupérer ce qui pouvait l'être afin de faire des déguisements plus tard, puis le groupe quitta le lieu pour aller trouver un endroit où se reposer. Les aventuriers, après quelques sorts de soin ou préparations de somnifère, plongèrent bientôt dans un sommeil profond et récupérateur, veillés par Radagast ou la faune sylvestre qui acceptait de lui prêter main-forte.

13 - A la frontière de la Vallée Nue
Caran Carach et ses wargs n'avaient effacé les traces des trolls que sur un rayon d'une portée de flèche autour du lieu de l'embuscade. Au-delà, il serait assez facile de les suivre. Par ailleurs, Radagast semblait savoir où la piste conduisait, et certainement Tevildo aussi, puisqu'il avait parlé d'un comité d'accueil. Lorsque les aventuriers furent tous bien reposés, ils retrouvèrent près d'eux du matériel qu'ils avaient abandonné en forêt et que le magicien brun avait récupéré ils ne savaient comment. C'était sans doute à cela que l'on reconnaissait un magicien : il était capable de faire des choses manifestement impossibles pour le commun des mortels... voire des immortels.

Le repos avait eu le mérite, grâce aux herbes ou à la magie de Taurgil ou Isilmë, de bien les remettre d'aplomb. Même si le moral de certains souffrait encore d'inquiétude justifiée voire d'un défaitisme certain - Geralt ne répétait même plus qu'ils allaient tous mourir - leurs corps étaient guéris de toute fatigue voire des petites blessures accumulées. Le corps de Vif avait été purgé du contrecoup de la noix de l'écureuil, et ils se sentaient tous prêts pour le rude combat qui les attendait. Pas que cela les enthousiasmait vraiment, à l'exception probable de la Femme des Bois : elle avait passé des années à traquer le loup-garou qui avait tué dans son village. Au début il ne s'agissait pas de le combattre, mais pour la première fois elle s'en sentait vraiment capable.

En effet, même si Caran Carach était très costaud, depuis son sommeil récupérateur elle se sentait aussi forte que lui. Radagast y était certainement pour quelque chose : il lui avait comme insufflé une certaine énergie avant son sommeil, accélérant par là une évolution en cours et l'amenant à son terme. Même ses amis le percevaient : la lionne semblait plus forte, plus puissante encore, et ses griffes encore plus redoutables. Le loup-garou était plus expérimenté qu'elle au combat, tous l'admettaient ; mais les griffes de la lionne étaient plus redoutables que les crocs du loup-garou. Ils devaient être aussi rapides l'un que l'autre, mais Caran Carach disposait probablement d'une noix d'écureuil. C'était donc loin d'être gagné d'avance, d'autant que leur ennemi ne serait pas seul, et il était prudent et rusé. Sans compter sa magie à lui.

Progressivement, le bois se fit de plus en plus sombre, même pour la forêt du même nom. C'était la nuit, et sans la lumière de la lanterne les humains, nain ou hobbit auraient été complètement aveugles. Plus tard, pour le combat, ils feraient usage de trèfle de lune, mais ils seraient quand même désavantagés par rapport aux wargs et araignées qui disposaient d'autres sens pour les aider. Ces derniers étaient de plus en plus présents : les gros loups sous la forme de grognements sourds qui annonçaient qu'ils n'étaient plus loin, les arachnides par la densité de leurs fils qui contribuaient notablement à l'obscurité du sous-bois. Enfin, les aventuriers arrivèrent à une zone de peuplement très dense, comportant quelques arbres vénérables au tronc et aux racines imposantes. Les fils de toile faisaient un couvert presque continu en hauteur, dans les branches, couvert auquel étaient suspendues une centaine d'araignées. Radagast était resté en arrière peu auparavant en leur souhaitant bonne chance.

Les traces se faufilaient dans un étroit labyrinthe de troncs parsemé de fils d'araignées géantes. Elles passaient près d'un énorme tronc d'arbre derrière lequel une voix mielleuse et haïe se fit entendre. Caran Carach, car c'était bien de lui qu'il s'agissait, devait être sous forme demi-humaine, afin de pouvoir les accueillir avec toutes les suggestions ténébreuses que sa voix ensorcelée pouvait porter. Il annonça qu'il se désolait que les aventuriers n'aient pu rattraper Bronwyn à temps mais qu'il se délectait à l'avance des multiples manières qu'il utiliserait pour casser la volonté de la princesse nordique. Comme de la transformer en loup-garou et de lui faire plein de petits louveteaux, entre autres choses... Tout en le laissant parler, la Femme des Bois repérait les lieux et indiquait à Drilun les arbres enchantés qu'elle repérait, et notamment trois d'entre eux qui devaient pouvoir se déplacer - des Huorns. Puis, lassée d'entendre discourir sa Némésis, elle s'avança vers ses ennemis.

14 - Celui auquel on ne fait pas attention
C'était en fait une feinte de la féline Femme des Bois : en s'approchant d'un des Huorns, elle espérait le voir bouger pour perturber la toile des araignées et précipiter celles-ci à terre ou tout du moins les déstabiliser. Ce qui fonctionna à merveille : l'arbre animé bougea lorsque la lionne fut à sa portée, puis avança pour rester à sa portée tandis qu'elle esquivait ses branches en s'éloignant et en éventrant des araignées de ses coups de griffe encore plus puissants qu'auparavant. Drilun visa le tronc du monstre sylvestre avec une flèche enchantée par Radagast, et le Huorn sentit la flèche pénétrer en lui et le paralyser. Un deuxième Huorn accourut sur les lieux et subit le même sort, et les autres aventuriers avancèrent sous le couvert du premier arbre paralysé que les araignées géantes avaient déserté.

Un troisième arbre animé qui venait à leur rencontre fut paralysé par une flèche du Dunéen. Mais le groupe était bien mal en peine : adossés au tronc du premier Huorn paralysé, ils avaient fort à faire pour repousser le flot des araignées géantes qui convergeaient vers eux sur le sol et commençaient à reprendre possession des hauteurs malmenées par la charge des trois arbres animés. Les wargs n'étaient pas encore apparus, même si on les distinguait derrière quelques troncs. Ils étaient probablement en train de protéger leur maître qui restait sous sa forme demi-lupine pour préparer un sort, à moins qu'il ne fût en train de se transformer. Justement, une voix sépulcrale et chargée de magie noire assaillit Isilmë, lui promettant mille souffrances et notamment de voir celles que le loup-garou allait infliger à Drilun, qu'elle chérissait. Elle n'arriva à repousser le désespoir magique qu'à l'aide de sa propre magie des soins pour servir de rempart.

Vif grimpa dans les frondaisons du Huron paralysé qui les abritait. Dans les branches des arbres, elle faisait le ménage et avançait en direction de Caran Carach et de ses wargs, qui commençaient à avancer vers le lieu du combat, même si certains restaient probablement auprès de leur seigneur. De toute manière, le loup-garou était maître au sol, tandis qu'elle serait maîtresse des branches, les araignées ne pouvant pratiquement rien contre elle. Lorsqu'elle verrait son ennemi juré, elle serait là pour profiter d'une occasion qu'elle espérait bien que ses amis lui fourniraient. Aidé de Taurgil et de Mordin, Geralt lança un trio de choc en direction des wargs qui apparaissaient. Mais ils furent vite bloqués par leur nombre.

Si les araignées géantes succombaient assez rapidement, elles étaient nombreuses et la situation des aventuriers ne resterait pas tenable très longtemps. En particulier, restés seuls face à elles, Drilun, Isilmë et Rob n'en menaient pas large, notamment ce dernier, acculé au tronc de l'arbre et obligé de faire des moulinets avec sa petite épée pour se défendre. En fin de compte, il se glissa dans le dos de ses deux compagnons qui le protégèrent assez longtemps pour qu'il puisse grimper à l'arbre avant l'arrivée aérienne des premières araignées géantes. Il les fuit en sautant d'un arbre à l'autre à la manière de l'acrobate qu'il était, dans la direction qu'avait prise sa lionne amie, tandis que quelques araignées le suivaient sans mal, malgré une flèche ou deux pour leur montrer qu'il n'était pas sans défense. Côté wargs, le trio de choc arrivait à progresser un peu grâce à des intimidations, tandis que les gros loups s'apprêtaient à sauter les uns au-dessus des autres afin d'ensevelir les aventuriers sous leur nombre et leur poids, pour pouvoir plus facilement les blesser.

Plus loin, Vif avait trouvé Caran Carach entouré d'une dizaine de wargs. Il était complètement transformé en un grand loup immense, et il la regardait avec avidité, tout en se plaçant afin qu'elle ne puisse pas le surprendre en lui tombant dessus. Stimulé par la noix d'écureuil qu'il avait prise, il ne la craignait pas en face à face, mais il ne pouvait risquer de lui prêter le flanc. Il pouvait se permettre d'attendre : en plus du réveil d'un Huorn que les aventuriers durent à nouveau paralyser, il entendit les cris de Drilun et Isilmë qui se faisaient mordre chacun par une araignée. Même si l'elfe pouvait se soigner magiquement - ce qu'elle fit - son compagnon succomberait bientôt sous le venin d'araignée, et elle peu après. Les trois autres, qui se portèrent au secours de leur ami, ne pourraient résister à la force combinée des wargs et des araignées... Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne restât plus que la lionne dans son arbre, que les Huorns finiraient par déloger de là une fois qu'ils seraient de nouveau actifs. Restait donc juste à patienter et à rester prudent pour ne pas lui fournir une ouverture...

Il y avait bien aussi le semi-homme dans son arbre non loin, mais il était en bout de branche, coincé par des araignées sur un côté et au-dessus de lui, qui s'apprêtaient à lui tomber dessus. Quelques secondes et ce serait fini pour lui. Mais les hobbits ont de la ressource, et Rob ne faisait pas exception : il ne pouvait flécher toutes les araignées qui lui arrivaient dessus, et donc il tourna sa flèche vers le loup-garou, tout en se laissant tranquillement tomber vers l'avant. Sa flèche blessa légèrement Caran Carach, offrant à Vif l'occasion qu'elle attendait. Déstabilisé par la flèche du hobbit, il ne put pas esquiver ou attaquer comme il aurait pu la masse de la lionne qui lui tombait dessus d'une hauteur de dix mètres. Elle mit toute son énergie dans son attaque, toute sa rage et toute la haine ancestrale de sa lignée pour celle de son ennemi. On pourrait dire de Caran Carach que sa tête explosa sous la violence du coup de griffe ou que son corps imposant s'enfonça dans le sol sous celui de la lionne et l'inertie qu'elle véhiculait. Mais en fin de compte, il suffit de dire qu'il mourut instantanément et que le rugissement de victoire de la féline Femme des Bois saisit de stupeur wargs et araignées.

15 - Dans la tête de Caran Carach
Dans sa chute, Rob arriva à se rattraper comme il put aux branches et surtout aux fils d'araignée proches, et à ralentir assez sa chute pour que sa rencontre du sol à plat dos se limitât pour lui à quelques bleus vite oubliés. Et il avait échappé aux araignées géantes, plus haut, qui voyaient le combat prendre une toute autre tournure. Les wargs fuyaient et les araignées géantes n'étaient plus si nombreuses que cela, et face à des ennemis redoutables, d'autant que Radagast venait d'apparaître et se dirigeait vers eux. Bientôt les arachnides prirent la fuite à leur tour. Geralt se précipita vers son ami dunéen que le venin d'araignée engourdissait de plus en plus, tout en fouillant ses affaires pour sortir un contrepoison. Mais le magicien brun fut plus rapide, qui donna à l'archer-magicien une fève à manger qui stoppa la propagation de la paralysie. Son engourdissement disparaîtrait avec le temps, progressivement.

Tina/Tevildo apparut peu après en pensée. Furieux mais résigné, il transféra dans l'esprit de Vif de nombreuses connaissances prises à Caran Carach, dont certaines très récentes. Pendant le combat, le prince des chats avait dû profiter une nouvelle fois de l'occupation du loup-garou pour pénétrer sans sa vilaine caboche, comme il l'avait fait autrefois chez Ardagor, dans l'Eriador. La Femme des Bois apprit ainsi de nombreuses choses sur Dol Guldur et ses habitants, leurs us et coutumes, leurs chefs, leur langue... Le geôlier en chef de Dol Guldur, car c'était la principale fonction de Caran Carach hormis lorsqu'il était envoyé en mission, connaissait très bien certains lieux de la forteresse. Parmi les nombreux souterrains qui la composaient, il maîtrisait parfaitement ceux qui permettaient d'entrer et de sortir de Dol Guldur par les boyaux menant aux tours et postes extérieurs, ainsi que les deux niveaux dédiés - entre autres - aux prisonniers et aux esclaves qu'il martyrisait.

Après quoi le prince des chats transféra ces connaissances dans l'esprit des amis de Vif qui le souhaitaient, à travers elle, afin qu'ils fussent familiers des lieux qu'ils allaient avoir à traverser. Ce transfert fut particulièrement efficace avec Taurgil et Drilun. Le premier avait de nombreux points communs avec la lionne enchantée, de nombreux centres d'intérêt pour la nature, la solitude - c'étaient d'ailleurs tous deux d'anciens timides - et leur vocation comme rôdeur, et les savoirs et savoir-faire qui allaient avec. Quant à Drilun, son esprit aiguisé et curieux arrivait à gérer ces informations nouvelles malgré les différences de caractère et d'esprit qui les séparaient : son intellect supérieur arrivait à absorber et intégrer tout cela mieux que les autres. Tous deux partagèrent l'intégralité des savoirs donnés par Tevildo. Pour Geralt, Isilmë et Rob, qui s'ouvrirent aussi à la magie du seigneur des chats, le transfert fut plus compliqué : trop de différences, moins grande ouverture d'esprit, moindre efficacité. Ils comprirent une bonne partie de ces nouveaux souvenirs et sauraient correctement parler la langue de Dol Guldur, le noirparler, ou naviguer dans ses sombres couloirs parsemés de pièges ; mais non sans accent, hésitations voire erreurs.

Mordin refusa de subir l'influence néfaste de Tevildo et en conséquence d'en savoir plus sur Dol Guldur et ses habitants, autrement que ce que ses compagnons lui en diraient. Il ne voulait pas d'un soi-disant prince des chats dans sa tête, en peinture ou ailleurs, et il se passerait de lui ! Cela handicaperait ses compagnons qui ne pourraient pas profiter de ses formidables talents relationnels, d'autant que les habitants de Dol Guldur fonctionnaient beaucoup sur des échanges fondés sur l'intimidation, le marchandage, le commandement et la tromperie, domaines où le nain était souvent expert. Ce qui laissa d'ailleurs ouvert le choix de son entrée dans Dol Guldur : fallait-il le déguiser en sorcier trapu - c'était un grand nain qui pouvait facilement passer pour un humain - qui resterait silencieux, ou comme prisonnier escorté vers les geôles ? Il restait d'ailleurs aussi à savoir comment maquiller Rob et Vif : le premier pouvait jouer à l'orc, mais les humains de la forteresse s'encombraient peu de telles créatures, particulièrement les sorciers : ils étaient au sommet de la rigide échelle sociale de la forteresse tandis que les orcs étaient à l'autre bout. Et quant à la Femme des Bois, elle ne pourrait cacher son statut de femme devant l'odorat des loups et des orcs probablement. Hormis les servantes prisonnières, les femmes existaient chez les sorciers ou les rôdeurs mais elles étaient rares...

Enfin, Tevildo fit virtuellement face à sa "fille" : tandis que son corps se transformait et reprenait forme humaine, elle sentit le chat en elle qui lui était arraché par la magie de son lointain géniteur enchanté. Toute sa magie lui fut retirée, ce qu'elle n'avait senti qu'une seule fois par le passé depuis aussi longtemps qu'elle se souvenait. Comme dernier cadeau, le prince des chats lui rappela qu'il l'attendrait en dehors de Nan Lanc et qu'il pourrait lui refaire don de cette magie féline sur laquelle elle avait appris à compter de plus en plus. Mais en la prévenant qu'elle lui serait à nouveau redevable d'un service... Puis la présence de l'esprit ancien disparut entièrement. Peu après qu'elle se fût habillée, Radagast vint à son tour lui parler, discrètement. Il lui révéla que les salles au trésor de Dol Guldur recélaient un autre objet important dont le Nécromancien n'avait aucun usage mais qui pourrait beaucoup servir aux peuples libres et à Vif et ses amis en particulier : une des nombreuses larmes de Yavanna que la Valie avait déposées dans le grand nord à la fin de la guerre contre Morgoth, et qui avaient de grands pouvoirs de protection et de purification. Et il lui fit une description de l'objet et transféra en elle une sensibilité particulière pour cet artefact.

Il restait à présent à se déguiser et à pénétrer dans la Vallée Nue, Nan Lanc. En n'oubliant pas qu'en plus des ennemis à deux pattes, deux ailes, quatre pattes (ou plus) et à racines, l'eau était polluée par la proximité de Dol Guldur, ses forges et ses déchets. D'après les connaissances du loup-garou abattu, cinq avant-postes - trois tours, une grande grotte et une forteresse - permettaient non seulement de garder les abords de la vallée mais aussi de pénétrer et sortir de Dol Guldur par des souterrains bien gardés. Il semblait, d'après des souvenirs que Geralt avait réussi à faire remonter à la surface, que les ravisseurs de Bronwyn se dirigeaient à présent vers la forteresse précitée, du nom de Lugdûm, soit la "Tour de l'Ombre" en noirparler. Mais les souterrains entre Dol Guldur et cette dernière étaient d'habitude toujours bloqués par de massifs blocs de pierre que seule l'activation de certains mécanismes secrets permettait de relever. Pourtant il semblait bien que les ravisseurs de Bronwyn souhaitaient l'amener aux fosses à prisonniers de Dol Guldur, près de la demeure de Caran Carach dans la colline du Nécromancien.
Modifié en dernier par Niemal le 31 août 2015, 10:03, modifié 1 fois.

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Horselords - 33e partie : voir Dol Guldur... (1/2)

Message non lupar Niemal » 02 janvier 2014, 14:11

1 - Déguisements
Restait donc, avant de découvrir la Vallée Nue, à se déguiser. Mais en quoi se déguiser ? Si le groupe possédait de l'attirail et des vêtements de sorciers de Dol Guldur, Geralt disposait de matériel et de compétences qui lui permettaient de faire passer n'importe lequel de ses amis pour divers ennemis... de taille comparable. Et il ne s'agissait là que de vue, pas d'odeur : Vif avait conscience de garder en elle des odeurs félines qui excitaient particulièrement tous les canidés qu'elle rencontrait. Et Radagast fit remarquer que les elfes avaient une odeur particulière que les loups pouvaient distinguer. A cela il fallait rajouter les problèmes de communication : en quoi déguiser Mordin, qui ne parlait pas le noirparler ? Et il ne fallait pas oublier non plus de modifier l'apparence de certains équipements facilement reconnaissables, comme l'arc du Grimburgoth porté par Drilun.

Le Grimburgoth, justement : d'après les souvenirs de Caran Carach, il était actuellement le grand chef militaire de Dol Guldur, par intérim du moins, en l'absence de son chef, Khamûl. Il était mort, bien sûr, mais qui était au courant ? Pas les sorciers, tombés en embuscade ; pas les gens de Dol Guldur - a priori - vu qu'aucun membre de l'armée noire qui avait isolé ou assailli Buhr Dera n'était revenu depuis l'assaut de la ville des Hommes des Bois et la défaite de l'armée, puis de leur chef. Et les trolls qui avaient emmené Bronwyn se dirigeaient loin de la forteresse, le pouvoir central ne serait pas mis au courant avant sans doute encore de longues heures...

Après discussion et quelques hésitations, l'affaire fut entendue : Drilun, qui portait l'arc du Grimburgoth, serait déguisé en chef des rôdeurs noirs de Dol Guldur et grand chef des armées par intérim. Le Dunéen avait une taille similaire, il parlait à la perfection le noirparler grâce aux souvenirs de Caran Carach qu'il avait intégrés, et ses talents de persuasion ou d'intimidation étaient loin d'être ridicules, ce qui servirait sans nul doute ; sans parler de ses talents d'archer. Il était toujours un peu mal à l'aise quand il s'agissait de jouer le rôle d'un autre, par contre, mais il avait un peu appris depuis l'époque où il avait simulé des ébats amoureux avec Isis, dans la Comté...

Geralt utilisa donc sa trousse de maquillage de qualité et certains de ses habits de réserve pour ce genre d'utilisation. Tandis que le nouveau Grimburgoth prenait forme, certaines questions se posèrent, comme : était-il crédible de voir le Grimburgoth, chef des armées, entouré de sorciers qui, traditionnellement, faisaient concurrence aux membres de ces mêmes armées ? Par ailleurs, pouvait-on faire passer le grand et costaud Dúnadan pour un sorcier, au vu de sa carrure et de son équipement très martial ? En fin de compte, Taurgil serait déguisé en rôdeur noir, ce qui correspondait bien au rôdeur qu'il était, et il agirait en tant que second ou porte-parole du Grimburgoth. Et lui aussi parlait très bien le noirparler.

Mordin fut l'objet de divers débats : de petite taille, avec une cotte de mailles, n'ouvrant jamais la bouche... ferait-il un sorcier bien crédible ? Il fut envisagé de le faire passer pour un membre du groupe d'aventuriers les ayant trahis, mais plusieurs aventuriers trouvèrent l'idée tellement difficile à avaler que le projet fut abandonné, de même que l'idée de le faire passer pour un prisonnier. Il serait un sorcier petit et trapu comme d'autres, pas causant pour un sou, ayant écopé d'une belle blessure qui l'empêchait de parler, comme l'attestait un beau pansement à la gorge. Geralt aussi ferait un très bon sorcier, malgré sa grande gueule d'assassin chevronné et balafré. Mais entre le maquillage et sa capacité à inspirer la crainte, cela irait très bien.

Restaient Isilmë, Vif et Rob. Les deux premières feraient des sorciers ou plutôt sorcières passables, et la Femme des Bois eut l'idée de tailler des lanières de peau et fourrure de Caran Carach pour masquer son odeur avec la sienne. Ces lambeaux ensanglantés allaient puer, mais cela ne ferait que renforcer son maquillage pour le nez des loups. L'elfe utilisa le même subterfuge pour masquer son odeur d'elfe, de même que le hobbit. En revanche, lui ne passerait jamais pour un guerrier ou sorcier. Les seules créatures pour lesquelles il pourrait raisonnablement se faire passer étaient les plus petits des orcs, souvent des pisteurs, appelés "snaga", ce qui signifiait "esclave" dans les langues des orcs. Ils étaient au bas de l'échelle dans leur société, et l'objet de tous les mauvais traitements et brimades. Le petit voleur se laissa maquiller en snaga, tandis que son postérieur frémissait d'inquiétude à l'idée des coups de botte qu'il aurait bientôt à recevoir...

2 - Nan Lanc
Il fallut un peu moins de deux heures pour préparer toute l'équipe, temps que certains mirent à profit pour se reposer un peu. Les aventuriers firent également le tri dans leur équipement, choisissant ce qu'ils allaient emporter et ce qu'ils laisseraient à la garde du magicien brun, qui était d'accord pour cacher leurs affaires. Il pourrait facilement les entreposer au creux d'un arbre auquel lui seul aurait accès, par exemple. Enfin, le groupe fut prêt et il quitta bientôt Radagast. Les derniers arbres qui les séparaient de la Vallée Nue, ou Nan Lanc dans la langue des elfes, furent laissés en arrière, sans susciter de réaction de la part des arbres éveillés ou non. Mais peut-être bien que le magicien brun n'y était pas pour rien.

Les aventuriers restèrent à proximité de la lisière de la forêt, d'autant qu'ils ne comptaient pas aller très loin ainsi. En effet, après consultation des mémoires de Caran Carach et discussion entre eux, ils avaient décidé de ne pas poursuivre les trolls qui avaient probablement emporté Bronwyn à la forteresse de Lugdûm, mais de prendre un raccourci pour leur couper la route. En effet, Lugdûm était loin d'eux et de Dol Guldur, à peut-être une vingtaine de miles (~ 30-35 km). Il leur faudrait la journée pour arriver là-bas, et les trolls ne les attendraient pas, sans parler du fait qu'ils craignaient Torak, chef de la forteresse, qu'ils soupçonnaient être un adversaire de taille. D'après les connaissances de Caran Carach, c'était un demi-troll et sorcier réputé, ce qui leur rappelait trop bien le seul être semblable qu'ils avaient jamais rencontré, du nom d'Ardagor, dans l'Eriador. Un personnage qui ne leur avait pas laissé de bons souvenirs et qui avait failli tuer plusieurs d'entre eux.

L'équipe irait donc au plus court pour intercepter Bronwyn, grâce aux connaissances apportées par le loup-garou : Vif, Taurgil et Drilun voyaient très clairement quel chemin prendre pour accéder à Dol Guldur rapidement puis se placer sur la route que les trolls seraient forcés de prendre. Pour cela, il leur faudrait aller d'abord jusqu'à une tour proche, du nom de Lughâsh, ou "Tour de Feu" en noirparler. Cette tour comportait une voie souterraine d'accès vers Dol Guldur, ou plutôt vers la Toile, un entrelac de cavernes d'orcs qui permettaient d'accéder à d'autres lieux de la vallée, ainsi qu'à la forteresse de Dol Guldur au cœur de ces souterrains. Certains envisageaient aussi d'aller explorer la forteresse pour trouver le meilleur endroit pour tirer la princesse nordique des pattes des trolls, voire arriver à récupérer des objets magiques dont Radagast leur avait parlé...

Et donc le groupe se dirigea non vers l'est et le sud, mais vers l'ouest, et vers la tour de Lughâsh qui se tenait à l'orée de la forêt, en bordure de la route des orcs (Men Uruk) lorsqu'elle pénétrait dans la vallée. La tour n'était pas visible, pas plus que Dol Guldur d'ailleurs : non seulement il faisait encore nuit, mais le ciel était couvert également, et même empli de vapeurs acides et nauséabondes qui leur piquaient les yeux et le nez. Cela ne facilitait pas l'usage de la vue ou même de l'odorat dans la vallée. En revanche, le sol de la vallée était pratiquement complètement nu, occupé seulement de loin en loin par des fourrés de ronces ou de rares plantes vénéneuses. Du coup, le son rebondissait facilement sur les rochers et les bruits portaient plus loin.

Après moins d'une heure de progression, des bruits se firent entendre qui émanaient manifestement d'une patrouille d'orcs. Le groupe ne changea rien à sa trajectoire, mais il fit bien attention à prendre une disposition conforme aux statuts des uns et des autres : le hobbit s'entraîna à jouer au snaga et à renifler le sol au-devant du groupe, tandis que les autres entouraient le Grimburgoth comme une garde rapprochée. Les orcs devinrent bientôt visibles, d'autant qu'ils avaient perçu le groupe et qu'ils s'en approchaient pour mieux voir de qui il s'agissait. Mais quand ils virent ce mélange de sorciers et de deux rôdeurs noirs qui faisaient peur à voir, ils firent un détour et se gardèrent bien de causer souci aux aventuriers.

La tour de Lughâsh apparut bientôt dans la brume toxique, mais Vif entendait déjà depuis un moment des commandements donnés d'une voix forte, humaine, à son pied, en noirparler. Grâce à son ouïe très fine, même sous forme humaine, elle comprit qu'un groupe conséquent de sorciers et de gardes humains était en train de se former au pied de la tour, éclairé par quelques torches, et leur chef, qui était peut-être un acolyte et possible remplaçant du chef des sorciers qui avait été tué par les trolls en embuscade, donnait des ordres. Le groupe, de plus de cinquante personnes dont deux tiers de sorciers, allait vite se rendre à Lugdûm pour prendre la forteresse d'assaut et récupérer Bronwyn. Mais bientôt les regards se tournèrent et la voix se tut, tandis que les aventuriers déguisés arrivaient vers la base de la tour et les marches qui menaient à son entrée. Marches sur lesquelles le sorcier en chef se tenait pour s'adresser à sa troupe.

3 - La volonté du Grimburgoth
Les sorciers et gardes humains s'écartèrent pour laisser passer les nouveaux arrivants, toujours précédés par le faux snaga qui reniflait le sol devant lui et avançait à moitié à quatre pattes. Lorsqu'il arriva au bas des marches, il s'arrêta, interrogateur, et jeta un œil derrière lui vers ses autres compagnons. En retour, il écopa d'un bon coup de pied de Taurgil, pas du tout feint, mais que le hobbit esquiva ou plutôt accompagna en partie, ce qui ne lui laissa guère qu'un bleu. Il se poussa donc et laissa passer les deux "rôdeurs noirs" et les quatre "sorciers" qu'il avait précédés, qui commencèrent à monter les marches jusqu'à s'approcher du sorcier qui n'avait pas bougé mais qui semblait interloqué, ayant manifestement reconnu le Grimburgoth au milieu du groupe, silhouette qui concentrait toutes les attentions.

Le sorcier en chef s'adressa à Drilun comme s'il parlait au chef des armées de Dol Guldur, manifestement surpris et gêné de se trouver face à quelqu'un qui commandait aux troupes contre qui il allait bientôt lancer ses propres gens. Il s'étonna de le trouver là, revenu de la bataille en forêt et sans ses troupes, juste entouré d'un rôdeur et de quelques sorciers. Avant d'apparaître, le groupe avait pris quelques minutes pour monter une histoire censée tenir plus ou moins la route, et que resservit l'archer-magicien : il pesta après le chef des trolls qui lui avait fait un coup en douce et l'avait trahi, d'où sa blessure - préparée par Geralt - qui permettait (du moins les aventuriers l'espéraient-ils) d'expliquer sa voix hésitante et un peu différente. Drilun s'était bien entraîné un peu et s'était aidé de sa magie, mais il manquerait toujours le petit quelque chose qui rendait le vrai chef des rôdeurs noirs si terrifiant.

L'histoire sembla prendre à peu près, et après un moment le chef des sorciers arrêta là le dialogue et descendit les marches... en ordonnant aux quatre sorciers qui avaient accompagné le Grimburgoth de rejoindre leurs rangs et de les accompagner. Drilun parla alors, exigeant que les quatre sorciers l'accompagnent jusqu'à Dol Guldur, tandis que Geralt se précipitait auprès du sorcier en chef pour lui chuchoter à voix basse. Il lui fit remarquer qu'il était intéressant de garder un œil sur le Grimburgoth afin de le surveiller et connaître ses intentions vis-à-vis de la princesse nordique, et éventuellement anticiper ses actions. Après réflexion, le sorcier approuva l'idée de Geralt, et il lui ordonna de se joindre au Grimburgoth. Mais les autres devraient le suivre, l'assaut de Lugdûm nécessiterait les compétences de chacun. L'équipe allait être scindée en deux !

A nouveau, le Dunéen intervint et exigea la présence de tous ceux qui l'avaient accompagné à ses côtés jusqu'à la forteresse, mais le chef des sorciers ne se démonta pas : il répliqua que le Grimburgoth pouvait commander aux armées, mais qu'il n'avait aucun pouvoir sur les sorciers. Le Fhalaugash ("grand sorcier") Gorovod leur commandait à tous, et il lui avait donné un ordre de mission bien précis, qu'il comptait mener à bien avec toutes ses troupes. Un sorcier accompagnerait le Grimburgoth, les autres viendraient avec lui, point final. Et l'homme se retourna et reprit son chemin, donnant l'ordre à ses troupes d'avancer. C'était sans compter sur le maître-assassin déguisé, qui l'injuria copieusement avant de lui envoyer son poing en pleine figure, avant que l'autre ait le temps de lui jeter un sort.

Drilun prépara son arc et encocha une flèche tandis que Geralt rouait de coups le sorcier en chef ensanglanté et à terre, tout en le traitant de tous les noms. Les autres sorciers ou gardes n'eurent pas le temps de réagir que la flèche de l'archer-magicien déguisé ôtait la vie à leur chef. Puis ils furent intimidés par les deux faux rôdeurs noirs, sans parler du faux sorcier que jouait Geralt. Il leur fut commandé de poursuivre leur mission sur Lugdûm et de lui donner l'assaut, tandis que le Grimburgoth lèverait des troupes pour les soutenir. La bourse du sorcier exécuté fut récupérée, le groupe reprit l'ascension des marches - y compris le snaga, à qui il fut ordonné de venir, et les sorciers et leurs gardes furent laissés à leurs affaires comme les sous-fifres qu'ils étaient. Les portes de Lughâsh furent bientôt atteintes, tandis que le sorcier désigné par Drilun comme chef intérimaire prenait ses collègues sous ses ordres et les faisait partir vers l'est.

4 - La Toile de Dol Guldur
Les orcs ouvrirent bien vite les portes de la Tour du Feu, et le "Grimburgoth" et ses compagnons firent une entrée remarquable et remarquée. A l'intérieur, après une première demande de torches et de nourriture qui vit les orcs réagir trop lentement, une bonne gueulante accéléra les choses, et la demi-douzaine d'orcs qui revint fut embauchée sans discuter pour ouvrir la voie vers la Toile, les souterrains autour de la forteresse du Nécromancien. Un escalier fut prit vers le bas de la tour, où un tunnel sombre et régulièrement emprunté menait vers les profondeurs de Dol Guldur. Une ou deux torches furent allumées et les orcs ouvrirent le chemin, sauf le "snaga" qui porta la bourse à herbes du sorcier abattu plus haut.

La petite troupe marcha trois heures environ et croisa sur son passage divers groupes comme des patrouilles de wargs ou d'orcs ou des petits convois de marchandises qui n'allaient pas aussi vite qu'eux. Tous s'écartèrent devant le groupe quand les orcs parlèrent du Grimburgoth qu'ils précédaient, et l'allure de ce dernier ou celle de ses compagnons semblèrent bien assez convaincantes. Personne non plus, orc ou loup, ne réagit à l'odeur de Vif, Isilmë ou Rob : les bouts de peau et de fourrure de Caran Carach remplissaient correctement leur office. Petit à petit, le tunnel commença à se réchauffer, et bientôt les parois rugueuses firent place à un tunnel lisse et droit agrémenté de torches. Plus loin, une herse solide bloquait le passage, derrière laquelle deux orcs veillaient.

Le groupe venait d'arriver au premier poste de garde qui filtrait les passages entre Dol Guldur et l'extérieur. Le lieu, éclairé par des torches, était protégé par deux herses - seule la deuxième était baissée - entre lesquelles une fosse de toute la largeur du couloir pouvait être activée pour précipiter d'éventuels attaquants sur des pieux. Des meurtrières sur les côtés et des ouvertures dans le plafond permettaient de cribler des intrus de flèches ou de les asperger d'huile brûlante ou enflammée probablement. En plus des deux orcs de l'autre côté de la herse baissée, les aventuriers pouvaient entendre d'autres orcs de chaque côté et au-dessus d'eux, au nombre de plus d'une dizaine.

Lorsque les gardes virent approcher le Grimburgoth, ils ne firent aucune difficulté pour demander à leurs congénères de lever la herse, ce qui prit un peu de temps. Le groupe avança et dépassa le poste de garde, entrant dans la zone qu'infestaient les orcs de Dol Guldur. La perception immédiate de cet état de fait leur parvint à travers leur nez : les orcs qui pullulaient et se battaient dans les cavernes de la Toile avaient moins d'hygiène que les rats qui se nourrissaient de leurs déchets, déchets qui n'étaient évacués que lorsque les orcs eux-mêmes ne retrouvaient plus leurs affaires qui y étaient mélangées, ou alors pour faire souffrir quelques martyrs chargés du nettoyage des cavernes. Nettoyage qui consistait à évacuer les ordures vers le plus proche trou ou coin libre, y compris le tunnel principal que tout le monde empruntait. La puanteur était telle que le hobbit fut à deux doigts d'y laisser le contenu de son estomac, et il n'était pas le seul à avoir la nausée. A divers moments, au gré des rencontres olfactives, les estomacs furent mis à l'épreuve et seul le nain semblait immunisé à ces désagréments.

Mais le groupe fit également la connaissance des pièges qui parsemaient les couloirs. En fait, ils virent en direct les effets de l'un d'eux, car les orcs qui les précédaient, peut-être rendus nerveux par les puissants individus derrière eux, passèrent trop vite et oublièrent de désamorcer une trappe. Elle s'ouvrit sous quatre d'entre eux, et un jet de vapeur brûlante et soufrée en émergea bientôt, avec les cris des orcs ébouillantés. Cris qui s'amenuisèrent petit à petit, tandis que les panneaux pivotants se remettaient en place tout seuls grâce à des mécanismes mus par la force de la vapeur. Après une minute, le piège était à nouveau en place. Les deux orcs restants le désamorcèrent grâce à une pédale cachée au pied d'un mur, peu avant la trappe, et tous purent passer.

Enfin, l'équipe traversa également diverses cavernes pleines d'orcs bruyants et malodorants et de wargs belliqueux. Traverser sans rien dire équivalait à montrer de la crainte et à inciter les habitants à se montrer intéressés (sous-entendu : agressifs, voire plus) envers les visiteurs. Rapidement, les aventuriers comprirent qu'un exemple et quelques bonnes gueulantes étaient la garantie d'un passage sans histoire. Geralt excella à la chose, vu son entraînement avec les assassins. D'une certaine manière, les orcs n'étaient pas bien différents. Et ainsi, petit à petit, les cavernes et tunnels de la Toile furent traversées, avec de nombreuses rencontres incluant aussi des chauves-souris vampires, des rats et des araignées géantes qui ne se déplaçaient qu'au plafond - et évitaient ainsi les pièges. Ils arrivèrent enfin à un nouveau poste de garde qui les séparait du niveau sept de la forteresse de Dol Guldur.

5 - Ascension
Ce nouveau poste de garde de la Toile était comme le précédent : truffé de défenses, avec une herse baissée et deux orcs pour la garder et ordonner - ou non - à leurs collègues de la lever. Le passage des aventuriers fut similaire à ce qu'ils avaient déjà connu : la seule présence du Grimburgoth, grand chef des armées de Dol Guldur, ouvrait toutes les portes et personne ne posait de question, ou en tout cas pas face à lui - ou alors ils s'exposaient à un apprentissage rapide, parfois définitif, sur la manière de fermer leur grande gueule. Drilun et ses amis entrèrent donc dans les couloirs souterrains du niveau sept, laissant derrière eux les deux orcs qui les avaient précédés jusque-là. La pierre des tunnels était ici parfaitement taillée et non grossière, et si l'odeur était forte cela n'avait rien à voir avec les tunnels des orcs : le niveau sept de Dol Guldur abritait des milliers d'uruks, dont l'hygiène et le sens de l'ordre étaient tout de même d'un niveau très supérieur à ceux de leurs petits et grossiers cousins.

Avant d'accéder à une intersection, le groupe arriva à un poste de garde, simple pièce qui jouxtait le tunnel, avec dix uruks prêts à s'enquérir des objectifs des visiteurs et prêts à ameuter les autres uruks des baraquements proches au besoin. La vue du Grimburgoth les plongea dans une certaine stupéfaction, et peut-être également de le voir entouré de quelques sorciers et d'un snaga. Le Dunéen, qui avait encore magiquement (et discrètement) pris la voix du chef des rôdeurs, n'eut pas trop de mal à satisfaire la curiosité des uruks avec une fable sur le combat en forêt contre les elfes et le magicien brun. Il en profita aussi pour demander des nouvelles des trolls, mais les gardes n'en avaient pas entendu parler. Bronwyn, comme les aventuriers l'avaient escompté, n'était pas encore arrivée.

Du coup, le groupe décida, une fois l'intersection atteinte, de prendre sur leur droite et en arrière, en direction de la grande salle de guerre où se réunissaient régulièrement les officiers de l'armée. Drilun et ses amis avaient hésité entre plusieurs destinations, comme la prison ou les salles au trésor de la deuxième strate, soit deux niveaux en dessous du niveau sept, à une altitude sans doute inférieure à celle du plancher des vaches. Mais cette salle de guerre intriguait les aventuriers en raison d'un escalier qui en partait, escalier que Caran Carach n'avait jamais pris mais qui semblait réservé aux officiers supérieurs. Les aventuriers avaient bien envie d'y jeter un coup d'œil.

La vaste salle était gardée à l'extérieur par dix uruks, qui furent très étonnés de voir le Grimburgoth et encore plus peut-être ceux qui l'accompagnaient. En fait, ils ne virent pas leur chef en premier mais un sorcier - Geralt déguisé - qui leur ordonna de s'écarter et de les laisser passer, lui et ses compagnons. Devant le refus des gardes d'obéir à un vulgaire sorcier, ledit sorcier fit mine de devenir furieux et de s'apprêter à lancer un sort, et les uruks sortirent tout de suite leurs armes et se préparèrent au combat. C'est alors que le faux rôdeur noir qu'était Taurgil bouscula le faux sorcier en colère qui s'étala de tout son long par terre, suscitant les rires des uruks et un commentaire méprisant du rôdeur à son égard. Le maître-assassin joua l'homme ridicule obligé de ravaler sa fierté, et l'incident en resta là.

Taurgil demanda ensuite à ce que les gardes ouvrissent la porte pour les laisser passer, bientôt appuyé par le Grimburgoth qui arrivait derrière lui. Malgré leurs réticences à ouvrir la salle à des sorciers (et même un snaga !), ils obéirent à leur chef militaire suprême (en l'absence de Khamûl, et le Nécromancien excepté). A l'intérieur, ils virent une vaste salle richement fournie et occupée par une grande table de chêne incrustée de runes diverses, avec des fauteuils confortables près de la table ou des bancs le long des murs. Dix autres uruks gardaient la pièce et ils furent encore plus gênés de laisser passer sorciers et snagas, à la demande du Grimburgoth, jusqu'à l'escalier à l'arrière de la salle. Il permettait de monter ou descendre, et les aventuriers, craignant de se rapprocher trop des salles du Nécromancien, choisirent de monter.

L'ascension fut longue et fatigante pour plusieurs membres de l'équipe, en particulier le hobbit, d'autant que les marches n'étaient pas très adaptées à ses petites jambes. De manière générale, les escaliers de Dol Guldur étaient plus faits pour les trolls que pour les simples orcs, et donc les marches étaient-elles plutôt larges et hautes. Ils montèrent tous longtemps, vers des lieux qui leur étaient inconnus, car les souvenirs de Caran Carach ne couvraient pas leur destination, ou en tout cas pas de manière précise. Enfin, après peut-être une heure à monter les escaliers, ils arrivèrent à leur extrémité supérieure et à une ouverture après les dernières marches. Geralt, qui ouvrait la marche, vit une vaste pièce éclairée de torches avec divers couloirs... et trois trolls de guerre qui montaient la garde, dont l'un qui s'approcha des escaliers lorsqu'il perçut l'arrivée de visiteurs. Le maître-assassin et la Femme des Bois entendaient également les bruits d'autres trolls ainsi que d'uruks et d'humains à proximité. Geralt resta en arrière et laissa passer son ami Drilun en avant.

6 - Les quartiers du Grimburgoth
Manifestement, l'endroit où vivait le Grimburgoth était l'équivalent d'un petit village, avec une foule de gardes, messagers et autres serviteurs pour combler ses besoins et désirs. De manière à peine perceptible, Vif arrivait à entendre comme des bruits lointains d'eau, ainsi que d'autres bruits d'activité encore plus faibles et lointains : cliquetis métalliques et voix humaines essentiellement. Sans en connaître les plans exacts, elle trouva dans les mémoires de Caran Carach que le niveau cinq de Dol Guldur, peut-être cinq cents mètres plus haut que le niveau sept d'où ils venaient, comportait un lac souterrain. Ils étaient donc probablement là, d'autant que c'était aussi le niveau qu'occupaient les rôdeurs noirs de Dol Guldur.

Drilun parla aux trolls avec quelques hésitations. Malgré le sort discret qui lui donnait la voix du vrai Grimburgoth, il avait conscience de parler à la garde rapprochée du chef des rôdeurs noirs, garde qui risquait de vite repérer des incohérences dans son discours ou son attitude. Il pouvait toujours invoquer la prétendue blessure que Geralt lui avait collée, et les trolls pouvaient bien ne pas être trop malins, mais il ne fallait tout de même pas faire n'importe quoi... Il parla à nouveau de la bataille en forêt avec les elfes et le magicien brun à qui il devait sa blessure, magicien qui avait fui. Puis il enchaîna sur la traîtrise du chef des trolls, Kull, qui avait voulu le doubler et avait pris Bronwyn avec lui à Lugdûm.

Les trolls avalèrent l'histoire sans trop réagir, malgré une certaine dose d'étonnement. Mais lorsque l'archer-magicien déguisé parla de lever une armée - toute l'armée même - pour aller abattre la forteresse et Kull avec, il se rendit vite compte qu'il était allé un peu loin : les armées de Dol Guldur comptaient des milliers de guerriers alors que la forteresse de Lugdûm ne devait en avoir qu'une centaine. Il se ressaisit vite tandis que des messagers uruks arrivaient, qui étaient chargés de transmettre ses ordres aux capitaines des armées. En fin de compte, il ramena ses prétentions à quelque chose de plus réaliste, et demanda à ce qu'une compagnie d'une centaine d'hommes et d'une vingtaine de trolls aille rapidement intercepter Kull et ses trolls au niveau du dernier poste de garde de la Toile qui y menait. Trois messagers prirent une porte derrière l'escalier et partirent à bonne allure.

Également, il ne pouvait pas se permettre de montrer qu'il ne savait pas où étaient ses propres quartiers au milieu des nombreuses portes et de divers couloirs qui les entouraient. C'était sans doute au bout du couloir central face à l'escalier, mais une erreur n'était pas permise. Il donna donc son sac à un serviteur qui avait accouru avec ordre de le déposer à ses quartiers. Drilun le suivit peu après, ainsi que ses compagnons. Il expliqua aux gardes étonnés que les sorciers avec lui étaient ses invités et qu'il avait à discuter avec eux de la prise de Lugdûm. Après coup, il se dit qu'il n'avait pas à donner d'explications à des sous-fifres, mais il avait du mal à rentrer dans la peau du personnage...

Le groupe avança donc tout droit, le hobbit accroché au dos du nain, caché sous son manteau, afin de ne pas susciter d'interrogations fâcheuses. Après avoir traversé un grand parloir richement décoré, les aventuriers arrivèrent à une grande salle à manger dont le vaste mur du fond comportait deux portes. Le serviteur ayant pris son sac à dos était là, hésitant, et Drilun le congédia en mimant un geste de mauvaise humeur. La pièce était luxueuse mais ne semblait pas servir souvent. Trois couloirs en partaient, en comptant celui par lequel ils étaient arrivés, et les bruits de pas et de voix qu'ils entendaient les incitaient à être prudents : les gardes et serviteurs étaient sans doute aux aguets, attentifs à ce qu'ils pouvaient dire. Ils commencèrent à s'asseoir à la table et à grignoter les quelques fruits et oléagineux présents dans des coupes. Restait à entrer dans les quartiers privés du chef des rôdeurs noirs, sans déclencher une éventuelle alarme voire un piège mortel.

7 - Quartiers privés
Drilun avait sur lui les trois clés trouvées sur le Grimburgoth, mais il fit confiance aux éléments du groupe plus experts que lui en mécanismes ou perception. En fait il fut vite découvert que la porte de gauche était ouverte, qui menait vers la chambre personnelle du chef des rôdeurs. Une clé de la porte était même accrochée à l'intérieur non loin, pour lorsque le Grimburgoth souhaitait un peu d'intimité sans doute. Le Dunéen entra dans la chambre, de même que le hobbit, de manière à ce qu'il restât toujours masqué par quelqu'un. La chambre était luxueuse une fois de plus, avec une seule porte en plus de celle qu'ils avaient prise, porte qui amenait très probablement à la même pièce que la porte de droite sur le même mur de la salle à manger. Sans doute son bureau, mais cela restait à voir.

Une première fouille fut effectuée pendant que les autres aventuriers discutaient innocemment dans la salle à manger. La pièce, en plus d'un grand lit à baldaquin, comportait divers meubles comme placards et armoires, coffres, table et chaises confortables. Mais ni Drilun ni Rob ne trouvèrent rien d'exceptionnel ou en tout cas aucune source d'information particulière ; cette pièce n'était sans doute pas là où le Grimburgoth entreposait ses notes ou secrets divers, en particulier concernant Bronwyn, ce que cherchait l'archer-magicien. Néanmoins, le Dunéen trouva dans la vaste garde-robe des habits qui lui convenaient et qui l'aideraient à endosser son rôle de chef des rôdeurs noirs. Il trouva également un arc de bonne qualité et des flèches, ainsi que des armures et manteaux de rôdeur noir qui pourraient leur permettre d'endosser de nouveaux déguisements, notamment pour les aventuriers déguisés en sorciers. Et il se servit donc.

L'autre porte fut testée. Elle aussi ouverte, elle donnait sur les bureaux privés du Grimburgoth. Là, Drilun y trouva de nombreuses notes et divers rapports sur les opérations multiples de Dol Guldur dans le Rhovanion voire ailleurs. Pas forcément ce qu'il cherchait concernant l'opération autour de Bronwyn, mais des choses fort intéressantes comme l'emplacement de la retraite secrète des Maeghirrim, les personnes corrompues dans diverses villes, etc. Il embarqua divers papiers et rapports qui pourraient certainement aider les peuples libres à porter un fameux coup au pouvoir de Dol Guldur dans le nord-ouest de la Terre du Milieu. Malheureusement il n'avait pas le temps de fouiller tous les écrits plus que superficiellement.

De son côté, Rob avait fait deux découvertes. La première consistait probablement en la réserve personnelle des poisons et baumes orcs du Grimburgoth. En plus des onguents, de nombreuses fioles bien étiquetées contenaient ou bien un poison puissant et foudroyant, ou bien un poison encore plus puissant mais simplement rapide, et ceci sous deux versions : pour arme et pour ingestion. Plusieurs fioles furent subtilisées. Également, sur un endroit nu de l'un des murs, éloigné des deux portes qui donnaient accès au bureau, il repéra ce qui semblait bien être un passage secret. Vu l'importance du seigneur des lieux, il convenait d'être paranoïaque et de prévoir le pire, aussi le hobbit alla-t-il demander main-forte au maître-assassin et à la Femme des Bois. Cette dernière trouva un piège particulièrement bien dissimulé mais qu'une rotation d'une torchère proche semblait désamorcer. L'Eriadorien remarqua des herses dissimulées au-dessus des portes, que le déclenchement du piège ferait sans doute tomber.

En fin de compte, tout le monde sortit du bureau hormis Drilun qui se tenait sur le pas de la porte entre chambre et bureau, avec un coffre placé sous l'endroit où une herse était censée tomber, en cas de malheur. Le hobbit restait face au passage secret : il avait trouvé un trou de serrure dans lequel deux des trois clés trouvées sur le Grimburgoth pourraient sans doute entrer. Mais laquelle prendre ? Il en choisit une, tourna... sans y arriver, ni dans un sens ni dans l'autre. Heureusement rien de fâcheux - de perceptible du moins - ne se produisit. Il prit alors la deuxième clé qui pouvait convenir, la tourna... et entendit un déclic, tandis que la porte apparaissait distinctement, très légèrement décalée de son chambranle. La porte secrète du Grimburgoth était ouverte !

Elle donnait sur un couloir sans lumière qui longeait le mur du bureau jusqu'à une destination inconnue. Mais était-il judicieux de l'explorer à présent ? D'autant que des sons lointains étaient perceptibles, mais difficiles à identifier. Rob retourna dans la chambre quémander l'aide de la rôdeuse si perceptive, même sans ses pouvoirs félins. Vif entra donc à nouveau et elle alla écouter dans le couloir secret. Elle entendit assez distinctement, bien que masqués par la distance et sans doute un mur également, la conversation de trolls de guerre sur les différents supplices qu'ils avaient infligés à diverses créatures. Après avoir renseigné ses amis, les aventuriers se rendirent à l'évidence : continuer l'exploration de Dol Guldur ne les mènerait nulle part ailleurs qu'au-devant de fâcheux ennuis. Ils avaient assez perdu de temps comme cela, il fallait qu'ils se recentrent sur leurs objectifs : Bronwyn et les salles au trésor de Dol Guldur.

8 - La prison de Dol Guldur
Ils se retrouvèrent tous dans la luxueuse salle à manger, prêts à repartir, mais quelqu'un fit la remarque à Drilun que s'il s'était changé, il ne sentait pas la rose. C'était bien normal après la course en forêt et les combats, puis leur traversée de la puante Toile des orcs. Mais peut-être cela pourrait-il choquer de futures personnes rencontrées ? D'autant que les appartements du chef des rôdeurs étaient bien propres, et même les trolls et uruks à son service sentaient moins que d'habitude. Heureusement, la Femme des Bois entendit de l'eau couler dans une pièce adjacente, et la salle de bains personnelle du chef des rôdeurs noirs - avec robinet d'eau chaude (et soufrée) - fut trouvée. Le Dunéen fit une rapide toilette pour conforter son image de Grimburgoth rafraîchi. Puis ils retournèrent tous vers la salle d'entrée, le hobbit toujours dissimulé sous le manteau du nain.

Les gardes de l'entrée ne firent pas de remarque, et aux questions qui leur furent posées ils répondirent que les messagers n'étaient pas encore revenus. Mais le chemin était long entre les différents niveaux, et il n'y avait pas lieu d'y voir un retard quelconque. Le groupe prit donc l'escalier et redescendit, avec plus de facilité mais non sans une certaine fatigue tout de même, jusqu'à la grande salle de guerre. Ils en sortirent sans mal, le hobbit toujours dissimulé, puis retournèrent au poste de garde où ils avaient déjà échangé avec une dizaine d'uruks. Ces derniers avaient été relevés et de nouveaux gardes les remplaçaient, mais ces derniers ne firent pas de difficulté pour dire qu'ils n'avaient rien vu ou entendu parler de spécial.

Il fallait ensuite traverser les quartiers des uruks pour parvenir à l'un des trois escaliers qui descendaient aux strates inférieures, et notamment la deuxième strate, celle de la prison, des trésors et du matériel. Lorsque le groupe apparut, les uruks furent étonnés de voir les sorciers et ils prirent leur silence pour de la peur. Une tête en moins et une intervention du Grimburgoth après, la situation était sous contrôle et un officier plus entreprenant que les autres emmena une compagnie en direction du poste de garde de la Toile menant à Lugdûm. Pourtant Drilun n'avait jamais demandé à ce que des uruks allassent là-bas, mais peut-être l'officier uruk, qui avait dû entendre parler des ordres du Grimburgoth, avait-il des choses à montrer... En tout cas, les autres uruks laissèrent passer le groupe sans autre problème.

L'escalier fut donc pris qui descendait jusqu'à la deuxième strate et au-delà, bizarrement sans s'arrêter à la première strate, réservée aux femelles que Dol Guldur abritait, d'après les mémoires de Caran Carach. Malgré sa largeur, l'escalier était bien encombré. D'une part car il était l'un des trois seuls passages vers les strates inférieures, mais surtout parce que régulièrement, des esclaves ou autres serviteurs humains voire uruks devaient descendre aux entrepôts de la seconde strate pour aller y chercher de la nourriture ou des ustensiles ou autres biens divers, munis des autorisations adéquates de leurs chefs. Enfin, les aventuriers arrivèrent à l'entrée de la deuxième strate, dans la salle de garde qui abritait l'une des deux portes de la prison de Dol Guldur, et la plus proche des fosses aux prisonniers difficiles.

Les gardes qui les accueillirent ne firent pas de difficulté face au Grimburgoth. Ce ne serait pas la première ni la dernière fois que les aventuriers remercieraient cette idée de faire passer Drilun pour le chef des rôdeurs noirs, ce qui leur ouvrait vraiment toutes les portes. Non, les uruks n'avaient pas vu passer Kull ou Bronwyn, et par ailleurs Caran Carach n'avait aucun remplaçant ou bras droit pour gérer la prison en son absence : les prisonniers étaient gérés en fonction des ordres donnés par des chefs militaires ou sorciers qui géraient leurs affaires, au cas par cas. Après une déclaration du Grimburgoth, le groupe se dirigea vers l'ouest et la zone dédiée aux trésors de la forteresse du Nécromancien. Depuis un moment déjà, Vif sentait qu'elle se rapprochait de la larme de Yavanna dont le magicien brun lui avait parlé. Et elle sentait clairement, en se concentrant, que la larme était bien à ce niveau, sur la deuxième strate, dans la direction des salles au trésor.

9 - Deuxième strate
Le groupe d’aventuriers déguisés franchit un long couloir parsemé de portes vers des entrepôts où de nombreux esclaves ou serviteurs venaient déposer ou chercher divers produits à l'aide de papiers munis des bons sceaux. Puis il arriva à l'un des escaliers qui joignaient les différentes strates de Dol Guldur, en fait celui qui jouxtait l'ouverture secrète vers les salles au trésor de Dol Guldur dans les souvenirs de Caran Carach. Quand les aventuriers entrèrent dans la salle de garde dans laquelle débouchait l'escalier, le cœur de la Femme des Bois accéléra : la larme de Yavanna était proche, à peut-être moins d'une portée de flèche, quelque part à l'emplacement des trésors de Dol Guldur dans la mémoire du loup-garou.

Les gardes, une nouvelle fois, ne firent pas le poids face à la présence redoutable du chef des armées. Ce dernier demanda quand la prochaine relève aurait lieu, en prétextant devoir mettre en sécurité certains objets présents dans le trésor. Drilun savait en effet, toujours grâce aux fragments de mémoire du loup-garou, que les salles au trésor ne pouvaient être ouvertes qu'à l'aide d'une clé que les quatre krîtars ("grands capitaines") des armées uruks du septième niveau possédaient. Quatre fois par jour, un krîtar commandant à une armée de mille uruks descendait avec la relève faite de trolls et d'uruks. Le moment de la relève était le seul où les salles étaient accessibles, et encore pas à n'importe qui, pour déposer ou prendre des objets ou richesses diverses.

Cela ne devait pas faire loin d'une dizaine d'heures que les aventuriers étaient entrés dans Nan Lanc puis dans les souterrains menant à Dol Guldur. Non seulement Kull et ses trolls avaient dû atteindre Lugdûm avec Bronwyn depuis longtemps, mais ils avaient également certainement eu le temps de se reposer. Peut-être partiraient-ils bientôt pour Dol Guldur par les souterrains, si même cela n'avait pas déjà eu lieu, d'autant que les sorciers devaient être là-bas également et avaient peut-être commencé à donner l'assaut... Si les aventuriers n'avaient pas de chance, il leur faudrait attendre près de six heures avant la prochaine relève, et Bronwyn serait alors sans doute sous les verrous et les nouvelles de la mort du Grimburgoth arriveraient probablement aux oreilles des habitants de Dol Guldur. Les aventuriers, dans ce cas, auraient à choisir entre sauver Bronwyn ou tenter de soustraire quelques trésors au Nécromancien, mais ils ne pourraient faire les deux... si même une seule de ces missions était possible !

Mais la chance ou les Valar semblaient du côté des aventuriers : les gardes parlèrent de la prochaine relève dans un délai d'un peu plus d'une heure. Il était risqué d'attendre, mais ce délai réduit permettrait de peut-être pouvoir subtiliser quelques trésors et aller ensuite sauver la princesse. Drilun déclara aux gardes qu'ils devaient avertir le krîtar chargé de la relève de sa volonté de pénétrer les salles pour récupérer du matériel, et qu'il serait là. Puis l'équipe quitta la salle de garde et prit un nouveau couloir vers le troisième escalier. Au début le Dunéen avait voulu revenir en arrière, mais il s'était dit que les gardes du premier escalier risquaient de trouver cela bizarre, et il emmena donc le groupe au dernier endroit de la strate qu'ils n'avaient pas encore visité, et où se trouvait la deuxième entrée de la prison.

En effet, un des buts que s'étaient fixés Drilun et ses amis était de visiter les geôles pour préparer une éventuelle interception ou évasion de Bronwyn depuis la prison. Et pour éventuellement trouver d'autres secrets sur la capture de Bronwyn, dans les quartiers privés de Caran Carach par exemple. Et donc le groupe se trouvait à nouveau en train de croiser des files de serviteurs et d'esclaves venus remplir ou vider les entrepôts de Dol Guldur pour la bonne marche des armées de la forteresse. Mais alors que le dernier escalier était en vue, avec sa demi-douzaine de gardes uruks, l'archer-magicien se dit qu'il n'y avait peut-être pas besoin de pénétrer la prison pour connaître les secrets du loup-garou, qui en était le chef. En fouillant bien dans ses mémoires, le Dunéen y trouverait sans doute tout ce qu'il lui fallait...

Drilun se concentra donc, et il pénétra au plus profond de l'esprit sadique et pervers du loup-garou comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Il vit ses quartiers, vides hormis pour un énorme empilement des peaux des nombreux prisonniers qu'il avait torturés et tués, empilement de peaux sur lequel Caran Carach se reposait d'habitude. Sans parler de manger, comme des os (des prisonniers) rongés çà et là dans la pièce l'attestaient. Aller dans la prison n'amènerait rien, Drilun savait déjà tout ce qu'il y avait à savoir. Et, fortes de ce terrifiant savoir, ses entrailles se tordirent de douleur face à l'horreur de ce que l'archer-magicien venait de percevoir. Il tomba à quatre pattes et vomit tout le contenu de son estomac.

10 - Le Puits Noir
Le Grimburgoth à quatre pattes en train de vomir, voilà qui risquait de poser des problèmes de crédibilité au personnage. Par chance, seuls quelques esclaves avaient été témoin de la chose, tandis que les uruks ou autres qui peuplaient le couloir ou la salle de garde proche n'avaient pas encore identifié de qui il s'agissait. Taurgil se précipita vers les gardes pour leur parler d'un sorcier petite nature qui étalait sur le sol la nourriture de Dol Guldur trop dure pour lui, au grand plaisir des gardes qui s'esclaffèrent et retournèrent à leur occupation. De l'autre côté, des aventuriers firent de même. Restaient quelques esclaves apeurés qui avaient bien compris qu'ils avaient vu quelque chose qu'ils n'auraient pas dû, et qui attendaient en tremblant, l'échine courbée.

Tandis que Drilun se relevait avec difficulté, encore retourné par son expérience dans la tête du loup-garou, Vif se dit qu'ils ne pouvaient pas laisser de témoins compromettants derrière eux : ces esclaves, si quiconque leur posait des questions, n'avaient aucune volonté et diraient tout ce qu'ils avaient vu. Par ailleurs, les laisser en vie n'était pas un cadeau, et leur avenir était déjà tout tracé, elle ne ferait que le hâter. Avec l'aide d'autres aventuriers, elle leur ordonna de la suivre et ils se dirigèrent tous vers une ouverture dans le couloir qui permettait d'accéder au Puits Noir, ou Môrlat dans la langue des orcs : c'était le puits central du volcan qu'était Dol Guldur, chaud et rempli de vapeurs toxiques remontant des tréfonds de la colline. Un escalier était creusé dans la roche qui permettait de descendre aux strates inférieures, sans rambarde ni aucune protection.

Une fois qu'ils furent tous arrivés là, les esclaves sans volonté furent tout simplement poussés dans le vide. Ils tombèrent avec des cris sans vie vers une fin chaude et rapide. Il n'y avait pas eu de témoin, et de toute manière les aventuriers savaient grâce aux souvenirs de Caran Carach que de telles morts étaient fréquentes ici. C'était même le principal mode d'exécution des prisonniers ou autres. Par ailleurs, même si c'était une voie de passage, elle était très peu usitée : en dessous, il y avait la troisième strate avec le temple et les sorciers, mais ils étaient en majorité humains et préféraient utiliser les trois escaliers qui provenaient du niveau sept, et qui comportaient un air nettement moins vicié. Et encore plus bas que la troisième strate, seuls le Nécromancien lui-même ou de rares privilégiés comme Khamûl, pour le moment absent, y avaient accès.

Du coup, le groupe décida de faire halte sur les marches, malgré l'atmosphère agressive qui leur piquait les yeux, le nez ou la gorge, afin d'attendre là le moment de la prochaine relève. Ce qui permettrait à Mordin de se débarrasser du poids du hobbit qui rêvait aussi de se dégourdir les membres. Mais ce serait également l'occasion de modifier certains de leurs déguisements : le mélange de sorciers et de rôdeurs noirs soulevait beaucoup de questions et d'interrogations, il était temps de changer. A l'aide des manteaux pris dans la garde-robe du Grimburgoth, Geralt pourrait sans grand mal donner une apparence de rôdeur noir aux quatre d'entre eux qui étaient déguisés en sorciers. Ou du moins à certains à défaut de tous : il pourrait être intéressant de laisser une apparence de mage noir à un ou deux d'entre eux, au cas où... et donc Isilmë et Geralt gardèrent-ils leur apparence de sorcier. Mais au moins le Grimburgoth serait-il mieux entouré, avec plus de rôdeurs noirs comme lui à ses côtés.

Au cours de ce moment passé dans le Puits Noir, les aventuriers purent distinguer un autre élément qui le composait : à peut-être une portée de flèche de hauteur, il était entièrement obstrué par une espèce de filet composé de gros fils sombres. Il s'agissait en fait de l'énorme toile d'une araignée particulièrement grosse, dans les souvenirs de Caran Carach. Les plus perceptifs arrivaient même à percevoir, juste au-dessus de la toile, une grosse ouverture sombre dans le flanc de la cheminée du volcan, où l'araignée devait avoir son nid et où elle se tenait prête à sauter sur une éventuelle proie. Ce qui ne manqua pas d'arriver : après un certain temps, un cri annonça la chute d'une personne, qui fut étourdie par son arrivée dans la toile qu'elle fit beaucoup vibrer. Le son amena d'ailleurs des spectateurs sur les bords du gouffre, spectateurs qui applaudirent lorsque l'araignée sortit de son trou pour s'approcher de l'être englué dans la toile et qui criait de plus belle. Puis il fut mordu et empaqueté dans un cocon, tandis que ses cris mourraient, avant d'être emmené dans le nid de la gigantesque araignée...

Ces arrivées intempestives avaient forcé les aventuriers à faire comme s'ils étaient en train de monter l'escalier du Môrlat. De toute manière, le délai avant la relève de la garde des salles au trésor était en grande partie écoulé, et le groupe décida de retourner à l'escalier et la salle de garde proches de l'entrée secrète menant aux trésors de Dol Guldur. Une fois là, les gardes annoncèrent que la relève ne devait plus tarder, le krîtar était sûrement déjà en route dans l'escalier. La relève se composait de douze trolls et de dix uruks, et le krîtar était lui-même un troll ; il serait difficile de les croiser sans s'en rendre compte. Le groupe décida donc d'aller à leur rencontre.
Modifié en dernier par Niemal le 02 septembre 2015, 19:42, modifié 17 fois.

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Niemal
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Horselords - 33e partie : voir Dol Guldur... (2/2)

Message non lupar Niemal » 04 janvier 2014, 15:16

11 - Les trésors de Dol Guldur
Les aventuriers n'eurent pas à monter très haut que les plus perceptifs entendaient déjà la venue de nombreux trolls plus loin dans l'escalier. Manifestement, ces derniers tenaient à ce que les gens sur leur passage sentent à quel point l'escalier était à eux en priorité. Et même s'ils se poussaient le plus possible, les esclaves encombrés d'affaires diverses étaient une gêne par leur seule présence, ou l'occasion de se défouler un peu pour les trolls. Autrement dit, les nouveaux venus donnaient une idée très claire de la position hiérarchique des uns et des autres : les trolls écrasaient les petits minables qui avaient le malheur de ne pas paraître assez insignifiants à leurs yeux, ou qui n'étaient pas assez courageux pour descendre afin de ne pas obstruer le chemin, et devoir remonter ensuite. Lorsque le krîtar et la relève apparurent dans l'escalier aux yeux des premiers aventuriers, ils furent précédés par le corps d'un esclave cassé en deux et du reste de son chargement qui roulèrent dans les marches avant de s'arrêter un peu plus bas.

La présence de rôdeurs noirs et du Grimburgoth en personne mit fin à la petite fête : brusquement, les seigneurs de l'escalier étaient eux-mêmes les sous-fifres de quelqu'un de plus important. Le krîtar fut un peu estomaqué de croiser son grand chef ici ; s'il n'insista pas devant les quelques explications données par Drilun, il garda une attitude curieuse néanmoins. En tout cas, il accepta docilement d'ouvrir les salles au trésor pour le grand chef des armées (par intérim) de Dol Guldur. Une fois arrivé à la deuxième strate, il alla jusqu'à un mur de la salle de garde et un trou de serrure dans lequel il inséra une clé qu'il avait sur lui. Une porte apparut alors sur un autre mur, porte qui fut ouverte et qui donnait sur un petit couloir puis une antichambre où se tenaient deux trolls. Trois portes de métal donnaient sur cette antichambre bien gardée. Le krîtar utilisa encore sa clé pour ouvrir la porte dans le mur opposé au couloir par lequel la relève et lui-même arrivaient, accompagnés du Grimburgoth et de ses compagnons.

Les aventuriers arrivèrent alors dans une pièce hexagonale qu'occupaient dix uruks. Tandis qu'ils vidaient les lieux, le capitaine olog ouvrit tour à tour les cinq autres portes qui donnaient dans la pièce. Derrière chacune des portes, deux trolls gardaient une antichambre comportant sur le mur opposé la porte vers une salle au trésor. En plus des deux portes de la première antichambre, cela faisait donc sept pièces au trésor au total. Le krîtar se tourna alors vers le Grimburgoth, curieux et en attente d'ordres ou de plus de précisions. Vif comprit parfaitement et elle indiqua à son ami dans quelle pièce au trésor il fallait aller : celle qui était la plus éloignée de là d'où ils venaient. Le troll appuya alors discrètement sur une partie du mur de la pièce centrale proche de la salle au trésor qu'indiquait le chef des rôdeurs noirs. Puis il entra dans l'antichambre et déverrouilla la porte opposée, et il l'ouvrit. L'archer-magicien et la Femme des Bois entrèrent seuls, tandis que le capitaine troll restait sur le seuil. Il avait auparavant fermé la porte entre l'antichambre et la pièce hexagonale, si bien que les curieux en furent pour leurs frais.

En particulier, cela valait beaucoup mieux ainsi pour Mordin, qui aurait peut-être subi une attaque s'il avait vu le contenu de la pièce. Elle était en forme de trapèze immense d'une portée de flèche de gauche à droite et moitié moins face à eux. De nombreux coffres étaient présents dont certains, ouverts, débordaient de merveilleux joyaux, d'énormes pierres précieuses dont ni Drilun ni Vif n'avaient jamais vu de pareilles, et de quantité de pièces d'or voire de mithril. En fait, au cours du quart d'heure que le Dunéen passa dans la pièce, il trouva même une réserve de lingots de mithril dont il prit deux exemplaires pour lui. Mais la pièce comportait également de nombreux présentoirs où trônaient des choses aussi diverses que des armes, des armures, des bijoux particuliers comme des anneaux couverts de runes, des tapisseries vénérables prises à quelque royaume depuis longtemps disparu, et bien d'autres choses. Il cherchait un bâton dont Radagast leur avait parlé, mais ne voyait rien correspondant à la description qu'il leur avait faite.

Tout cela n’émouvait guère Vif, qui était attirée par une chose bien précise : une malle métallique formée de nombreuses parties métalliques complexes, vers laquelle elle se dirigea instantanément : la larme de Yavanna était dedans, elle en était sûre à présent. Mais comment cette malle s'ouvrait-elle ? En effet, elle ne comportait aucune serrure... Les sens presque inhumains de la Femme des Bois lui montrèrent vite que certaines pièces pouvaient bouger et que la malle elle-même était sa propre serrure, mais d'une complexité redoutable pour quelqu'un qui ne connaissait pas la combinaison des pièces à déplacer. Par ailleurs, des trous judicieusement placés donnaient à penser qu'un gaz pourrait s'échapper en cas d'erreur. Vif ne connaissait rien aux mécanismes, mais en revanche elle avait un toucher et une ouïe pareils à nuls autres, et elle entreprit de découvrir le fonctionnement de cette malle et la manière de l'ouvrir.

Tandis qu'elle opérait sous l’œil curieux du krîtar, Drilun promenait son regard à droite et à gauche pour repérer d'éventuels objets à emporter. En plus des deux lingots de mithril, il fut attiré par trois anneaux sous une vitrine, anneaux couverts de runes dont certaines manifestement elfiques, tandis que les autres montraient plutôt un savoir nain ou humain. Il les prit donc, avant de tomber en arrêt devant une splendide épée qui éveilla en lui un écho de la bibliothèque d'Elrond : il avait vu cette épée en image, c'était celle d'un roi de Númenor ou de quelque autre célèbre Dúnadan, faite pour le rassemblement et la conduite d'armées. Là encore, il la prit avec lui. Peu après, il entendit un déclic : Vif, guidée par ses sens et les infimes traces de ceux qui étaient passés avant elle, venait de trouver comment ouvrir la malle. Elle était à présent déverrouillée, et une poignée était sortie du couvercle, qui permettait de le rabattre en arrière.

12 - Altercation dans l'escalier
La Femme des Bois se recula et se tourna vers le faux Grimburgoth : en tant que chef, c'était à lui d'ouvrir la malle, d'autant que le capitaine olog observait tout cela avec grand intérêt. Drilun comprit et il fit basculer le couvercle, pour dévoiler deux objets. Le premier était un bâton de bois blanc presque lumineux, couvert de runes argentées anciennes et manifestement elfiques. Son cœur bondit dans sa poitrine quand il comprit qu'il s'agissait du bâton dont le magicien brun leur avait parlé, qui portait le nom de Krisfuin, ou "Pourfendeur d'Obscurité". Quand il le sortit de la malle, Vif vit le krîtar faire une brève grimace, comme si la seule vue du bâton le dérangeait. Et puis il y avait une pierre de la taille d'un poing, en forme de grosse goutte d'eau, blanche et translucide comme de l'ambre blanche. La Femme des Bois sut immédiatement de quoi il s'agissait : la larme de Yavanna.

Le fond de la malle comportait un flacon attaché par des appareillages divers et qui contenait un liquide rosâtre. C'était sans doute la source du gaz qu'une mauvaise ouverture de la malle aurait libéré dans l'atmosphère de la pièce. Il aurait été intéressant de récupérer cette fiole, mais le temps et les outils manquaient. Seul Geralt aurait pu examiner la chose - impensable de laisser un hobbit-snaga entrer là, d'autant qu'il était toujours caché, accroché au dos du nain grâce aux bretelles de son sac à dos - et ses compétences en mécanismes étaient limitées. Et le capitaine olog attendait manifestement de pouvoir partir... La rôdeuse et son chef sortirent donc avec leurs quelques trésors, le bâton blanc enveloppé dans un tissu précieux pris dans la salle, et le krîtar ferma la porte derrière eux. Puis il installa la nouvelle garde et fit sortir le Grimburgoth et ses compagnons avant de refermer derrière lui. Dans la salle de garde autour de l'escalier qui menait aux autres strates et au niveau sept, les gardes qui venaient d'être relevés attendaient.

Les aventuriers avaient rempli une des deux missions qu'ils s'étaient fixés : récupérer les artefacts dont Radagast leur avait parlé, avec quelques petits bonus en prime. Restait maintenant à remonter au niveau sept, trouver le chemin à travers la Toile qui menait jusqu'à Lugdûm, et sauver Bronwyn des griffes du chef troll qui l'avait amenée là. Ils prirent donc l'escalier, suivis de près par le capitaine olog et les troupes - douze trolls et dix uruks - qui venaient d'être relevées de la garde des trésors de Dol Guldur. Suivis de très près même : le krîtar ne perdait pas de vue le faux Grimburgoth, et il tint même à s'entretenir avec lui concernant une question sur un officier pour lequel il requérait son avis. Il lui demandait ni plus ni moins que de faire une petite tournée avec lui lorsqu'ils seraient revenus au niveau sept.

Tout cela ne manqua pas d'inquiéter Drilun : d'une part il ne se voyait pas faire la revue des troupes avec le capitaine troll, d'autre part il commençait à douter de ses réelles intentions : le krîtar le testait-il ? Comment le Grimburgoth aurait-il réagi face à une telle demande ? Même s'il ne répondit pas favorablement aux souhaits du troll, il trouvait qu'il lui portait une attention de plus en plus pesante, attention confirmée par Geralt peu après. Pour lui qui connaissait très bien le langage corporel, les manigances du troll étaient claires : il mentait comme il respirait et cette demande n'était qu'un leurre pour le piéger. Peut-être même la (mauvaise) façon dont le Dunéen avait répondu l'avait-il déjà trahi aux yeux du krîtar ? Cela fut confirmé à nouveau par Vif un peu plus tard, quand elle entendit, grâce à sa formidable ouïe, le capitaine olog chuchoter à l'oreille d'un autre troll concernant sa certitude d'avoir affaire à un imposteur...

Les plans du krîtar dont la conversation était surprise par la Femme des Bois devinrent vite limpides : attendre l'arrivée au niveau sept où il aurait à sa disposition son armée de mille uruks, sans parler des autres armées proches, pour démasquer ce faux Grimburgoth et ses amis. Et il ne perdait pas Drilun de vue... ce qui serait peut-être sa perte. Il ne fallait pas attendre d'être arrivé au niveau sept pour réagir, et le troll devait être abattu avant. Restait à trouver le bon moment, par exemple quand l'escalier serait libre d'esclaves ou autres au-dessus des aventuriers, mais que quelques-uns gêneraient encore les trolls en traînant dans leurs pattes à ce moment-là. Vif, qui percevait mieux que les autres les environs, fut discrètement chargée de prévenir quand viendrait le moment opportun, tandis que l'archer-magicien préparait discrètement son arc et une flèche spéciale...

Et le moment arriva enfin : alors que quelques esclaves attiraient l'attention et la mauvaise humeur des trolls, la féline rôdeuse fit un signe et Drilun se retourna, flèche encochée. Il cria après le krîtar qu'il n'aurait pas dû douter de son identité et encore moins de son ouïe. La flèche qu'il décocha blessa gravement le capitaine olog qui hurla de douleur, mais il tint encore debout, tandis que les autres trolls, intimidés par la voix du Grimburgoth, n'osaient pas prendre parti. Le krîtar était coriace et résistait bien aux blessures, jusqu'à ce que Geralt saisisse l'occasion de lui en porter une à une jambe, qui acheva de le déséquilibrer avec une nouvelle flèche à la tête. Il tomba dans l'escalier sur un certain nombre de marches, suivi par le Grimburgoth et ses compagnons. Le troll était encore vivant, aussi Drilun donna-t-il un ordre et Taurgil tira son cimeterre ténébreux et s'avança. Il lui fallut porter plusieurs coups à la tête du troll pour l'achever, puis le monstre expira enfin. Le rôdeur le fouilla et prit la clé des salles au trésor. Puis il la remit au Grimburgoth qui marmonna quelque chose à propos de trouver un nouveau capitaine. Et ils reprirent tous leur ascension, dans un escalier devenu très silencieux.

13 - Recrues et alarme
Il ne fallait plus perdre de temps. L'incident se saurait assez vite dès qu'ils seraient revenus au niveau sept, ce qui risquait de soulever des interrogations et de compromettre le déguisement de l'archer-magicien. Sans parler du chef troll qui avait emmené Bronwyn à Lugdûm : il fallait l'intercepter au plus vite, non seulement parce qu'ils devaient récupérer la princesse nordique, mais également parce qu'il était au courant de la mort du Grimburgoth. Certes, Drilun, sous son déguisement de chef des armées par intérim, avait envoyé une armée dans la Toile, les souterrains occupés par les orcs, afin d'intercepter le ravisseur de Bronwyn s'il prenait le tunnel de Lugdûm à Dol Guldur. Mais comment réagiraient les sous-fifres que le Dunéen avait fait envoyer si Kull, le chef troll, leur disait que celui qui leur avait donné l'ordre était un imposteur ? D'après les souvenirs de Caran Carach, Kull était supérieur au krîtar qu'il avait abattu peu auparavant dans l'escalier. A priori quelqu'un de bien plus intelligent qu'un bête troll, et certainement très persuasif...

La traversée du niveau sept se passa sans problème, et les gardes uruks ne firent aucun commentaire, même s'ils les regardaient passer avec une curiosité non dissimulée. Au loin derrière eux, Vif arrivait à percevoir une sourde rumeur : le récit de leur altercation dans l'escalier devait rapidement faire l'objet de toutes les discussions, tandis que les trolls et uruks de la garde sortaient de l'escalier. Les aventuriers arrivèrent au premier poste de garde sur la Toile, avec ses deux orcs devant la herse baissée, herse qui mettait trop de temps pour être remontée. Le groupe passa et pénétra dans la Toile. Les aventuriers furent assaillis par l'odeur insupportable des orcs et de leurs immondices, mais Drilun utilisa un sort pour purifier l'atmosphère et la rendre plus respirable. Il avait lancé discrètement son sort, et même si cela représentait toujours un risque, il se disait qu'à présent qu'ils fuyaient vers Bronwyn et la sortie, ce n'était plus si important.

Le groupe repéra assez facilement - Vif surtout - l'emplacement des pièges qu'ils croisèrent et des mécanismes pour les désactiver. Ils progressèrent ainsi jusqu'à une première caverne d'orcs, où le Grimburgoth, fort de son autorité, recruta les orcs et les loups présents qui n'avaient pas eu la présence d'esprit ou le temps de s'esquiver. C'est donc un groupe fort d'une centaine de membres qui reprit le tunnel menant au poste de garde entre Lugdûm et Dol Guldur, poste de garde normalement condamné mais que les aventuriers doutaient qu'il le fût vraiment. La troupe avança encore un peu quand, brusquement, des sons puissants se firent entendre : de nombreux cors et tambours devant eux, et une espèce de puissante corne de brume. Progressivement les sons se propagèrent dans toute la Toile et les orcs s'arrêtèrent, inquiets : l'alarme générale venait d'être donnée, et bientôt tout Dol Guldur saurait que des intrus avaient pénétré ses flancs ou que des ennemis menaçaient la forteresse du Nécromancien, qui serait très vite sur le pied de guerre.

Drilun donna l'ordre aux orcs et loups de reprendre leur progression : eux du moins ne savaient pas ce qu'il se passait, ils étaient faciles à manipuler. Mais les humains et trolls qu'il avait envoyé devant eux, au poste de garde vers Lugdûm, ne seraient sûrement pas dupes aussi aisément, surtout si - comme c'était probable - Kull était avec eux. Le chef troll devait être l'équivalent d'un commandant olog, sans doute bien malin pour avoir été choisi pour cette mission qui consistait à doubler les sorciers envoyés pour ramener Bronwyn. De toute manière, à présent que l'alarme était donnée, le temps jouerait contre eux et la couverture du faux Grimburgoth ne pouvait plus être une garantie de succès.

Une nouvelle caverne fut atteinte, pleine d'orcs dans l'expectative, armes à la main sauf pour ceux qui relayaient l'alarme avec des cors et tambours. La voix forte du Grimburgoth leur annonça que des traîtres allaient s'attaquer à eux et qu'il faudrait les abattre, et ainsi de nouveaux orcs furent enrôlés, heureux à l'idée de bientôt répandre le sang. Et ensuite ? A partir de la caverne, deux voies permettaient d'arriver au poste de garde vers Lugdûm : lequel prendre ? Mais Vif indiqua qu'il n'était plus temps de choisir : des sons arrivaient des deux côtés de la caverne, dont des bruits sourds et puissants caractéristiques des trolls. Une armée de trolls et d'humains arrivaient sur eux, aidés par les loups et les orcs que Kull avait dû embaucher dans les quelques cavernes qui les séparaient du poste de garde qu'ils cherchaient à atteindre. Ils seraient là dans très peu de temps, et eux n'avaient que de médiocres troupes d'orcs et de loups. L'issue était inévitable...

14 - Un combat perdu d'avance
La série de cavernes où ils se trouvaient présentement ferait un terrain de bataille convenable : d'une part car c'était la caverne d'orcs de leur côté, d'autre part car elle comportait de nombreux recoins et anfractuosités dans lesquels se cacher éventuellement. Certes, puisque la caverne était à un carrefour, il faudrait faire face à deux fronts au moins, ce qui n'était pas en leur faveur. Mais de toute manière ils n'avaient pas le temps de faire manœuvrer les orcs correctement ni de trouver un lieu idéal pour ce genre de bataille. Et puis l'ennemi était très supérieur en nombre, donc une meilleure situation ne ferait que leur faire gagner un peu de temps, avec le risque de les enfermer dans une situation inextricable. Enfin, le combat était imminent...

Dans des hurlements de joie sauvage, les orcs et les loups des deux côtés se jetèrent les uns sur les autres. Ça ne les changeait guère de leurs habitudes, car ils passaient une bonne partie de leur temps à se chamailler et à faire des raids les uns sur les autres pour davantage de nourriture, des meilleures armes ou une caverne plus spacieuse. D'ordinaire leurs escarmouches n'avaient pas une telle ampleur, car sinon les chefs y perdaient la tête et étaient vite remplacés par d'autres plus raisonnables. Là, on leur demandait une extinction totale, ce qu'ils n'avaient pas connu depuis très longtemps voire pas du tout, et qui correspondait parfaitement à leur nature. Ils ne ménagèrent donc pas leur joie.

Après un moment tout de même, lorsque les orcs et les loups se furent joyeusement entretués et que leur nombre avait réduit de plus de moitié, Kull ou les autres chefs qui commandaient aux troupes adverses envoyèrent humains, uruks et trolls. Si les premiers avaient déjà subi un combat et des blessures ailleurs, pour certains, les trolls et uruks ne semblaient pas tant affaiblis. Les orcs et loups restants furent bien vite balayés, et leur moral avec : Grimburgoth ou pas, quand il s'agit de sauver sa peau, un chef ne vaut plus rien s'il n'est pas capable de mettre ses menaces à exécution. Hormis les orcs et loups les plus proches de Drilun, les autres se faufilèrent dans des conduits étroits ou s'enfuirent vers Dol Guldur et les autres habitants de la Toile que l'on entendait approcher, sans doute attirés par les bruits de bataille.

Les aventuriers, assez proches les uns des autres, mirent brièvement la main à la pâte, le temps de tuer quelques ennemis qui s'étaient un peu trop avancés. La caverne était pleine de cadavres, les quelques feux et torches éclairaient mal, c'était le bon moment de se faire discret. Certains n'avaient d'ailleurs pas attendu, comme la Femme des Bois, qui n'avait pas grand-chose à apporter dans un combat, privée qu'elle était de ses pouvoirs de transformation en félin. Elle avait déjà trouvé une anfractuosité où se cacher, vite imitée par le hobbit, caché non loin du tunnel par où ils étaient arrivés. Isilmë restait dissimulée dans un repli minéral, non loin du hobbit, et les quatre autres compagnons trouvèrent à se cacher d'une manière ou d'une autre. Par exemple sous une pile de cadavres comme Mordin, ou sous une pile d'immondices qui servait de paillasse pour Drilun, ou en simulant leur mort au combat comme Geralt.

Tandis que les derniers bruits de combat ou de fuite s'éteignaient, les aventuriers retinrent leur souffle. Geralt avait préparé le nid de guêpes magique donné par Radagast, qui permettait de semer la panique tout autour du nid lorsque la magie serait activée, à une distance de peut-être trente mètres. L'idée était de pouvoir repérer Bronwyn et de faire en sorte que ses ravisseurs soient pris dans la magie concoctée par le magicien brun. L'objectif était de profiter de la situation, récupérer la princesse et s'enfuir avant que les ennemis reprennent leurs esprits et se mettent à leur recherche. Facile à dire, moins à faire : Vif avait perçu au bruit autour d'une trentaine de trolls dans la caverne ou aux alentours, mais pas Bronwyn. Déjà que de percevoir quelque chose dans les clameurs du combat était difficile, mais pourquoi diable la princesse ferait-elle quoi que ce soit qui permettrait de la reconnaître ? Elle ne savait même pas que les aventuriers étaient là... Aventuriers qui risquaient d'être rapidement découverts, au vu des orcs, trolls et loups qui commençaient à fouiller les environs, cadavres compris. Il fallait vite trouver une idée...

15 - Un hobbit trop pressé
Avant qu'il y ait trop d'ennemis proches et qu'il soit découvert, Taurgil sortit de sa cachette et reprit le combat. Il fut rapidement rejoint par Geralt, et ils se mirent dos à dos dans un passage relativement étroit, en tout cas suffisamment pour gêner un peu un troll ou permettre à une seule personne de bloquer le passage. Ainsi, ils pouvaient tenir un bon moment, d'autant qu'ils avaient mangé une de leurs dernières noix d'écureuil pour augmenter leurs réflexes et leur adresse. Les ennemis convergèrent vers eux : orcs, trolls, loups, uruks et humains. Mais c'était surtout les trolls qui pouvaient poser problème... Et puis, alors que personne ne l'attendait, Rob sortit également de sa cachette pour aider ses amis avec ses flèches... et former une nouvelle cible vers laquelle attirer les pas des ennemis. Il se dit, mais un peu tard, qu'il aurait peut-être mieux fait de rester caché. L'avenir lui donna raison.

Tandis que Taurgil tenait bon contre un troll, Geralt en abattait un premier, un second, supportait sans mal les flèches d'archer ou les crocs d'un warg, et ainsi de suite. Mais parfois, pressés par le combat, le Dúnadan et l'Eriadorien aux cheveux blancs étaient un peu serrés voire se gênaient. Heureusement pour le maître-assassin, l'empilement des corps des deux trolls abattus gênait beaucoup les ennemis qui tentaient de parvenir jusqu'à lui. Ailleurs, après avoir abattu quelques ennemis, le hobbit faisait un plongeon qui l'éloignait de ses amis pour éviter l'ire d'un troll, tandis qu'un loup et des uruks s'approchaient de lui. Rob avait lui aussi mangé une noix d'écureuil et il arrivait à tirer rapidement ses flèches, mais elles n'étaient pas assez puissantes pour tuer d'un seul coup un troll ou faire face à plus d'un ou deux ennemis. Et il en arrivait davantage...

Ailleurs, après un moment à rester cachés, Mordin et Drilun avaient eux aussi quitté leur abri avant que la caverne où ils se trouvaient ne fût trop pleine d'ennemis. Le nain avait jeté une poignée de graines de roncier magiques qu'il avait préparées. Elles avaient pu pousser sur le sol plein d'immondices, permettant de presque fermer un côté de la caverne loin de ses amis, et de limiter ses adversaires. Drilun, en plus d'abattre un ou deux ennemis, prit une noix d'écureuil qu'il arriva à porter à la bouche de Mordin, comme ce dernier l'avait réclamé en protégeant son ami d'éventuelles attaques. Ils s'aidaient donc tous un peu les uns les autres, sauf Vif et Isilmë qui restaient cachées, et Rob qui était un peu à l'écart et qui reculait petit à petit dans le couloir par où ils étaient arrivés. Il faisait face à un troll qu'il venait d'abattre d'une flèche en pleine tête, ainsi que deux uruks, entre autres. Il percevait derrière lui des bruits de nombreux pas, encore lointains mais qui se rapprochaient régulièrement.

Le troll que le hobbit avait fait tomber n'était pas mort, hélas, et il se redressa, plus furieux que jamais. Rob, après avoir abattu un uruk, décida de chercher le salut avec un petit voire un grand plongeon en arrière. Malheureusement ses pieds glissèrent sans doute sur des immondices laissés par des orcs et il s'étala devant ses adversaires ravis. Croyant sa dernière heure arrivée, il poussa un grand cri de terreur en se jurant bien de faire le ménage tous les jours dans son trou de hobbit si jamais il arrivait à sortir de là, et il ferma les yeux. Mais un autre cri répondit au sien, qui lui apporta quelques secondes d'existence et d'espoir de plus : Isilmë, qui avait suivi un moment le combat de son petit ami à distance, toujours cachée, s'inquiétait pour lui. Quand elle l'entendit crier, elle sortit de son coin en hurlant, l'épée à la main, pour se précipiter vers les agresseurs de son ami aux pieds poilus et à la tête parfois un peu vide.

Elle aussi avait mangé une noix de l'écureuil, et elle était naturellement très rapide même sans ça, et très douée à l'épée. Un orc qui se trouvait sur son chemin perdit la tête avant de comprendre ce qui lui arrivait dessus, puis elle enfonça sa lame dans le dos du troll avec toute l'énergie dont elle était capable, avant de finir en plongeant dans les jambes de l'uruk qui s'apprêtait à faire un sort à Rob. Le tout en quelques secondes. Le troll trouva soudain qu'il lui manquait trop d'entrailles pour continuer à vivre, et il s'abattit en avant... sur le hobbit, dont la voix se tut brusquement. L'uruk, complètement déséquilibré, n'eut pas le loisir de porter un coup au petit bonhomme bientôt enseveli par une tonne de muscles et autres tissus organiques malodorants. Il finit par terre et n'eut pas le temps de se relever : l'elfe l'avait fait avant lui et elle mit fin à ses jours. Rob était sauf... mais était-il encore vivant ? Et pour combien de temps ?

16 - Des guêpes en folie
Ailleurs, ça n'allait pas trop fort : plusieurs aventuriers avaient pu suivre les malheurs de Rob et son sauvetage in extrémis, et le grand danger dans lequel il se trouvait, si même il était encore vivant. Mais avant cela, tous avaient réfléchi à une manière de savoir si la princesse était là, ou plutôt savoir là où elle était, afin d'utiliser les guêpes magiques pour se tirer - et la tirer - de cette fichue situation. Ils ne pourraient sans doute pas tuer tous leurs ennemis, et des renforts risquaient d'arriver tôt ou tard. Dans leur tête ou par de brefs échanges verbaux parfois, ils se dirent qu'il fallait faire réagir Bronwyn, en espérant qu'elle en serait capable, sans pour autant prévenir les trolls de ce qu'ils comptaient faire, pour éviter qu'ils ne l'empêchent de signaler sa présence.

Geralt se mit alors à crier - fort - en nordique, évoquant une partie de leurs aventures communes, non sans une touche d'humour, afin qu'elle fût sûre qu'elle ne rêvait pas et que ses amis étaient proches. Il ne perçut rien en retour mais continua à crier ainsi, tandis que le combat continuait tout autour de lui. Seule Vif ne participait pas, et elle restait cachée, tous les sens aux aguets, en particulier l'ouïe. Elle entendit bientôt une voix de femme nordique crier quelque chose en retour, avant d'être réduite au silence suite à un coup manifeste. Mais cela suffisait à la Femme des Bois : si elle ne savait pas exactement où se trouvait leur amie prisonnière, elle connaissait à présent le tunnel dans lequel les trolls la gardaient auprès d'eux. Elle cria alors à Geralt où il devait aller pour utiliser le nid de guêpes.

Le maître-assassin venait d'abattre son troisième troll peu auparavant et il s'était retourné pour aider son ami dúnadan à combattre le troll auquel il faisait face depuis un moment. Entendant les paroles de la Femme des Bois, il se jeta en arrière et franchit les corps morts de ses puants adversaires en quelques bonds. Toujours stimulé par la noix de l’écureuil, il se faufilait entre les ennemis et leurs coups, à toute l'allure dont il était capable, dans la direction que Vif lui indiquait. Malgré les ennemis, il finit par arriver en vue de l'un des tunnels par où continuer vers Lugdûm. Quelques torches et restes de feux lui fournirent assez de lumière pour distinguer, un peu plus loin dans le tunnel, un groupe de quelques trolls. L'un d'eux était penché sur une forme allongée au sol, silhouette qui comportait des cheveux blonds qui brillaient légèrement dans le peu de lumière qui arrivait jusqu'à elle.

A nouveau, l'Eriadorien aux cheveux blancs enchaîna les plongeons et esquives pour se rapprocher de son but tout en évitant les coups de ses ennemis. Il était au moins deux fois plus rapide qu'eux, extrêmement bien entraîné, et équipé d'une excellente armure. Une anguille impossible à atteindre hormis pour un troll voire un groupe d'entre eux, ou des archers en grand nombre. Mais là ses ennemis n'étaient pas bien coordonnés, ils se gênaient et n'avaient jamais vu quelqu'un d'aussi vif que lui. Il arriva enfin à une distance qui lui parut suffisante pour affecter les ravisseurs de Bronwyn, tout en restant assez proche de ses autres amis pour que leurs propres ennemis soient affectés. Peut-être serait-il hors de portée d'Isilmë et du hobbit, mais il faudrait faire avec. Il écrasa alors le nid de guêpes par terre.

En l'espace de quelques secondes, l'air parut s'emplir d'un vrombissement assourdissant que les cris des orcs, des loups, des humains et même des trolls n'arrivaient pas à recouvrir. Tous les ennemis subirent une peur panique inexplicable qui les fit fuir de tous les côtés. Les trolls auprès de Bronwyn la laissèrent en plan, par terre, tandis que Geralt se précipitait vers elle en découpant les têtes de ceux qui risquaient de la piétiner. Ailleurs, tout combat avait cessé ; les ennemis hors de portée de cette magie subirent les effets contagieux de cette panique, ou décidèrent qu'il valait mieux fuir avec ses amis que se retrouver face à de puissants adversaires capable de faire croire aux trolls qu'ils étaient comme des lapins face à une bande de renards ou autre prédateurs... Il ne resta bientôt plus que les aventuriers, même si derrière eux, côté Dol Guldur, des bruits leur rappelaient qu'ils ne resteraient pas seuls bien longtemps.

17 - Sauvetages
Isilmë était trop loin de la nuée de guêpes magique pour que ses effets parvinssent jusqu'à elle, mais elle n'en avait pas eu besoin : il y avait trop peu d'ennemis proches encore debout au moment où Geralt avait utilisé le cadeau de Radagast, et ceux qui n'avaient pas été affectés avaient fait comme les autres. Ou alors ils étaient morts. Ce qui lui laissait tout loisir de tenter de sauver le hobbit écrasé sous le corps du troll. De ce qu'elle en percevait, il était inconscient et ne respirait plus, elle était seule pour essayer de le sortir de là, et bien entendu le corps du troll était trop lourd pour elle. Par ailleurs, même si elle arrivait à tirer Rob de sous la carcasse, il était au minimum gravement blessé et elle risquait ainsi d'aggraver ses blessures.

Était-ce la chance habituelle d'Isilmë (dont le hobbit profita bien), sa motivation ou les immondices glissantes qui servirent de lubrifiant ? En tout cas la guerrière elfe arriva à soulager un peu le poids du troll sur Rob et à le tirer de là, tout en se servant de ses compétences de soigneuse pour s'assurer qu'il restait en un seul morceau pas plus abimé qu'auparavant. Lorsque ses amis arrivèrent pour l'aider, le hobbit était allongé par terre, à côté du troll, ausculté par Isilmë qui en même temps fouillait ses affaires pour prendre un des cadeaux de Radagast. Le cœur du petit voleur battait toujours et il n'avait pas fallu beaucoup d'effort pour qu'il se remît à respirer, mais il avait plusieurs côtes cassées et sans doute des saignements internes qui le condamnaient à une mort certaine... ou presque.

Car le magicien brun leur avait donné à chacun un don-de-vipère, cette glande en forme de haricot aux pouvoirs miraculeux qui permettait de soigner les blessures les plus graves... si on en laissait le temps au corps. Et Radagast leur avait dit qu'il avait utilisé ses compétences pour que l'effet de ces "médicaments" soit encore plus rapide que d'ordinaire. Elle lui fit donc avaler le don-de-vipère qu'elle avait fini par trouver, malgré l'inconscience du grand blessé. Son état semblait stable, et après un moment il sortit même de son inconscience. Mais il n'était pas guéri, loin de là, il lui fallait du repos et du temps, même avec la magie du magicien brun. Et s'il était à peine assez en forme pour rester conscient et les yeux ouverts, il n'avait pas la force de marcher. Il faudrait le porter, ce qui risquait de compliquer son état. Mais ils n'avaient pas le choix.

Taurgil, habitué aux soins et très costaud, prit le petit bonhomme dans ses bras en essayant de le ménager le plus possible. Puis ses amis proches et lui partirent retrouver Geralt et celle qu'ils étaient venu secourir. Le maître-assassin avait pu en effet constater que la princesse nordique était bien vivante, même si elle n'était pas en grande forme : elle était épuisée par la course que les trolls lui avaient imposée, sans parler de coups douloureux qu'elle avait reçus, même s'ils ne menaçaient pas sa santé. Elle ne disait rien, peut-être trop abasourdie pour comprendre comment elle retrouvait là ses amis, ou trop intelligente pour croire qu'elle était déjà tirée d'affaire. Elle bénéficia d'onguent orc pour soigner ses rares blessures, lui octroyant au passage quelques méchantes cicatrices, et d'une gorgée de cordial d'Imladris pour lui redonner de l'énergie. On lui remit une épée ainsi qu'un peu d'équipement divers pris sur des adversaires défunts, et le groupe fut bientôt parti.

Il y avait un piège un peu plus loin dans le tunnel, une fosse qui transformait ceux qui tombaient dedans en homards prêts à la dégustation, grâce à la vapeur brûlante tirée des tréfonds de la colline du Nécromancien. Beaucoup espéraient que Kull, le chef des trolls, était tombé dedans, mais la Femme des Bois avait dû les faire déchanter. De ce qu'elle avait entendu à distance, des orcs avaient déclenché le piège en courant et devaient à présent moisir au fond de la fosse, mais les trolls avaient dû sauter par-dessus. Le moment venu elle trouva la pédale dans un renfoncement au bas du sol et elle désamorça le piège. Tous passèrent, mais ils ralentirent lorsqu'ils perçurent qu'ils approchaient d'une caverne d'orcs avec une voix forte de troll qui donnait des ordres. Kull avait bien survécu, et il organisait la contre-attaque.

18 - Autres combats
Mais le chef olog n'avait pas eu le temps de rassembler grand monde ni d'organiser ses troupes, et l'oreille redoutable de Vif ne percevait la présence que de six trolls et sans doute quelques dizaines d'orcs petits et grands, d'hommes et de loups. Hormis le chef, dont certains se méfiaient, les autres ne paraissaient pas une menace pour des aventuriers encore vaillants et surtout encore sous le plein effet de la noix de l'écureuil pour la plupart. Par ailleurs, ils n'avaient pas vraiment le choix de combattre ou non : rebrousser chemin et passer par un autre tunnel leur ferait perdre du temps et ils trouveraient d'autres ennemis qu'ils avaient fait fuir, sachant que des renforts venus de Dol Guldur arriveraient bien assez tôt. Il fallait donc forcer le passage sans attendre.

Le groupe avança jusqu'à proximité de l'entrée de la caverne et de ses feux, puis le hobbit fut doucement déposé au sol. Bronwyn le garderait tandis que Vif resterait près de l'entrée, tous les sens aux aguets afin d'aider ses amis du mieux possible avec ses perceptions. Geralt, Taurgil et Mordin avancèrent, l'arme prête, tandis que Drilun et Isilmë avaient leur arc bandé, une flèche encochée. Auparavant, tous avaient pris un peu de temps pour recouvrir leurs lames ou pointes de flèche avec les divers poisons trouvés dans le bureau du Grimburgoth. Peut-être les poisons n'auraient-ils même pas le temps d'agir, mais deux précautions valaient mieux qu'une. Et de ce qu'ils en estimaient, les poisons avaient des chances d'incommoder même les trolls.

Seuls ces derniers étaient une réelle menace, et leur nombre se réduisit bientôt grâce aux flèches de l'archer-magicien lancées par l'arc magique du Grimburgoth, puis à la lame enchantée du maître-assassin. Des loups et orcs essayèrent bien de prendre l'archer à revers, mais ils furent impitoyablement abattus par l'archère elfe. Devant les têtes ou entrailles qui volaient, les orcs, loups et hommes abandonnèrent rapidement le combat. Même Kull, puissant troll de plus de trois mètres de haut, ne résista pas bien longtemps. Étourdi par une flèche de Drilun et son poison, il fut une proie facile pour Geralt qui libéra ses entrailles à l'aide de sa lame enchantée. Seul Mordin fut légèrement blessé : il s'était glissé dans le dos du chef troll et avait tenu à lui porter un coup de sa hache magique alors même que le monstre commençait à chuter vers l'arrière. Il n'avait donc pu se pousser à temps et il avait été durement heurté par le corps mourant de Kull.

Rob fut ramassé et le groupe reprit son avancée. D'autres pièges furent désamorcés grâce aux souvenirs ou perceptions des uns ou des autres, et Vif en particulier. Une autre caverne d'orcs fut traversée, une intersection fut franchie, et les ennemis fuirent à leur approche. Ce qui n'empêchait pas les tambours et autres signaux d'alarme de continuer à retentir derrière eux, en direction de Dol Guldur. Ils étaient juste un peu plus lointains, alors que le groupe se rapprochait du poste de garde abandonné - et sensé être bloqué - vers Lugdûm. Mais il avait bien fallu qu'il fût libre pour que Kull et Bronwyn puissent le passer. Cette dernière ne se souvenait de rien de particulier, elle n'avait pas souvenir d'aucune herse ou autre, d'autant que les trolls avançaient dans l'obscurité et qu'elle n'y voyait rien.

A la dernière intersection, l'équipe trouva les restes de l'armée ayant fui par l'autre côté de la première caverne où ils avaient mené combat et où le hobbit avait été gravement blessé. Ils étaient peu nombreux, avec quatre trolls ayant du mal à empêcher les orcs et autres de prendre leurs jambes à leur cou. Un peu de cervelle écrasée sur un mur avait dû aider à les convaincre de rester. Ces trolls-là utilisèrent des gros rochers qu'ils jetèrent à la tête des aventuriers quand ils s'approchèrent, mais la noix de l'écureuil faisait toujours effet, les cibles étaient trop rapides et bien équipées, et le tunnel était heureusement assez large. Les rochers ne firent rien d'autre que les effleurer ou égratigner leurs armures, et bientôt les trolls furent percés de flèches ou taillés en morceaux, tandis que les sous-fifres s'enfuyaient en courant dans le tunnel latéral. Le poste de garde vers Lugdûm devait à présent être tout proche.

19 - Passages secrets et mécanismes
Mais avant même d'arriver dans le passage rectiligne qui dénotait la présence de ce poste de garde, Vif fit une découverte sous la forme d'un passage dissimulé. Il n'était ni piégé ni verrouillé, il suffisait de pousser pour que la porte pût s'ouvrir. Elle donnait sur un petit réduit comportant trois manivelles fixées au mur, dans lequel des engrenages transmettaient probablement la force de rotation à un mécanisme du poste non loin. La Femme des Bois vit des marques (et des odeurs) indiquant que les manivelles avaient été utilisées peu de temps auparavant. Drilun pourrait-il en savoir plus à l'aide de sa magie ? Il eut un peu de mal à voir les traces, mais avec l'aide de son amie il y parvint. Le sort qu'il fit lui apporta la vision d'un grand troll tournant les manivelles à grande allure, l'une après l'autre. Et ce fut tout.

Plus loin, d'autres traces occupaient tout l'espace du tunnel : trois larges blocs de granite, présents au plafond, avaient dû bloquer le passage jusqu'à il y avait peu. Aux traces laissées sur place et à la taille des blocs, une fois baissés il n'y avait plus aucun passage possible sauf peut-être pour quelque chose de la taille de la main - rats ou souris. Cela correspondait aux souvenirs de Caran Carach : en temps normal les blocs de pierre étaient baissés et empêchaient tout passage. Kull ou l'un des siens avait donc dû passer, à un moment ou un autre, pour relever les blocs à l'aide des manivelles trouvées dans le petit réduit. Au vu de la taille des blocs et leur probable poids, cela avait dû être long et éreintant, sauf peut-être pour un troll... et encore.

Tandis qu'une partie de l'équipe restait près des manivelles, une autre partie avançait dans le tunnel. Peu après le troisième bloc de granite, deux passages dissimulés furent repérés, l'un face à l'autre. Et ils comportaient tous deux un petit trou de serrure, d'une taille qui pouvait correspondre à celle de la petite clé trouvée sur le Grimburgoth. Elle fut essayée sur le passage de gauche : elle s'inséra bien, tourna sans mal et la porte secrète s'ouvrit. Après un petit couloir, elle donnait sur une vaste pièce comportant quatre portes et un escalier qui montait. Une demi-douzaine de meurtrières sur un mur permettaient d'apercevoir le tunnel entre Lugdûm et Dol Guldur. Tout semblait à l'abandon, même si quelques rares traces et odeurs dénotaient un passage relativement récent. Par ailleurs un tonneau rempli de torches prêtes à servir traînait dans un coin. Sans doute pour remplacer d'éventuelles torches usées dans la pièce ou dans le tunnel. Ce dernier comportait une torchère tous les trois mètres, en alternance sur un mur ou l'autre, le tout sur une trentaine de mètres. C'était comme pour l'autre poste de garde qu'ils avaient franchi près du niveau sept de Dol Guldur. Mais là les torches n'étaient pas allumées, même si elles étaient présentes.

Avec précaution, les lieux furent visités. L'escalier menait à une pièce au-dessus du tunnel, pièce qui faisait la jonction avec un autre escalier qui en descendait. Cet escalier amenait à une autre pièce, avec portes et meurtrières, similaire à la première dans laquelle ils étaient entrés. La pièce au-dessus du tunnel comportait des ouvertures dans le sol permettant de balancer des projectiles divers sur les gens présents dans le tunnel, et même divers liquides, à en croire les rigoles dans le sol. Une barrique d'un liquide huileux et de quoi le faire chauffer ou brûler permettait de deviner facilement l'utilisation qu'on pouvait faire de ce lieu et son équipement. Ailleurs, dans les deux pièces du bas, les portes donnaient sur ce qui semblait être des baraquements pour orcs, y compris des latrines inutilisées. Mais une pièce était différente.

Là où, côté droit du tunnel en arrivant de Dol Guldur, se trouvait la probable chambre d'un officier, c'était tout autre chose côté gauche : si elle avait la même taille - un carré de quatre pas de large - la petite pièce comportait quatre leviers sur un mur, et trois manivelles sur le mur opposé. A quoi pouvaient-ils bien servir ? Tant dans le passage de l'autre poste de garde que dans les souvenirs de Caran Carach, les aventuriers savaient que deux herses et une fosse étaient présentes dans le tunnel. Les leviers devaient sans doute servir à les faire tomber. Mais le quatrième ? S'il permettait de sceller le passage derrière eux avec les blocs de granite, cela valait la peine d'apprendre à s'en servir. Encore fallait-il ne pas se tromper et éviter qu'une partie de l'équipe soit bloquée en arrière...

20 - Obstacles de poids
Après avoir prévenu ses amis, Vif, accompagnée de Geralt dans la pièce aux mécanismes, s'essaya aux leviers et manivelles. Elle essaya ces dernières en premier, mais aucune ne voulait bouger dans un sens ou dans l'autre. Sans doute que la manipulation des leviers était d'abord nécessaire... De fines traces, là encore probablement laissées par un troll, lui indiquèrent que les trois leviers les plus éloignés de Dol Guldur avaient servi récemment. Elle prit le plus proche de Lugdûm et le baissa, et aussitôt la herse côté extérieur (vers Lugdûm) tomba dans le tunnel. Elle releva le levier, mais rien ne se passa. Elle empoigna la manivelle placée du même côté, sur le mur opposé, mais elle refusait de bouger. Elle abaissa à nouveau le levier qui avait fait tomber la herse, et là la manivelle accepta de bouger, permettant de ramener - lentement - la herse dans le plafond. Une deuxième personne était nécessaire pour actionner le levier en face et bloquer la herse dans sa position.

Elle testa ensuite les deux autres leviers récemment utilisés. Une trappe s'ouvrit bientôt dans le tunnel, à peu près au milieu de la zone des meurtrières, zone qui correspondait à l'espace délimité par les deux herses. La deuxième herse tomba d'ailleurs bientôt. Il était donc facile d'utiliser ces mécanismes, et d'en profiter pour retarder les poursuivants qui viendraient plus ou moins tôt de Dol Guldur. Toute l'équipe rejoignit le poste de garde, sauf Geralt, qui resta dans le conduit aux trois manivelles qu'ils avaient trouvé en premier. A l'aide de son épée enchantée, il détruisit les trois manivelles, qui devraient ainsi être remplacées avant de pouvoir permettre de relever les lourds blocs de granite. Puis il rejoignit ses amis.

De l'autre côté, les compagnons de Geralt avaient relevé les herses juste assez pour pouvoir passer dessous, et avec un peu d'huile de coude ils avaient refermé la fosse qui comportait au fond une belle brochette d'épieux d'acier effilés. Une fois son ami revenu, Vif actionna le quatrième levier. Comme prévu, les trois blocs de granite descendirent du plafond et bloquèrent totalement le passage vers Dol Guldur, sans espoir de les voir se relever bientôt. Ils étaient tranquilles de se côté-là, il ne restait plus qu'à aller jusqu'à Lugdûm, affronter sa garnison et son chef sorcier demi-troll, voire des sorciers ayant pris la place. Et après cela il restait encore à sortir de la forteresse et prendre de vitesse ou affronter les armées qui ne manqueraient pas de se porter à leur rencontre s'ils tardaient trop, avant de pouvoir retrouver le couvert des bois. Sans oublier les patrouilles de wargs et orcs, et même sans doute quelques féroces ailés voire Huorns ou arbres éveillés ! L'avenir s'annonçait rose...

Mais il ne servait à rien de s'apitoyer sur leur sort. Geralt lui-même rappelait parfois que de toute manière, ils allaient tous mourir, alors... Taurgil reprit Rob dans ses bras, qui n'avait pas eu le temps de se reposer assez et était encore trop faible pour tenir debout. Le groupe avait une provision de torches conséquente et l'une d'elles fut allumée. Puis ils se mirent tous à courir à petites foulées pour arriver au plus vite à Lugdûm, avant d'être rattrapés par les ennuis. Leur endurance n'était plus à démontrer, et Bronwyn avait été ragaillardie par la gorgée de cordial d'Imladris prise après le gros combat qui les avait vus réunis. Et puis plus que jamais, elle avait foi dans la capacité des aventuriers à dépasser tous les obstacles. Si après ça, son père n'était pas convaincu de lancer immédiatement l'offensive sur les Sagaths... Mais en fait, ce qui lui arrivait était tellement énorme qu'il serait sans doute un peu dur à convaincre de la véracité de son aventure.

Et ils coururent, encore et encore, sans trop forcer leur allure comme dans la Forêt Sombre. Après peut-être trois heures, le tunnel se termina par un escalier en colimaçon qui montait, probablement vers Lugdûm. Bientôt la dernière étape de leur voyage sur les terres du Nécromancien... Mais pouvaient-ils encore la franchir, cette étape ? Rob n'était toujours pas guéri car il n'avait pas vraiment pris le repos qu'il fallait, et ses amis étaient un peu sur les genoux, moral compris. A quelques exceptions près, ils avaient pris de la noix de l'écureuil plusieurs heures auparavant, et maintenant la drogue ne faisait plus aucun effet. Pire, ils sentiraient bientôt l'affaiblissement général de leur organisme suite au coup de fouet apporté par la drogue, ce qui affecterait aussi bien leur corps que leur esprit. Pas vraiment les meilleures des conditions pour affronter Eru savait quoi...

Et puis il y avait ces objets pris au trésor de Dol Guldur. L'épée de roi dúnadan avait servi dans les combats mais elle n'avait rien de particulier : c'était sans doute un bel objet d'apparat pour motiver les troupes et faire peur aux ennemis. Peut-être, si Narmegil avait été là, aurait-il trouvé un effet sur la magie des rois que sa famille maîtrisait, mais il était loin et Taurgil n'avait pas ses compétences. Les anneaux devaient être mineurs, sans quoi ils auraient probablement servi les sorciers du Nécromancien. Restaient le bâton blanc et la larme de Yavanna, qui manifestement ne pouvaient servir les forces de Dol Guldur et même qui les dérangeaient. Pourraient-ils être d'une quelconque utilité ? Les aventuriers avaient-ils le temps de souffler pour permettre à Drilun et aux autres d'essayer de le découvrir ?
Modifié en dernier par Niemal le 03 septembre 2015, 10:59, modifié 2 fois.

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Horselords - 34e partie : feu (glacé) aux fesses

Message non lupar Niemal » 05 février 2014, 01:24

1 - Le récit de Bronwyn
De là où ils se trouvaient tous, Vif arrivait tout juste à distinguer l'écho de quelques voix d'uruks distantes et étouffées qui leur parvenaient via l'escalier et sans doute à travers une paroi rocheuse. Proches donc, mais trop loin pour être une menace directe. Néanmoins, il fallait en savoir plus. Tandis qu'ils reprenaient leur souffle en bas de l'escalier, Bronwyn décrivit à ses compagnons son histoire et la forteresse de Lugdûm qu'elle connaissait un peu. En effet, avant de les retrouver, elle était déjà passée par là et elle avait eu le privilège de contempler la forteresse de l'extérieur et de l'intérieur. Son récit intéressait donc tout le groupe, et elle tâcha de rassembler ses souvenirs pour n'omettre aucun détail.

La princesse nordique commença son récit à partir de l'entrée dans la Vallée Nue, peu après l'embuscade et la traîtrise des trolls et la mort des sorciers. Elle relata comment elle avait réussi à laisser discrètement tomber un morceau de vêtement comme preuve de son passage, morceau de tissu qui avait effectivement été retrouvé. Puis elle avait été poussée, tirée, traînée, portée par les trolls à travers Nan Lanc jusqu'à une espèce de ravine ou vallée très étroite. Au fond de cette vallée, adossé à la paroi rocheuse, se trouvait un petit château, identifié par les aventuriers comme étant bien Lugdûm. Il avait d'abord fallu passer un portail à travers un mur crénelé gardé par quatre tours et des uruks, portail qui donnait sur une cour intérieure. En plus du précédent mur, la cour était délimitée par deux murs latéraux, crénelés aussi, qui joignaient les tours d'angle du précédent mur à la paroi rocheuse. La cour, à peu près carrée, faisait au plus une trentaine de pas de côté.

Au fond de la cour, adossé à la paroi rocheuse, il y avait le donjon, constitué de plusieurs tours imbriquées les unes dans les autres. L'entrée du donjon donnait sur un couloir de garde entouré de meurtrières, et la porte au bout sur une grande salle de garde avec plusieurs portes ou ouvertures. Avec les trolls ils avaient pris une porte en face et à gauche, qui avait amené à une pièce circulaire avec un uruk de garde devant un corridor rectiligne qui, pensait-elle, s'enfonçait dans la falaise rocheuse. Au bout du corridor se trouvait une grande pièce éclairée par des torches et quelques feux, un vrai foutoir qui devait être la pièce à vivre des orcs (pratiquement que des uruks), avec un puits et six portes vers d'autres pièces probablement. Le mur du fond de la pièce était couvert de grosses tapisseries.

Le groupe avait été amené à l'une des portes de gauche ; elle donnait sur une grande pièce que les uruks avaient libérée, ce devait être un baraquement à eux, pour les trolls et elle. On lui avait donné quelque chose d'immangeable et un peu d'eau, et elle était tombée d'épuisement. Mais plus tard, après un sommeil lourd, il s'était passé quelque chose : une alarme, on l'avait réveillée et une espèce de grand gaillard - plus grand et plus costaud que Taurgil, avec une tête à faire peur et des habits de cuir noir et un bâton - était venu les chercher. Une fois revenus dans la pièce centrale avec tous les uruks qui courraient vers le couloir par où ils étaient venus, les trolls et elle, accompagnés par le grand gars qui semblait être le chef du coin, et quelques uruks munis de torches, étaient allés au fond de la pièce. Ils avaient soulevé les tapisseries à un endroit où se trouvait une ouverture sans porte qui donnait sur leur salle au trésor, avec des coffres et plein de pièces - bronze et cuivre, du peu qu'elle avait vu.

Mais surtout, il y avait un passage secret au fond de la pièce, passage que le chef avait ouvert avec une clé - Bronwyn pensait se rappeler du bruit d'un déclic - et dans lequel il avait emmené tout le monde. Au bout du couloir, un escalier qui descendait en colimaçon. En bas, le chef et ses uruks étaient restés là et les trolls et elle étaient partis dans le tunnel sans lumière où le groupe se tenait à présent. Le reste, les aventuriers le connaissaient à peu près : il y avait eu un début de combat au poste de garde contre des humains et trolls, jusqu'à ce que le chef des trolls de son groupe leur crie tellement après que les adversaires s'étaient rangés à lui et avaient donné l'alarme, et puis ils avaient encore rameuté du monde dans les cavernes aux orcs, et enfin il y eut le mémorable combat au cours duquel les ennemis avaient été mis en fuite, grâce à un nid de guêpes magique...

2 - En quête d'informations
Les voix que Vif était la seule à percevoir, sauf peut-être Geralt parfois, devaient donc être des uruks restés dans la forteresse. Mais il fallait en savoir plus, et la Femme des Bois grimpa peu après l'escalier afin de trouver la porte de pierre secrète par où Bronwyn était déjà passée. A tâtons, après avoir atteint le sommet de l'escalier et traversé le couloir qui s'étendait au-delà, elle avait trouvé un mur de pierre avec une poignée et une serrure métallique. Appuyant son oreille contre la pierre, elle avait écouté les voix des uruks, probablement une vingtaine, blessés et occupés à gémir ou à se vanter de leurs exploits contre les sorciers et leurs gardes ; puis elle était revenue faire son rapport.

Les voix ne provenaient pas d'une pièce juste derrière la porte secrète, mais d'un espace plus éloigné, ce qui correspondait à la description de Bronwyn : les uruks étaient sans doute dans leur salle commune ou leurs baraquements, et ressassaient l'attaque des sorciers et leurs sbires contre la forteresse. L'attaque, d'après les récits, avait été un demi-succès ou demi-échec : les attaquants étaient entrés au rez-de-chaussée mais n'avaient pu prendre pied sur les étages du donjon où les défenseurs s'étaient réfugiés. Et ils n'avaient manifestement pas trouvé ce qu'ils étaient venu chercher - Bronwyn. Ils avaient fini par partir, après avoir subi de lourdes pertes, mais les défenseurs avaient bien perdu au moins la moitié des leurs, et la moitié des survivants semblaient bien amochés.

Vif repartit avec Geralt et Rob, porté par ses compagnons, et une torche pour examiner la porte secrète et sa serrure. Pendant ce temps, Drilun examina un peu les objets qu'ils avaient prélevés dans les salles au trésor de Dol Guldur, à commencer par les trois anneaux et leurs runes magiques. Le premier, destiné aux elfes, pouvait sans doute renforcer leur magie elfique et leur capacité à faire de la musique ou du chant. Le second, manifestement d'origine naine, permettait de mieux percevoir, connaître et évaluer les éléments précieux tirés du sol, tels que minerais, métaux et gemmes. Le troisième, à la facture plus humaine, devait favoriser l'aisance en voyage voire en langue, de même que les échanges marchands. L'épée de roi couverte de runes devait renforcer le pouvoir royal de son possesseur et sa capacité à insuffler de l'espoir chez les siens et de la crainte chez les ennemis. Mais malgré sa finesse et sa légèreté, la magie qui l'habitait n'était pas dirigée spécifiquement contre des créatures monstrueuses.

Alors que le Dunéen commençait à examiner les très nombreuses runes du bâton magique, le voleur, l'assassin et la rôdeuse revinrent faire part des nouveaux éléments récoltés. La serrure serait très difficile à crocheter, mais aucun piège mécanique ou magique ne semblait présent nulle part. En revanche, le hobbit était dans un tel état qu'il ne se sentait pas capable du crochetage d'une pareille serrure. Et une ouverture magique risquait d'alerter du monde proche, comme le chef de la forteresse qui était réputé pour être un sorcier, sans doute similaire à Ardagor, le Seigneur de Guerre du Cardolan dont tous ceux qui l’avaient rencontré gardaient de très mauvais souvenirs. Et de toute manière, l'état de santé de Rob était un vrai problème, d'autant que bientôt le contrecoup de la noix d'écureuil le plongerait sans doute dans le coma. Et ils ne pouvaient attendre une heure sa guérison, temps dont les armées de Dol Guldur profiteraient pour se masser devant la forteresse ou parvenir à rouvrir les souterrains.

Vif se rappela alors que le contact de la larme de Yavanna semblait fortifier le corps, et elle apporta l'objet à son petit ami. Son visage s'éclaira vite tandis qu'il sentait l'énergie de guérison apportée par le don-de-vipère encore stimulée par la magie de la larme, et la douleur refluer. Le groupe décida alors de rester les minutes nécessaires pour que Rob guérisse de la blessure reçue lors de la chute du troll sur lui. Drilun reprit l'étude des runes du bâton, toutes tournées vers la lumière et la lutte contre l'obscurité, ses magies et ses créatures. Et Geralt prit son matériel de maquillage : dans une forteresse pleine d'uruks, il fallait prendre la couleur locale !

3 - Uruks et hôpital
L'archer-magicien n'eut pas le temps d'apprendre grand-chose de neuf à propos des runes du bâton, trop nombreuses, qu'arriva son tour d'être transformé : après Bronwyn, Isilmë et Geralt lui-même, le Dunéen fut bientôt grimé en un repoussant uruk ! Le matériel et le temps manquaient néanmoins pour en faire autant pour toute l'équipe, mais au moins n'y avait-il plus aucun sorcier, ex-prisonnière ou faux Grimburgoth de visible parmi eux. Et le hobbit était enfin guéri de ses hémorragies internes grâce au pouvoir du don-de-vipère ingéré, stimulé par la magie de Radagast et celle de la larme. Mais Rob était encore très affaibli par cette blessure, même si elle ne lui causait plus de douleur et si elle ne risquait pas de se rouvrir. Par ailleurs, son moral était encore au plus bas face à ses récentes déconvenues. En tout cas il pouvait à nouveau marcher.

Tandis que l'équipe montait l'escalier à la rencontre de la porte secrète, les amis du petit voleur firent assaut d'encouragements pour lui remonter le moral. Geralt fut peut-être le plus enjoué et il arriva presque à redonner quelques sourires à son ami, mais lui-même manquait un peu de conviction au fond de lui : son côté râleur et pessimiste était trop proche de la surface pour faire beaucoup illusion... Du coup, face à la serrure de la porte secrète et au découragement du hobbit, Drilun fit un sort pour que les outils de crochetage de son ami luisent dans l'obscurité, et un autre sort pour éclairer l'intérieur de la serrure. Il prit bien soin de masquer sa magie, mais peut-être un puissant sorcier pourrait-il la remarquer...

Rob s'attaqua alors à la serrure complexe qui lui faisait face, mais le découragement le gagna tandis qu'il n'arrivait à rien. Il s'obstina néanmoins, jetant ses dernières bribes de volonté dans la bataille, et à sa grande surprise il entendit bientôt un déclic qui lui regonfla le cœur : la serrure venait d'être crochetée ! Avec précaution, la poignée fut tirée, et la porte s'ouvrit petit à petit, sur une pièce en forme de trapèze, pièce pleine de quelques coffres et coffrets ouverts voire renversés. Mais pas d'or dans ce tas de trésor, essentiellement de la menue monnaie, pièces de cuivre surtout et un peu de bronze aussi. Parmi ces dizaines voire centaines de milliers de pièces, Vif arriva néanmoins à repérer deux ou trois pièces d'argent, qu'elle empocha, grâce à son œil infaillible.

Les aventuriers étaient entrés discrètement, après avoir masqué ou éteint leur lumière. En face du passage secret par où ils étaient sortis, une ouverture dans le mur était masquée par une épaisse tapisserie sous laquelle filtrait un peu de lumière. Des vantardises d'uruks mêlées à des râles et autres signes de souffrance provenaient de l'ouverture également, mais pas de réaction face à l'entrée discrète des aventuriers dans la pièce au trésor. A l'aide de la corde magique du serpent que portait Taurgil, Isilmë espionna la salle de l'autre côté : à l'aide du mot de pouvoir elle avait transféré son esprit dans la corde qu'elle tenait par un bout, et elle voyait depuis l'autre extrémité de la corde, comme si c'était une tête de serpent ; tête qu'elle avait glissée dans l'ouverture, sous la tapisserie...

Grâce à la lumière des torches et feux allumés, elle vit une vaste salle triangulaire avec un puits en son centre, un couloir à l'opposé et six portes également réparties, dont deux ouvertes. Des voix d'uruks blessés provenaient des ouvertures, mais aussi de paillasses disposées contre les murs, où une dizaine de grands orcs tâchaient de surmonter la douleur de leurs blessures à l'aide de rodomontades diverses et variées. Deux autres grands orcs apparemment peu blessés arrivèrent par le sombre couloir à l'autre bout de la pièce, portant un uruk mort ou inanimé qu'ils commencèrent à fouiller et piller, sans répondre aux éventuelles questions ou injures de leurs compagnons mal en point.

4 - Nettoyage et nouveaux arrivants
Discrètement, l'elfe relata ce qu'elle avait vu et les aventuriers et Bronwyn discutèrent de la suite à donner. Difficile de passer inaperçu, pour ne pas dire impossible : s'ils entraient, ils s'exposeraient à des questions et il faudrait trouver une raison convaincante pour justifier leur arrivée par le passage secret. Des idées furent avancées, mais personne n'y croyait vraiment : tôt ou tard, l'alerte serait donnée. Fallait-il passer en force et rapidité alors ? Les uruks présents n'offraient aucune menace que celle d'alerter les autres, qui ne devaient pas être bien nombreux. Il serait sans doute facile de balayer toute résistance et de sortir de la forteresse. Et le plus tôt serait le mieux, car chaque minute passée devait correspondre à de nouvelles troupes en train d'arriver en vue de Lugdûm voire d'y entrer.

Mais certains firent remarquer que le chef de la forteresse était encore là, d'après les conversations qu'ils avaient épiées, et c'était sûrement un adversaire redoutable. Et puis il y avait peut-être encore confusion voire combat à l'extérieur entre sorciers et armée d'orcs et autres, ce serait dommage d'alerter tout ce beau monde par une sortie précipitée. Entre discrétion et force, entre rapidité et risque grandissant, difficile de faire un choix. Mais la lenteur n'était pas de mise, d'autant que le contrecoup des noix d'écureuil se ferait sentir sous peu. Passage en force alors ?

Un nouvel élément vint perturber cette discussion : de l'autre côté de la tapisserie, tous entendirent les pas de course et la voix excitée d'un uruk qui raconta que deux formes ailées étaient en train de se poser dans la cour, suivies au sol par des guerriers et sorciers. Le nouveau venu repartit en courant, bientôt suivi par les pas de course des deux uruks fossoyeurs ou pilleurs, ainsi que les injures des blessés qui voulaient qu'on s'occupe d'eux ou qu'on leur dise ce qu'il se passait plus en détails. De l'autre côté de la tapisserie, il n'y avait plus que des blessés graves voire mourants.

Geralt saisit alors l'occasion au vol et il pénétra discrètement dans la pièce en passant silencieusement sous le tissu, sans se faire voir. Il s'approcha d'un uruk isolé qui lui parla avec agressivité, c'est-à-dire peut-être normalement pour un uruk. Le maître-assassin avait mis au doigt l'anneau magique du voyageur, et il découvrit qu'il comprenait mieux la langue des uruks, et il répondit sur un ton plus agressif encore, avant de rouer de coups l'uruk à terre jusqu'à ce qu'il ne bouge plus. Puis il lui prit vêtements et autres possessions pour pouvoir maquiller un autre de ses amis, sans entraîner grande réaction de la part des autres blessés qui évitaient son regard. Il avait agi comme eux l'auraient fait, tout était normal à leurs yeux. Pourquoi ne pas pousser plus loin l'avantage ?

L'Eriadorien déguisé en uruk entra ensuite dans un des baraquements par une des deux portes ouvertes, où quatre blessés en piteux état gisaient sur le sol. Il approcha du premier, qui grogna un peu mais beaucoup moins quand il sentit une lame lui percer le corps. Puis ce fut le tour du deuxième, et les deux autres commencèrent à piailler plus fort quand ils commencèrent à comprendre le sort qui leur était réservé. Ce qui ne changea rien à leur destin. Ailleurs, des voix demandaient ce qui se passait, et il sortit tranquillement pour aller visiter l'autre baraquement occupé par des blessés, qui connurent le même sort.

Dans la pièce principale, les uruks blessés se faisaient silencieux, imaginant peut-être que l'uruk qu'ils percevaient ne supportait plus leurs cris et qu'il avait fait taire les autres à coups de pied ou pire. Geralt commença à les tuer rapidement et discrètement, profitant qu'ils regardaient tous ailleurs que dans sa direction pour éviter d'attirer sa colère. Quand les derniers comprirent enfin ce qui les attendait, ils commencèrent à vagir voire bouger mais ils n'allèrent pas loin. Le silence revenu, le maître-assassin s'immobilisa : personne n'appelait ni ne venait par le couloir opposé à la pièce au trésor. Si gardes il y avait, ils avaient dû penser que ce n'étaient que les vagissements des blessés. Tranquillement, il se servit sur les corps et retourna auprès de ses amis pour transformer en uruks ceux qui pouvaient encore l'être.

5 - Les souterrains de Lugdûm
Il ne lui fallut que quelques minutes pour accomplir cette tâche à bien. En dehors du hobbit, toujours déguisé en snaga, l'équipe faisait un parfait groupe d'uruks. Groupe qui prit tranquillement le couloir et unique autre sortie de la pièce commune et des baraquements des orcs. Les aventuriers arrivèrent vite dans une pièce semi-circulaire comportant une unique porte, pièce gardée par un uruk... qui regardait par la porte ouverte et posait des questions tandis que d'autres voix orcs faisaient des commentaires. La pièce montrait également des signes récents de combat, avec des trainées de sang frais çà et là.

Par la porte ouverte, Vif et Geralt entendaient également les voix distantes et puissantes de deux êtres qui s'affrontaient manifestement dans une joute oratoire de haute volée. Ils n'arrivaient pas à bien tout saisir sauf qu'il s'agissait de noirparler et que le peu qu'ils entendaient leur donnait froid dans le dos. Le garde finit tout de même par s'apercevoir de leur présence quand ils cherchèrent à passer, mais il ne se poussa pas, étonné de ne pas reconnaître ces nouveaux visages. Pris à partie par Geralt qui l'injuria méchamment, il se fit néanmoins tout petit et ne réagit pas.

Drilun en profita pour essayer la magie du bâton qu'il avait dérobé à Dol Guldur, du nom de Krisfuin, le "Pourfendeur d'Obscurité". Il avait vu dans les runes magiques du bâton qu'il avait été conçu pour combattre les créatures maléfiques comme les orcs, trolls et dragons, et il tenait à faire un essai. Krisfuin était encore enroulé dans un tissu pour ne pas attirer l'attention, tant il paraissait lumineux et dérangeant pour les habitants de Dol Guldur. Tandis que son ami de Tharbad occupait l'uruk, il lui assena un bon coup de bâton sur la tête, pourtant protégée par un casque. La tête explosa littéralement jusqu'au cou, éclaboussant de sang et de cervelle le visage de Geralt, dont les injures s'arrêtèrent immédiatement. Tandis que le maître-assassin lâchait le corps sans tête de l'uruk et s'essuyait avec dégoût, l'archer-magicien contemplait le bâton recouvert de tissu souillé, la bouche grande ouverte. Et dire qu'il ne savait pas combattre avec ce genre d'arme...

L'incident n'avait eu aucune conséquence, et le groupe finit par poursuivre son chemin : la porte donnait sur un carrefour et salle de garde comportant deux petites portes et une plus grosse qui menait manifestement vers l'extérieur d'où venaient les voix. A cela il fallait ajouter une ouverture vers la base d'une tour avec escalier en spirale pour monter ou descendre. Un uruk était posté devant la grosse porte ouverte, tandis que parfois des commentaires en noirparler se faisaient entendre dans les escaliers, venant des étages supérieurs. Il y avait du spectacle dehors, et tous les uruks présents voulaient en profiter.

Geralt poussa le garde uruk de côté pour passer, et les questions que ce dernier s'apprêtaient à lui poser moururent vite sur ses lèvres quand il vit les gros yeux qu'il lui faisait et les quelques amabilités qu'il lui chuchota fortement à l'oreille. Puis il arriva dans un couloir percé de meurtrières, derrière lesquelles il perçut un uruk de chaque côté. Au bout, deux sentinelles gardaient une porte massive bien qu'abimée, à moitié ouverte, et un splendide tableau s'offrit à lui. A l'extérieur c'était déjà la nuit, renforcée par les brumes nocives de la Vallée Nue, mais il voyait bien assez les occupants de la cour, d'autant que quelques torches venaient apporter un peu de lumière au tableau.

6 - Sorcier et démon
La créature ailée, mélange de petit dragon et de chauve-souris géante que les aventuriers appelaient affectueusement "poule géante" depuis la première fois où ils en avaient rencontré une, il s'y attendait. Elle picorait d'ailleurs quelques cadavres qui jonchaient le sol de la cour. Pas de surprise non plus pour le sorcier charismatique qui se tenait à ses côtés, ou les autres sorciers et guerriers humains - souvent blessés - qui se tenaient derrière, vers la gauche. L'homme, manifestement puissant et autoritaire, semblait vieux mais animé d'une volonté et d'une énergie incroyable, et sa voix roulait comme du tonnerre dans un ciel lourd prêt à s'effondrer. Il avait un sceptre à la main qui donna des frissons au maître-assassin, comme si ce symbole d'autorité irradiait d'une puissante magie que même lui arrivait inconsciemment à percevoir. Probablement voyait-il là Gorovod, chef des sorciers de Dol Guldur, se dit-il en son for intérieur.

En face du sorcier, par contre, il fut surpris : lui qui s'attendait à une autre "poule géante", il en fut pour ses frais. Dans la cour, sur la droite, un être à la peau très pâle et légèrement bleutée se tenait, aussi grand qu'un troll. Il portait également des ailes membraneuses comme celle d'une chauve-souris, et il jouait négligemment avec un très long fouet qui faisait comme des étincelles bleues. Il irradiait du personnage un froid mordant qui affectait même l'air autour d'eux, comme il s'en aperçut avec la condensation de la vapeur de la respiration des personnes présentes - sauf celle du monstre. Monstre qui devait être Andalónil, maître des esclaves et démon du froid, que secondaient une dizaine de trolls de guerre un peu derrière lui. Sa voix était moins forte que celle du sorcier, mais tout aussi glaciale et pleine de sous-entendus mordants...

Car les deux individus étaient bien en train de s'affronter, et les menaces et la magie ou la puissance qui irradiaient d'eux faisaient danser d'un pied sur l'autre même les trolls de guerre, manifestement mal à l'aise. Même les aventuriers qui n'étaient pas assez près de la porte ouverte pour voir la scène pouvaient suivre les échanges verbaux et comprendre ce qui se disait, à l'exception de Mordin qui ne comprenait pas le noirparler, langue qu'utilisaient les protagonistes. Et il était clair qu'ils s'affrontaient pour avoir le privilège d'éliminer les aventuriers et récupérer Bronwyn, et gagner ainsi les faveurs du Nécromancien.

Entre les connaissances de Caran Carach et la joute verbale du sorcier et du démon, il fut assez facile de recadrer leur lutte d'influence : en l'absence provisoire de Khamûl et de la voix du Nécromancien, et après la mort du Grimburgoth et de Caran Carach, Gorovod et Andalónil étaient les deux plus grosses pointures de Dol Guldur après le Nécromancien lui-même. Ils n'avaient pas de lien hiérarchique direct, même si, investi de l'intérim de la voix du Nécromancien, le chef des sorciers pouvait normalement commander au démon des temps anciens. Mais ce dernier avait beau jeu de dire que le Fhalaugash n'avait aucun pouvoir sur les armées de Dol Guldur, et que lui, Andalónil, avait servi sous les ordres de Morgoth lui-même ; il avait donc bien plus la pratique du commandement des troupes et de la conduite des combats que son mortel interlocuteur.

Entre les diatribes, le démon affichait assez clairement son désir de se voir confier pour de bon le poste de chef des armées de Dol Guldur, et sa présence physique dans la cour était plus qu'imposante, elle écrasait toutes les personnes présentes. Sauf Gorovod : malgré son allure bien plus frêle, sa voix ne cédait en rien à celle de son adversaire politique, et il semblait même dominer le débat, forçant Andalónil à sous-entendre un dénouement possible et brutal de leur différent. Ce à quoi le sorcier répliquait qu'en plus du fait que l'issue d'un tel affrontement physique était tout sauf écrite d'avance, le Nécromancien verrait de toute manière d'un très mauvais œil un pareil conflit, et que même victorieux, la survie du démon serait compromise...

7 - Hauteurs
Les aventuriers se retirèrent à une certaine distance des uruks pour convenir de la suite à donner. En plus du duo de choc qui attendait dehors, sans parler de leurs serviteurs, Geralt avait aussi perçu des armées plus loin dans la vallée, par le portail grand ouvert de la forteresse. Il n'avait pas réussi à apercevoir le chef de Lugdûm, par contre, mais il lui avait semblé que quelqu'un se tenait dehors, à gauche de la porte de la forteresse, trop près du mur pour qu'il puisse l'apercevoir depuis l'intérieur. Quoi qu'il en fût, l'équipe tomba vite d'accord sur un point : affronter toute cette smala bourrée de magie et de puissance n'était pas une option envisageable. Le Fhalaugash, pris par surprise, peut-être ; mais Andalónil, prétendu démon du froid, était une inconnue bien trop importante pour oser l'affronter dans de telles conditions. Il fallait trouver autre chose.

Les commentaires qui provenaient parfois de l'escalier en colimaçon qui permettait de gagner les hauteurs du donjon indiquèrent la voie à suivre : la fouille du donjon permettrait peut-être de trouver une solution ou autre issue, et puis les uruks étaient peu nombreux et occupés. Le groupe commença donc à monter discrètement l'escalier et à visiter les niveaux supérieurs, Geralt en tête. Les étages étaient essentiellement formés de la juxtaposition de trois tours de tailles et de hauteurs différentes. Hormis un grand espace ouvert et crénelé comportant quatre uruks au troisième étage, les autres pièces étaient vides ou ne comportaient le plus souvent que deux voire trois uruks occupés à regarder en bas.

Une fois de plus, le maître-assassin fit preuve de ses talents, prenant à part un uruk puis un autre, parfois après l'avoir attiré dans un espace fermé et plus discret. Tous moururent silencieusement, le corps transpercé par son épée magique. Seuls les quatre uruks sur les créneaux du troisième étage furent épargnés : le risque était trop grand de les voir donner l'alarme et ils étaient trop nombreux pour espérer que leur mort fût parfaitement discrète. Néanmoins, Geralt se mêla à eux et usa de son talent d'intimidation pour éviter toute question. Il se pencha entre deux créneaux pour mieux observer la scène en bas. Près de la porte d'entrée, il repéra le géant et probable demi-troll vêtu de cuir noir et d'un bâton qui devait être le chef de Lugdûm ; et plus loin dans la vallée, il distingua de nombreuses troupes d'orcs et de wargs présentes ou en train d'arriver, sans parler de trolls moins nombreux. Et l'air était plein de chauves-souris voire de quelques battements d'ailes plus grandes mais cachées dans les brumes fétides de la vallée.

Le groupe n'avait pas trouvé d'autre issue. Il n'y en avait tout simplement pas... à moins de passer par les airs. En effet, le sommet d'une tour au quatrième étage était tout contre la paroi de la falaise sur laquelle la forteresse s'appuyait. Le groupe avait envisagé de passer par-là pour atteindre les murs d'enceinte et gagner ainsi la vallée. Mais d'une part, ils seraient très exposés à la vue des personnes présentes dans la cour et des quelques uruks présents dans les tours du mur d'enceinte ; d'autre part, les armées présentes posaient un autre problème, leur arrivée parmi elles risquant d'éveiller la suspicion. En revanche, personne ne semblait les attendre en haut de la falaise. Ce qui représentait tout de même une grimpette très difficile et exposée aux yeux des personnes de la cour, si elles levaient la tête, ou aux sens des chauves-souris...

C'est néanmoins la décision qui fut prise, car c'était bien la moins mauvaise. Il faisait nuit noire, sans lune ni étoiles, et les regards n'étaient pas tournés vers eux. Quant aux chauves-souris, percevraient-elles autre chose que des orcs, si même elles sentaient quelque chose grimper à la paroi ? Hormis Isilmë, tous prirent du trèfle de lune afin de bien voir dans l'obscurité. Et Geralt utilisa noir de charbon et fond de teint sombre pour les rendre tous encore plus noirs et invisibles dans l'obscurité. Tous utiliseraient le manteau de camouflage elfique de Drilun, également. Ce dernier n'osait prendre le risque de lancer des sorts pour les rendre encore plus difficiles à percevoir dans le noir : avec de telles pointures en bas, il n'était pas sûr de pouvoir masquer assez sa magie pour qu'elle ne les alertât pas.

8 - Numéro de cirque et corde magique
Tous furent bientôt prêts. Le meilleur grimpeur était Rob, même dans son état de grande faiblesse physique et morale. Mais il était trop affaibli et sans assez d'énergie et de ressource pour faire cette ascension : dans le meilleur des cas il s'affaiblirait dangereusement, dans le pire des cas il tournerait de l’œil et chuterait en cours de montée. C'est donc à Vif que revint l'honneur d'ouvrir la voie et de faciliter l'escalade pour ceux qui suivraient : elle était la deuxième meilleure grimpeuse, héritage de son origine de Femme des Bois, et très costaude et endurante à présent. Elle n'avait pas combattu dernièrement, juste aidé à transporter les affaires des gens les plus affaiblis, et elle avait encore de la réserve. Cette escalade était largement à sa portée.

Elle partit donc, enveloppée dans le manteau elfique de Drilun, emportant avec elle deux cordes mises bout à bout et un grappin. Relativement rapidement, sans faire de bruit, elle avalait la falaise, tandis que les voix du sorcier et du démon, plus bas, continuaient de remplir l'air d'une tension palpable et glacée. Elle arriva au sommet sans encombre et apparemment sans avoir été remarquée, accrocha fermement le grappin et laissa doucement filer la corde avec le manteau elfique attaché au bout. En bougeant le moins possible, aplatie sur le sol pour ne pas alerter les espions ailés, elle fit remonter les paquets d'équipement que ses amis attachaient à la corde pour les soulager lorsque viendrait leur tour de grimper.

Puis ce fut au tour de ses amis. Aidés par la corde, Geralt, Bronwyn et Isilmë montèrent sans grande difficulté et également sans se faire voir. En revanche, quand la dernière fut arrivée au sommet, du bruit se fit en bas : Gorovod et Andalónil, même s'ils n'en n'avaient pas fini l'un avec l'autre, avaient dû atteindre une espèce de compromis et ils donnaient à présent l'ordre à plusieurs trolls et sorciers d'aller dans la forteresse surveiller l'accès au passage secret. Vu ce que les aventuriers avaient laissé derrière eux, ils doutaient que les morts récentes passent inaperçues, ils devaient plutôt s'attendre à rencontrer un peu de vie. Autrement dit, il devenait urgent de partir...

Drilun monta à son tour, toujours sans éveiller de réaction plus bas ou en l'air, tandis que les échanges reprenaient entre sorcier et démon dans la cour. Restaient Rob, très affaibli, et Mordin et Taurgil, deux indécrottables terriens pas à l'aise du tout pour ce qui était de faire un peu d'escalade. Rob pouvait s'en tirer, mais les deux autres risquaient de s'épuiser malgré leur endurance et d'attirer l'attention avec une escalade longue et difficile. Vif prit alors la corde magique du serpent, celle-là même qu'Isilmë avait utilisée peu auparavant. Elle descendit à mi-parcours et se mit en baudrier, c'est-à-dire la tête en bas et accrochée à la corde normale de manière à ne plus pouvoir bouger même en portant une lourde charge. Et elle arriva à activer la magie de la corde du premier coup.

La corde magique était maintenant comme un serpent aussi fort qu'elle, accroché à ses deux mains. Rob s'attacha à l'autre bout et elle le remonta rapidement jusqu'en haut de la falaise, étrange numéro de cirque qui voyait une corde animée par magie appuyée sur une silhouette elle-même attachée à une autre corde. Puis ce fut le tour de Mordin, trois fois plus lourd avec le peu d'équipement qu'il avait gardé sur lui. Et enfin celui de Taurgil, qui se passa bien plus facilement : motivé par l'échéance de leur probable découverte, il grimpa comme il ne l'avait jamais fait et elle n'eut presque pas besoin de l'aider. Mais quand elle commença à remonter, les pas bruyants des trolls et leurs cris annoncèrent que leur passage avait été découvert : les sombres créatures et les sorciers avaient trouvé tous les morts du côté des baraquements des uruks et ils avaient compris que quelqu'un était passé il y avait peu.

9 - Campement piquant
Tandis que les cris et les ordres fusaient en bas, Vif retrouvait enfin ses compagnons qui se préparaient tous à partir. Mais ils n'avaient pas encore quitté le sommet de la falaise qu'un bruit d'ailes les fit se retourner : la forme puissante et rapide du démon s'élevait dans les airs derrière eux, et elle vint rapidement à quelques mètres au-dessus du groupe, glaçant l'air aux alentours. Interdits, ils ne réagirent pas, et ils furent surpris d'entendre le démon les héler et demander aux uruks qu'ils étaient (à l'exception du snaga, quantité négligeable) s'ils avaient vu quelque chose. Geralt répondit et joua très bien au humble subalterne qui n'avait rien vu de particulier, et Andalónil ordonna sèchement à l'équipe de monter plus haut, au sommet de la colline, pour surveiller les environs. Et il s'envola dans la brume, tandis que plus loin, le Fhalaugash s'éloignait sur sa créature ailée et les armées s'éparpillaient suite aux ordres donnés. La chasse était ouverte.

Trop heureux d'être encore vivants et du bon tour qu'ils venaient de jouer, les aventuriers et Bronwyn escaladèrent lentement les rochers dans la direction que le démon leur avait donnée. Vraiment lentement, car ne n'était pas leur route et ils étaient déjà tous très fatigués. En particulier le hobbit, qui fut enfin rattrapé par le contrecoup de l'ingestion de la noix de l'écureuil : encore affaibli physiquement et mentalement, il s'écroula sur le sol, inconscient. Ses amis le portèrent et continuèrent leur chemin un moment avant de choisir une voie plus facile qui les mènerait hors d'ici, vers la forêt et la sécurité. Mais par où passer ? Le plancher des vaches grouillait des serviteurs du Nécromancien, et l'air était plein de battements d'ailes petits et grands. Et les aventuriers étaient à présent épuisés, au bout du rouleau.

La plus forte concentration d'ennemis était au nord, là où ils auraient voulu aller. Ils s'éloignèrent donc dans les collines en cherchant les passages les plus faciles pour économiser leurs forces. Mais ils sentaient qu'ils ne tiendraient pas longtemps, du moins certains d'entre eux, sur ce terrain rocailleux et accidenté. A l'aide de la longue-vue, Geralt avait identifié un itinéraire relativement facile, mais c'était encore trop pour beaucoup d'entre eux. Le maître-assassin distingua alors, plus en hauteur mais assez près d'eux, un bois d'arbres résineux tordus et sinistres. Ils finirent par l'atteindre et virent qu'il était empli de grosses ronces prêtes à découper les cuirs sauf les plus durs. Ce semblait néanmoins une très bonne cachette, et ils étaient équipés de bonnes armures. Grâce à leurs talents, leurs armures ou les deux, ils se faufilèrent dans les ronces et s'endormirent derechef, éventuellement après avoir pris de l'eau de la gourde de Radagast.

Bronwyn veilla sur eux dans un premier temps : elle avait pu dormir à Lugdûm en cours de journée, elle se sentait moins fatiguée que les autres. Lorsqu'Isilmë se réveilla après un moment, elle prit à son tour de l'eau enchantée et plongea dans le sommeil. Ils purent ainsi dormir plusieurs heures et ne furent aucunement dérangés. Immobiles sous les ronces et les résineux, les chauves-souris ne les repérèrent pas. Et les wargs devaient chercher ailleurs, ou alors leurs odeurs ressemblaient trop à celles des uruks grâce aux vêtements qu'ils leur avaient pris. Quant à Rob, comateux, on lui fit avaler du marchand de sable afin d'accélérer sa guérison. Son sommeil serait plus récupérateur et de toute manière il était trop faible pour se réveiller et tenir debout.

Vers le milieu de la nuit, l'équipe fut bientôt prête à repartir, le hobbit attaché au dos du nain. Ils reprirent tous leur route en direction de la plaine et du fond de la Vallée Nue, rencontrant parfois sur leur passage des groupes d'orcs, souvent montés, avec qui ils échangeaient sur la poursuite de leurs proies. A chaque fois, ils jouaient leur rôle et ils ne furent pas inquiétés, mais le terrain les faisait aller plutôt vers le sud. Et puis les plus perceptifs commencèrent à remarquer un certain éclaircissement à travers les brumes fétides de Nan Lanc, brumes qui leurs piquaient les yeux et la gorge, entre autres choses. D'un autre côté, l'effet secondaire des noix d'écureuil était en train de se dissiper et ils se sentaient mieux. Le hobbit commença même à bouger, mais l'air qu'il respirait irrita trop sa gorge et après une forte toux il retomba dans le coma.

10 - Chasse aux uruks
Malgré le poids mort que continuait à constituer Rob, l'arrivée prochaine du matin, même voilé par la pollution de Dol Guldur, était de bon augure. Mais la réjouissance fut de courte durée, quand les aventuriers virent venir à eux une troupe d'une vingtaine de wargs montés. Et surtout, ce qui était inquiétant, c'était leur attitude, différente de celle des autres groupes qu'ils avaient rencontrés. Contrairement aux autres fois, les sbires du Nécromancien étaient venus à eux dès qu'ils les avaient repérés, comme si c'étaient des uruks qu'ils cherchaient et non un groupe d'humains accompagnés d'une elfe, d'un humain et d'un hobbit. Et puis de toute manière, qui à Dol Guldur les avait vus sans leurs déguisements ?

Les orcs montés sur les wargs arrivèrent bien vite et il fut vite clair que c'étaient bien des uruks qu'ils cherchaient : le chef orc leur intima l'ordre de les suivre jusqu'à une colline éloignée plus au nord où ils étaient attendus. Il se moqua d'eux en disant que tous les uruks devaient aller là-bas et ils étaient ensuite entièrement dépouillés en présence de divers sorciers, trolls et wargs. Le groupe comprit alors que leur ruse avait été éventée, magiquement ou par un autre moyen. L'identité des uruks était à présent vérifiée, mais il n'était pas question de se laisser faire. Geralt hurla après le chef orc qui prit peur et commanda la retraite de son groupe qui repartit à toute allure. Mais l'un d'eux prit son cor et commença à s'en servir, vite interrompu par une flèche d'Isilmë qui le fit passer de vie à trépas.

Le mal était fait néanmoins, et d'autres sons de cor se firent entendre plus loin dans la brume. Il fallait maintenant trouver le couvert des arbres au plus vite. Ils avaient bien avancé mais il restait encore une certaine distance, et le groupe se mit à courir dans la direction que le maître-assassin leur indiquait suite à son repérage à l'aide de sa longue-vue. Hélas, après peu de temps, alors que le soleil s'était clairement levé derrière la brume et que des bribes de ciel ou de forêt pouvaient parfois être perçues au loin, une clameur vint les accompagner : des crebain volaient au-dessus d'eux en les poursuivant de leurs entêtants croassements.

Une heure se passa ainsi à parfois entr'apercevoir la forêt qui semblait s'approcher lentement d'eux dans la brume, même si c'était le contraire. Les corneilles au service des sorciers de Dol Guldur continuaient à croasser sans arrêt et les aventuriers étaient surpris de n'avoir encore rencontré personne. Mais un puissant battement d'ailes annonça l'arrivée d'une "poule géante" qui passa au-dessus d'eux et s'arrêta un peu plus loin, entre la forêt et eux. La créature semblait vouloir leur bloquer la route mais pas les attaquer, à leur grande surprise. Peut-être quelqu'un craignait-il pour la vie de Bronwyn et avait-il donné des ordres en ce sens ? En tout cas, les guerriers du groupe se précipitèrent sur la bête, Geralt en premier. Le monstre bondit en avant, prêt à porter un coup de bec qui n'arriva jamais : la princesse nordique venait d'envoyer une flèche dans le bec grand ouvert, flèche qui traversa ensuite la tête du sinistre animal, qui mourut instantanément.

Et la course fut reprise, toujours agrémentée par le bruit des corneilles au-dessus d'eux. La forêt s'approchait de plus en plus, ils y seraient bientôt, il n'y aurait plus qu'à franchir la lisière avec comme seuls obstacles quelques Huorns et arbres éveillés. Avec l'aide des flèches préparées par Radagast et les perceptions de Vif, ce serait une tâche facile et vite accomplie. Étonnant tout de même qu'il n'y ait pas eu quelqu'un d'autre pour les arrêter. Drilun en regrettait même de ne pas avoir rencontré le Fhalaugash pour pouvoir lui régler son compte et récupérer sa panoplie magique qu'il espérait conséquente. Alors que leur salut semblait à portée de main et que les cœurs se ragaillardissaient, Vif prévint le groupe : il y avait de la magie à l'intérieur des bois, tout près de la lisière, et la température descendit vite de plusieurs degrés : le démon de froid les attendait.

11 - Andalónil
Le maître des esclaves de Dol Guldur attendait effectivement les aventuriers. Grâce aux crebain, il les avait repérés et suivis depuis les airs, et il avait conçu un plan à leur sujet. Envoyant les autres groupes partis à leur recherche sur de fausses pistes, il avait décidé de les arrêter à lui seul. Quel meilleur moyen de prouver sa valeur au Nécromancien de Dol Guldur et de briguer le poste convoité de chef des armées rendu vacant par la mort du Grimburgoth ? Et c'est ainsi que les aventuriers n'avaient presque trouvé personne sur leur route. Mais loin au-dessus d'eux, au-delà même des crebain, il avait pu les suivre et les observer un moment. Pas directement à cause des brumes de la Vallée Nue, mais il pouvait percevoir les sources de chaleur comme leurs flammes de vie, et cela lui suffisait.

Néanmoins, il n'était pas dénué de prudence et il n'avait pas survécu à la Guerre de la Colère, à la fin du premier âge du monde, sans un minimum de jugeote. Il ne fallait pas sous-estimer ces aventuriers qui l'avaient impressionné : abattre le Grimburgoth et se faire passer pour lui pour pénétrer incognito dans Dol Guldur, c'était une première ! Mais le chef des rôdeurs noirs était un mortel faillible, de même que le bras droit du Fhalaugash, d'après ce qu'il avait cru comprendre. Il se demandait également si l'absence de Caran Carach, qui aurait dû être revenu, ne trouvait pas non plus son explication dans ces gens pleins de ressources. Il les sentait affaiblis, mais il fallait les attendrir encore un peu, ne fût-ce que pour profiter un peu plus longtemps du plaisir de les voir tomber...

La facilité avec laquelle ils se débarrassèrent du monstre ailé confirma son sentiment de nécessaire prudence. Il les attendrait caché dans les épaisses frondaisons de la lisière de la forêt, à proximité des Huorns et autres arbres au cœur noir dont la magie ou les branches pourraient les affaiblir un peu plus. Il accéléra l'allure afin d'arriver avant eux sous le couvert des arbres, et il se faufila entre les branches de manière à pouvoir être près d'eux mais inaccessible. Il n'avait pas besoin de les voir pour les sentir, et son fouet et sa magie suffisaient pour les affaiblir voire les tuer à distance. Il faudrait juste faire attention à ne pas tuer celle que le Nécromancien recherchait. Mais quelle utilité une simple mortelle avait-elle pour lui, et pourquoi mobiliser autant d'énergie pour elle ? Il aurait été curieux de la cuisiner un peu pour en savoir plus sur les étranges secrets qu'elle devait recéler.

Andalónil sentit le groupe s'arrêter à faible distance de la lisière. Ils étaient prudents et connaissaient le danger des arbres, puisqu'ils avaient déjà franchi une fois la lisière de la vallée. Ou peut-être sentaient-ils sa présence, il y avait des magiciens parmi eux, d'après ce qu'il avait cru comprendre. Quand les flèches de l'un d'eux paralysèrent un Huorn, puis un autre, ainsi que plusieurs arbres éveillés, il se dit qu'il avait vraiment affaire à des personnes d'exception, et très bien équipées. N'était-ce qu'avec l'arc du Grimburgoth, que plusieurs uruks avaient dit reconnaître. Oui, l'archer qui maniait cet arc, même s'il n'était pas le seul à utiliser ces flèches paralysantes, était peut-être une des principales menaces. Il faudrait lui régler son compte parmi les premiers.

Le démon nota avec satisfaction que la magie des arbres avait prélevé son écot : plus d'un aventurier avait eu du mal à lutter contre le sommeil magique et il avait fallu les efforts - et les baffes ! - de ses amis pour le maintenir éveillé. Et l'un d'eux restait allongé par terre, inconscient, sans parler de la petite vie immobile accrochée à un autre de l'un d'eux. Ils étaient huit, mais seulement six capables d'avancer, et ils s'apprêtaient à bientôt entrer sous la forêt. D'après leurs voix et leurs échanges, il n'avait perçu que trois personnes de sexe féminin, qu'il lui fallait épargner en attendant d'être sûr d'en savoir plus. Pour les autres, il allait pouvoir bientôt utiliser sa puissance et son fouet...

12 - Feu et fouet de glace
Isilmë avait succombé au chant des arbres éveillés et les claques n'avaient pas suffi à la réveiller, contrairement à Drilun. Aussi Vif prit-elle l'elfe à bras-le-corps, à moitié pour l'emmener et à moitié pour s'en servir de bouclier : elle sentait la présence du démon dans les branches, et bientôt elle ne fut pas la seule : un froid mordant irradiait d'une source proche, gelant les feuilles et les branches, sans parler de leur respiration. Hormis Geralt qui était un peu devant et commençait à pénétrer sous les arbres, les autres restaient globalement groupés, approchant des arbres endormis mais à l'écart des arbres éveillés les plus proches.

Un éclair de feu bleuté et glacial traversa les branches proches et fondit sur l'archer-magicien. Tous se tenaient prêts à quelque chose comme cela et ils s'éparpillèrent, mais malgré ses efforts, le Dunéen n'arriva pas à esquiver complètement le jet de flammes glacées. Il sentit un froid brûlant... heureusement dissipé par la magie dont il avait serti son armure de peau de dragon. Il se réfugia derrière le tronc d'un gros arbre, mais cela suffirait-il à arrêter une pareille magie ? Juste après cet éclair de feu glacé, ce fut au tour de Geralt de subir l'assaut du démon : il vit le fouet se dérouler dans sa direction, les lanières brisant les branches sur leur passage. Il para de son épée quelques lanières, mais certaines le frappèrent à la poitrine, et il souffrit du choc mais encore plus du froid qui lui pénétrait le corps malgré son armure. Il sentit aussi le froid engourdir son esprit, mais ce froid fut immédiatement contré par un objet que Vif lui avait remis : la larme de Yavanna, qui rendait son esprit imperméable à une telle magie noire. Vite il trouva refuge derrière un tronc et il fouilla ses affaires à la recherche d'une noix d'écureuil.

Un autre coup de fouet rata le maître-assassin de peu, malgré la protection de l'arbre. Ailleurs, Vif échappait en plongeant à la branche d'un arbre éveillé dont elle s'était trop approchée, laissant tomber l'elfe par terre. Elfe qui finit par être réveillée par le Dúnadan. A la suite de quoi elle et Drilun tirèrent dans les feuillages où ils pensaient que le démon s'était réfugié, mais sans succès visible. Le Dunéen entendit ensuite une voix lui montrant Geralt comme si c'était Andalónil, mais il arriva à repousser ce sortilège avec l'aide du bâton magique de lumière, Krisfuin. Alors que le reste de l'équipe progressait sous les arbres afin de fuir le démon, ils entendirent tous son rire démoniaque et terrible qui leur promettait mille morts et souffrances et qui leur donnait l'envie irrésistible de prendre leurs jambes à leur cou. Tous résistèrent tant bien que mal à la peur, mais l'espoir s'amenuisa dans leur cœur voire disparut complètement chez Drilun : il sortit de derrière son arbre et avança calmement en tirant flèche après flèche dans les branches des arbres, affrontant sa mort prochaine et certaine.

Tandis que les flèches des archers se perdaient dans les branches, Geralt avança, l'épée levée pour attendre le prévisible coup de fouet à son attention. Il ne fut pas déçu et interposa son arme autour de laquelle les lanières du fouet s'enroulèrent. Malheureusement pour lui c'était bien ce que souhaitait le démon, qui tira ensuite d'un coup sec. L'assassin aux cheveux blancs résista à cette tentative de le désarmer, mais la force du démon était telle qu'il vola en l'air et que son arme finit par lui être arrachée. Après une chute acrobatique dont il était coutumier, il sortit du fourreau l'autre épée qu'il portait et, comme son ami dunéen, il courut à la rencontre du démon sans plus aucun souci pour sa santé. Ayant perçu l'arbre dans lequel il se terrait, il y grimpa à toute la vitesse dont il était capable.

Andalónil était séduit par l'opiniâtreté de cet homme qui s'apprêtait à le combattre, ayant perdu tout espoir. Puisqu'il était en grande partie brisé, il allait achever le travail et en faire un jouet docile, et il lui lança un sortilège pour déformer ses perceptions et l'envoûter. Mais il ne savait pas que le maître-assassin portait la larme de Yavanna sur lui, larme qui le protégeait complètement de sa magie et que le démon ne percevait pas. Stupéfait, il vit Geralt lever sa lame sur lui et même arriver à lui faire une égratignure, puis une deuxième. Aussi insignifiantes furent-elles, cela le mit dans une rage noire et il s'apprêta à écraser ce chétif humain sous le double coup d'une masse d'armes dans sa main gauche et de son fouet dans sa main droite. L'Eriadorien balafré savait que le moment était venu pour lui de rejoindre les cavernes de Mandos, mais il regrettait juste de ne pas avoir pu blesser plus le monstre de froid.

Masse et fouet redescendirent sur le maître-assassin, mais au ralenti, tant les branches s'étaient enroulées autour des deux armes et des bras du démon. Geralt fut frappé par une masse de feuillage glacé qui le déséquilibra sans le blesser aucunement, et il arrêta sa chute à une branche un peu plus bas dans l'arbre. Il aurait voulu remonter combattre, mais il n'en eut pas le temps : la végétation s'acharnait sur le démon qui la brisait de ses armes tout en déployant ses ailes et en prenant de la hauteur. Il comprenait que le magicien brun était là et il était dans son élément à lui, aussi fuyait-il. Maître-assassin et archer-magicien retrouvèrent l'espoir et le goût de la vie et se mirent à trembler, tandis que Radagast sortait de derrière un arbre et faisait signe à tous de le suivre : les ennemis n'allaient pas tarder à les poursuivre et il fallait fuir.
Modifié en dernier par Niemal le 04 septembre 2015, 09:20, modifié 2 fois.

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Horselords - 35e partie : sommeil de mort

Message non lupar Niemal » 05 mars 2014, 13:42

1 - A l'ombre des arbres
Des centaines voire des milliers d'orcs, de loups et d'araignées cherchèrent sans relâche à ramener les aventuriers vers Dol Guldur ou à les envoyer vers les cavernes de Mandos, aidés par divers sorciers et leurs alliés ailés. Mais Radagast était avec eux qui veillait, ouvrant des pistes au milieu de la végétation pour ses protégés et lui, pistes qui se refermaient complètement derrière eux et bloquaient ou ralentissaient leurs poursuivants. Crebain et chauves-souris esclaves des serviteurs du Nécromancien rencontrèrent face à eux les nombreux alliés ailés du magicien brun, et ne purent guère renseigner leurs maîtres, qui finirent vite par comprendre que leur magie était inopérante face à celle de Radagast. Et d'autres alliés du magicien, terrestres et à quatre pattes cette fois, brouillèrent savamment les rares traces laissées par les poursuivis, quand ils n'attiraient pas les noirs prédateurs dans des chasses futiles loin de leurs objectifs.

Restait tout de même que leur seul nombre et leur côté ubiquitaire avaient de quoi inquiéter tout de même les aventuriers. Même guidés par le magicien brun, ils marchèrent beaucoup, pratiquement jamais en ligne droite, pour éviter les myriades d'ennemis tant devant que derrière eux, au sein d'un labyrinthe végétal contrôlé par Radagast. Mais si ce dernier pouvait écarter la végétation face à eux, il ne pouvait en faire autant des ennemis qui s'y trouvaient parfois. Il fallut donc combattre de temps en temps, éliminer loups, orcs ou araignées le plus souvent, jusqu'à leur faire comprendre qu'ils avaient plus à perdre à obéir à leurs chefs ténébreux qu'à fuir au diable vauvert.

Les alliés de Radagast ne participaient pas, en général, à ces combats, ou du moins pas directement. Le magicien brun semblait avoir autant de considération pour ses amis à ailes ou à pattes que pour Vif et ses compagnons, et il évitait autant que possible de les faire intervenir en personne, sauf parfois les insectes sociaux comme fourmis, guêpes et abeilles sauvages. La plupart du temps, les animaux de la forêt alliés du magicien se contentaient de rapporter la présence des ennemis quand ils approchaient, de veiller sur les aventuriers et le magicien lors des courtes haltes qu'ils faisaient pour se reposer et dormir, ou leur amener à manger quand ils n'eurent plus aucune provision.

Malgré ce régime digne des plus sévères entraînements des meilleurs corps d'armée, le groupe arriva à récupérer petit à petit, tant physiquement des quelques blessures reçues, que moralement : grâce au repos, à leur magie ou à celle de la gourde du magicien, ils reprirent confiance en eux, se reposèrent le corps comme l'esprit et oublièrent un peu certaines horreurs dont ils avaient été les témoins voire les sujets. Néanmoins, ils n'eurent pas le temps de discuter beaucoup ou de faire autre chose que fuir, combattre et s'aider les uns les autres. Geralt ajouta une nouvelle cicatrice à sa collection grâce à du baume orc, Rob fut souvent transporté jusqu'à guérir enfin complètement des suites de sa blessure reçue lorsque le troll lui était tombé dessus. Néanmoins, Drilun ou Geralt montrèrent à Radagast les objets rapportés de Dol Guldur. S'il confia que les objets magiques n'étaient pas son fort et que son cousin Saroumane en saurait bien davantage, il s'attarda tout de même sur la larme de Yavanna, dont il parla assez longuement.

Après avoir expliqué qui était Yavanna, Valie de Valinor et maîtresse des plantes et, dans une moindre mesure, des animaux sauvages, il expliqua ce que représentait sa "larme" : c'était une vraie larme de cette espèce de déesse, larme versée, parmi bien d'autres, après la Guerre de la Colère contre Morgoth, à la fin du Premier Âge. C'était autant un constat du mal que Morgoth avait fait subir à la terre qu'un moyen de le guérir avec du temps et de la volonté : ces larmes renfermaient en effet une magie capable de guérir le monde des souillures du Noir Ennemi du Monde, si elles étaient rassemblées par les peuples libres, et les rituels adaptés accomplis. Radagast ajouta que certaines personnes consacraient déjà leur vie à retrouver ces larmes, mais très peu avaient encore ressurgi. Plusieurs avaient été recouvrées par l'ennemi qui y avait vu le potentiel qu'elles pouvaient avoir aux mains de leurs adversaires, et il les avait cachées.

Celle présente à Dol Guldur lui avait longtemps posé le plus grand souci, et le magicien avoua qu'il avait toujours douté de trouver quelqu'un pour aller la chercher et encore moins la ramener. Cela étant fait, il ajouta qu'il pensait que les autres émergeraient d'une manière ou d'une autre et que le rituel de purification du monde pourrait être un jour lancé. Il s'en faudrait encore sans doute de nombreuses années, mais le mouvement était en marche, inexorable, pour peu que les ennemis soient contrés dans leurs efforts de cacher de nouvelles larmes, et que celles qui restaient entre leurs mains soient récupérées, comme à Carn Dûm sans doute... Et au-delà de leur pouvoir de purifier la terre, Radagast fit part de son sentiment que certaines pourraient faciliter le départ d'anciens serviteurs de Morgoth qui rôdaient encore dans les désolations glacées ou près des entrailles enflammées de la terre, loin du soleil ou de la lune...

2 - Noires lectures
Enfin, après une dizaine de jours et de nuits de courses effrénées et de combats divers en forêt, les poursuivants commencèrent à abandonner, écœurés, et la pression se relâcha sur le groupe. Cela permit de consacrer un peu de temps à autre chose qu'à la seule survie, comme de s'entraîner aux armes pour certains, activité vite limitée pour le bruit qu'elle faisait et le risque d'attirer leurs ennemis. En revanche, Drilun, Taurgil et Vif, qui maîtrisaient le mieux la langue de Dol Guldur, s'attaquèrent aux nombreux parchemins qu'ils avaient trouvés chez le Grimburgoth, parfois aidés par leurs autres compagnons, qui abandonnèrent vite toute idée de procurer une aide efficace après des essais infructueux.

Trois jours de suite, donc, ils passèrent chacun au moins une heure à essayer de lire, trier ou rassembler les nombreuses notes du Grimburgoth ou de ses correspondants. C'était bien insuffisant, il aurait fallu au moins une journée entière pour tout lire et une semaine complète pour résoudre les nombreux puzzles que ces notes représentaient. Néanmoins, ce travail préparatoire amena son lot d'informations plus ou moins intéressantes, et encore plus de questions. Le Rhovanion était un fruit parcouru par de nombreux vers au service plus ou moins direct du Nécromancien et de ses agents, mais ce n'était pas le seul mal qui guettait ses habitants : depuis peu, des dragons en maraude assaillaient aussi certains habitants et voyageurs... dont les serviteurs du Nécromancien parfois !

Drilun chercha surtout des informations sur les indicateurs et agents ténébreux ayant infiltré les peuples libres et en particulier leurs alliés, les seigneurs-cavaliers nordiques. Il trouva bien des mentions de telles personnes çà et là, mais pas assez pour pouvoir en tirer des noms. Il semblait juste qu'il y en avait un peu partout, y compris dans la guilde des mendiants de Forpays, mais aussi celle des voleurs de la même ville. Mais Esgaroth, Londaroth ou Dale étaient aussi cités, voire même Thorontir, siège du pouvoir du Gondor et du régent de Dor Rhúnen, Vagaig.

Avec l'aide d'Isilmë, des cartes ou morceaux de carte furent rassemblés qui désignaient manifestement des lieux importants pour les gens du Nécromanciens. L'un de ces lieux devait être Nan Morsereg, la vallée cachée où se terraient les Maeghirrim, ces noirs sorciers qui répandaient un culte maléfique dans le Rhovanion et exécutaient les basses œuvres du Nécromancien. D'autres, nombreux, figuraient probablement des camps sagaths en plaine, ou des groupes d'orcs en montagne, autant d'alliés possibles du convoi de caravanes pour Angmar. Enfin, trois signes devaient dénoter autre chose, trois individus alliés à personne et néanmoins redoutables : trois dragons.

Car les notes étaient formelles : il semblait bien que les sorciers du Nécromancien avaient favorisé le récent réveil des dragons des Montagnes Grises. Mais trois d'entre eux avaient pris intérêt à la caravane régulière qui longeait le sud des montagnes chaque année pour ravitailler le pays et les armées du roi-sorcier en nourriture et chevaux... et ils s'étaient servis. Ces dragons ne constituaient pas une menace pour les seuls peuples libres, mais pour les agents ou alliés du Nécromancien également ! Des études et mesures semblaient en cours pour juguler ces menaces, mais il faudrait encore lire beaucoup plus pour apprendre le résultat que ces démarches avaient donné... si même il était possible de l'apprendre à l'aide des parchemins et papiers emportés.

3 - Retrouvailles
A peu près deux semaines après être sortie de Dol Guldur, l'équipe approcha enfin du point de rendez-vous qui avait été donné par messager ailé aux elfes qui étaient descendus prêter main-forte aux Hommes des Bois. C'était moins d'un mois auparavant, et tous se souvenaient du combat contre l'armée du Grimburgoth et de l'arrivée du magicien, des elfes et d'autres Hommes des Bois, ce qui avait permis de tourner le cours de la bataille, largement remportée. Avant de se précipiter à la rescousse de Bronwyn, les aventuriers avaient laissé aux elfes le corps paralysé d'Aldoric, son frère, ainsi que divers biens dont ils n'avaient pas l'utilité, dont un peu d'or...

Par un tiède milieu d'après-midi, le groupe parvint aux tombeaux des princes waildungs qui n'étaient qu'à une journée de marche de l'orée de la forêt. Un homme nordique, costaud et de grande taille, marchait entre les troncs-cathédrales et les tombeaux de cet endroit imposant et calme, réputé jamais visité par araignées géantes, orcs ou autres bêtes maléfiques. Quand il les perçut, Aldoric, car c'était bien lui, se précipita à leur rencontre et en particulier celle de sa sœur, qui n'avait pas attendu pour courir dans sa direction. Tandis que frère et sœur partageaient leur joie d'être à nouveau réunis, quelques elfes daignèrent quitter les branches ou autres abris d'où ils veillaient, et s'approchèrent du groupe. Dont Legolas, fils du roi Thranduil et un des elfes les plus ouverts aux échanges avec les "étrangers" que les aventuriers représentaient pour eux. En effet, beaucoup étaient des elfes sylvestres qui n'aimaient pas trop se mêler aux autres races, et en particulier aux nains, comme Mordin s'en rendit bien vite compte : il vit assez distinctement, au cours des échanges qui suivirent, des elfes se moquer de lui de loin, et il dut faire un effort pour se contrôler...

Aldoric avait l'air complètement remis de ses blessures, physiquement du moins. Legolas leur apprit que sa convalescence n'avait pas été facile pour eux : il n'avait eu de cesse de vouloir partir à la rescousse de sa sœur lorsqu'il avait appris où elle était allée, emmenée par les forces du Nécromancien. Son moral était resté très mauvais pendant tout le temps que les aventuriers avaient passé là-bas, et l'homme n'avait souri qu'au moment de recevoir des nouvelles par les oiseaux que Radagast avaient envoyés... Après quoi il les avait pressés de partir au plus vite, et depuis qu'ils étaient arrivés là il rongeait son frein en n'arrêtant pas de marcher ou d'écouter les bruits de la forêt...

Bref, les elfes étaient ravis de se séparer d'Aldoric, même s'ils étaient contents pour les deux enfants du prince Atagavia. Par ailleurs, ils étaient tout de même un peu curieux et impressionnés par ce que les aventuriers avaient fait : personne avant eux n'était jamais ressorti vivant de Dol Guldur, personne d'autre que les serviteurs du Nécromancien du moins. Quelques propos furent donc échangés à ce sujet, mais assez brefs : manifestement, nombreux étaient les elfes qui souhaitaient repartir au nord et retrouver des frondaisons plus vertes et accueillantes, où ils avaient leurs habitudes et où ils ne consacraient pas autant de temps à lutter contre orcs et araignées.

Drilun interpela néanmoins le fils du roi concernant la suite de leur quête, à savoir la guerre contre les Sagaths et le convoi pour Angmar. Les elfes du roi Thranduil ne pourraient-ils pas apporter leur aide ? Legolas doucha quelque peu les espoirs des aventuriers en disant que son père, comme la majorité de son peuple, ne souhaitait pas se mêler des affaires des humains. Il lui semblait donc très improbable d'obtenir de lui quoi que ce fût. A la remarque de Mordin concernant l'aide probable des nains des Monts de Fer qu'il se faisait fort d'obtenir, il répliqua que c'était un argument de plus pour ce pas participer : son père se souvenait des conflits entre elfes et nains, au Premier Âge du monde, et les nains n'étaient pas les bienvenus chez lui.

En revanche, il dit aussi que les communautés elfes étaient assez indépendantes, et leurs chefs faisaient bien comme ils l'entendaient. Dans leur immense majorité ils ne souhaitaient pas entendre parler et encore moins voir les humains, à l'exception notable des Hommes des Bois et parfois des Béornides. Néanmoins, dans le village de Celebannon vivaient les elfes qui côtoyaient le plus souvent des hommes car ils faisaient commerce avec les gens de la ville d'Esgaroth. Leur chef, Ohtar, avait plus d'une fois montré de l'intérêt pour les nordiques, les considérant plus comme des alliés que de simples clients ou fournisseurs. C'était sans doute lui qui était le plus susceptible d'apporter une aide aux nordiques et aux aventuriers.

4 - Approfondissement
Ces échanges prirent fin au bout d'un moment. Peut-être certains auraient-ils voulu profiter plus du temps avec les elfes de Thranduil, leur faire lire les documents trouvés à Dol Guldur ou essayer encore de les convaincre. Mais Legolas et les siens étaient partis de chez eux depuis longtemps et ils avaient encore un long chemin à faire avant de rentrer au palais du roi ou autres lieux de vie, dans la mesure où ils allaient faire un grand détour pour éviter les montagnes de la forêt, car elles avaient mauvaise réputation. Legolas promit de parler des aventuriers et de leur quête à Ohtar, chef de la communauté elfe de Celebannon. Il fit néanmoins remarquer que le groupe arriverait peut-être là-bas avant lui...

Radagast le brun quitta également les aventuriers, en même temps que les elfes, après un adieu simple mais plus marqué envers Vif. Mordin fut bien content de voir disparaître ces gens moqueurs, même s'il ne put faire autrement que de remarquer également le respect des elfes envers eux tous - même Rob ou lui - au moment de leur départ. On ne rencontre pas tous les jours des gens capables de se faufiler dans Dol Guldur au nez et à la barbe de ses habitants et d'en ressortir sains de corps et d'esprit ! Pour l'esprit, d'ailleurs, Aldoric avait été mis en contact avec la larme de Yavanna et il avait recouvré une partie de la mémoire oubliée de son emprisonnement à Dol Guldur. Mais d'une part, cela n'avait rien de réjouissant et il aurait sans doute voulu continuer à oublier cela ; d'autre part, la fin de son séjour là-bas restait occultée, peu avant sa rencontre avec une personne importante. Qui sait s'il n'avait pas vu le Nécromancien en personne ?

Le groupe, malgré l'envie muette mais claire des frère et sœur nordiques, ne partit pas tout de suite vers la capitale des Waildungs, Buhr Widu. En effet, comme Drilun l'expliqua très bien, il y avait sans doute des traîtres qui gravitaient autour de leur père. Il valait mieux en savoir le plus sur eux avant de se présenter devant Atagavia la bouche en cœur, et de révéler des choses qui devaient rester cachées aux serviteurs du Nécromancien. Les neuf personnes campèrent donc sur place, résolus à passer une journée entière à examiner les précieux documents trouvés chez le Grimburgoth. Les aventuriers se rendirent alors compte qu'ils n'avaient rien à manger. Ce qui n'était pas un problème en soi : malgré les réticences de certains de ses amis, Vif partit en forêt avec un ou deux compagnons et revint vite les bras chargés des fruits et autres denrées comestibles de la forêt. Il y avait déjà framboises, merises et fraises des bois, et il faisait presque chaud... ce qui fit dire à la Femme des Bois que l'été ne devait plus être si loin que ça et que le temps leur était compté.

Drilun, Taurgil et elle se jetèrent donc sur les papiers et parchemins écrits en noirparler et tâchèrent de résoudre le puzzle gigantesque des informations qu'ils recélaient. Il leur aurait fallu une semaine au moins, mais de nouveaux éléments apparurent avec netteté. Les informations sur les dragons se firent plus claires : ils s'appelaient Bairanax, Culgor et Haurnfile, tous étaient jeunes, et seul le premier était ailé. Celui-là semblait particulièrement friand d'ours et il prenait un malin plaisir à provoquer et éliminer les quelques Béornides qui vivaient encore au nord de la forêt, sans doute plus pour longtemps. Par contre, il avait été blessé par un autre dragon lorsqu'il était venu chasser sur son territoire. Les deux autres semblaient être frère et sœur et passaient leur temps à se battre. Les sorciers de Dol Guldur avaient comme projet de récupérer des écailles des trois dragons afin probablement de réaliser outil ou arme magique contre eux. Mais savoir si le projet était passé ou à venir n'était pas clair.

L'emplacement exact dans les Monts de Fer et la description sommaire du siège des Maeghirrim furent établis. Ils étaient à l'origine d'une sombre secte appelée Culte de la Longue Nuit qui attirait des individus de tout le Rhovanion, et l'un des Maeghirrim coordonnait ces agents et disposait d'un réseau d'espions et informateurs, dont les bandes de brigands comme la troupe de Dieraglir de Relmether. Mordin avait entendu parler de ce fameux bandit qui avait la réputation d'être un excellent archer qui ne ratait jamais sa cible, et qui obligeait les marchands à ne voyager qu'en nombre, bien gardés et armés. Une note parlait également d'une prisonnière elfe des Maeghirrim, ce qui intéressa au plus haut point les aventuriers : voilà qui pourrait être un levier intéressant dans une discussion avec les elfes de Thranduil...

Mais Drilun, de son côté, séchait : il était concentré sur la recherche des espions et informateurs du Nécromancien (ou ses agents) au sein des tribus des seigneurs cavaliers, les Waildungs en tête. Il trouvait bien des informations en ce qui concernait leur nombre et les sphères dans lesquelles ils évoluaient, mais il était incapable de dévoiler des individus précis. Même avec l'aide de Bronwyn, impossible de descendre en dessous d'une vingtaine de suspects, pour seulement trois ou quatre coupables... Il s'acharna tant et si bien qu'il finit par trouver la solution d'une espèce de code sur un autre document, ce qui lui permit enfin d'arriver à mettre des noms précis sur les "traîtres", noms qui parlaient tous à Bronwyn. Il y avait trois guerriers (dont un officier) et un marchand de Buhr Widu, et c'étaient des informateurs peu scrupuleux et amateurs d'or et non des agents directs, mais c'était important. Les informateurs des autres tribus mais aussi de Forpays étaient clairement désignés. Rillit n'en faisait pas partie et un rapport à son sujet parlait même d'un voleur inoffensif et toujours la tête dans son art et oublieux du reste du monde et du quotidien...

5 - Retour à Buhr Widu
Le lendemain du départ des elfes et de Radagast, en fin de journée, le groupe décida qu'il était temps de rentrer voir Atagavia, de faire face à son courroux et de lui ramener ses enfants. Comment prendrait-il la chose ? Les paris étaient ouverts, même si Bronwyn et Aldoric s'en moquaient bien. L'équipe rejoignit alors le sentier forestier qui traversait la forêt d'est en ouest et se dirigea à bonne allure vers l'orée proche. Bonne allure car Isilmë utilisait ses dons elfiques, renforcés par le port de l'anneau de son peuple volé au trésor de Dol Guldur, pour évoquer un chant motivant qui donnait des ailes aux pieds et faisait oublier toute fatigue à une partie de ses compagnons. Ceux qui n'étaient pas affectés par le chant, comme Vif et les deux nordiques, étaient assez endurants pour suivre au pas de course.

Après six heures à cette allure, au milieu de la nuit, la Femme des Bois commença à percevoir que l'orée n'était plus très loin. De plus, des ronflements venaient de l'endroit vers lequel ils se dirigeaient, si bien qu'Isilmë arrêta de chanter et Drilun fit un sort d'écoute magique. Il ne pouvait percevoir les êtres allongés, endormis, mais il entendit tout de même les pas de deux humains ou bipèdes équivalents qui semblaient monter la garde et bougeaient de temps en temps. Manifestement, ils étaient attendus... Vif se rapprocha discrètement et elle put percevoir une douzaine de cavaliers nordiques, presque tous endormis non loin de leurs chevaux, qui avaient monté un camp à l'entrée du sentier en forêt. Une fois revenue et ses amis mis au courant, ils débattirent de la suite à donner : faire un détour et arriver en surprenant tout le monde ? Geralt était contre et aurait bien voulu prendre un cheval pour aller dormir plus vite.

En fin de compte, il ne serait peut-être pas sage de trop se moquer d'Atagavia alors qu'il fallait lancer l'offensive sur les Sagaths et le convoi, et donc le groupe reprit son allure rapide et musicale. Ce qui réveilla bientôt les gardes, nerveux, qui demandèrent aux nouveaux venus, encore invisibles dans les bois, de se présenter. Bronwyn les interpela alors, au grand étonnement du capitaine des gardes, qui demanda à la princesse de se montrer... ce qu'elle fit. Mais la joie et l'étonnement des gardes, leur stupéfaction même, ne connurent plus de borne lorsque son frère Aldoric se montra à son tour. Après un long moment d'hébétement, le capitaine se reprit enfin et ordonna à ses hommes de seller les chevaux pour les donner aux aventuriers et aux enfants de son prince : ils rentraient en ville au plus vite, tandis que les gardes restants iraient à pied. Ce qu'ils firent en courant, espérant rater le moins possible des récits qui allaient suivre dans le grand hall de la capitale.

Car c'est bien ce qui se passa : au portail de la ville, le capitaine hurla qu'on leur ouvre et le bruit du retour de la fille mais aussi du fils du prince se propagea comme une flèche et tous furent bientôt réveillés. Les aventuriers, avec Bronwyn et Aldoric, arrivèrent dans la longère des princes des Waildungs avec une bonne partie de la ville derrière eux, et le reste qui suivrait bientôt. Le père et ses enfants oublièrent tout protocole et s'embrassèrent un long moment au vu de tous, un très long moment même, avant que Bronwyn fasse reprendre conscience à son père que la nuit ne faisait que commencer. Atagavia sourit et s'assit sur son trône, les enfants à ses côtés, et il accueillit comme il se devait les aventuriers, les pressant d'expliquer par quel tour de magie ils revenaient non pas avec un mais avec ses deux enfants. Il avait en particulier du mal à deviner pourquoi sa fille persistait à se moquer de lui en disant qu'elle était allée à Dol Guldur, comme son frère avant elle...

Contre sa volonté tant il était pressé d'aller dormir, Geralt fut bombardé conteur en chef de leurs exploits. Il s'exécuta de mauvaise grâce, résumant aussi brièvement que possible leurs aventures en forêt et à Dol Guldur, parfois complété par Drilun qui enjolivait le récit trop terne de son ami. Raconter la traversée de Dol Guldur comme si c'était aussi simple que de faire son marché, ce n'était pas très crédible ! Mais confirmé et appuyé par Bronwyn et Aldoric, les auditeurs durent finalement admettre que l'impossible était devenu réalité : le frère et la sœur avaient été faits prisonniers là-bas, mais grâce aux exploits des aventuriers et à l'aide des elfes et du magicien brun, ils en étaient tous sortis sains et saufs. Les demandes de précisions ou de nouvelle audition ne manquèrent pas, personne n'ayant envie de dormir... sauf Geralt et ses amis. Il fallut l'insistance du prince et les propres récits de ses enfants pour que les aventuriers puissent s'éclipser.

Ils ne partirent pas tout de suite (pauvre Geralt) mais obtinrent de voir Atagavia en privé. Ils lui expliquèrent qu'ils n'avaient pas donné trop de détails et ne souhaitaient pas s'étendre beaucoup en raison des indicateurs que la ville abritait. Puis ils donnèrent les noms et l'origine de ce qu'ils avaient appris. Ils conseillèrent aussi au prince de ne pas les faire arrêter, du moins pas dans l'immédiat. Mieux valait des ennemis proches et connus que des ennemis inconnus qu'il serait plus difficile de contrôler. Car si les informateurs disparaissaient, ils seraient sans doute vite remplacés. Il était plus sage de les surveiller et de filtrer les informations qui provenaient jusqu'à eux, dans un premier temps. Cela pourrait peut-être même permettre de fournir de fausses informations aux espions du Nécromancien.

6 - Mauvaise surprise
Tandis que Bronwyn et Aldoric continuaient à raconter au peuple de Buhr Widu le détail de leurs aventures dans la Forêt Sombre, Atagavia fit sortir les aventuriers par l'arrière de la longère. Il leur souhaita une bonne nuit, sous-entendant qu'ils se verraient bientôt et avaient encore beaucoup à se dire, mais qu'il respectait ce qu'ils avaient fait et leur besoin de sommeil. Pour lui, la nuit serait courte, si même elle avait une chance de ne pas être définitivement terminée. Geralt et ses compagnons s'empressèrent de retourner à la ferme où ils avaient laissé Rult et ses hommes garder leurs chevaux et autres biens, en rêvant à l'avance d'un sommeil sans histoire dans de la paille profonde. La journée qui suivrait serait certainement bien active...

Rult avait déjà été prévenu par quelques-uns de ses hommes qui, alertés par les bruits nocturnes et inhabituels en ville, étaient allés voir de quoi il retournait. Le chef des mercenaires devina sans mal les désirs de ses employeurs et il ne les questionna pas trop. Le groupe retrouva donc l'étable vide dans laquelle ils avaient élu domicile, et en particulier l'étage occupé par un peu de foin qui restait et qui leur servait de couche. Foin dans lequel ils se jetèrent avec plus ou moins d'empressement et de délice : Geralt en tête, comme à son habitude, suivi peu après par Rob. Vif s'installa non loin de Mordin, à qui la larme de Yavanna avait été confiée. Connaissant sa vulnérabilité aux influences de Tevildo et se doutant qu'il se manifesterait tôt ou tard, elle comptait bien s'éloigner de la larme le moins possible, car l'objet permettait de repousser toutes les influences étrangères, même les plus fortes.

Tous furent bientôt endormis, même si l'on pourrait ergoter sur le repos d'Isilmë, qui n'était pas tout à fait un sommeil mais plutôt un état de rêve éveillé, bien que très profond. En tout cas, ce sommeil ne se déroula pas tout à fait à la convenance de ses dormeurs. En effet, Vif fut alertée par quelque chose d'indéfinissable qui la réveilla bientôt. Surprise, elle se rendit compte qu'il faisait jour, comme le montraient les quelques rais de lumière qui filtraient à travers le bardage de la grange. Ses amis étaient tous en train de se réveiller en même temps, ce qui était plus qu'étrange. Combien de temps avaient-ils dormi ? Mais surtout, un silence inquiétant les environnait, doublé d'une odeur étonnante autant qu’écœurante... de sang.

Elle se leva bientôt, les sens en alerte, imitée par les autres, eux aussi inquiets de ce qu'il se passait. Aucun son d'oiseau ou hennissement de cheval ne venait troubler le silence entêtant, et d'autres que la Femme des Bois sentaient également l'odeur inquiétante de sang à proximité. Ils descendirent sur le plancher des vaches et Geralt s'approcha du portail qui permettait d'entrer et de sortir de l'étable. Il l'ouvrit et regarda à l'extérieur... et son sang se figea. De nombreux cadavres jonchaient le sol, tant ceux d'hommes de Rult que de chevaux. L'un d'eux était en train d'être dévoré sans bruit par un monstre ailé qu'il avait rarement vu d'aussi près, accompagné par un sorcier vu deux semaines auparavant et qu'il aurait aimé ne plus jamais revoir, même en rêve. Et à côté du sorcier, un géant ailé à la peau claire tirant vers le bleu lui faisait de grands sourires en levant son fouet...

Le maître-assassin referma le portail d'un geste brusque et se jeta en arrière en criant "FOUEEEEEET" tandis que l'arme en question traversait sans mal les planches de l'étable et arrivait à le blesser cruellement à une jambe, qui le brûla comme si elle venait de geler. Les ennemis à leur porte, et eux sans armure et sans armes ! Ils étaient perdus... Mais comment tout cela était-il arrivé ? Tandis que Mordin remettait son habit de mailles en toute hâte, Rob et Vif partaient se cacher dans la paille à l'étage, Drilun préparait un sort et les autres prenaient leurs armes au plus vite. Les bords de la grange commencèrent à prendre feu, œuvre sans doute de quelque ténébreuse magie, tandis que les aventuriers les plus perceptifs arrivaient à entendre des cris d'agonie, au loin. Manifestement, il ne fallait pas s'attendre à de l'aide de quiconque, la situation semblait encore pire que dans leurs plus noirs cauchemars ! Les Waildungs étaient-ils tous tombés face aux forces du Nécromancien ?

7 - Convocation
Mais plutôt que de se cacher, Vif s'orienta plutôt vers le nain. Il y avait trop de choses qui clochaient dans ce qui leur arrivait, ne fût-ce que le fait de se réveiller tous en même temps. Arrivée devant Mordin, elle lui ordonna de lui donner la larme de Yavanna. Le marchand ouvrit alors la bourse où il avait déposé l'artefact... mais il n'y était plus ! Rob, très doué pour ce genre de petits tours, fut secoué comme un prunier sans changer grand-chose : il n'avait pas la larme et il ne savait pas où elle avait bien pu passer. Tandis que le nain se ruait à l'assaut du démon de froid, en bas, Vif se mit à fouiller la paille à toute allure. Distraitement, elle entendit des cris et des râles d'agonie en bas, sans doute de Taurgil, et continua ses recherches.

Mais aucune larme n'était présente sous la paille. En revanche, dans le bois du plancher, elle eut l'insigne honneur de voir apparaître une tête de chat grimaçante qui bougeait et semblait se moquer d'elle. Furieuse, elle remit de la paille par-dessus, mais non sans avoir le temps de saisir la convocation que Tevildo lui remettait à sa manière. En bas, c'était au tour du nain de tomber sous les coups de fouet de glace du monstre, tandis que les flammes grimpaient partout de plus en plus vite et haut. La Femme des Bois se mit alors à hurler sans s'arrêter à l'attention de son ami à la barbe fournie : "MORDIN, LA LARME, SUR MOI, VITE !!!". Était-ce Isilmë qui venait de mourir à son tour, plus bas ?

Vif se réveilla brusquement. Son visage lui faisait mal, une lèvre était éclatée et son nez était peut-être cassé tant il était douloureux. Plus loin, elle entendait Rob, Geralt et Drilun qui criaient dans leur sommeil. Les hommes de Rult se tenaient autour d'eux ou près du Dúnadan ou de l'elfe, qui étaient à peine réveillés et livides. Au-dessus d'elle, Mordin était penché et il tenait la larme de Yavanna contre son front. Elle lui fit signe de se dépêcher d'aller utiliser la larme sur les amis encore endormis, ce qu'il s'empressa de faire. Mais il ne put "sauver" de la mort en rêve que le hobbit, tandis que Drilun et Geralt mourraient sous le feu du brasier ou la glace du fouet du démon, pour se réveiller enfin. Ce n'était pas vraiment le repos auquel s'attendait le maître-assassin...

A vrai dire, ça n'avait même pas été du repos du tout. Les blessures reçues pendant ce cauchemar collectif avaient disparu au réveil, mais les angoisses et douleurs demeuraient toutes fraîches dans leur mémoire. Sauf dans celle du nain, qui n'avait absolument pas vécu ce cauchemar traumatisant, sans doute parce qu'il n'avait jamais bénéficié de la magie et de la corruption du Maia. Il avait été réveillé par les cris de Vif toute proche et l'arrivée des hommes de Rult, inquiétés par le bruit. Mais ils n'avaient pu réveiller quiconque. Mordin lui-même avait donné gifle après gifle à la rôdeuse, d'autant qu'il la savait costaude, et même encore plus quand il avait vu que cela ne servait à rien. A présent il était désolé pour son visage un peu bouffi et le sang qui gouttait sur ses vêtements. Et encore plus marri de ne pas avoir songé plus vite à se servir de la larme. Surtout que le cauchemar avait duré bien plus longtemps dans la réalité qu'en rêve : même s'il faisait encore nuit noire, les aventuriers avaient crié un long moment, peut-être une heure !

Vif annonça que c'était la manière de Tevildo de la convoquer pour qu'elle puisse récupérer ses pouvoirs. Manifestement, le prince des chats tenait à lui faire - à leur faire - payer son attente et leur petite escapade à Dol Guldur. Maintenant que Radagast n'était plus auprès d'eux, il avait quartier libre pour jouer avec eux et il ne s'en privait pas. Il avait certainement des choses à demander en échange des pouvoirs, et il annonçait la couleur : il maîtrisait le jeu, il avait les plus gros atouts, il faudrait sans doute passer sous les fourches caudines pour pouvoir dormir tranquillement à nouveau. Restait à aller le voir et à découvrir ce qu'il désirait. Tant qu'à faire, mieux valait ne pas trop le faire attendre. Car en attendant, pas question de dormir : les sommeils magiques d'Isilmë avaient volé en éclat devant la sorcellerie de Tevildo, et l'eau de la gourde de Radagast ne semblait plus avoir d'effet.

8 - Descendance féline
Vif devait donc aller voir son "patron", même si la Femme des Bois se sentait de moins en moins de liens avec lui. En fait, depuis Dol Guldur et la découverte de la larme, et la capacité nouvelle qu'elle avait eue de la sentir, la rôdeuse se considérait plutôt comme une "servante de Yavanna", pour qui elle avait bien plus d'atomes crochus. Pas qu'elle tenait à abandonner son côté félin, qui lui manquait beaucoup, mais elle n'était pas prête à n'importe quoi pour le récupérer. De même, ses amis ne voyaient pas cet entretien d'un bon œil et ils ne tenaient pas à la laisser partir seule. Certes, Tevildo ne voudrait sans doute pas les voir tous et il était en position de force, mais ses compagnons désiraient rester à proximité pour pouvoir intervenir rapidement au besoin.

Diverses questions fusèrent sur le nombre et la nature des amis qui accompagneraient Vif. Bons en combat comme Geralt ? Insensibles à la corruption du prince des chats comme Mordin ou une autre personne équipée de la larme ? Etc., etc., les avis furent nombreux, le groupe prêt à l'accompagner changea de nombreuses fois. Seul Rob ne voyait aucun intérêt à aller accompagner son amie, et en cela tout le monde était d'accord avec lui. Le choix fut enfin fait, avec difficulté, et le groupe se prépara à partir. Vif ne porterait pas non plus la larme avec elle. D'abord parce que le risque serait trop grand que Tevildo s'en empare et la cache ou la jette quelque part ; ensuite parce que la rôdeuse semblait plus utile au grand patron des félins avec toute sa tête que comme une docile marionnette.

Le petit groupe partit derechef pour l'orée de la forêt alors qu'il faisait encore nuit. Ils pénétrèrent ensuite en forêt et avancèrent un moment sans but, jusqu'à ce que la Femme des Bois leur fasse comprendre qu'ils devaient l'attendre là : elle seule devait continuer, d'après ce que le Maia lui avait fait comprendre magiquement. Ils patientèrent donc un moment, les sens aux aguets, mais rapidement ils ne purent plus rien percevoir : Vif s'était trop éloignée, et leur "intervention rapide" était réduite à néant. De toute manière, comment vouloir jouer au plus fin avec un esprit plus vieux que le monde qui pouvait lire dans les pensées de la quasi-totalité des membres du groupe d'aventuriers ?

L'attente fut de courte durée néanmoins. Si Vif avait dû s'éloigner de plus d'un demi-mile, l'échange avec le lynx blanc possédé par le Maia avait été de très courte durée. La rôdeuse était donc vite revenue, toujours sans ses pouvoirs, mais l'air bien furieuse. Sur le chemin du retour, elle parla donc du "contrat" que Tevildo lui avait proposé : en échange du retour de ses capacités magiques, il comptait qu'elle progresse encore dans la maîtrise de ses pouvoirs. Et quel était cette ultime étape de sa magie féline ? L'enfantement d'un nouveau garou, rien de moins. A faire avec Taurgil, pas moins, sans doute pour ses origines royales et les pouvoirs que cela pouvait entraîner, comme avec Míriel d'ailleurs, la fille de Narmegil Eldanar et d'Isis.

Vif avait été assez étonnée de la proposition, car elle ne se sentait pas la capacité de faire une telle magie. Il est vrai qu'avec les pouvoirs de Tina et ceux de Tevildo, elle pouvait s'attendre à tout... Mais en revanche, elle n'était absolument pas d'accord pour servir de ventre à la disposition du Maia, afin qu'il grossisse son armée de pions dans la partie d'échecs qui était la sienne. Elle refusait de n'être qu'un outil, surtout si cela signifiait qu'elle serait éventuellement "jetable" à l'avenir. Elle avait donc refusé, préférant rester humaine et sans chat en elle que d'avoir une descendance féline. Ses amis la taquinèrent, et Taurgil ne se priva pas d'insinuer que Tevildo avait parfois de bonnes idées, mais ils étaient d'accord : donner un nouveau garou à Tevildo était difficilement envisageable, d'autant que l'état de femme enceinte aurait sans doute de lourdes conséquences sur Vif et ses amis. Tous les compagnons les plus anciens ne se souvenaient que trop bien de ce qu'avait enduré Isis.

9 - Débats et choix difficiles
Une fois rentrés, il fallut trouver une solution à cette question d'ordinaire très simple : comment dormir ? Tous étaient épuisés et bien affectés par le cauchemar de leur bout de nuit, et ils ne pourraient vite rien faire sans un peu de sommeil. Ils fabriquèrent des espèces de menottes de corde pour permettre à trois individus de dormir tout en restant en contact avec la larme de Yavanna. Cela n'était pas l'idéal question confort ou intimité, mais cela valait mieux que la privation de sommeil et ce qui s'ensuivrait rapidement. Les trois premiers cobayes prouvèrent que la larme était un rempart efficace contre la magie de Tevildo. Isilmë, qui faisait partie du trio de départ, se réveilla avant les autres et céda sa place et ainsi, au court de la matinée, tous purent dormir et se reposer.

Néanmoins, il fallait compter une douzaine d'heures pour que tous puissent profiter d'un sommeil sans cauchemar. Au cours des jours qui allaient venir, lorsqu'ils seraient partis en guerre, ils n'auraient certainement pas autant de temps à consacrer à leur sommeil. Sur le long terme, donc, ce n'était pas une solution viable de compter sur la larme de Yavanna. D'autant qu'ils pourraient être amenés à se séparer, voire à perdre la larme, et ce n'était pas parce que de nombreuses autres larmes étaient censées exister qu'ils en trouveraient bientôt. Au contraire, elles semblaient même reposer dans des endroits dangereux, ou alors bien cachées. De plus, Tevildo n'en resterait certainement pas là : si Vif refusait d'endosser le rôle qu'il voulait lui voir jouer, il allait certainement accentuer la pression sur eux et leur pourrir la vie. Il se moquait éperdument de la réussite de leur mission, pour autant qu'ils en ressortaient vivants. Il pouvait donc facilement saboter leurs efforts et en tout cas les aventuriers s'attendaient à ce qu'il menaçât de le faire.

Mordin objecta tout de même que cet esprit n'était pas seul au monde, et que des gens comme les magiciens étaient à sa poursuite. Il ne tenait sans doute pas à faire trop de vagues, sans quoi il finirait tôt ou tard par se faire repérer et rattraper. Il était donc possible d'espérer que les cauchemars ne soient que de loin en loin des rappels de ses exigences et non une contrainte au quotidien. Mais ses compagnons, pour qui le cauchemar qu'ils avaient vécu était déjà un de trop, ne partageaient guère son optimisme. De la même manière, il fut envisagé de se réfugier chez Radagast à Rhosgobel, mais l'idée fut vite rejetée : rien ne disait que le magicien accepterait, et personne ne savait s'il pouvait les protéger à distance. Ils se voyaient mal le suivre en permanence ou même que lui accepte qu'ils le suivent. Et puis ce n'était qu'une forme de prison qui ne satisferait personne.

En fin de compte, tous furent d'accord sur une chose : s'ils rejetaient complètement la demande de Tevildo, s'ils ne lui étaient plus d'aucune utilité, il les détruirait tous et ceux à qui ils tenaient par la même occasion. Ce serait la fin de chacun d'eux, et probablement de manière lente et douloureuse si c'était possible. Sans parler de leurs amis nordiques qui feraient les frais de son mécontentement : rien que la perte des pouvoirs de Vif était un coup dur pour les épreuves qui les attendaient. D'un autre côté, il avait beaucoup "investi" en Vif et elle était pour lui comme une reine dans son jeu d'échecs personnel, et la reine est une pièce qu'on ne sacrifie pas aisément. Il tenait à elle, et il fallait qu'il continue à voir en elle - et en eux tous - un intérêt suffisant pour qu'il acceptât de les laisser dormir. Il fallait lui proposer un autre contrat, lui laisser la porte entrouverte pour satisfaire ses intérêts. C'était le plus fort et il les détruirait tous au besoin ; les aventuriers devaient trouver quelque chose qui l'intéresserait plus que le gaspillage de leur mort. Mais quoi ?

Il fallait donc retourner voir Tevildo et essayer de discuter le bout de gras avec lui, et tâcher de trouver quelque chose. Tous comptaient sur la rôdeuse pour essayer de tirer les vers du nez du Maia et arriver à un nouvel accord avec lui, un accord plus satisfaisant que de perpétuer la lignée des chats de Tevildo. Arrivés à ce point du débat, les aventuriers sortirent tous et repartirent vers l'orée de la forêt, sans chercher à savoir qui voulait ou devait venir ou pas. En chemin, ils croisèrent des gardes nordiques qui leur indiquèrent que le prince souhaitait leur parler, mais ils déclinèrent l'invitation et dirent qu'ils viendraient après la résolution d'un problème urgent. Et bientôt ils se retrouvèrent face au mur végétal de la forêt.

10 - Accord à l'arraché
Tout le groupe s'enfonça bientôt dans le sous-bois touffu, et après un moment Vif continua seule. Elle revint vite vers l'équipe, néanmoins, afin de faire participer ses amis, qui étaient concernés, aux débats. Si Tevildo se fit un peu tirer l'oreille, il finit par se manifester. Du moins à ceux qui avaient un lien de corruption avec lui, c'est-à-dire tous sauf Mordin, à qui il fallut retransmettre les débats avec le lynx blanc. Le nain en profita pour fumer et montrer ainsi son dédain au Maia. L'échange avec ce dernier ne fut pas facile, Tevildo évoquant très clairement la possibilité de les tuer tous et de passer à autre chose pour lui s'il ne trouvait pas quelque intérêt à ce qu'ils pouvaient lui apporter. Malgré tout, la Femme des Bois restait ferme : porter un chat de Tevildo en elle, quel que fût le père, était hors de question.

En fin de compte, le lynx blanc consentit à faire une proposition. Vif et ses amis ne voulaient rien faire qui pourrait mettre en péril les peuples libres de la Terre du Milieu, même quelque chose d'aussi neutre que de faire un enfant ? Bien. Alors Tevildo leur aide pour tuer un grand ennemi de ces mêmes peuples libres de la Terre du Milieu, un ennemi qui vivait dans le Grand Nord. Autrement dit, les aventuriers étaient-ils prêts à s'engager à l'aider en ce sens, à sa demande, après leur mission pour l'Arthedain et les seigneurs-cavaliers ? Diverses questions furent posées, dont il ressortit essentiellement qu'il s'agissait d'un ancien serviteur de Morgoth, mais guère plus.

Les aventuriers furent dubitatifs et cherchèrent le piège que le prince des chats devait leur tendre, mais ils n'en trouvèrent aucun. Ce qui était inquiétant était qu'ils ne percevaient pas l'intérêt de Tevildo, alors qu'il y en avait forcément un, mais lequel ? Néanmoins, le contrat semblait acceptable tel qu'il était présenté, même si ce ne serait certainement pas une partie de plaisir. Les aventuriers discutèrent d'ailleurs du genre de créature que cela pourrait être. Mordin pariait sur un dragon, mais les autres penchaient plutôt vers quelque chose d'autre, comme ce démon du froid qui habitait Dol Guldur. Tous regrettaient de ne pas avoir passé plus de temps dans des bibliothèques diverses comme celle de Fondcombe, à étudier les faits anciens et notamment l'histoire des guerres contre Morgoth...

En fin de compte, ils donnèrent leur accord au lynx blanc. Les amis de Vif la laissèrent avec le Maia et s'éloignèrent, non sans que ce dernier ne leur adressât un dernier message concernant le métal qu'il valait mieux ne pas emporter dans le Grand Nord. Un peu plus loin, ils parlèrent de partir de suite voir Atagavia, puisque de toute manière ils n'avaient plus rien à faire là. Les six compagnons étaient divisés, certains voulant attendre leur amie, mais Drilun mit tout le monde d'accord en disant qu'il allait d'abord utiliser sa magie de clairvoyance pour en savoir plus sur leur futur ennemi. Il fouilla le sol aux alentours jusqu'à trouver neuf cailloux de taille similaire, puis il traça une ligne droite dans le sol, ligne au-dessus de laquelle il se plaça. Un côté correspondait à une réponse positive, l'autre à une réponse négative. Il se concentra, puis lança les cailloux en l'air au-dessus de la ligne.

La question qu'il avait posée tout en appelant à lui sa magie était de savoir si l'ennemi du Grand Nord qu'ils devraient abattre était un dragon, comme le suggérait Mordin. Les cailloux tombèrent presque tous du même côté, celui du "non". L'un des cailloux avait quand même atterri côté "oui", ce qui était difficile à interpréter. L'être devait avoir un quelconque rapport avec les dragons, sans doute, mais lequel ? Après cela, le Dunéen reprit les cailloux et les lança en l'air à nouveau après s'être bien concentré. La question était cette fois-ci de savoir si cet ennemi des peuples libres était un Maia, comme ces puissants esprits ou serviteurs divers qui secondaient les Valar ou Morgoth lui-même. Certains se souvenaient peut-être de cet ancien lieutenant de Morgoth qui avait été vaincu lors de la guerre de la dernière alliance des hommes et des elfes, le seigneur des anneaux, connu sous le nom de Sauron... Les cailloux retombèrent tous du même côté, celui du "oui". L'être à abattre était bien un Maia, comme Tevildo lui-même, et probablement un ennemi du prince des chats. Et sans doute quelqu'un d'aussi puissant que lui, voire plus puissant même, puisqu'il avait besoin d'aide...

Restée avec Tevildo, Vif attendit de retrouver ses pouvoirs. Une fois ses amis bien éloignés, elle vit venir à elle de nombreux félins, dont le lynx blanc, mais essentiellement des chats sauvages, quelques lynx et même une espèce de panthère. A la demande mentale du Maia elle s'allongea sur le sol et les félins se blottirent contre elle voire sur elle, en ronronnant pour ceux qui le pouvaient, ou en la léchant et en la traitant comme l'une des leurs. Puis elle vit le visage du lynx blanc s'approcher du sien et ses yeux la fixer de plus en plus près. Tout d'un coup elle perçut comme l'image d'un félin qui jaillit des yeux du lynx pour pénétrer dans les siens et elle sentit à nouveau le pouvoir magique qu'elle avait longtemps connu. Mais il se passa autre chose également : juste derrière l'image du félin qui jaillissait des yeux du lynx, elle vit comme une autre silhouette fantomatique. Cela ressemblait à un petit bout de femme, ou peut-être une enfant ou hobbit sans pieds poilus, femme à la peau blanche, aux chevaux blancs et aux yeux rouges. Silhouette qui semblait silencieusement appeler au secours avant d'être ravalée par les yeux du lynx blanc...

Lorsque Vif revint un peu plus tard, elle ne trouva que trois de ses amis : Drilun, Isilmë et Taurgil n'avaient pas voulu faire attendre le prince des Waildungs et ils étaient tout de suite partis après les sorts de l'archer-magicien. Ils les retrouveraient bien assez tôt de toute manière, et en chemin elle leur parla de la satisfaction de Tevildo, et de son avertissement aussi : il avait bien dit qu'il ne supporterait pas les tentatives de se soustraire à leur accord en essayant de le suivre à la lettre plutôt qu'au fond. Peut-être faisait-il référence au Dúnadan qui avait un moment émis l'idée que "après" leur mission accomplie pour l'Arthedain pouvait être très longtemps après... En tout cas, ils étaient prévenus, le prince des chats ne ferait sans doute pas d'autres fleurs, et il serait illusoire d'essayer de le tromper alors qu'il lisait leurs pensées. Elle évoqua aussi la petite femme entraperçue dans les yeux du lynx, et qui correspondait à la description qu'on leur avait faite de la forme humaine de Tina. Peut-être que l'emprise de Tevildo sur son hôtesse commençait à s'affaiblir...

11 - Préparatifs de guerre
Le petit groupe revint à Buhr Widu, étonnamment calme pour un début d'après-midi, peut-être parce que le clan avait fêté le retour des enfants du prince, dont l'un que tout le monde tenait pour mort, jusque tard dans la matinée. En tout cas, les rares personnes croisées firent toutes de grands compliments aux quelques amis, et leurs sourires et leur chaleur étaient plaisants à ressentir. La longère semblait vide quand ils arrivèrent, mais un garde leur indiqua que leurs amis étaient avec Atagavia dans la chambre privée qu'il utilisait régulièrement, et ils y furent amenés. Ils n'y étaient pas depuis bien longtemps car lorsque les premiers aventuriers étaient arrivés, le prince était encore en train de donner des ordres à des capitaines pour la mobilisation des quelques troupes disponibles et les nouvelles consignes pour optimiser la protection du peuple affaibli par tant de départs.

Une grande carte était étalée sur la table, et les aventuriers eux-mêmes avaient étalé leur carte annotée des éléments trouvés dans les papiers de Dol Guldur. Atagavia résuma à nouveau sa problématique : ses enfants s'étaient occupés de faire partir des messagers pour convoquer les seigneurs des cinq autres tribus, à qui il faudrait sans doute autour d'une semaine pour venir, sauf Mahrcared qui était plus proche. Mais plus de temps que cela serait certainement nécessaire pour qu'ils puissent réunir leurs propres troupes, même si Bronwyn avait suggéré qu'une partie du travail était déjà fait. Le prince des Waildungs avait un demi-sourire en prononçant ces mots, et sans doute devait-il deviner que sa fille avait poussé les autres seigneurs à se tenir prêts pour un tel événement. Mais cette guerre précipitée posait plusieurs problèmes, qui étaient de trois ordres.

Le premier était le temps. En retrouvant les gens de Buhr Widu, les aventuriers avaient appris à quel point ils avaient passé du temps en Forêt Sombre : le jour présent était le dernier du mois que les elfes appelaient Lothron ("en fleur"), c'est-à-dire que l'été arriverait dans un mois à compter du lendemain. Du peu qu'en savait Atagavia, le convoi pour Angmar avait l'habitude de passer le sud des Montagnes Grises au début de l'été, mais il ne connaissait pas vraiment de date précise. Il savait juste que la caravane devait franchir les Monts Brumeux en direction d'Angmar dans l'été, car l'hiver pouvait vite arriver par là-bas, et la neige bloquer les cols. Or il fallait compter peut-être deux semaines pour réunir toute l'armée. Et encore au moins une semaine pour l'amener au sud des Montagnes Grises. Arriveraient-ils à temps ?

Et cela dépendait de bien d'autres facteurs, comme du chemin à parcourir. Le début du trajet ne posait guère de problème, il fallait aller au gué sur la Celduin ("Rivière Courante"), au nord des territoires des Ailgarthas que dirigeait Mahrcared. Ce qui représentait une distance d'environ deux cent quinze miles (~ 345 km) de Buhr Widu, soit cinq jours au pas et moitié moins au trot. Mais ensuite ? A l'est du Long Lac, où la ville d'Esgaroth était bâtie, les terres étaient accidentées et freineraient leur progression voire occasionneraient des pertes s'ils cherchaient à aller vite. Il y avait plusieurs routes possibles également, certaines plus longues et d'autres plus escarpées. Et tout dépendait de leur destination, à savoir le sud des Montagnes Grises ou le nord des Monts de Fer, si le convoi ennemi n'était pas trop rapide. Pour aller vers les Montagnes Grises, il serait sans doute meilleur de prendre par l'ouest du Long Lac, mais cela obligerait à retraverser la Rivière Courante, sans doute à Londaroth, après les chutes. Et ensuite il faudrait encore franchir la Rivière de la Forêt (Taurduin), sur laquelle n'existait ni pont ni gué. Ensuite ce n'étaient que des plaines.

Mais ces plaines, d'un côté ou de l'autre, étaient occupées par d'autres nordiques qui ne verraient peut-être pas d'un bon œil une armée tout saccager sur son passage. A l'est du lac les terres étaient occupées par cinq tribus de Gramuz, ces nordiques paysans qui cultivaient les riches terres au nord de la Celduin. Traditionnellement plutôt des alliés contre les Sagaths, il ne fallait pas se les mettre à dos, d'autant qu'ils pourraient peut-être fournir des provisions qui leur manquaient, vu qu'ils n'avaient pas le temps d'attendre les moissons de la fin du printemps. A l'ouest du lac il fallait compter avec le maître d'Esgaroth et, plus loin, aux quelques clans de nordiques qui gravitaient autour de la bourgade de Dale, au pied de la Montagne Solitaire. Au-delà, ce n'étaient plus que de vastes plaines conduisant vite au pied des Montagnes Grises. Autant le maître d'Esgaroth, du nom d'Odagavia, que les clans de Dale, commandés par Éoder, pourraient peut-être apporter aide ou nourriture. Et que dire d'une aide possible, éventuellement contre rétribution, de la part des nains des Monts de Fer ou des elfes de la forêt ?

12 - Participations
En gros, Atagavia demandait ni plus ni moins aux aventuriers de fournir autant d'aide que possible. Après tout, ils étaient tous dans le même bateau et la guerre qu'ils menaient était tout de même risquée : les peuples du Rhovanion avaient perdu la moitié de leur population et de leurs chevaux pendant la Grande Peste de 1635-1637, et le commerce redémarrait à peine, lorsque les bandits et les Sagaths lui en laissaient la possibilité. C'était donc un peuple déjà très affaibli qui partait en guerre, et qui n'avait pas l'habitude de se frotter à des sorciers et des créatures volantes, dont peut-être même des dragons ! De plus, l'objectif du prince des Waildungs n'était pas seulement de rentrer victorieux, mais surtout de rentrer avec le moins de pertes possible. La guerre était peut-être nécessaire, et bénéfique sur le long terme, mais il ne la ferait jamais de gaité de cœur.

Aux côtés du prince et de ses enfants bientôt là, les aventuriers examinèrent les cartes et firent des suggestions, posèrent des questions et tâchèrent de trouver la meilleure réponse. Par où fallait-il commencer ? Quelle était la meilleure route ? Où mener bataille contre l'armée adverse ? Comment gérer les orcs et loups qui suivraient la caravane ? Combien de temps pour aller voir le roi des nains des Monts de Fer ? Et s'occuper des Maeghirrim ? Ou aller voir les elfes ? Comment faire traverser la Celduin ou la Taurduin aux chevaux ? Pouvait-on construire et emmener des armes de guerre comme des balistes ? Comment se défendre d'une redoutable créature ailée montée par un non moins redoutable arbalétrier ? Fallait-il se séparer pour accomplir le maximum de missions, cela ne risquait-il pas de les affaiblir ? Fallait-il d'abord examiner plus à fond les papiers récupérés ? Etc., etc. Les aventuriers ne pourraient jamais tout faire et encore moins sans prendre certains risques, il faudrait faire des choix.

Mais lesquels ? Un des éléments essentiels, qui leur manquait, était bien la date de passage de la caravane pour Angmar. Son trajet était à peu près connu : elle suivait en général la même route au nord des Monts de Fer et au sud des Montagnes Grises jusqu'à la passe des Monts Brumeux non loin de Gundabad, la plus grande et puissante cité d'orcs de ce côté-ci de la Terre du Milieu. Arriver trop tard pour l'intercepter signifierait chevaucher plus loin en territoire dangereux, sur des terres plus escarpées et moins propices à leurs forces montées, et mieux connues des orcs ou même des dragons. Et Gundabad était une force contre laquelle ils ne pouvaient lutter, d'autant qu'elle était située en montagne peu accessible pour leurs chevaux. Du coup, le passage par l'ouest du Long Lac était peut-être préférable car plus rapide et plat, mais deux rivières restaient à passer qui poseraient problème.

Ces deux points semblaient primordiaux : l'armée pourrait bien sûr passer à la nage, mais ce serait long et fatigant, et les affaires seraient trempées, ce qui sous-entendait que les réserves de nourriture ne se garderaient pas. Réserves qu'il fallait acheter d'ailleurs. Il fut question de construire un pont sur la Taurduin, puis ensuite de faire un pont flottant à partir de barges ou bacs attachés les uns aux autres. Dans le même temps, Mordin, à l'origine de cette idée, parlait aussi d'aller voir son roi à Azanulinbar-Dûm, dans les Monts de Fer, mais il ne pourrait être au four et au moulin en même temps : la capitale naine était distante de bien deux ou trois jours à cheval de la ville d'Esgaroth. Et la ville elfe de Celebannon n'était accessible que par voie fluviale depuis Esgaroth ; Geralt pensait se souvenir avoir entendu un marchand parler d'un voyage de l'ordre d'une semaine pour y arriver...

Petit à petit, la possibilité de partager le groupe en deux se dessina. L'un autour de Mordin irait voir les nains, à l'est, tandis que l'autre, autour d'Isilmë, pourrait démarcher les elfes, à l'ouest. Mais rien n'était encore décidé et tous n'étaient pas forcément d'accord avec cette idée, qui les mettait plus facilement à la merci d'une embuscade ou d'une attaque de la créature ailée et de son mortel cavalier. Enfin, Atagavia précisa que l'armée nordique n'était pas encore établie, et peut-être apprécierait-il un coup de main pour obtenir un maximum de troupes des autres seigneurs-cavaliers, lorsqu'ils seraient là. Après tout, c'était plus envers les aventuriers qu'ils étaient redevables, et non lui-même. Mahrcared serait sans doute là d'ici quelques jours, et les autres d'ici une semaine. Mais leurs troupes ne seraient pas encore prêtes, et leur nombre dépendrait sans doute des ordres et orientations qui seraient donnés au tout dernier moment.
Modifié en dernier par Niemal le 04 septembre 2015, 19:39, modifié 5 fois.

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Horselords - 36e partie : préparatifs de guerre

Message non lupar Niemal » 26 mars 2014, 12:27

1 - Idées et propositions
Pour sa part, Drilun était plutôt partisan de diviser le groupe en deux pour pouvoir faire un maximum de choses. Bien entendu, il ne minimisait pas le risque d'attaque par créature ailée ou embuscade, mais il estimait qu'en mettant de chaque côté des gens perceptifs, des bons combattants à distance comme en mêlée et des gens à la langue bien pendue, ça pouvait s'envisager. Il aurait bien vu un groupe aller voir les elfes et un autre les nains. Comme de plus il était question d'une prisonnière elfe dans les papiers ramenés de Dol Guldur, le groupe allant voir les nains aurait pu faire coup double. L'elfe était en effet dans les Monts de Fer où habitaient les nains, prisonnière des Maeghirrim dont ils connaissaient l'emplacement grâce aux papiers. Le franchissement éventuel des rivières lui semblait également un élément essentiel à prendre en compte au plus tôt : on n'improvisait pas un pont en une journée, et s'il fallait traverser à la nage, les provisions seraient endommagées.

De son côté, Mordin était bien sûr très partant pour aller voir les siens, et il envisageait même de faire miroiter un lingot de mithril récupéré dans le trésor de Dol Guldur pour attirer leur attention et éventuellement obtenir un bataillon de guerriers nains. Idée qui n'était pas forcément au goût de tous : le mithril n'était pas négociable pour certains, et les nains avaient peu d'intérêt face à des cavaliers. Il estimait aussi comme très simple son idée de franchissement de la Taurduin à l'aide de barques et barges mises bout à bout pour faire un pont flottant : avec tout l'or dont ils disposaient et Esgaroth juste à côté, ce serait un jeu d'enfant. Certains firent tout de même remarquer que le commerce avait repris et que les bateaux étaient utilisés pour descendre ou remonter la Celduin, donc que les barges nécessaires ne seraient pas forcément disponibles en assez grand nombre, même si l'idée semblait intéressante et plus pratique que la construction d'un pont en dur.

Geralt, pour sa part, était très remonté à l'idée de séparer le groupe en deux. En particulier, l'archer sur sa féroce créature ailée pouvait faire beaucoup de dégâts, surtout s'il était secondé par des troupes de cavaliers. Pour sa part, la lecture approfondie des papiers de Dol Guldur lui semblait prioritaire et le reste de leurs actions dépendraient de ce qu'ils y trouveraient. Il proposait tout de même de glaner des renseignement par divination magique, d'aller voir la Taurduin qu'il faudrait peut-être passer pour voir de visu comment s'y prendre, et d'aller acheter du ravitaillement chez les Gramuz, ces fermiers et éleveurs nordiques au nord de la Celduin. Aller voir elfes, nains ou Maeghirrim ne venait qu'en dernier dans sa liste des priorités.

Taurgil, de son côté, envisageait de pouvoir laisser Mordin aller seul chez les siens, éventuellement accompagné par Rult et ses hommes. Mais cela parut un peu léger aux yeux de certains, qui rappelèrent par exemple que Dieraglir de Relmether avait à sa disposition peut-être une centaine de brigands bien entraînés et qu'il était réputé excellent archer. De même, le Dúnadan voyait bien Isilmë aller voir les elfes de la forêt, ce à quoi il lui fut répondu qu'elle serait une proie facile et qu'en plus son charisme était du même ordre que celui du hobbit, avec un sous-entendu assez clair... En bon rôdeur et habitué des bois, Taurgil pensait qu'un pont en dur ne serait pas trop long à mettre en place. Mais la distance des bois proches et la difficulté de l'abattage, du transport et de la construction mirent un peu à mal ses estimations.

Bronwyn fut interrogée concernant ces divers sujets. Elle évacua rapidement une idée émise de voyager avec des troupeaux, et parla d'acheter des provisions qui se garderaient chez les Gramuz ou dans les plus proches grandes villes marchandes, à savoir Esgaroth ou Forpays. Elle était d'accord avec Geralt pour dire qu'il ne fallait pas prêter le flanc à une attaque en se divisant. Sa priorité restait pour elle le recueil d'information, que ce fût dans les parchemins ramenés, la magie de Drilun, ou aller voir directement sur place. Puis venait la diplomatie et le commerce, pour établir les conditions concrètes de traversée du nord, ce qui amènerait peut-être des éléments déterminants quant au choix de la route à prendre, au-delà de la rapidité théorique de chacune. Enfin, son père donna une indication concernant la taille de l'armée. Il estimait que sa seule tribu pourrait rassembler un demi-millier d'hommes, et les cinq autres tribus sans doute chacune un peu moins. Le total ferait certainement plus de mille cavaliers, peut-être un peu moins de deux mille au total.

2 - Cailloux et estimations
Un point fit à peu près consensus : la nécessité de consacrer du temps - une semaine - à fouiller les papiers pris à Dol Guldur. Mais le nombre de personnes à mettre à cet ouvrage fit débat. Vif, Taurgil et Drilun étaient ceux qui maîtrisaient le mieux la langue noire ou "noirparler" utilisé dans les papiers, et il ne paraissait pas utile que d'autres qu'eux tentent de déchiffrer les notes ou rapports du Grimburgoth ou les papiers qui lui avaient été adressés. La Femme des Bois n'était nullement une grande lectrice : elle savait déchiffrer, ce qui était déjà mieux que Rob, mais ça n'allait guère plus loin. Elle ne voyait pas l'utilité de consacrer du temps à ça, alors qu'elle pouvait être plus utile ailleurs. Le Dunéen était aussi demandé pour des travaux de magie runique, et sa magie serait encore utile ailleurs, sans parler de ses autres compétences. Peut-être les talents linguistiques et scripturaux du Dúnadan suffiraient-ils, lui qui avait toujours attaché beaucoup d'importance aux livres et aux écrits...

Mais en dehors de cela, toutes les discussions achoppaient sur un élément très simple, dont dépendaient beaucoup d'autres : à quelle vitesse le convoi pour Angmar progressait-il, était-il déjà parti, serait-il possible de l'intercepter ou faudrait-il lui courir après, etc. La féline rôdeuse parla bien d'aller voir par eux-mêmes, mais vu les délais liés aux trajets et la difficulté à tout faire, cela ne motiva pas grand monde. En revanche, la magie ne pouvait-elle les aider ? Bronwyn avait déjà pointé du doigt un endroit idéal stratégiquement pour lancer un assaut sur le convoi. Selon les routes envisagées, il faudrait sans doute autour d'un mois pour amener les armées nordiques là-bas, avec plus ou moins de marge mais aussi d'inconnues et de problèmes liés au ravitaillement selon les routes envisagées. La magie divinatoire de Drilun pouvait-elle leur donner une estimation du temps dont ils disposaient ?

Après de longues discussions sur l'utilité de cette magie qu'Atagavia considérait avec un certain scepticisme, mais aussi sur la manière de poser le problème et de faire ces divinations, l'archer-magicien finit par se décider. Reprenant quelques cailloux qui ne le quittaient plus guère et traçant une ligne au sol, il se concentra sur le lieu à atteindre selon Bronwyn. Le convoi l'aurait-il dépassé d'ici trente-cinq jours ? Les neuf cailloux volèrent, puis retombèrent de part et d'autre de la ligne : un sur la ligne, six côté "oui" et deux côté "non". Mauvaise nouvelle, le convoi était peut-être trop rapide pour pouvoir le bloquer là où ils l'escomptaient. Il refit une autre tentative mais avec un délai de trente jours, et la réponse fut la suivante : cinq cailloux côté non, quatre côté oui. Autrement dit, le convoi serait là à peu près d'ici trente jours. Le temps qu'il faudrait à leurs armées pour y arriver aussi...

Ils n'avaient donc aucune marge et ne pouvaient se permettre de perdre du temps. Bien sûr, ils pourraient peut-être toujours imaginer des stratagèmes pour ralentir le convoi, mais il valait mieux faire en sorte d'arriver avant. En reprenant les estimations de plus près, Atagavia fit remarquer que cela lui paraissait quand même jouable : en dehors de Mahrcared qui arriverait là sans doute d'ici trois jours, les autres seigneurs mettraient bien une semaine pour se rassembler à Buhr Widu ou y amener des émissaires. Il estimait qu'il faudrait bien encore une semaine pour que les troupes soient prêtes. Restait à les déplacer jusqu'au nord : par l'ouest du lac, une dizaine de jours semblait amplement suffisant, vu les vastes plaines. Mais il faudrait franchir deux rivières d'une manière ou d'une autre, par exemple par un pont flottant fait à l'aide de barges et barques, comme proposé par Mordin. A l'est du lac, le terrain était plus long et accidenté, et passait chez les Gramuz, ces nordiques fermiers et éleveurs. S'ils ne s'opposaient pas à leur passage, cela pourrait être un atout car ils pourraient même ravitailler l'armée. Et combattre la faim au ventre n'était jamais une bonne chose...

Le mieux restait encore d'aller voir sur place. Il n'était pas envisageable de visiter tout le pays à traverser et les clans et tribus qui y résidaient, mais en ce concentrant sur les principaux chefs des Gramuz, au nombre de cinq, l'affaire paraissait à leur portée et probablement profitable. D'autant que l'un d'eux, du nom de Brogdin, semblait bénéficier d'un prestige assez grand auprès des autres et c'était le plus près des territoires des seigneurs cavaliers. Il n'était pas toujours facile à trouver car il voyageait beaucoup, mais Mahrcared et lui étaient amis : peut-être que le chef des Ailgarthas, présent d'ici trois jours, aurait de bons conseils à donner ? Par ailleurs, Bronwyn souligna la nécessité de penser au plus vite au ravitaillement. En plus des Gramuz, les deux plus grands centres urbains où trouver marchands et nourriture étaient Esgaroth et Buhr Waldlaes, encore appelé Forpays. La "ville des voleurs" était de loin la plus proche et les aventuriers avaient là-bas de nombreux contacts. En attendant Mahrcared, un petit saut là-bas paraissait tout à fait justifié.

3 - Achats divers et variés
Le lendemain, les enfants du prince partirent de leur côté pour rassembler des troupes et organiser les Waildungs qui seraient affaiblis par le départ de tant de guerriers. Taurgil se plongea dans les notes ramenées de Dol Guldur, et Drilun alla voir les artisans qui avaient commencé à travailler sur une armure de cuir spécial pour Mordin. Armure dont la veste n'était pas encore terminée, et dont la fabrication avait été arrêtée peu après le départ des aventuriers. A présent, les deux artisans étaient bien trop pris par l'effort de guerre pour occuper tout leur temps à cette armure, mais Bronwyn avait obtenu que l'un d'eux consacrât une journée à la finition de la veste de cuir spécial.

Les autres membres de l'équipe prirent leurs chevaux, et Rob monta avec Geralt. Puis ils galopèrent vers Forpays sans ménager leur peine ou leurs montures, et ils y arrivèrent en tout début d'après-midi. Le nain cria de manière si forte et agressive que les ruelles labyrinthiques de la ville se vidèrent devant eux, et ils parvinrent bientôt à la petite forteresse occupée par la guilde des voleurs. Reconnus sans mal, ils expliquèrent le but de leur visite et ils furent bientôt invités à entrer jusqu'à une petite pièce d'un des bâtiments. Mard Neffar, le marchand en chef des voleurs, les attendait derrière une porte, à travers laquelle Mordin et lui échangèrent en rivalisant de propos à moitié vrais, de faux soupirs ou gémissements et d'exclamations exagérées.

Contre la somme faramineuse de cent pièces d'or payables d'avance, le nain fit l'achat d'assez de vivres pour nourrir une armée de mille hommes pendant un mois. Ce qui au final n'était pas si cher que ce à quoi les aventuriers s'étaient attendus, et ils se félicitèrent de pouvoir bientôt compter sur un tel ravitaillement, normalement disponible d'ici une semaine. Cette nourriture se garderait un mois environ et était constituée de pain dur, de biscuits, de fruits secs, de viandes ou fromages qui l'étaient encore plus (secs), de tubercules divers, voire de farines variées à cuisiner en route avec lait ou eau, sel et levure. Mordin négocia encore le transport de toute cette nourriture jusqu'à Buhr Waldmarh, ville au nord entre Forpays et Buhr Widu, pour quatre pièces d'or supplémentaires : il faudrait bien aux voleurs au moins une dizaine de chariots et trois allers-retours pour amener les vivres jusque-là.

Après quoi les échanges marchands portèrent sur des stimulants tels que du trèfle de lune pour voir dans l'obscurité. Le groupe aurait bien voulu avoir aussi des noix de l'écureuil, dont l'utilité n'était plus à démontrer, mais Mard se contenta de dire qu'il n'avait rien en stock et que Rillit l'écureuil, chef des cambrioleurs, était sa seule source et qu'il fallait voir directement avec lui. A ce nom, un visage à l'envers apparut à une fenêtre, bien entendu celui de l'Homme des Bois dont il était question. Il invita Vif à le rejoindre sur le toit, ce qu'elle fit sans mal. Il lui expliqua que ce n'était pas la saison et qu'il garderait le peu qui lui restait. Elle le taquina en parlant de leur passage à Dol Guldur et du défi que cela pourrait être pour lui, mais il répondit qu'il n'était pas assez fou pour vouloir cambrioler le Nécromancien en personne. Avant qu'elle ne redescendît, il lui dit de faire attention à l'un des leurs - un Homme des Bois - qui servait justement le Nécromancien sous les traits d'un bateleur, quelque part dans le nord. Mais il ne put en dire davantage, comme s'il n'avait rien de sûr à lui dire de plus.

Les aventuriers satisfaits prirent congés des voleurs de la ville et passèrent par la boutique de Wartik l'herboriste, dans le quartier des belles de nuit. Mais il n'avait guère de stimulants à leur vendre : d'abord parce qu'ils avaient déjà en grande partie vidé sa boutique de ses plus précieuses herbes lors d'un précédent passage, ensuite parce que le clan de voleurs était lui aussi très demandeur de ce genre de denrées. Et bien entendu, le gros de ses réserves concernait des stimulants sexuels ou des contraceptifs, ce qui n'intéressait nullement les aventuriers. Ils trouvèrent quand même quelques achats à faire chez lui comme de l'athelas ou des contrepoisons, puis ils sortirent et reprirent leurs montures.

L'après-midi n'était pas très avancé et le solstice d'été était seulement dans un mois, donc les journées étaient déjà longues. Aussi la troupe repartit-elle au galop et ne s'arrêta-t-elle pas avant d'arriver à Buhr Widu à la nuit tombée. Ils avaient fait le trajet de quatre-vingt-dix miles (~ 145 km) aller et autant retour dans la journée et fait bien avancer leurs affaires, aussi étaient-ils tous contents. Sauf peut-être le hobbit : non seulement cette chevauchée avait épuisé Rob, mais elle avait également bien usé son fondement, quelque peu ensanglanté par ces efforts trop intenses pour son cuir un peu trop délicat. Isilmë usa de sa magie pour accélérer sa guérison, et le lendemain il n'en avait plus qu'une peau un peu sensible et quelques désagréables souvenirs...

4 - Nouvel objectif
De leur côté, Drilun et Taurgil n'étaient pas restés inactifs, mais avec bien moins de résultats. Le premier avait eu une mauvaise surprise avec l'artisan chargé de finir l'armure de cuir spécial pour Mordin. L'homme ne devait pas être dans un de ses meilleurs jours car il accumula les bourdes. Si rien d'irréparable ne fut accompli, le chantier n'avança pratiquement pas et l'homme jeta l'éponge à la fin de la journée, estimant qu'il n'avait vraiment pas la tête à cela avec tout le travail qu'on lui avait demandé par ailleurs. Il est vrai que devant la demande d'armures et autres équipements en cuir suite aux préparatifs de guerre, son collègue et lui ne dormaient que le minimum et ils faisaient des journées doubles.

Le Dúnadan, lui, n'en était qu'au début du tri et de la lecture de l'intégralité des parchemins pris à Dol Guldur. Il lui faudrait encore six jours de plus pour arriver à y voir à peu près clair sur tous les sujets évoqués. Il aurait bien aimé aller chercher des herbes en forêt et en particulier du lichen du bûcheron, qui permettait d'affûter magiquement les lames. Avec l'aide de la larme de Yavanna, cela aurait sans doute été un jeu d'enfant d'en trouver, et il était curieux de voir si les propriétés magiques de l'inerenerab donné par les Hommes des Bois s'appliqueraient aux effets magiques du lichen. Mais avant de partir, ses amis lui avaient déconseillé de partir seul avec la larme : les agents du Nécromancien ou peut-être Tevildo ne seraient sans doute que trop heureux de le débarrasser de l'artefact, voire de lui. Il n'avait donc rien fait d'autre que lire et trier ; sauf pour un passage matinal et quotidien dans un abattoir pour satisfaire la soif de sang de son cimeterre ténébreux.

Taurgil ayant commencé son travail d'érudit, les autres ne tenaient guère à l'interrompre ou l'aider au risque de le perturber. Drilun n'avait plus l'aide d'un artisan du cuir et lui-même n'avait pas les compétences nécessaires pour travailler une telle substance, il ne voyait donc pas l'intérêt de rester. Avec ses compagnons, il choisit d'aller voir Brogdin puis les nains. En effet, les aventuriers disposaient de six jours à attendre après leur retour de Forpays : en dehors de Mahrcared qui serait sans doute là d'ici deux jours, les autres seigneurs arriveraient à ce moment-là et Atagavia comptait sur les aventuriers pour les persuader de donner le maximum. Mais en six jours, en gardant une allure de galop voire plus, il serait sans doute possible de trouver Brogdin et de faire des affaires avec lui, puis d'aller aux Monts de Fer pour faire de même avec Fulla III, le chef des nains, et d'être revenu à temps.

L'équipe partit donc au petit matin, accompagnée de cinq hommes de Rult, laissant le Dúnadan à Buhr Widu, mais aussi le hobbit dont le peu de goût pour les chevauchées trop intenses prédisposait à rester. Il se consola en utilisant le matériel d'apothicaire magique qui avait été trouvé dans le château au-dessus de Forpays : toute la journée il filtra et concentra les effets protecteurs d'une dizaine de contrepoisons de faible intensité de manière à obtenir un unique contrepoison bien plus puissant et efficace contre les substances que leurs ennemis mettaient parfois sur leurs lames ou flèches. Il allait même y passer une deuxième journée afin d'obtenir un deuxième tel contrepoison, tandis que son grand ami continuait à lire, trier et classer les papiers...

Drilun, Geralt, Isilmë, Mordin et Vif, quant à eux, galopèrent à bride abattue vers l'est aux côtés des cinq mercenaires, puis progressivement vers le nord à partir de Buhr Waldmarh. Malheureusement, il pleuvait légèrement, ce qui freina leur allure au départ. Par la suite, l'archer-magicien décida d'utiliser la magie pour repousser la pluie autour d'eux et faciliter leurs déplacements. Néanmoins, ils ne purent couvrir les deux cent quinze miles (~ 345 km) qui les séparaient du gué sur la Celduin en une journée, mais durent s'arrêter aux deux tiers. Après une nuit reposante - et trop brève pour Geralt - chez des nordiques de la tribu des Ailgarthas, ils repartirent le lendemain et arrivèrent enfin au gué sur la Celduin. Un petit village existait là auparavant, mais il avait été abandonné pendant la peste puis pillé, et il n'en restait que des ruines.

5 - Au nord de la Celduin
La rivière était gonflée par les pluies récentes mais le gué était facilement franchissable à cheval, l'eau arrivant à peine à la poitrine d'un homme normal. Mordin apprit à ses compagnons que la Rivière Courante, ou Celduin en langue elfique, était fréquemment parcourue par des bateaux et barques à fond plat qui faisaient la navette entre le pays de Dorwinion et la ville d'Esgaroth sur le Long Lac. A vide, elles n'avaient aucun problème pour franchir ce gué, mais à plein, les Rats des Rivières, ces hommes qui faisaient avancer les embarcations à l'aide de perches, devaient descendre et tirer le navire à l'aide de cordes, parfois. Le groupe traversa sans mal, Vif puis Geralt allant même jusqu'à faire le trajet debout sur leur cheval, afin de ne pas se mouiller les jambes.

Après un déjeuner à l'abri dans une des bâtisses en ruines, les cinq aventuriers et leurs gardes repartirent sur le chemin qui longeait la rivière, en suivant le courant. Le nain se souvenait en effet d'une bourgade de plus d'une centaine d'âmes, pas très loin, nommée Buhr Chep. Elle était perchée sur une colline qui surplombait la rivière et comportait deux moulins à vent. Qui disait moulin disait farine et achat possible de pain, biscuit, et autre ravitaillement ; et de plus, les gens de la ville pourraient sans doute les renseigner sur les éventuels déplacements de Brogdin, chef des Frithas. C'était l'une des cinq tribus des Gramuz qui occupaient la région fertile au nord de la Celduin et à l'ouest de la Carnen ("Eau Rouge" en langue commune), cet affluent de la Celduin qui descendait des Monts de Fer et marquait le début des terres des Sagaths.

Après une bonne heure de galop sur la route et sous la pluie, le village fortifié fut en vue. Après une discussion avec un garde à l'entrée, Mordin déclara qu'ils n'avaient aucune marchandise à vendre. L'homme ouvrit alors le portail dans la palissade et les laissa entrer dans demander de taxe. Puis ils laissèrent leurs chevaux à une écurie, sous la garde des hommes de Rult, et se dépêchèrent de gagner le bâtiment le plus imposant de la ville. C'était un grand hall qui servait à la fois de centre administratif mais aussi de demeure pour les familles du maître de la ville, Gaedeling, et du chef des gardes, Banagar, et leurs serviteurs. Ou du moins ce qui restait de leurs familles, la peste d'il y a quelques années ayant prélevé son écot.

Le maître de Buhr Chep se souvenait de Mordin et il lui fit bon accueil, s'étonnant tout de même de le voir sans caravane ni marchandises et avec si peu de compagnons. De plus, le nain avait fait se presser le garde de l'entrée en disant qu'ils venaient de la part des seigneurs cavaliers au sud, et Gaedeling était curieux d'apprendre ce que cela signifiait. Mordin lui dévoila donc en partie leur mission et la préparation de la guerre contre les Sagaths et le convoi pour Angmar. Avec comme objectifs à court terme l'achat de ravitaillement pour l'armée de cavaliers et la recherche de Brogdin afin de discuter du passage de l'armée sur les terres de sa tribu et l'obtention de vivres et de conseils éclairés.

L'homme se montra aimable et renseigna les aventuriers du mieux qu'il le pouvait sur les déplacements du chef des Frithas. Il avait eu connaissance de son passage non loin quelques jours auparavant, et il donna quelques directions et points de repère. Mais ensuite il faudrait demander sur place quelle route il avait bien pu prendre. Après quoi les greniers furent visités, mais les stocks étaient au plus bas et les moissons n'avaient pas encore commencé. Des commandes furent passées de biscuits et pain dur mais aussi de poisson séché, la ville possédant un embarcadère et quelques pêcheurs, mais cela n'allait guère loin et ne pourrait sustenter beaucoup la future armée. Il fut convenu que les vivres seraient stockées sur place, vu la proximité avec le gué sur le Celduin. Puis le groupe repartit dans la direction qui lui avait été indiquée.

6 - Sur la piste de Brogdin
Les aventuriers choisirent vite de s'en remettre aux cailloux et à la magie de Drilun. En effet, le chef des Frithas était susceptible d'avoir fait un circuit long et compliqué et peut-être n'était-il en fait pas très loin. A l'aide d'une carte et de ses cailloux, le Dunéen se faisait fort de trouver dans quelle portion du territoire le chef gramuz se trouvait. Il suffirait alors de s'y rendre et de poser des questions, ce qui ferait sans doute gagner du temps. En effet, courir après lui en demandant de ses nouvelles pouvait prendre des jours et ils n'avaient pas de temps à perdre comme cela. Une ligne fut donc tracée sur le sol, les cailloux furent saisis, et l'archer-magicien se concentra sur la carte.

En utilisant une ligne est-ouest puis nord-sud, il espérait rapidement arriver à un secteur précis. Mais le flou lié aux cailloux ne facilita pas la tâche, d'autant que l'homme était sans doute en déplacement avec quelques gardes et amis. Néanmoins, après quelques essais, une zone de la carte put être bientôt isolée, vers laquelle les aventuriers se rendirent. Ce qui n'était pas si simple que cela : des haies et champs cultivés se tenaient entre eux et leur objectif, et le terrain était loin d'être plat. Il était donc impossible d'avancer en ligne droite comme aurait pu le faire un oiseau. Par ailleurs, même si Mordin était en terrain connu, il en connaissait surtout les plus gros bourgs et les routes principales et non chaque ferme et ses petits sentiers.

Drilun avait eu un moment l'idée d'utiliser un sort d'écoute pour les aider à identifier Brogdin et sa troupe, mais chemin faisant, il avait vu que cela n'aurait sans doute pas donné grand-chose : la région comportait diverses fermes et petits groupes d'habitants, aux champs ou ailleurs, à pied ou à cheval. Et si Brogdin voyageait beaucoup, il pouvait à tout moment se trouver avec d'autres groupes de gens puisque c'était le but de son voyage : voir son peuple afin d'être bien informé et éventuellement résoudre les problèmes ponctuels qu'on pouvait lui soumettre. Alors ils progressèrent petit à petit, avec l'idée de consulter régulièrement les cailloux pour faciliter leur voyage. Quand la chance ou les Valar leur sourirent de manière assez particulière.

En effet, alors qu'ils se tenaient sur une hauteur à chercher leur chemin, Vif fixa bientôt un point lointain sur l'horizon. Chacun savait qu'elle avait des sens exceptionnels même sous sa forme humaine. Néanmoins, les conditions n'étaient pas les meilleures : il faisait humide avec un petit crachin qui masquait en partie le territoire et atténuait les sons. Pourtant, la Femme des Bois annonça bientôt qu'elle savait où était le chef des Frithas : par un mélange de perception auditive et visuelle, voire de la pure intuition, elle avait "vu" un groupe de cavaliers importants à moins d'une dizaine de miles au loin. Geralt lui-même, avec l'aide de la longue-vue, aurait eu bien du mal à accomplir une telle prouesse ; et en plus la féline rôdeuse n'avait jamais vu Brogdin et n'en connaissait que ce que Bronwyn lui en avait dit. Mais elle était sûre d'elle, et elle emmena bientôt ses compagnons dans la direction où elle avait vu leur objectif.

Et après une heure, il apparut qu'elle avait bien raison. Les aventuriers et leurs gardes rattrapèrent une dizaine de cavaliers, dont l'un plus âgé qui ressemblait bien à la description qu'on leur avait donnée de Brogdin... et qui était bien le chef des Frithas. La Femme des Bois était toute fière de sa prouesse qui avait de quoi rendre jaloux même des oiseaux de proie, mais personne n'aurait eu l'idée de le lui reprocher, vu le temps qu'elle leur avait fait gagner. Après s'être salués, les aventuriers découvrirent que Brogdin était bien tel qu'on leur avait décrit : comme Mahrcared, c'était un grand cavalier et sans doute un féroce guerrier qui ne tenait pas en place. Ses cheveux et sa barbe blanche - il était âgé de 49 ans - ne cachaient pas ses yeux pleins d'énergie, et ses compagnons lui témoignaient un très grand respect.

L'homme montra bientôt qu'il avait entendu parler d'eux et qu'il connaissait un peu le projet des Éothraim, sans doute par Mahrcared, chef des Ailgarthas, avec qui il était ami. Il était enchanté d'avoir une telle compagnie et, tout en continuant à chevaucher vers sa destination, il ne put s'empêcher de poser des questions sur la véracité des récits qu'on lui avait faits. Ils lui semblaient tellement exagérés... Néanmoins, Geralt et Drilun avaient été reconnus vainqueurs de plusieurs épreuves du tournoi, sans parler de Vif pour ses devinettes, et cela n'était pas contestable. Peu avant d'arriver au petit groupe de longères qui étaient sa destination, il fit un clin d’œil aux aventuriers et les défia à la course vers les bâtiments visibles au loin dans le soir tombant. Et il lança sa monture au triple galop.

7 - Le chef des Frithas
Geralt montra qu'il n'avait pas usurpé son premier prix au concours d'équitation et il arriva nettement premier. Brogdin arriva peu après, suivi non loin par Mordin et Drilun, tout étonné de sa performance, côte à côte, puis les autres. Après quoi le chef des Frithas, non sans avoir rassuré ses gardes et les membres de la communauté fermière où ils venaient d'arriver, prit ses armes et se mit face à Geralt. Il avait vu qu'il était un excellent cavalier, et il tenait maintenant à le tester en tant que guerrier. A dire vrai, son ami Mahrcared lui avait vanté les talents de l'Eriadorien, et il ne demandait qu'à vérifier. Ce qui fut vite fait : le maître-assassin se prêta au jeu et montra sa parfaite maîtrise du combat à l'épée, qui surclassait largement les talents de Brogdin, pourtant lui-même loin d'être ridicule et sans doute l'égal de Bronwyn. De bonne grâce et même enchanté, l'homme finit par s'avouer vaincu, et il demanda comment Mahrcared avait pu battre le maître-assassin...

Les deux groupes de cavaliers, après s'être occupés des chevaux, furent ensuite invités par les fermiers nordiques. Tandis qu'ils se restauraient, Brogdin vanta leurs exploits dont il avait eu vent à ses hôtes tout en demandant des détails ou confirmations. Les aventuriers s'exécutèrent avec plaisir mais sans trop en dire non plus tellement la vérité pouvait parfois paraître peu crédible. La prise d'Ilanin et la fuite des Sagaths face à Vif montée par Geralt, par exemple, firent partie du lot. Vaincre des centaines de Sagaths à huit était déjà tellement peu crédible, pas la peine d'en rajouter en disant qu'en fait l'essentiel du travail avait été le fait de seulement deux d'entre eux...

Plus tard dans la soirée, Brogdin redevint plus sérieux et aborda le sujet pour lequel il avait été approché. Il était au courant d'une guerre possible contre les Sagaths et l'attaque d'un convoi exceptionnel pour Angmar, et il tenait à en savoir plus et ce qui pouvait bien motiver ces intrépides aventuriers. Car il ne cachait pas son scepticisme face à une telle entreprise : les Sagaths étaient de redoutables guerriers, et leur proximité avait de quoi faire hésiter tous ceux qui prendraient part, même indirectement, à un tel projet. Même en cas de victoire, les tribus restantes garderaient une dent contre les vainqueurs et risquaient de leur rendre la vie dure. Et c'était sans compter sur les sorciers et les échos de créatures magiques ou maléfiques, toutes plus féroces et terribles les unes que les autres...

Les aventuriers, et en particulier Mordin, répliquèrent que certaines créatures avaient déjà été anéanties, avec le culte maléfique qui endoctrinait une partie des Sagaths. Grâce à leur action passée, les orientaux - du moins ceux qui suivaient aveuglément les ordres du Nécromancien ou plutôt de ses sbires - étaient à présent affaiblis. En frappant fort et en obtenant une victoire éclatante, avec un minimum de pertes de leur côté, les nordiques pourraient réduire la menace des Sagaths de manière durable voire définitive : ils ne pourraient plus jamais être plus qu'une épine dans le pied à leurs frontières. Tous en profiteraient, Éothraim comme Gramuz, et c'était donc la raison pour laquelle les gens de Brogdin et les autres Gramuz avaient tout intérêt à soutenir l'armée nordique qui passerait prochainement. Sans parler du butin transporté par le convoi lui-même, qui profiterait à tous et pas juste aux guerriers, même si les Éothraim en seraient les premiers bénéficiaires. Les amis et alliés ne seraient pas oubliés, d'autant que la taille du convoi laissait augurer un trésor de guerre conséquent...

Ce discours sembla plaire à Brogdin. Après réflexion, il annonça qu'il se rangerait à leur côté du mieux qu'il le pourrait. De manière indirecte : avec les prochaines moissons, pas question de participer à une bataille, leurs jeunes avaient mieux à faire que ça. En revanche, non seulement il permettait le passage des troupes à travers leurs terres, mais il annonça également qu'ils seraient gratuitement ravitaillés avec des produits frais aussi longtemps qu'ils seraient chez lui. Mieux encore, il allait voir avec les chefs des autres clans gramuz et il garantissait qu'au minimum il obtiendrait qu'ils puissent leur accorder le libre passage. Ce qui n'empêchait pas d'aller les voir après qu'il leur aurait touché deux mots pour obtenir produits frais, ravitaillement et conseil. Concernant l'achat de vivres qui se conserveraient, il annonça qu'il pourrait rassembler de quoi nourrir une armée de mille hommes pour une quinzaine de jours, ce pour quoi Mordin lui versa cinquante pièces d'or.

Il discuta également des routes envisagées pour gagner le sud des Montagnes Grises. Petit à petit, avec l'aide des Gramuz déjà partiellement acquise, il apparut que le passage par l'est du lac était le plus intéressant : le ravitaillement était garanti, sans parler des conseils pour prendre les bonnes routes et ne pas perdre de temps. Après avoir traversé le territoire des Frithas, le passage par l'est du Long Lac à travers les terres des Brogingas, autre clan gramuz, promettait d'être rapide et sans souci. Ce soutien aurait aussi un effet très positif sur le moral des troupes, et il n'y avait aucun pont à construire nulle part. Les quelques journées éventuelles perdues à faire ce détour, comparé au passage à l'ouest du lac, seraient donc largement regagnées en termes d'impondérables et autres problèmes évités.

Tout paraissait plus clair et facile, et les aventuriers passèrent une bonne nuit, avant de repartir le lendemain matin sous un soleil éclatant en direction des Monts de Fer. L'avenir leur semblait bien prometteur, et Geralt en oublia même de dire qu'ils allaient tous mourir de toute façon... Comme leur planning restait tout de même serré, ils avaient demandé aux quelques hommes de Rult qui les accompagnaient jusque-là d'aller les attendre au gué sur la Celduin. Ils comptaient en effet sur une journée entière pour aller chez les nains, une journée pour discuter ou marchander, et une journée pour revenir au gué. Et les chefs des Éothraim étaient censés arriver à Buhr Widu le lendemain, alors qu'il fallait une bonne journée de galop pour atteindre la ville depuis le passage sur la Celduin - en espérant qu'il fasse beau. Les mercenaires présents au gué feraient au moins en sorte de leur garantir des chevaux frais s'ils étaient à la bourre...

8 - Or et matériel
Tandis que leurs amis chevauchaient sur les terres des Frithas afin de rejoindre la route des nains (Men-i-Naugrim), Taurgil et Rob apprenaient au lever du jour que Mahrcared et divers cavaliers de la tribu des Ailgarthas étaient arrivés la veille, au début de la nuit, à Buhr Widu. Autrement dit, Atagavia les convoquait afin de peser sur les décisions du vieux seigneur cavalier. Le Dúnadan et le hobbit ne se firent pas prier et ils arrivèrent bientôt à la grande longère du chef des Waildungs, où Atagavia et Mahrcared les attendaient. Le chef des Ailgarthas fut un peu déçu de ne pas voir Geralt, qui l'avait beaucoup impressionné lors de leur précédente rencontre, mais il avait le rôdeur dúnadan également en bonne estime. Il eut un regard curieux pour le petit voleur aux pieds poilus, mais il ne fit pas de commentaire.

Le vieux guerrier, s'il était déjà convaincu des objectifs de l'entreprise, n'en cacha pas moins ses difficultés. Entre les moissons qui seraient ratées çà et là, les migrations d'une partie des tribus pour éviter de possibles ennuis ou représailles, le délai trop court pour équiper correctement les guerriers avec le travail de leurs artisans, les stocks d'or qui n'avaient jamais été plus que maigres ces dernières années... Avait-il besoin de détailler davantage ? En un temps si court, il serait amené à compenser beaucoup de choses manquantes pour la préparation et l'équipement de l'armée avec un or qui lui faisait défaut. Plus il se sentirait à l'aise sur ce sujet, plus nombreux seraient les cavaliers sur le champ de bataille.

Le chef des Ailgarthas demandait donc un prêt pour pouvoir mieux équiper son armée, en quelque sorte. Dans les discussions qui suivirent, il évoqua la somme de quatre cents pièces d'or pour permettre l'équipement de quatre cents cavaliers. Taurgil hésita, sans parler de Rob, car il ne se sentait pas à même de décider pour l'ensemble du groupe. D'un autre côté, Mordin avait laissé bien plus d'or que cela en partant, sans même parler de la petite réserve que le hobbit avait gardée par-devers lui, réserve tout de même loin d'être négligeable et qui couvrait presque la moitié de ce que demandait le seigneur. Aussi le Dúnadan finit-il par accepter ce marché afin de garantir le maximum de troupes de la part des Ailgarthas, la plus ancienne tribu présente dans le Rhovanion parmi toutes celles des Éothraim. Avec les cinq cents d'Atagavia, cela faisait dès à présent neuf cents cavaliers !

Après réflexion, Taurgil proposa également à Mahrcared de se servir en nature. En effet, ses amis et lui avaient récolté une réserve conséquente de très bonnes armes et armures prises à des Sagaths d'élite au service de rôdeurs noirs et autres serviteurs du Nécromancien. Une partie avait été vendue, mais il en restait une bonne part. Par ailleurs, se dit le rôdeur, s'il fallait donner ce matériel d'élite à des alliés, autant que cela soit aux Ailgarthas, dont la réputation guerrière n'était plus à faire. Avec ça, de toutes les tribus qui composeraient l'armée nordique, ils étaient sans doute ceux qui connaissaient le mieux les terres les plus au nord, de par leur histoire et par l'emplacement des terres de la tribu.

Le chef des Ailgarthas déclara qu'il était intéressé et, à l'issue de la réunion en fin de matinée, il alla visiter le stock d'armes et armures qui remplissait un chariot complet. Ses commentaires enthousiastes concernant les cottes de mailles et armes de qualité laissèrent à penser que Taurgil ou Rob n'auraient pas besoin de débourser la moindre pièce d'or. Et effectivement, Mahrcared se contenta de prendre l'intégralité du stock d'armes et armures, chariot compris. Ce qui simplifiait d'autant la gestion des affaires des aventuriers. Après quelques dernières discussions sur les différentes routes possibles pour arriver à temps pour bloquer le convoi, les Ailgarthas repartirent chez eux en promettant de revenir d'ici trois jours pour rencontrer les autres chefs et faire part de l'avancée de leurs préparatifs.

9 - Moisson d'herbes en solitaire
Mahrcared et ses cavaliers une fois repartis, Taurgil se replongea derechef dans les papiers de Dol Guldur pour rattraper le temps consacré à la diplomatie. Rob, de son côté, s'interrogea : que pouvait-il faire pour aider l'équipe ? Ces derniers temps, il avait du mal à trouver sa place dans l'équipe, ayant le sentiment d'être avant tout un boulet, au propre comme au figuré. Ayant frôlé deux fois les ailes de la mort, il avait dû être secouru et transporté par les autres, comme à Dol Guldur. Son côté gamin irresponsable s’accommodait mal du risque élevé qu'ils couraient tous en permanence, et sa constitution bien plus fragile que celle des Grandes Personnes ne pardonnait guère face aux ennemis à qui ils faisaient face régulièrement. A une époque, être discret et d'aspect inoffensif pouvait suffire pour le tirer d'affaire, mais ce n'était plus vraiment le cas à présent.

Au-delà de ses talents d'archer qui pour l'instant ne lui servaient guère, restait tout de même ses facilités avec les herbes comestibles ou utiles. Les deux soirs précédents il était allé chercher des champignons pour mitonner de bons plats à Taurgil et lui, ainsi qu'aux hommes de Rult qui avaient apprécié le changement de régime. Et il avait utilisé le matériel d'apothicaire du Dúnadan aussi bien qu'aucun autre membre de l'équipe n'aurait pu le faire. Ses amis avaient déconseillé à Taurgil d'aller seul en forêt chercher des herbes, particulièrement avec la larme de Yavanna. Mais lui, Rob, était plus discret et insignifiant que le rôdeur dúnadan. Il irait donc et verrait ce qu'il pouvait trouver qui les servirait.

Une fois le déjeuner englouti, il quitta les environs de Buhr Widu et gagna l'orée de la forêt à l'endroit où elle était traversée par le chemin qu'ils avaient déjà emprunté. Il se faufila sur le sentier en se faisant petit et discret et marcha une bonne heure, puis commença à explorer les environs tout en restant à distance prudente de la voie qui l'avait amené là : même s'il se débrouillait bien en nature, il savait à quel point il était facile de se perdre ici pour tous hormis Vif. La chance ou la prudence restèrent de son côté, il ne se perdit à aucun moment, ne dérangea aucunement la faune locale et en particulier ses plus terribles prédateurs, et commença à récolter stimulants et autres herbes utiles.

L'herbe la plus facile à trouver fut l'athelas, dont son compagnon dúnadan faisait grand usage. Bonneherbe et noix de l'écureuil auraient été de merveilleuses prises, mais les graines ou noix n'étaient disponibles qu'à l'automne et ils n'en étaient qu'à la fin du printemps. Il se consola avec des champignons appelés caméléon de nuit, qui permettaient de donner un aspect sombre au corps et de le rendre invisible dans l'obscurité. Puis il fut attiré par une lueur dans le sous-bois, et il tomba sur une petite plaque de lichen phosphorescent : du lichen du bûcheron, qui permettait d'affûter magiquement les lames ou pointes métalliques ! Malheureusement le pouvoir du lichen ne se gardait pas une fois décroché, il fallait l'utiliser de suite, et il n'avait pas pensé à emprunter l'inerenerab de Taurgil... Il appliqua tout de même le lichen sur ses pointes de flèche, même s'il savait que dans quelques jours il n'en resterait plus rien.

En revenant, il eut la chance de trouver sur son chemin une petite vipère rare dont les glandes, une fois séchées, constituaient un remède miraculeux aux blessures, ce dont ils avaient bien profité, et lui en particulier. Attrapant son arc, il tua la bestiole d'une flèche et parvint à récupérer les deux glandes qu'il mettrait à sécher le soir même, une fois rentré. Puis il rentra au bercail car le soir tombait, non sans manger quelques cerises et framboises au passage et récolter quelques champignons comestibles pour la soirée. L'après-midi ne s'était pas si mal déroulé, même s'il était bien fatigué. Il pensa au reste de l'équipe, parti voir les Gramuz ou les nains. Où étaient-ils en ce moment ? Avaient-ils fait bonne route ou avaient-ils trouvé des problèmes en chemin ? Quelque chose en lui l'incitait à penser que la seconde proposition était la plus vraisemblable...
Modifié en dernier par Niemal le 05 septembre 2015, 11:46, modifié 2 fois.

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Horselords - 37e partie : une flèche dans le cou

Message non lupar Niemal » 15 avril 2014, 13:52

1 - Ronchons et grognons
Revenons aux cinq amis partis voir les Gramuz et nains au nord de la Celduin. Malgré la réussite de la veille et le soleil éclatant, la bonne humeur de Geralt avait vite fondu. Tandis que les cinq cavaliers traversaient les territoires des Gramuz au grand galop, évitant fermes et champs, troupeaux et bergers, il égrenait aux oreilles de ses amis la liste des problèmes soulevés par leur projet d'aller voir le chef des nains des Monts de Fer, Fulla III. En vrac, il cita le peu d'intérêt d'aller acheter du matériel coûteux qui servirait à peu de monde ; les grands risques qu'ils prenaient de se faire attaquer par des sorciers ou bandits - et probablement les deux - ou par une féroce créature ailée ; la quasi-certitude de ne pas être rentrés à temps pour jouer les diplomates avec les seigneurs cavaliers ; etc.

Malheureusement pour le maître-assassin, tout laissait à croire qu'il était en minorité, et ses amis s'opposèrent à chacun de ses propos. Même si les achats faits chez les nains profitaient à peu de monde, cela pouvait faire une notable différence : les combats équilibrés ne basculaient-ils pas grâce à l'action de quelques individus remarquables pour leurs compétences et/ou leur équipement, comme eux-mêmes ? Sans compter que Mordin se faisait fort d'obtenir de son roi un marché qui leur serait bien profitable. Les risques qu'ils prenaient à voyager à cinq ? Certes, les bandits menés par Dieraglir de Relmether, archer réputé infaillible, n'étaient pas à prendre à la légère, sans oublier Maeghirrim et autres. Mais n'avaient-ils pas affronté bien pire par le passé ? Et comment se faire surprendre avec des gens aux sens aussi développés que ceux de Vif ou Geralt ?

Ce dernier fit tout de même remarquer qu'un excellent archer pouvait faire de gros dégâts même sur des gens prévenus, comme Drilun l'avait prouvé plus d'une fois. De plus, sous sa forme humaine, Vif ne portait aucune armure et elle était extrêmement vulnérable. Et au-delà de leurs vies, pour lesquelles il ne se faisait pas tant de soucis de cela, restait le problème de leurs chevaux ou des suites d'une éventuelle blessure grave sur l'un d'entre eux. Leurs montures pouvaient facilement être abattues et ils n'auraient plus moyen de revenir rapidement à Buhr Widu, sans parler du problème de leur vulnérabilité. Et même sans cela, si l'un d'entre eux était gravement blessé, il ne serait pas transportable rapidement et ils manqueraient à coup sûr leurs prochains rendez-vous. Sur ce point, ses amis reconnurent qu'il n'avait pas tort, même s'ils dirent aussi que Geralt amplifiait les risques qu'il percevait, comme à son habitude.

En fin de compte, l'Eriadorien aux cheveux blancs et aux nombreuses cicatrices fut accusé de changer d'avis au moindre effort, de faire passer ses siestes avant leur mission, et de toujours voir les choses en noir. Il se retrouva seul contre quatre à vouloir rebrousser chemin et retourner chez les Éothraim, même s'il prétendit que son cheval, Polochon, était d'accord avec lui et voulait aussi rentrer. Il finit par s'avouer vaincu et dit de mauvaise grâce qu'il poursuivrait sa route avec ses amis, comme convenu, tout en prédisant au groupe des ennuis certains et l'échec probable de leur mission chez les nains ou auprès des seigneurs cavaliers au sud. Etc., etc., et s'il continua encore à grogner et bougonner dans sa barbe inexistante, c'était un comportement si habituel chez lui que ses amis n'y firent plus attention.

Ils retrouvèrent bientôt la Men-i-Naugrim, la "Route des Nains", et la reconnurent pour ce qu'elle était. Ce n'était en effet rien de plus qu'un sentier régulièrement fréquenté avec quelques cairns ou autres signes qui attestaient de son importance pour les yeux exercés et habitués comme ceux de Mordin, qui connaissait bien cette route qu'il avait prise de nombreuses fois. Le groupe se dirigea alors vers le nord-est et poursuivit au grand galop : ils étaient partis tôt le matin et il restait sans doute une bonne douzaine d'heures de soleil, mais il faudrait bien cela pour arriver à destination, sans compter que la fin, dans les Monts de Fer, était plus escarpée et que leur allure serait réduite. Ils passèrent fermes et fermiers, bergers, cavaliers et divers groupes de voyageurs, sans s'arrêter. Ils avaient l'air diablement pressés et le groupe hétéroclite n'avait pas l'air particulièrement agressif, aussi furent-ils laissés en paix. Les sabots avalèrent plaines et collines, et hommes et bêtes se mirent à transpirer avec la montée du soleil dans le ciel.

2 - Probables problèmes en vue
Après une série de collines, le groupe traversa de vastes plaines où le regard pouvait porter très loin parfois, surtout par un temps aussi clair. Toujours attentive à ce qui les entourait, la Femme des Bois observait le paysage et ce qui s'y trouvait. Avec le temps, ses perceptions avaient pris une telle acuité qu'elle arrivait à distinguer des choses que la plupart des gens n'auraient jamais remarquées, même avec l'aide d'une longue-vue. Présentement, elle observait les signes de présence humaine : des fermes éparses distantes de quelques miles, dont une partie en mauvais état ou à l'abandon ; des haies et des champs cultivés ou eux aussi dans un état d'abandon manifeste ; et de vastes étendues sauvages ou pâtures où paissaient paisiblement quelques troupeaux sauvages ou parfois domestiques, avec des bergers non loin, souvent des cavaliers. L'impact de la peste récente, qui avait tué jusqu'à la moitié des hommes et bêtes, était encore clairement visible.

En milieu de matinée, alors que Mordin estimait qu'ils avaient accompli près du tiers du trajet, ils virent apparaître un groupe de collines boisées que la route contournait par la droite. Le marchand nain leur expliqua que de par le relief plus accidenté, la vue portait moins loin que partout ailleurs en plaine et que l'endroit était réputé dangereux : les attaques de convois peu armés ou de voyageurs isolés, voire de fermes et hameaux, étaient sans doute plus fréquentes dans le secteur que partout ailleurs en plaine. A chaque fois qu'il était passé là, il avait pris soin d'être bien accompagné par gardes et mercenaires, avec les armes à portée de main. En bref : si embuscade il devait y avoir, il y avait toutes les chances que cela fût là. En premier du moins, pensa Geralt.

Vif aperçut sur leur droite, à plusieurs portées de flèche, un corps de ferme en mauvais état, occupé par peut-être une trentaine de chevaux. N'étant pas très familière de la région, et vu la distance, elle ne pouvait rien dire sur la ressemblance des habitants qu'elle percevait à des bandits plutôt qu'à des fermiers. Mais le côté à moitié à l'abandon des bâtiments et des terres lui faisait penser aux premiers. Elle annonça à ses amis que les premiers bandits étaient présents sur leur droite, et ils discutèrent de l'option consistant à aller les attaquer pour prendre leurs chevaux. Ils finirent par abandonner l'idée : cela ne ferait que les ralentir, car il serait impossible de garder avec eux les chevaux obtenus vu leur allure. Sans parler des risques de complication. De toute manière, ils n'étaient pas menacés pour le moment, et ils ne risquaient pas d'être rattrapés à la vitesse à laquelle ils chevauchaient. Certains estimaient qu'ils avalaient la route à la vitesse de vingt miles (~ 32 km) à l'heure, et même si leurs chevaux ou certains d'entre eux souffraient en silence, ils avaient encore de la réserve.

Peu après, tandis qu'ils s'approchaient des premières collines, ils passèrent un sentier sur leur gauche qui menait aux collines et à diverses fermes qu'on pouvait parfois distinguer au loin. Mais surtout, Mordin fut un moment frappé par le reflet du soleil sur quelque chose de métallique au sommet de la plus proche colline. Là-haut, derrière des arbres ou broussailles, il aurait juré que le soleil s'était reflété sur un casque, une armure ou une épée. Bref, il annonça à ses amis qu'il pensait bien que des guetteurs étaient là-haut qui les avaient perçus. Et qui disait guetteurs disait comité de réception. Tandis que Geralt reprenait ses prédications et "je vous l'avais bien dit", ils choisirent de continuer à la même allure, tout en se réorganisant pour assurer le plus de couvert à Vif. Elle avança bientôt entre ses quatre amis, Geralt et Mordin menant le groupe et Drilun et Isilmë le fermant. De son côté, l'archer-magicien appela à lui un vent magique de manière à gêner le travail d'éventuels archers.

Le chemin perdit de sa rectitude tandis qu'il commençait à longer une zone un peu rocailleuse et escarpée. Sans être une véritable falaise, les rochers sur leur gauche faisaient un dénivelé d'une vingtaine de mètres de hauteur et étaient en partie couverts d'arbres et arbustes derrière lesquels il était facile de se cacher. De l'autre côté de la route le sol remontait de manière assez raide, empêchant tout passage à vive allure mais sans présenter beaucoup d'abri derrière lequel monter une embuscade. Si attaque il devait y avoir, elle viendrait certainement de la gauche. Et effectivement, après un tournant, Vif et Geralt virent clairement qu'une bande de peut-être une trentaine d'archers les attendaient en hauteur, tandis qu'à une portée de flèche, en travers de la route, un arbre était couché. Néanmoins, ce n'était pas un gros arbre et il serait facile de passer par-dessus. En un éclair, le maître-assassin accéléra et prit un peu d'avance tandis que ses amis baissaient la tête et le suivaient à petite distance.

3 - Flèches et dards
Tandis que les cordes des arcs des archers se tendaient, Geralt s'approcha rapidement de l'arbre couché sur le flanc et il vit bientôt, de l'autre côté que celui par où ils arrivaient, des signes cabalistiques inscrits sur le sol. Soupçonnant quelque funeste magie, il orienta son cheval de manière à éviter les signes, tout en prévenant ses amis par des cris. Mais Vif avait vu le danger et prévenu son ami dunéen, qui réfléchit à un sort d'extinction, en se disant que la magie serait peut-être liée au feu. Le maître-assassin franchit sans mal l'arbre couché, et, tandis que Polochon allait toucher à nouveau le sol, il vit que ce dernier était jonché de nombreux nids de guêpes. Au contact avec le sol, les occupantes des nids s'éveillèrent, furieuses, et s'envolèrent au plus vite vers les plus proches victimes à piquer. Et suite à un ordre bref vingt mètres plus haut, les cordes des arcs se détendirent.

Les cibles n'étaient pas les cavaliers mais les montures. Polochon fut percé de nombreux traits, mais aucun n'était mortel. A la douleur s'ajouta le vrombissement de guêpes toutes proches pour le faire paniquer. Geralt réussit non sans mal à rester en selle mais il n'eut pas grand-chose à faire pour le pousser à accélérer. Une nouvelle salve de flèches aggrava encore l'état du pauvre cheval qui ne tiendrait pas longtemps, mais au moins lui avait-il permis d'éviter les guêpes. Par ailleurs, il vit non loin un passage vers la gauche et le haut des rochers qui permettrait sans doute de rejoindre les archers sans trop de mal, à pied. Il ralentit son cheval comme il put, se laissa tomber au sol avec adresse et essuya quelques flèches qui ne lui firent aucun mal. Puis il se mit à grimper vers les agresseurs.

Derrière lui, le péril des guêpes avait été perçu, d'autant que le maître-assassin avait eu le temps de pousser un cri correspondant à leur nom. Les chevaux furent eux aussi blessés par flèche mais également par dard au moment de franchir l'arbre en travers du chemin, et leurs ruades firent voler en l'air l'archer-magicien et la Femme des Bois. Le premier avait eu le temps de s'entourer d'une armure magique mineure à l'aide d'un sort, et il atterrit sans mal dans les branches de l'arbre au sol, tandis que les insectes piqueurs essayaient sans résultat de parvenir jusqu'à sa peau. La seconde, rompue à toutes sortes de chutes, s'était réceptionnée sans mal ; elle découvrit bientôt qu'au contact avec sa peau, elle-même en contact avec la larme de Yavanna, la magie qui rendait les guêpes furieuses disparaissait et ces dernières, désorientées, fuyaient sans la piquer.

Plus loin, Mordin se laissait tomber de cheval, ce dernier refusant de ralentir beaucoup en raison des flèches et des dards qui le paniquaient, et revenait vers Vif afin de la protéger. Il faisait de grands moulinets avec son bouclier pour écarter les guêpes, que cela ne gênait guère, et qui cherchaient à trouver des endroits pour passer sous son armure et le piquer. Isilmë, de son côté, s'accrocha un moment à l'encolure de son cheval, puis elle se laissa tomber à son tour non loin de l'endroit où Geralt avait commencé à grimper. Elle fut bientôt à l'abri des flèches et se mit à grimper à son tour, tandis que plus haut le maître-assassin voyait les premiers bandits arriver dans sa direction et l'un d'eux, debout sur un gros rocher, le viser avec son arc. Arc composite en métal, comme il avait vu de rares exemplaires dans l'Arthedain, et couvert de runes qu'il devinait magiques. Soupçonnant qu'il s'agissait de Dieraglir de Relmether, il enchaîna les feintes et esquives tout en profitant du couvert végétal pour empêcher l'archer de le toucher.

Plus bas, Drilun, empêtré dans les branches de l'arc, se concentrait sur un sort d'armure magique plus puissant en espérant que celui qu'il avait fait le protégerait des flèches qui commençaient à pleuvoir sur lui. L'une d'elles arriva néanmoins à trouver la faille entre toutes ses armures physiques ou magiques, et il écopa d'une blessure légère... qui se mit bientôt à le brûler : la flèche était empoisonnée ! Non loin, Vif n'avait pas attendu que Mordin arrive à la rescousse : esquivant les tirs à l'aide d'une suite de bonds rapides, elle se faufila bientôt du mieux qu'elle put sous le tronc de l'arbre au sol, de manière à être la moins exposée possible aux tirs des archers. Ce qui était d'autant plus facile que ces derniers se concentraient plutôt sur les cibles faciles - en apparence - du nain et du Dunéen.

4 - Sérieuses menaces
La Femme des Bois, allongée sous l'arbre, fut bientôt protégée en partie par la présence de Mordin et de son bouclier, tandis que les guêpes grimpaient sur le corps de son ami à recherche de parties dénudées. Elle eut alors l'idée de lui faire toucher la larme de Yavanna, et davantage d'insectes partirent, désorientés, guéris par la magie de l'artefact. Mais en même temps, le corps très perceptif de la rôdeuse la renseignait sur un nouveau danger : tant les vibrations dans le sol que ses oreilles lui annonçaient l'arrivée prochaine de deux groupes de cavaliers qui convergeaient vers eux, et elle aurait été prête à parier qu'il ne s'agissait pas de sauveurs. Les probables bandits qu'elle avait auparavant repérés les avaient sans doute suivi peu après leur passage, et d'autres s'étaient tenus plus loin pour leur couper le route.

De son côté, Isilmë arrivait au contact des premiers bandits et en tuait un premier, tout en voyant les cavaliers approcher depuis sa position élevée. Il s'agissait bien de nouveaux bandits d'après ce qu'elle pouvait en voir, armés de lances ou d'arcs. Puis elle para les coups des deux autres adversaires à son contact, tandis que d'autres arrivaient bientôt, même si la plupart se dirigeaient plutôt vers Geralt. Ce dernier avait réussi à éviter la flèche lancée par le chef des bandits, Dieraglir, mais s'il n'avait pas arrêté de bouger elle lui aurait sans doute transpercé l’œil ou une autre partie du visage non couverte par son armure de dragon. C'était bien un excellent archer, et très rapide avec cela : à peine s'était-il relevé de son plongeon pour éviter la flèche que l'archer avait déjà un nouveau trait de prêt. Par ailleurs, le maître-assassin avait senti un bref moment comme un brouillement de ses sens, comme si quelqu'un lui montrait les choses d'une autre manière, mais il avait repoussé cette influence.

Plus bas, l'archer-magicien dunéen avait fini par lancer son sort de grande armure magique, malgré la douleur lancinante du poison de la flèche. Il prit bientôt un contrepoison qui atténua vite la douleur, permettant à son corps d'éliminer les toxines, puis un flacon de baume orc dont il gaspilla une bonne part avant d'arriver à l'appliquer correctement sur sa blessure, qui se ferma en le piquant violemment et en lui laissant une belle cicatrice. Il se rapprocha alors du nain et de la Femme des Bois afin de les protéger par son corps environné de magie. D'autant que la rôdeuse féline allait bientôt en avoir besoin : devant toutes ces menaces, le chat en elle devenait de plus en plus fort, malgré l'absence de forêt environnante et le plein soleil. Assez fort pour lui permettre de se transformer, ce qu'elle commençait à faire. Mais elle avait dû remettre la larme à
Mordin, car cette dernière bloquait complètement le chat en elle si elle restait au contact de l'artefact.

Plus haut, l'Eriadorien aux nombreuses cicatrices virevoltait et plongeait entre ses adversaires qui n'arrivaient pas à porter un coup assez précis pour le blesser à travers son armure. Mais en fait, seul comptait pour Geralt le chef des bandits et redoutable archer, et lui ne décochait pas sa flèche mais se contenait de le suivre. L'homme était en position élevée, au-dessus de la mêlée, et tôt ou tard Geralt devrait bondir vers lui pour espérer le blesser. Il y aurait un moment, si l'homme était assez rapide, où il pourrait lui tirer dessus à bout portant sans qu'il puisse véritablement esquiver. Arriverait-il à tromper sa vigilance et à l'atteindre en premier ? De toute manière, il y avait de plus en plus de bandits qui lui courraient après, et plus il attendrait et plus son attaque sur le chef des bandits serait difficile. Il ne pouvait attendre trop longtemps.

Isilmë comprit ce que son ami tentait de faire, mais elle avait déjà bien assez de monde sur elle pour pouvoir essayer quoi que ce fût pour l'aider. Plus bas, Vif continuait sa transformation, non sans quelques piqûres de guêpes qui furent vite oubliées, d'autant que la fourrure qui lui poussait commençait à la protéger, tandis que ses oreilles qui s'allongeaient lui annonçaient l'arrivée prochaine des cavaliers. Ses vêtements furent bientôt à terre, ses mains se couvrirent de griffes et ses yeux se fendirent d'une pupille verticale. Mordin et Drilun, impressionnés, en oubliaient les flèches qu'on leur tirait dessus pour observer pour la première fois, de près, la transformation de leur amie. Ils eurent bientôt devant eux un puma qui devenait de plus en plus gros, tandis que les premiers cavaliers apparaissaient.

5 - La mort a des moustaches
Geralt, au milieu de ses petits bonds et changements brusques de direction, fit une feinte qu'il espéra suffisante, puis il sauta sur le rocher sur lequel trônait Dieraglir. Son épée magique traversa la veste de cuir et la cotte de mailles du chef des bandits au niveau de l'abdomen, détruisant la plupart des organes vitaux. L'homme s'affaissa sans un cri, mort sur le coup. Mais juste au moment où le maître-assassin avait porté sa terrible attaque, le chef des bandits avait décoché sa flèche, qui traversa le cou de l'Eriadorien aux cheveux blancs. Figé par la douleur, il ne perçut pas les bandits furieux qui arrivèrent dans son dos et le transpercèrent de leurs épées. Mourant, il tomba au sol, inanimé, et son âme se prépara à rejoindre les cavernes de Mandos.

Tandis qu'Isilmë abattait son deuxième bandit et se défendait contre trois autres, toujours avec succès, elle vit Geralt tomber et les bandits délaisser son corps pour se tourner vers elle, l’œil vengeur et manifestement prêts à lui faire connaître le même sort, sinon pire. Elle était seule et de plus en plus entourée d'adversaires, et se mit dos à un arbre pour protéger en partie ses arrières. Mais elle allait bientôt faire face à six personnes à la fois, et elle ne pourrait se défendre face à ceux qu'elle ne voyait pas, car en partie dans son dos. En bas, une soixantaine de cavaliers s'apprêtaient à charger ses amis avec lances et arcs. Si elle restait sur place elle se ferait couper en rondelles, et si jamais elle arrivait à passer ses adversaires et sauter dans le vide, en espérant ne pas mourir de la chute sur les rochers, ce serait pour se faire transpercer ou piétiner. Charmantes perspectives !

Pendant ce temps, dans le monde onirique dans lequel baignait l'esprit de Geralt, une rencontre avait lieu. Il n'en attendait pas moins de l'esprit des chats, Tevildo : le Maia tenait sans doute assez à lui pour refaire le coup de la guérison miraculeuse, mais le lien de corruption qu'il partageait avec lui serait-il suffisant pour que sa magie puisse opérer sur lui comme autrefois, sans Vif à proximité immédiate ? Manifestement, cela devait être le cas, et l'esprit joua avec lui comme un chat joue avec une souris avant de la croquer. Le maître-assassin allait devoir donner encore un peu de son âme à Tevildo ou dire définitivement adieu à son existence en Terre du Milieu, et tous deux le savaient et savaient que l'autre savait. Mort ou damnation, le choix était des plus réduits...

Mais cette damnation n'avait pas que des mauvais côtés. Geralt voyait à présent le Prince des Chats sous des atours de plus en plus positifs, tandis que l'essence du Maia l'emplissait et que sa magie guérissait ses blessures. Incomplètement du moins : les coups d'épée et le poison qui coulait dans ses veines furent soignés, et du sang neuf apparut dans son organisme pour remplacer celui qui avait coulé à flots. Mais il avait toujours une flèche en travers du cou : la blessure n'était que stabilisée, et elle se rouvrirait au moindre mouvement, d'autant qu'une carotide avait été endommagée. Tevildo quitta l'esprit de Geralt en lui souhaitant bonne chance, et en lui suggérant de casser la hampe de la flèche pour pouvoir ensuite la retirer... et sans doute refaire appel à lui.

Geralt se réveilla donc au sol, le cou douloureux et traversé par la même flèche qui l'immobilisait. Aucun des bandits ne s'occupait plus de lui : ils devaient le tenir pour mort - et ils auraient eu raison pour des adversaires plus ordinaires - et leurs cris et leur fureur portaient à présent sur ses amis. Les bruits d'épée proches indiquaient que l'elfe devait passer ou allait passer un sale quart d'heure, et il devait encore y avoir une douzaine d'archers qui tiraient leurs traits tandis que de nombreux cavaliers chargeaient en criant. Tout doucement, discrètement, il prit du baume orc dans ses affaires, sans entraîner de réaction. Mais après ? Il lui faudrait casser la flèche et la retirer, ce qui allait certainement agrandir la blessure, d'autant qu'il n'avait jamais été un grand soigneur, sans parler des conditions d'un tel "soin" ! Et il était hors de question de refaire appel à Tevildo. Non, il attendrait en espérant que ses amis arrivent à se débrouiller et viennent s'occuper de lui ensuite.

6 - Retournement
Un puissant rugissement se fit bientôt entendre qui eut plusieurs conséquences. D'une part, le groupe de cavaliers le plus proche vers lequel le grand félin s'était tourné fut comme bloqué net : les chevaux, apeurés par la proximité soudaine de ce grand prédateur qui annonçait clairement la couleur, tâchèrent de s'arrêter sur place malgré leur élan et même de rebrousser chemin au plus vite. Les cavaliers eurent fort à faire pour maîtriser leur monture et rester en selle, et tous n'y arrivèrent pas. De plus, l'endroit était relativement étroit pour une charge, et la bousculade qui s'ensuivit, sans parler des piétinements et des cris qui en résultèrent, ajoutèrent à la confusion. De ce côté-ci, il n'y aurait pas d'attaque avant un moment.

Plus haut, les bandits hésitèrent, surpris, et en particulier ceux qui s'attaquaient à Isilmë. L'elfe guerrière en profita pour plonger sur sa gauche, entre ses adversaires, en direction du vide et de ses amis plus bas. Les bandits les plus proches tentèrent bien de lui faire quelques boutonnières en passant, mais ce fut sans succès face à son esquive, sa rapidité et leur temps de réaction. Deux d'entre eux lui coururent alors après : elle n'avait nulle part où aller que le vide et de nombreux cavaliers plus bas, elle serait très bientôt acculée. Les autres bandits s'approchèrent aussi du vide, bien que plus lentement et à l'affût de l'être qui avait fait un tel bruit.

Être qui n'était pas resté inactif : ils n'avaient gagné qu'un répit, et après un moment d'hésitation, les flèches avaient recommencé à pleuvoir et un groupe de cavaliers serait bientôt sur eux. La seule échappatoire possible restait les rochers. La grimpette ne serait pas bien difficile, il y avait de nombreuses prises et ce n'était pas une vraie falaise, plutôt un escalier rocailleux un peu raide et d'une vingtaine de mètres de haut. Drilun, toujours protégé par sa magie, commença derechef à grimper, lentement. En revanche, il savait que son ami nain, à ce jeu-là, était aussi adroit qu'une pierre. D'un autre côté, le grand félin qui l'accompagnait avait force et adresse à revendre, et l'affaire fut vite entendue : quelques mots suffirent pour expliquer au nain qu'il allait jouer à la souris et que le félin allait se charger de l'amener en hauteur.

Ce qui fut fait : Vif prit une jambe de Mordin dans sa gueule puissante, lequel Mordin attrapa la fourrure du félin pour ne pas traîner par terre. La féline Femme des Bois sauta ensuite sur les rochers : en une demi-douzaine de bonds elle fut bientôt au sommet de l'escarpement, au grand plaisir de son amie elfe et à la grande surprise et la déconvenue des bandits. On leur avait certes parlé d'un tel félin, mais entre une description et le voir en chair et en os, ce n'était pas vraiment la même chose. De plus, leur chef était censé s'en occuper grâce à des flèches spéciales qui lui avaient été remises, et lui mort, la tâche devenait un peu compliquée, et la bestiole foutrement dangereuse...

Ce qu'elle prouva bientôt : posant son ami nain au sol, elle bondit d'un coup sur un des agresseurs qui suivaient Isilmë de près. La tête de l'homme vola bientôt en direction de ses collègues, tandis que l'elfe se retournait et abattait l'autre bandit à ses trousses. Plus bas, Drilun arrivait à se mettre hors de portée des lances, et les flèches qui furent tirées dans sa direction ne l'atteignirent pas, grâce à l'armure enchantée dont il s'était entouré. Le nain se mit alors à invectiver les bandits, les traitant de tous les noms avec une fureur et une imagerie qui arriva à faire rougir ou blanchir certains d'entre eux. Et le fauve à ses côtés, pour ne rien dire de la guerrière elfe experte, ne semblaient plus du tout aussi vulnérables que quelques minutes auparavant. Les bandits n'avaient plus de chef, et leur moral commença à vaciller...

7 - Soins et nouveaux chevaux
La petite trentaine de bandits présents sur les rochers eurent fort à faire lorsque le félin commença à faire le ménage parmi eux, d'autant plus qu'aucun d'eux n'avait d'arme magique. Dès lors, il devenait difficile de faire plus que des égratignures à Vif, et la vitesse avec laquelle elle faisait voler têtes et membres n'incitait pas à tester sa résistance aux attaques groupées, d'autant que le chef des bandits n'était plus à pour les motiver ou les organiser. Par ailleurs, les cavaliers sur le sentier découvrirent, lorsqu'ils tentèrent de monter rejoindre leurs collègues, que les flèches de Drilun, épaulées par la hache de Mordin, étaient tout aussi mortelles. Démoralisés, ils remontèrent vite en selle et s'enfuirent avant que le félin magique ne s'intéresse à eux de trop près.

La féline Femme des Bois ayant repéré le corps de Geralt non loin, elle commença par faire le vide autour de lui de manière à permettre à Isilmë d'arriver jusqu'à lui. Tandis que les premiers bandits commençaient à fuir, elle repéra des chevaux attachés non loin, sans doute les montures des archers dans les rochers. Lorsque la débandade devint complète parmi les bandits, peu d'entre eux parvinrent à récupérer leur monture. Elle en distingua une qui semblait de meilleure qualité que les autres, sans doute le cheval de feu Dieraglir, et elle fit bien attention à ce que personne ne partît avec. Entre la peur des chevaux à son égard et ses griffes à l'attention des cavaliers, elle arriva à isoler une dizaine de chevaux qui purent être récupérés, plus tard, avec l'aide d'un de ses amis.

Entre-temps, l'elfe avait eu la demi-surprise de voir Geralt ouvrir les yeux et lui parler. Avec une certaine difficulté, vu la flèche qu'il avait dans le cou, sans parler de ses habits trempés de sang à divers endroits. Elle se concentra sur sa magie des soins, puis cassa la hampe de la flèche avant de la retirer le plus délicatement possible, ce qui n'empêcha pas le maître-assassin de grincer sous cette nouvelle douleur, ni le sang de couler à nouveau. Le baume orc qu'il avait en main fut utilisé pour cicatriser - douloureusement - la blessure en partie, puis elle fit un pansement pour permettre au reste des plaies de guérir normalement. Et elle endormit Geralt à l'aide d'un sort afin qu'il commençât de suite à récupérer... ou peut-être aussi pour ne plus l'entendre râler qu'il leur avait bien dit !

Tandis que l'Eriadorien aux cheveux blancs dormait au contact de la larme de Yavanna afin d'accélérer encore sa guérison, les chevaux des bandits furent récupérés. Les leurs étaient tous morts en raison des nombreuses blessures subies et du poison dont les flèches avaient été enduites. Il fallut récupérer leurs affaires et les porter sur leurs nouvelles montures. Polochon serait bientôt la proie des charognards, mais le probable cheval de Dieraglir paraissait de qualité équivalente. Du coup, les amis de Geralt s'accordèrent pour lui réserver ce nouveau cheval, et ils lui donnèrent un nom qui ferait certainement l'enthousiasme de leur ami flemmard : ils l'appelèrent Édredon...

Au bout du compte, ils restèrent là plusieurs heures, jusqu'au début de l'après-midi. Les autres petites blessures furent également soignées, et ils discutèrent de la suite à donner. Geralt, une fois réveillé, annonça immédiatement qu'il retournait au sud et qu'il n'irait pas voir les nains. Leur planning devenait impossible à respecter avec le retard pris, sans parler de l'hypothèse d'une future attaque dans les Monts de Fer s'ils poursuivaient - à quatre - jusque-là. Sans oublier que les blessures restantes nécessitaient une allure bien plus modérée pour guérir convenablement. Entre les nains et les seigneurs des Éothraim, il fallait choisir, et Mordin lui-même fut le premier à dire qu'il accompagnerait Geralt vers le sud : ils n'iraient pas voir les siens.

Les cadavres des bandits furent dépouillés, leurs armes et armures pouvant servir pour l'armée nordique, et l'arc magique de Dieraglir fut remis à Geralt. C'était un arc composite métallique comme ceux que faisaient autrefois les Númenoréens, et il était couvert de runes. Selon Drilun, qui les avait examinées, les traits qu'il lançait devaient être particulièrement mortels pour les cibles de race humaine. L'homme avait également un petit carquois d'une dizaine de flèches spéciales, dont l'archer-magicien dunéen pensait qu'elles étaient enchantées pour tuer des félins. Si Vif avait été transformée plus tôt, elle aurait pu avoir une bien mauvaise surprise. La question se posa de garder ou détruire ces flèches : elles pourraient peut-être servir contre Tina/Tevildo. Mais si jamais celui qui les portait était manipulé magiquement, la Femme des Bois risquait d'avoir des problèmes...

8 - Empoisonnement
Le groupe reprit donc la Men-i-Naugrim en direction du sud-ouest, au pas. Après avoir versé une larme pour Polochon, Geralt fut enchanté de son nouveau cheval et du nom qui lui avait été donné. Quatre des chevaux étaient montés et les six autres portaient les équipements pris aux bandits qui n'avaient pu s'enfuir, tandis que Vif les suivait un peu à l'écart afin de ne pas affoler leurs nouvelles montures qui n'étaient pas habituées à son odeur. Ils ne firent aucune rencontre d'importance sur la route, et, une fois le soir arrivé, ils se mirent en quête d'une ferme disposée à les accueillir. Mordin estimait qu'ils avaient couvert la moitié de la distance qui les séparait du gué sur la Celduin.

Après avoir repéré une ferme habitée qui pourrait faire l'affaire, la féline Femme des Bois s'isola avec Isilmë, qui utilisa sa magie pour la plonger dans un profond sommeil récupérateur - elle aussi avait besoin de repos. A la ferme, les gens étaient plutôt méfiants suite à la Grande Peste et aux (trop) nombreux bandits qui écumaient les chemins depuis ces temps funestes. L'accueil ne fut pas très chaleureux au premier abord, mais Drilun sut convaincre qu'ils venaient en paix et qu'ils ne feraient aucun mal à leurs hôtes, ils les paieraient même. Une fois l'accord obtenu, Geralt alla directement trouver assez de paille pour dormir confortablement et on ne le vit plus.

Ses trois amis partagèrent le repas avec le reste de la maisonnée et ils furent reconnus pour qui ils étaient. Non seulement des bruits avaient couru jusqu'ici concernant les vainqueurs du tournoi des Éothraim, mais Brogdin était passé par ici le jour même et il avait parlé d'eux. Les aventuriers durent répondre aux nombreuses questions de leurs hôtes, puis ils allèrent se coucher, après avoir remis en cadeau, en échange de l'accueil, l'épée d'un des bandits ainsi qu'une pièce d'argent. Puis ils s'endormirent aux côtés de Geralt, tandis que la fatigue d'une journée bien chargée se faisait sentir et réclamait son dû.

Au petit matin, néanmoins, certains furent réveillés par des cris et gémissements venant de la ferme, mais aussi par les nœuds douloureux que faisaient les entrailles de Drilun et Isilmë. Mordin, pour sa part, sentait bien quelque chose, comme une digestion un peu difficile, mais il n'était pas plus affecté que cela. Au contraire des fermiers, dont certains étaient fort malades, et dont le plus jeune, âgé de deux-trois ans, était mort pendant son sommeil. Après la peste encore très présente dans les mémoires, c'était un nouveau coup dur pour les habitants du lieu qui ne comprenaient pas ce qu'il se passait. Néanmoins, lorsque Geralt eut reniflé les restes de nourriture, il confirma vite ce que tous avaient deviné : la nourriture avait été empoisonnée.

Isilmë utilisa sa magie pour tenter de soigner les habitants de la ferme, de même que ses deux amis et elle-même. Elle dut s'y reprendre à deux fois et utiliser la larme de Yavanna pour amplifier ses pouvoirs de guérison, car le plus jeune enfant affecté encore vivant était mourant. Puis, en fin de matinée, après avoir surveillé toute la maisonnée, elle eut enfin la certitude qu'ils étaient tous sortis d'affaire. Elle aurait bien voulu rester encore car le plus jeune enfant, s'il récupérait petit à petit, était encore très faible. Mais ses amis lui firent comprendre qu'ils avaient encore une longue route devant eux.

Tandis qu'elle soignait, le Dunéen était allé retrouver Vif et l'avait mise au courant de ce qui s'était passé. La lionne magique avait alors parcouru les alentours de la ferme et elle avait trouvé ce qu'elle cherchait : des traces de pas qui dataient sans doute de la veille au soir. Elles allaient jusqu'à la ferme puis en revenaient, jusqu'à un endroit où attendait un cheval, qui était ensuite parti au pas, puis plus loin au galop. La féline Femme des Bois demanda alors que Drilun montât sur elle pour suivre les traces, qui les amenèrent, deux heures plus loin, à des traces plus grosses. La magie de l'archer-magicien le laissa entrevoir qui avait participé à la réunion : une redoutable créature ailée qu'ils avaient déjà rencontrée, montée par un probable Dúnadan dont Vif ne se souvenait que trop bien et qu'elle estimait être Sakal, l'assassin du Nécromancien et un redoutable arbalétrier ; et un nordique barbu et blond dont l'attirail faisait terriblement penser à l'un des Maeghirrim. Mais les traces étaient déjà vieilles et continuaient ensuite vers Esgaroth, et il avait fallu rejoindre les autres à la ferme.

9 - Faune et flore de la Forêt Sombre
Le même matin où ses amis découvraient qu'ils avaient été victimes d'un empoisonnement, à l'exception notable de Geralt (qui s'en trouva fort aise et le fit savoir) et de Vif, Rob, plus au sud, repartait en Forêt Sombre à la recherche d'herbes médicinales ou utiles. Cette fois-ci, il s'enfonça encore plus loin dans la forêt, toujours aussi discrètement, se concentrant sur les substances les plus rares et utiles. Dans l'après-midi, en particulier, il tenta de trouver d'autres de ces vipères spéciales dont les glandes donnaient des remèdes miraculeux, les "dons-de-vipère". Mais il eut beau fouiller, il n'en trouva aucune. Lorsqu'il se rendit compte que le soleil déclinait, alors qu'il se gavait de framboises et de merises avant de rentrer, il était bien trop tard pour rentrer. C'est alors qu'il entendit les premiers loups.

Il avait beau être discret, il n'en laissait pas moins une odeur tout à fait à la portée de l'odorat des canidés. Ces derniers, le soir tombé, devenaient plus actifs et ils trouvèrent que l'odeur du hobbit était fort alléchante, et qu'il ferait certainement un bon dîner pour leur harde. Ils furent bientôt sur ses traces, et Rob comprit vite que son retour à Buhr Widu était quelque peu compromis. Il trouva un arbre dans lequel il serait facile de grimper et il fut vite juché à plusieurs mètres de hauteur, hors de portée des loups. Néanmoins, ceux-ci ne se privèrent pas de tourner autour de l'arbre où il s'était réfugié, comme s'il était un fruit mûr qui ne tarderait pas à tomber. Jusqu'au moment où il prit son arc et abattit deux d'entre eux.

Ils s'éloignèrent alors, hors de portée de ses flèches, mais il sentait bien qu'ils n'étaient pas loin et qu'il devrait passer la nuit dans l'arbre. Il se demanda alors s'il n'y avait pas d'araignées géantes à proximité, et commença à regretter son excursion. Mais faute d'autre solution, il s'aménagea une couche dans l'arbre, de même que divers mécanismes pour le réveiller en cas de visite inopinée. On n'est jamais trop prudent, d'autant qu'il pouvait difficilement compter sur ses amis pour le retrouver en cas de problème. Mais la nuit se passa sans incident notable, si ce n'est les nombreux yeux animaux qui brillaient dans l'obscurité et qui le fixèrent pendant tout le moment où il restait éveillé.

Le lendemain, les loups semblaient bien partis en quête d'une proie plus facile et il put redescendre. Il reprit alors sa recherche d'herbes médicinales et trouva notamment quelques plantes rares dont les propriétés curatives étaient importantes. Puis, par chance, il croisa à nouveau le chemin d'une petite vipère aux glandes miraculeuses. Il l'abattit d'une flèche et récupéra sans mal ses deux glandes à venin. Enfin, alors que l'après-midi touchait à sa fin, il se décida à rentrer, non sans quelques détours pour se remplir l'estomac çà et là. Hobbit il était, hobbit il restait ! Et cette fois-ci, il avait pris assez d'avance pour ne pas être surpris par la tombée de la nuit.

Il n'eut aucun mal à retrouver son chemin et en particulier le sentier qui menait à l'est, en dehors de la forêt. Le retour fut dénué de toute surprise, bonne ou mauvaise, et il atteignit la lisière de la forêt alors que le soleil commençait à se coucher derrière elle. Sur les plaines qui le séparaient de Buhr Widu, il récolta quelques champignons et autres denrées comestibles, puis contourna la ville pour se diriger vers la ferme où les hommes de Rult et ses amis étaient hébergés. Amis qu'il eut justement le plaisir de voir revenir sur leurs chevaux, alors que la nuit était pratiquement tombée. Mais les cinq mercenaires partis avec eux n'étaient pas présents, ses amis - et leurs chevaux - semblaient fatigués, et il se demanda si certaines des montures n'avaient pas changé...

10 - En attendant les seigneurs
En effet, la veille, les cinq aventuriers avaient galopé (ou couru, pour Vif) tout l'après-midi pour rejoindre le gué sur la Celduin avant la tombée de la nuit. Ils y avaient retrouvé les cinq hommes de Rult qu'ils avaient envoyés là, un peu surpris de voir leurs commanditaires revenir plus tôt que prévu. Le lendemain, après un petit déjeuner à l'aube, le gué avait été franchi. Puis ils avaient laissé les chevaux en surnombre aux mercenaires afin de descendre au plus vite, en un galop rapide, vers Buhr Widu. La distance était de 215 miles (près de 350 km) et il faisait beau. A la vitesse moyenne d'environ vingt miles à l'heure (~ 32 km/h), ils réussirent à couvrir la distance dans la journée, avec quelques pauses pour souffler ou laisser boire les bêtes. Mais ils ne ménagèrent ni leurs corps ni leurs montures, et encore fallut-il l'aide de la magie des soins d'Isilmë pour aider à supporter la fatigue de ce dur et rapide voyage. Drilun avait des plaies aux fesses en descendant de selle, et l'elfe n'avait peut-être jamais eu aussi mal de sa vie tellement son corps lui était douloureux.

Peu avant leur arrivée à Buhr Widu, la Femme des Bois s'était également isolée avec Isilmë afin de tester un effet de la larme de Yavanna. Elle avait déjà constaté que cette dernière l'empêchait de se transformer si elle restait à son contact. Mais que se passerait-il si elle la touchait alors qu'elle était déjà transformée ? Comme soupçonné, le chat en elle battit en retraite et son corps reprit rapidement forme humaine, même si cette transformation précipitée n'était pas sans entraîner une certaine fatigue nerveuse. Ce qui était très intéressant : la larme pourrait servir si jamais le chat prenait trop de place en elle et submergeait l'esprit humain de Vif, mais aussi pour éventuellement libérer Tina, qui n'était qu'une petite humaine contrôlée par l'esprit de Tevildo.

Après une bonne nuit de repos, comment fut occupée la dernière journée avant l'arrivée prévue des seigneurs cavaliers ? Tandis que Geralt flemmardait tout son soûl et que Taurgil repartait mettre le nez dans ses parchemins qui commençaient à lui sortir par les yeux, Mordin découvrait qu'il manquait un chariot complet à leurs possessions. Toutes les armes et armures de qualité prises sur les Sagaths d'élite qu'ils avaient combattus au château de Forpays avaient disparu ! Des centaines et des centaines de pièces d'or envolées ! Le Dúnadan étant déjà bien occupé à autre chose, c'est le hobbit qui eut l'heur de lui expliquer le pourquoi de la chose et le fait que Mahrcared était reparti avec. Par humour ou excès d'imagination, Rob préféra inventer une histoire invraisemblable de "poule géante" qui était venue tout prendre, puis de Gandalf qui était passé par là. En oubliant un peu vite que d'une part, Mordin n'était pas né de la dernière pluie, peut-être contrairement au hobbit lui-même ; d'autre part, il supportait très mal tout manque de respect à son égard, et qu'il pouvait parfois s'emporter violemment s'il trouvait qu'on se moquait de lui... comme dans le cas présent.

Rob, qui n'était pas bien lourd alors que Mordin était costaud même pour un nain, se retrouva bientôt suspendu en l'air au bout des bras de son ami, bien que ce dernier terme puisse être sujet à débat. N'ayant pas compris que les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures, il découvrit brutalement que la tête du nain était plus dure que la sienne. Et encore, Mordin avait pris soin d'enlever son casque en premier. Puis il laissa le hobbit se remettre de sa blessure pour apprendre par d'autres ce qui s'était réellement passé. Bientôt soigné, le hobbit passa tout l'après-midi - le matin avait été consacré aux herbes ramenées pour les transformer en potions de soin - pour réaliser un excellent plat cuisiné à base de champignons et d'herbes fines. Du coup, il n'y en eut que pour le nain qui trouva le plat tout à fait excellent et pardonna à son petit ami facétieux... au moins en partie. Il lui avait aussi fait signer - d'une croix, car Rob ne savait ni lire ni écrire - une reconnaissance de dette de plusieurs centaines de pièces d'or.

Drilun, de son côté, aurait bien voulu terminer la veste de cuir spécial destinée au nain, mais il n'avait pas les compétences nécessaires pour travailler un tel cuir. Par malchance, ni Bronwyn ni Atagavia n'étaient présents ce matin-là et les deux artisans susceptibles de l'aider avaient du travail par-dessus la tête et refusaient de se laisser détourner de leur labeur pour la préparation de l'effort de guerre du clan. Il occupa alors la matinée à tracer des runes sur une cape de cuir normal et la rendre plus résistante, ce dont Vif ne se plaindrait pas tant qu'elle resterait sous forme humaine. L'après-midi, le chef des Waildungs revint et Geralt et Mordin parvinrent à l'arracher quelques minutes à une discussion avec ses capitaines et lieutenants. Atagavia, soucieux de son peuple, déclara aux deux amis qu'il n'était pas sûr que s'occuper d'une veste pour le nain permettrait de sauver plus de vies que si plusieurs hommes avaient de meilleurs selles ou armures de cuir. Il consentit tout de même à parler aux artisans si les aventuriers réussissaient, sans doute le lendemain, à obtenir des quatre autres seigneurs cavaliers qu'ils consacrent le maximum de troupes à l'effort de guerre.

Trois des seigneurs arrivèrent en fin de journée voire début de nuit avec quelques dizaines de cavaliers comme escorte. Mais les aventuriers ne les virent pas, même s'ils furent prévenus de leur arrivée. L'arrivée des deux derniers était prévue pour le lendemain matin, dont Mahrcared pour qui les discussions avaient déjà eu lieu. La réunion aurait donc lieu le lendemain en cours de matinée. En revanche, Taurgil, en fin de journée, put enfin présenter à ses amis le résultat de ses recherches d'une semaine à travers les papiers ramenés de Dol Guldur. Pas qu'il ait réponse à toutes les questions qu'il se posait, et il aurait encore pu passer des semaines pour essayer de mettre bout à bout tous les éléments et d'en déduire les informations les plus utiles. Son travail, bien que pénible, s'avérait loin d'être anecdotique, et il en résuma les principaux enseignements.

11 - Sombres secrets
Du côté des espions du Nécromancien, Drilun avait déjà trouvé des listes de noms au sein des tribus des Éothraim, de même qu'à Forpays. La mention d'un indicateur au sein de la garnison de Thorontir fut à nouveau repérée par Taurgil, mais quelques nouveaux noms apparurent ailleurs, plus au nord. Pas chez les Gramuz : il avait juste trouvé que les bandits fournissaient des informations ou de l'aide, comme ceux de Dieraglir, dont l'emplacement du camp était révélé dans les papiers, non loin du site de l'embuscade subie peu auparavant. En revanche, chez les nordiques urbains des villes de Londaroth, Esgaroth ou Dale, la gangrène était bien présente : un certain Gristlung à Lacville, mais également un certain "bouffon". Sans oublier, pour cette même ville, l'aide possible des contrebandiers et de Vormenric, marchand peu scrupuleux dont Mordin avait entendu parler. Le nom de Woedwyn était cité à Londaroth avec un groupe de contrebandiers, et il semblait que le culte développé par les Maeghirrim avait une très bonne implantation au sein d'une des cinq tribus nordiques de Dale.

Ces mêmes Maeghirrim ("Seigneurs Transperçants") avaient un rôle essentiel dans le Rhovanion. Ils maintenaient un réseau d'espions au bénéfice des agents du Nécromancien, et développaient de sombres idées et le rejet de la paix au sein du Culte de la Longue Nuit. Quelques-uns d'entre eux étaient censés participer au convoi et peut-être le commander. Ils disposaient parmi eux d'un "assassin" du nom de Haed qui voyageait beaucoup pour ses sombres missions. Peut-être était-ce le sorcier empoisonneur dont les aventuriers avaient croisé la route sans le voir peu auparavant. C'est lui qui aurait ramené Narmirë à leur camp des Monts de Fer, en un lieu escarpé gardé par des fanatiques. Cette elfe, fille du chef de Celebannon, du nom d'Ohtar, semblait ne pas avoir été torturée et sacrifiée pour des raisons inconnues, ce que désapprouvait l'auteur des notes lues par Taurgil - Grimburgoth ou autre membre des Maeghirrim peut-être.

L'organisation du convoi était à peu près présentée mais il manquait des détails comme la taille exacte de ses membres. Au centre se trouvaient de nombreux chariots, de l'ordre d'une centaine au moins, entourés par de nombreux chevaux - plus de mille sans doute - autant gérés que surveillés par peut-être autant de Sagaths à cheval, vers l'extérieur du convoi. A plus grande distance encore devaient rôder orcs et loups, sans oublier des éclaireurs orientaux ou groupes de chasseurs, sans parler de quelques rôdeurs noirs dont le nom était mentionné. Le nom de Maeghirrim ou de sorciers (étaient-ce les mêmes, ou d'autres ?) apparaissaient comme les dirigeants, mais le nom d'Haed figurait parfois aussi, de même que la mention de l'assassin de Dol Guldur, qui faisaient penser à des superviseurs.

Le déplacement du convoi était prévu pour durer trois mois : un mois pour atteindre les plaines et collines entre Forêt Sombre et Montagnes Grises ; un mois pour arriver jusqu'à la haute vallée de l'Anduin et passer sous la protection des orcs de Gundabad ; et un mois pour franchir les Monts Brumeux et arriver jusqu'à Carn Dûm, capitale d'Angmar et siège du roi-sorcier. Les chariots et chevaux ne devaient circuler que de jour, sur une distance moyenne d'une vingtaine de miles chaque jour, possiblement moins en cas de terrain accidenté. L'essentiel de la nourriture pour le trajet était censé avoir été réuni avant le départ et en grande partie porté par les cavaliers sagaths eux-mêmes, ou complété au cours du trajet ; Mordin évoqua les inévitables morts de chevaux au cours du voyage.

Ce convoi géant semblait être une réponse aux attaques répétées de trois dragons : Bairanax, dragon ailé blanc-bleu et cracheur de feu, né à la fin du Premier Âge. C'était un grand amateur d'ours et de Béornides et il avait été récemment blessé suite à sa confrontation avec un dragon plus puissant. Culgor (rouge et or), petit frère de Haurnfile (gris-rouge), sa sœur aînée, étaient deux jeunes dragons sans aile ni souffle enflammé, nés au cours du Second Âge. Ils passaient leur temps à se battre suite au vol du trésor de la sœur par son frère, ce que l'aînée n'avait jamais pardonné et continuait à lui faire payer chaque fois qu'elle le pouvait. En conséquence, le petit frère avait un tempérament de couard face à sa sœur, mais en revanche il avait développé une rapidité à la course supérieure à celle des chevaux, et il savait étonnamment bien grimper aux parois rocheuses pour un ver de sa taille.

Si d'autres dragons étaient parfois évoqués, bizarrement ils ne semblaient pas s'intéresser à ce qui se passait au sud des montagnes. Mais les trois mentionnés étaient déjà bien assez suffisants pour détruire et piller plus des trois quarts des précédents convois. D'où l'idée d'un convoi exceptionnel qui serait suffisant à Angmar pour renverser l'Arthedain et envahir tout l'Eriador. Et en plus de la force de leur armée voire de leurs sorciers, peut-être insuffisants face aux trois dragons, des écailles des trois monstres avaient été recueillies. Elles avaient permis de faire des pierres d'appel, qui visaient en particulier les deux plus jeunes, qui ne pensaient qu'à se courir après ou fuir quand ils étaient en présence l'un de l'autre. Quant à Bairanax, sa pierre d'appel se doublait d'une pierre de douleur et permettait à un sorcier d'utiliser ses sorts, peut-être de manière amplifiée, sur le dragon. Pour toutes ces raisons, les pierres magiques seraient sans nul doute aux mains des sorciers ou Maeghirrim.
Modifié en dernier par Niemal le 06 septembre 2015, 14:38, modifié 2 fois.

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Niemal
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Horselords - 38e partie : soutiens en tous genres

Message non lupar Niemal » 21 avril 2014, 23:22

1 - Cailloux et devin
Après une nuit sans histoire et un paisible petit déjeuner, un messager nordique venu de Buhr Widu se présenta à la ferme où les aventuriers avaient élu domicile. Il annonça que les derniers seigneurs étaient arrivés - l'un en milieu de nuit et l'autre au petit matin - et qu'un conseil commencerait bientôt, le temps pour le dernier arrivé - Mahrcared - de se rafraîchir un peu après une chevauchée rapide comme il aimait les faire. Les aventuriers étaient bien évidemment conviés à participer pour discuter de l'effort de guerre et des modalités de l'attaque du convoi. Ils étaient les mieux informés de tous et cette expédition militaire était à leur instigation, leur présence était donc nécessaire. Et il fallait essayer de pousser les quatre derniers seigneurs Éothraim à fournir le plus de cavaliers possible.

Geralt dormait encore, mais ses amis ne le réveillèrent pas tout de suite. Drilun souhaitait en effet interroger sa magie divinatoire à l'aide de ses cailloux avant de se présenter au conseil. Ils auraient ainsi une meilleure idée de ce qu'il faudrait dire quant aux prochaines opérations. D'autant que cette magie lui était de plus en plus facile et requérait moins d'efforts avec le temps. Ce qui ne l'empêcha pas, au cours de ses divinations, d'attraper un mal de tête carabiné : la magie était un art difficile et parfois douloureux... Par ailleurs, sonder l'avenir à travers des cailloux lancés en l'air au-dessus d'une ligne tracée au sol semblait simple en apparence, mais interpréter correctement les résultats était parfois un art périlleux, le résultat n'amenant parfois que de nouvelles questions au lieu de réponses claires.

Une série de questions concerna les pierres magiques qui permettraient d'appeler les dragons. Où seraient-elles bientôt ? Très certainement en possession de sorciers et sans doute des Maeghirrim, mais plus précisément ? Elles pouvaient être une arme formidable pour les sorciers ennemis, et il fallait vite savoir s'il était possible de les subtiliser à leurs propriétaires ou à quel moment et comment ils étaient susceptibles de s'en servir. Les cailloux furent clairs là-dessus : les pierres étaient dans les Monts de Fer, sans doute aux mains des Maeghirrim, mais elles partiraient très bientôt et seraient au sein du convoi d'ici quelques jours. Et elles y resteraient sans doute, plutôt que de voyager en possession de quelque agent à leurs trousses ou autre espion envoyé surveiller l'armée nordique. C'était une fameuse épine dans le pied des aventuriers : si jamais leur armée arrivait à temps pour bloquer la route du convoi, il serait facile aux sorciers d'appeler un voire plusieurs dragons qui trouveraient en premier les nordiques sur leur chemin.

Des questions portèrent sur les capacités guerrières des dragons et tout particulièrement de Bairanax, jugé le plus dangereux. En effet, même s'il était blessé, il pouvait voler et arriver rapidement, et cracher du feu. Quelles étaient la portée de son souffle et sa fréquence d'utilisation ? Les réponses apportées par les cailloux ne furent pas les plus simples à interpréter, ce qui fit dire à certains que les dragons étaient protégés de la magie divinatoire. Il semblait toutefois que le dragon pouvait brûler des adversaires à une distance égale à la moitié d'une portée de flèche, et qu'il pouvait utiliser cette arme magique bien plus souvent que les aventuriers n'avaient espéré. Côté points faibles, les cailloux ne permirent pas de déterminer avec certitude l'emplacement éventuel où le dragon avait une faille dans son armure. Beaucoup prédisaient que ce serait sur le dessus de la bête, ce qui serait plutôt peu commode pour des archers au sol face à la bestiole. Certains parlèrent avec humour d'utiliser une catapulte pour envoyer le hobbit au-dessus de la bête, mais aucune solution concrète ne fut avancée pour permettre une victoire facile ou au moins sûre face à un tel monstre, même blessé.

D'autres questions portèrent plutôt sur les agents chargés de leur mettre des bâtons dans les roues, comme l'assassin du Nécromancien, du nom de Sakal, ou celui des Maeghirrim, qui portait le nom de Haed dans les papiers trouvés à Dol Guldur. Combien étaient-ils, de quels modes de voyage (aériens en particulier) disposaient-ils, où se trouvaient-ils et surtout où se trouveraient-ils bientôt ? Il semblait que seul l'un d'entre eux - Sakal - disposait d'une créature ailée capable de l'emmener dans les airs. Les deux individus précités ne seraient pas forcément tout le temps collés à leurs talons, mais les cailloux suggéraient qu'ils ne seraient pas forcément très loin. Il n'était pas toujours facile de bien interpréter le résultat des cailloux, peut-être parce que l'avenir n'était pas forcément inscrit dans le marbre et que leurs adversaires essaieraient de s'adapter à eux, faisant peut-être usage des mêmes moyens qu'eux pour orienter leurs actions. Nombreux étaient les sorciers parmi eux, et Drilun n'était pas forcément le seul à pouvoir faire des divinations.

2 - Diplomatie et cavaliers
Mais le temps passait et les seigneurs allaient finir par s'impatienter. L'archer-magicien mit donc fin à ses arts magiques divinatoires pendant que ses amis réveillaient Geralt. Ils se dépêchèrent de gagner Buhr Widu et en particulier la petite salle de conseil de la longère des princes waildungs. Ils y étaient attendus, et Atagavia les invita à se présenter, non sans montrer une certaine impatience. En plus du prince des Waildungs et de ses enfants, Bronwyn et Aldoric, les cinq autres princes des plaines étaient là : Mahrcared, chef des Ailgarthas ; Fadared, chef des Algifryonds ; Driuganic, chef des Gadraughts ; Itanulf, chef des Brotharas ; et enfin Paidacer, chef des Widureiks. Chacun était accompagné d'un conseiller qui semblait être systématiquement un capitaine d'expérience. Assemblée essentiellement masculine et militaire, seules trois femmes figuraient parmi les vingt personnes présentes : la fille d'Atagavia, l'elfe et la Femme des Bois.

Tandis que chaque aventurier se présentait aux nordiques, Geralt et Vif notèrent que l'intérêt des seigneurs n'était pas le même pour tous : Mahrcared semblait réagir positivement à Geralt avant tout autre, sans doute en reconnaissance de ses talents de guerrier. Fadared, souvent en contact avec des nains, était plus attentif aux paroles de Mordin, tandis que Driuganic réagissait plus à la présentation de Drilun, dont la magie avait sauvé bien des siens. Itanulf, proche des Gondoriens, écoutait ou échangeait plus avec Taurgil ou Isilmë, alors que Paidacer faisait des signes amicaux à Vif. Personne ne se souciait du hobbit par contre, au grand dam de ce dernier qui essaya d'attirer l'attention à lui... jusqu'à ce que Vif eût menacé de le faire sortir s'il ne se taisait pas. Par la suite, le rôdeur dúnadan, considéré d'une certaine manière comme le principal représentant des ambassadeurs d'Arthedain, présenta la situation, les forces en présence et les risques possibles. Il fut parfois soutenu par Geralt entre autres, notamment lorsqu'il fallut répondre aux questions concernant les bruits au sujet de leur expédition à Dol Guldur. Cela semblait tellement invraisemblable qu'il fallut les talents oratoires du maître-assassin, et la confirmation de Bronwyn, pour faire admettre que ce n'étaient pas des racontars de taverne.

Le portrait brossé par Taurgil était assez sombre : il estimait les forces adverses à des milliers de Sagaths et autant d'orcs et de loups, ce qui rendait toute attaque sur une telle armée pratiquement suicidaire. Néanmoins, les capacités magiques ou guerrières des aventuriers, et leur assurance que la victoire était à leur portée, empêchèrent tout rejet en bloc. Sans compter qu'Atagavia et Mahrcared mettaient déjà neuf cents de leurs guerriers dans la balance. Driuganic, chef d'une tribu assez guerrière, eut néanmoins besoin de davantage d'éléments pour estimer la faisabilité d'une telle opération, tellement les risques semblaient énormes et les délais si courts - l'armée devait être prête avant une semaine ! Il fallut la persuasion de Drilun mais aussi quatre cents pièces d'or de Mordin pour emporter l'adhésion de l'homme. Sans parler d'une liste d'espions et informateurs remise à chacun des chefs. Elle montra l'étendue des moyens des aventuriers, qui avaient trouvé ces informations à Dol Guldur, et l'avancée de leurs préparatifs. Driuganic déclara alors que quatre cents cavaliers participeraient à l'effort collectif.

Fadared, chef des Algifryonds, regretta que les aventuriers n'eussent pu voir les nains des Monts de Fer afin de leur garantir du matériel de qualité pour leurs troupes. Mais il fut sensible au rappel des exploits passés des aventuriers, en particulier la prise d'Ilanin lorsqu'ils étaient passés par chez lui. L'assurance de Mordin (et son or) acheva de le convaincre que malgré les risques il avait tout intérêt à donner le maximum. Après une transaction de trois cents pièces d'or en sa faveur, il déclara qu'il ferait lui aussi le maximum en un temps aussi court. Moins nombreux et guerrier que les trois autres avant lui, son clan fournirait à peu près trois cents cavaliers dans les délais impartis. Ce qui, de ce qu'en savaient les aventuriers qui connaissaient un peu la région, était un effort tout à fait notable et aucunement une reculade par rapport aux autres.

La tribu d'Itanulf, plutôt protégée par les Gondoriens, avait une tradition encore moins martiale que celles des précédentes tribus qui venaient de fournir, à quatre, mille six cents hommes et chevaux. Malgré l'accord passé du régent Vagaig de surveiller les frontières contre d'éventuelles incursions de Sagaths ou Brygaths sur ses terres, il regretta que le Gondor ne participât pas plus activement à leur expédition. Même si leurs moyens humains étaient limités, leurs troupes et équipements étaient de qualité, et leur présence sur le champ de bataille aurait un impact non négligeable sur le moral des nordiques, qui se sentiraient soutenus. Taurgil s'engagea à aller le voir pour en discuter, et deux cents pièces d'or de Mordin achevèrent d'emporter son adhésion, même si sa participation - même maximale - serait moindre. Mais deux cents cavaliers seraient toujours une force à ne pas négliger.

Enfin, Paidacer pointa du doigt la vulnérabilité de sa tribu face aux orcs qui pourraient vite revenir. Il avait appuyé Geralt quant à ses capacités de maître ès maquillages qui avaient servi pour pénétrer Dol Guldur. En effet, ses gens qui avaient été sauvés par les aventuriers avaient pu constater par eux-mêmes à quel point le maître-assassin pouvait faire passer des vessies pour des lanternes à des orcs grâce à ses talents. Mais plus que tout, et même plus que les deux cents pièces d'or offertes par le nain après coup, ce fut d'abord le discours convaincant de Vif qui emporta son enthousiasme. Il faut dire qu'elle avait été particulièrement motivée et que Geralt ou Drilun auraient eu bien du mal à être plus convaincants qu'elle. Paidacer offrit donc les services de deux cents cavaliers, pour un total de deux mille guerriers à cheval pour l'ensemble de l'armée nordique.

3 - Aides et préparatifs de dernière minute
Le conseil allait continuer encore un moment, mais les aventuriers considérèrent vite que leur rôle était terminé. Ils avaient convaincu les seigneurs de donner le maximum, de leur faire confiance, malgré des risques énormes et peut-être pas tous bien identifiés. Le reste des discussions porterait pour l'essentiel sur des détails concrets de gestion des armées qui ne les concernaient pas vraiment. En revanche, beaucoup de choses restaient à faire avant le départ des cavaliers d'ici quelques jours, et ils s'éclipsèrent. Le temps étant compté, personne ne pensait rester inactif et tous discutèrent de la meilleure manière d'optimiser le temps qui leur restait. Ce qui n'alla pas sans débat.

Conformément à sa promesse, Atagavia demanderait sans doute bientôt à ses artisans d'aider Drilun à terminer l'armure de cuir spécial pour Mordin. De plus, comme il s'y était engagé, Taurgil comptait bien aller voir le régent du Gondor à Thorontir pour lui demander si une participation était envisageable. Problème : c'était à au moins deux cent cinquante miles au sud, ce qui prendrait bien deux jours au galop en temps normal, si le temps restait au beau. De son côté, Vif émit l'idée d'embaucher des voleurs de Forpays pour les aider à protéger l'armée des mauvaises surprises : il y avait des experts en poisons chez leurs ennemis, comme ils l'avaient déjà constaté. Des voleurs avertis et à l'œil vif pourraient peut-être éviter de futurs empoisonnements.

Tout le monde était d'accord sur l'utilité d'aller voir le régent Vagaig, mais moins sur leur capacité à faire cela dans les temps. Cela signifiait qu'il fallait partir tout de suite et galoper à bride abattue, et il n'était pas sûr que tous supporteraient la chose, en particulier Rob et Isilmë, voire Vif. Cette dernière pensait de toute manière s'arrêter en chemin - Buhr Waldlaes était sur la route qui menait à Thorontir - et laisser ses amis continuer sans elle. Elle parla néanmoins de garder les services du nain pour discuter le bout de gras avec les voleurs et obtenir un prix plus acceptable que ce qu'elle pourrait négocier. Et dans le voyage vers Thorontir, il fallait penser à du temps pour l'entretien avec Vagaig, et un retour certainement pas au triple galop.

Geralt s'emporta assez vite : ses amis parlaient d'éclater l'équipe en duos qui seraient très vulnérables face à une embuscade des assassins auxquels ils avaient déjà eu affaire. Hors de question pour lui, et puis Thorontir était trop loin, ils feraient mieux de se reposer tous pour être en forme pour le combat au nord. Quand on lui fit remarquer que les problèmes étaient au nord, il rappela que l'assassin de Dol Guldur avait été rencontré non loin de Thorontir, justement. Quelques nouveaux sorts de Drilun indiquèrent que les problèmes seraient avant tout au nord, mais un éventuel déplacement au sud n'était pas exclu également. Drilun suggéra alors de faire courir le bruit aux oreilles des espions présents qu'ils partaient vers le nord, afin de diminuer les risques. Geralt proposa aussi de les déguiser, et Vif d'emmener quelques hommes de Rult avec eux jusqu'à Forpays au moins.

Après une petite interruption du conseil des Éothraim (quitté peu auparavant) pour parler de leurs projets et de la diffusion des rumeurs aux espions, ils mirent leurs plans en pratique. Mordin, Vif, Taurgil et Geralt furent grimés et quelques mercenaires furent réquisitionnés, choisis parmi les meilleurs cavaliers des hommes de Rult. La petite troupe fut bientôt partie vers Buhr Waldmarh puis Forpays. L'archer-magicien attendit la fin du conseil pour aller enfin parler aux artisans avec la famille princière, ce qui laissa Isilmë et Rob libres de mettre en œuvre ce qu'ils avaient proposé à leurs amis. Le hobbit souhaitait retourner en forêt trouver de nouveaux dons-de-vipère voire du lichen du bûcheron. Le Dunéen avait par conséquent confié son inerenerab, la boîte enchantée remise par les Hommes des Bois, en espérant que les propriétés magiques du lichen se conserveraient dedans. L'elfe et le semi-homme se mirent en marche vers la lisière de la forêt.

4 - Voleurs et cambrioleurs
Les cavaliers avalèrent facilement les miles par le temps sec et clair dont la région jouissait depuis quelques jours. Il faisait même un peu chaud, mais cela n'avait rien d'insupportable pour les cavaliers ; les chevaux, en revanche, devaient régulièrement s'arrêter pour boire. Vers le milieu de l'après-midi, la ville des voleurs fut en vue, objectif d'une grande partie du convoi. Tandis que Geralt et Taurgil poursuivaient seuls leur route vers le sud, les hommes de Rult ainsi que Mordin et Vif entrèrent dans la ville. Le nain tempêtait avec tant d'ardeur et de conviction que les rues se dégageaient à leur approche et personne ne vint troubler leur progression. Jusqu'au moment où la Femme des Bois repéra l'un des élèves de Rillit l'Écureuil non loin dans la rue qu'ils prenaient.

Le jeune homme fut hélé et il finit bientôt par s'approcher, non sans méfiance. Vif lui demanda de porter un message à son maître : les aventuriers souhaitaient le voir au plus vite. Ce à quoi l'apprenti cambrioleur tendit la main : toute peine méritant salaire, il attendait d'être payé. L'emportement de Mordin le fit détaler au plus vite : ne pas tâter de la hache du nain semblait brusquement un paiement largement suffisant ! Les amis poursuivirent néanmoins tranquillement leur progression vers le nord de la ville, jusqu'au moment où la Femme des Bois entendit, parmi les bruits de la ville, quelques mots dans sa langue à elle, qui était aussi celle de Rillit. Levant les yeux, elle vit un signe de main à une fenêtre du deuxième étage d'un bâtiment. Sur le côté de la fenêtre, des bouts de bois étaient assemblés de manière à signifier un message que tout Homme des Bois pouvait comprendre : c'était là qu'ils étaient attendus, probablement dans cette pièce au deuxième étage.

Vif descendit de cheval et en remit les rênes à un homme de Rult, puis elle grimpa prestement à la façade comme elle avait deviné qu'on l'invitait à faire. Mordin, de son côté, pesta un moment puis il fit le tour de la maison jusqu'à en trouver la porte... fermée. Hésitant à la défoncer à coup de hache et jugeant que ce serait un mauvais début pour une transaction commerciale, il remit à son tour les rênes de son cheval aux hommes de Rult en leur disant de retourner parmi les leurs, dans le quartier des mercenaires, où il les recontacterait. Puis il se mit à grimper avec lenteur, en transpirant fort et en jurant tout bas après ces foutus cambrioleurs et Hommes de Bois. Après un long moment, beaucoup d'efforts et sans doute pas mal de paris que les spectateurs eurent le temps de prendre, il atteignit enfin la fenêtre au deuxième étage. Il se laissa tomber lourdement sur le plancher d'une petite pièce où Rillit et Vif bavardaient joyeusement dans leur langue.

Une fois le nain présent, la langue commune fut adoptée et le ton se fit plus sérieux. La Femme des Bois expliqua ce qui les amenait et le marché qu'elle souhaitait voir passer avec les voleurs de Forpays : les payer - cher - contre des hommes chargés de surveiller et protéger les vivres de l'armée nordique contre de possibles empoisonnements. Ne serait-ce pas un excellent chantier - et rémunérateur - pour les élèves de Rillit ? Mais l'Écureuil ne semblait pas très motivé par cette perspective : sans même parler des risques inhérents à toute bataille et peut-être celle-là en particulier, servir de planton n'était pas l'idée qu'il se faisait d'un cambrioleur. Mais peut-être cela intéresserait-il d'autres membres du clan des voleurs de la ville, et il accepta d'en parler à ses collègues. Après un bref coup d'œil dans la rue, il plongea par la fenêtre et s'éloigna vers la forteresse des voleurs en disant qu'il reviendrait bientôt.

Mordin se rendit bientôt compte que la pièce où ils se trouvaient était verrouillée. En fait, son amie, en écoutant les bruits d'activité dans le bâtiment où elle se trouvait, comprit après un moment qu'ils étaient dans un bâtiment d'entraînement des cambrioleurs : certains étaient occupés à ouvrir des serrures, à escalader les toits et parois, ou à se déplacer de manière très discrète... mais pas assez pour elle. Ce qui fut confirmé par le chef des cambrioleurs lorsqu'il fut de retour, toujours par la fenêtre. Plus tard, il profiterait de la présence de la Femme des Bois pour mettre ses élèves à l'épreuve en leur demandant de se cacher d'elle, mais elle les trouva tous en quelques minutes, à leur grand dam. A contrario, Rillit était trop bien caché et elle ne put le trouver, tandis que lui pouvait sans mal la repérer. Il était vraiment très doué.

Mais avant cela, il y avait des voleurs à voir. Dans la petite pièce dans laquelle il était remonté, l'Écureuil annonça que Mard et d'autres voleurs acceptaient de parler avec eux, et il les invita à le suivre. Puis il plongea à nouveau par la fenêtre. Le sol était à environ six mètres du bord de la fenêtre, et Vif n'hésita pas une seconde et fit comme le chef des cambrioleurs. Elle se réceptionna sans maîtrise particulière mais sans se faire mal non plus. Mordin hésita encore à défoncer la porte avec sa hache puis il sauta à son tour. Il se réceptionna de manière très correcte - bien plus que ce à quoi il s'attendait - mais se fit tout de même un peu mal à une cheville. Il approcha donc du quartier général des voleurs en boitant un peu.

5 - Des voleurs au nez fin
Dans une grande pièce, les deux amis furent bientôt présentés à d'autres voleurs, dont le chef des escrocs Mard Neffar, qui s'exposait cette fois-ci à la vue de tous et pas juste derrière une porte. Certains des voleurs étaient connus, comme le chef des agresseurs, Hrothgar, qui ne les portait pas dans son cœur depuis qu'il avait été humilié en public. Rillit était là aussi mais il ne participa pas vraiment à la conversion, et montra plus d'une fois son désintérêt pour cette affaire. Pour l'essentiel, le gros des échanges se fit - comme toujours - avant tout entre Mordin et Mard. Tous deux étaient des marchands accomplis qui appréciaient de s'affronter verbalement et commercialement.

Après un certain temps, Mard eut une idée qu'il souhaita proposer à ses pairs et les deux aventuriers sortirent un bref moment. La discussion reprit mais elle fut plus rapide, Mard ayant manifestement trouvé un marché avantageux à proposer contre de l'or. Même si cela restait très cher, son apparente reculade - il parlait de vingt agents des voleurs au lieu de dix, et pour le même prix - mit la puce à l'oreille du nain et de son amie. Vif demanda d'ailleurs à Rillit, comme à un ami, de lui expliquer où était l'entourloupe. Après un moment, ce dernier lui confia qu'il n'y en avait pas vraiment : les voleurs avaient vraiment d'excellents gardes particulièrement bien entraînés à reconnaître les poisons ou la nourriture douteuse. Ils étaient fiables, discrets, savaient garder les choses pour eux et n'auraient même pas besoin d'un cheval comme prévu au début : c'étaient des chiens !

Suite à quelques allusions de son amie, Mordin finit par comprendre, alors que le contrat était sur le point d'être signé, que les "agents des voleurs" n'étaient probablement pas humains. Il demanda à s'entretenir avec leur "lieutenant" et après quelques questions il comprit qu'il s'agissait d'un dresseur. Néanmoins, l'homme paraissait fiable et l'idée des chiens n'était pas mauvaise, même si cela revenait très cher pour chacun d'eux. Mard avait obtenu une prime de risque de soixante pièces d'or, payables d'avance ; un coût de "services rendus" de dix pièces d'or par semaine, sans compter le prêt d'un cheval pour le dresseur ; et des frais de décès de dix pièces d'or pour chaque "agent" tué ou perdu. Le nain avait calculé que l'ensemble risquait de coûter entre deux et trois cents pièces d'or, pour des chiens !

Mais si c'était le prix pour éviter l'empoisonnement des troupes nordiques, cela n'était pas forcément un mauvais marché, et il accepta. Après tout de même un test : Vif avait sur elle une odeur de félin que les canidés supportaient mal - les chiens aboyaient à son passage et étaient agressifs. Elle voulait voir si l'homme arriverait à les tenir, et elle alla au chenil avec lui, d'où un concert d'aboiements se fit bientôt entendre. Elle revint peu après et annonça que le test était concluant : l'homme maîtrisait bien ses chiens - d'ailleurs ils étaient issus d'un croisement entre des chiens et une louve - mais il faudrait sans doute une journée pour leur apprendre à supporter son odeur à elle. Tandis que les derniers détails furent réglés et que de l'or changeait de mains, elle retourna auprès de leur maître pour commencer leur dressage à son égard.

Les deux aventuriers furent logés par les voleurs, en ville, mais pas gratuitement, et l'entraînement se passa bien. Après une journée complète, les chiens-loups n'aboyaient plus en présence de Vif, même s'ils grognaient encore parfois. Le surlendemain le groupe se reforma : les cinq hommes de Rult repartirent avec eux, et la Femme des Bois prêta son cheval au dresseur. Elle était en effet plus légère que lui et pouvait plus facilement - pour les montures - monter en croupe de quelqu'un d'autre. Le groupe de huit personnes sur sept chevaux, accompagnés par vingt chiens, fit donc route pour Buhr Widu. Ils chevauchaient à bonne allure mais largement plus tranquille que lors de l'aller, d'autant que le dresseur était tout sauf un bon cavalier, et ils arrivèrent en fin de journée.

6 - L'aide du Gondor
Mais avant leur retour, que s'était-il passé plus au sud ? Geralt et Taurgil avaient galopé et encore galopé, s'arrêtant juste pour faire souffler et boire leurs montures. A un moment, le Dúnadan avait utilisé sa magie des soins pour évacuer la fatigue des corps fourbus de leurs chevaux, mais il ne pourrait le refaire avant un moment. Puis ils étaient repartis. Le soir était tombé, et ils avaient continué à chevaucher vers le sud. Ils avaient galopé à la lumière de la lune et des étoiles, et avaient fini par atteindre la ville de Thorontir alors que la minuit ne devait pas être loin. Mais c'était la forteresse qui était leur destination, et ils repartirent vers l'est. Après une bonne douzaine de miles (~ 20 km) ils atteignirent enfin la place-forte et siège du régent de Gondor sur les terres de Dor Rhúnen.

Après avoir vigoureusement frappé au portail fermé pour la nuit, une voix les accueillit fraîchement et leur enjoignit d'aller à la ville ou d'attendre le matin. Les aventuriers haussèrent le ton, rappelant le statut de Taurgil, noble Dúnadan du Rhudaur, et rappelèrent à l'homme qu'un des leurs, du nom de Racor, s'était fait vertement tancer pour avoir joué les petits chefs. Le garde leur répondit qu'il s'en souvenait d'autant mieux que c'était lui, l'officier Racor, qu'il appréciait peu la garde de nuit et encore moins d'être réveillé. Mais il consentit néanmoins à ouvrir le portail avec l'aide d'un garde qui lui avait l'air parfaitement réveillé. Vu le moment de leur arrivée, Racor suggéra avec un sourire qu'il valait mieux ne déranger personne et que la paille des écuries conviendrait certainement bien au seigneur Taurgil Melossë... Ce dernier, épuisé, préféra ne rien répondre et partit dormir au plus vite dans l'écurie, au-dessus des chevaux.

Le lendemain matin, Geralt fut réveillé bien trop tôt à son goût par la reprise des activités du fort au petit matin. Après avoir prévenu un garde et fait un bout de toilette, les deux hommes furent amenés devant Vagaig afin de partager son petit déjeuner. Mais avant de pouvoir pleinement parler des raisons de leur arrivée en pleine nuit, le régent leur demanda des précisions sur des échos qu'il avait eus à leur sujet : les ragots disaient en effet que Taurgil et ses amis avaient pénétré dans Dol Guldur et en étaient ressortis vivants et sains d'esprit. Personne n'y croyait vraiment, mais Vagaig voulait savoir, puisqu'il en avait l'occasion, comment et pourquoi cette histoire avait été montée. Geralt dut se montrer très persuasif pour faire comprendre au régent qu'il ne s'agissait pas de bobards, et si l'homme se montra convaincu en fin de compte, il garda peut-être quelque doute par-devers lui. Puis le cœur du sujet - la campagne contre le convoi d'Angmar - put être enfin abordé.

Vagaig ne cacha pas son incrédulité devant un pareil projet, si les estimations des armées adverses étaient justes. Et encore moins l'utilité de faire participer quelques cavaliers du Gondor à cette entreprise. Néanmoins, il se montra touché par les arguments du rôdeur dúnadan, sans parler de la dette qu'il se sentait vis-à-vis des aventuriers. Il fut sensible aussi à la réflexion de Geralt qui pointa le fait que le convoi pouvait signifier la fin de l'Arthedain - puis de tout l'Eriador - face à Angmar, et que le Gondor viendrait après. En fin de compte, face au verbe inspiré de ses interlocuteurs, il accepta d'envoyer trois escouades de cavaliers participer à cette campagne militaire. Trente cavaliers seraient mis sous les ordres de Taurgil, d'ici une journée. Mais en échange, il demandait au rôdeur de consigner par écrit le maximum d'informations concernant leur passage dans Dol Guldur. De toute manière il aurait toute la journée pour cela.

Et c'est ainsi que passa la journée : tandis que Taurgil noircissait tout un rouleau de parchemin, avec parfois l'aide de Geralt, le régent donnait des ordres et choisissait les hommes à rassembler sous la bannière (fictive) de Taurgil. Au soir, les hommes lui furent présentés. C'étaient pour l'essentiel des vétérans à l'air désabusé, plutôt râleurs et critiques, mais qui avaient l'air malgré tout fiables et compétents, sans parler de leur très bon matériel - il n'y avait qu'en Arthedain que les deux hommes avaient vu mieux. Par ailleurs, au moment de quitter les hommes pour prendre du repos avant la chevauchée du lendemain, Geralt perçut tout de même leur excitation à ce changement dans leur désespérante routine. Ils mesuraient les risques à affronter, mais ils n'en attendaient pas moins cette expérience avec plaisir.

7 - Loups et araignées
Tandis que Drilun s'apprêtait à tracer des runes magiques sur du cuir spécial et que le reste de l'équipe chevauchait vers le sud, Rob et Isilmë se dirigeaient tranquillement vers la lisière de la Forêt Sombre. Les frondaisons offrirent un contraste saisissant par rapport au grand soleil qui régnait à l'extérieur. Les deux amis s'enfoncèrent dans la forêt et le hobbit, grand connaisseur en herbes et plantes, commença à chercher lichen magique et rares vipères. Il en fut pour ses frais, d'autant qu'il avait déjà cherché à ces endroits, et il comprit qu'il faudrait aller plus profond encore. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, ils étaient de plus en plus attentifs à ne pas faire de bruit, afin de ne pas susciter la curiosité de quelque prédateur qu'ils ne voulaient pas déranger.

Ils étaient toujours bredouilles tandis que l'obscurité semblait augmenter. On ne pouvait pas dire que les ombres s'allongeaient, car de toute manière la lumière directe du soleil ne parvenait pas au sol. Le soir devait donc être en train de tomber, ou alors les nuages obscurcissaient le soleil. Mais l'estomac du hobbit lui disait que la première hypothèse était certainement la bonne. Heureusement les baies et autres denrées comestibles ne manquaient pas en cette saison, et il ne ratait pas une occasion de picorer dans ce qui l'entourait. Par contre, la guerrière elfe et lui perçurent bientôt qu'ils n'étaient plus seuls : une harde de loups - peut-être une douzaine - semblait les suivre à faible distance. Même s'ils ne faisaient pas un bruit, les animaux les suivaient à l'odeur et ils n'avaient pas besoin de les voir pour les trouver.

Les canidés sauvages n'inquiétèrent pas trop les deux amis, d'autant que Rob avait déjà rencontré une telle situation auparavant. Et puis de toute manière ils étaient trop loin pour rentrer, et il ne voulait pas rester bredouille. Il entraîna donc son amie plus loin, et, alors qu'il faisait de plus en plus sombre, il crut distinguer une faible lueur plus loin dans les bois. Tout excité, il s'approcha prudemment, tandis que les loups continuaient à les suivre. Malheureusement, au moment de repérer le tronc de l'arbre sur lequel un lichen phosphorescent luisait faiblement, il aperçut également, à faible distance, des gros fils de soie et des prédateurs à huit pattes plus haut dans les branches. Un nid d'araignées géantes s'était installé à faible distance du lichen lumineux, profitant peut-être de cette lumière qui devait bien attirer quelques animaux.

Les araignées ne semblaient pas avoir repéré les deux aventuriers, très discrets, mais en revanche elles avaient perçu l'approche des loups, et elles se déplacèrent à leur rencontre. Au grand dam du hobbit et de l'elfe, qui les eurent bientôt au-dessus de leur tête. Les loups n'étaient pas stupides néanmoins, et les araignées étant manifestement trop nombreuses, ils restèrent en retrait. Du coup, la moitié des araignées revint au nid, laissant l'autre moitié surveiller ces canidés à l'attitude si bizarre. D'autant qu'ils bougeaient parfois : dès que les deux aventuriers tentaient de s’esquiver par un côté, les loups se déplaçaient de manière à être sur leur trajet. Autrement dit, ils étaient bloqués. La proximité des araignées empêchait les loups d'attaquer, et les araignées ne les avaient pas encore découverts, mais ils ne pouvaient fuir...

En fin de compte, tant qu'à être bloqué là, Rob demanda l'inerenerab à son amie. Puis il se faufila très discrètement plus près du nid des araignées géantes, jusqu'au tronc et au lichen lumineux qu'il avait repéré. Il recueillit la plante magique et revint vers son amie sans avoir été perçu par les arachnides. En revanche, lorsque la guerrière elfe ouvrit la boîte enchantée des Hommes des Bois, elle constata que la plante ne luisait plus. L'inerenerab permettait de conserver les propriétés nutritionnelles ou curatives des plantes, entre autres, mais pas une telle magie. Tout cela n'avait servi à rien ! Pire encore, ils étaient dans un sacré pétrin, d'autant qu'ils ne pouvaient espérer de l'aide de leurs amis, au loin et surtout impossibles à prévenir.

Ce pétrin fut confirmé par un nouvel élément, tandis que la nuit était maintenant bien tombée et que Rob voyait à peine sa main quand il la tendait devant lui : un bruit faible progressait dans leur direction. Un loup essayait en effet d'arriver jusqu'à eux - et en particulier au hobbit - discrètement, sans se faire voir des araignées. Bientôt il fut assez près pour bondir hors d'un buisson, droit sur le semi-homme. Mais le petit voleur avait déjà encoché une flèche et malgré l'obscurité, il traversa la tête du prédateur avec son projectile. Le loup roula non loin de lui, mort, tandis que les araignées géantes se rendaient compte qu'elles avaient des invités qui ne s'étaient pas présentés. Et elles venaient réparer la chose, tandis que les deux amis se mettaient à courir en direction des loups qui les attendaient la gueule grande ouverte...

8 - Marchandage onirique
Les loups encerclèrent vite les deux amis qui se mirent dos à dos. Grâce à leurs réflexes et leurs armures de qualité, ils ne subirent que de petites morsures sans gravité tandis que les uns après les autres, des loups perdaient la vie. Bientôt ils fuirent, mais pas devant les aventuriers, devant les araignées géantes qui commençaient à se laisser tomber. Rob et Isilmë n'eurent pas le temps d'aller bien loin qu'ils se retrouvèrent par terre avec une ou deux araignées en train de les emberlificoter dans un solide cocon. L'elfe, qui remuait beaucoup et se montrait toujours menaçante, fut bientôt mordue par deux araignées et le poison paralysant fit son effet. Après quelques minutes, les deux amis se retrouvèrent à cinq mètres de haut, dans leur cocon. Ce dernier pendait au bout d'un gros fil d'araignée, lui-même attaché à une branche cinq mètres plus haut encore...

Isilmë était inconsciente voire morte, ou en tout cas elle ne réagissait à aucun de ses propos. Rob se tourna alors vers le seul être susceptible de les aider, comme il l'avait déjà fait par le passé. Au plus profond de sa tête, il appela le Prince des Chats à la rescousse, durant de longs moments. Sans réponse aucune. Alors qu'il commençait à désespérer, une voix amusée dans sa tête lui demanda ce qu'il désirait. Bien entendu, Tevildo, en échange de la mort des araignées et de leur libération, réclama que le semi-homme s'ouvrât à lui afin de renforcer le lien qui les unissait. Ce que fit Rob un moment, mais bientôt il réagit et refusa de laisser l'esprit venir encore plus profondément en lui et tout apprendre à son sujet. Le Prince des Chats insista un peu et Rob le laissa entrer un peu plus en lui avant de le rejeter.

En parallèle, Isilmë, dans son coma, faisait elle aussi la rencontre de l'esprit de Tevildo. Ce dernier joua sur ses peurs, non de mourir, mais de causer un énorme chagrin à Drilun. Certainement ce dernier serait-il effondré de ne pas revoir la belle elfe qu'il aimait profondément, de se douter de son funeste destin sans jamais en avoir le cœur net, d'espérer son retour et d'être éternellement déçu... L'elfe pleura dans son inconscience et son esprit fut une proie facile pour le Prince des Chats, qui obtint d'elle la même chose que ce que son petit ami avait donné. Il avait fait d'une pierre deux coups, et pénétré aussi profondément dans l'âme des deux aventuriers qu'il ne l'avait jamais fait auparavant en une seule fois ! Ces crédules créatures avaient été faciles à berner, trop faciles même, cela en gâchait presque son plaisir...

Mais il était temps de remplir sa part du contrat. Cela faisait déjà un moment que ses serviteurs s'étaient rassemblés non loin. Sur un ordre de sa part, un puma, plusieurs lynx et de nombreux chats sauvages se jetèrent sur les araignées depuis les branches des arbres où ils s'étaient cachés. Surprises et submergées sous le nombre, elles furent bientôt mises en morceaux et aucune n'en réchappa. Le bruit du bref combat s'acheva bientôt, et le hobbit entendit les félins s'éloigner, et puis plus rien. Mais il n'était pas libéré pour autant ! Par ailleurs, son arc et ses flèches, mais aussi sa dague, avaient été perdus dans le combat contre les araignées. Impossible de couper les fils de soie qui l'enserraient, ils étaient bien trop solides. Allait-il se dessécher sur place, pendant que ce maudit esprit félin se moquerait de lui ?

En désespoir de cause, il se tortilla comme jamais, tâchant de se faufiler entre les soies collantes qui composaient son cocon. Il s'acharna tant et si bien qu'à sa grande surprise, il arriva à écarter quelques soies un peu lâches et à se faufiler entièrement à travers l'ouverture dans le cocon. Avec de grands efforts dont il ne se serait jamais cru capable, il se retrouva suspendu au cocon par la force des bras, plusieurs mètres en l'air, sans même arriver à voir clairement le sol sous lui. Alors qu'il soufrait déjà de quelques petites morsures et de bleus divers causés par les araignées, qu'il avait eu une journée bien remplie et qu'il n'avait pas vraiment pris le temps de se reposer, il prit son courage - et la soie d'araignée géante - à deux mains et grimpa jusqu'à la branche plus haut. Puis il descendit de l'arbre auquel la branche était attachée, épuisé. Mais son amie était toujours en l'air, dans son cocon qu'il arrivait vaguement à distinguer.

9 - Fatigue et fils de soie
Rob s'emporta après le félin enchanté qu'il avait repéré non loin, et qui les contemplait depuis une branche éloignée. Ce dernier lui répondit alors comme s'il lui parlait dans sa tête. Il lui dit qu'il s'était engagé à les sauver des araignées - ce qui avait été fait - et à les libérer. Mais il n'avait jamais dit comment. Estimant que les deux aventuriers avaient toutes les ressources nécessaires pour se libérer sans lui, il avait arrêté là son aide. Que le hobbit ait pu s'en sortir seul était la meilleure démonstration qu'il ne s'était pas trompé. Par ailleurs, Rob pouvait s'estimer content : le Prince des Chats, en plus de le sauver, lui enseignait gratuitement une leçon et lui faisait prendre conscience de ressources insoupçonnées en lui ! Quand ils seraient dans le Grand Nord pour la mission qu'ils s'étaient engagés à faire pour lui, il n'y aurait pas à reculer à la moindre difficulté. Bref, que Rob se débrouille pour libérer son amie, il en avait les moyens.

En désespoir de cause, le petit voleur fouilla les environs dans l'obscurité et il réussit à remettre la main sur leurs affaires que les araignées avaient mises de côté, dont leurs armes et parmi elles sa dague. Alors qu'il était déjà épuisé, il grimpa à nouveau sur la branche à laquelle le cocon de l'elfe était suspendu. Il tenta alors de le couper à l'aide de sa dague, mais le fil de soie était épais et résistant, lui était épuisé et en équilibre sur une branche, et il n'y voyait goutte. Dans ses efforts il arriva même à se couper douloureusement une main ! Il réfléchit aussi que si jamais il arrivait à couper le fil de soie, son amie risquait fort de se briser le cou au sol. Elle était toujours inconsciente et la chute pouvait facilement être mortelle. Il fallait trouver de quoi amortir sa chute.

Et donc il redescendit, plus fatigué que jamais, et légèrement blessé en plus, et de sa propre main ! Il ramassa ou coupa des branchages, avec peine, dans le noir presque total du sous-bois épais d'une nuit dans la Forêt Sombre. Heure après heure, maladroitement, plus épuisé que jamais, des douleurs dans tout le corps et des vertiges par excès de fatigue, il rassembla de quoi amortir la chute prochaine d'Isilmë. Était-ce l'épuisement, la crainte d'attirer des prédateurs ou la subtile influence du Prince des Chats qui le regardait faire avec une certaine délectation ? Pas un moment il ne pensa à faire un feu pour s'éclairer et faciliter son travail ingrat. Craignait-il la venue prochaine de nouveaux prédateurs et notamment des araignées géantes ? Pas une seule fois il ne songea à piquer un roupillon, à terre ou dans un arbre. Il continuait, abruti de fatigue comme si sa vie et celle de son amie en dépendaient.

Enfin, alors que l'obscurité commençait peut-être à se lever légèrement, il estima que le coussin de branchages et de feuilles était suffisant. Il remonta dans l'arbre et jusqu'à la branche où le cocon de l'elfe était suspendu, reprit sa dague et l'entailla à nouveau. Et après encore bien des efforts, l'épais fil de soie finit par se rompre. Isilmë tomba, mais sa chute fut bien amortie par le coussin préparé par son ami, et elle ne se cassa rien. Le choc la fit même péniblement émerger de son inconscience, mais elle restait très engourdie et ne put rien faire pour se libérer seule. Juste regarder son ami redescendre, hébété de fatigue, et venir vers elle la dague à la main. Il tenta bien de la libérer ainsi, mais il avait tellement mal partout et tombait tellement de fatigue que lui-même percevait qu'il n'y arriverait pas. Et son amie ferait à présent une proie facile pour des prédateurs comme des loups...

Il réclama alors l'aide de l'esprit félin, qui, enchanté, s'approcha de lui et lécha sa blessure à la main. Blessure qui cicatrisa aussitôt, tandis que l'esprit du chat pénétrait encore plus profondément dans le corps de Rob. Puis il s'arrêta, au grand désespoir du hobbit, toujours épuisé, qui aurait maudit Tevildo s'il en avait eu la force. Il s'attaqua derechef aux soies d'araignées qui emprisonnaient son amie, et se blessa à nouveau ! Désespéré, il demanda à Tevildo de le soigner entièrement. Le lynx blanc ne se fit pas prier, et toutes les blessures et la fatigue du hobbit furent bientôt envolées, et le pouvoir de l'esprit fut plus fort et profondément ancré que jamais dans l'esprit et le corps du petit voleur. Seule Vif avait un lien plus fort avec le Prince des Chats ! Ce dernier, s'il avait été humain, en aurait éclaté de rire ou il aurait hurlé sa joie : jamais il n'avait corrompu si facilement un mortel...

Enfin, en pleine possession de ses moyens bien que profondément démoralisé, Rob reprit sa dague et il coupa bientôt les liens qui retenaient Isilmë prisonnière. Celle-ci, bien que maladroite sur ses jambes tant que le poison paralysant ne serait pas complètement éliminé, utilisa sa magie pour faire tomber Rob dans le profond sommeil dont il avait bien besoin. Complètement guérie en milieu de journée, elle réveilla son compagnon afin qu'ils retournassent à Buhr Widu sans passer une nuit de plus dans cette sinistre forêt. Rob recueillit néanmoins les glandes à venin de nombreuses araignées géantes avant leur départ, puis ils s'en retournèrent sans mal jusqu'au sentier et au-delà. Le soir tombait quand ils revinrent enfin à la ferme où ils avaient élu domicile depuis deux mois environ. Épuisés, démoralisés, avec du lichen du bûcheron vidé de sa magie mais des glandes venimeuses en pagaille. Et un lien plus fort que jamais avec le Prince des Chats.

10 - Retours
Le hobbit et l'elfe furent donc les premiers à revenir à Buhr Widu, le soir du lendemain de la journée du conseil militaire des seigneurs des Éothraim. Drilun, pendant ce temps, avait eu tout le loisir de faire ses runes magiques sur le cuir spécial pris sur les Maeghirrim tués, cuir qui avait servi à faire - avec l'aide des artisans nordiques - une veste plus solide que jamais pour le nain. Le Dunéen s'était bien inquiété un peu de ne pas revoir ses amis le premier soir, mais ce n'était pas la première fois que cela arrivait au hobbit, et cette fois-ci il n'était pas seul. Quand il apprit ce qui s'était passé, il leva les yeux au ciel sans arriver à trouver ses mots. Il aimait Isilmë, mais sa tête parfois bien vide n'était pas vraiment ce qu'il préférait en elle. Et s'il reconnaissait des tas de qualités au hobbit et l'aide parfois décisive qu'il leur avait apportée par le passé, il se demanda combien de temps encore il allait pouvoir le supporter, voire combien de temps le petit voleur mettrait pour les faire tuer tous.

Une journée après, soit le soir du surlendemain après le conseil, ce fut au tour de Mordin et Vif de revenir, sans oublier les hommes de Rult avec lesquels ils avaient fait le trajet. Ils revenaient également avec bien plus dans leurs bagages qu'une vingtaine de glandes à venin d'araignées géantes, glandes dont le hobbit avait extrait le venin en cours de journée. La Femme des Bois et le nain ramenaient avec eux vingt chiens-loups dressés pour la garde et pour repérer les odeurs étranges dans la nourriture, sans compter leur dresseur et maître. Ils firent part de l'utilité de ces chiens - mais aussi de ce que cela avait coûté - et furent partagés entre hilarité et consternation à l'énoncé des aventures de Rob et Isilmë.

Par contre, la veste de cuir spécial et magique enchanta le nain, qui rentrait parfaitement dedans. Il prit l'habitude de la mettre sous sa veste de mailles, en espérant qu'elle aurait à lui servir le moins possible. Entre Sagaths, loups et Wargs, orcs et dragons, il ne se faisait tout de même pas trop de soucis sur son utilité : il doutait que ce fût un investissement inutile. Par ailleurs, la petite troupe avait dépassé sur le chemin la deuxième partie du convoi de vivres parti de Buhr Waldlaes. La première partie était déjà arrivée peu avant le jour du conseil. Ils auraient donc très bientôt assez de vivres durables pour nourrir l'armée de deux milles cavaliers pendant deux semaines. Ce ne serait pas suffisant, mais entre ça et la nourriture que devaient leur remettre les Gramuz, ce serait un bon début.

Une journée après le retour de la rôdeuse humaine et du marchand-commandant nain, ce fut au tour de Taurgil et Geralt de faire leur retour, de façon encore plus éclatante que les autres. Les trente cavaliers qui les accompagnaient en imposaient à tous, avec leurs armes et armures de qualité, leurs montures caparaçonnées, leur taille de Dúnedain et leur allure de vieux vétérans de nombreuses guerres, d'autant qu'ils avaient tous dépassé la cinquantaine, et même le double pour deux ou trois. Il leur avait fallu deux jours pour revenir de Thorontir. Ils n'avaient pas lambiné, et les cavaliers gondoriens valaient largement les cavaliers nordiques communs. Mais d'une part, ils avaient été ralentis par un peu de pluie le premier jour ; d'autre part, les chevaux étaient lourdement chargés et ils ne pouvaient pas supporter très longtemps des galops trop rapides. Entre le caparaçon qui les protégeait et les hommes massifs et lourdement armés qui les montaient, sans parler d'équipement divers, ils portaient bien plus que la monture nordique n'avait l'habitude de transporter.

Dúnadan et maître-assassin firent la grimace aux échos des problèmes rencontrés par les membres les plus irresponsables de l'équipe. Cela dit, les deux fioles de dix doses de poison obtenues par le hobbit - une de venin mortel, une de poison paralysant - trouveraient peut-être vite leur utilité. Drilun venait également de finir une cape de cuir normal mais légère et renforcée magiquement, et le groupe se demanda à qui elle serait la plus utile. La Femme des Bois, sous sa forme humaine, était la plus vulnérable d'eux tous, mais sans doute ne resterait-elle pas longtemps ainsi. La soirée fut occupée à discuter et à préparer la journée du lendemain. Des troupes de cavaliers waildungs attendaient non loin, et leur départ était prévu pour le surlendemain en direction du nord et du gué sur la Celduin - et au-delà.

11 - Départ pour le nord
Le lendemain, Taurgil se rendit à la longère des princes des Waildungs. En effet, s'il était le commandant des forces gondoriennes, il ne serait pas tout le temps là pour les commander et il souhaitait régler ce point avant le prochain départ. En fait, il comptait remettre le commandement des Gondoriens à Mahrcared en son absence, mais ce dernier n'étant pas là, il comptait en discuter avec Atagavia ou sa fille et leur donner éventuellement délégation en attendant que les armées nordiques soient réunies. L'entretien ne posa pas de problème et Atagavia et sa fille furent d'accord pour, à l'occasion, prendre les hommes du Gondor sous leur ordre en l'absence de Mahrcared.

Au passage, après avoir reçu les félicitations du prince sur cette dernière aide à leur effort de guerre, le Dúnadan leur demanda ce qu'Atagavia avait décidé concernant la participation de ses enfants à l'attaque du convoi. Ce dernier répondit que tous trois - Bronwyn, Aldoric et lui - participeraient aux combats. En fait, ils resteraient l'essentiel du temps ensemble, et un vieux capitaine serait chargé de gérer les affaires courantes de la tribu en leur absence. En effet, vu l'intérêt du Nécromancien pour sa fille, il préférait ne pas la laisser seule et même la tenir près de lui autant que possible. Et quant à son fils, il n'était pas particulièrement doué pour gérer les affaires de la tribu, et quelque chose lui disait qu'il aurait bien du mal à tenir en place. Et Bronwyn elle-même serait plus sereine si elle l'avait auprès d'elle. Taurgil approuva et retourna auprès de ses amis, non sans avoir aussi parlé des chiens de Forpays et du rôle qu'ils joueraient.

Le groupe partit en milieu de matinée, accompagné par les cavaliers gondoriens, après avoir donné des consignes claires à Rult et ses hommes : en leur absence, ils devaient se mettre sous le commandement des Waildungs. Mais avant tout, leur mission consistait à assurer la protection des chiens des voleurs et de leur dresseur. D'une certaine manière, la sécurité des provisions devenaient de fait leur priorité. Les aventuriers furent ensuite partis pour l'est et Buhr Waldmarh, et ensuite vers le nord et le gué sur la Celduin, où les armées devaient se regrouper. Mais avant cela, vers le début de l'après-midi, ils firent halte à Buhr Ailgra, capitale des Ailgarthas et siège de Mahrcared. Ils arrivèrent à trouver le vieux chef nordique sans trop de mal, et il les accueillit avec plaisir.

Ils lui expliquèrent ce qui avait été convenu avec Atagavia concernant les Gondoriens que Vagaig lui avait confiés, et l'informèrent aussi de la présence des chiens de garde pour les provisions. En rappelant que le risque d'empoisonnement était très présent, comme eux-mêmes avaient pu le constater. Le vieux guerrier nordique reçut le commandement des hommes du Gondor qui passèrent avec succès son évaluation. Puis il proposa aux aventuriers de voyager ensemble, la moitié de ses troupes attendant au nord mais l'autre partie devant partir le lendemain. Devant le refus poli des aventuriers il s'étonna de leur départ rapide : ne devaient-ils pas tous de retrouver bientôt au nord ? Les aventuriers n'avaient pas le temps de faire une nouvelle mission en une journée, donc quel intérêt d'avoir un peu d'avance ? A moins qu'ils ne comptassent pas être là pour le rassemblement...

Ce qui fut confirmé par Taurgil : ils espéraient partir en avance sur les terres des Gramuz et au-delà. Non seulement il leur faudrait rendre une visite de courtoisie à l'un des chefs chez qui l'armée allait passer, sans parler d'éventuels achats de nourriture ; mais également, ils souhaitaient repérer le convoi d'Angmar et essayer de récupérer les pierres magiques qui permettaient d'appeler les dragons. L'objectif était éventuellement de s'en débarrasser, mais en tout cas faire en sorte qu'elles ne puissent pas servir d'armes contre eux. Accessoirement, mais cela ne fut pas dit au chef des Ailgarthas, Vif espérait bientôt trouver un endroit tranquille où se transformer en grand félin.
Modifié en dernier par Niemal le 07 septembre 2015, 10:05, modifié 2 fois.

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Horselords - 39e partie : embuscade nocturne

Message non lupar Niemal » 07 mai 2014, 16:17

1 - Vers le nord
Une fois sortis de Buhr Ailgra, la Femme des Bois prit effectivement sa forme de grand et terrible félin. Mais cela ne se fit pas tout seul : sans bois ou forêt à proximité et de jour, en plein soleil, le chat en elle était bien faible et elle aurait eu bien du mal à l'appeler pour une telle transformation. Elle demanda donc l'aide d'Isilmë, dont la magie des soins pouvait faciliter ou compliquer la possession de son corps par l'esprit félin. Même ainsi, les conditions étant loin d'être réunies, l'elfe doutait de pouvoir permettre à son amie de prendre sa forme féline ultime, et elle demanda à Taurgil la larme de Yavanna. En effet, cette dernière facilitait grandement une telle magie, et après quelques échanges le Dúnadan la lui remit, si bien que la transformation se fit sans problème.

Le groupe repartit alors, à vive allure. Par précaution, l'équipe avait emmené plus de chevaux que nécessaire : ils étaient dix, et seuls cinq d'entre eux étaient montés. Le grand félin n'en avait pas besoin, et Rob n'était pas assez bon cavalier pour tenir longtemps seul sur un cheval à cette allure. Il chevauchait donc avec Geralt, à qui il se retenait fréquemment pour ne pas tomber, déséquilibrant un peu le maître-assassin qui devait faire plus d'efforts qu'il ne le souhaitait. Au bout d'un moment, le balafré aux cheveux blancs ne supporta plus le petit voleur et il finit par l'attacher à un autre cheval, afin de ne plus être dérangé.

La distance entre Buhr Ailgra et le gué sur la Celduin était d'environ 125 miles (~ 200 km), et elle fut couverte en environ six heures, sans compter quelques petits arrêts pour faire boire les chevaux. L'une de ces pauses fut un peu plus longue que les autres, et servit à éliminer par magie la fatigue des corps les plus fourbus, grâce aux bons soins magiques d'Isilmë. Taurgil dut également mettre la main à la pâte et se servir de ses pouvoirs de descendant de roi dúnadan, qui permettaient de faire des guérisons miraculeuses. En effet, le corps de Rob avait mal supporté le voyage, amenant son état bien au-delà de la seule fatigue : il avait plusieurs plaies et fortes douleurs causées par la chevauchée, mais n'avait pas osé ralentir ses amis. Le Dúnadan fut donc obligé de faire une infusion de précieux athelas pour que ses pouvoirs puissent agir et rapidement soigner Rob, afin qu'il puisse remonter en selle.

Le gué sur la Celduin fut atteint en fin de journée. Une armée nordique commençait à occuper les lieux, attendant le reste des troupes, mais les aventuriers ne s'arrêtèrent pas. Ils traversèrent sans mal, le félin en nageant vigoureusement, Geralt debout sur son cheval pour ne pas se tremper les jambes. Le soleil commençait seulement à se coucher et la nuit promettait d'être claire ; aussi décidèrent-ils de repartir, toujours à grande allure, sur la route des nains (Men-i-Naugrim), vers le nord-est. Mais avec la nuit qui tombait et le terrain de plus en plus escarpé, ils durent bientôt ralentir. Ils se mirent alors à la recherche d'un endroit pour passer la nuit.

Ils ne souhaitaient pas trouver une ferme habitée comme il y en avait çà et là, de peur de mettre ses habitants en péril comme la dernière fois où ils étaient passés par là. D'ailleurs, ils avaient dépassé peu auparavant la ferme même où ses occupants et eux avaient été empoisonnés. En revanche, après la Grande Peste qui avait tué jusqu'à la moitié des hommes et chevaux, quelques années auparavant, les fermes abandonnées ne manquaient pas et ils en trouvèrent une au milieu des collines, non loin de la route des nains. Le corps de ferme comportait trois bâtiments non jointifs qui formaient une espèce de U. Ils avaient été vidés de tous leurs biens utiles, et ils choisirent ce qui devait être une étable, sur un côté du U, pour y dormir aux côtés de leurs chevaux.

2 - Au feu les pompiers
Tandis que la troupe prenait possession des lieux, Vif partait chasser et ramenait bientôt un lièvre encore vivant pour abreuver le cimeterre ténébreux que Taurgil avait remis à Geralt depuis peu. Par ailleurs, il était assez gros pour faire un bon repas pour tous. Le groupe n'avait en effet pas pris de nourriture pour le voyage, comptant sur les talents des uns et des autres, et en particulier ceux de la lionne magique, sans oublier quelques aliments qui garnissaient les trois inereneraban donnés par les Hommes des Bois. Néanmoins, si la magie de ces boîtes de bois travaillé amplifiait le pouvoir nutritif de ce qui était mis dedans, elle ne pouvait rien contre l'insatisfaction d'un estomac en grande partie vide. Le lièvre fut donc apprécié, d'autant que, aidé par les pouvoirs de la larme de Yavanna, le Dúnadan sut le marier de merveilleuse manière avec diverses herbes récoltées dans les environs. Le plat les ravit tous, sauf peut-être le hobbit, vexé de perdre son statut de cuisinier en chef à cause d'un vulgaire artefact.

Avant de gagner le pays des songes, Drilun, stimulé par la belle nuit pleine d'étoiles, s'essaya à la divination stellaire à l'aide de sa magie. Il perçut bientôt comme un groupe de sept étoiles qui lui rappelait leur groupe à eux. Hélas, cette mini-constellation fut bientôt traversée par plusieurs étoiles filantes, puis occultée par un nuage noir, ce qui n'augurait rien de bon. D'autant qu'après le départ du nuage l'éclat des étoiles semblait plus terne et il avait du mal à toutes les compter... Il rentra donc dans l'étable et annonça à ses amis que leur voyage ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices, et qu'ils pouvaient s'attendre à des visites, et pas que de courtoisie.

A la demande du félin, toujours très éprouvé nerveusement par ses transformations, Isilmë utilisa sa magie pour le plonger dans un puissant et profond sommeil réparateur. Sommeil magique qu'elle utilisa également sur elle, tandis que les autres déclinaient son offre d'en profiter également. Taurgil décida de prendre le premier tour de garde jusqu'au réveil de l'elfe, comme bien souvent au cours des nuits. Le portail et les volets de l'étable étaient tous situés sur le même mur et tous bien fermés. Il ne pouvait donc surveiller ce qui se passait dehors, mais se reposait sur son ouïe, très fine. D'autant qu'elle était amplifiée par la magie du casque qu'il portait, casque pris au Seigneur de Guerre Ardagor, dans le Cardolan.

Le rôdeur dúnadan fut bientôt le seul être éveillé dans le grand bâtiment tout en bois qui les abritait. Rien ne venait perturber le calme de la nuit, et le début du tour de garde ne lui apporta pas d'autres bruits que des sons nocturnes naturels et les respirations plus ou moins discrètes ou bruyantes de ses compagnons. Quand brusquement, tous ses sens furent électrisés par une perception immatérielle : on faisait de la magie à proximité ! Des rais de lumière filtrèrent sous le portail de l'étable et à travers quelques fentes au niveau des volets. Entre ça et le crépitement qu'il entendit aussitôt, la vérité lui éclata à la figure : les murs de l'étable venait de s'enflammer d'un coup !

Son cri réveilla tous ses amis, à l'exception d'Isilmë trop profondément endormie à l'aide de sa magie. Vif elle-même arriva à se réveiller, tant son ouïe était exceptionnelle et encore plus sous sa forme féline. Ils perçurent vite ce qui se passait, tandis que les chevaux, inquiets, se faisaient nerveux. L'air blasé, Drilun se concentra aussitôt pour éteindre toutes les flammes dans les environs : sa magie prévalut sans mal, et les flammes furent instantanément soufflées. Mais après quelques secondes elles s'élevèrent à nouveau comme s'il n'avait rien fait. Il eut beau s'escrimer une nouvelle fois, puis une autre encore, rien n'y faisait, les flammes repartaient toujours. Il sentit une magie runique ou celle d'un rituel tout autour d'eux, qui entretenait l'incendie magiquement, qui repartirait tant que les runes ne seraient pas effacées. Et il y avait fort à parier que si l'un d'entre eux montrait le bout de sa tête, il serait abattu par une flèche ou un carreau d'arbalète.

3 - Bois, flammes et projectiles
Le félin magique ayant auparavant poussé des espèces de miaulements, l'un de ses amis avait activé la magie du tour d'oreille confectionné par Drilun pour comprendre ce que Vif voulait dire. Le groupe sut alors qu'elle avait entendu un bruit correspondant à une monstrueuse créature ailée déjà aperçue et en général montée par un excellent arbalétrier. Le bruit venait du bâtiment en face de l'étable, une espèce de grange, vers lequel toutes les ouvertures de l'étable - portail et volets - s'ouvraient. Mais elle avait également perçu, plus sur la droite et dans la direction du bâtiment central et résidence des fermiers, la présence d'un cheval, que beaucoup estimèrent appartenir à un Maeghirrim, celui-là même qui avait dû faire la magie sur le bâtiment où ils se trouvaient.

Geralt, tout en râlant après son sommeil interrompu, n'avait pas encore achevé d'enfiler son armure de peau de dragon. Mordin, de son côté, cherchait un quelconque point faible dans le bardage qui constituait les murs de l'étable afin de pouvoir aménager une sortie qui ne serait pas sous le feu d'éventuels tireurs. Il fut vite imité par Vif, qui perçut avant lui que des planches abimées avaient été remplacées à environ deux mètres de hauteur et plus, à une extrémité de l'étable et sur un mur aveugle et a priori non surveillé. De son côté, Rob essayait sans succès de réveiller Isilmë et se mettait à la recherche de gourdes d'eau pour l'aider dans sa tâche, tandis que l'archer-magicien purifiait durablement l'air autour d'eux à l'aide de sa magie.

Avant d'éteindre à nouveau les flammes, Drilun utilisa un sort destiné à le protéger des attaques et il ouvrit l'un des volets. Il eut la satisfaction de voir un carreau d'arbalète dévié par sa magie lui frôler le visage. Plus tard, Geralt ayant fini de mettre son armure, il tenta avec précaution la même expérience dans l'idée de tirer à l'arc sur leur tireur embusqué. Malheureusement, l'homme en question était sur le toit du bâtiment en face, très exactement derrière le faite du toit. On ne distinguait de lui que son arbalète et le sommet de son crâne couvert par une capuche de cuir spécial, sans parler des bords d'un manteau qui se fondait dans le décor. Avec la distance, de nuit, impossible d'abattre une telle cible sans s'exposer dangereusement et sans beaucoup de chance.

Le point faible trouvé dans le bardage bois était à l'opposé du bâtiment central où Vif avait entendu un cheval, mais partiellement sous le feu du tireur embusqué sur la grange en face. Aussi Mordin décida-t-il de faire diversion en prenant sa hache et en attaquant les planches du mur opposé, soit sur le mur le plus proche du bâtiment de résidence des fermiers. Rob, pendant ce temps, inondait le visage de l'elfe avec l'eau des gourdes qu'il avait trouvées, si bien qu'elle finit après un moment par s'étouffer, tousser et commencer à se réveiller. Quant à elle, Vif dressa son grand corps félin sur ses pattes arrière pour arriver au contact du bardage endommagé. Elle permit ainsi à Taurgil, qui lui grimpa dessus, d'accéder facilement aux planches qu'il brisa à l'aide de sa grande force. Puis il bondit dans l'ouverture, directement dans les flammes extérieures qui enveloppaient la façade.

Le Dúnadan se ramassa sans mal à l'extérieur, roulant du côté opposé à l'arbalétrier et faisant attention à rester près du mur enflammé pour ne pas s'exposer au tir de leur ennemi. Son manteau commença à prendre feu mais il fut éteint par le sort d'extinction que fit Drilun à ce moment-là. Le rôdeur put constater que de nombreux signes cabalistiques avaient été tracés tout autour de l'étable, au niveau du sol. L'homme qui avait fait cela devait être particulièrement discret car il n'avait rien entendu... Il est vrai que les signes semblaient en partie avoir été inscrits avec un liquide qui faisait penser à du sang. Magie expéditive, bien qu'efficace, mais qu'il n'était pas difficile de briser. Il s'attaqua aux runes les plus proches, et lorsque le bâtiment s'enflamma à nouveau, aucune flamme ne lécha la façade là où il avait perturbé les runes magiques.

4 - Esquive et fuite
A l'intérieur, Mordin décidait, après avoir enfoncé plusieurs planches à l'aide de sa hache magique, de continuer son travail de démolition un peu sur la droite. Il se doutait en effet qu'à force d'agrandir l'ouverture, il risquait tôt ou tard de voir apparaître un ennemi, ou du moins un de ses projectiles. De son côté, Drilun essayait maladroitement de grimper sur le corps de Vif pour accéder à l'ouverture en hauteur pratiquée par le Dúnadan. Voulant bien faire, Geralt le poussa vers le haut avec énergie, ce qui déséquilibra le Dunéen qui finit les quatre fers en l'air, à plat dos à côté de la lionne.

Du coup le maître-assassin grimpa prestement et sauta par l'ouverture. Après un roulé-boulé pour l'éloigner de la position de l'arbalétrier, il rejoignit son ami dúnadan derrière l'étable, où il continuait à défaire les runes magiques qui étaient à l'origine du départ de feu sur le bâtiment. A l'intérieur, Vif décida d'utiliser sa force de lionne pour arracher les planches contre lesquelles elle tenait, agrandissant de fait vers le bas l'ouverture par où ses deux amis étaient passés. Cela ne lui prit pas bien longtemps, et elle acheva le travail en passant elle-même dans l'ouverture qu'elle avait faite, suivie peu après par ses amis encore à l'intérieur.

La lionne perçut bien vite que leurs agresseurs ne les avaient pas attendus. La créature ailée qu'elle avait perçue, comme le cheval, étaient déjà à plusieurs portées de flèche, chacun emmenant son cavalier dans des directions légèrement différentes. Elle s'approcha alors de Geralt et lui proposa une petite course-poursuite. Lorsqu'il eut compris les propos de la lionne magique, il sauta sur son dos et elle se précipita à grande allure en direction du cavalier au loin. Le cheval allait très vite, mais elle était encore plus rapide. Restés sur place, les autres aventuriers achevèrent de détruire les runes et sortirent les chevaux pour éventuellement se mettre à la poursuite des fuyards à leur tour.

Malheureusement, le maître-assassin et la féline Femme des Bois se rendirent vite compte que la créature ailée avait viré de bord et qu'elle se dirigeait à présent sur eux. Vif ayant déjà testé les compétences d'arbalétrier du monteur de monstre, elle se mit à zigzaguer pour éviter que leur ennemi, probablement Sakal, assassin du Nécromancien, n'arrivât à ajuster son tir. Ses changements de direction très brusques eurent l'effet escompté et aucun carreau d'arbalète ne la transperça, mais en revanche ils furent trop efficaces pour les talents et la force de Geralt qui vola en l'air et roula au sol sur la moitié d'une portée de flèche. Ses talents d'acrobate lui évitèrent le pire, mais son corps avait néanmoins été meurtri par le choc, même si c'était sans gravité. En revanche, il vit la créature ailée virer au-dessus de lui et son cavalier tendre l’arbalète qu'il portait dans sa direction.

En plus de l'ombre accentuée par la magie du cimeterre, la série de bonds que fit le maître-assassin le sauva probablement d'une blessure sérieuse, le carreau ne réussissant qu'à glisser sur son armure. Il n'y eut pas d'autre tentative, le chevaucheur de créature ailée dirigeant ensuite sa monture monstrueuse en direction de Vif et du cavalier au loin. Geralt fut tenté de tirer une flèche sur la créature ou son maître, mais le temps de prendre arc et flèche il était déjà en limite de portée. Il vit la flèche glisser sur le cuir du monstre et retomber au sol : elle n'avait sans doute causé aucune réelle blessure, et maintenant Sakal et sa monture étaient trop loin. De son côté, Vif sentit le danger approcher d'elle et elle recommença à zigzaguer en tous sens, empêchant le tireur de décocher ses traits. Malheureusement, le cavalier qu'elle poursuivait prenait de plus en plus d'avance, et elle dut en fin de compte abandonner la poursuite.

Créature ailée et cheval, et les deux hommes qu'ils portaient, disparurent bientôt dans la nuit sans chercher plus à nuire aux aventuriers. Tous revinrent alors à l'étable d'où ils étaient partis, un peu dépités. Chemin faisant, Vif remarqua que les vibrations du cheval au galop étaient très faibles, et les traces qu'il laissait peu profondes, comme si ce rapide galop demandait peu d'efforts à la monture. Cheval exceptionnel ou aidé par magie ? Les aventuriers se promirent de le découvrir à l'avenir. Par ailleurs, Drilun interrogea aussi ses cailloux suite à des questions qu'ils se posèrent quant à l'identité du cavalier. Sa divination magique lui permit de confirmer que oui, le cavalier qui s'était enfui était bien Haed, assassin des Maeghirrim. Ils retournèrent se coucher et le reste de la nuit se passa sans incident.

5 - Gramhart, chef des Borgingas
Le lendemain matin, le groupe reprit la route, toujours à bonne allure. Très vite, la Route des Nains fut abandonnée pour prendre vers le nord et suivre une bande de collines et de cuestas qui devait les amener à une route en direction de Withybord. Ce village gramuz était le principal centre urbain, sorte de capitale, des Borgingas, et c'est là que devait résider leur chef Gramhart, selon Mordin qui connaissait un peu la région. Il estimait qu'ils en étaient distants d'une centaine de miles (~ 160 km). Le nain mena donc la troupe entre les fermes, champs et troupeaux, demandant parfois sa route lorsque les chevaux s'arrêtaient pour boire. En début d'après-midi, leur objectif fut en vue et ils entrèrent bientôt à Withybord.

Ils étaient en quelque sorte attendus. Brogdin, autre chef gramuz, était lui-même passé peu de jours auparavant pour parler d'eux et des accords qu'il avait passés avec les aventuriers, et par ailleurs les récits de leur victoire au concours de combat et cavalerie de Buhr Widu circulaient dans tout le Rhovanion depuis un moment déjà. Ils furent donc bien accueillis ; Gramhart était bien présent et n'eut pas trop besoin de lui présenter dans le détail les raisons de leur présence. Il avait convenu déjà avec Brogdin qu'il laisserait l'armée nordique passer sur ses terres. Pour ce qui était d'aider plus, par contre, il demandait à voir ou entendre ces fameux héros qui avaient réussi à convaincre le vieux renard qu'était Brogdin de prêter si facilement son concours à une entreprise militaire aussi audacieuse et risquée. Sans parler de mettre au clair ces - pour lui - ridicules racontars sur l'expédition des aventuriers à Dol Guldur : qui allait croire à de pareilles sornettes ?

A nouveau, les beaux parleurs du groupe essayèrent de convaincre du bien-fondé de leur expédition militaire et pointèrent les risques à long terme de laisser faire : les orientaux pris séparément étaient plus une épine dans le pied qu'une réelle menace, mais encadrés par le roi-sorcier d'Angmar, ils pouvaient devenir un mortel danger. Et si jamais cela suffisait pour modifier le rapport de forces en Eriador et assurer la victoire d'Angmar, Gondor ne serait pas très loin ensuite. Et les Sagaths demanderaient sûrement, comme récompense de leurs efforts, des territoires à leurs goûts et mesures... comme le Rhovanion. Les peuples libres avaient donc tout intérêt à se serrer les coudes au plus vite pour ne pas être balayés les uns après les autres devant des ennemis nombreux et organisés.

L'histoire de Dol Guldur fut plus difficile à faire passer sans les enfants d'Atagavia pour en témoigner. Du coup, Gramhart proposa quelques épreuves pour s'assurer que les aventuriers étaient bien à la hauteur de leur réputation. Geralt caracola sur son cheval dans le village, zigzaguant ou sautant par-dessus les obstacles et finissant par saluer le chef gramuz sur sa monture en équilibre sur ses pattes arrière. Puis il combattit face à trois guerriers tout autour de lui : il désarma l'un d'eux en un éclair, faisant voler l'arme du guerrier non loin des pieds de son chef, et plongea sur un côté avant que les deux autres ne puissent porter une attaque. Puis il les désarma en quelques secondes avant de saluer Gramhart et le reste du village qui l'applaudissaient chaleureusement.

Rob se proposa ensuite pour montrer ses talents d'archer, à l'étonnement de tous car ce n'était pas lui qui avait gagné le concours d'archerie et pour les Gramuz il était un parfait inconnu. Mais Gramhart ne se démonta pas et lui proposa de participer à l'épreuve... en portant un gobelet de terre sur la tête que son ami dunéen devrait faire exploser à un tiers de portée de flèche. Le hobbit se figea donc, tandis que l'archer-magicien s'éloigna de plus de deux fois la distance demandée. Puis il visa et tira, en plein dans la cible, après avoir pris son temps et affiché un petit sourire narquois à l'adresse du hobbit, qui ne se rappelait que trop à quel point il avait pu irriter ses amis dernièrement. Mais Gramhart n'en avait pas fini avec lui : il demanda s'il était prêt à échanger les rôles, ce qui était le cas, bien qu'avec une distance moindre. Drilun eut plus de mal que son petit ami à faire tenir le gobelet sur sa tête, gobelet qui vola en morceaux lorsque la flèche de Rob, envoyée depuis une trentaine de mètres, le percuta. Vif eut aussi droit à son heure de gloire, montrant qu'elle était un animal intelligent capable de comprendre ce qu'on lui disait, de compter et même d'écrire dans le sol !

Le chef des Borgingas une fois satisfait, des échanges diplomatiques ou marchands eurent lieu auxquels Mordin en particulier se prêta bien volontiers. Gramhart accepta assez vite de nourrir l'armée nordique sur son passage voire de l'aider à prendre les bons chemins. Le nain lui acheta également, pour la somme de trente pièces d'or, l'équivalent de quinze mille hommes-jours de nourriture pour l'armée, assez pour subvenir à ses besoins pendant une bonne semaine. Satisfaits, les aventuriers remercièrent leur hôte mais déclinèrent sa proposition de rester, disant qu'ils avaient encore du voyage à faire. Sans lui dire qu'ils préféraient éviter de les mettre en danger, lui et les siens, en restant trop longtemps parmi eux et notamment pour la nuit.

6 - A la croisée des chemins
Les aventuriers repartirent donc vers le nord. Ils traversèrent les terres occupées par les Borgingas avant d'arriver, le soir, à une zone de collines, sorte d'extension des Monts de Fer vers l'ouest, en direction de Dale et Erebor. Ces collines étaient traversées par une route peu fréquentée qui joignait ces deux lieux, et elle marquait également plus ou moins la limite nord actuelle des terres des Gramuz. A une autre époque les fermes s'étendaient bien au-delà, plus au nord. Mais avec le réveil des dragons, l'activité grandissante des orcs des Monts de Fer (Emyn Engrin) et des Montagnes Grises (Ered Mithrim), sans parler de l'agressivité des orientaux qui venaient jusque-là parfois, les fermes et peuplements isolés avaient été des proies faciles. La peste cinq ans auparavant avait été le point d'orgue de cet affaiblissement et les survivants étaient redescendus au sud, plus près des leurs. A partir des collines et plus au nord, ce n'était plus guère qu'un no man's land parcouru par bêtes sauvages et ennemis. Une région dangereuse où l'on était soit proie, soit prédateur.

Vif trouva les signes de présence de la route, qui par bien des endroits n'était rien de plus qu'un vulgaire sentier ponctué de cairns divers, et Mordin confirma ce qu'elle était pour la région. C'était aussi, pour eux, le moment d'un choix : fallait-il aller vers l'est et les Monts de Fer, vers les Maeghirrim et leur prisonnière, ainsi que vers le convoi et les pierres des dragons qu'il transportait ? Ou valait-il mieux se tourner vers l'ouest et diriger leurs chevaux vers la ville de Dale et les clans nordiques qui y résidaient, ou à proximité ? Le moment de l'action était-il venu pour eux, avec de l'espionnage et sans doute des confrontations diverses à la clé, ou le temps de la diplomatie ne pouvait-il encore durer pour favoriser le passage de l'armée nordique voire bénéficier de nouveaux soutiens ?

C'est la seconde option qui eut la préférence, entre autres grâce à certaines informations que Gramhart avait données. En effet, il avait parlé de divers petits conflits qui secouaient les cinq clans de la communauté nordique de Dale et de ses environs. Les chefs des différents clans n'étaient pas tous d'accord entre eux sur la manière de gérer les affaires, des problèmes de politique intérieure se posaient et des échanges vifs avaient lieu entre certains. C'était en particulier le cas entre le chef de Dale et des Krythéod, Éoder, appuyé (voire dirigé, selon certains) par son épouse Sulwyn, et Jirfelian, chef des Aldurlingas. Gramhart avait même entendu des échos d'histoires douteuses venant de Dale concernant les aventuriers ou les Éothraim. Par ailleurs, fait notable qui motivait beaucoup certains des aventuriers, Jirfelian était une femme que l'on créditait de la mort d'un dragon il y avait de cela quelques années, dans le nord. Accessoirement, elle passait pour être superbe et excellente oratrice, assez jeune et toujours célibataire ; avec néanmoins un fils de huit ans dont le père était inconnu. Toutes choses qui éveillaient la curiosité des aventuriers à son égard. Son expérience des dragons, si elle s'avérait véridique, pourrait sans doute leur servir.

Les aventuriers prirent donc vers l'ouest et la ville de Dale. Ils n'allèrent pas bien loin néanmoins : la nuit tombait et le terrain, escarpé, les empêchait d'aller vite. Ils se contentèrent donc de trouver un abri à flanc de coteau, bien dissimulé par des buissons, pour y passer la nuit. Mais il était trop petit pour abriter les chevaux, qui paissaient un peu plus loin. Or, un sort de Drilun lui apprit qu'une vingtaine de bipèdes de taille moyenne à petite étaient présents à une lieue au nord, dans une zone qui semblait bien sauvage. Bandits ou orcs ? Vif grimpa dans un frêne assez gros pour supporter son poids, non loin de l'abri, se chargeant du premier tour de garde. Ses amis, sachant qu'ils étaient bien gardés, s'endormirent aussitôt.

Ils furent réveillés peut-être deux heures après par de nombreux cris pas très éloignés. Cris de haine, de douleur et de peur, et surtout cris d'orcs, qui diminuèrent très vite en nombre. Le temps d'arriver sur place avec leurs affaires, ils virent les derniers morceaux d'orcs voler en l'air et le dernier survivant, fermement tenu dans la gueule de la lionne, jeté à leurs pieds pour interrogation. La féline Femme des Bois, après une espèce de grimace de dégoût, se mit à faire une toilette de gros chat : les orcs étaient vraiment d'immondes créatures au sens premier du terme, et en tenir un dans sa gueule était bien pire que de transporter une charogne puante - qu'il n'allait pas tarder à devenir, par ailleurs. Plus tard, Vif leur expliqua qu'elle les avait entendus venir dans leur direction, et qu'elle s'était cachée dans des buissons entre les chevaux et eux. Puis elle avait attaqué les orcs alors qu'ils étaient tout autour d'elle et qu'ils commençaient à sentir son odeur de gros félin.

L'orc parlait un infâme patois composé essentiellement de jurons et d'insultes tirés du noirparler, et seul un bon connaisseur de cette langue pouvait arriver à comprendre ce qu'il disait. Taurgil, dont c'était le cas, se chargea de l'interrogatoire. Non sans mal, car la puante créature n'était pas bien maligne et ne savait manifestement pas compter beaucoup au-delà de ses dix doigts crasseux. Il comprit tout de même que la vingtaine d'orcs présents formait un groupe de ravitaillement d'une tribu d'orcs forte de peut-être quelques centaines d'individus, plus au nord. Les aventuriers n'étaient nullement sur la liste de leurs objectifs : ces vingt-là étaient descendus plus au sud dans l'espoir de pouvoir attaquer une ferme nordique. Les orcs faisaient juste partie des armées chargées de veiller au bon passage du convoi. Après ce pénible échange et jugeant qu'il n'en tirerait rien de plus, le Dúnadan exécuta prestement la créature.

7 - Les faubourgs de Dale
Les premières heures de la matinée furent occupées à suivre la route à travers les collines, vers l'ouest. Au bout d'un moment, depuis une hauteur, le Mont Solitaire (Erebor) apparut comme planté au milieu d'une vaste plaine. Une rivière coulait depuis cette petite montagne isolée et abritait une ville dans l'un de ses méandres : Dale. La rivière continuait plus au sud et devait rejoindre le Long Lac (Annen) avec la ville d'Esgaroth en son sein. Dans la plaine autour de Dale, des signes de présence humaine, comme champs et troupeaux, se voyaient sans grand mal sous le soleil clair de cette belle journée de fin de printemps. Après ce bref aperçu, les aventuriers pressèrent leurs chevaux et ils galopèrent en direction de la ville.

Après une heure de rapide chevauchée, ils approchaient du méandre dans lequel était blotti Dale, lorsque qu'une patrouille de cavaliers nordiques armés s'interposa sur le chemin. C'étaient manifestement des gardes qui souhaitaient identifier cet étrange équipage, ou peut-être même se demandaient-ils s'ils n'étaient pas poursuivis par le gros félin qui les suivait un peu plus loin. Mais l'allure régulière bien que pressée et le manque de cris devaient sans doute leur dire qu'il ne s'agissait que de cavaliers pris par une affaire urgente. Drôles de cavaliers tout de même, composés visiblement d'au moins un Dúnadan, d'hommes et d'un nain, équipés d'armures bizarres, accompagnés de plusieurs chevaux dont l'un portait un enfant attaché, sans parler du gros félin qui les suivait tranquillement !

Le groupe ralentit puis arrêta sa course non loin des gardes, qu'ils saluèrent. Ils se présentèrent comme marchands sans marchandises, ce qui n'alla pas sans susciter quelques questions, sans parler de la présence de l'enfant et du félin. Pour le premier, ils ne semblaient pas savoir ce qu'était un semi-homme, mais ne lui prêtèrent pas beaucoup attention. Le félin en revanche les rendait plus nerveux, et leurs chevaux en particulier. Isilmë leur dit qu'il s'agissait d'un animal parfaitement dressé et contrôlé par sa magie, tout en dégageant son visage de sa capuche et en montrant clairement ses traits elfiques. Cela intimida un peu les gardes, peu habitués à côtoyer des elfes qu'on ne voyait guère qu'à Esgaroth lorsqu'ils venaient acheter divers produits comme le vin de Dorwinion. Du coup les questions concernant le félin furent taries.

Les aventuriers en profitèrent pour poser eux-mêmes des questions au sujet de la ville et ses habitants. Les gardes confirmèrent ce que Gramhart, chef des Borgingas, avait dit : des rumeurs contradictoires circulaient déjà dans la région concernant une armée nordique sanguinaire et des individus louches pratiquant la sorcellerie, possibles agents du Nécromancien de Dol Guldur. Ce qui expliquait peut-être une certaine méfiance des nordiques à qui ils faisaient face, qui ne savaient pas trop quoi penser entre les champions à la course, au combat et au tir à l'arc qu'on leur dépeignait d'un côté, et les sorciers animés de funestes intentions qu'on leur évoquait par ailleurs. Et l'attirail de certains n'était pas fait pour rassurer : entre le terrifiant casque de Taurgil et l'impressionnante armure de peau de dragon de Geralt, difficile de ne pas éveiller un sentiment de peur chez des gens méfiants.

Les gardes présentèrent néanmoins les cinq clans nordiques qui occupaient la région : Krythéod, Dalethéod, Aldurlingas, Stahnothéod et Féotlingas. Les deux premiers composaient le cœur des habitants de Dale et des environs proches, mais les trois autres avaient également des fermes et maisons à proximité, dont ils indiquèrent les directions, sans parler des territoires plus éloignés. Ils confirmèrent aussi les quelques dissensions politiques entre, essentiellement, les deux premiers clans et les trois autres. Sans s'offusquer de la chose plus que cela : le chef de Dale et des Krythéod, Éoder, était marié à Sulwyn, fille du chef des Dalethéod, donc comment ne pas interpréter certains choix comme des préférences et ne pas susciter de jalousies ? Les dissensions avaient toutefois pris une ampleur inégalée dernièrement, avec les attaques parfois très dures envers diverses personnes et Jirfelian en particulier. Mais c'était une très bonne oratrice qui n'avait pas hésité à répliquer, d'où une certaine escalade verbale.

8 - Jirfelian, tueuse de dragon
Les aventuriers remercièrent les gardes pour leurs informations, en particulier l'emplacement d'une ferme fortifiée abritant Jirfelian au sud-est de la ville. Ils se dirigèrent dans cette direction car ils avaient bien envie d'en apprendre plus sur cette tueuse de dragons, rumeur qui semblait fondée aux dires des gardes, avant de mettre plus le nez dans la politique locale. Comme ils progressaient sans se presser autant qu'auparavant, Vif put observer un curieux manège. En dehors des regards curieux qu'ils attiraient et des aboiements de chiens à son égard, elle remarqua un comportement inhabituel chez des hirondelles : plusieurs d'entre elles étaient venues voler au-dessus d'eux, comme d'autres oiseaux, puis elles s'étaient toutes dirigées vers la demeure qui était leur objectif, comme pour rendre compte de ce qu'elles avaient vu. Elle fit part de la chose à ses amis, qui se dirent que Jirfelian, si elle était bien l'utilisatrice de magie qu'ils la soupçonnaient être, devenait vraiment quelqu'un d'incontournable.

Ils arrivèrent enfin à une palissade bloquant l'accès à divers bâtiments de ferme, sans parler d'un verger et de zones non construites qu'ils distinguaient mal. La route qu'ils suivaient menait à un portail fermé que deux gardes à pied surveillaient. Ils interpelèrent les gardes et demandèrent à parler à leur chef, et commencèrent à répondre à leurs questions, quand une voix féminine se fit entendre derrière le portail, qui s'ouvrit bientôt. Une grande femme blonde accompagnée d'un jeune garçon dit aux gardes de laisser passer les aventuriers, qu'elle avait été prévenue de leur arrivée possible et qu'elle les attendait. Manifestement, ils avaient face à eux la chef des Aldurlingas, Jirfelian, et elle paraissait en savoir plus sur leur compte qu'eux à son égard.

Après avoir donné quelques ordres à d'autres personnes pour qu'ils s'occupent de leurs chevaux, elle demanda à celui qui était probablement son fils de retourner jouer seul dans le verger pendant qu'elle s'occupait de ses invités. Invités à qui elle proposa de prendre quelques rafraîchissements en privé dans la longère qui composait le bâtiment principal des lieux. Après quoi, la matinée touchant à sa fin, ils auraient l'occasion de manger ensemble avec ses gens. Néanmoins, avant d'arriver à la salle où elle pensait échanger avec le groupe, elle suggéra à ceux qui le désiraient de pouvoir se débarbouiller un peu. Ils avaient bien chevauché, sous un soleil éclatant, et ils ne s'étaient pas beaucoup lavés au cours des derniers jours. Elle les mena donc à un point d'eau où ils pourraient faire une toilette éclair et se rendre plus présentables.

Peu après, ils étaient seuls avec elle dans la salle de conseil de la longère, félin compris. L'impression qu'elle les attendait et qu'elle en savait déjà long à leur sujet s'amplifia encore et fut l'objet de questions diverses et variées. Par la suite, les aventuriers comprirent qu'elle faisait partie du réseau d'informateurs du magicien brun : elle échangeait régulièrement avec Radagast, de qui elle avait appris la magie. Cela permettait entre autres de parler aux animaux et de leur demander d'aider, comme de porter des messages ou d'en recevoir. Mais même sans cela, elle faisait partie des rares personnes de la région qui savaient parler le langage des grives, sans avoir besoin d'aucune magie pour cela. Ce qui lui avait bien servi par le passé.

Elle ne manqua pas de décrire cette occasion, à la demande des aventuriers. En effet, plusieurs voulaient savoir si les rumeurs qui courraient à son sujet étaient vraies : avait-elle réellement tué un dragon par le passé ? C'était bien le cas, d'après ce qu'elle leur dit. Son récit fut assez simple et dénué de fanfaronnades : un ver, c'est-à-dire un dragon sans aile, était venu du nord et il menaçait les siens. Son père et d'autres guerriers n'avaient pu l'arrêter et elle avait pris la tête du clan trop tôt à son goût, et avec ce problème à résoudre. Elle s'était alors rendue sur place, seule, jusqu'à la tanière du monstre au bas d'une falaise. Peu de temps après, elle était revenue vers les siens en annonçant que le dragon était mort, et elle avait monté une expédition avec plusieurs d'entre eux pour enfermer sa carcasse dans son antre et empêcher que quiconque y accède.

Elle donna plus de détails aux aventuriers sur la manière dont elle avait abattu le ver. Elle avait demandé aux grives de le surveiller et de l'étudier, et elle avait ainsi découvert qu'une zone à l'arrière et sur le dessus de son crâne était dépourvue de protection. Elle se doutait que les grives, animées par amitié et non par magie, risquaient moins d'éveiller l'attention du dragon. Puis elle avait monté un piège sur la falaise, avant d'appeler le monstre et l'inciter à sortir hors de sa tanière. Forte de ses talents oratoires, elle l'avait flatté, et, malgré sa méfiance, fait en sorte qu'il restât juste à l'endroit qu'elle avait prévu, le temps pour elle de déclencher magiquement la chute de plusieurs lances sur sa tête non protégée. Plusieurs avaient fait mouche et le dragon était mort. Ses conseils étaient donc les suivants : étudier, apprendre, flatter et tromper. En n'utilisant magie ou armes que de loin ou au dernier moment.

9 - Politique locale
Les aventuriers satisfaits et convaincus d'avoir trouvé leur meilleure alliée dans la région, la discussion reprit et porta sur la politique locale et les moyens de faire traverser la région aux troupes armées des Éothraim. Jirfelian atténua très vite les soupçons de corruption que certains aventuriers avaient pour Éoder, le chef de Dale. Selon elle, ce n'était pas quelqu'un de mauvais en soi, elle l'estimait même par certains côtés. En revanche, il écoutait trop certaines voix qui lui murmuraient constamment à l'oreille, en particulier celle de sa femme Sulwyn, qui était de loin la personne qui se montrait la plus virulente envers elle-même, Jirfelian, mais aussi envers d'autres personnes d'autres clans. En bref, elle estimait que le chef de Dale n'était pas le problème, le problème était qu'il était amoureux et trop enclin à écouter les mauvaises personnes.

Cette opinion était de plus en plus partagée par des personnes d'autres clans, voire certaines personnes parmi les Krythéod, qui restaient ses amies. Depuis la Grande Peste et les nombreux morts qui avaient endeuillé les clans, les conseils de Sulwyn auprès de son époux avaient eu de plus en plus de poids et les décisions du chef de Dale avaient été de plus en plus ouvertement en faveur de leurs deux clans, Krythéod et Dalethéod. Même Forwen, chef des Féotlingas et autrefois grand soutien d'Éoder, était choquée par certaines attaques de Sulwyn vis-à-vis de certains des siens et elle commençait à se rendre aux arguments de Jirfelian.

La chef des Aldurlingas commençait à nourrir de plus en plus de soupçons concernant Sulwyn et son père Rognachar, chef des Dalethéod ; et plus généralement de l'ensemble de leur clan, connu comme le plus mystérieux et xénophobe des cinq clans de la région de Dale. Sans aller jusqu'à les rendre responsables de tous les maux de ces dernières années, elle ne pouvait que constater les liens avec eux chaque fois qu'un problème nouveau apparaissait entre les clans. La seule chose qui faisait qu'ils n'étaient pas rapidement remis à leur place, c'était l'influence de Sulwyn auprès de son mari, d'autant plus enclin à l'écouter et à la chérir qu'ils n'avaient pas d'enfants. Néanmoins, l'attitude de Sulwyn et des siens les desservait, et avec le temps ils allaient se retrouver de plus en plus isolés. Jirfelian semblait en effet gagner de plus en plus d'influence auprès des autres clans avec le temps, ou du moins c'est ce qu'elle déclara aux aventuriers.

Tout cela ne faisait guère l'affaire de ces derniers : Taurgil et ses amis auraient bien voulu trancher dans le vif et éliminer cet abcès avant qu'il ne devienne un vrai problème, mais cela n'était pas si simple. La situation était compliquée, les gens n'étaient pas tous blancs ou noirs et les aventuriers n'avaient pas forcément le temps de trouver les squelettes dans les placards. Et une action trop directe pouvait leur mettre tous les nordiques du coin sur le dos, ou même déclencher une guerre civile. En revanche, puisque le chef de Dale, Éoder, ne semblait pas quelqu'un de mal intentionné, juste mal conseillé, passer le voir pour essayer de rectifier ce qui pouvait l'être semblait une bonne entreprise.

Côté armée des Éothraim, Jirfelian avait assuré qu'entre l'aide de son clan et les soutiens qu'elle pouvait avoir, les cavaliers nordiques pourraient passer autour de Dale sans entraîner véritablement de réaction positive ou négative. Peut-être même pouvait-elle fournir quelques vivres, mais cela serait très limité. Cela étant, peut-être que le chef de Dale se laisserait convaincre de faire plus : Taurgil et ses amis étaient curieux de voir quel poids aurait la langue de vipère de Sulwyn face aux beaux parleurs de l'équipe. La cause semblait donc entendue : le groupe se rendrait à Dale et tâcherait de voir son chef afin de lui parler en toute honnêteté de leurs projets et du prochain passage des Éothraim. Ce serait de toute manière mieux que de mettre Éoder devant le fait accompli.
Modifié en dernier par Niemal le 08 septembre 2015, 11:47, modifié 2 fois.

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Niemal
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Horselords - 40e partie : une ombre dans la nuit

Message non lupar Niemal » 02 juin 2014, 09:12

1 - Derniers mots et préparatifs
Le bruit croissant dans la maison signifiait que le repas était prêt, et Jirfelian invita les aventuriers à le partager avec elle. Ce qu'ils firent tous, s'exposant à la curiosité ou aux regards intimidés des nordiques présents, même Vif qui écoutait nonchalamment les conversations dans un coin, même si elle ne mangea rien. Petit à petit les gens s'enhardirent et posèrent des questions sur les rumeurs qui circulaient au sujet des aventuriers : leurs exploits au concours donné chez les Éothraim, les aventures et combats qu'ils avaient eus au sud de la Celduin voire chez les Sagaths, les racontars insensés à propos d'une expédition à Dol Guldur... Patiemment mais non sans une certaine lassitude parfois, Geralt et ses compagnons répondirent à une partie des questions sans trop chercher à convaincre. La vie de célébrité n'avait pas que des avantages...

Après le repas, le groupe comptait se rendre à Dale pour voir Éoder, sachant que cela prendrait peut-être du temps. La maîtresse de maison prévint qu'il s'agissait du jour de marché mensuel, qui attirait beaucoup de gens des environs voire de plus loin. Il y aurait donc du monde, ce qui serait peut-être une opportunité mais plus vraisemblablement une gêne. Jirfelian donna les noms de quelques personnes qui vivaient à Dale et qui pourraient éventuellement les aider en cas de besoin. C'étaient des Aldurlingas, à l'exception d'une personne du clan Krythéod qui était son amie. Elle décrivit aussi Éoder et la lance particulière qu'il portait toujours, comme chaque thyn (chef) de Dale : une lance très ancienne et même magique, avec un fer de lance d'un métal très particulier et des incrustations d'or et d'argent. La dernière fois que le chef de la ville s'était séparé de l'arme, c'était des années auparavant, quand Jirfelian l'avait obtenue - non sans mal - pour s'en servir contre le dragon qu'elle avait tué. La magie de la lance y était sans doute pour beaucoup. La chef des Aldurlingas évoqua même, avec un sourire, qu'elle n'avait sans doute obtenu la lance que parce qu'Éoder avait toujours eu un petit faible pour elle...

Après le repas, le groupe se rendit près de la Rivière Courante (Celduin). D'abord pour y faire plus qu'un brin de toilette et se rendre les plus présentables possibles, d'autant que le soleil éclatant de cette fin de printemps fournissait des conditions idéales. Ensuite pour que Jirfelian les aide à passer de l'autre côté, avec cinq de leurs chevaux : elle demanda à une personne de sa connaissance d'utiliser une barge pour cela. En effet, la rivière, malgré la proximité de sa source, la Montagne Solitaire, était déjà large - une trentaine de mètres - et rapide, car alimentée par de nombreux cours d'eau qui descendaient de la montagne. Et vu comme la ville était insérée dans un bras de la rivière, côté rive occidentale, les gens venant de l'est devaient forcément passer la rivière d'une manière ou d'une autre avant d'entrer en ville, et il n'existait aucun pont.

Vif avait décidé de ne pas accompagner ses amis. Sa présence risquait de poser divers problèmes, avec les animaux comme chiens et chevaux, entre autres. Elle resterait donc sur le bord de la rive, là où ses amis avaient débarqué. A leur demande, Jirfelian leur avait fourni un cor pour appeler la lionne en cas de problème, et elle avait bien mémorisé la tonalité de l'instrument pour ne pas le confondre avec un autre. Jirfelian non plus ne viendrait pas. Avec les tensions entre son clan et ceux du chef de la ville et de son épouse, elle estimait que ce serait desservir les aventuriers que de s'afficher ouvertement avec eux comme s'ils étaient alliés. Ils auraient déjà bien du mal à obtenir grand-chose d'Éoder sans cela.

Le groupe rejoignit bientôt la route principale qui menait à Dale et se dirigea vers le nord. Malgré les travaux des champs, de nombreuses personnes s'arrêtaient pour les voir passer : les étrangers comme eux ne devaient pas être si nombreux. Près des fermes qu'ils longeaient parfois, des enfants ou autres personnes apparaissaient aux portes et fenêtres pour dévisager le groupe hétéroclite qu'ils formaient. Ils s'approchèrent de l'ouverture principale dans les fortifications de la ville : elles étaient composées d'un talus de la hauteur du nain sur lequel une palissade de rondins était érigée. Avant même d'arriver à l'entrée, de nombreux cris et appels enjoués et enjôleurs indiquèrent à Geralt puis à ses amis que la foire qui devait occuper le centre du bourg était en pleine effervescence.

2 - Le marché de Dale
L'entrée dans la ville était gardée par deux hommes nordiques en armes équipés entre autres d'une cotte de mailles et d'une lance. L'un d'eux leur réclama un droit de passage après avoir demandé s'ils avaient des marchandises ou hésité sur la nature du hobbit, pris pour un jeune enfant. En fin de compte, il se contenta de dix pièces de cuivre pour les cinq chevaux et les cinq "adultes", tout en se demandant ce que pouvait bien faire un gamin parmi une pareille bande... mais sans trop le dire à voix haute. A l'intérieur, les aventuriers découvrirent que la ville était assez rurale, l'essentiel de sa surface étant occupée par des prés ou cultures. Une prairie derrière l'unique auberge de la ville servait pour les animaux de bât et de selle des gens du marché et des visiteurs, sans parler de nombreux moutons, Dale étant un gros producteur de tissus. Ils y laissèrent leurs montures avant de se diriger vers le marché proche.

Quelques dizaines d'étals occupaient le centre du village, sur une vaste place de marché ou d'entraînement parfois. De nombreuses personnes circulaient là, artisans, marchands et fermiers ou éleveurs pour la plupart. Un spectacle de marionnettes avait beaucoup de succès et attirait de nombreux badauds, tandis que deux jongleurs faisaient étalage de leurs prouesses en s'échangeant des massues colorées un peu plus loin. Quelques gardes surveillaient les échanges et l'agitation depuis l'extérieur, prêts à intervenir en cas de dispute ou d'autre problème. Nombreux étaient les échanges sous forme de biens, le troc ayant toute sa place dans l'économie nordique, mais des achats à l'aide de pièces étaient aussi assez communs. D'ailleurs, Dale avait sa propre monnaie, composée de pièces de fer, de cuivre et d'argent. Mais l'argent étranger semblait aussi admis.

Les aventuriers attirèrent très vite l'attention et de nombreux regards se portèrent sur eux. Taurgil avait pris la précaution de laisser à Jirfelian l'effrayant casque d'Ardagor qu'il portait d'ordinaire. Le tintement de sa cotte de mailles et les trois épées qu'il portait au côté, sans parler de sa taille et de sa carrure, ne laissaient tout de même pas les gens indifférents. Avec sa terrible armure de peau de dragon, Geralt ne passait pas non plus inaperçu. Eut-il retiré son casque, son visage balafré et ses cheveux blancs ne l'auraient pas rendu plus attirant pour autant, sans parler de ses armes. Drilun était plus discret, mais son arc noir couvert de runes n'en agissait pas moins comme un aimant pour les regards. Même Isilmë, qui avait gardé sa capuche sur son front elfique, et Mordin, qui ne cachait nullement sa nature naine, détonnaient un peu avec leur équipement guerrier.

Seul le hobbit, malgré son arc, se faisait complètement oublier. Il est vrai que dans une foule, un petit bonhomme d'à peine plus d'un mètre de haut passait vraiment facilement inaperçu. Il en profita, stimulé par toutes les merveilles à hauteur de son visage, pour retrouver quelques bonnes - ou mauvaises - habitudes. Seul Geralt l'avait vu partir entre les jambes des gens, et il se doutait bien que ce n'était pas pour folâtrer bêtement entre les étals. Il courut après lui autant que la foule le permettait, mais au moment de le rattraper, le petit voleur avait déjà la bourse d'une autre personne en main, personne qui se retournait vers Geralt que la rumeur et les doigts poursuivaient. Tandis que le maître-assassin étouffait l'apostrophe qu'il destinait au hobbit pour ne pas les embarrasser tous, ce dernier s'éclipsa vers une future victime...

Ce petit jeu se répéta deux autres fois au cours du début de l'après-midi. Plus exactement, deux autres personnes furent délestées de leur bourse à des moments où le balafré aux cheveux blancs était occupé ailleurs. Comme il était le seul à pouvoir repérer le hobbit qui accomplissait ses méfaits, Rob eut la partie facile, d'autant que ses amis attiraient largement l'attention sur eux. Il ne fut donc aucunement inquiété et ses larcins, aidés par sa vue perçante qui le guidait vers les plus belles bourses, alourdirent confortablement la sienne sans aucune autre conséquence immédiate pour lui. Ses amis ne purent en dire autant, sans parler des relations du hobbit avec ses compagnons. Mais d'autres événements se produisirent avant tout dégât collatéral ou explication orageuse.

3 - Discussions et marchandage
Tout d'abord, le groupe était venu parler à Éoder. Les aventuriers se doutaient bien qu'en tant que chef (thyn) de Dale, il n'était pas forcément très disponible. Ils avaient repéré, juste en bordure de la place du marché, un très grand bâtiment qui devait être le grand hall de la ville et qui devait servir autant de centre culturel que de palais de justice. Son architecture faisait bien penser aux longères nordiques mais il était en pierre, comme la plupart des bâtiments de la ville. Il comportait également des vitres, comme beaucoup à Dale en raison de la présence d'un souffleur de verre, qui était d'ailleurs l'un des contacts des Aldurlingas que Jirfelian avait donnés. Comme la plupart des bâtiments importants, son toit était fait d'ardoises, tandis que beaucoup d'autres étaient couverts de chaume, voire, plus rarement, de bois. C'est là qu'ils portèrent leurs pas.

Lorsqu'ils firent part de leur requête au garde présent devant la porte fermée, celui-ci appela un supérieur présent à l'intérieur qui les questionna. Puis il dit qu'il en parlerait à son thyn qui verrait s'il était possible de faire passer le groupe à l'audience du soir. En effet, après le marché, une audience était prévue où le thyn écouterait les requêtes et contentieux et donnerait ensuite accord ou jugement. Éoder était pour l'instant chez lui, dans les quartiers des Krythéod, qui occupaient le tiers de la ville, au nord-est. Le garde partit voir son chef pour lui faire part de cette requête, en prévenant que la réponse prendrait peut-être une heure ou deux avant d'être connue.

Les aventuriers décidèrent de le suivre pour voir la demeure du thyn et surtout celle de l'herboriste qui demeurait non loin. Ils virent que le quartier des Krythéod était lui aussi entouré d'une palissade, comme une ville dans la ville. Le garde qui se tenait à l'une des deux ouvertures leur dit que l'herboriste devait avoir son étal sur le marché, comme la plupart des artisans de Dale. Ils retournèrent donc là-bas et trouvèrent effectivement la personne en question, qui possédait quelques herbes qui les intéressaient : athelas, soins divers, mais aussi trèfle de lune, fréquemment utilisé par les mineurs. Tout ce qui était intéressant fut acheté, après d'âpres discussions de la part de Mordin pour faire baisser les prix le plus possible. D'autres étals furent parcourus, en particulier ceux des fabricants d'arcs ou des forgerons. Mais la qualité des armes présentées n'avait rien d'exceptionnel, sauf peut-être celles d'une femme forgeron qui sortaient du lot. Et même ainsi, elles ne pouvaient rivaliser avec ce que le groupe avait déjà.

Geralt, en observant tout ce beau monde, se rendit compte que les saltimbanques n'étaient pas de la région, tant les jongleurs que le montreur de marionnettes et son apprenti. En fait, ils ressemblaient même beaucoup à des Hommes des Bois, même si l'apprenti du marionnettiste avait l'air un peu à part - il lui rappelait en fait certains d'entre eux qu'ils avaient vus à Forpays. Et Vif ne leur avait-elle pas dit qu'un Homme des Bois servait le Nécromancien sous la couverture d'un saltimbanque ? Ils se mirent à examiner de plus près ces individus, et en particulier les montreurs de marionnettes. Comme ils avaient beaucoup de succès, les marchands les payaient pour installer leur spectacle à proximité de leur étal afin de maintenir les badauds en vue de leurs marchandises...

De son côté, Drilun utilisa ses cailloux pour faire sa magie divinatoire et obtenir des réponses aux questions qu'ils se posaient concernant ces individus. Mais ils semblaient, à sa magie, n'être rien d'autre que ce qu'ils prétendaient. Le maître-assassin aborda alors les marionnettistes, qui le regardèrent avec méfiance au premier abord, vu son apparence. La glace fondit peu à peu face aux arts de la persuasion que Geralt maîtrisait bien, et il en apprit plus sur eux. Le montreur de marionnettes confirma que son apprenti, peu bavard, avait bien été trouvé parmi les pauvres gens de Forpays. A priori rien ne permettait de penser qu'ils étaient tous deux autre chose que des honnêtes saltimbanques. Le balafré aux cheveux blancs s'intéressa beaucoup aux marionnettes et montra qu'il avait un réel talent : sa grande dextérité couplée à sa maîtrise du théâtre et de la parole impressionnèrent beaucoup l'Homme des Bois qui avait prêté son équipement un bref moment...

Néanmoins, au cours de la conversation avec l'homme, il apprit tout de même qu'un autre Homme des Bois, un saltimbanque connu sous le nom du "bouffon", sévissait à Esgaroth. Il avait beaucoup de succès pour faire rire petits et grands et il était accueilli partout, avec ses habits colorés aux nombreuses clochettes. De nombreux soupçons se portèrent sur lui, et l'archer-magicien fit parler ses cailloux à travers sa magie. Mais il perçut comme une anomalie et recommença, pour obtenir un résultat légèrement différent. Il n'en fallait pas plus pour augmenter encore les soupçons sur ce bouffon et laisser à penser qu'il disposait de magie qui le protégeait contre un éventuel sort de divination.

4 - Soupçons et ennuis
Mais entre-temps, les larcins du hobbit commençaient à avoir des conséquences bien visibles. Dans cette ville où la plupart des gens se connaissaient, de même qu'une grande partie des visiteurs, la disparition d'une bourse pouvait éventuellement passer par pertes et profits, malchance ou la présence d'un voleur occasionnel vite parti avec son butin. Surtout quand le contenu représentait plus d'un mois de travail d'un artisan moyen. Mais quand il s'agissait de trois bourses toutes disparues au même endroit et dans la même heure, cela laissait supposer autre chose, comme la présence d'un élément indésirable. Et précisément, certains "éléments" nouveaux pour Dale avaient été aperçus sur le marché, éléments vers lesquels les soupçons des gardes se tournèrent tout naturellement...

Geralt et ses amis virent donc bientôt des hommes d'armes se diriger vers eux. Le premier à être abordé fut le maître-assassin, dont l'apparence n'inspirait pas confiance. Les gardes, méfiants, expliquèrent qu'un voleur rôdait et qu'ils se devaient de procéder à quelques... vérifications. Autrement dit, ils demandèrent à le fouiller. Ils furent agréablement surpris quand Geralt obtempéra sans mauvaise humeur ; il transforma même sa fouille en spectacle pour régaler les passants et ennuyer un peu plus les hommes qui le fouillaient. L'argent qu'il avait sur lui n'ayant rien à voir avec la monnaie locale qui avait été volée, on lui demanda d'ôter son armure pour mieux le fouiller, ce dont il profita pour exhiber ses nombreuses cicatrices et faire le récit de la manière dont il les avait reçues. Il eut donc son heure de gloire et les gardes durent vite admettre qu'ils faisaient fausse route et aller voir ailleurs.

Drilun fut le suivant sur la liste. Lui aussi se prêta au jeu, sans fioriture aucune, sans mauvaise humeur non plus, juste compréhensif et aidant. Avec le même résultat, à savoir les airs dépités des gardes voire de vagues excuses bredouillées. Taurgil fut l'objet de regards interrogateurs à son tour, de même que Mordin, mais les gardes durent sans doute se dire qu'une éventuelle fouille risquait encore moins de donner de résultats sur un nain et un Dúnadan costauds et bardés de métal, métal assez peu compatible avec du vol à la tire. Ils jugèrent donc inutile de se couvrir plus de ridicule, sans parler d'éviter de froisser l'humeur d'historiques alliés sourcilleux sur la manière dont ils étaient considérés. Ils ne furent donc pas inquiétés.

L'air mystérieux d'Isilmë et sa capuche toujours présente sur son front amenèrent les gardes devant elle pour la même raison. Mais lorsqu'ils virent qui se "cachait" sous le vêtement, ils blêmirent devant l'affront qu'ils venaient de faire à un immortel. Les elfes étaient rares dans la région, hormis à Esgaroth où ils venaient régulièrement acheter du vin de Dorwinion et d'autres biens, et personne n'aurait imaginé en accuser un de vol et risquer le courroux du roi des elfes de la forêt, dont le palais était plus proche de Dale que la ville d'Esgaroth elle-même... Cette fois-ci, les gardes arrêtèrent immédiatement leur fouille et ils s'excusèrent plus platement. La foule ne se moqua même pas d'eux, intimidée par cette présence inhabituelle. A côté de cela, personne n'avait vraiment remarqué Rob ou pensé à le soupçonner, d'autant qu'il avait jugé préférable de faire profil bas et de jeter les tissus des bourses dans des immondices pour plus de sécurité. Les personnes dérobées et les gardes en furent donc pour leurs frais, au sens propre pour les premières, et le groupe ne fut pas plus inquiété.

Plus tard, une visite au grand hall de Dale leur apprit qu'ils seraient entendus dans la soirée. Mordin se montra de fort bonne humeur et il remercia chaleureusement l'officier qui avait transmis leur requête auprès d'Éoder. Tellement chaleureusement qu'il lui transmit une pièce d'argent au cours de la poignée de mains dont il le gratifia, en disant que c'était un cadeau pour le récompenser d'avoir bien compris l'importance et l'urgence de leur mission. En laissant peut-être entendre, à demi-mot, qu'il espérait bien voir les efforts perdurer jusqu'à ce qu'ils aboutissent enfin.

Les aventuriers s'égaillèrent alors pour passer le temps jusqu'à la fin du marché chacun à leur manière. Ainsi, Geralt rejoignit Vif pour la mettre au courant de ce qui s'était passé et s'entraîner avec l'arc pris à Dieraglir, tandis que Taurgil partait chercher des herbes médicinales dans les prairies alentours, et en particulier des racines de sauve-dragon, qui permettait de résister à des feux intenses. Malgré la proximité de la ville et le climat peut-être un peu chaud pour cette plante, il arriva néanmoins, guidé par la larme de Yavanna, à en trouver deux pieds, pour son plus grand bonheur.

5 - Thyn Éoder
Le groupe, Vif excepté, se retrouva en fin de soirée sur la place du marché que vendeurs et visiteurs commençaient à déserter. Les étals étaient rangés, et le lieu retrouvait une atmosphère plus calme, alors que le soleil était encore bien présent dans le ciel pur de cette fin de printemps. Mais un certain nombre de personnes traînaient là, en particulier du côté du grand hall de la ville. Le bâtiment ouvrit bientôt ses portes alors que le chef de la ville arrivait : ce dernier tenait le symbole de son autorité en main, cette lance ancienne et sans doute magique qui avait peut-être aidé Jirfelian à tuer un dragon. Éoder était accompagné de quelques gardes et d'une belle femme qui devait être son épouse Sulwyn. Une fois installé au fond de la pièce centrale, son épouse à ses côtés, il donna un ordre et les gens entrèrent.

Les gardes, et en particulier l'officier auquel Mordin avaient fait cadeau d'une pièce d'argent, soit l'équivalent d'un mois de solde, expliquèrent que les spectateurs et curieux restaient sur les côtés de la vaste pièce, côtés délimités par les piliers qui soutenaient la structure du toit. Ceux qui désiraient parler au thyn restaient au centre, non loin de l'entrée, et ils étaient appelés les uns après les autres pour se présenter devant le chef de Dale et faire part de leurs griefs et autres demandes en tout genre. Comme la plupart des autres sessions, seuls les gens s'étant préalablement fait connaître seraient appelés, dans la mesure où les affaires ne dureraient pas trop longtemps. En comptant les aventuriers, neuf personnes ou groupes de personnes attendaient de voir le thyn, ce qui était peut-être beaucoup pour une session réduite comme celle-là : lorsque la nuit serait complètement tombée, la séance serait levée même si d'autres personnes restaient à passer. Elles seraient alors invitées à revenir le lendemain.

Les gens commencèrent à être appelés, et, au grand chagrin du nain et de ses amis (que cela ne surprenait guère), ils ne furent pas parmi les premiers à se présenter devant le chef de Dale. Ils purent donc observer comment Éoder - et son épouse - prenaient des décisions ou rendaient justice. Car il était évident que l'épouse du thyn agissait en tant que principale conseillère de son mari, chuchotant à son oreille le plus souvent. Le chef de Dale ne faisait pas pour autant penser à un vulgaire pantin, il tâchait de prendre en compte les avis de tous, et il était dans la mesure du possible mesuré dans ses jugements. Mais il était indiscutable que Sulwyn orientait ses décisions dans une certaine mesure.

Les premières affaires étaient purement locales et concernaient des conflits de personnes ou de familles, ou des demandes de droits pour des mineurs, marchands ou fermiers. Quand une seule personne était concernée le jugement pouvait être rapide, mais lorsqu'un conflit était l'objet du débat cela pouvait durer bien plus longtemps, particulièrement lorsque les parties appartenaient à des clans différents, comme cela était souvent le cas. Deux fois un conflit faisant intervenir un membre des Aldurlingas fut porté devant le thyn. La première fois contre un membre des Krythéod, à propos d'un problème de frontières, et la seconde contre des Féotlingas ou Stahnothéod pour des histoires similaires. Chaque fois, le jugement, même mesuré, était plutôt au désavantage de l'Aldurlingas, et chaque fois Sulwyn semblait particulièrement prompte à donner des conseils à son époux. Geralt, malgré son ouïe surentraînée, ne put comprendre la teneur de ses conseils ou insinuations ; il ne put que saisir quelques mots de-ci de-là, comme par exemple la mention de "famille" ou "clan"...

Mais le temps passait, la nuit commençait à tomber dehors et il restait encore deux paires de personnes et le groupe d'aventuriers. Malgré les regards noirs que Mordin avait lancés à l'officier "remercié" non loin, ils n'avaient toujours pas été appelés et le regard de l'homme lui avait fait comprendre qu'il en était peut-être le premier surpris et un peu gêné. Le nain et ses amis se doutaient, aux regards et chuchotements de Sulwyn avant chaque nouvel appel, qu'elle n'était pas pour rien dans le choix de l'ordre de passage. Trois cas restaient donc à traiter, mais il n'y aurait sans doute du temps que pour un seul, d'autant que les autres personnes étaient là pour parler de conflits, qui prenaient du temps à présenter et décortiquer. Et les aventuriers ne seraient sans doute pas le prochain choix. Sauf s'il n'y avait plus qu'eux.

En effet, à tout moment les plaignants pouvaient abandonner leur requête et se retirer, et Mordin savait que parfois des tractations pouvaient avoir lieu parmi ceux qui restaient afin que certains s'en aillent et permettent à d'autres de passer à leur place ou avant eux. Il approcha donc de deux des hommes en conflit pour s'enquérir de l'objet de leur dispute. Puis il leur proposa deux pièces de bronze à chacun pour oublier leur différent, mettant de la conviction mais aussi de la menace dans sa voix : il en dit assez pour leur faire comprendre qu'il verrait d'un mauvais œil les deux nordiques refuser son offre... ce qu'ils comprirent et acceptèrent, empochant l'argent et se retirant bientôt. Isilmë aborda les deux autres dans le même temps, parée de tout son charisme elfique. Tant et si bien que les deux hommes oublièrent vite leur querelle afin de plaire à leur "amie". Lorsque l'affaire en cours fut enfin expédiée, il ne restait plus que les aventuriers.

6 - L'aide de Dale
Pour autant, Éoder était-il prêt à les écouter ? A entendre son épouse qui avait suivi des yeux leur petit jeu avec les personnes qu'ils avaient convaincues de partir, la soirée était déjà trop avancée et il vaudrait mieux les accueillir un autre jour, demain sans doute... L'affaire dont ils étaient chargés risquait de demander du temps, la journée avait été longue... et l'inimitié de Sulwyn à l'égard des aventuriers était difficile à ne pas voir. Néanmoins, son époux ne se laissa pas démonter. Étaient-ce les arguments donnés dans l'après-midi par certains aventuriers, comme le fait de ne pas faire attendre des ambassadeurs, qui avaient trouvé l'oreille du chef de Dale ? Était-ce la présence de Taurgil, noble Dúnadan dont le peuple était l'allié traditionnel des nordiques ? Ou simplement le caractère juste du thyn de Dale ? Dans tous les cas, il refusa de céder aux injonctions de son épouse et il demanda aux aventuriers de venir présenter leur requête.

Plus exactement, il demanda à chacun de se présenter et d'exposer ses motivations avant même que Taurgil ait fini de présenter leur objectif avec l'armée des Éothraim. Le côté extrêmement hétéroclite de l'équipe en était sans doute la raison, car il n'était certainement pas évident de deviner le rôle de chacun dans cette ambassade, en particulier pour l'elfe et le hobbit. Et si les beaux parleurs du groupe n'eurent aucun mal à se présenter et à décrire ou parfois inventer leur relation avec le seigneur Taurgil Melossë, Éoder insista bien pour entendre aussi les éléments les plus discrets du groupe. Isilmë et Rob répondirent donc à sa demande avec plus ou moins de facilité, l'elfe s'attirant la dérision de l'assistance quand elle dit qu'elle représentait l'aide des elfes de Fondcombe à l'Arthedain : les immortels n'avaient donc qu'une personne à fournir pour aider le royaume dúnadan contre Angmar ?

En fait, au cours des présentations, Sulwyn faisait souvent des remarques désobligeantes, assimilant l'origine ou l'historique des aventuriers à des éléments négatifs en référence aux connaissances ou à la culture nordiques. Ainsi, le Rhudaur d'où venait le rôdeur dúnadan n'était-il pas l'allié du roi-sorcier ? Les elfes n'avaient-ils pas leurs propres objectifs, souvent très éloignés de ceux des humains qu'ils méprisaient ? Les rumeurs qui couraient au sujet du passage des aventuriers à Dol Guldur ne prouvaient-ils pas qu'ils étaient des agents du Nécromancien, qui n'avait jamais laissé partir aucune personne de chez lui, vivante et saine d'esprit, qui ne fût pas un de ses serviteurs ?

Pour sa part, le thyn de Dale, s'il semblait entendre les arguments du groupe comme par exemple la confiance des Éothraim à leur égard, avait eu des échos plutôt négatifs sur les seigneurs-cavaliers. On lui avait rapporté une agressivité grandissante de leurs cousins du sud qui cherchaient peut-être avant tout le pillage du convoi à leur seul profit, ou étancher leur soif de bataille. Et même si Atagavia et consorts avaient des motivations justes et nobles de lutte contre Angmar et leurs pareils, qu'est-ce qui prouvait qu'ils n'avaient pas été emberlificotés par les aventuriers pour précipiter l'armée nordique dans une embuscade, ce qui laisserait ensuite le Rhovanion à la merci des Sagaths ou autres orientaux, sans parler des orcs de la forêt ? Pourquoi fallait-il croire plus les aventuriers que son épouse ou certains des siens qui rapportaient des éléments troublants au sujet de ce qui se tramait ?

Les parleurs du groupe ne se privèrent pas de répondre du tac au tac, et Mordin s'échauffa même au point de demander à Éoder d'arrêter de leur faire perdre du temps à tous et de prendre une décision positive ou négative et d'assumer sa méfiance à leur égard s'il n'avait que cela à leur fournir. Hormis Rob et Isilmë qui se gardèrent bien d'entrer dans le vif du débat, les quatre autres avaient suffisamment détaillé les raisons qui pouvaient motiver les gens de Dale pour leur prêter main-forte, et qui pouvaient se résumer ainsi : les Sagaths et les gens d'Angmar étaient les ennemis des peuples libres et il fallait se serrer les coudes pour tuer dans l’œuf la menace qu'ils représentaient. Si les dissensions internes entre peuples libres l'emportaient, leurs ennemis auraient beau jeu de les éliminer les uns après les autres s'ils étaient bien organisés, ce qui était le cas. Éoder était-il prêt à prendre le risque de prêter son attention et sa confiance aux mauvaises personnes, quitte à le regretter à l'avenir quand il serait trop tard ?

Il semblait néanmoins que le chef de Dale, malgré les conseils de son épouse, était prêt à reconnaître le bien-fondé de certains des arguments qu'on lui opposait. Il avait entendu beaucoup de choses, souvent contradictoires, mais apparemment une partie de lui donnait raison aux aventuriers et non à Sulwyn. En particulier, si les aventuriers étaient vraiment des agents du Nécromancien, ils n'auraient certainement pas autant attiré l'attention sur eux. Et même si seulement le quart des histoires qui couraient à leur sujet étaient justes, il n'y avait certainement pas que du mal en eux. Aussi décida-t-il d'accéder en partie à leur requête : il accordait le passage des armées nordiques dans la région de Dale. Les moissons étaient loin d'être terminées et ils ne fourniraient pas de vivres, mais en revanche ses gens apporteraient bois de chauffage ou de cuisson, ainsi que des couvertures pour les nuits froides au pied des Montagnes Grises. Et il leva la séance.

7 - Message intercepté
A l'Auberge du Géant Endormi, où se retrouvèrent les aventuriers, les langues allèrent bon train. Le groupe ne pouvait être entièrement satisfait de ce demi-succès obtenu. A tout le moins, la soirée avait montré où le réel problème résidait dans la ville : Sulwyn et ceux auxquels elle était acoquinée, Maeghirrim ou autres. Aussi, malgré son ventre qui gargouillait, le hobbit se vit-il confier une mission dans ses cordes : espionner l'épouse du thyn et tâcher d'en savoir plus sur ses contacts. Ce serait bien le diable si elle n'allait pas rendre compte de ce qui s'était passé à quelqu'un, d'autant qu'elle n'avait pas semblé particulièrement heureuse de la décision prise par son mari. Rob se faufila donc dans l'obscurité, ombre parmi les ombres, suivant les époux et leurs gardes qui rentraient dans la partie de la ville spécifiquement occupée par les Krythéod. Il escalada sans mal la palissade et se faufila sans être vu jusqu'à la grande longère qui servait de demeure, entre autres, au thyn et à sa famille.

Pendant ce temps, Taurgil quittait l'enceinte de la ville pour aller retrouver Vif. Il souhaitait d'abord s'éloigner des habitations pour envoyer un message magique à Jirfelian grâce à un oiseau, mais aussi récupérer quelque nourriture. La lionne avait en effet chassé pour pouvoir abreuver la soif du cimeterre d'ombre et également satisfaire sa propre faim, mais elle n'avait pas mangé l'intégralité du jeune sanglier qu'elle avait attrapé, et il restait de beaux morceaux. Ainsi, le rôdeur dúnadan revint à l'auberge avec le reste de la dépouille, et il demanda et obtint la possibilité d'utiliser les cuisines pour préparer lui-même leur repas, pendant que ses amis se désaltéraient. Entre sa connaissance des plantes et la larme de Yavanna qu'il portait, le repas qu'il servit fut jugé divinement bon et il n'en resta vite rien, pas même pour le hobbit absent. L'odeur était même tellement alléchante qu'elle fit venir des gens à l'auberge ce soir-là...

Mais pendant ce temps, Rob avait réussi à identifier, depuis l'extérieur, où devait être la chambre du thyn et de son épouse, à l'étage. Il avait alors grimpé aux murs jusqu'à leur volet, comme une sombre araignée sur un mur, et avait espionné leurs conversations. Cela ne lui avait rien appris d'essentiel, sauf du moment où Sulwyn avait prétexté un appel de la nature pour descendre. Il avait alors quitté sa position inconfortable et l'avait vu sortir, puis se diriger vers un pigeonnier proche où elle était entrée. Grimpant sur le toit du bâtiment, il avait pu entendre l'épouse du chef se saisir d'un pigeon et probablement lui attacher un message à la patte. Son arc prêt, il avait alors attendu qu'une petite trappe soit ouverte par où l'oiseau avait commencé à s'éloigner. Une fois entendu le bruit de la fermeture de la trappe, il avait décoché sa flèche sur le pigeon qui filait vers le nord. Abattu en plein vol, le volatile avait fini sa course au-delà de la palissade qui faisait le tour de la ville... du côté de la rivière qui la longeait.

Alors que ses amis festoyaient, le petit voleur cherchait le pigeon messager sur les bords de la Celduin. Il fouilla un long moment, y compris plus loin sur les bords de la rivière, en espérant y voir le corps sans vie du pigeon. Sans succès, et il dut alors rendre compte de sa mission à ses amis qui avaient gagné leur chambre. Taurgil n'était pas vraiment heureux de cette occasion ratée, mais les autres aventuriers avouèrent qu'ils auraient au mieux fait comme Rob et qu'on ne pouvait lui en vouloir de la perte du message. Drilun eut alors l'idée d'aller voir les bords de l'eau et d'utiliser sa magie pour repérer la chute du pigeon et l'endroit où il devait se trouver. Ce qui fut fait discrètement et avec succès : le pigeon était tombé presque en plein milieu de la rivière et il avait dérivé loin en contrebas. L'archer-magicien dut demander l'aide de la féline Femme des Bois et utiliser encore de nombreuses fois sa magie, mais ils arrivèrent enfin, alors que la minuit était passée déjà, par retrouver le petit messager aviaire transpercé d'une flèche.

Hélas, tout ce temps dans la rivière avait complètement délavé le bout de parchemin imprégné d'eau, ne laissant que quelques traces... que le Dunéen mit aussitôt à profit. Utilisant à nouveau sa magie sur les traces, en y mettant tout son savoir magique, il arriva à voir le vol de la plume sur le parchemin. Il put ainsi reconstituer le message et le recopier sur une autre feuille de parchemin qu'il avait amenée pour l'occasion avec encre et plume. Plus tard, à l'auberge, le message serait traduit par l'un de ses amis plus expert que lui en langue nordique. Très sobrement, il annonçait que les aventuriers et l'armée de cavaliers avaient obtenu droit de passage autour de Dale, et qu'il fallait en prévenir qui de droit. Les contacts douteux de Sulwyn étaient confirmés, du moins en partie : les aventuriers ne savaient toujours pas exactement quels étaient les destinataires du message, même s'ils s'en doutaient un peu.

8 - Vers les Monts de Fer
Le lendemain matin, le groupe reprit les montures et la direction du sud, jusqu'à l'endroit de la rivière où ils avaient laissé Vif. Ils se mirent ensuite à la recherche du propriétaire de la barge qui leur avait permis de franchir la Celduin la veille, ou l'un de ses collègues, tandis que certains envisageaient de passer à la nage... ce que Mordin n'envisageait aucunement de faire. Heureusement, ils retrouvèrent vite le même homme qui s'était occupé d'eux et qui leur permit de passer sur la rive orientale. Ils souhaitaient discuter avec Jirfelian de ce qui s'était passé, mais elle les attendait déjà non loin de là où ils étaient descendus de la barge, probablement alertée par ses oiseaux.

Elle avait bien eu le message de Taurgil la veille, et ils discutèrent de la suite à donner. Taurgil et certains de ses amis auraient bien voulu nettoyer Dale de certains de ses éléments, en particulier le clan des Dalethéod et son chef Rognachar, sans parler de sa fille, Sulwyn. En effet, Jirfelian leur avait appris que les pigeons servaient souvent à relayer des messages entre la fille et son père et inversement. Ils utilisaient parfois aussi des corbeaux, mais jamais des grives, d'autant qu'Éoder parlait, comme elle, leur langue. Rob avait d'ailleurs remarqué, lorsqu'il espionnait la longère du chef de Dale, que des ouvertures sous le toit permettait à ces petits oiseaux d'aller et venir à leur guise : ils étaient vraiment considérés comme des amis des nordiques, du moins des gens comme Éoder et les siens. Bref : Sulwyn avait probablement voulu avertir son père qui devait transmettre l'information aux Maeghirrim ou autres sorciers. Probable, sans certitude néanmoins.

La chef des Aldurlingas leur déconseilla néanmoins de se lancer dans une campagne de "purification". D'une part car tous les membres du clan n'étaient sans doute pas corrompus par les sorciers et autres serviteurs du Nécromancien, et qu'il y aurait certainement des dommages collatéraux ; d'autre part car lancer une action punitive avait de fortes chances de braquer les nordiques de Dale contre eux et les Éothraim. Mieux valait lui laisser cette tâche, avec du temps et ses moyens à elle, qui connaissait les gens et saurait mieux qu'eux convaincre et séparer le bon grain de l'ivraie. Les aventuriers se rendirent à ses arguments et se dirent qu'il ne leur restait alors plus rien à faire dans la région.

Leurs efforts diplomatiques avaient globalement été couronnés de succès, mais ils n'avaient plus le temps de chercher de nouveaux alliés comme les nains ou les elfes, trop éloignés. Une visite à Esgaroth aurait bien tenté certains, désireux de chercher le fameux bouffon et probable espion du Nécromancien. Néanmoins, une autre tâche semblait prioritaire : essayer de voler les pierres magiques capables d'appeler les dragons et possédées par des sorciers présents dans le convoi pour Angmar. Après quelques sorts de Drilun, ils arrivèrent à déterminer que ce même convoi était encore loin d'arriver au nord de Dale et des environs : il était encore au nord des Monts de Fer, et c'est là qu'ils dirigèrent leurs chevaux, après avoir récupéré ceux qu'ils avaient laissés aux bons soins de Jirfelian.

Chevauchant au triple galop vers l'est, ils atteignirent vite la zone de collines et coteaux qui s'étendait entre Dale et les Monts de Fer plus à l'est. Mais la pluie arriva aussi et les força à ralentir l'allure. Ils passèrent toute la journée sous la pluie, dans ces collines, abandonnant bientôt le sentier qui se dirigeait plus au sud, tandis qu'eux remontaient plus au nord. Le soir, ils trouvèrent une grotte pour s'abriter et de quoi nourrir leurs ventres et le cimeterre des ténèbres, et ils furent repartis au matin sous un ciel dégagé. Ils longeaient les contreforts des Monts de Fer vers le nord-est quand Vif, dans l'après-midi, perçut au loin des cavaliers qui venaient à leur rencontre, et qui les avaient probablement repérés depuis une hauteur où ils surveillaient les environs. Ils devaient être une vingtaine.

Peu après, la lionne quitta ses amis pour se porter à la rencontre des cavaliers. C'était, comme elle s'y attendait, une patrouille de Sagaths qui venaient identifier ces intrus qui passaient par chez eux. Elle s'attaqua à eux et le combat fut aussi bref que sanglant, les orientaux s'éparpillant bientôt dans toutes les directions pour échapper au félin magique, moins ceux qu'elle put rattraper et éliminer. Elle revint ensuite vers ses amis avec un prisonnier légèrement blessé fermement tenu par une jambe. Mais il était malaisé de parler à cet homme qui ne connaissait presque que sa langue, et il fut bientôt exécuté le plus rapidement et "proprement" possible. Ils avaient tout de même réussi à obtenir un renseignement : le convoi serait probablement dans les parages, plus au nord, d'ici une semaine au plus.
Modifié en dernier par Niemal le 08 septembre 2015, 19:04, modifié 2 fois.

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Niemal
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Horselords - 41e partie : première approche

Message non lupar Niemal » 17 juin 2014, 11:24

1 - Discussions et hésitations
L'interrogatoire achevé en même temps que l'interrogé, les aventuriers débattirent de la suite à donner : comment aborder le convoi ? Bien entendu, personne ne songeait à l'attendre tranquillement sur place, d'autant qu'il était censé passer à une certaine distance plus au nord. Mais leur signalement serait sans doute donné d'ici peu. Les sept amis entraient sur des territoires contrôlés par l'ennemi, et plus ils se rapprocheraient du convoi, plus les rencontres seraient fréquentes voire les gens bien préparés. Et d'ailleurs, les pierres d'appel des dragons, qui étaient leur véritable objectif, étaient-elles toujours avec le convoi ? La chose fut confirmée par un sort de l'archer-magicien dunéen. Leur voyage était donc loin d'être terminé.

Ne fallait-il pas se déguiser dès à présent, voire lancer de fausses pistes ? Comment arriver à intégrer l'armée adverse et atteindre les Maeghirrim qui en étaient le cœur, et sans doute pas qu'un peu protégés ? Les idées fusèrent de-ci de-là, plus ou moins réalisables ou réalistes. Quelqu'un suggéra d'attacher des cadavres de Sagaths aux chevaux et de les envoyer vers le convoi... avec l'un d'eux déguisé en cadavre. Plusieurs parlèrent de prendre l'apparence de Sagaths afin de ne pas éveiller de soupçons, grâce entre autres aux habits des cavaliers que Vif venait de tuer. Malheureusement, elle n'avait pas fait dans la dentelle pour les faire passer de vie à trépas, et leurs habits ne seraient pas facilement récupérables. Et puis, comment maquiller Rob, aussi petit qu'un enfant de quelques printemps ?

Et puis tout simplement, comment aborder le convoi ? Foncer dans le tas n'était pas vraiment une option : même si certains membres se sentaient presque invulnérables physiquement face à des guerriers normaux, ils n'oubliaient pas qu'il y avait de puissants sorciers en face, sans parler d'une possible monstrueuse créature volante et de son redoutable monteur. Et Vif n'avait pas oublié non plus que des flèches spéciales avaient été faites à son attention, flèches qu'elle s'attendait à trouver face à elle tôt ou tard. Quant à la maquiller elle, cela paraissait inconcevable : la magie le permettait mais elle serait sans doute vite identifiée par les Maeghirrim. Et sur un pur plan physique, cela nécessiterait de reprendre forme humaine, ce auquel elle ne tenait pas. Comment donc pouvait-elle aider ses amis à parvenir à leur but ?

Il fut évoqué une diversion de sa part pour attirer l'attention ailleurs et favoriser l'entrée d'un espion. Voire deux diversions en même temps, avec Vif d'un côté et quelques guerriers du groupe de l'autre. Mais comment intégrer l'armée sans se faire vite reconnaître ? Les Sagaths parlaient une langue qu'aucun d'eux ne maîtrisait, et donc un déguisement de cavalier oriental ne tiendrait pas bien longtemps en jouant au sourd-muet. Geralt avait beau être doué pour se faire passer pour quelqu'un d'autre, il ne pouvait pas faire avec les Sagaths ce qu'il avait réussi par le passé avec des orcs, bien plus bêtes. Tromper l'ennemi semblait impossible, à terme. Restait peut-être la discrétion : se faufiler dans le noir, sans être vu de quiconque, pour trouver les sorciers et leurs pierres... Le petit voleur et le maître-assassin étaient les mieux taillés pour cela, mais y arriveraient-ils ?

En tout cas, il fallait déjà se rapprocher pour essayer d'en savoir plus et peut-être se faire une meilleure idée. Les cadavres des Sagaths furent dépouillés de leurs affaires afin qu'elles puissent éventuellement servir plus tard, mais les déguisements attendraient. Si d'autres rencontres avaient lieu, la lionne ferait en sorte de limiter les dégâts aux armures et habits, ce qui ferait grandement gagner au temps à Geralt. Et puis si des orcs étaient croisés, cela pourrait servir pour Rob voire d'autres. Dans tous les cas, le convoi était encore loin. Une fois les affaires ensanglantées des orientaux réunies et empaquetées, les chevaux furent montés et la galopade reprit à bonne allure, vers l'est essentiellement. Les aventuriers longeaient les contreforts et hauteurs des Monts de Fer sur leur droite, tandis que la vaste plaine défilait à leur gauche et face à eux. La journée était loin d'être terminée.

2 - Nouvelle rencontre et division
Après quelques heures à avaler les plaines au grand galop, un mouvement lointain, sur leur droite, attira l'attention de la féline Femme des Bois. Le groupe fit alors une pause, au grand plaisir du hobbit qui n'en pouvait plus, le temps que Geralt prenne la longue-vue. Comme tous s'en doutaient, il s'agissait d'une autre patrouille de cavaliers orientaux qui descendait des hauteurs. Comme la précédente équipe rencontrée quelques heures auparavant, ils avaient dû distinguer leur petite troupe depuis une hauteur, et à présent ils chevauchaient à bonne allure pour leur couper la route.

Mais d'autres mouvements attirèrent l'attention des yeux exercés du maître-assassin et de la féline rôdeuse : une demi-douzaine d'autres cavaliers les suivaient à bonne distance, probables survivants de la précédente rencontre. Après discussion, le groupe décida de se scinder en deux : Isilmë, Drilun et Vif iraient régler leur compte à leurs poursuivants, tandis que les autres iraient se mettre à l'abri en attendant l'arrivée de la nouvelle patrouille de Sagaths ou le retour de leurs amis. Vif estimait en effet avoir le temps de tuer les six cavaliers sur leurs talons et d'être revenue à temps pour participer à la moisson de vêtements et équipements orientaux qui les attendait face à eux...

Les deux archers et la lionne firent donc demi-tour. Mais dès que les six cavaliers sagaths se rendirent compte de la chose, ils se séparèrent en deux groupes de trois, l'un se dirigeant vers le nord et la plaine, et l'autre vers le sud et les hauteurs. Après un rapide débat entre Drilun, qui avait activé son tour d'oreille, et la lionne, les deux archers se précipitèrent vers le nord, laissant Vif s'occuper des cavaliers au sud. Ces derniers, voyant qu'ils étaient suivis, cravachèrent leurs montures, mais la lionne enchantée était la plus rapide. Au contraire, plus au nord, les trois Sagaths choisirent plutôt de foncer vers l'elfe et le Dunéen en poussant des cris de guerre...

Les deux archers mirent pied à terre à une vingtaine de pas l'un de l'autre et bandèrent leurs arcs. Deux flèches volèrent et deux cavaliers s'abattirent dans l'herbe, morts ou mourants. Le dernier baissa sa lance et se précipita droit vers Isilmë. Il n'était qu'à une dizaine de pas de l'archère quand la seconde flèche de Drilun s'envola, très vite suivie par celle de l'elfe. Les deux firent mouche et l'homme culbuta en arrière, mort sur le coup. Isilmë dut tout de même faire un bond de côté pour éviter le cheval qui arrivait droit sur elle, et il ne resta plus qu'à récupérer chevaux, flèches et équipement sur les cadavres.

Plus loin au sud, vif rejoignait son premier cavalier et lui bondissait dessus, de manière à pouvoir faire voler sa tête d'un coup de patte meurtrier. Mais ses deux collègues avaient choisi des trajectoires éloignées pour avoir une chance de sauver leur vie. Elle pourrait sans doute les rattraper tous les deux, mais cela lui demanderait du temps. Un œil en direction du reste du groupe au loin, et elle prit sa décision : Taurgil et compagnie n'avaient pas eu le temps de se mettre à l'abri dans un bosquet, ayant été pris de vitesse par la patrouille ennemie. Elle aurait pu les rejoindre et les aider, mais ils pouvaient bien se passer d'elle, elle avait entièrement confiance en ses amis. Et Drilun et Isilmë avaient rempli leur mission. Elle bondit alors en direction du premier des cavaliers qui s'enfuyaient.

3 - Charge sagath
Taurgil avait repéré un bosquet vers lequel il dirigea leurs chevaux. Mais les Sagaths furent plus rapides et arrivèrent droit sur eux avant que les arbres ne puissent être atteints. Et la lionne enchantée n'était pas revenue de son petit combat, elle continuait à jouer au chat et à la souris avec les derniers survivants des cavaliers qui les avaient suivis. Le Dúnadan arrêta alors le groupe et mit pied à terre, bientôt imité par Rob, couché dans l'herbe pour passer inaperçu, et Mordin, tous plus à l'aide au sol que sur un cheval. Geralt, de son côté, resta en selle et prépara son arc : il était assez bon cavalier pour que cela ne le gênât point, d'autant qu'il restait immobile.

Le grand rôdeur s'avança un peu par rapport à ses amis, d'environ une trentaine de pas. Voyant cela, et estimant sans doute qu'il était le guerrier le plus dangereux, les cavaliers ennemis formèrent une colonne de deux fois quatre lanciers dont il était l'objectif. De chaque côté de cette colonne, d'autres cavaliers sagaths, armés de lances ou d'arcs, se dirigeaient vers les autres membres du groupe, sans pour autant se priver de lancer une flèche ou deux vers le flanc plus exposé du grand combattant vêtu de mithril. Mithril qui arrêta ou dévia flèches et lances sans grand mal, laissant Taurgil libre d'attaquer à son tour.

Il éventra d'un coup d'épée le premier cheval qui passait sur sa droite. La pauvre bête s'étala au sol, vite immobile, tandis que son cavalier faisait un vol plané dans l'herbe, dont il se releva un peu plus tard, sans avoir l'air particulièrement blessé. Les Sagaths devaient avoir l'expérience de nombreuses chutes dans leur vie de cavalier. Derrière le Dúnadan, hobbit et Eriadorien aux cheveux blancs faisaient chanter leur arc et les archers adverses tombaient les uns après les autres. Mais un lancier arriva tout de même sur le nain, bien déterminé à le transpercer et à l'envoyer bouler sous les sabots de son cheval : sa monture lui fonçait droit dessus.

Mordin ne se démonta pas : déviant la lance à l'aide de son bouclier, il enfonça sa hache magique dans la tête du cheval, qui mourut sur-le-champ. Mais l'élan de la bête eut deux conséquences : d'une, le cadavre de la monture percuta Mordin sur un côté, le projetant plusieurs mètres au loin, d'où il se releva bientôt, sans réelle blessure ; de deux, sa hache lui fut arrachée de la main, restant plantée dans la tête du cheval. De son côté, le cavalier sagath privé de monture fit lui aussi un roulé-boulé dans l'herbe et se releva plus loin. Il se mit alors à courir vers les montures du groupe que certains de ses collègues commençaient à faire partir.

Car tandis que le combat se poursuivait à l'avantage net du groupe, plusieurs Sagaths passèrent sur les côtés des aventuriers en direction de leurs chevaux, et commencèrent à les faire fuir et à les emmener au loin avec eux. Après encore quelques Sagaths abattus, les survivants commencèrent à s'éloigner sans manifester l'intention de revenir pour un deuxième passage. Mordin avait trouvé plus rapide d'aller emprunter le cimeterre d'ombre au maître-assassin que de récupérer sa hache sans doute coincée dans la tête de cheval, mais ce faisant, il avait perdu du temps. Rob avait dû plonger pour éviter un cheval, puis il avait abattu un fuyard, comme Geralt également.

Le maître-assassin restant seul en selle, puisqu'il n'avait pas quitté sa monture, il se mit alors à la poursuite des Sagaths survivants qui partaient avec leurs chevaux. Il fut grandement aidé dans cette tâche par la lionne qui revenait enfin, après avoir abattu son dernier cavalier à elle. A eux deux, ils tuèrent ou dispersèrent les ennemis qui durent abandonner leurs chevaux, et Vif eut grand plaisir à les pourchasser les uns après les autres. Au bout du compte, aucun ne survécut. Les sept aventuriers furent bientôt tous réunis, à la tête d'une petite troupe de chevaux et d'un grand nombre de déguisements potentiels de cavaliers sagaths que Geralt n'aurait pas besoin de raccommoder comme les premiers qu'ils avaient récupérés...

4 - Repos et exploration visuelle
Après avoir rassemblé les affaires des Sagaths, les aventuriers se mirent à la recherche d'un coin où se reposer et passer la nuit. La journée était loin d'être terminée, mais d'une part elle avait été bien remplie, d'autre part Rob était épuisé, et il avait déjà bénéficié de la magie d'Isilmë pour lui redonner des forces. Taurgil, toujours aidé par la larme de Yavanna, finit par dénicher, plus au sud, comme une échancrure dans un escarpement peu éloigné, érosion causée par un petit ruisseau. Ce qui avait formé un espace triangulaire abrité du vent et des regards, grâce à la végétation arbustive, à défaut de protéger beaucoup de la pluie, qui heureusement n'était pas présente, malgré la formation de nuages.

Au-delà de cet abri, les aventuriers, et en particulier Geralt et Vif, n'avaient pas manqué de sonder les environs proches voire éloignés, à l'aide de la longue-vue entre autres. A proximité, même si cela représentait tout de même une distance de nombreux miles, le maître-assassin aux yeux perçants avait pu distinguer, vers le sud-est et sur les contreforts des Monts de Fer, comme une tour ou forteresse voilée par les brumes ou nuages qui s'accrochaient au relief. Mordin se rappela alors que de manière exceptionnelle, les Sagaths occupaient une ou deux forteresses vers le nord des Monts de Fer. Contrairement aux autres clans orientaux, ceux-là ne voyageaient guère en fonction des troupeaux de chevaux ou cibles de pillage qui régissaient d'habitude leurs vies. Ils formaient une espèce de clan purement militaire consacré à sécuriser le nord des Monts de Fer et à assurer le bon passage des convois d'Angmar.

Convoi que le balafré aux cheveux blancs arrivait peut-être bien à percevoir, à la limite de ses perceptions, loin vers l'est. Il lui semblait bien, en effet, voir comme un nuage bizarre dans cette direction. Mettant la longue-vue devant l’œil de la lionne, cette dernière put apporter davantage de détails, si fins étaient ses sens. Elle déclara, ce que ses amis traduisirent à l'aide des tours d'oreille de Drilun, qu'elle arrivait à voir, très loin d'eux, comme un tapis de petites silhouettes - des chevaux ? - qui soulevaient un nuage de poussière, auquel se mêlaient des nuées de petits volatiles noirs, probablement des crebain. Leur objectif était donc maintenant à portée de vue, d'une certaine manière.

Ce qui relança la discussion sur la manière d'aborder le convoi. Maintenant qu'ils avaient du temps et tout le matériel nécessaire, il valait mieux se déguiser en orientaux, d'autant qu'ils étaient sur leurs terres et qu'ils pouvaient s'attendre à en rencontrer d'autres. Autant ne pas trop annoncer à l'avance leur présence. Même si la tromperie n'empêcherait pas les Sagaths de venir voir ces cavaliers de plus près ou s'étonner des nombreux chevaux emportés par si peu de cavaliers, cela les obligerait à venir assez près pour pouvoir leur régler leur compte. Sans, bien sûr, qu'ils aient le temps d'en faire part à d'autres. Et Geralt fut bientôt à l’œuvre.

La nuit se passa le plus tranquillement possible, à peine dérangée par des hurlements de loups qui se repaissaient des cadavres laissés en arrière, et auxquels la lionne avait prélevé son écot. Taurgil avait tout de même demandé à un rapace nocturne de veiller sur eux, n'étant pas tout à fait confiant dans les perceptions de ses amis, sauf Geralt et Vif... qui étaient aussi les plus gros dormeurs du groupe. Le lendemain, le ciel était obstrué par des nuages bas voire un petit crachin, ce qui limitait la vision et les cachait en partie. Par ailleurs, selon une observation magique qu'il avait faite, le ciel devait peu à peu se découvrir en soirée. Ils furent donc tous bientôt en selle et repartirent vers l'est.

5 - Nouvelles présences
Assez vite, alors que la matinée était encore jeune, ils tombèrent sur un sentier nord-sud façonné par les traces régulières de cavaliers. Ils venaient juste de passer sur leur droite une butte dans les contreforts des Monts de Fer, qui plongeaient plus au sud. Et, adossé sur un sommet bien placé stratégiquement, la forteresse qu'ils avaient entraperçue la veille. Il s'agissait d'une grosse tour à laquelle était accolé un mur d'enceinte, et qui devait être la forteresse sagath dont Mordin avait entendu parler. Des cavaliers orientaux arrivaient d'ailleurs dans leur direction sur le sentier, depuis la forteresse, mais, grâce au ciel couvert, ils ne semblaient pas les avoir vus.

Le groupe décida de laisser passer les cavaliers sagaths sans les attaquer ou se faire voir et de filer à l'est, droit sur la plaine. Néanmoins, ils auraient bien voulu avoir une vision globale de cette région qu'ils ne connaissaient guère, et ils envoyèrent le maître-assassin et la lionne, le premier juché sur la seconde, afin d'aller explorer les environs tandis que le reste du groupe avançait. Les deux amis se dirigèrent donc vers le sud et l'est, jusqu'à retrouver des hauteurs leur permettant d'avoir une meilleure portée de vue. Vif grimpa sur un escarpement, avec son ami toujours sur son dos, jusqu'à trouver ce point de vue dégagé.

Depuis leur position surélevée, ils observèrent le paysage parfois obscurci par les brumes ou nuages bas, mais qu'un vent d'est dispersait petit à petit. En plus de leurs amis, ils virent quelques rares patrouilles de Sagaths, des troupeaux de chevaux sauvages et des hardes de loups. Mais également, vers l'est, ils virent mieux le convoi, même s'il était trop loin pour compter ses membres ou distinguer de nombreux détails. Néanmoins, ils purent distinguer un pointillé central qui devait représenter la longue file de chariots. Ces derniers progressaient probablement en colonne double, soit deux de front et non tous à la queue leu-leu. De nombreuses silhouettes de chaque côté devaient être les chevaux promis à Angmar, tandis que d'autres silhouettes similaires un peu autour étaient probablement des cavaliers Sagaths, dont quelques petits groupes d'individus parfois éloignés, sans doute des chasseurs ou éclaireurs.

Mais également, et cette fois-ci au nord, bien plus proche d'eux, dans quelques collines au milieu de la plaine, la lionne pensa voir des traces de vie et des petites silhouettes qui ne faisaient nullement penser à des cavaliers. Cela lui donnait plutôt l'impression de bandes d'orcs, d'autant que le lieu escarpé se prêtait sans doute bien à les abriter du soleil, et que leur activité diminua alors que la matinée avançait et que les nuages s'effilochaient parfois. Par ailleurs, ces quelques collines étaient toutes proches d'une espèce de ligne est-ouest qui traversait la plaine et qui était sans doute les traces de passage des précédents convois. Le lieu était donc idéal pour abriter des orcs chargés de surveiller l'arrivée du convoi et de le surveiller.

Rôdeuse et assassin redescendirent bientôt de leur perchoir et ils tâchèrent de retrouver leurs amis en fin de matinée. Le convoi était encore loin, peut-être une cinquantaine de miles, mais les orcs étaient bien plus près. Ils étaient isolés et représentaient une source potentielle d'informations et de déguisements, en plus d'être bien placés, près du futur passage du convoi. Les aventuriers se dirent alors qu'ils allaient faire un petit détour du côté de ces collines isolées et faire un peu d'exploration et de nettoyage...

6 - Histoires d'orcs
En s'approchant, des traces récentes confirmèrent la présence d'orcs dans les environs. Des sorts de Drilun lui permirent d’appréhender la géologie de l'endroit et les cavernes et autres abris dans lesquels les créatures se protégeaient sans doute du soleil. Il n'y avait pas vraiment de vaste grotte, mais plusieurs petits renfoncements ou cavernes, de taille et de profondeur variées, qui accueillaient ces ennemis des Peuples Libres. Certains abris n'étaient occupés que par une demi-douzaine de petits guerriers, quand d'autres en hébergeaient plusieurs dizaines. Au total, le nombre d'orcs devait représenter une population de cent cinquante guerriers.

Discrètement, le groupe se faufila jusqu'à deux petits renfoncements qui se faisaient face à une portée de flèche de distance. A portée de voix, tout en restant caché derrière des rochers et après avoir pris magiquement une apparence repoussante, Drilun se mit à pérorer en noirparler en donnant l'impression qu'il était un orc qui venait de tomber sur quelque chose de délicieux à manger. L'unique garde de l'ouverture la plus proche et la plus petite demanda alors de quoi il s'agissait, et, n'obtenant pas de réponse, il alla voir directement par lui-même, aussitôt suivi par deux de ses collègues. Tous trois n'eurent pas le temps de pousser un cri lorsqu'ils tombèrent sous les coups qui d'une épée, qui d'une flèche, qui de griffes. Les trois autres orcs qui occupaient le petit abri proche, s'impatientant, arrivèrent bientôt et connurent le même sort.

Mais les orcs de l'ouverture d'en face n'avaient pas manqué de remarquer cette activité. Soupçonnant quelque aubaine que leurs collègues voulaient garder pour eux, ils arrivèrent à leur tour, plus nombreux. Ils tombèrent là encore sous les armes des aventuriers, et le second abri fut bientôt nettoyé, à l'exception d'un orc gardé en vie pour interrogation. La créature ne savait pas grand-chose de précis concernant la garde prochaine du convoi, mais il détailla les différents groupes d'orcs présents sur place : il n'existait que trois gros groupes de quelques dizaines d'individus, un dirigé par le chef et deux autres par des lieutenants. L'orc fut bientôt guéri de tous ses maux et les autres petits abris furent systématiquement nettoyés, ne laissant plus que les gros.

Geralt avait profité d'un sort de Drilun pour le faire passer pour un orc, ce qui ne l'avait pas empêché de rajouter un peu de maquillage par dessus pour davantage de précaution. Ainsi apprêté, et connaissant assez de noirparler pour se faire comprendre et traduire à peu près le parler des orcs de la région, il se dirigea sans se cacher vers l'une des cavernes qui abritait une trentaine d'orcs dirigés par un lieutenant. Comme il l'avait déjà expérimenté en Forêt Sombre, il n'eut aucun mal à se faire passer pour un guerrier orc particulièrement agressif et redoutable. Provoquant le lieutenant orc, il le combattit et l'abattit cruellement, prenant par là même sa place et défiant quiconque de l'en empêcher. Puis il galvanisa les troupes présentes avant de les emmener combattre les autres orcs présents dans les collines. Les orcs sous ses ordres furent enchantés, n'aimant rien de plus que combattre sous le commandement d'un chef redoutable comme celui-là.

En dehors de s'amuser à faire se combattre les orcs entre eux et ainsi de diminuer leur nombre, avec l'aide des autres aventuriers qui abattaient les éventuels fuyards, le maître-assassin avait une autre cible : le chef de cette bande de minables. Il l'eut bientôt à sa merci, bien vivant, tel un rival qui prend la place de son chef et qui jouit de sa suprématie en imaginant quel sort réserver au perdant. Mais en fait son objectif était avant tout de l'interroger sur le convoi et l'organisation de la surveillance par les orcs. Il apprit ainsi que ce groupe d'orcs faisait partie d'une plus vaste tribu originaire des Monts de Fer, et qu'il attendait le convoi pour le suivre un jour ou deux (plutôt la nuit en fait) avant de transmette la garde à d'autres orcs venus d'ailleurs. Leur rôle était d'abattre tout autre que les cavaliers sagaths ou les orcs, mais en dehors de cela il ne savait pas grand-chose.

Après quoi Geralt laissa un orc sans importance se défouler sur son ex-chef à l'aide d'un brandon enflammé, lequel ex-chef fit passer le goût du pain (et du reste) à ce snaga après avoir compris que le "nouveau chef" avait pris un peu de recul pour profiter du spectacle... Bref, le maître-assassin laissa la nature débridée des orcs prendre en charge la majeure partie de leur propre extermination, puis ses amis et lui intervinrent pour terminer le travail et occire les quelques créatures qui restaient. Il n'y avait plus aucun orc survivant dans les collines, et plus de la moitié étaient morts des mains mêmes d'un autre orc de leur tribu. Pris isolément, les orcs étaient vraiment stupides et faciles à manipuler.

7 - Approche et détail
A présent, il fallait passer au vif du sujet, c'est-à-dire arriver à portée de vue et de combat de ce fameux convoi. Rob, peu convaincant en Sagath d'un mètre dix, fut déguisé en petit orc, qui avait plus de chance d'être accepté des gens du convoi qu'en enfant trop jeune pour faire partie de l'expédition. Le maître-assassin cumula aussi deux déguisements d'orc et de Sagath, le second étant clairement visible mais pouvant rapidement laisser la place au premier. La lionne demanda à ce qu'on lui fabriquât un collier de petites bourses de tissu pour contenir diverses herbes utiles qu'elle pourrait facilement avaler : soins (dont un don-de-vipère), noix de l'écureuil et caméléon de nuit. En effet, elle craignait les flèches magiques fabriquées spécialement pour elle, et elle ne pourrait profiter des ressources de ses amis.

Trois ou quatre heures furent consacrées au sommeil, rendu plus profond et reposant grâce à du marchand de sable pour certains, ou un sort d'Isilmë. Cinq chevaux sagaths furent pris, tandis que les autres restaient attachés sur place, au milieu des collines proches du sentier est-ouest qu'empruntait le convoi. Et tous furent partis vers l'est, à une allure rapide mais modérée, comme un petit groupe d'éclaireurs ou de chasseurs orientaux qui revenaient de leur mission. L'objectif était d'arriver au convoi à la nuit tombante voire tombée, et de se faire passer assez longtemps pour d'authentiques Sagaths afin d'approcher suffisamment du convoi pour en apprendre le plus possible, voire saisir une éventuelle occasion pour mettre la main sur les pierres des dragons. Plan que le Dunéen trouvait bien trop léger à son goût. Il aurait bien vu quelques personnes faire diversion pendant que d'autres (voire juste un) prenaient discrètement les pierres, avec une retraite possible à grande allure avec l'aide de Vif.

Au début, cette dernière se plaça au milieu des cinq chevaux que montaient ses amis afin d'être masquée par leurs silhouettes et pouvoir se rapprocher le plus possible sans être repérée. Le groupe progressa ainsi sans rencontrer de difficulté, assez près pour, régulièrement, obtenir de nouveaux détails grâce à la longue-vue dont Geralt se servit souvent. La fin de la journée approchait, d'autant que le soleil, à l'ouest, était masqué par les nuages lointains que le vent d'est n'avait pas encore dispersés. La caravane de chariots et ceux qui l'accompagnaient changèrent de position tandis que le camp était monté pour la nuit et que de nouveaux venus apparaissaient.

En effet, les bandes de chasseurs et éclaireurs orientaux qui couvraient une zone distante de peut-être cinq miles autour du convoi revenaient vers ce dernier, remplacées peu à peu par des orcs qui occupaient la même zone, tout en laissant les Sagaths tranquilles. Ces bandes d'orientaux comprenaient une dizaine de cavaliers tandis que les orcs faisaient en général près du double, même si la taille des groupes était très hétéroclite. Des hardes de loups, en moyenne autour de dix ou douze individus, rôdaient aussi dans le même secteur et ne semblaient pas devoir le quitter. Des orcs montés sur des gros loups apparurent également. Les orcs venaient d'un peu partout et se rapprochaient du convoi, et les aventuriers en avaient déjà tout autour d'eux, bien qu'un peu distants. Ce qui rendait la position de la lionne de plus en plus délicate, d'autant que son odeur risquait de la trahir face aux nez des loups.

Le convoi lui-même devait comporter autour de deux cents chariots qui avaient formé un cercle. A l'intérieur de ce cercle qui devait bien faire une portée de flèche de rayon, peut-être trois mille chevaux sans aucun matériel étaient réunis, dont une part non négligeable de poulains. A l'extérieur du cercle, une zone d'une portée de flèche était dégagée, traversée parfois par de probables messagers orientaux. Plus à l'extérieur il était possible de distinguer des petits camps d'orientaux autour de quelques rares feux pour faire probablement cuire de la nourriture. Ces Sagaths avaient tous leurs montures à proximité, et ils n'avaient monté aucune tente, comme s'ils s'apprêtaient à dormir à la belle étoile. Ils occupaient une zone de quelques portées de flèche de large autour du convoi. Et à au plus une portée de flèche encore plus loin du convoi, une ligne de gardes sagaths - autour de deux cents peut-être, espacés de dix pas chacun - montait la garde autour du convoi et de ceux qui les accompagnaient.

Vif quitta le groupe qui continua à se rapprocher du camp ennemi. La lionne magique se roula dans l'herbe de la prairie pour masquer son odeur, mais après un moment, des loups la repérèrent et commencèrent à la pister. Puis des hurlements s'élevèrent dans la nuit pratiquement tombée lorsqu'ils furent assez près pour identifier en elle un ennemi, et la chasse fut donnée. Ce qui arrangeait un peu les aventuriers, qui avaient plus ou moins convenu d'une diversion que ferait la féline Femme des Bois, même si cette diversion intervenait un peu tôt. Et effectivement, plus ou moins entourée d'ennemis, elle ne put tous les éviter mais dut affronter loups et wargs - certains montés - et commença à en entraîner une partie au loin. Les tentatives des canidés de noyer leur ennemie sous le nombre échoua chaque fois, car elle était assez puissante pour faire éclater tout barrage d'ennemis qu'on lui opposait. Poursuivie par une centaine de loups, elle fila vers le sud à grande allure, sans moyen pour elle d'aider plus longtemps ses amis d'aucune manière.

8 - Repérés !
Les hurlements de loup n'avaient pas eu la poursuite de Vif pour seule conséquence : l'alerte avait aussi été donnée au niveau du convoi, et des guerriers avaient préparé leurs affaires, prêts à remonter en selle dès que l'ordre serait donné. Comme une troupe se formait vers le côté ouest du convoi, les six amis décidèrent de longer ce même convoi par le sud à une distance de quelques portées de flèche. Geralt, en contact avec le cimeterre d'ombre pour ne pas être gêné par le manque de lumière, continuait à utiliser la longue-vue pour espionner le convoi et essayer de distinguer l'endroit où se trouvaient les Maeghirrim et les pierres qu'ils étaient venu chercher. Hormis Isilmë, ils avaient mis du trèfle de lune dans leurs yeux pour voir aussi bien que l'elfe dans l'obscurité, mais la magie de l'arme des ténèbres permettait de voir dans le noir comme en plein midi.

Il pensa trouver leur objectif lorsqu'il distingua un charriot qui se démarquait des autres, notamment par la garde de Sagaths d'élite qui l'entourait. Il vit même un autre de ces Sagaths d'élite - il y en avait peut-être un pour dix guerriers - venir depuis les camps extérieurs au cercle de chariots et pénétrer dans ce même probable abri des chefs sorciers. Peu après, le maître-assassin vit le même oriental sortir du chariot des Maeghirrim et donner des ordres autour de lui et dans les camps des Sagaths, en particulier les plus proches de ceux où se trouvaient les aventuriers. Geralt pensait même avoir vu l'homme faire des gestes dans leur direction.

Et il n'y avait pas que des Sagaths qui se mobilisaient et commençaient à monter une expédition vers le sud, du côté où ils se trouvaient. Le balafré aux cheveux blanc distingua également trois individus dont l'accoutrement et la silhouette n'évoquaient pas des orientaux mais plutôt les rôdeurs noirs de Dol Guldur, ou ceux qu'ils avaient rencontrés du côté de Forpays. Et l'un d'eux pointa du doigt vers eux, comme s'il les percevait, ce qui était peut-être bien le cas. Une armée de près d'une centaine de cavaliers sagaths semblait sur le point de se lancer vers eux, avec Sagaths d'élite et rôdeurs noirs parmi eux. Comment avaient-ils été découverts ? Drilun fit la remarque qu'il n'était pas le seul à pouvoir lancer des sorts de divination ; et ils avaient pu constater qu'il y avait de puissants sorciers parmi leurs ennemis...

Quoi qu'il en fût, il ne fallait plus espérer prendre le convoi par surprise. Au mieux pouvait-on profiter de l'agitation présente pour aider à l'infiltration d'un d'entre eux en catimini. Mais Geralt était contre, il ne se sentait pas de prendre un tel risque : trop de monde pour passer inaperçu, pour lui, et trop d'agitation pour jouer au sourd-muet. En revanche, Rob tenait peut-être là une occasion inespérée de prouver sa valeur pour ses amis. Mais vu les risques, personne ne lui en voudrait s'il flanchait : s'il décidait de tenter de pénétrer dans le camp adverse, il serait seul, sans aucune aide possible. Sauf peut-être celle de Tevildo, pensèrent certains de ses amis...

Du côté du convoi, un cri fut donné et la centaine de cavaliers s'élança dans leur direction, bientôt suivis par d'autres. Pressé par le temps, le hobbit hésita, ne sachant quoi penser. Ils avaient déjà tous trop tardé, l'armée serait bientôt sur eux et il n'arrivait pas à se décider, tandis que Geralt le pressait de remonter sur son cheval pour pouvoir partir. Lui n'attendrait pas un instant de plus. En fin de compte, le petit voleur n'osa pas rester tout seul, et puis il se dit qu'il se ferait piétiner par les chevaux s'il restait sur place en tâchant de se faufiler dans l'ombre, invisible. Alors que ses amis commençaient à talonner leurs montures, il sauta d'un bond vers le cheval du maître-assassin qui passait près de lui. Il attrapa d'une main la couverture du cheval et de l'autre la main tendue de son ami, derrière lequel il se retrouva vite. Le cheval n'avait même pas eu besoin de ralentir. Mais le départ avait été trop tardif, et les cavaliers ennemis arrivaient à portée d'arc à présent.

Geralt resta en dernier, tout en activant la magie du cimeterre d'ombre qui accentua fortement l'obscurité sur trois mètres autour de lui. Enveloppé d'une sphère d'obscurité presque totale pour les archers derrière lui, il masquait en partie ses amis proches. Taurgil et Mordin avaient pris de l'avance, mais les chevaux de Drilun et Isilmë furent visés. La monture de cette dernière écopa d'une flèche dans la croupe, blessure non mortelle qui la fit se cabrer brutalement. L'elfe dut mettre toute son énergie pour ne pas voler en l'air et rester accrochée à sa monture. Mais le cheval de Drilun prit une flèche mortelle dans le flanc et il s'abattit. Son cavalier roula maladroitement dans l'herbe mais le choc fut en grande partie absorbé par son armure magique de peau de dragon. Il était à terre, avec une sphère d'obscurité qui arrivait sur lui - Geralt et son cheval, dernier ticket pour partir d'ici - et une armée de Sagaths cinquante mètres derrière lui. Le maître-assassin n'aurait pas le temps de s'arrêter pour lui, il faudrait monter en marche. Et le Dunéen n'était nullement acrobate, sans oublier qu'il ne voyait rien dans cette obscurité magique.
Modifié en dernier par Niemal le 09 septembre 2015, 10:32, modifié 2 fois.

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Horselords - 42e partie : orcs et pierres (1/2)

Message non lupar Niemal » 21 août 2014, 14:16

1 - Le rugissement de la lionne
Les pensées défilèrent à toute allure dans la tête du Dunéen. Stimulé par la perspective d'une mort possible et même proche, son cerveau affûté fonctionnait à plein régime et imaginait toutes sortes de stratagèmes pour repousser ou se protéger des Sagaths et rôdeurs noirs qui arrivaient à grande allure. Il avait le temps de rejoindre le cadavre de son cheval pour s'en servir de bouclier partiel, ou de faire un sort rapide, peut-être même deux avec de la chance et/ou de la motivation. Ensuite les cavaliers seraient sur lui. Sauter en marche et en croupe du cheval de Geralt, déjà bien chargé avec le hobbit en plus comme passager, ne paraissait pas à sa portée dans l'obscurité magique qui entourait Geralt. Et l'assassin ne se priverait sans doute pas de cette protection, sans laquelle les archers ennemis transformeraient sans doute la monture en porc-épic. Et cela c'était sans même parler du rapide épuisement du cheval s'il arrivait à grimper sur ladite monture...

Le balafré aux cheveux blancs choisit effectivement de maintenir la magie de son cimeterre d'ombre bien active. Mais en même temps, il fit freiner son cheval de manière à pouvoir permettre à son ami magicien de monter dessus sans faire une acrobatie digne de Rob, Vif ou lui-même. Le hobbit arriva à rester en selle malgré la décélération assez brutale, en partie grâce au bras de Geralt qui l'aidait à se maintenir en place. En parallèle, plus loin devant, Taurgil, Isilmë et Mordin prenaient conscience des problèmes de Drilun et réagissaient chacun à leur manière : l'elfe et le nain ralentirent leur cheval plus ou moins vite, tandis que le Dúnadan dirigea également son cheval sur un côté de manière à mieux voir et pouvoir revenir en arrière plus vite.

Pendant ce temps, l'archer-magicien avançait à quatre pattes en direction de son cheval mort, tandis que quelques flèches tirées par les Sagaths tombaient non loin de lui. Mais surtout, aux yeux de Rob, son ami semblait être en train de se concentrer, et il devina que de la magie était à l’œuvre. C'était bien le cas, et le Dunéen avait pensé à de nombreux sorts, comme défense magique ou brume pour les masquer tous et favoriser la confusion et la fuite. Mais en fin de compte, il avait pensé aux Sagaths dont la force repose avant tout sur le nombre... et leurs chevaux. Son amie féline était loin de là, elle qui avait beaucoup d'impact sur les animaux en général. Mais il avait aussi des pouvoirs qui lui permettaient de l'imiter...

Il se concentrait donc pour donner magiquement à sa voix le même timbre que Vif sous forme féline, et la même puissance, sinon plus. Il était très doué pour ce genre d'illusions, qui lui avait par le passé permis de transformer des voix dures et puissantes de trolls de guerre en voix de fillettes timides - et avec grand succès. Alors que les ténèbres magiques qui enveloppaient Geralt et Rob et leur monture arrivaient bientôt à son contact, et que les Sagaths se rapprochaient d'eux, il cria. Modifié par sa magie, le son quitta sa bouche comme un puissant rugissement qui n'avait rien à envier à celui de son amie. Le cheval de Geralt s'arrêta net en se cabrant comme un fou, et si le maître-assassin parvint non sans mal à rester en selle, ce ne fut pas le cas de Rob qui fit un splendide vol plané par-dessus le dunéen. Ses talents de gymnaste lui permirent tout de même de rouler dans l'herbe sans subir aucune blessure.

Plus loin, c'était le chaos. Les chevaux des Sagaths tombèrent par dizaines et ils furent encore plus nombreux à fuir, avec ou sans leurs cavaliers. Bien peu furent ceux qui arrivèrent à rester en selle ou à empêcher leur cheval de fuir, et même si d'autres cavaliers plus éloignés arrivaient qui étaient moins affectés, l'élan de la charge fut brisé net. Les amis de Drilun subirent aussi les contrecoups de ce puissant rugissement : les chevaux de Mordin, Isilmë et Taurgil partirent au galop dans une direction opposée à celle de leurs amis, et Geralt eut toutes les peines du monde à empêcher son cheval de fuir.

Ils avaient gagné du temps, mais il ne fallait pas le perdre à chanter victoire trop tôt. Le Dunéen monta en croupe du cheval de l'assassin, qui le fit partir au galop. En arrivant près du hobbit, il arrêta l'obscurité magique autour de lui tout en tendant un bras en direction de son petit ami. Ce dernier bondit vers lui et, aidé par Geralt, il fut bientôt agrippé à l'encolure du cheval qui s'éloignait de plus en plus vite. Leurs amis, de leur côté, arrivaient à calmer progressivement leur monture grâce à leurs talents de cavalier ou leur magie, de manière à les faire ralentir et permettre au trio à cheval qui arrivait de les rattraper. Drilun put alors monter en croupe derrière Isilmë - au grand plaisir de cette dernière - et ils partirent tous vers l'ouest.

2 - Fuite et combat
Le groupe n'était pas sorti d'affaire pour autant. Les Sagaths avaient mis du temps mais ils avaient fini par se ressaisir et une troupe armée de belle taille s'était lancée à leur poursuite. Par ailleurs, face à eux, des loups et de nombreux orcs convergeaient, y compris quelques wargs montés. Leurs chevaux étaient pour certains bien chargés, l'un d'eux même blessé, et ils risquaient de se fatiguer vite. Jugeant que l'occasion correspondait bien à ce qui avait été convenu précédemment, Mordin sortit le cor qu'il avait pris précédemment aux orcs de la caverne où ils s'étaient installés. Il souffla dedans conformément au signal convenu avec Vif pour indiquer à leur amie qu'ils étaient en danger.

Cette dernière, toujours en train de courir, entendit leur appel et changea de direction. Ses poursuivants s'étaient peu à peu réduits, ne laissant derrière elle que quelques dizaines de loups menés par une demi-douzaine de wargs. C'étaient manifestement les plus forts et les plus intelligents : ils restaient à distance et ne cherchaient qu'à l'épuiser avant de lui tomber dessus en nombre. Moins rapides qu'elle, ils étaient néanmoins bien plus endurants et compensaient facilement leur petit handicap. Lorsqu'elle se mit à foncer dans leur direction, ils s'organisèrent de manière à la noyer sous le nombre et permettre aux wargs de planter leurs crocs dans son corps. Elle ne s'inquiétait pas des loups, trop faibles pour percer sa protection magique dans le peu de temps qu'elle allait leur laisser. Mais elle fut surprise de ressentir de la douleur après le passage des wargs, qui avaient réussi à la blesser très légèrement : ce n'étaient pas des wargs ordinaires mais des morts-vivants, et leur magie leur avait permis de la toucher.

Tandis que la lionne s'extirpait du groupe de canidés après avoir fait voler quelques têtes, puis reprenait sa course en direction de ses amis, ces derniers arrivaient au contact des premiers orcs. Lesquels orcs furent quelque peu surpris de voir des Sagaths, grâce aux déguisements réalisés par Geralt, et l'un d'eux parler leur langue et les engueuler aussi bien qu'un chef orc le ferait. Le charisme et l'autorité de leur interlocuteur les persuadèrent de lui obéir, et ils firent en sorte de les laisser passer et de se préparer à ralentir leurs poursuivants. Les loups qui les accompagnaient, assaillis d'odeurs contradictoires et moins intelligents que des wargs, ne réagirent pas et laissèrent également passer le petit groupe.

Si les orcs et loups ne furent pas une réelle menace pour les Sagaths qui arrivaient, et furent vite remis dans le droit chemin (ou éliminés) notamment par les rôdeurs noirs présents, les poursuivants furent tout de même bien ralentis par cet imprévu. Par ailleurs, même si la nuit était claire, il n'était pas facile de repérer quatre chevaux dont l'un était masqué par une obscurité impénétrable. Grâce à la magie des soins d'Isilmë, les chevaux fatigués voire blessés avaient retrouvé de l'énergie et les fuyards n'avaient jamais ralenti. Néanmoins, malgré le retard accumulé, les Sagaths reprirent leur chasse aux aventuriers. Ces derniers étaient d'ailleurs en permanence survolés par quelques dizaines de grosses chauves-souris animées par une magie noire parfois perceptible par certains membres du groupe.

Vif n'avait eu aucun mal à repérer ses amis au loin, mais derrière elle le groupe de loups et de wargs avait grossi, et ce ne serait pas un cadeau que de les faire foncer sur le reste du groupe. Elle ne pouvait pas non plus les semer. Les combattre tous - en particulier la dizaine de wargs à présent à ses trousses - représentait peut-être plus que ce qu'elle pouvait gérer. Alors, arrivée à portée de flèche de ses amis qui venaient d'arrêter leurs chevaux et de mettre pied à terre, elle se retourna et se prépara à subir le choc de plus d'une centaine de canidés ivres de son sang. Tandis que Geralt restait à distance pour garder les chevaux qui n'avaient qu'une envie, celle de fuir, Rob tirait sa première flèche en direction des plus gros loups qui assaillaient son amie et les autres aventuriers s'avançaient plus ou moins vite à la rencontre des loups.

La lionne magique fit voler les têtes et broya les corps sous son corps magique et puissant, malgré les nombreux loups qui essayaient de l'étouffer sous le nombre. Mais c'étaient surtout les wargs magiques qui lui causaient souci, car elle sentait leurs crocs qui allaient finir par l'affaiblir peu à peu. Ses amis, submergés par les loups, ne pouvaient l'aider et avaient eux-mêmes fort à faire, écopant pour certains de morsures heureusement réduites voire ignorées grâce à la qualité de leurs armures. Seul le hobbit arriva vraiment à aider Vif, blessant les wargs de ses flèches voire tuant instantanément l'un d'eux d'un trait bien inspiré. Grâce à lui, la lionne put se débarrasser des derniers wargs qui l'assaillaient et faire fuir les loups dont les chefs étaient tous morts. Leurs ennemis partis, les amis de Vif virent que cette dernière était couverte de traces de morsures et de sang, et une partie était le sien.

3 - Soins et décision
Heureusement, malgré ses nombreuses morsures, elle ne souffrait d'aucune blessure sérieuse. Elle aurait bien voulu profiter d'un peu de magie de ses amis, en particulier des mains de roi de Taurgil, afin de faire disparaître la douleur qui l'assaillait, mais les ennemis étaient encore trop proches. Ils repartirent donc tous malgré leur état d'épuisement ou leurs petites blessures, jusqu'à voir enfin la troupe adverse rebrousser chemin. Mais d'autres ennemis pouvaient être proches, comme des orcs et loups, et ils décidèrent de ne s'arrêter qu'une fois loin d'ici, en sécurité. Ils chevauchèrent donc quelques heures de plus au galop, dans la nuit, jusqu'à retrouver les collines et la caverne où ils avaient laissé chevaux et quelques affaires.

Les soigneurs se mirent au travail, avec l'aide de magie, baume orc ou athelas, dont la fragrance leur fit oublier un moment leurs soucis. Certains plongèrent dans un sommeil magique et récupérateur, Geralt préférant utiliser du marchand de sable : il serait impossible à réveiller pour trois heures environ, mais il serait ensuite en pleine forme. De toute manière, le groupe ne comptait pas rester très longtemps, d'autant que le soleil se lèverait avant eux. Le solstice d'été n'était pas très loin, les nuits étaient donc courtes, d'autant qu'ils étaient dans des terres nordiques.

Au réveil, Geralt alla faire un tour des environs avec Isilmë afin d'observer les traces d'éventuels ennemis. Des crebain les accueillirent à leur sortie de caverne et les suivirent jusqu'à un sommet dans les collines. A tout le moins, les sorciers du convoi seraient sans doute vite au courant de leur présence ici. L'un d'eux n'était d'ailleurs peut-être pas très loin : à l'aide de sa longue-vue, le maître-assassin repéra bientôt un groupe de dizaines de Sagaths menés par des hommes en noir, sans doute des rôdeurs. Ils étaient assez loin, à plusieurs miles, au-delà des collines : impossible de leur tomber dessus par surprise. Par ailleurs, ils ne semblaient pas pressés de s'approcher, ils faisaient plus penser à des éclaireurs conscients de la présence d'ennemis proches. Ce qui fut confirmé après un moment quand le balafré aux cheveux blancs vit l'un des hommes en noir parler aux crebain. Un sorcier sans doute...

Une fois de retour, lorsque tous furent réveillés, ils décidèrent de leur prochain mouvement dans leur guerre contre le convoi. Le fait d'avoir été repérés et d'avoir des petits espions en permanence au-dessus de leurs têtes était un fameux handicap pour toute action contre leurs ennemis. Ils n'avaient donc pas d'autre choix que de partir loin de là, vers l'ouest. La carte de la région qu'ils avaient emportée les aida à planifier leur prochaine étape : loin de là, aux abords de contreforts des Montagnes Grises, le chemin que devait parcourir le convoi traversait une contrée moins plate et plus escarpée, plus à même de se prêter à une embuscade ou autre coup fourré. Le convoi mettrait peut-être une semaine à y arriver, ce qui était le temps qu'il leur faudrait pour mettre en place leur nouveau plan.

Ils furent donc bientôt partis au grand galop sur des montures bien reposées, vu qu'il leur en restait dix en plus des quatre qui avaient servi la nuit. Cinq d'entre elles étaient nécessaires, Rob voyageant en général en croupe sur le cheval de Geralt et Vif n'ayant besoin de rien d'autre que ses propres pattes félines. Les crebain les suivirent, petits espions des sorciers du convoi, mais ils espéraient bien les voir partir une fois qu'ils auraient mis plus de distance avec ce dernier. Ils débattaient déjà de la manière de mettre en œuvre le plan que Mordin avait présenté à ses amis, jaugeant du caractère réaliste ou périlleux de ses propositions.

4 - Nouveau plan
La proposition du nain tenait en une idée simple : ne pas chercher à pénétrer les défenses du convoi, mais le laisser venir aux aventuriers qui l'attendraient, cachés. En pratique, cela n'était pas si évident que cela. Mordin avait pensé creuser une cachette dans le sol, cachette au-dessus de laquelle passeraient les chariots, permettant aux aventuriers les plus discrets de se trouver directement au cœur du convoi. Mais d'une part, ils n'avaient pas les outils nécessaires pour un tel projet, d'autre part de nombreux chevaux - voire les roues des chariots - risquaient de passer dessus et de mettre à mal l'édifice. Sans parler du fait que les chariots, pour ce qu'en avaient vu Geralt ou Vif à l'aide de la longue-vue, semblaient progresser sous la forme de deux colonnes. Faire en sorte de trouver l'endroit exact au-dessus duquel passerait l'une des colonnes de véhicules semblait hautement improbable, même avec de la magie.

Néanmoins, l'idée restait séduisante. Au-delà de la nature souterraine de l'abri - voilà qui était bien normal de la part d'un nain ! - la notion de cachette préparée avant l'arrivée du convoi avait ses défenseurs. A défaut de la mettre dans le sol, sur le passage des ennemis, il était peut-être possible de trouver à l'avance un des futurs sites où le convoi passerait la nuit. Si les convois avaient lieu chaque année, il y aurait sans doute des traces. De plus, avec quelques milliers de chevaux et d'hommes à faire boire, le lieu comporterait immanquablement un point d'eau conséquent. Entre ces contraintes et leur magie, cela ne devait pas être si dur à trouver. D'autant que, selon leur carte, il existait une région plus accidentée, que traverserait bientôt le convoi, qui le ralentirait et fournirait sans doute de nombreuses cachettes naturelles possibles.

A cela s'ajouta une autre idée. Lors d'une pause après deux heures de galop, Vif repéra au loin les traces d'une présence des orcs, ce qui fut confirmé par un sort. Et il y en aurait d'autres un peu partout, qui devaient se relayer pour monter la garde autour du convoi, en particulier la nuit. Or, Geralt en ayant déjà fait plusieurs fois l'expérience, il n'était pas si difficile que cela de les tromper et de prendre leur commandement, avec les bons déguisements. Et ainsi de les utiliser contre le convoi, d'une manière ou d'une autre : gêne, diversion... D'autant que plusieurs des aventuriers parlaient à présent très bien le noirparler, langue des serviteurs du Nécromancien, dont toutes les langues des orcs étaient issues et qu'ils devaient comprendre.

Un petit débat eut lieu concernant la centaine d'orcs proches, que certains voulaient déjà commencer à enrôler. Mais l'embuscade présumée aurait lieu à plusieurs jours à l'ouest à l'allure du convoi. Par conséquent, ces orcs ne seraient pas utiles car ils auraient sans doute disparu depuis un moment, laissant le soin à d'autres d'assurer la sécurité nocturne des Sagaths et de leur butin. Et supprimer les orcs proches risquait d'avertir leurs ennemis de ce qu'ils préparaient. Ils reprirent donc la route vers l'ouest à bonne allure, jusqu'à arriver avant même le milieu de la journée aux premiers contreforts des Montagnes Grises.

Même d'une année sur l'autre, les traces laissées par les précédents convois vers Angmar étaient faciles à suivre, alors même que le nombre de chevaux et chariots devait être bien moindre. Tandis que le chemin commençait à monter, les aventuriers tombèrent sur un site idéal pour faire reposer hommes et montures : au milieu des rochers, adossé à une butte pentue mais facile à escalader, un petit lac emplissait une petite partie d'une vaste cuvette, laissant assez de terre ferme tout autour pour accueillir le convoi entier. Et les traces indiquaient que c'était un site d'arrêt régulier. C'est donc ici qu'ils mettraient leur projet à l’œuvre.

5 - Histoire d'orcs
Une fouille rapide des environs indiqua à la lionne la présence de divers groupes d'orcs à proximité. Le plus gros groupe devait compter une trentaine de membres et occupait une caverne proche qu'elle décida d'aller nettoyer. Les orcs en question devaient être une troupe de guerre issue d'une tribu plus éloignée, et ils ne comportaient aucun orc spécial ou équipé d'arme magique, aucun uruk, aucun utilisateur de magie. Leur élimination ne fut pour elle qu'une formalité, mais elle garda le chef - et a priori le plus intelligent de tous, ou au moins le mieux informé - pour la bonne bouche. Ses amis eurent donc le plaisir de la voir ramener, en le traînant par une jambe un peu blessée, un orc désarmé, un peu mal en point mais pas trop, puant et hurlant. Elle le laissa aux bons soins des interrogateurs du groupe pour aller avaler quelque chose et faire passer le mauvais goût qu'elle avait dans la bouche. Puis elle revint assister aux échanges.

L'orc, peu motivé pour donner à des ennemis autre chose que du silence, des coups ou des injures (sans parler de sa persistante mauvaise odeur), trouva très vite l'inspiration et une forte baisse de son agressivité après avoir perdu un ou deux doigts dans la gueule de la lionne. Il répondit aux questions en noirparler par un sabir orc infâme que certains aventuriers arrivèrent à traduire sans trop de problème. L'apprentissage express fourni par Tevildo avait tout de même des aspects positifs non négligeables... Le groupe eut donc bientôt une assez bonne idée de l'activité des orcs dans le coin, et leurs rapports avec le convoi qui était attendu.

Les orcs tués par Vif faisaient partie d'une tribu de trois ou quatre cents guerriers dont la caverne principale était plus au nord, à deux jours - ou plutôt deux nuits - de marche de là. Leur chef avait comme nom un sobriquet qu'on pouvait traduire par "écrase-nez", qui provenait de la manière dont il était devenu chef à la place de l'ancien chef, des années auparavant, à l'aide d'un marteau de guerre ou équivalent. Cette tribu, très commune pour ne pas dire classique ou primitive, ne comportait pas d'uruk ou de sorcier. Pour l'essentiel, leur activité principale se partageait entre les conflits avec d'autres orcs ou de très rares voyageurs ou explorateurs, la chasse, et un peu de travail de la mine et de la forge.

Côté convoi, d'habitude leur seule troupe de guerre d'une trentaine d'orcs suffisait ; mais là, ils avaient eu la visite d'un sorcier monté sur une créature ailée qui avait clairement fait comprendre que toute la tribu était réquisitionnée. Bien entendu, même si la plupart des autres tribus proches devaient être pareillement mises à contribution, il ne fallait pas s'attendre à voir arriver toute la tribu, sans quoi elle risquait fort de voir la place occupée à son retour par une autre tribu ennemie. En fait elles étaient toutes ennemies, sauf celles qui étaient plus ou moins sous la domination d'une autre, en un système féodal primitif et brutal. Bref, il fallait s'attendre à voir venir du nord deux à trois cents guerriers d'ici une semaine au plus.

L'orc donna ensuite le détail des autres tribus proches susceptibles de participer à la défense du convoi. En plus de petits groupes issus de tribus plus ou moins éloignées, il voyait essentiellement quatre autres tribus susceptibles de participer : une assez grosse au sud ; une petite d'une bonne centaine d'individus à l'est, que les aventuriers pensèrent avoir repéré en chemin ; et deux autres tribus de taille moyenne au sud et à l'est ou l'ouest. Après quoi, satisfaits de ces informations, les aventuriers laissèrent l'orc à Mordin pour qu'il essaye d'apprendre la langue des orcs. Malgré toute sa bonne volonté, le nain ne put s'empêcher de fendre assez vite le crâne du prisonnier. Il faut dire que l'apprentissage d'une langue essentiellement composée d'injures ne devait pas être chose facile pour quelqu'un d'un peu voire très susceptible comme Mordin...

6 - Préparatifs
Après quoi le groupe se concerta sur la suite à donner. Comment "enrôler" les orcs pour servir contre le convoi ? Qui, parmi ceux qui pouvaient parler suffisamment l'orc ou le noirparler, allaient s'occuper d'aller voir les tribus, et lesquelles ? Quels déguisements adopter, physiques ou magiques ? Qui resterait pour préparer la cachette et où fallait-il l'installer, pour combien de personnes et lesquelles ? Quel rôle donner aux orcs ? Où installer un camp pour mettre les chevaux et aventuriers restants à l'abri des orcs et éclaireurs du convoi ? Les questions ne manquèrent pas, les avis furent parfois partagés et changèrent plus d'une fois.

En fin de compte, il fut décidé d'envoyer Geralt et Vif seuls vers la tribu des orcs du nord dont ils avaient tué la troupe de guerre. Afin de pouvoir faire cela dans les temps, le premier devrait monter sur la seconde, qui serait forcément déguisée en warg, les orcs ne montant pas d'autre monture. La tribu de l'est était trop loin pour servir, celles du sud attendraient. Car au-delà du délai pour aller les trouver, qui serait sans doute court grâce aux talents de la lionne, il fallait les ramener, et cela prendrait au moins deux jours, ou plutôt deux nuits. S'il restait assez de temps après cela, ils s'occuperaient des autres tribus, selon le succès avec la première et le temps que cela aurait pris au final.

Les déguisements furent un autre point épineux du débat. Si Drilun n'accompagnait pas le maître-assassin et la lionne, un déguisement magique n'était pas envisageable. Mais comment déguiser Vif de manière efficace et durable ? Il était bien sûr possible de recueillir des peaux de loup dans les environs, et la lionne se fit un devoir d'y contribuer les heures qui suivirent le débat. Mais au-delà du travail que cela représentait - écorcher les loups, racler et nettoyer les peaux sans avoir le temps de les sécher et encore moins les tanner - la couture allait prendre du temps et risquait de se voir, à la longue, ou de ne pas tenir. Tous faisaient confiance aux talents de Geralt pour faire quelque chose de convaincant, mais cela suffirait-il pour tromper des orcs plusieurs jours durant ?

Drilun eut alors l'idée d'utiliser sa magie runique afin de rendre le déguisement de Vif encore plus réaliste : grâce à lui, elle serait un warg géant féroce et plus vrai que nature ! Tous adoptèrent cette idée et chacun s'affaira : tandis que Vif allait chasser les loups pour fournir les peaux nécessaires, la grotte des orcs fut investie provisoirement, toujours sous l’œil des crebain, à qui l'entrée fut refusée par des flèches. Au soir, ces derniers partirent et ne furent pas remplacés - ni les jours suivants - par des chauves-souris ou autres espions. Les affaires des orcs serviraient pour les déguiser tous, et les loups ramenés par la lionne servirent pour leur peau mais aussi pour leur viande, même si certains firent les difficiles. Néanmoins, le hobbit mijota leurs chairs avec tant de talent - ce fut son plus grand chef-d’œuvre culinaire de toute sa vie - que tous se laissèrent tenter (et davantage), et le moral du groupe déborda bientôt de satisfaction, plus encore que les estomacs...

Le traitement des peaux, la couture, les déguisements d'orcs et du warg géant, et également les runes magiques, demandèrent une journée complète de travail à l'ensemble du groupe. Si le petit lac avait permis de se nettoyer un peu, les aventuriers appréhendèrent l'idée de rester plusieurs jours de suite couverts des équipements et habits puants des orcs. Pour Vif, le déguisement fut jugé excellent et les runes magiques de Drilun empêchaient de repérer les coutures ou la vraie tête féline derrière le museau lupin. En revanche, le traitement rapide des peaux ne put empêcher un début de décomposition. Le "warg géant" qu'était Vif, et qui portait le grand orc qu'était devenu Geralt, allait au fil de temps traîner avec lui une odeur de mort de plus en plus étouffante. Cela allait bien avec le déguisement - pour autant qu'il ne tomberait pas en morceaux - mais l'empêcherait bientôt de pouvoir utiliser son odorat félin. Également, le déguisement était assez lourd et la ralentirait un peu, même s'il la protègerait également un peu dans un combat.

7 - Coup d'état au nord
Le couple assassin/lionne partit en début de nuit vers le nord. Ils étaient à présent Gothmog, un orc aussi agressif que redoutable, monté sur Grunt, le plus grand warg de la Terre du Milieu. A bonne allure, ils ne mirent que quelques heures pour couvrir les dizaines de miles de terrain escarpé qui les séparaient du gros de la tribu qu'ils cherchaient. Avec leurs sens particulièrement affûtés ils n'eurent aucun mal à trouver la grande caverne qui abritait la tribu. Les gardes furent quelque peu surpris de voir ces nouveaux venus arriver face à eux. Mais lorsque le chef des gardes eut fini en lambeaux sanguinolents car il n'obéissait pas assez vite au goût (!) du warg géant, les autres comprirent vite qu'il était dans leur intérêt de laisser passer l'orc sur sa terrible monture et de les présenter au chef, qui s'en dépatouillerait bien.

La tribu occupait une très grande caverne illuminée par de nombreux feux, et les orcs apprirent vite à laisser passer Gothmog et Grunt devant leurs manières agressives. Ils arrivèrent bientôt à une zone un peu plus élevée où trônait le chef "écrase-nez" et sa garde rapprochée de guerriers forts et fidèles. Ces derniers, ainsi que leur chef, eurent bientôt leur arme en main et s'avancèrent pour remettre ces nouveaux venus agressifs et insolents à leur place, suite à un échange verbal violent et coloré. Mais ils n'en eurent jamais le temps : à peine Geralt/Gothmog était-il descendu du dos de Vif/Grunt que cette dernière plongeait sur le chef. Elle le traîna par sa jambe blessée jusqu'aux pieds de son ami, qui, menaçant, réussit à faire comprendre aux gardes d'élite qu'ils étaient manifestement surclassés...

Magnanime, après avoir tout de même appuyé du pied sur sa blessure à la jambe, le maître-assassin défia le chef en bonne et due forme, chef qui put prendre son arme et se dresser, l'air menaçant, sur sa jambe blessée. Il fut le seul à combattre, les autres orcs présents n'ayant que peu envie de goûter aux crocs sanguinolents du warg géant. Il faut dire que l'un d'eux, trop impulsif ou pas assez prudent, se retrouva tripes à l'air, ces dernières servant de jouet au monstre... Geralt trancha la main d'arme du chef en deux temps et il l'envoya par terre d'un violent coup de pied au torse. Il utilisa ensuite du baume orc sur les blessures de l'ex-chef, tant - aux yeux des autres orcs - pour l'entendre crier un peu plus (l'application du baume restant très douloureuse) que pour le garder en vie afin de l'interroger.

L'orc déblatéra autant qu'il lui fut demandé sur la défense du convoi, les richesses de la tribu et les politiques des orcs dans la région, puis Geralt prit un brandon afin de cautériser les blessures du chef. Mais il était meilleur pour tuer que pour soigner, et sa tentative ne fut pas couronnée de succès. Elle aggrava même un peu plus l'état de l'ex-chef orc, sans arriver à empêcher les saignements de se poursuivre. En revanche, le spectacle eut l'air de beaucoup plaire aux orcs de la caverne, en particulier ceux - pratiquement tous - qui avaient des choses à reprocher à leur ancien chef. Son corps fut bientôt l'objet d'autres tentatives de le "soigner" entre de nombreuses mains, et Geralt fut bien vite adopté comme nouveau chef de la tribu.

Il annonça alors sa décision d'emmener toute la tribu vers des sommets de félicité guerrière et de trésors innombrables, Vif se chargeant d'appuyer à sa manière - définitive - la question ou remarque du premier orc qui fit part des femelles et de l'abandon de la caverne. Puis, comme le jour n'allait plus tarder, les deux se firent conduire à la chambre personnelle de l'ex-chef orc, où étaient enfermées trois femelles qui furent vite mises dehors, parfois pas en un seul morceau. Geralt/Gothmog accepta divers cadeaux et mets fins - pour des orcs - mais il préféra se nourrir du chamois que son amie féline alla chasser peu après.

Un orc particulièrement audacieux et lèche-bottes eut l'heur de plaire au nouveau chef des orcs, et il en fut bien récompensé : Geralt le nomma second et chargé de diriger la tribu lors de ses futures et inévitables absences. En l'honneur de cette fonction, il lui remit les armes de l'ancien chef que l'orc lui avait apportées. Avant la nuit et peu avant leur départ, il eut un discours enflammé et particulièrement inspiré où il expliqua que le convoi qu'ils devaient protéger était en partie composé d'elfes déguisés qu'il allait falloir tuer, même si des victimes collatérales étaient à déplorer parmi les Sagaths. Ce n'étaient pas exactement ses termes, intraduisibles en langue des orcs, mais toute la tribu comprit très bien qu'elle allait beaucoup combattre et s'enivrer de sang, de bataille et de trésors, toutes choses qui lui convenaient tout à fait. Et elle laissa le soin au chef - ou son second - de s'encombrer avec les détails, manifestant son enthousiasme total par de grands hurlements de joie. Puis ils se mirent tous en route, femelles et diablotins compris, à la nuit tombée.

8 - Cachette avec vue sur lac
Tandis que lionne et assassin jouaient aux ténébreux et sanglants seigneurs des orcs, leurs amis ne restaient pas inactifs. Deux questions se posèrent très vite à eux : où installer la cachette de manière à ce qu'elle soit située au meilleur endroit lorsque le convoi s'arrêterait près du lac, d'une part ; qui s'installerait dans la cachette pour tenter ensuite de tuer les sorciers et dérober leur pierre magique d'appel des dragons, d'autre part. Sachant que les ennemis se méfieraient certainement et disposaient de magie, il ne fallait rien négliger.

L'emplacement exact de la cachette fut déterminé après pas mal d'observations et beaucoup d'intuition. Les traces des années précédentes permirent d'avoir une assez bonne idée de la manière dont le camp serait installé. Le lac étant adossé à une butte, l'espace faisait une espèce de demi-cercle autour de la butte et du lac. Il semblait que les chevaux sans cavalier étaient et probablement seraient concentrés près du lac, entourés par les chariots. Les Sagaths et leurs chevaux seraient sans doute installés un peu plus à l'écart, tant pour se reposer que pour veiller. Des gardes seraient installés tout autour du camp, y compris sur la butte.

La nature, l'emplacement et la taille de la cachette furent déduits de ces éléments. Il paraissait impossible de creuser une cachette dans le sol meuble proche du lac, et les rochers alentours seraient sans doute trop loin du cœur du convoi, les chariots, pour pouvoir servir d'abri. Avec tout de même une exception : la butte elle-même contre laquelle le lac reposait. Cette butte était en fait un dénivelé de terrain assez raide, assez facile à escalader mais très difficile à emprunter pour un cheval. Un ruisseau en coulait à partir d'une source non loin du sommet et alimentait le lac, près duquel, le long de la pente, divers arbustes et autres plantes poussaient. Cette zone pentue et foisonnante de végétation semi-ligneuse semblait tout à fait propice à l'établissement de leur embuscade...

L'emplacement de la cachette fut choisi d'après la future organisation du camp, estimée d'après les traces anciennes et la transposition à une autre échelle du convoi. Ce serait une cachette naturelle faite de buissons épineux plus ou moins déplacés et assemblés pour avoir l'air naturels et ne pas dissimuler d'espace, et sous et derrière lesquels se placeraient quelques personnes n'ayant pas froid aux yeux. Leur nombre et leur nature furent là aussi sujet à débat et changement d'avis. Taurgil en serait, de même que le hobbit, particulièrement discret. Après réflexion, Isilmë, pourtant volontaire pour participer, en fut écartée. Elle resterait avec Mordin et Drilun dans la caverne des orcs qu'ils occupaient, à environ 2 miles (~ 3 km) du lac. C'était en terrain escarpé que les Sagaths et les chevaux n'iraient sans doute pas fouiller, et les orcs seraient de leur côté. Par ailleurs, si les sorciers ennemis essayaient de les trouver par magie, autant les amener à penser que l'équipe était à une certaine distance plutôt qu'au milieu du camp...

Tandis que le nain consultait un livre du rôdeur dúnadan sur le noirparler et que l'elfe et le Dunéen parlaient soins et morphologie, Rob et Taurgil, très à l'aise en nature, participèrent à la confection de l'abri végétal. Ils ne ménagèrent pas leur peine, d'autant qu'ils avaient du temps avant l'arrivée des orcs ou du convoi et de ses espions ailés ou éclaireurs à cheval. Le produit final fut jugé très satisfaisant, sur un plan visuel tout du moins. Au niveau odeur, les équipements des orcs qu'ils portaient feraient peut-être écran, et il serait possible de prendre un morceau de loup tué dans la cachette pour masquer encore davantage l'odeur de hobbit ou de Dúnadan. Côté magie, il fallait croiser les doigts, sachant tout de même que Taurgil portait la larme de Yavanna, qui avait de nombreux pouvoirs contre les magies ténébreuses. Cela étant, la magie divinatoire n'en faisait pas partie, même si elle pouvait être utilisée par des sorciers...
Modifié en dernier par Niemal le 09 septembre 2015, 11:02, modifié 2 fois.

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Niemal
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Horselords - 42e partie : orcs et pierres (2/2)

Message non lupar Niemal » 22 août 2014, 22:54

9 - Convoi en approche
Tandis que certains jouaient aux jardiniers bâtisseurs de cachette végétale, d'autres tentaient tant bien que mal de déplacer une tribu entière d'orcs survoltés. En fait, ce ne fut pas si dur que cela : le discours de départ de Geralt avait été si inspiré que les orcs étaient prêts à le suivre n'importe où sans se poser de question - pour le moment du moins. En revanche, motivation ne rime pas forcément avec efficacité, surtout quand c'est toute la tribu qui bouge - femelles et diablotins compris - et non juste les guerriers qui se déplacent. Le voyage prenait donc plus de temps et il fallut trois nuits pour arriver aux abords du lac et future étape du convoi. Qu'à cela ne tienne, Vif et Geralt en profitèrent pour faire des crochets afin d'enrôler de force des petites troupes d'orcs qui avaient le malheur d'arriver à porter de leurs sens. A la fin du trajet, au cours de la troisième nuit, le nombre de guerriers total s'élevait ainsi à au moins cinq cents orcs !

Conscients que les débordements d'orcs étaient chose aisée et difficile à gérer une fois enclenchée, les deux amis, sur la fin du voyage, prirent un peu d'avance afin de retrouver la grotte où le reste du groupe s'était installé. L'entrée de ladite grotte avait été masquée par de la végétation, essentiellement pour en occulter le contenu, à savoir leurs chevaux ou le massacre des précédents occupants, aux yeux des orcs. Ce qui ne gêna nullement la lionne ou l'assassin. Les aventuriers s'accordèrent sur une histoire à faire avaler aux orcs afin d'éviter qu'ils ne découvrent le contenu de la grotte ou son histoire : elle servait d'enclos aux montures des elfes, lesquelles montures seraient remises au convoi après la mort de leurs propriétaires. De toute manière, Geralt avait un tel ascendant sur les orcs de la tribu après son dernier discours qu'il aurait sans doute pu leur faire avaler n'importe quoi.

La nuit n'était pas encore terminée et la tribu agrandie n'avait pas encore pris ses quartiers qu'elle eut la visite d'une petite troupe de wargs montés qui demanda à voir le chef de la tribu. Apparemment ils venaient du convoi et venaient pour transmettre des ordres d'organisation donnés par les sorciers. Le commandant de cette troupe faisait partie d'une tribu non éloignée et il fut un peu surpris de découvrir le nouveau chef ; peut-être pas de voir que ce n'était plus "écrase-nez", mais sans doute plus par le côté impressionnant du duo Gothmog (Geralt) - Grunt (Vif). Le premier accueillit les questions du commandant de la troupe avec agressivité, comme un bon chef orc, ce qui ne fit pas ciller son interlocuteur. Manifestement, c'était bien dans l'ordre des choses.

Le chef des chevaucheurs de warg transmit donc les consignes d'une voix neutre et manquant de motivation. Manifestement c'était une corvée dont il se serait passé et il avait hâte de repartir. Il était prévu que le convoi arrive au lac en fin de journée, et le chef des messagers décrivit les distances à respecter et les zones à parcourir pour veiller à ce qu'aucun ennemi ne puisse atteindre le convoi sans se faire repérer. En fin de nuit après l'arrivée du convoi il faudrait commencer à déplacer les troupes vers l'ouest afin de pouvoir assurer une veille passive en journée, voire donner un coup de main en cas de pépin. Sans parler de transmettre le flambeau aux troupes d'orcs plus à l'ouest. Les motivations étaient maigres : éviter de trop attirer l'attention des sorciers dont certains étaient capables de faire regretter à ceux qui leur avaient déplu de ne pas être morts... Puis les messagers repartirent vers l'est et leur propre tribu.

En journée, Geralt remit le commandement de ses orcs à son second, prétextant des visites à passer aux autres tribus du sud afin de faire grossir encore leurs rangs. Puis il partit sur le dos de Vif dont le déguisement, s'il était encore remarquablement efficace, sentait de plus en plus l'odeur de charogne et de mort. Ce qui n'était pas pour déplaire au duo, vu le travail qu'ils avaient à accomplir, à savoir trois tribus à "recruter" s'ils avaient le temps. Pendant ce temps, leurs amis se postèrent en hauteur et ils commencèrent à voir arriver le convoi. Ce fut d'abord comme un petit nuage noir au-dessus de la plaine, qui dénotait la présence de crebain et autres oiseaux charognards, mais aussi le nuage de poussière soulevé par les milliers de chevaux. Petit à petit, leurs silhouettes au sol se firent visibles, ainsi que la longue ligne de véhicules formée par les chariots. Enfin, les éclaireurs commencèrent à arriver sur les lieux et inspectèrent les abords du lac. Dans leur cachette, Rob et Taurgil retenaient leur souffle, même s'ils ne risquaient pas grand-chose tant que le convoi n'était pas arrivé.

10 - Nouveaux coups d'état, au sud
L'objectif du duo, plein sud, était une grosse tribu dont les guerriers avaient déjà dû s'approcher de la route du convoi et qui avait dû elle aussi avoir la visite de messagers apportant les consignes. Vif et Geralt n'eurent pas à aller très loin pour croiser la route d'une patrouille provenant de cette tribu. L'apparition de ce grand orc chevaucheur de warg géant provoqua l'étonnement, sans doute surtout en raison de sa morgue incroyable alors qu'il était seul. Un orc en moins plus tard, déchiqueté par les crocs puants de la lionne déguisée, les autres membres de la patrouille décidèrent que les désirs du nouveau venu étaient tout à fait dignes d'intérêt et ils l'amenèrent, avec sa monture, à l'entrée de la série de grottes dans laquelle la tribu avait trouvé à s'abriter.

Pas de grande caverne abritant toute la tribu ici, mais divers passages entrecoupés d'espaces plus grands. Mais "Gothmog" et sa monture "Grunt" ne firent pas tout de suite le tour du propriétaire : les orcs partis chercher le chef les firent patienter, un peu trop au goût des deux amis qui se demandèrent s'ils n'allaient pas forcer le passage. Heureusement, le chef arriva alors, sous bonne escorte, et entama la conversation avec Geralt par des questions sur ses troupes et diverses recommandations sur la nuit à venir. Deux choses alertèrent le duo de choc néanmoins : le chef orc semblait jouer un jeu trouble aux yeux de Geralt, il avait surtout l'air de vouloir gagner du temps ; en parallèle, Vif entendait clairement des orcs armés qui se déplaçaient et prenaient position à proximité, et des ordres donnés depuis un point plus éloigné. Autrement dit, cet entretien faisait surtout penser à une mascarade et au début d'un piège.

"Gothmog" joua alors lui aussi la comédie et, l'air satisfait, s'apprêta à quitter le chef des orcs avec qui il discutait. Mais au dernier moment, il descendit de "Grunt" pour faire une confidence à son interlocuteur. Ce dernier, rassuré de voir à une certaine distance le warg géant à la forte odeur de charogne, eut à peine le temps de voir le coup qui allait le décapiter. Deux autres orcs subirent les frais de la colère de "Gothmog" qui hurla son mécontentement d'être pris pour un idiot, le tout dans un vocabulaire propre au langage fleuri des orcs... Dans le même temps, Vif enfonçait les rangs des orcs et parvenait à identifier la source du réel commandement : il s'agissait d'un uruk, entouré d'une garde rapprochée de six autres uruks, et il maniait une arme bien trop belle pour avoir été fabriquée par des orcs, et en trop bon état pour être normale. Où cet uruk avait-il trouvé une arme pareille, probablement magique et d'origine elfique ?

Le combat de la lionne fut donc plus prudent qu'à l'ordinaire : elle ne fonça pas droit sur le chef mais s'attaqua d'abord à ses gardes. D'autant que Geralt arrivait non loin derrière : après avoir fait tomber deux nouvelles têtes, il avait hurlé avec tant d'agressivité que les orcs ordinaires avaient jugé préférables de le laisser passer et de laisser le chef s'en occuper directement... s'il le pouvait. "Gothmog" demanda à voix forte à "Grunt" de lui laisser le chef, ce qu'elle fit donc en partie : une fois la garde décimée, ils s'attaquèrent ensemble au chef uruk, qui ne fit pas un pli même s'il fut gardé en vie encore un moment.

Puis "Gothmog" hurla sa victoire et s'instaura comme nouveau chef. Devant leur manque d'empressement, il ressortit le beau discours qu'il avait fait pour la précédente tribu, y compris l'histoire des elfes ayant infiltré le convoi et qu'il fallait aller tuer, mais avec une efficacité moindre. Histoire d'emporter le morceau, il donna l'ancien chef en pâture aux orcs, comme une friandise, pour qu'ils l'achèvent lentement, comme ils l'avaient tous rêvé. Il offrit les armes des uruks (moins l'épée du chef) à des orcs importants et nomma l'un d'eux son second. Il lui expliqua qu'il attendait de lui qu'il mène les orcs à l'assaut du convoi lorsque le signal serait donné, et lui assura qu'il ne ferait pas de vieux os s'il oubliait qui était le véritable chef. Puis Vif et lui partirent vers de nouveaux coups d'état.

Deux autres tribus connurent un sort similaire, une à l'ouest et une à l'est de celle qu'ils venaient de quitter. Ces tribus étaient plus petites et sans uruk ou autre personnalité notable. Toutes se rangèrent derrière la personnalité charismatique et la grande agressivité de ce chef venu d'ailleurs. Au final, "Gothmog" se trouvait à la tête d'une armée d'environ mille cinq cents guerriers orcs ! Le tiers, au nord, semblait sous contrôle, alors que le reste, au sud, était plus incertain. Mais dans tous les cas, et même s'ils ne représentaient pas une réelle menace pour les Sagaths, il avait là de quoi perturber un peu la petite routine du convoi.

11 - Nuit tranquille...
Ailleurs, les autres aventuriers attendaient. Drilun, Isilmë et Mordin restaient dans leur caverne à tuer le temps depuis un moment. L'elfe donnait des cours de soins au Dunéen que l'anatomie comparée des humains et des elfes (et plus encore, des hommes et des femmes) troublait bien plus qu'il ne voulait l'admettre. Mordin vit les manœuvres des orcs, une fois la nuit tombée : contrairement aux consignes données par les chefs du convoi, Geralt avait demandé aux orcs de ne pas faire de rondes mais de se rapprocher au plus près du convoi, à plusieurs portées de flèches des premiers gardes sagaths, et de se tenir prêts à attaquer. "Gothmog" avait donné les mêmes consignes à toutes les tribus, en leur donnant l'ordre d'attaquer toutes lorsqu'elles entendraient le bruit d'un cor sonner trois fois, deux coups brefs et un long. Puis il était allé se placer au sud, à la tête de la plus grosse tribu.

Du côté du lac, Rob et Taurgil attendirent eux aussi. Ils entendirent et virent les Sagaths et le convoi arriver. Comme prévu, les chevaux non montés furent regroupés près du lac, et entourés par un demi-cercle de chariots. Ces derniers étaient en fait disposés en deux lignes concentriques espacées de quelques mètres, mais ils n'étaient pas accolés à la butte où ce cachaient le rôdeur et le petit voleur. A cet endroit-là, ainsi qu'à l'extérieur du demi-cercle des chariots, des petits camps de guerriers sagaths et leurs chevaux s'étaient installés. L'un d'eux n'était qu'à quelques mètres de la cachette, et, même s'ils ne comprenaient rien à leur langue, les deux aventuriers en embuscade pouvaient sentir une tension certaine dans les échanges entre les orientaux. Il allait certainement se passer quelque chose, et leurs ennemis seraient difficiles à surprendre.

Au début de l'installation du convoi, les deux amis avaient perçu les reniflements et grognements de gros loups qui inspectaient le site. Ils étaient passés à quelques mètres et s'étaient attardés un peu longtemps à leur goût près de la cachette, puis s'étaient éloignés sans faire plus d'histoire. Entre les affaires des orcs et le morceau de loup mort qu'ils avaient avec eux, il semblait qu'ils avaient réussi à tromper l'odorat des loups et wargs. Petit à petit, la nuit s'installa et le calme se fit au niveau du camp. Rob et Taurgil attendirent, la consigne étant d'attendre environ les deux tiers de la nuit, au moment où le sommeil est le plus lourd pour les humains, pour passer à l'action.

Pourtant, alors que le temps passait, ni l'un ni l'autre ne pouvaient se défaire de la désagréable sensation que quelque chose ne tournait pas rond. Il y avait trop de bruits proches dans le camp, pour commencer - trop de gens semblaient encore actifs et ne dormaient pas, même si les lumières des feux et torches étaient à peu près toutes éteintes. En écoutant bien, il fut vite clair que les Sagaths du camp le plus proche ne dormaient pas ; à vrai dire ils donnaient même l'impression de faire semblant de dormir... de manière imparfaite. Mais d'autres bruits plus inquiétants provenaient de la butte, comme de passages nombreux, trop nombreux pour être seulement ceux de quelques gardes. Et même, des bruits étaient perceptibles comme de rochers que l'on fait rouler ou qu'on entasse en hauteur, comme avant de les faire rouler sur des ennemis. Ce fut bientôt une évidence : l'ennemi savait qu'ils étaient là, même s'il ne savait peut-être pas de qui il s'agissait exactement, et les Sagaths et sorciers s'apprêtaient à leur tomber dessus !

Au loin, Vif et Geralt perçurent qu'il se passait quelque chose dans le camp : de la lumière brusque, des cris et hurlements de loups, de l'agitation... Par ailleurs, en dehors des propres loups et wargs que possédaient les tribus des orcs, ils n'avaient vu aucun de ceux que contrôlaient les sorciers, comme s'ils étaient affectés ailleurs qu'à la surveillance, mais plutôt à une tâche au sein même du convoi. Ils se doutèrent que leurs amis avaient été découverts, et ils donnèrent l'ordre aux orcs de sonner du cor et d'attaquer. Puis, plus rapide que tous, Vif s'élança en direction du convoi, Geralt sur le dos.

Plus loin au nord, Mordin, Isilmë et Drilun entendirent les cors et les hurlements des orcs qui s'élançaient au combat. N'était-ce pas un peu tôt pour lancer l'attaque ? Eux-mêmes étaient derrière les orcs, plus au nord, et à environ deux miles du convoi, mais ils se dépêchèrent de sortir quelques chevaux et d'avancer en direction de la zone des conflits. Mais de nuit, sur un terrain escarpé, ils n'avançaient pas vite. Par ailleurs, déguisés en orcs et montés sur des chevaux, il valait mieux faire attention à ne pas tomber sur un gros groupe d'orcs au détour d'un rocher ou autre relief, leur déguisement ne tiendrait pas longtemps, malgré le peu d'intelligence dont les orcs faisaient preuve. Ils se rendirent compte qu'ils risquaient d'arriver lorsque tout serait fini...

12 - Larme et magie noire
Dès que Taurgil avait compris la menace qui pesait sur eux, il avait commencé à sortir de la cachette, suivi par Rob. A peine avaient-ils fait quelques mètres que des ordres furent donnés non loin d'eux, dans une langue qu'ils ne comprenaient pas et qui devait être le logathig, la langue des Sagaths. Aussitôt des bruits de pierres qui roulent dans la pente se firent entendre, et ils s'éloignèrent vite du bord de la butte où les rochers allaient bientôt arriver, réduisant leur abri en confettis. Mais dans le même temps plusieurs feux s'allumèrent d'un coup autour d'eux, magiquement, les plongeant tous deux en plein lumière. Un peu plus loin, ils distinguèrent un cercle d'ennemis qui les attendaient : wargs, Sagaths armés, voire un ou deux rôdeurs noirs... Pour l'élément de surprise que leur plan était censé leur fournir, c'était plutôt râpé !

N'ayant plus le choix, Taurgil fonça en avant en direction des ennemis, suivi par son petit compagnon. Tout d'un coup, des voix envoûtantes et un peu distantes, au-delà du premier cercle d'ennemis, se firent entendre. Le Dúnadan sentit qu'il était l'objet d'une sorcellerie quelconque, et même de plusieurs sorts : les sorciers ennemis devaient concentrer leurs efforts sur lui dans l'espoir de le transformer en marionnette docile... Mais ils ne savaient pas qu'il gardait sur lui la larme de Yavanna prise à Dol Guldur, qui avait le pouvoir de purifier et de protéger de la magie des ténèbres. C'était sans doute son seul atout, si l'on exceptait son armure de mithril, et il allait en jouer. A fond.

Il arrêta donc son élan et se mit à obéir aux voix, comme subjugué. De nombreux arcs et autres armes étaient pointés dans sa direction, mais des voix ordonnèrent - sans doute - de ne pas tirer et de le laisser passer. Les rangs des ennemis s'écartèrent et il put passer en direction des voix qui provenaient de quelque part entre les chariots. Rob, comme oublié de tous, suivi son ami avec inquiétude. Les arcs étaient toujours dirigés vers son ami, mais les crocs retroussés des wargs étaient bien trop proches à son goût. Et il percevait des dizaines voire des centaines d'ennemis tout autour d'eux. Il devinait un peu ce que son ami s'apprêtait à faire, mais ensuite ? Comment sortir de là ? Les copains avaient intérêt à venir vite... Il perçut à ce moment-là des appels de cor au loin et de lointains hurlements d'orc. Mais avant qu'ils n'arrivent...

Bientôt, Taurgil passa entre deux premiers chariots, toujours suivi par Rob, comme un somnambule qui avance doucement vers une vision onirique. L'origine des voix qui le guidaient furent bientôt visibles, grâce à quelques torches qui furent allumées : trois hommes en habits amples et noirs, comme ceux qu'il avait déjà vus par le passé, se tenaient là, entourés de divers guerriers Sagaths. Pour chacun d'eux, une main restait dans les plis de leurs vêtements et l'autre lui faisait signe d'avancer. Les trois sorciers, l'air très satisfait, se disposèrent en demi-cercle autour du rôdeur dúnadan, qui s'immobilisa à un ou deux pas d'eux. Puis ils lui ordonnèrent de déposer ses armes et armure.

Lentement, Taurgil sortit du fourreau une première épée et la posa au sol. Puis il sortit une seconde, et s'apprêta à en faire autant... avant de la plonger dans le corps du sorcier en face de lui, surprenant tout le monde. Il est vrai qu'au moment de sortir de la cachette, il avait pris la précaution de manger une des toutes dernières noix de l'écureuil que le groupe avait conservées. Sa rapidité - déjà naturellement grande - était donc stimulée à un niveau complètement inhumain. Le corps du sorcier transpercé n'avait pas encore touché le sol qu'il s'était tourné sur la droite et transperçait un deuxième sorcier. De son côté, Rob, très rapide même s'il n'avait pas bénéficié d'une noix de l'écureuil, avait encoché une flèche et transpercé le troisième sorcier, à qui il faisait face, pratiquement à bout portant. Tandis que des cris s'élevèrent, de nombreuses cordes d'arc se détendirent.

13 - Pierres perdues
Alors que le corps des sorciers touchait le sol et que les flèches des Sagaths ou rôdeurs noirs étaient libérées, Taurgil réagissait déjà, grâce à la rapidité apportée par la noix. Les flèches se brisèrent sur sa cotte de mailles de mithril, sauf peut-être une seule d'entre elles qui arriva à lui faire un bleu - vite oublié - à travers son armure. Puis il se mit dos à un chariot pour faire face aux wargs ou Sagaths qui le chargeaient, tandis que les flèches continuaient à pleuvoir. Rob, plutôt oublié mais pas assez à son goût, plongea sous le chariot opposé à celui contre lequel son grand ami s'était adossé. Les deux aventuriers eurent également le temps de remarquer, du coin de l’œil, que les sorciers mourants avaient chacun une pierre dans la main qui était restée dans les amples plis de leurs vêtements, pierre qui roula à leurs pieds ou un peu plus loin tandis qu'ils tombaient au sol.

L'espace entre les chariots n'était pas si grand que cela et les archers étaient pour la plupart en enfilade, entre les chariots sur la gauche du Dúnadan. Du coup, ce dernier fut l'objet d'un nombre limité d'attaques, que ce soit par épée, crocs ou flèche. Entre sa rapidité et son armure de mithril, il put sans mal éviter les blessures, alors qu'il avait le temps d'abattre les ennemis proches presque plus vite qu'ils ne mettaient de temps à arriver à son contact. Il put même récupérer l'épée qu'il avait laissée à terre et ranger l'autre, moins mortelle pour ses adversaires. De son côté, le hobbit ne savait que faire au début : les pierres des sorciers n'étaient pas à sa portée et les jambes ou pattes ennemies étaient nombreuses à passer autour. Mais il n'était pas taillé pour le combat de mêlée, et son arc risquait surtout de rappeler aux ennemis qu'il était là...

Il se rappela tout de même qu'il avait sur lui quelques graines de ronciers magiques offertes par Radagast, graines qui provenaient d'une petite répartition faite entre les différents aventuriers un moment auparavant. Tandis que le grand rôdeur accumulait les cadavres autour de lui, le petit voleur prit la bourse contenant les graines et il en jeta une première poignée du côté des principaux archers (dont deux rôdeurs noirs), puis une deuxième un peu plus loin, et une troisième, sur un autre côté, de manière à faire un angle plus facile à défendre. Petit à petit, les graines se mirent à pousser, offrant un abri et gênant les mouvements des combattants.

Mais si trois sorciers étaient morts, il semblait qu'il y en avait d'autres : pendant que le hobbit s'occupait de jouer au jardinier, le chariot contre lequel son ami se tenait s'enflamma brusquement. Un peu plus tard, ce fut au tour de celui sous lequel Rob était réfugié qui prit feu. La lumière facilita le tir des archers, mais les flammes ne gênèrent pas Taurgil autant que ses amis l'avaient prévu. Il faut dire que son armure de mithril le protégeait déjà bien, et il portait également une cape elfique de très bonne qualité, empruntée à Drilun car elle aidait à la discrétion. Il était donc bien isolé, même si l'état de la cape risquait d'en souffrir un peu. Il finit par changer de place tout en continuant à combattre, mais il n'avait pas été brûlé.

De son côté, avec l'espacement des combattants et la chaleur du feu de chariot au-dessus de lui, le hobbit sortit de sa cachette en direction de la pierre des sorciers la plus proche. Mais il la regagna bien vite après avoir mis la main dessus. Tout en combattant, le Dúnadan arriva à faire place nette autour de lui assez longtemps pour expédier du pied une des pierres restantes en direction du hobbit. Par contre, il ne comprit pas trop pourquoi son petit ami gaspillait ses dernières graines en les lui jetant à ses pieds. Ce qui ne le gênait pas trop vu qu'il ne restait pas longtemps au même endroit. Entre le feu et les ronces, il devenait de plus en plus difficile de combattre, mais cela gênait plus ses ennemis que lui.

Les combattants se firent plus rares face à Taurgil, qui en profita pour se rapprocher de la troisième pierre des sorciers. Par contre, il ne vit plus le petit voleur, qui avait fui le brasier que le chariot devenait progressivement. Il s'était éloigné de lui, et, curieusement, lorsqu'il arriva à le repérer un peu plus loin, en dehors de la double rangée des chariots, il était aux côtés d'un Sagath d'élite qui semblait parler à Rob et même le protéger des autres ennemis. A dire vrai, ce Sagath d'élite n'avait pas tout à fait l'air comme les autres, ses équipements n'étaient pas tout à fait les mêmes et il ne combattait pas. Il se demanda s'il ne venait pas de trouver le sorcier manquant... ce qui fut vite confirmé : sur un mot étrange de l'homme, il sentit bientôt une onde de choc le blesser, comme s'il avait demandé à une force magique de le briser physiquement. Heureusement, bien protégé par son armure de mithril et naturellement très costaud, il put résister à cette force maléfique.

14 - Renforts
Si les combattants se faisaient de plus en plus rares autour du Dúnadan, c'était peut-être parce que les chefs du convoi avaient remarqué que de près, leur ennemi était trop rapide et trop difficile à blesser. D'autant qu'il évoluait dans un espace en partie fermé par des chariots, dont certains en flammes, des ronces magiques, des piles de corps... De plus loin, à l'arc, il pouvait être attaqué par davantage de monde et une flèche finirait bien par trouver l'ouverture dans son armure. Mais l'attention des attaquants était aussi concentrée ailleurs. En effet, si les cors et hurlements des orcs avaient été perçus et peut-être pris en compte, ce n'était sans doute pas le cas d'une obscurité impénétrable qui avait enfoncé les Sagaths par le sud, ne laissant derrière elle que des corps morts et le plus souvent en plusieurs morceaux.

Taurgil, percevant le tumulte qui se rapprochait, avait compris que ses amis en étaient la cause. Ils ne mirent pas longtemps avant de le repérer : non seulement il était au milieu d'un fameux bazar composé de flammes, de cris et de cadavres, mais également les Sagaths avaient fini par comprendre qu'il valait mieux s'écarter que de mourir pour rien dans cette obscurité magique. Rajoutons à cela les sens exceptionnels de l'assassin et de la lionne, et le fait que cette dernière avait elle aussi consommé une noix de l'écureuil. Enfin, la Femme des Bois arrivait à ressentir les émanations magiques des pierres des sorciers. Ces pierres restaient leur principal objectif, et leur magie était proche et facile à percevoir, donc Vif restait concentrée dessus.

En fait, la féline Femme des Bois sentait que toutes les pierres n'étaient pas au même endroit. Deux d'entre elles étaient très proches l'une de l'autre, probablement portées par un même individu, la troisième restant un peu à l'écart. L'arrivée de Geralt et de Vif permit au Dúnadan de récupérer la dernière pierre des sorciers. La lionne repéra les deux autres, dans un espace également occupé par le hobbit, ce qui lui fit penser qu'il les avait sur lui. Curieusement, les ennemis semblaient l'ignorer complètement et il était en train de s'éloigner d'un Sagath d'élite... dont il émanait des effluves magiques !

Tandis que Geralt descendait du dos de la lionne pour trancher les têtes des rôdeurs et meilleurs archers à l'aide de son cimeterre ténébreux, Taurgil se rapprochait du probable sorcier afin de pouvoir l'éliminer. De son côté, Vif se précipitait vers quelques guerriers derrière lequel le faux Sagath d'élite se protégeait, dans l'intention de le faire passer de vie à trépas, et avant son grand ami rôdeur : le grand félin qu'elle était voyait cela comme un grand jeu, une compétition même... Elle se croyait tellement invulnérable qu'elle fut quelque peu surprise quand elle sentit une flèche magique pénétrer sans mal son cuir de félin enchanté.

La blessure était réelle et il s'en fallut de peu que la flèche ne coupât une grosse veine et ne mette en danger la vie de la lionne. Heureusement ce ne fut pas le cas, et la flèche fut vite retirée de son cuir magique. Elle se concentra à nouveau sur sa cible, qui proférait les paroles d'un nouveau sortilège. Comme Taurgil avant elle, elle subit la force destructrice de sa sorcellerie, qui l'ébranla... un bref moment seulement. Voyant le Dúnadan bientôt arriver à portée du sorcier, elle sauta près de l'homme en bloquant le passage de son ami, pour le plus pur plaisir de tuer le magicien noir elle-même... Mais qui avait tiré la flèche précédente ? La flèche était venue dans son dos, mais elle ne voyait personne d'exceptionnel dans cette direction... sauf peut-être le hobbit, qui s'éloignait d'eux comme pour fuir la zone d'obscurité autour du cimeterre magique de Geralt. Son attitude la surprenait de plus en plus.

15 - Guérison
Le rôdeur dúnadan avait fini par rassembler les pièces du puzzle concernant son petit ami, dont l'attitude étrange aurait éventuellement pu lui rappeler l'histoire de Rob, si seulement il avait été présent à l'époque. En effet, par le passé, Rob était tombé sous le charme ténébreux d'un anneau magique très puissant, anneau pour lequel il avait mortellement blessé Isis d'une flèche. L'elfe et compagne de Narmegil avait elle-même subi la corruption de l'anneau et elle était partie avec, mais son compagnon hobbit le lui avait repris avant de partir à son tour de son côté. Plus tard il avait été soigné par Elrond à Imladris, mais il n'avait plus osé reprendre les aventures aux côtés de ses amis et en particulier d'Isis... jusqu'à ce que cette dernière décidât de prendre sa retraite d'aventurière pour se consacrer à sa famille avec son époux.

Rob avait alors rejoint l'équipe à nouveau, mais ses anciens amis ne pouvaient oublier qu'il avait une petite faiblesse pour la corruption magique. Taurgil avait constaté au cours du combat que le hobbit avait comme cherché à le gêner avec des graines de ronciers magiques, peu après avoir récupéré une première pierre des sorciers, dont la puissante magie irradiait à des lieues à la ronde. Plus tard il s'était éloigné de lui et il avait été comme protégé par le sorcier que Vif venait de tuer, sorcier qui s'était entretenu avec le petit voleur. Et si la flèche magique qui avait blessé la lionne avait été remise par le sorcier ?

Taurgil n'eut pas le temps d'expliquer cela à Vif, qui était déjà partie. En effet, même sans comprendre tout cela, et même si elle ne comprenait pas le comportement bizarre de son ami, elle savait une chose : il faudrait bientôt partir, et elle ne voulait pas laisser le hobbit à leurs ennemis. En effet, les Sagaths et leurs maîtres avaient été surpris par son arrivée et celle de Geralt, mais ils finiraient tôt ou tard par se reprendre. De plus, si elle entendait clairement les attaques des orcs en ce même instant, elle comprenait aussi que les choses ne se passaient pas pour le mieux pour eux. Malgré leur nombre, elle percevait distinctement des hurlements de peur de leur part et des cris qui s'éloignaient. Ils étaient tombés sur quelque chose qu'ils n'avaient pas l'habitude d'affronter et qui les mettait en déroute. Encore un sorcier, voire plusieurs ?

Bref, il ne fallait plus tarder à fuir, sauf à craindre d'être le prochain sujet des mauvaises surprises à la place des orcs. Geralt était en train de fouiller le corps du sorcier-faux-Sagath récemment abattu, et ils avaient trouvé les trois pierres d'appel des dragons semblait-il. En fait, la lionne sentait maintenant quatre puissantes sources de magie, l'une d'elles venant du corps sans vie que l'assassin était en train de fouiller : la dépouille portait elle aussi une pierre dont le Dúnadan sentit la magie et qu'il récupéra, se sachant protégé par la pierre de Yavanna. Il ne manquait que le petit voleur. Bien entendu, toutes ces pensées et sensations avaient traversé l'esprit de la lionne en un éclair, d'autant qu'elle subissait la fantastique stimulation de la noix de l'écureuil mangée peu auparavant...

Et c'est donc pourquoi elle avait bondi à la poursuite du hobbit. Malgré sa rapidité, Rob n'avait rien pu faire pour empêcher la lionne de refermer sa gueule sur une de ses jambes. Elle l'avait donc ramené ainsi, à la manière des chetmíg qui avaient fait de même avec le petit voleur, près de Barad Eldanar. L'histoire se répétait une nouvelle fois... Une fois qu'ils furent tous réunis, Taurgil parla de ses doutes concernant leur petit ami. Il le fouilla et trouva sur lui, dans ses habits et contre sa peau, les deux pierres des sorciers qu'il soupçonnait d'avoir fait perdre la tête à Rob. Il prit les pierres, sachant qu'il était protégé par la larme de Yavanna, et appliqua ladite larme au visage du hobbit. Lequel hobbit se mit à vomir, comme s'il était malade de ce qu'il avait fait. Bien qu'affaibli, il semblait à nouveau lui-même, maître de ses actes, et Vif ne sentait aucune magie dans son aura. Fallait-il en conclure qu'il était guéri ? C'est ce que ses amis choisirent de croire.

16 - Fuite
Le maître-assassin avait terminé de fouiller le sorcier, et ce qu'il avait trouvé lui faisait penser qu'il s'agissait bien d'un des Maeghirrim, déguisé en Sagath d'élite : il portait en effet un anneau qui ressemblait fort à ceux qu'ils avaient déjà trouvés sur ces puissants sorciers ; trouvés, et détruits. En plus d'une petite lame, d'une bourse et de poison, ses habits faisaient penser à un cuir souple fin et très solide et ils avaient été maquillés pour ressembler à une cotte de mailles. Sans parler de la pierre couverte de runes récupérée par le Dúnadan, pierre qui ressemblait beaucoup aux trois pierres que portaient les sorciers que Taurgil et Rob avaient tués au début du combat. Y avait-il quatre pierres d'appel pour quatre dragons ? Et pourquoi celle-ci n'avait-elle été perçue que tout récemment ?

Mais les réponses attendraient, d'autant que c'était Drilun le spécialiste de la magie parmi eux. Il fallait donc le retrouver au plus vite, et fuir les environs pour retrouver enfin l'armée nordique. D'autant que le solstice d'été n'était que dans une semaine, l'endroit où le choc des deux armées aurait lieu ne devait plus être très loin. Qui savait ce qui était arrivé à Atagavia, Bronwyn et leurs hommes pendant qu'ils étaient loin d'eux ? Pendant qu'ils tuaient les sorciers et affaiblissaient le convoi, peut-être certains serviteurs du Nécromancien et d'Angmar avaient pris pour cible l'armée nordique, préparée au combat mais sans doute pas à la magie noire...

Rôdeur dúnadan et rôdeuse féline s'éloignèrent pour abattre quelques ennemis, laissant le hobbit aux bons soins de Geralt. Protégés par la zone d'ombre du cimeterre, ils s'éloignèrent des chariots pour trouver un cheval sagath. L'assassin abattit à l'arc un premier cavalier mais sa monture s'éloigna trop. De plus, les Sagaths purent localiser plus précisément la zone d'ombre grâce aux nombreux feux avoisinants et ils organisèrent des charges montées aux chevaux très serrés, à la manière d'un rouleau compresseur. Vu l'impossibilité de passer entre deux montures sans se faire écraser, Geralt tira dans la tête du cheval en face de lui pour briser la charge, et il cria avec beaucoup d'agressivité sur celui qui suivait afin de l'arrêter. Profitant de la confusion, il tua un cavalier et put récupérer son cheval.

Lequel cheval était très nerveux, ce qui était normal vu les événements qui se déroulaient autour d'eux, mais le balafré aux cheveux blancs en avait vu d'autres. Il monta dessus et prit le hobbit avec lui, qui avait repris quelques couleurs et l'avait suivi. Il avait aussi pu confirmer que la flèche magique qu'il avait tirée sur la lionne provenait bien du dernier sorcier qui avait été tué, avec la demande expresse de l'abattre elle et elle seule. Taurgil, pour sa part, monta sur le dos de la lionne déguisée en warg géant, non sans avoir enlevé une partie des flèches qui hérissait le puant déguisement. Vu tout ce qu'il avait subi, il serait sans doute bientôt bon pour la retraite !

Les ennemis les entourant de tous les côtés, et comme il y avait un cheval à ménager, les quatre amis prirent le chemin le plus direct et qui leur était le plus ouvert : la butte elle-même. La pente raide fut un vrai supplice pour le cheval, mais le maître-assassin était assez bon cavalier - il lui fallut tout de même tout son talent - pour arriver à faire avaler l'obstacle à sa monture, alors même qu'elle était aveuglée par l'obscurité magique qui entourait son cavalier. Bien entendu, la pente escarpée ne fut aucunement un obstacle pour la lionne, même lourdement chargée, et elle put éliminer les quelques gardes qui garnissaient les hauteurs tandis que Geralt et Rob arrivaient.

En haut, les quatre aventuriers rencontrèrent bientôt une ligne de guerriers sagaths qui avaient dû mettre en fuite les orcs, mais apparemment sans beaucoup combattre. Ils soupçonnèrent encore une fois l’œuvre d'un sorcier, et furent tentés de lancer l'attaque sur un groupe important d'où ils devinaient que la magie avait pu venir. En fin de compte, ils préférèrent faire un détour et fuir dans les collines escarpées à la recherche de leurs compagnons. Ces derniers avaient eu la surprise de voir les orcs fuir tout autour d'eux mais ils n'avaient pas été inquiétés. Vif les repéra bientôt et ils se dirigèrent vers eux, chacun rêvant de pouvoir vite retirer le déguisement puant qu'ils supportaient depuis trop longtemps.
Modifié en dernier par Niemal le 09 septembre 2015, 19:51, modifié 3 fois.

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Niemal
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Horselords - 43e partie : un lézard de 15 tonnes

Message non lupar Niemal » 27 août 2014, 00:56

1 - Sur le chemin du retour
L'elfe, le Dunéen et le nain identifièrent bientôt leurs amis : le warg était trop grand pour être quelqu'un d'autre que leur amie féline déguisée, et il était monté par Taurgil, facilement reconnaissable depuis qu'il avait retiré son déguisement d'orc, dans la cachette près du lac. Sans parler du maître-assassin et du petit voleur à cheval un peu derrière. Ils ralentirent donc et finirent par arrêter leurs chevaux, qui se mirent à trembler. C'était souvent le cas avec Vif, peut-être plus depuis qu'elle était couverte de peaux de loup dont il émanait une infecte odeur de charogne. Mais lorsque Mordin, en tête, fut presque en contact avec ses deux amis, son cheval fut pris d'une folie furieuse aussi puissante qu'inattendue. Le nain fut vigoureusement projeté en l'air à l'occasion d'une splendide ruade, et son cheval fit demi-tour et fonça à toute allure droit devant lui, affolé... avant de se briser les pattes sur des rochers non loin.

Mordin s'était légèrement blessé en retombant sur les rochers, ce qui le gênait sans doute moins que la perte du cheval. Au prix où ils étaient... Il eut une pensée émue pour le creux correspondant dans sa bourse, puis monta derrière Isilmë. Ils allaient tous retourner à la grotte où ils avaient laissé les autres chevaux, et repartir dare-dare vers l'ouest et l'armée nordique qui ne devait plus être très loin de son objectif. En chemin, ils firent attention de maintenir Taurgil, qui gardait les pierres magiques des sorciers, à l'écart des chevaux. Ils soupçonnaient en effet ces dernières d'épouvanter leurs montures si elles s'en approchaient trop. Les chevaux furent récupérés et ils repartirent vers le sentier, en faisant un détour vers l'ouest pour ne pas tomber sur le convoi ou ses gardiens.

Ils y arrivèrent sans mal, et même si le convoi ou une troupe de Sagaths et de wargs étaient perceptibles à l'est, ils étaient trop éloignés pour les inquiéter. Ils partirent donc vers l'ouest, au milieu de la nuit, et chevauchèrent deux bonnes heures à allure modérée. Taurgil était toujours monté sur Vif, les chevaux refusant d'approcher de lui. La lionne, qui n'avait pas dormi ou pris de repos depuis un moment, commençait à accuser la fatigue, sans parler des blessures prises dans l'attaque du convoi. Le groupe arriva enfin à la fin des contreforts escarpés des Montagnes Grises. De leur hauteur, ils voyaient le sentier qui continuait vers l'ouest à travers une vaste plaine désertée. Enfin, peut-être pas si désertée que cela.

Rob fut le premier à repérer quelque chose sur le sentier qui venait dans leur direction. Quelque chose de gros, pour lequel il réclama l'aide de la longue-vue de Geralt. Il faisait encore bien nuit et il ne pouvait distinguer les couleurs ou autres détails, mais l'image lui apparut bientôt dans son éclatante vérité : un gros ver - un dragon non ailé - arrivait dans leur direction, et il serait bientôt sur eux. C'est qu'il était rapide, le bougre, et le hobbit n'aurait peut-être pas parié sur les chevaux dans une course entre eux et le nouvel arrivant. Manifestement, une des pierres qu'ils transportaient avait été activée et le dragon avait répondu à l'appel. De la description qu'en faisait le hobbit, bientôt confirmée par d'autres comme Geralt, cela faisait penser à Culgor, dont ils avaient lu la description dans les papiers pris à Dol Guldur : un jeune dragon peu costaud, mais très rapide et agile. Le côté "peu costaud" laissait songeur, vu la taille du bestiau, qui semblait tout à fait capable de manger un cheval au petit déjeuner...

Que fallait-il faire à présent ? Un dragon, si petit et dépourvu de souffle enflammé fût-il, n'était pas un adversaire à prendre à la légère. Certains demandèrent à Drilun s'il ne pouvait contrôler la bête à l'aide de la pierre qui l'avait appelé. Mais l'archer-magicien douta de la chose ou même d'avoir le temps de le trouver. La fuite était-elle possible ? L'animal semblait capable de battre les chevaux à la course, et nul ne doutait qu'il était plus endurant qu'eux. Il avait dû parcourir peut-être une centaine de miles en quelques heures, il aurait été présomptueux de penser qu'il ne pourrait pas continuer ainsi au moins autant de temps. Parlementer ? Après tout, ils n'avaient rien contre le dragon et pouvaient peut-être même trouver des intérêts communs, comme un désamour de la sœur de Culgor, autre dragon semblait-il plus puissant que lui... Certains aventuriers doutaient tout de même de la chose. En attendant, il fallait choisir vite, car dans moins d'un quart d'heure il serait sur eux !

2 - Dragon aux trousses
La fuite semblait préférable au combat ou à la discussion, dans un premier temps au moins. Mais où trouver un refuge pour les protéger de la rapidité et de l'ardeur du dragon ? Les contreforts rocailleux des Montagnes Grises, derrière eux, devaient recéler des cavernes adaptées à se protéger du ver, mais ils n'avaient pas vraiment le temps de les chercher. Sauf en faisant appel à la magie... et Drilun fut une nouvelle fois sollicité. Un sort de connaissance de la terre lui apporta bientôt l'information recherchée : à une relativement faible distance, une petite caverne - a priori à leur portée - serait capable de les abriter tous et d'empêcher le dragon d'arriver à eux... Mais elle n'était pas assez grande pour les chevaux, qui seraient alors sans doute sacrifiés. Il existait aussi une autre caverne plus éloignée, assez grande pour les chevaux également, mais l'archer-magicien doutait qu'ils puissent y arriver avant le jeune ver.

Les chevaux leur étaient nécessaires pour parcourir les vastes étendues désertiques du nord du Rhovanion. Sans même parler du coût qu'ils représentaient, au moins dans la tête de Mordin. La seconde grotte était donc nécessaire. Mais comment faire en sorte d'y arriver à temps ? Le dragon paraissait attiré par la pierre magique qui l'avait appelé. Il suffirait donc d'envoyer le porteur de la pierre dans une autre direction, pendant que le reste du groupe irait trouver refuge dans la caverne repérée magiquement par le Dunéen. Taurgil gardant les quatre pierres sur lui, et comme il était incapable de monter à cheval avec ce fardeau, il devenait évident que c'est Vif qui aurait la charge de l'emmener au loin. Elle se serait bien passée de porter son grand et lourd ami, mais comme personne ne voyait comment lui faire porter de manière sûre les quatre pierres et la larme de Yavanna au contact de sa peau, elle devrait jouer à la diligence express - une fois de plus.

Hormis les deux amis chargés de jouer au chat et à la souris avec le dragon, les autres furent vite partis avec les chevaux dans les rochers escarpés, menés par Rob et Geralt avec les indications données par Drilun sur l'emplacement de la caverne. Non sans quelques dernières consignes avant de se séparer : Le maître-assassin, une fois le groupe en sécurité, était censé souffler du cor selon un code convenu pour signifier à Vif qu'ils pouvaient les rejoindre. Elle espérait tout de même que cela ne prendrait pas trop de temps, vu son état de fatigue et la réputation du ver, très rapide et agile. Tandis que ses amis s'éloignaient vers le nord et l'est, elle resta sur le chemin par où ils étaient arrivés, en reculant lentement avec Taurgil sur le dos.

Après quelques minutes, le dragon apparut, à bonne allure, mais il s'arrêta net là où le groupe s'était séparé. Il n'était qu'à quelques portées de flèche et la lionne le voyait très bien balancer sa tête d'un côté et de l'autre : il percevait parfaitement ses amis, et s'il choisissait de les poursuivre, malheur à eux ! Mais il semblait aussi très attiré par le Dúnadan et elle, et c'est finalement dans leur direction qu'il se remit à courir. La féline Femme des Bois se mit à courir pour maintenir la distance entre le dragon et elle, jetant de temps en temps des regards en arrière et sentant aux vibrations du sol s'il approchait ou non. Le rôdeur, quand à lui, s'agrippa à elle pour ne pas tomber : le terrain était loin d'être plat et montait et descendait sans cesse, sans parler de tourner en permanence. C'était un terrain difficile pour les chevaux, heureusement bien adapté aux capacités de la lionne, mais son cavalier, bien secoué, devait faire attention à bien se tenir.

Après sans doute plus d'une demi-heure, le dragon décida d'accélérer un peu, forçant la lionne à faire de même et à se fatiguer plus vite. Leurs amis devaient être assez loin déjà, mais Vif pensait qu'elle était largement capable d'entendre le bruit d'un cor à une pareille distance. Par contre, cela tardait et elle sentait ses forces diminuer dangereusement. Petit à petit, le jour se fit, révélant les belles couleurs rouge et or du dragon derrière eux, à peut-être trois portées de flèche ; dragon qui accéléra à nouveau, avec un côté très joueur. C'était bien la première fois que le grand félin magique jouait au chat et à la souris en ayant le rôle de la seconde ! Mais elle ne pouvait plus continuer comme cela, elle n'aurait plus assez de forces pour retrouver ses amis à une pareille allure. Il fallait trouver une solution... et vite !

Bien entendu, ni Taurgil ni elle ne se sentaient de taille à combattre le jeune mais dangereux ver à deux contre lui. Il ne restait plus qu'à trouver un abri... La lionne quitta le sentier et fila dans les rochers, poursuivi par le dragon que cela ne gêna nullement et qui ne ralentit pas. Grâce à la larme de Yavanna, le rôdeur dúnadan sur le dos de la féline rôdeuse dirigea son amie vers des rochers susceptibles de leur fournir un abri convenable. Et bientôt Vif en vit un : à flanc de falaise, à plus d'une demi-douzaine de pas de haut, une profonde encoche dans la roche les invitait, juste assez haute pour elle et dans laquelle le Dúnadan devrait entrer à quatre pattes. Les pattes et l'ensemble du corps douloureux et perclus de fatigue, elle se précipita dans cette direction. Mais comment grimperaient-ils jusque-là ?

3 - Chercheurs de grotte
Auparavant, les amis de Taurgil et Vif avaient deviné que le dragon s'était lancé à la poursuite de leurs deux compagnons, et qu'il fallait dorénavant trouver la caverne salvatrice au plus vite. Cela n'était pas tout près, mais entre l'habileté du hobbit dans la nature et les talents de cavalier et d'éclaireur du balafré aux chevaux blancs, ils finirent enfin par amener le groupe à l'endroit tant recherché. Hélas, ce fut alors pour constater que l'entrée de la caverne en question était en hauteur, inaccessible aux chevaux ! Bien sûr, il serait possible de fabriquer un pont de bois à l'aide de troncs d'arbres, mais ces derniers étaient rares, et ils n'avaient qu'une hache et un seul bûcheron, et cela prendrait trop de temps. Mieux valait chercher ailleurs.

Drilun se remit au travail et profita d'un nouveau sortilège de connaissance de la terre. En essayant d'être plus précis dans sa demande, il repéra une autre grotte, toujours plus loin, qui semblait parfaitement convenir. Et donc le groupe se remit-il à errer dans le paysage semi-montagnard et à moitié désertique, essentiellement habité par des animaux sauvages comme chèvres et chamois. Des traces d'orcs étaient bien présentes, mais ils devaient se cacher - c'était le jour à présent - ou alors ils étaient partis pour l'est, pour la surveillance du convoi. Enfin, ils tombèrent sur le refuge tant espéré, en pensant à leurs amis au loin.

Avant de souffler dans le cor, Geralt inspecta la caverne : elle était assez large pour eux tous, chevaux compris, et l'entrée était à fleur de sol, et serait sans doute assez grande pour les chevaux mais pas assez pour le dragon. Il y avait des signes de présence d'orcs dans la caverne, mais elle était vide à présent et ne devait être occupée que par intermittence. Il décida alors d'y faire rentrer tout le monde, mais il n'eut pas le temps de sonner du cor qu'il lui sembla percevoir un grondement au loin, vers l'est. Comme un lointain coup de tonnerre, à part que le ciel était clair, ou une petite avalanche. Et il fut suivi par un deuxième coup dans la même direction - celle que leurs amis avaient prise - mais un peu moins fort. Il devina qu'ils étaient en mauvaise posture et qu'ils avaient sans doute besoin d'aide. Peu après, le hobbit déclara que ses perceptions magiques n'arrivaient plus à sentir que trois pierres, à la limite de ses sens, comme si une quatrième venait de s'évaporer.

Après discussion et débat, les cinq aventuriers décidèrent d'aller tous à la recherche de leurs amis. Ils prendraient quatre chevaux pour eux (Rob n'ayant pas besoin d'un cheval à lui), plus un pour Taurgil. Même si la magie des pierres des sorciers posait problème, ce serait mieux d'en avoir un en trop que de manquer d'une monture. Les autres chevaux resteraient dans la caverne, et ils prirent un peu de temps pour attacher les rênes à des rochers, en espérant que rien n'arriverait et qu'ils seraient encore là au retour. Entre la survenue d'un prédateur ou le désir d'aller brouter l'herbe ou de trouver de l'eau pour se désaltérer, les chevaux ne resteraient sans doute pas là indéfiniment. Mais ils ne pouvaient faire autrement que de compter sur la chance et un rapide retour.

Ils repartirent alors à cheval, vers le sud d'abord, afin de retrouver le sentier appelé la route de l'Est (Men Rhúnen) qu'ils avaient emprunté jusqu'ici, comme tous les convois d'Angmar chaque année. Ils s'en étaient pas mal éloignés et Geralt avait du mal à contenir son impatience : s'il était excellent cavalier et ne craignait pas de faire aller sa monture à bonne allure au milieu des rochers, ce n'était pas le cas de ses amis et il devait se réfréner de les laisser trop en arrière. Tout au plus avait-il quelques portées de flèche d'avance, ce dont il profitait pour explorer les environs à l'aide de sa longue-vue. Ils arrivèrent enfin vers le sentier, où ils purent avancer plus vite. Mais bientôt, il aperçut un étrange équipage qui venait vers eux sur ce même sentier.

4 - Discussions sous pression
Arrivée au pied de la falaise, épuisée, Vif comprit qu'elle n'avait pas vraiment le choix : son compagnon, même en bien meilleure forme qu'elle, ne pourrait pas grimper dans l'anfractuosité, là-haut, avant l'arrivée du dragon. Malgré ses membres douloureux et le poids de cette charge, c'était à elle de les amener là-haut. Elle se mit donc à escalader le rocher, avec peine. En pleine forme et sans ce handicap de poids (!), elle y serait arrivée en deux bonds. Là, elle eut juste le temps d'atteindre l'ouverture et de se faufiler au fond de la crevasse horizontale que le ver rouge et or arrivait au pied de la falaise. Pantelante, elle s'accorda enfin un peu de repos que son corps réclamait depuis plus d'une journée...

Probablement debout sur ses pattes arrière, la tête du dragon apparut bientôt devant l'ouverture, et il jaugea vite de ses possibilités : sa tête pouvait entrer dans la crevasse mais pas le reste du corps, et son cou n'était pas assez long pour atteindre sa proie, hors d'atteinte... physiquement du moins. Une aimable conversation s'engagea alors entre le ver et Taurgil, mais pleine de tensions, de questions et de sous-entendus. Contrairement à la lionne qui gardait la tête tournée sur le côté, le rôdeur affrontait le regard de la créature avec désinvolture, certain d'être protégé de ses enchantements par la larme de Yavanna qu'il portait. Et effectivement, il sentit deux fois une tentative du monstre de l'hypnotiser à l'aide de ses yeux magiques, mais sans effet aucun.

Le Dúnadan montra clairement à Culgor qu'il en savait long sur lui, de même que sur sa sœur Haurnfile, ce qui intrigua fortement le jeune ver. Ce dernier montra cependant que son odorat était tout à fait conforme aux légendes qui circulaient au sujet des dragons, perçant parfaitement à jour le déguisement de Vif et s'étonnant de ne jamais avoir senti pareille odeur de félin dans son existence. Et il rappela facilement au rôdeur dúnadan qui était en position de force et dirigeait la discussion : lorsque Taurgil choisit d'esquiver la demande de Culgor de lui fournir la pierre magique qui l'attirait tant, il frappa de sa queue le flanc de la falaise, faisant dévaler des pierres et menaçant de les ensevelir sous une avalanche. Ayant compris la leçon, le rôdeur envoya la pierre en direction de la gueule du monstre... qui la croqua sans attendre. Aux sens mystiques des deux compagnons, la magie de la pierre fut brusquement soufflée.

Satisfait d'avoir marqué un point, le dragon se fit plus enjôleur et plus patient. D'autant que le Dúnadan commençait à l'intéresser, proposant de l'aider à reprendre le trésor de sa sœur qu'elle lui avait récemment confisqué - avec intérêts et punitions physiques en prime. L'appel lancinant de la pierre ayant enfin été arrêté, il se sentait soudain plus à même de laisser son tempérament joueur et intéressé reprendre le dessus. Le grand homme déclarait pouvoir l'aider ? Pourquoi pas le laisser essayer, il serait toujours temps de le croquer plus tard. Par contre, après une si longue course depuis son refuge dans les Montagnes Grises, son estomac réclamait d'être rempli. Taurgil s'était présenté au dragon comme seigneur du Rhudaur, et Culgor déclara au seigneur Melossë que le début de leur accord serait conclu lorsqu'il lui fournirait de quoi se remplir la panse, par exemple avec un des chevaux que ses amis avaient emportés au loin. Et la tête disparut de l'ouverture, signifiant que la discussion était terminée.

Culgor attendait donc en bas de la falaise le Dúnadan et sa monture magique. Manifestement, il voulait être conduit au reste du groupe et en particulier aux chevaux. Comme il n'est pas très prudent de faire patienter un dragon et qu'il faudrait bien tôt ou tard en arriver là, Taurgil risqua le tout pour le tout et sortit à quatre pattes du fond du trou où il s'était réfugié, jusqu'au bord de la falaise. Puis il commença à descendre, lentement, lorsqu'il sentit la tête de dragon fuser dans sa direction. Il se jeta alors en arrière mais une jambe fut happée par la créature, serrant assez fort pour le blesser légèrement, malgré l'armure de mithril. Puis Culgor déposa sans ménagement le rôdeur en bas de la falaise, tout en montrant des signes d'impatience, tandis que la lionne magique bondissait du haut du perchoir et se réceptionnait sans mal au sol, malgré sa grande fatigue.

Avant de partir, le dragon s'étonna de la qualité de l'armure du Dúnadan, peut-être un trésor plus important que celui de sa détestée sœur... Apparemment, le dragon était passé un peu vite sur l'armure de mailles de mithril de Taurgil, peut-être à cause de la saleté et des restes du déguisement d'orc que Geralt avait confectionné pour son ami. Mais ses crocs et sa langue lui avaient manifestement fait repérer la nature du métal dont était composée l'armure. Brusquement, cet homme devenait de plus en plus intéressant pour ce jeune dragon sans trésor, et il se demanda quelles autres futures richesses il allait pouvoir récolter sur ses amis...

5 - Petit déjeuner et tisane
La lionne ne voulant aucunement reprendre le Dúnadan sur son dos, ce dernier se mit à marcher et il eut bientôt retrouvé le sentier qui longeait les Montagnes Grises d'est en ouest, et que pratiquaient régulièrement les convois vers Angmar. Il tourna le dos au soleil levant et se dirigea vers l'endroit où ils avaient quitté leurs amis, Vif avançant à une petite distance à sa gauche et le dragon suivant derrière. Taurgil n'ayant aucune idée de l'endroit où ses amis avaient trouvé refuge, il se demanda comment ils allaient les retrouver. Ils avaient parcouru bien du chemin à dos de lionne et Culgor ne semblait pas très patient ; il demanda donc après un moment d'accélérer, et le rôdeur se mit à courir à petites foulées.

C'est ainsi que Geralt les repéra de loin, avec sa longue-vue : un guerrier en armure de mithril qui faisait du jogging en boitant légèrement, accompagné d'un grand félin et suivi par un lézard de dix pas de long au moins... Ils étaient vivants, et c'était l'essentiel, mais la suite ne disait rien de bon au maître-assassin. Après discussion avec ses amis, ils continuèrent leur progression en direction de l'étrange trio, cordes d'arc tendues et armes prêtes à servir. Dans l'heure qui suivit, Vif repéra à son tour ses amis qui approchaient, mais le rugissement qu'elle envoya à leur attention, pour les prévenir, n'eut pas le temps d'être perçu et encore moins déchiffré par Geralt que Culgor ordonna à Taurgil de faire taire le félin.

Les deux petits groupes apparurent bientôt l'un aux yeux de l'autre, à quelques portées de flèche, mais un troisième élément se rajouta au tableau d'ensemble. Au début à peine perceptible, une grande créature volante tournait au-dessus d'eux, tout en perdant progressivement de l'altitude. Elle était similaire à celle rencontrée à Forpays et que le groupe avait surnommé avec ironie "poule géante" à cause du bruit du bec qu'elle faisait. Lorsque le dragon fut à moins d'une portée de flèche de Mordin et Isilmë, restés sur la Men Rhúnen avec le cheval en trop, la créature volante était clairement visible de tous et il était évident qu'elle portait quelqu'un, que les plus perceptifs identifiaient bien avec une arbalète à la main...

Drilun, de son côté, était au sud et à bonne distance de la route, tandis que Geralt et Rob avaient fait de même mais au nord. Ils ne se cachaient aucunement et se doutaient que le dragon les avait bien repérés. L'elfe et le nain avaient mis pied à terre et avaient du mal à contrôler les trois chevaux - les deux leurs et celui pris pour Taurgil - alors que le dragon approchait et n'était plus qu'à quelques dizaines de pas. Culgor, voyant ces proies tentantes, demanda au Dúnadan de sceller sa part du début de leur accord et de lui remettre un cheval pour lui servir de petit déjeuner. La guerrière elfe comprit de quoi il retournait et elle enleva selle et harnachement à la pauvre bête qui refusait d'avancer. Mais Taurgil s'était glissé derrière elle et lorsqu'il fut assez prêt, l'animal s'enfuit en avant, plus épouvanté par la magie qu'il sentait derrière lui que par le dragon face à lui.

Il s'arrêta à une dizaine de pas de la monstrueuse bête, mais il n'eut pas le temps d'aller plus loin. Avec une vitesse confondante pour un si gros animal, Culgor sauta sur le cheval et le tua instantanément. Puis il entreprit de le manger à grands coups de mâchoire draconique. A l'allure où il allait, son petit déjeuner n'allait pas durer très longtemps, mais les aventuriers ne restèrent pas immobiles pendant ce temps-là. La lionne réclama des soins pour ses blessures et sa fatigue, et le hobbit commença la préparation d'athelas pour utiliser avec la miraculeuse magie que Taurgil savait employer. Geralt fut mis à contribution pour aller chercher du bois, et Rob fit démarrer le feu en un tournemain avec l'aide d'un briquet. Lorsque les feuilles d'athelas furent prêtes, dans l'eau frémissante, il laissa le Dúnadan s'occuper de Vif tandis qu'il rejoignait Geralt vers le nord.

Culgor avait fini son repas avant la fin de la préparation d'athelas, et il s'approcha alors des aventuriers restés sur le sentier : Mordin était le plus proche, qui engagea la conversation avec le ver pour gagner du temps. Derrière lui, Isilmë avait son arc en main, prête à encocher une flèche, et encore derrière, Taurgil s'apprêtait à soigner la féline Femme des Bois avec ses mains de roi. Au nord, le balafré aux cheveux blancs et le hobbit se tenaient prêts, à cheval, à quelques dizaines de pas, tandis que Drilun faisait de même au sud. Plusieurs d'entre eux surveillaient la créature volante du coin de l’œil, mais elle était encore bien trop haute pour faire autre chose que les observer.

6 - Nain, dragon et morceaux
Mordin se vit donc, plus ou moins par défaut, confier la lourde tâche d'occuper le dragon un moment. Au moins jusqu'à ce que la lionne fût soignée, la suite restant à déterminer. Taurgil, qui avait mis ses amis au courant de ce qui avait été convenu avec le dragon, espérait peut-être se servir de Culgor comme allié en usant de son inimitié pour sa sœur. D'autres ne voyaient aucun avenir à un tel accord mais espéraient peut-être berner le ver rouge et or pour leur permettre de fuir, voire l'envoyer chez leurs ennemis pas si éloignés que ça. D'autres encore ne voyaient pas comment un combat pourrait être évité, et le temps gagné n'était pour eux qu'un moyen de bien se préparer. A cela s'ajoutait l'ombre de l'assassin de Dol Guldur, qui, le hasard faisant bien (ou mal) les choses, était arrivé pile-poil pour donner un coup de main au dragon pour se débarrasser d'eux.

Mordin était une grande gueule, et susceptible avec ça, et les relations entre sa race et celle des dragons avaient toujours été conflictuelles. D'ailleurs, certains des siens étaient partis explorer de riches filons dans les Montagnes Grises, dont on n'avait plus aucune nouvelle, et il était facile de blâmer les dragons qui avaient connu un pic d'activité ces dernières années. Peut-être n'était-il donc pas le meilleur des diplomates pour faire patienter Culgor. Par ailleurs, le nain portait sur lui, tenue en main même s'il ne l'avait pas levée de manière agressive, sa fameuse hache dont le manche était en os de dragon, couverte de runes inscrites par Drilun. Il avait d'ailleurs été tellement inspiré ce jour-là, en Khazad-Dûm, que sa magie lui avait un peu échappé et qu'il n'avait pas tout à fait compris ce qu'il avait fait...

Justement, au cours de l'échange tendu avec Culgor, Geralt et Vif remarquèrent que leur ami barbu avait tendance à tapoter sa jambe droite avec sa hache de manière discrète. Cela n'échappa pas non plus au dragon : à défaut du geste, ses sens le renseignèrent probablement sur la nature du manche, et il s'enquit alors de l'origine de cette arme. Et il n'y avait pas que la hache : les armures de peau de dragon de Geralt et de Drilun n’échappèrent pas non plus à ses sens redoutables, et la tension monta d'un cran dans la discussion. Culgor souhaitait examiner de près cet "héritage" de l'un des siens, réclamant qu'on les lui présentât tandis que Mordin tapotait de plus en plus lourdement et ouvertement de sa hache contre sa jambe droite.

Il faut dire que durant toute la conversation, le marchand nain des Monts de Fer avait ressenti des picotements dans le bras qui tenait la hache. Celle-ci semblait comme attirer son attention vers un endroit précis du ver rouge et or, comme si le manche de la hache avait une idée précise sur l'endroit où le fer de la hache devait être conduit. En l’occurrence, Mordin avait l'impression qu'il s'agissait de la patte avant droite, mais il avait beau écarquiller les yeux et même avancer un peu pour distinguer plus de détails, il ne voyait rien de particulier. Ce qui ne l'empêcha pas d'essayer d'avertir ses amis à sa manière...

Les aventuriers sentirent que le conflit n'était plus très loin, et ils se préparèrent au combat. Le Dúnadan venait juste de finir de soigner la lionne, qui s’éloignait du côté de Drilun, quand le ton du nain monta encore d'un cran, n'hésitant pas à provoquer et insulter le monstre. Le hobbit descendit de cheval et encocha une flèche, laissant le maître-assassin s'approcher, alors même que le dragon se préparait à bondir sur le nain. Lequel nain brandit sa hache magique en hurlant qu'elle allait bientôt goûter à sa patte droite, manière de prévenir ses amis de façon plus directe. Dans le même temps, tandis que tout bougeait très vite, Vif poussa un rugissement pour prévenir que la créature ailée au-dessus d'eux était en train de descendre en piqué, probablement pour attaquer également.

7 - Magie royale
Taurgil s'était avancé près du nain, et il sortit l'épée de roi qu'ils avaient récupérée à Dol Guldur. Stimulé par le contact de cette épée magique ancienne et de ceux qui l'avaient tenue avant lui, il se sentit investi de la puissance d'un roi, comme ses ancêtres avant lui. Lui qui maniait déjà la magie des soins ou celle de la nature, il comprit brusquement les enseignements de Narmegil lors de leur bref séjour ensemble, suite à la défaite d'Ardagor. La magie des rois était à présent à sa disposition, et il n'allait pas tarder à s'en servir, appelant à lui une protection contre Culgor, renforcée encore par l'épée qu'il tenait.

Et il fallait bien cela pour le protéger du coup qui allait suivre. En effet, Culgor avait plongé en avant pour réduire à néant l'espace qui le séparait du nain et du Dúnadan à ses côtés. Mais en fait il avait planté ses griffes à deux pas d'eux, puis il avait tordu son arrière-train de manière à balancer sa queue vers la droite, qui balaya tout sur son chemin tel un énorme rouleau compresseur. Le premier obstacle qu'elle rencontra fut Geralt à cheval. L'assassin n'eut que le temps de sauter en l'air tandis que le corps de sa monture éclatait littéralement sous le choc, laissant la queue continuer son chemin vers Taurgil. Celui-ci, de manière instinctive, mit un genou à terre et se protégea du choc avec son bouclier. A la grande surprise des spectateurs, la queue fut déviée en l'air sans le blesser, protégé qu'il était par sa magie. Il sauva ainsi Mordin qui n'eut guère qu'à baisser la tête pour éviter le coup, qui l'aurait sans cela aussi facilement démembré que le cheval de l'assassin.

Tandis que la queue du monstre repartait en arrière, le nain lui porta un coup de sa hache magique. Mais son cuir était trop épais, et l'estafilade qu'il y fit n'eut pas l'air de déranger le moins du monde Culgor, qui se prépara à le croquer. Les flèches de Rob et d'Isilmë touchèrent la patte droite du monstre mais sans plus d'effet que le coup de hache de Mordin. Geralt se releva après son saut salvateur, couvert du sang et autres fluides et morceaux de son cheval, et se précipita vers le flanc droit du dragon. Vif s'était déplacée à l'arrière de la bête, tout en surveillant de près l'attaque en piqué de la créature volante. Arrivée à portée de flèche ou de carreau d'arbalète, elle fit de grands cercles autour d'eux de manière à permettre à son maître de tirer sans craindre aucun tir venant du sol. Voyant cela, Drilun resta dans l'expectative, s'entourant par précaution d'une magie de protection contre d'éventuels coups de griffes ou carreaux d'arbalète.

Arrivé près de la patte avant droite de Culgor, Geralt chercha un quelconque point faible sans en trouver aucun sur le membre écailleux. Mais il remarqua qu'au niveau de l'aisselle de la patte, qu'il ne distinguait pas directement, il voyait moins de scintillements des rayons du soleil sur les écailles du lézard géant. Malgré les mouvements rapides du monstre en train d'attaquer le nain, il arriva à se faufiler derrière la patte pour découvrir que l'aisselle était dépourvue d'écailles, donc non protégée : il avait trouvé le point faible du monstre, et son épée allait bientôt pouvoir s'enfoncer dedans. Arriverait-il à le faire à temps ? Pendant sa manœuvre, Culgor réussissait à blesser Mordin malgré l'armure et la parade du nain, et il l'aurait croqué lors d'un nouveau et rapide coup de mâchoire si Taurgil n'avait pas poussé son ami pour bloquer l'attaque à sa place.

La lionne vit que la créature volante concentrait son vol autour de Drilun, et elle décida alors de plonger sur le dos du dragon, sans doute l'endroit le plus sûr pour ne pas être attaqué du monstre. Tout en gardant l’œil sur l'assassin de Dol Guldur et l'arbalète qu'elle arrivait à voir, dirigée vers son ami dunéen, elle progressa sur le dos de Culgor en direction de sa tête. L'archer-magicien vit la menace à son égard mais il se sentait confiant, protégé par son armure et par sa magie. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il sentit le carreau d'arbalète passer toutes ces protections et entamer ses chairs, heureusement peu profondément. Les flèches de l'elfe et du hobbit, de leur côté, n'avaient toujours pas plus d'effet.

8 - Victoire et défaite
Geralt plongea son épée dans l'aisselle non protégée du dragon, le blessant profondément et avertissant ses amis de l'emplacement du point faible. Culgor bondit alors sur le côté et resta sur la défensive un petit moment, protégeant son aisselle vulnérable et empêchant toute flèche de l'atteindre ou toute personne - et en particulier le balafré aux cheveux blancs - de s'en approcher trop. Mordin en profita pour attaquer à nouveau, sans grand effet, et Isilmë puis Rob se mirent à viser les yeux du monstre, avec davantage de succès mais un effet tout de même limité. Le Dúnadan, quant à lui, choisit de ranger son épée au fourreau et de proposer à Culgor d'être des alliés, maintenant que la preuve était faite que les aventuriers n'avaient pas peur de lui mais pouvaient servir contre sa sœur.

De son côté, Drilun choisit de faire le mort en espérant leurrer son attaquant aérien et le pousser à descendre à portée d'arc. Mais d'une part, le poison brûlant qu'il sentit dans sa blessure risquait de rendre son essai plus vrai que nature, d'autre part l'assassin de Dol Guldur devait être trop prudent car sa monture ne descendit pas d'un pouce. Par chance, endurance et ténacité, le corps du Dunéen arriva à combattre le poison violent mais peu présent dans la blessure, et il ne fut pas plus inquiété. Mais il continua à attendre son heure en faisant le mort - quoique de manière peu convaincante aux yeux de ses plus perceptifs amis - en surveillant du coin de l’œil la créature volante, allongé sur son cheval et l'arc toujours à la main.

Vif avait réussi à tenir sur le dos du dragon et elle avança alors jusqu'à la tête. Le dragon n'était pas pour autant son principal souci, mais la créature volante dont les cercles étaient à nouveau centrés sur le dragon... ou elle. Voyant l'arbalète du monteur de "poule géante" pointée dans sa direction, elle comprit qu'elle était sa prochaine cible. Elle attendit le plus possible, et lorsqu'elle perçut le moment où l'assassin allait tirer, elle bondit de la tête sur le sol. Le carreau d'arbalète se ficha dans la tête de Culgor pour le blesser un peu plus, bien que pas de manière grave. Quant au poison très violent dont il était enduit, il n'inquiéta pas un moment le lézard de quinze tonnes. Après quoi la lionne bondit à nouveau sur la tête du dragon, avec succès.

Petite blessure par petite blessure, Culgor se sentait menacé et les aventuriers confortés dans leur opinion qu'ils pouvaient le vaincre. Le hobbit et l'elfe se déplacèrent afin de pouvoir ajuster leur tir et blesser plus facilement leur grand ennemi, de même que le nain, et le maître-assassin menaçait sérieusement de planter à nouveau son épée dans le point faible du ver rouge et or. Ce qui poussa ce dernier à donner un nouveau coup de queue dans sa direction : Geralt plongea pour éviter le coup et la queue ne fit qu'accompagner son plongeon en l'envoyant un peu plus loin, mais sans le blesser. Taurgil, lui aussi sur la trajectoire de la queue et sans bouclier ou épée pour se défendre, fut projeté au loin également, mais la violence du choc fut absorbée par la magie qui le protégeait et par son armure de mithril.

Geralt essaya d'atteindre à nouveau le point faible du dragon avec son épée grâce à une feinte, mais sans réel succès, juste une entaille sans gravité. En retour, son bouclier fut broyé par la gueule du monstre et il n'eut que le temps de retirer son bras. La féline Femme des Bois avait perçu que l'assassin de Dol Guldur ne la prenait plus pour cible à présent, mais se concentrait sur l'archère elfe à la place. Archère trop concentrée sur le dragon pour percevoir le danger. Après un rugissement pour prévenir son amie mais sans succès, Vif profita du répit pour blesser cruellement le dragon au visage de ses griffes acérées. Percevant le danger pour l'archère elfe, le maître-assassin cria pour la prévenir. De son côté, Drilun se concentrait depuis un moment sur un sort qu'il voulait le plus puissant possible afin d'arracher l'arme de ses mains au tireur aérien. Mais le carreau d'arbalète partit avant son sortilège...

Isilmë, avertie par son ami aux cheveux blancs, eut juste le temps de se retourner, puis elle sentit le trait traverser son armure et son abdomen. Sous la douleur, son cœur cessa de battre et elle tomba sans un cri, comme morte. Ce qu'elle était effectivement, même si son âme ne s'était pas encore envolée vers les cavernes de Mandos. De son côté, le dragon brisa le combat et fonça devant lui avant de se rouler sur le sol pour se débarrasser de la lionne, qu'il arriva à blesser légèrement. Puis il s'enfuit vers l'ouest, à peine poursuivi par une flèche ou deux et les injures du nain. L'archer-magicien vit que la créature volante avait fait un plongeon : l'assassin de Dol Guldur avait gardé son arbalète, mais sous l'effet du sort ou de l'effort qu'il avait concédé pour garder son arme, il avait été déséquilibré et avait manqué tomber du haut de sa monture. Il avait pu rester sur son dos mais au prix d'une manœuvre qui l'emmena au loin, plus bas mais toujours hors de portée de flèche.

9 - Retour à la vie
Avant même de constater l'éloignement de leur adversaire dans les airs, Geralt se précipita vers le corps de l'elfe, bientôt suivi par Taurgil et Rob, puis les autres compagnons après quelque temps. Le maître-assassin ne se souvenait que trop bien des poisons dont ce genre de trait était enrobé, et il avait un contrepoison sur lui qu'il voulait administrer au plus vite, en espérant qu'Isilmë était encore en vie et qu'ils pouvaient l'empêcher de mourir. Il dénuda à toute allure le torse de la guerrière elfe et appliqua le contrepoison. Heureusement, le poison violent enduit sur la pointe du carreau d'arbalète n'avait pu se répandre beaucoup, le cœur ayant cessé de battre et le sang de couler.

Rob, de son côté, se rappela le moment passé seul avec son amie en Forêt Sombre pour trouver de rares herbes. Ils avaient eu bien des soucis et Tevildo les avait sauvés, au prix d'une certaine corruption de leurs âmes, mais il avait tout de même trouvé quelque chose de remarquable : du don-de-vipère, la glande d'un petit serpent qui avait des pouvoirs de guérison miraculeux. Il en prit un qu'il enfonça dans la gorge d'Isilmë en faisant attention à ne pas l'envoyer dans le mauvais conduit et l'étouffer. De son côté, Taurgil faisait un massage cardiaque pour réveiller la vie dans le corps de l'elfe avant de prendre du baume orc pour fermer la blessure. Heureusement, le carreau d'arbalète avait traversé l'abdomen et il n'y avait pas besoin de le retirer du corps.

Le contrepoison n'était pas suffisant, il ne fit que diminuer la virulence du poison. Mais avec l'aide de la magie des soins du Dúnadan, le corps d'Isilmë arriva à se débarrasser de la substance nocive et son état fut stabilisé. Par la suite, un nouveau feu fut allumé et une nouvelle dose d'athelas fut préparée afin que Taurgil pût utiliser ses mains de roi guérisseur. Entre toutes ces magies ou préparations, et le soin constant de ses amis, la guerrière elfe fut sauvée. Non seulement son état s'était-il stabilisé, mais elle se mettait à guérir à grande vitesse, et serait sans doute bientôt sur pied. Mais pour l'instant elle n'était pas consciente ni même transportable. Par expérience, comme ils l'avaient déjà expérimenté avec le hobbit, il faudrait bien une journée complète pour qu'elle soit à nouveau en état de voyager.

Aussi le groupe s'organisa-t-il en conséquence : d'autres soins furent faits, un camp fut installé, certains dormirent avec l'aide de drogues ou de la magie des soins du rôdeur dúnadan, comme Geralt et Taurgil. Ils le firent à tour de rôle, afin de pouvoir veiller le reste du temps. En effet, le convoi ennemi n'était pas si loin que cela, et dans la journée ils virent des signes lointains de son approche : nuées d'oiseaux et nuage de poussière au-dessus des chevaux et des chariots, loin à l'est mais trop près à leur goût. Heureusement ils ne furent pas inquiétés, et la créature volante ne réapparut plus.

Ils profitèrent également du temps passé sur place pour aller récupérer les chevaux qui s'étaient enfuis, ou ceux qu'ils avaient laissés au loin dans une caverne. L'archer-magicien chercha à récupérer du sang de dragon pour sa magie, mais il n'y en avait guère et souillé ; par contre des écailles furent retrouvées et mises de côté. De plus, Drilun examina les trois pierres qu'ils avaient récupérées sur des sorciers du convoi, avec la larme de Yavanna au contact de sa peau afin de bénéficier de sa protection contre la magie corruptrice des pierres. Manifestement, les pierres avaient été conçues pour effrayer les chevaux et corrompre l'âme du porteur en le faisant adorer le Mal ou l'un de ses suppôts. Mais aucune d'entre elles n'avait le moindre lien avec aucun dragon. Ce n'étaient que des leurres, et les deux autres pierres d'appel des dragons étaient certainement toujours dans le convoi !

L'anneau récupéré sur le corps du dernier sorcier abattu, celui-là même qui possédait la pierre ayant attiré Culgor, fut aussi examiné. C'était le même anneau qu'ils avaient déjà vu aux mains des puissants sorciers appelés Maeghirrim : des anneaux magiques qui accroissaient leur magie noire et permettait de communiquer, sans parler de leur pouvoir de corruption. Après un bref débat, l'archer-magicien utilisa son bâton de lumière trouvé à Dol Guldur pour briser l'anneau maléfique, ce qu'il arriva très bien à faire après plusieurs coups. Il fit de même pour les pierres magiques qui affolaient les chevaux et corrompaient leur porteur, afin d'éviter de signaler leur position aux sorciers du convoi, car ils se doutaient qu'il en restait. De la magie de l'anneau ou des pierres il ne resta bientôt plus qu'un souvenir, leur destruction juste marquée par un bref éclair de lumière du bâton des temps anciens.

10 - Armée nordique retardée
Tandis que les aventuriers achevaient de récupérer et commençaient à se préparer à partir, ils débattirent de leur prochaine destination. On les avait bien eus, les pierres avaient été bien trop faciles à obtenir, et pour cause ! Il restait toujours deux pierres d'appel de dragon, et ils n'avaient rencontré que le plus faible d'entre eux. Et même en pleine forme et avec la nouvelle magie que maîtrisait Taurgil, ils ne donnaient pas cher de leur peau face à un dragon volant et crachant le feu. Peut-être la hache de Mordin pourrait-elle permettre de trouver où était son point faible, mais à quoi cela servirait-il si c'était au sommet du crâne et qu'il restait tout le temps en l'air ? Certains étaient donc d'avis de retourner au convoi trouver les derniers sorciers et les dernières pierres.

D'autres firent remarquer que les ennemis étaient prévenus et ne se laisseraient pas aussi facilement avoir que la dernière fois, d'autant que l'assassin de Dol Guldur serait sans doute là pour les renforcer. Et puis à force de consacrer du temps à l'armée ennemie, qui sait ce que devenait leur propre armée de cavaliers nordiques ? Ralentir le convoi leur ferait une belle jambe si dans le même temps leur propre armée était retardée et ne pouvait être là au rendez-vous. Le groupe convint qu'il fallait s'en préoccuper, ne fût-ce qu'en faisant quelques sorts de divination dont Drilun avait le secret. L'intéressé se mit sur-le-champ au travail, en essayant de déterminer magiquement l'emplacement de l'armée sur la carte qu'ils avaient avec eux.

Malheureusement, la position de l'armée, si elle fut trouvée assez rapidement, correspondait bien à un retard marqué. Pire, à une question posée par l'archer-magicien, ses cailloux enchantés répondirent de manière très claire que les cavaliers nordiques étaient bloqués et qu'il faudrait l'action des aventuriers pour les tirer de la situation où ils étaient. Cela convainquit les plus réticents de leur prochaine destination : le sud. Mais par où passer ? Ils se trouvaient dans les contreforts des Montagnes Grises, et Mordin les prévint que foncer vers le sud dans un terrain rocailleux et tourmenté, et de nuit qui plus était, n'était pas la meilleure des solutions pour aller vite. Il valait mieux continuer sur la Men Rhúnen vers l'ouest, puis, lorsqu'ils auraient quitté la zone de contreforts dans laquelle ils se trouvaient, traverser les plaines vers le sud et la région de Dale.

Ce qu'ils firent, aidés par du trèfle de lune pour les aider à voir dans le noir et diriger leurs montures, car le soleil s'était couché peu après leur départ. Ils ne firent aucune mauvaise rencontre, et, aidés par la carte ou les sens exercés de la lionne, ils arrivèrent sans mal à trouver leur chemin. Vers la minuit, ils parvinrent aux environs de Dale. Après s'être fait connaître d'une patrouille, ils rejoignirent la ferme occupée par leur alliée Jirfelian et décidèrent d'y finir la nuit. Elle leur confirma ce que la patrouille avait évoqué : des bruits tout récents parlaient de problèmes avec l'armée nordique et de conflit avec les Gramuz, dont ils traversaient les terres. Ce qui interloqua quelque peu les aventuriers, qui avaient pourtant conclu de bons accords avec tous et avaient la confiance des deux peuples.

Ils repartirent vite le lendemain, passant au nord et à l'est du Long Lac qui abritait la ville marchande d'Esgaroth. Plus ils filaient vers le sud sur les terres des Gramuz, plus ces derniers confirmaient les problèmes dont il avait été question dans la nuit : Éothraim et Gramuz semblaient en conflit ouvert, les premiers étaient retranchés sur des collines et les seconds amassaient des armées pour les combattre. Seuls les efforts d'un petit nombre comme Bronwyn ou les Dúnedain du Gondor avaient permis d'éviter que trop de sang ne coulât. Ce qui ne durerait peut-être pas. Le groupe dut également convaincre de sa bonne foi et de sa capacité à apporter des solutions aux problèmes et à pouvoir recoller les morceaux. Drilun et Geralt sachant se montrer très convaincants, on leur permit de passer jusqu'au pied des collines, jusqu'à un camp où les Gramuz avaient rassemblé une partie de leurs troupes.

Ils constatèrent qu'ils avaient encore des alliés parmi les Gramuz, en la personne du vieux et respecté chef Brogdin. En fait, Bronwyn était là également car elle s'était livrée pour prouver sa bonne foi et empêcher un bain de sang de la part de ses compatriotes, plus nombreux et mieux armés. Les aventuriers furent vite conduits à eux et ils eurent bientôt le fin mot de l'histoire : en plus d'attaques de nuit sur l'armée et leurs vivres (gardées par les hommes de Rult), où les chiens des voleurs avaient bien servi (cinq en étaient morts), les cavaliers nordiques avaient tout subi : dissensions en leur sein, gardes et éclaireurs laissés morts après d'atroces tortures, puits et sources d'eau empoisonnés avant et après leur passage, guides gramuz qui les égaraient voire qui les attaquaient sans raison... Certains cavaliers nordiques avaient aussi déserté pour aller attaquer sans raison de paisibles Gramuz. Tout cela, qui sentait la magie, les poisons et drogues et de fins manipulateurs, avait contribué à monter les nordiques les uns contre les autres, Éothraim contre Gramuz, au point de les faire se combattre. Un beau sac de nœuds qu'il fallait à présent démêler avec de l'or, des belles paroles ou toute autre chose à leur disposition. Mais cela serait-il suffisant ?
Modifié en dernier par Niemal le 10 septembre 2015, 11:04, modifié 3 fois.

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Horselords - 44e partie : magie blanche contre magie noire

Message non lupar Niemal » 10 septembre 2014, 21:44

1 - État des lieux
Passés les premiers moments, qui leur permirent de comprendre ce qui s'était passé, les aventuriers essayèrent de démêler les éléments sur lesquels ils pouvaient encore jouer. Il devenait évident, à écouter leurs interlocuteurs, que des sorciers avaient envoûté des gens des deux bords pour les faire se tromper et combattre. Ce qui avait été couronné de succès. La culture nordique n'aimait pas les sorciers, mais en conséquence elle n'avait pas non plus de magicien reconnu capable d'identifier leurs méfaits ou de les soigner. Restait donc à convaincre les deux bords qu'ils avaient été bernés par magie et à calmer le jeu en essayant de réparer les dégâts.

L'inventaire des dégâts, justement, fut assez vite dressé : une trentaine de morts au total, et une centaine de blessés de chaque côté, dont une partie qui ne verraient sans doute plus beaucoup le soleil se lever. Entre la magie d'Isilmë et Taurgil et leurs herbes et remèdes, ils pouvaient réduire un peu ce sombre tableau. Encore fallait-il faire attention à la manière de s'y prendre, vu l'importance de l'honneur de ces peuplades nordiques : pas question d'aller soigner un camp puis l'autre, il faudrait faire cela en même temps. L'idéal pourrait être de regrouper tous les blessés au même endroit, neutre tant qu'à faire. Mais les tentes où les soins étaient donnés aux blessés étaient nombreuses et réparties dans les camps de chaque tribu, et un certain nombre de blessés graves n'étaient pas transportables, sauf à aggraver leur condition.

Par ailleurs, l'attitude incompréhensible de certains nordiques n'avait pas pu passer complètement inaperçue, et les fauteurs de trouble - malgré eux très certainement - avaient bien dû être identifiés. C'était sans doute vrai, mais dans la majorité des cas ils avaient été les premiers à tomber : guides gramuz qui avaient égaré l'armée puis qui avaient tendu des embuscades ; déserteurs éothraim qui avaient attaqué des fermiers nordiques ; fauteurs de troubles au sein de l'armée d'Atagavia, qui avaient cherché à faire abattre les chiens de Forpays malgré les hommes de Rult... Néanmoins, tant Brogdin que Bronwyn pensaient qu'il devait en rester quelques-uns encore vivants. En tout cas, ces rares individus avaient pu être interrogés et ils avaient tous dit qu'ils ne se rappelaient de rien et ne comprenaient pas ce qui leur avait pris.

A présent que les aventuriers étaient là, la menace d'un conflit s'éloignait : Taurgil et ses amis gardaient un certain crédit auprès des nordiques, même si certains leur en voulaient de leur absence prolongée, aux dires de Bronwyn. Et puis la fille d'Atagavia était un otage qui empêcherait son père de faire des actions irréfléchies. Par ailleurs, Brogdin semblait contrôler un peu les autres tribus gramuz et il pourrait probablement bloquer les plus agressifs parmi les siens. Sous réserve qu'un sorcier ne viendrait pas leur tourner la tête, bien entendu, mais maintenant que Vif, Geralt et les autres étaient là, tous en doutaient.

Les blessés étaient les plus urgents, il fallait aller jusqu'à eux et en sauver le plus possible. En second venaient les pions du ou des sorciers : il faudrait les guérir et essayer de leur faire retrouver la mémoire. Si possible au cours d'une réunion où les chefs des deux bords seraient présents. En effet, quelle que fût la réalité des ensorcellements, comment le prouver aux nordiques autrement que par une guérison et des "aveux" publics ? Ceux ayant perdu la mémoire pouvaient être accusés à tort ou à raison par un bord ou l'autre, mais ils seraient les premiers à contester l'idée d'avoir trahi leurs valeurs. Si brusquement ils retrouvaient la mémoire et admettaient avoir mal agi, même sans le comprendre, les "ennemis" seraient sans doute satisfaits. Surtout si cela se faisait en même temps, histoire de bien montrer que personne n'était épargné.

L'équipe fut donc divisée en deux : d'un côté, Geralt, Taurgil et Drilun resteraient chez les Gramuz. Le premier tâcherait de convaincre les chefs des fermiers nordiques de faire une réunion au sommet en terrain neutre, avec les chefs des deux bords, et les individus accusés ou soupçonnés d'avoir mal agi. Ces derniers - tant éothraim que gramuz - pourraient lever le voile sur ce qui s'était réellement passé une fois qu'ils auraient été soignés magiquement. Le Dúnadan, de son côté, avait moult soins à donner. L'archer-magicien, quant à lui, avait décidé de fabriquer une flèche tueuse de dragon avec les écailles qu'il avait pu recueillir. Les autres membres de l'équipe iraient voir les Éothraim pour faire de même avec les cavaliers nordiques : Isilmë soignerait, Mordin convaincrait, Rob aiderait comme il pourrait avec ses herbes éventuellement et Vif veillerait sur ce beau monde.

2 - Soins, herbes et remèdes
Taurgil, déjà sur place, fut le premier à l’œuvre concernant les soins aux blessés. Par tous les moyens qu'il avait à sa disposition, il donna un nouvel espoir, même à ceux dont la survie semblait définitivement compromise. Magie des soins, athelas et mains de roi, voire remèdes orcs pour les plaies les plus graves : tout y passa, et à l'issue de son travail, les chances de guérison des blessés même les plus graves étaient bonnes. Psychologiquement également, passer de râles de douleur à un paisible sommeil réparateur avait de quoi réconforter et remonter le moral de tous leurs compagnons alentour. Par contre, cela prit plusieurs heures au Dúnadan pour faire le tour des tentes servant d'hôpitaux. Et sa satisfaction du devoir accompli se doublait également d'une certaine fatigue.

Isilmë, de son côté, était montée avec Rob, Vif et Mordin au camp des Éothraim. En fin de compte, Drilun avait accompagné ses amis car il comptait récupérer du matériel laissé aux hommes de Rult avant de redescendre au camp gramuz pour faire sa magie runique. Le petit groupe, vite intercepté par les gardes, n'eut guère de mal à se faire reconnaître. Mais avant de pouvoir accéder aux blessés, les aventuriers furent conduits à une tente où les attendaient Atagavia, son fils Aldoric et quelques autres chefs. Le prince des Waildungs, furieux contre l'initiative de sa fille, tenait tout de même à avoir des nouvelles fraîches la concernant.

Aldoric fut le premier à prendre la parole et à montrer son inquiétude, puis son soulagement suite aux nouvelles apportées par les ambassadeurs d'Arthedain. Les cavaliers nordiques demandèrent à Mordin et ses amis des nouvelles quant à ce qu'ils avaient fait durant leur absence, et les récits du nain les laissèrent parfois perplexes : la gravité de son récit contrastait avec son ton confiant et la manière de présenter le combat contre le dragon comme une amusante routine pouvait faire penser à une plaisanterie. Mais en fin de compte les aventuriers furent libérés et l'elfe put prodiguer ses soins aux blessés du camp.

Comme pour le Dúnadan, la guerrière elfe disposait de magie des soins permettant d'endormir les blessés ou de fortifier leur corps pour les aider à guérir. Elle non plus n'hésita pas à user des miraculeux baumes orcs qui arrivaient à souder les plaies de manière étonnante mais également douloureuse, et avec de méchantes cicatrices. Une cicatrice était tout de même plus facile à supporter qu'un décès, et l'elfe usa de son charme elfique pour renforcer la volonté des blessés et leur éviter de trop crier et effaroucher les guerriers proches. Au bout du compte, après plusieurs heures d'intense travail, elle contempla son œuvre non sans satisfaction mais également avec une grande fatigue.

De son côté, Rob n'ayant rien de mieux à faire, il décida d'aller chercher de l'athelas dans les environs : sa douce fragrance apaisait les esprits et son ami dúnadan s'en servait pour ses soins de roi, mais sa réserve s'épuisait. Il demanda alors à Vif de le conduire dans la nature, si possible en forêt, mais les plus proches étaient trop loin de l'endroit où ils se trouvaient. Il tenta sa chance dans les plaines cultivées par les Gramuz et les petits bosquets présents çà et là, mais sans succès, et il revint les mains bredouilles - pour l'athelas tout du moins.

De son côté, l'archer-magicien dunéen avait récupéré certaines affaires et il était redescendu à une tente en bordure du camp gramuz. Il commença à préparer une flèche spéciale grâce à sa magie et les écailles de dragon trouvées sur le site du combat avec Culgor. Il souhaitait en effet réaliser une flèche capable de traverser la peau épaisse des dragons, l'armée sagath et les sorciers qui les conduisaient ayant avec eux encore deux pierres d'appel. Il y passa tout l'après-midi et la soirée, ne s'interrompant même pas pour suivre la réunion des chefs nordiques en terrain neutre. Mais cette magie, s'il la maîtrisait bien, demandait de grands talents pour travailler flèche et écailles ; et ces talents lui faisaient en partie défaut, ce qui l'obligeait à y consacrer beaucoup de temps, temps qui lui manquait : il faudrait sans doute plusieurs jours pour terminer la flèche.

3 - Guérison et entente
Mais pendant ce temps, les amis de Drilun ne restaient pas inactifs. Grâce aux plaidoyers et aux paroles convaincantes de Geralt et Mordin, les nordiques des deux camps acceptaient de dresser une grande tente à mi-chemin des deux armées. Quatre guerriers - trois côté Éothraim et un côté Gramuz - avaient été trouvés qui avaient certainement subi la magie noire d'un sorcier. Les principaux chefs des deux armées avaient donc accepté d'assister à la "guérison" de ces personnes par les mains de Taurgil.

Si les aventuriers étaient bien convaincus de l'envoûtement des hommes, la question s'était posée de la manière de convaincre les nordiques de la chose. Dire que les hommes avaient été ensorcelés ne suffisait pas, cela revenait à faire confiance à Taurgil et ses amis, rien de plus, ce qui était insuffisant. Leur redonner la mémoire et recueillir leurs "confessions" publiquement aurait plus d'impact. Il fut un moment évoqué l'idée de rajouter des effets pyrotechniques à la guérison, mais en fin de compte cela ne fut pas retenu : les nordiques n'appréciaient pas vraiment la magie, associée pour eux au Nécromancien de Dol Guldur. La sobriété était préférable.

En soirée, alors que le soleil était encore dans le ciel, une vingtaine de chefs nordiques de chaque camp se retrouvèrent sous la tente. Ils formaient deux groupes disposés à deux extrémités de l'espace circulaire, au centre duquel un feu avait été allumé. Les quatre guerriers probablement envoûtés se tenaient près du feu. Non loin d'eux se tenaient une partie des aventuriers, dont le félin magique, même s'il lui arrivait d'aller et venir comme un animal ordinaire. Vif était en réalité aux aguets, et elle put ainsi entendre, très loin au-dessus d'eux, le cri d'une créature monstrueuse que son maître devait utiliser pour surveiller les environs. Elle prévint ses amis discrètement, mais cela n'entrava pas le déroulement de la réunion sous la tente. Avant le début, Rob fit brûler une dose d'herbe à pipe dans le feu afin de parfumer agréablement l'atmosphère.

Lorsque tous furent prêts, Taurgil s'avança alors et il fit un discours expliquant ce qui s'était passé selon lui et ce qu'il allait faire : redonner la mémoire aux hommes près du feu. Il leur demanda d'attendre que tous fussent soignés avant de faire part de leurs souvenirs, et de ne pas être choqués par le fait d'avoir été ainsi envoûtés magiquement. Lui-même, Dúnadan et descendant de roi, il avait subi la même expérience par le passé et il n'avait été qu'un jouet pour des sorciers de l'Eriador. Cela étant dit, il passa auprès de chaque homme : chacun fut touché de la larme de Yavanna et bénéficia de la magie du Dúnadan. Les yeux des hommes s'écarquillèrent, ils tremblèrent aussi d'étonnement ou de dégoût, mais ils se tinrent coi.

Après quoi le rôdeur dúnadan demanda à celui qui avait le plus réagi, un guerrier éothraim, de dire ce dont il se souvenait. L'homme avait effectivement recouvré toute sa mémoire, et il décrivit le mystérieux officier blond et barbu qui était venu le voir et la manière dont ses paroles lui avaient semblé pleines de bon sens, et comme il s'était empressé d'obéir et de les appliquer... avant de tout oublier. Et l'homme était maintenant effondré de se souvenir de ce qu'il avait fait, d'une part, et d'avoir été un pion si facilement utilisé, d'autre part. Les autres hommes avaient des récits similaires, même si leur mémoire n'avait pas été aussi bien restaurée. Les chefs nordiques, s'ils s'attendaient aux confessions du ou des guerriers adverses, furent secoués d'entendre le ou les hommes de leur bord faire la même confession. Ils virent clairement la manipulation dont ils avaient fait l'objet, et à quel point certains d'entre eux avaient réagi au quart de tour, comme des gamins que l'on manipule, voire un âne qu'une carotte suffit à faire avancer...

Dans un discours très inspiré, Taurgil répéta qu'il n'y avait aucune honte à avoir été envoûté et manipulé par le ou les puissants sorciers qui s'étaient joués d'eux. Mieux encore, il donna le nom de l'homme blond et barbu qui avait été décrit et rajouta qu'il s'était déjà dressé contre les aventuriers, à qui il avait causé des difficultés. En ce moment même, ajouta le rôdeur, leur réunion faisait l'objet d'une surveillance par une créature monstrueuse et son maître. Il invita les gens à sortir et à utiliser la longue-vue de Geralt, mais même pour ce dernier, dans le crépuscule naissant, il était difficile de repérer la créature. Une personne y parvint néanmoins, et ce fut un nouvel élément pour prouver aux nordiques que les ennemis n'étaient pas ceux qu'on avait voulu leur faire croire.

4 - Ordres et préparatifs
Les guerriers qui avaient été envoûtés furent réconfortés par les paroles du Dúnadan puis par le soutien de leurs pairs. Petit à petit, les nordiques des deux bords se mélangèrent, en particulier ceux qui avaient déjà tissé des liens auparavant et qui avaient essayé de calmer les esprits, comme Mahrcared et Brogdin. Vu les propos lancés et les combats qui avaient eu lieu, avec leur cortège de morts et de blessés, il faudrait sans doute du temps avec que les relations ne retrouvent la qualité qu'elles avaient avant. Mais les hommes se séparèrent paisiblement en promettant de faire le maximum pour faire passer le message auprès de leurs troupes, qu'il leur restait à convaincre. Ce qui ne serait pas forcément simple, mais il fallait aller de l'avant.

Avec Atagavia, ses enfants, Mahrcared et d'autres chefs des Éothraim voire des Gramuz, les aventuriers discutèrent de la suite à donner. Les nordiques dirent qu'il ne servait à rien de rester plus longtemps sur place : moins les nordiques du sud de la Rivière Courante restaient sur les terres de leurs cousins du nord, mieux cela vaudrait et le plus facilement les esprits pourraient digérer ce qui venait de se passer. Brogdin annonça qu'il allait voir à ce que des guides soient fournis, comme cela avait été prévu, dès le lendemain. Atagavia annonça pour sa part que l'armée des seigneurs cavaliers reprendrait sa route au matin. Et tous s'en allèrent donner les ordres pour qu'il en fût ainsi.

Au grand dam de certains aventuriers qui attendaient cela avec impatience, il n'y eut pas d'éclat particulier entre le chef des Waildungs et sa fille. Cette dernière, intelligente, savait bien que son père ne lui pardonnait pas d'avoir pris la décision de se livrer aux Gramuz pour empêcher un bain de sang possible. Mais elle savait aussi que le moral des troupes en avait pris un coup et qu'il ne fallait surtout pas donner le mauvais exemple. La famille resterait soudée jusqu'à la fin de cette aventure, les rancœurs resteraient sous contrôle, et le règlement des différents familiaux se ferait dans l'intimité du foyer retrouvé. Par ailleurs, même si elle s'en doutait un peu, le père n'était pas peu fier de l'action de sa fille qui avait permis de sauver des vies. Il supportait mal qu'elle lui ait désobéi et mis ainsi sa vie en danger, mais Atagavia savait reconnaître qu'elle avait sans doute eu raison.

La nuit se passa sans incident, peut-être d'autant plus que Vif resta éveillée tout ce temps pour prévenir une quelconque action de leurs ennemis. Il serait bien temps de dormir en journée, dans l'un des rares chariots que comportaient leurs armées. La nuit fut courte également, car il restait moins d'une semaine avant le solstice d'été. Ce qui était pourtant assez pour arriver à temps au lieu prévu pour bloquer le convoi pour Angmar : selon Atagavia, quatre ou cinq jours suffiraient sans doute pour y amener leurs armées, même s'il faudrait un peu accélérer le pas. D'autant que le ciel, aux dires des connaisseurs, annonçait plutôt du beau temps.

Ce fut donc avec d'autant plus de surprise que les cavaliers virent le ciel se couvrir au petit matin, et la pluie commencer à tomber, de plus en plus drue. Les aventuriers les plus perceptifs comme Rob sentirent que le changement n'avait rien de naturel et risquait de ralentir sérieusement leur progression. Une nouvelle fois Drilun fut mis à contribution, lui qui avait aussi des pouvoirs magiques sur les éléments naturels. Bientôt la pluie s'arrêta autour de l'armée, même si elle continua un peu au-delà. Les cavaliers allaient avancer sur un chemin trempé, ce qui les ralentirait un peu, mais sans avoir le vent et la pluie pour les aveugler, les tremper et abimer leurs provisions. Et ils furent donc bientôt partis.

5 - Pluie et course
La plupart des Gramuz étaient déjà repartis lorsque les nombreux chevaux nordiques s'ébranlèrent. Des guides étaient néanmoins restés qui ne firent pas défaut et menèrent les Éothraim à bon port cette fois-ci, même si une certaine méfiance réciproque fut de mise. Mais tout se passa bien et la progression fut régulière, bien qu'un peu lente : les chemins étaient rendus boueux par des pluies denses qui précédaient le passage de l'armée. Rob ou Vif sentaient bien que de la magie noire était à l’œuvre, mais le contraire les aurait étonnés.

Il fallut une journée et demie pour traverser les terres restantes des fermiers nordiques. Rien de pire que la pluie ne s'abattit sur les cavaliers ou les aventuriers, y compris la nuit où Vif monta la garde, sans parler des chiens des voleurs. D'autant que ces derniers ne dormaient guère à proximité de la lionne magique. Lorsqu'ils furent au nord des terres des Gramuz, les seigneurs cavaliers empruntèrent un chemin qui menait des Monts de Fer à la région de Dale, que Taurgil et ses amis avaient déjà emprunté. Le terrain, plus rocailleux, était moins affecté par la pluie ; mais son côté accidenté empêcha l'armée d'accélérer.

A la fin du deuxième jour après leur départ, les collines escarpées laissèrent la place à des plaines plus verdoyantes et cultivées, comme la présence de fermes éparses et habitées le montrait. Çà et là, des fermes abandonnées occupaient aussi le paysage, suite à la Grande Peste, et ils avaient croisé des ruines qui étaient sans doute les conséquences d'attaques d'orcs ou autres. Mais l'armée ne risquait rien ici, dans la mesure où les gens de Dale ne leur réservaient pas quelque surprise comme avec les Gramuz. Atagavia estimait que leur objectif n'était plus distant que d'une centaine de miles (~ 160 km), qu'il se faisait fort de couvrir même par mauvais temps en deux jours tout au plus. Cela tombait bien, car il ne restait que quatre jours avant le solstice d'été.

Les aventuriers quittèrent l'armée pour aller voir Jirfelian, leur alliée au sein des peuples de Dale. Après avoir répondu aux questions d'une patrouille et confirmé que l'armée des cavaliers nordiques était là comme prévu, ils arrivèrent bientôt aux portes de la demeure de leur amie. Elle les accueillit avec plaisir et leur donna quelques nouvelles de la région : les personnes de Dale qui étaient sous l'influence probable - volontaire ou non - de leurs ennemis étaient sous surveillance et leur capacité à faire du mal était limitée. Il n'y avait a priori rien à craindre d'eux, et elle déconseilla aux aventuriers d'aller leur payer une visite : cela pourrait être pris pour une agression et modifier le délicat rapport de force qu'elle avait pu établir dernièrement. Taurgil et ses amis dormirent sous son toit pour une courte nuit.

Après avoir confié à Jirfelian le soin de veiller sur l'armée nordique qu'ils comptaient quitter bientôt, ils furent repartis avant l'aube, au grand dam de Geralt, et retrouvèrent les seigneurs cavaliers au petit matin. Ou du moins cela devait être le petit matin, mais il était difficile d'en juger : de gros nuages noirs s'étaient accumulés au-dessus de l'armée et ils déversaient à présent des torrents d'eau qui rendaient tout déplacement pénible voire hasardeux. Ce temps impitoyable était encore plus violent que celui qu'ils avaient rencontré les jours précédents. Drilun arriva à nouveau à faire une éclaircie autour de l'armée grâce à sa magie, mais les cavaliers seraient tout de même ralentis par les torrents de boue sur le chemin. L'archer-magicien utilisa à nouveau sa magie mais en contact avec la larme de Yavanna afin de pouvoir peut-être annuler la magie noire qui perturbait tant la météo locale, et petit à petit le ciel se calma. L'armée allait pouvoir partir et arriver avant le convoi des Sagaths.

Les cavaliers nordiques n'avaient a priori plus besoin de l'appui des aventuriers, même si des retards étaient encore possibles. En revanche, la course entre les deux armées n'était pas encore jouée. De précédents sorts de divination de Drilun avaient indiqué que le convoi sagath n'avait pas été ralenti par les incursions de Taurgil et ses amis. Ces derniers avaient donc mis au point un plan afin d'aller retarder magiquement le convoi grâce à quelques tempêtes levées par l'archer-magicien. Les sept amis prirent donc congé des seigneurs cavaliers et ils se précipitèrent sur le chemin qui menait aux Montagnes Grises, ou Ered Mithrin en langue elfique.

6 - A l'aveuglette
Dans un premier temps, ils ne faisaient que prendre de l'avance sur l'armée qui empruntait elle aussi cette même route, mais à vitesse plus réduite. Après quoi les aventuriers comptaient couper vers le nord pour arriver à la route de l'est (Men Rhúnen) et barrer la route au convoi pour Angmar. Ralentir voire bloquer une armée de milliers d'hommes à sept ! Mais leur progression ne fut pas aussi rapide qu'escomptée : un brouillard impénétrable monta bientôt du sol et noya tout dans une grisaille impossible à percer par la vue. Même les sons étaient atténués par l'humidité ambiante. En revanche, la signature magique de ce brouillard était bien perceptible pour ceux qui y étaient assez sensibles, et ils étaient nombreux à l'être dans l'équipe.

Le brouillard était si intense que les repères visuels avaient tous disparu : impossible de savoir où était le nord, dans quelle direction se trouvaient les montagnes - visibles par temps clair - ou même quel moment de la journée il pouvait bien être. Les repères permettant de suivre la Men Mithrin étaient noyés dans la brume et souvent invisibles hormis aux plus perceptifs des aventuriers. Les sorts que le Dunéen lança pour écarter la brume restèrent cette fois sans effet : la magie à laquelle il était confronté, et dont certains ressentaient l'origine en altitude, probablement sur une créature ailée, était d'une intensité comparable à la sienne. Ce qui lui fut confirmé plus tard par un sort de divination.

Mais les sens de la lionne magique étaient suffisants pour suivre les traces du chemin et les guider, même si l'allure ne risquait plus d'être le grand galop mais un bon trot. Le groupe progressa un moment ainsi, jusqu'à arriver à un endroit du chemin que Vif reconnut : elle distinguait encore les traces qu'ils avaient laissées il y avait de cela quelques jours, quand ils étaient revenus vers le sud après leur confrontation avec le dragon. Il était temps, à présent, de quitter le chemin pour aller vers le nord. Dans un premier temps, il suffirait de remonter leurs traces, brume ou pas brume. Par ailleurs, Drilun commença à utiliser ses dons pour marquer magiquement le terrain derrière eux, ce qui leur permettrait de se repérer.

La progression vers le probable nord fut ralentie par un terrain de plus en plus boueux : il avait dû tomber des trombes d'eau avant le passage des aventuriers, trombes d'eau qu'ils rejoignirent bientôt, et les traces au sol étaient désormais complètement effacées. En revanche, les marquages magiques que faisait l'archer-magicien permettaient de progresser à peu près en ligne droite, sans risque de tourner en rond. Ils purent aussi compter sur des sorts de divination du Dunéen, même s'il dut trouver un moyen de faire un sol moins spongieux à l'aide de couvertures : ses cailloux chargés de magie n'arrivaient plus à rouler mais plongeaient dans une boue épaisse tellement le sol était gorgé d'eau, ce qui affectait la divination. Ils continuèrent néanmoins.

Jusqu'au moment où Vif tomba sur une espèce de rivière d'eau boueuse et stagnante, peu profonde, qui leur barrait le passage. Elle ne serait pas dure à franchir et ils arrivaient à se repérer magiquement pour suivre la direction du nord, mais ses sens exercés lui indiquèrent qu'en fait cette rivière devait être le chemin qu'ils cherchaient : la Men Rhúnen, que le convoi sagath devait bientôt emprunter. Elle indiqua à ses amis qu'il était temps de changer d'orientation et ils prirent vers la droite, vers la probable direction du soleil levant. Petit à petit, les cieux se firent moins noirs et humides, et enfin ils finirent par sortir de sous les nuées orageuses. Le sol n'était plus détrempé, et l'allure se fit meilleure.

En regardant derrière eux, ils remarquèrent à quel point la pluie intense faisait comme une ligne autour du chemin qu'ils avaient suivi. S'ils avaient continué tout droit sans changer de direction, ils auraient pu poursuivre jusqu'aux montagnes, loin au nord, et rater le convoi. Convoi dont les signes avant-coureurs devenaient perceptibles devant eux, loin à l'est : un nuage de poussière et de charognards noirs qui suivaient les milliers de guerriers et chevaux. Ils pourraient y être en probablement moins d'une heure. Par contre, la créature volante et son ou ses maîtres - en une récente occasion Geralt avait cru distinguer deux cavaliers à l'aide de sa longue-vue - n'était plus au-dessus de leurs têtes. Ils étaient donc seuls pour ralentir voire bloquer le convoi, a priori avec la magie de l'archer-magicien. Mais suffirait-elle ? Il se rendait compte à présent qu'il avait affaire à forte partie...
Modifié en dernier par Niemal le 05 août 2015, 15:07, modifié 1 fois.

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Horselords - 45e partie : dans la gueule du loup

Message non lupar Niemal » 01 octobre 2014, 14:03

1 - Discussions et hésitations
Tandis que le groupe progressait vers l'est et leurs ennemis, des discussions s'élevèrent pour préciser leur plan et estimer leurs chances de réussite. Mordin en particulier, qui était loin de connaître tous les pouvoirs de l'archer-magicien, souhaitait en savoir plus sur ce qui allait se passer. D'autant que selon lui leurs ennemis, en particulier les sorciers chevaucheurs de monture ailée, n'allaient pas se priver de s'en prendre à leurs alliés nordiques pendant leur absence. Comme ils l'avaient déjà fait il y a peu, d'ailleurs. Ralentir le convoi était bien beau, mais ils ne l'arrêteraient pas à sept, ils avaient besoin des seigneurs cavaliers et de leur armée. Sans armée avec eux, leur quête était vouée à l'échec.

A la base, le plan reposait sur la capacité magique qu'avait Drilun de faire se lever un vent très puissant. Ce n'était pas un vent régulier mais il était composé de rafales et de turbulences assez importantes pour rendre les archers pratiquement inutiles et perturber fortement les activités physiques. Cela concernait tout particulièrement celles qui se fondaient sur l'adresse et la précision, mais aussi, dans une moindre mesure, les pures épreuves de force comme la marche ou le combat rapproché. Tout le monde serait d'ailleurs affecté de la même manière, amis comme ennemis. Le rayon d'action de cette magie serait de plusieurs miles autour du Dunéen.

Si plusieurs amis du nain étaient d'accord avec lui pour dire que ralentir le convoi pour Angmar ne suffirait pas, ils ne tenaient pas à en rester à ce tour de magie. Pour eux, ces turbulences magiques seraient l'occasion de repérer les sorciers restants dans le convoi et de leur ravir les pierres d'appel des dragons. Ce à quoi Mordin répliqua que les pierres étaient sans doute avec les monteurs de créature volante. Peut-être même étaient-ils déjà en train d'appeler à eux ces dragons qui allaient mettre en pièce l'armée nordique. Certains contestèrent cette idée, argumentant qu'ils l'auraient sans doute senti si cela avait été le cas. D'un autre côté, ils s'étaient bien éloignés de l'armée et cette tactique avait tout de même de gros avantages pour leurs ennemis. Mais pas que des avantages : la jeune dragonne non ailée, du nom de Haurnfile, était certes un instrument facile à utiliser ; mais face à l'armée nordique elle ne ferait pas long feu, même si ses capacités étaient formidables. De l'autre côté, le dragon ailé - Bairanax - était peut-être capable de mettre l'armée en pièces, mais aussi de poursuivre et tuer la créature ailée que montaient leurs ennemis.

Les discussions se poursuivirent avec divers arguments, certains tirés des lectures des papiers volés à Dol Guldur. Ainsi, certains écrits tendaient à laisser penser que la pierre de Bairanax permettait aussi de lui infliger de la douleur et donc, dans une certaine mesure, de le contrôler ou du moins de l'orienter. Ce serait sans doute une entreprise risquée, mais qu'en savaient-ils au juste ? Après divers échanges, quelqu'un proposa de se servir de la magie divinatoire de Drilun pour savoir où étaient les pierres d'appel, si elles allaient bientôt servir, etc. Certains objectèrent que les sorciers adverses pouvaient être magiquement masqués à de telles divinations. Mais en fin de compte Drilun descendit de cheval et traça une ligne dans le sol, puis il prit ses cailloux.

Il interrogea ses pierres chargées magiquement, les lançant plusieurs fois en l'air et interprétant à chaque fois la réponse à sa question selon le nombre de cailloux du côté du "oui" et ceux du côté du "non". Ce qui n'était pas toujours simple à interpréter avec un nombre impair de cailloux et une partie des deux côtés. En effet, la réponse à ces questions dépendait sans doute de certaines actions qu'eux-mêmes prendraient, ce qui rendait donc l'avenir incertain. Néanmoins, il parut tout de même que les pierres risquaient probablement de servir bientôt, ou au moins l'une d'elles, à en croire le "oui partiel" que les cailloux semblaient indiquer. En affinant ses divinations, au prix d'une fatigue croissante, Drilun arriva à déterminer que la pierre d'Haurnfile était concernée, tandis que l'utilisation de celle de Bairanax restait incertaine.

2 - Approche et turbulences
Ces éléments apportèrent un certain éclairage mais ne mirent pas fin aux discussions pour autant. Mordin voyait de moins en moins d'intérêt de se confronter au convoi et souhaitait retourner vers le sud. Ce à quoi il lui fut répondu que Jirfelian, leur alliée et magicienne nordique, était censée veiller sur l'armée. Et puis ils avaient largement le temps de s'occuper du convoi et de revenir au sein de l'armée nordique, d'autant que la dragonne n'était pas ailée et mettrait des heures avant d'arriver. Et même sans cela, Haurnfile était sans doute moins rapide que les chevaux des nordiques et elle y réfléchirait peut-être à deux fois avant de charger des centaines de nordiques capables de la blesser voire la tuer.

Le nain continua à protester de l'inutilité de leur expédition et surtout des risques encourus. Ses amis parlaient de s'attaquer - à sept - à des milliers de Sagaths et des centaines de loups ! D'autant que les vents magiquement levés par Drilun allaient très fortement affecter l'archer-magicien lui-même, mais aussi la lionne magique et l'assassin, soit leurs trois meilleurs guerriers ! Et les cavaliers ennemis n'avaient pas besoin d'avoir des guerriers d'élite ou des mages redoutables pour les abattre : il leur suffisait de serrer les rangs et de les écraser sous le nombre et les pattes de leurs chevaux. Même protégés par leurs armures magiques, ils seraient réduits en purée sous ce rouleau compresseur...

Ses amis restaient confiants malgré ses paroles, rappelant comment l'archer-magicien pouvait transformer et amplifier leur voix pour pouvoir rugir comme leur amie féline et briser ainsi la charge ennemie. Certes, certains sorciers étaient puissants et dangereux, mais ils joueraient sur la rapidité et l'effet de surprise. Au milieu de l'armée désorganisée par leur attaque et gênée par la météo, ils pourraient identifier les mages ou autres chefs, les abattre et repartir sans grand risque. Mordin bougonna qu'ils sous-estimaient leurs adversaires qui auraient peut-être bien réfléchi à une parade pour contrer ce qu'ils avaient déjà expérimenté, mais en fin de compte il accepta de suivre le reste du groupe, même si pour lui c'était vers un funeste destin.

Le groupe poursuivit donc sa route vers l'est, à allure soutenue. Geralt faisait régulièrement des pauses, après avoir pris un peu d'avance, pour observer le nuage de poussière et de crebain à l'est à l'aide de sa longue-vue. Lorsqu'ils furent en vue des groupes de loups et de chasseurs ou d'éclaireurs sagaths, ils firent une halte le temps pour Drilun de rassembler sa magie et appeler à lui un vent de tempête et de turbulences. Cela mettrait plus d'une heure à se mettre en place, temps qu'il leur faudrait encore pour atteindre leur objectif. Puis ils repartirent à allure plus réduite. D'une part car ils allaient bientôt se faire repérer par les éclaireurs adverses, d'autre part car avec le vent qui se levait, il était plus difficile de rester en selle à bonne allure.

Ils pénétrèrent donc dans la zone de contrôle de l'ennemi alors que l'après-midi n'était pas très avancé. Ils furent bien vite repérés, ce qui entraîna deux réactions opposées : d'une part, un groupe de Sagaths fit demi-tour et repartit au galop vers la caravane à l'est dès que les aventuriers furent identifiés ; d'autre part, un groupe de loups menés par un warg fila dans leur direction avec l'intention manifeste de leur faire passer un sale quart d'heure. Ils n'étaient qu'une grosse douzaine, et si leurs hurlements avaient sans doute alerté leurs congénères, Vif et ses amis estimèrent qu'il ne leur faudrait pas plus d'une demi-minute pour s'occuper d'eux, ce qui laisserait largement le temps de voir venir d'éventuels autres ennemis.

3 - Préparatifs adverses
L'inconvénient des loups restait leur impact sur leurs chevaux. En effet, si leurs montures étaient abattues par les canidés, ils seraient beaucoup plus à la merci de l'armée des Sagaths, sans parler du temps qu'il leur faudrait pour revenir auprès des nordiques. A dire vrai, tous s'attendaient à une forte mortalité dans les rangs de leurs chevaux, mais ils se consolaient en se disant que les Sagaths leur fourniraient - involontairement bien sûr - de nombreuses nouvelles montures. Ce qui ne voulait pas dire qu'il ne fallait pas essayer de les économiser.

L'équipe, à l'approche des loups, laissa partir Vif en avant, d'autant plus confiante qu'elle ne voyait qu'un seul warg dans le groupe de canidés. Il serait le premier à tomber et les autres ne feraient pas un pli contre elle. Mais le groupe se scinda en trois, et un seul se dirigea vers elle tandis que des groupes de cinq loups la dépassaient de chaque côté. Elle commença son travail en estimant que ses amis se débrouilleraient très bien, et le warg et les deux loups face à elle furent bientôt réduits à l'état de lambeaux sans vie. Derrière elle, la magie de Taurgil lui permit de faire fuir près de la moitié des loups restants et plusieurs furent tués par des flèches avant même de pouvoir sauter sur un cheval, qui était manifestement leur cible. Les derniers périrent bientôt, ayant à peine eu le temps de faire une morsure peu profonde au cheval du Dúnadan.

Le groupe repartit peu après. La longue-vue de l'assassin aux cheveux blancs lui indiqua que les loups et wargs se regroupaient à bonne distance d'eux, tandis que les éclaireurs se rassemblaient autour de la caravane qui était à présent arrêtée. En fait, le branle-bas de combat était donné et Geralt vit de nombreux guerriers se préparer au combat et former une armée de plus en plus grosse. Puis le groupe de cavaliers se détacha de la caravane pour venir dans leur direction et celle des loups qui étaient interposés entre la caravane et eux. Il devait y avoir au moins mille cavaliers, tandis que le groupe de canidés devait compter entre deux et trois cents individus, et il grossissait encore !

Alors que le vent soufflait de plus en plus fort, les aventuriers avancèrent plus lentement, jusqu'à être à une dizaine de portées de flèche des loups, derrière lesquels le gros de l'armée sagath arrivait. Les cavaliers s'arrêtèrent derrière les loups, le temps que tous fussent là, et ils commencèrent à former un groupe compact et assez large. L'Eriadorien balafré vit les cavaliers fouiller leurs fontes et prendre quelque chose de trop petit pour le distinguer à cette distance, et se pencher en avant comme pour caresser la tête de leur cheval, d'une main puis de l'autre. Ce qu'il trouva curieux et le rapporta - comme le reste - à ses amis qui attendaient.

L'information fit bondir Mordin. Pour lui, c'était évident : les Sagaths mettaient de la cire dans les oreilles de leurs chevaux, ou au moins les premiers rangs. Ainsi ils n'entendraient pas bien les rugissements de la lionne, vrais ou faux, et poursuivraient leur charge. Et les autres chevaux non protégés, mais au sein du groupe compact que formait l'armée, ne pourraient bouger d'un pouce et seraient forcés de suivre le mouvement. Entre les loups qui s'attaqueraient à leurs chevaux et le rouleau compresseur qu'allait devenir l'armée adverse, ils n'avaient aucune chance ! Geralt fut convaincu par les paroles du nain et il dit qu'il allait rebrousser chemin avec son ami barbu pendant qu'il était encore temps. Que les autres les suivent ou non...

4 - Poursuite
Alors même que certains hésitaient encore, des ordres furent donnés à l'est et l'armée ennemie s'avança vers eux, les loups d'abord, suivis par les cavaliers. Le moment n'était plus à la discussion mais à l'action, et le départ de Mordin et de Geralt - sans parler de Rob qui était en croupe de ce dernier - ne laissait pas grand monde pour faire face à l'armée. Malgré le vent violent et turbulent qui les gênait, les aventuriers partirent donc à bonne allure en espérant distancer leurs poursuivants. Les loups étaient rapides mais pas aussi endurants que leurs chevaux, et les Sagaths étaient de très bons cavaliers mais pas forcément autant qu'eux, surtout en tant qu'armée de plus de mille hommes et chevaux.

Et effectivement, après un moment au galop, l'espace entre les loups et les cavaliers sagaths commença à s'accroître derrière eux, tandis que les canidés ne semblaient pas gagner sur les aventuriers. Mais cela ne dura pas longtemps, car brusquement les loups accélérèrent et commencèrent à les rattraper. Le groupe aurait peut-être pu accélérer à son tour, mais Drilun, déjà bien fatigué par toute la magie qu'il avait faite dans la journée, prévint qu'il n'en serait pas capable. Il tiendrait peut-être un petit moment, mais cela l'épuiserait vite et il serait forcé de ralentir, et il n'aurait alors plus aucune ressource pour affronter quoi que ce fût.

Les sept amis, faute d'autre solution satisfaisante, durent donc se rendre à l'évidence : à être trop confiants, ils s'étaient fait piéger, et maintenant il ne leur restait plus qu'à organiser leur défense. Dans la plaine les cavaliers étaient les plus forts et risquaient de les déborder, il fallait donc trouver un abri en urgence... ou le créer. Ils avaient en effet encore les graines de roncier magiques données par le magicien brun, Radagast, et ils avaient encore le temps de faire pousser une mini-forteresse pour les chevaux et eux. Ils s'arrêtèrent donc, mirent pied à terre et prirent rapidement leurs réserves de graines enchantées.

Bientôt leur abri fut sorti de terre, les ronces magiques ne mettant environ qu'une minute pour atteindre leur hauteur définitive de trois mètres. Il était composé d'un mur de ronces d'un mètre d'épaisseur en forme de cercle d'une demi-douzaine de mètres de rayon au plus, ouvert à un bout sur trois ou quatre pas mais en partie fermé par un bout de mur au milieu. Cela ne laissait, pour entrer, que deux passages étroits de chaque côté du petit bout de mur au niveau de l'entrée, juste assez larges pour le passage d'un cheval. De plus, tout autour du mur circulaire, des petites extensions du mur de ronces furent développées afin de créer des recoins et permettre à d'éventuels archers de se tenir à l'extérieur, contre le mur, tout en restant protégés contre une éventuelle charge de cavalerie.

Leurs cinq chevaux furent placés dans leur abri, à l'opposé de l'entrée. Les armes furent sorties et les aventuriers se disposèrent à l'extérieur, non loin de l'entrée, afin de voir les ennemis arriver et manœuvrer. Ces derniers approchèrent tranquillement, ayant ralenti une fois qu'ils avaient compris que le groupe n'allait pas s'enfuir. Les loups, qui devaient bien être plus de trois cents, formaient un cercle autour de l'abri végétal, tandis que les cavaliers étaient placés à l'extérieur. A une portée de flèche de distance, les canidés ne risquaient aucune attaque par projectile, d'autant qu'avec les fortes turbulences même Drilun ne pouvait rien faire sauf à courte portée.

Entourés par cette marée de cavaliers, Geralt ne pouvait rien voir au-delà des premiers cercles de chevaux. Il avait bien essayé de se mettre debout sur un cheval, mais avec les rafales de vent il comprit vite que c'était presque impossible, même pour lui. De même, Rob essaya de se placer en haut du mur de ronces afin d'avoir une bonne vision de ce qui se passait et un poste idéal pour décocher ses flèches. Pour cela, Drilun utilisa la corde magique du serpent pour soulever et déposer le hobbit en haut des ronces. Mais le petit archer comprit vite que c'était une mauvaise idée : les ronces ne formaient pas de toit solide sur lequel prendre appui et permettre de tirer les flèches, d'autant que les vents violents ne lui laissaient guère la possibilité de tenir debout. Il ne récolta que des égratignures sur ses pieds nus et poilus et redescendit bien vite.

5 - Nouveau mur et première attaque
Les ennemis s’observèrent de part et d'autre. Les aventuriers repérèrent divers Sagaths d'élite mais également deux rôdeurs noirs au moins. Tous se parlaient - fort - dans une langue qu'aucun membre du groupe ne maîtrisait, et qui ressemblait au logathig, la langue de leurs ennemis. Les cavaliers étaient serrés les uns contre les autres, suivant des ordres qui visaient manifestement à faire un mur de chevaux et de lances absolument impassable. Tout au plus quelqu'un de mince comme le hobbit aurait-il pu passer entre les pattes des chevaux... à condition de passer au préalable les loups qui les attendaient. Tous semblaient tendus, prêts à agir, mais à l'écoute des ordres donnés, même les canidés que les wargs semblaient contrôler avec une intelligence humaine. Il était d'ailleurs étonnant de voir une telle proximité entre loups et chevaux, sans plus de problème, mais les bêtes avaient probablement eu déjà un mois pour s’habituer les unes aux autres.

Taurgil ne comptait pas attendre là tranquillement et laisser à leurs ennemis le temps de trouver quelque chose pour les mettre en difficulté. Aussi s'avança-t-il bientôt en direction d'eux. A quelques mètres de l'entrée de leur abri de ronces magiques, il commença à jeter de nouvelles graines à sa gauche pour créer un mur en direction des loups et cavaliers. Il attendait un peu que les ronces commencent à pousser, puis il faisait un pas et recommençait. Ainsi, il approchait de l'armée adverse tout en s'assurant d'avoir quelque chose pour empêcher les ennemis de l'attaquer par derrière. Vif l'accompagna bientôt, derrière lui, de manière à ce qu'il fasse écran vis-à-vis d'un rôdeur noir qu'elle avait repéré, et dont elle avait cru voir une flèche particulière encochée sur son arc, une flèche qu'elle devinait enchantée pour percer son cuir à elle et la blesser profondément...

Les deux amis avancèrent petit à petit. La lionne était tous les sens aux aguets, inspectant leur environnement tout autour d'eux voire au-dessus d'eux, mais aucune créature volante n'était visible. En revanche, elle remarqua plusieurs choses à partir du moment où ils étaient plus proches de leurs ennemis que de leurs amis. Tout d'abord, les loups s'étaient en partie déplacés de manière à se concentrer autour du Dúnadan et elle. Mais ce n'était pas tout : en fait, toute l'armée adverse s'était quelque peu déplacée dans leur direction, et les ennemis présents de l'autre côté de l'ouverture dans leur mur de ronces avaient avancé jusqu'à ce dernier. Ils avançaient à présent en catimini de chaque côté des murs de leur forteresse végétale, prêts à surprendre et foncer sur les aventuriers qui gardaient l'entrée de l'abri.

Tout en continuant sa progression, la lionne poussa quelques rugissements pour prévenir ses amis. Ils comprirent son avertissement après avoir activé leur tour d'oreille magique qui permettait d'interpréter le parler félin de leur amie. En s'éloignant un peu de l'entrée de leur forteresse végétale, Drilun vit effectivement les premiers rangs de loups non loin, prêts à lui bondir dessus, et des cavaliers sagaths non loin derrière. Alors que le grand rôdeur dúnadan et la féline Femme des Bois s'approchaient de plus en plus de leurs ennemis, des ordres furent donnés dans l'armée adverse et les loups se précipitèrent sur les aventuriers, suivis par les cavaliers à une certaine distance.

Taurgil et Vif se mirent dos au mur de ronces contre lequel ils avançaient, proche l'un de l'autre pour limiter le nombre d'attaques des loups sur chacun d'eux. De leur côté, leurs amis se repliaient sur l'entrée de leur mini-forteresse tout en abattant et repoussant les hordes de loups qui cherchaient à leur nuire. En fait, les canidés ne tentaient pas tant de les blesser que de leur sauter dessus et s'agripper à eux ou de chercher à les déséquilibrer en mordant et tirant sur leurs jambes et sur toute pièce d'équipement à laquelle ils pouvaient s'accrocher. Ce qui était difficile sur la lionne et son cuir enchanté, ou sur Drilun qui s'était enveloppé d'une espèce de protection magique pour dévier les attaques. Mais Taurgil et Mordin en particulier risquaient de tomber et d'être emportés au loin par leurs ennemis à quatre pattes, et le poids des canidés accrochés à eux les ralentissait.

Dans le même temps, des bruits de hache de l'autre côté du mur de ronces indiquaient que les Sagaths essayaient de percer le mur magique pour les prendre à revers. Geralt, qui gardait les chevaux inquiets, prit une poignée de graines magiques pour jeter tant bien que mal sur les adversaires de l'autre côté du mur, malgré le vent, et renforcer leur abri. Puis il alla apporter son soutien à la défense de l'entrée, avec Isilmë et Rob qui aidaient leurs amis à se débarrasser des loups. Mordin tranchait des têtes à l'aide de sa hache tandis que Drilun, après avoir utilisé son bâton magique, enflammait un loup et tentait de propager magiquement le feu aux autres à l'aide de sa magie. Plus loin, lionne et Dúnadan faisaient une retraite prudente vers la mini-forteresse, la première aidant le second en le débarrassant régulièrement de certains loups accrochés à lui. Elle-même était trop costaude et offrait trop peu de prises aux loups pour la déranger vraiment : elle arrivait sans mal à les jeter à terre.

6 - Attaques magiques
Les cadavres des loups s'amoncelaient et les attaques étaient plus faciles à repousser, quand le combat changea brusquement de nature. Les loups et cavaliers reculèrent bientôt lorsque de sinistres feux follets apparurent au-dessus des cadavres, nouant les tripes des spectateurs, pourtant aguerris. Les aventuriers avaient déjà vu cette sorcellerie à l’œuvre au village des Hommes des Bois qu'ils avaient aidé à défendre, mais ce n'était pas pour autant moins inquiétant à percevoir. Des bruits de hache se faisaient tout de même toujours entendre à l'extérieur, et Rob prit des graines pour renforcer le mur attaqué et leur donner plus de temps, même s'il savait les ronces magiques très résistantes et capables de tenir longtemps.

Une voix sinistre s'éleva justement du côté du mur qui était attaqué, et la magie qui s'en échappait visait les chevaux du groupe. A l'exception d'un seul d'entre eux, ils devinrent fous d'épouvante et commencèrent à chercher à sortir de l'abri des ronces magiques autour d'eux. Percevant tout cela et n'étant plus gênée par les loups, Vif bondit vers l'entrée en rugissant de manière à effrayer les chevaux et les empêcher de partir. En parallèle, Geralt se précipita sur son cheval, Edredon, et tenta de le calmer et de le maintenir dans la forteresse végétale.

L'assassin n'arriva pas à calmer sa monture mais il parvint néanmoins à monter dessus pour essayer de la maîtriser et la faire aller dans la bonne direction. Mais la bête, trop affolée pour obéir, sortit par l'ouverture dans le mur de ronces et se dirigea vers les loups qui l'attendaient, avec son cavalier qui s'attendait au pire, son épée à la main. Derrière lui, Vif arrivait à bloquer un cheval avec une posture agressive, si bien que la bête affolée retourna dans la mini-forteresse circulaire pour trouver une autre issue. Mais le seul autre passage était bloqué par un autre cheval : Isilmë avait en effet utilisé sa magie pour diminuer l'intensité de l'épouvante magique qui affectait la bête, et elle usa ensuite de ses compétences pour calmer la bête tremblante et l'empêcher de se précipiter vers leurs ennemis.

Un cheval était donc monté et pénétrait dans le cercle des loups, qui lui sautèrent dessus, ainsi que sur son cavalier. Les quatre autres restaient confinés dans l'abri du mur de ronces circulaires :
- un seul n'était pas affecté par la sorcellerie lancée sur lui et regardait ce qui se passait avec inquiétude
- un autre était en partie calmé par la guerrière elfe, et il obstruait un des deux seuls passages vers l'extérieur de l'abri
- un autre bloquait l'autre passage vers l'extérieur en raison de la présence de la lionne magique
- le dernier tournait en rond, fou d'épouvante sous l'effet de la sorcellerie, des rugissements de la lionne et des hurlements des loups à l'extérieur

Isilmë se précipita vers un des deux chevaux bloqués et affectés par la sorcellerie, afin de pouvoir le soigner également. Mais elle devait amener celui qu'elle avait calmé avec elle afin de l'empêcher de prendre la fuite, comme il en avait encore envie. L'autre cheval ensorcelé, quant à lui, essaya de fuir par le seul endroit qui lui semblait encore accessible : par le haut. Malgré le peu d'élan qu'il pouvait prendre, il sauta vers le haut du mur de ronces. Il passa l'avant du corps sur le sommet du mur dont les ronces lui percèrent la peau, mais l'arrière restait dans le vide et il n'arrivait pas à passer le reste du corps de l'autre côté. Il bataillait donc contre les ronces et son épouvante, tandis qu'il se mettait à saigner de plus en plus.

7 - Nouvel assaut
A l'extérieur, de nouveaux ordres étaient donnés et l'armée adverse se précipita vers les aventuriers. De son côté, le nain avait eu l'occasion, avec l'aide du hobbit, de jeter des flasques d'huile en direction des loups. Il n'avait pas été facile de les enflammer, même avec l'aide de la magie de Drilun, mais cela avait fini par se faire, sans grand effet néanmoins. Une poignée de graines de ronces magiques lancée par Mordin et l'ouverture qu'il défendait pour permettre l'accès à leur mini-forteresse fut en bonne partie sécurisée. Entre sa hache et les flèches du hobbit pour l'aider, il n'avait pas trop de problèmes pour tenir sa position. Pour l'instant.

De l'autre côté, les flammes de Drilun retenaient les loups jusqu'à présent. Mais le cheval de Geralt, ainsi que ce dernier, étaient une proie bien tentante. L'assassin avait beau trancher les têtes, il ne pouvait empêcher son cheval de se faire mordre d'un peu partout et des cavaliers adverses de s'approcher. Mordu de toutes parts et transpercé de lances, Edredon finit par s'abattre au sol, entraînant son cavalier avec lui. Geralt avait anticipé la chose et il roula en direction des flammes que son ami dunéen avait levées. Un loup lui sauta dessus mais il s'en débarrassa et entra dans les flammes, qui mirent le feu à ses vêtements. Il était protégé pour l'instant par son armure de peau de dragon et il courut vers ses amis.

Taurgil, de son côté, était dos au mur de ronces, attaqué de toutes parts par les loups qui lui sautaient dessus et montaient les uns sur les autres afin de le couvrir de leurs corps et l'entraîner au sol sous le nombre, tandis que d'autres tiraient sur ses jambes pour le faire tomber. Heureusement, la nouvelle magie qu'il avait récemment développée, fortifiée par l'épée de roi trouvée à Dol Guldur, lui permettait de résister aux assauts comme s'il était plus costaud. Néanmoins, sa position ne serait pas tenable éternellement, d'autant que des cavaliers ennemis approchaient. Supporter le poids de quelques loups de la même masse que le hobbit était une chose, un cheval jeté sur lui - trois fois la masse de la lionne - en serait sans doute une tout autre.

A l'intérieur de la mini-forteresse de ronces, Isilmë avait réussi à utiliser ses soins magiques sur un deuxième cheval afin de diminuer l'épouvante née de la sorcellerie dont il avait fait l'objet. Puis elle avait pu le calmer par des moyens plus classiques, tout comme elle l'avait fait pour le premier cheval, qu'elle tenait toujours par la bride. De son côté, la lionne avait saisi une patte du cheval enchevêtré dans les ronces puis elle s'était mise à tirer. La pauvre bête aux flancs ensanglantés retomba alors à l'intérieur du mur de ronces circulaire, où elle put être soignée magiquement par Isilmë pour calmer un peu sa peur panique. Heureusement, les ronces ne l'avaient blessée que légèrement et sa vie n'était pas en danger.

Et à présent ? Le Dúnadan risquait de se faire ensevelir sous le nombre, et l'Eriadorien balafré était couvert de flammes qu'il faudrait vite éteindre, et il n'avait plus de cheval. Un Polochon et un Edredon partis, quel serait le nom de la prochaine monture ? Si prochaine monture il y avait. Les cavaliers avançaient, très serrés, les lances formant une barrière d'épines métalliques, juste devant les nombreux loups qui restaient. Ne fallait-il pas appeler Tevildo pour les aider à partir ? Mais certains doutaient de la nécessité de faire appel à l'esprit des chats ou à une aide possible de sa part. Certainement, il devait suivre ce qui se passait de loin en se demandant comment les aventuriers allaient se sortir, sans son aide, de ce pétrin dans lequel ils s'étaient plongés tout seuls.
Modifié en dernier par Niemal le 11 septembre 2015, 13:05, modifié 1 fois.

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Horselords - 46e partie : sang et flammes

Message non lupar Niemal » 05 novembre 2014, 15:50

1 - Sauvetage
L'archer-magicien ne semblant pas trop faire attention à lui, Geralt prit donc son problème de vêtements en feu dans ses propres mains... au sens propre du terme ! En fait, seule sa cape s'était réellement enflammée : son armure de cuir de dragon était trop résistante à la chaleur pour souffrir de flammes normales, et protégeait donc sa peau et ses sous-vêtements ; et ses bottes étaient solides et ne risquaient pas de brûler rapidement. A mains nues - il se promit d'acquérir des gants de cuir fin à la première occasion - il se débarrassa de sa cape avec un minimum de petites brûlures. Puis il regarda autour de lui en étouffant les petites flammèches qui pouvaient encore courir sur sa personne.

L'attention de Drilun était clairement portée sur Taurgil. Combien de temps le descendant des rois du Rhudaur tiendrait-il contre les loups et cavaliers qui s'approchaient ? Certes, en utilisant des graines de ronciers magiques il s'était débrouillé pour avoir des ennemis uniquement face à lui, le mur de ronces protégeant ses arrières et ses côtés. Mais si jamais un cheval lui tombait dessus, il ne donnait pas cher de sa peau. Le Dunéen appela donc ses amis pour qu'ils se portent à la rescousse du Dúnadan. A l'aide de ses sorts de feu il pouvait enflammer les corps et manipuler les flammes pour accroître leur taille et repousser leurs adversaires. Au-delà des zones de combat jonchées de morts au-dessus desquels virevoltaient de sinistres feux follets, en revanche, loups et cavaliers les attendaient. Il fallait donc percer leurs défenses et créer de nouveaux cadavres qu'il pourrait facilement enflammer pour leur permettre de progresser vers leur ami.

Mordin, après avoir sécurisé son côté de la forteresse à l'aide de graines magiques et des flèches de Rob, aurait bien tenté de semer le doute parmi leurs adversaires. Il avait pensé sonner du cor pour faire comme si une armée à eux se tenait prête à intervenir, et ainsi inquiéter leurs ennemis. Mais l'effet sur les Sagaths fanatiques et sur les loups ensorcelés était très incertain, et l'archer-magicien réclamait son aide pour enfoncer l'armée adverse et accéder à leur ami dúnadan. Armé de sa hache et bien protégé par armure de cuir souple enchanté et haubert complet de mailles par-dessus, il répondit présent avec une lueur féroce dans les yeux. Les têtes allaient voler...

Le nain et l'Eriadorien balafré se jetèrent donc sur les loups qui les attendaient, côte à côte afin de limiter le nombre d'adversaires autour d'eux. Mordin avançait avec le mur de ronces magiques érigé par Taurgil à sa gauche, Geralt à sa droite, et Drilun utilisait ses flammes magiques pour empêcher les autres loups de passer derrière eux ou sur les côtés. A l'arrière, Rob avançait, l'arc à la main, mais il remarqua vite que des cavaliers approchaient derrière eux, menaçant de les couper de l'entrée de la forteresse de ronces. Il fit donc demi-tour en leur tirant dessus, de manière à protéger l'entrée de leur refuge dans lequel ne restaient plus que Vif, Isilmë et leurs quatre chevaux restants.

Le Dunéen vit aussi le danger mais il ne pouvait se concentrer devant et derrière lui pour manipuler les flammes. Il décocha tout de même une flèche en arrière pour abattre un cheval devant l'entrée de leur forteresse et aider son petit ami, avant de se retourner pour créer de nouvelles flammes et aider Mordin et Geralt. Le nain avait couru devant lui vers ses adversaires, suivi malgré lui par le maître-assassin, un peu choqué par le manque de prudence de son petit et costaud ami. Du coup, c'est lui qui eut à gérer des loups arrivant sur son côté droit. Heureusement, ils arrivèrent à gérer leurs adversaires et purent reprendre leur progression sans grand souci lorsque les flammes de l'archer-magicien furent de nouveau là pour les épauler.

2 - Sorcellerie et chute mortelle
A l'intérieur de la forteresse de ronces circulaire, l'elfe guerrière et soigneuse avait fort à faire. D'une main, elle tenait les brides de deux chevaux qui avaient été affectés par une sombre magie et qu'elle avait en partie calmés, mais qui étaient prêts à s'enfuir dès qu'elle leur en laisserait la possibilité. Un troisième cheval, fou d'épouvante, avait tenté de fuir en sautant par-dessus les ronces, sans succès, et il avait été ramené par la lionne magique qui l'avait tiré par une patte arrière grâce à sa puissante mâchoire. Sans elle, il serait reparti pour de bon.

Isilmë utilisa alors sa magie pour atténuer l'épouvante ténébreuse qui affectait le cheval, puis elle le rassura par des paroles et caresses. La pauvre bête continua à trembler mais elle accepta de rester auprès de l'elfe, tant que cette dernière tenait sa bride et continuait à avoir une attitude apaisante. Ce qui empêchait la guerrière de faire quoi que ce fût d'autre. Le quatrième cheval, celui de Taurgil, non affecté par la sorcellerie mais inquiété par les cris et hurlements des loups, restait à peu près tranquille mais il était évident qu'il suivrait les autres chevaux à la moindre occasion.

Tandis qu'Isilmë faisait ses œuvres, Vif entendit un changement de l'autre côté du mur de ronces : les coups d'épée ou de hache qui entamaient leur mur épais et solide s'étaient arrêtés. Des mouvements de personne eurent lieu, après quoi elle entendit une voix psalmodier dans une sombre langue qu'elle reconnut : un sorcier utilisait le noirparler de Dol Guldur pour incanter quelque nouveau maléfice. La monture du Dúnadan était non loin du mur où elle entendait la voix. Elle bondit sur lui, ce qui tira de lui un hennissement de frayeur, puis s'en servit de tremplin pour sauter par-dessus les ronces, juste à l'endroit où devait se trouver le sorcier.

Au-dessus des ronces, elle fut secouée par les vents magiques violents que Drilun avaient appelés sur le secteur. Avant de commencer à plonger vers ses ennemis, elle eut une rapide vision de ce qui l'attendait : une douzaine de lances plus ou moins pointées dans sa direction ; un probable sorcier déguisé en Sagath d'élite dans un renfoncement taillé dans le mur, se préparant à lancer son sortilège ; et un peu plus loin, un rôdeur noir ayant bandé une flèche spéciale à son attention. Flèche qu'il lâcha aussitôt, et qui transperça son cuir magique. Heureusement, entre les vents violents et le temps très bref qu'il avait eu pour ajuster son tir, la blessure resta superficielle et sans gravité.

Vif se laissa alors tomber vers le sol. Elle infléchit sa trajectoire en utilisant ses pattes avant sur le mur de ronces, de manière tant à éviter les pointes de lance qu'à arriver au plus près du sorcier. Malgré la présence de plusieurs Sagaths d'élite parmi les porteurs de lance, elle put se faufiler entre elles, d'autant qu'aucune n'était magique et capable de facilement percer son cuir enchanté. Le sorcier, concentré sur son sort, n'eut même pas le temps de sentir le poids imposant de la lionne lui tomber dessus. Avec de sinistres craquements, son corps s'étala sous les terribles pattes de Vif et il ne bougea plus : il était mort instantanément.

3 - Combat de routine
Tandis qu'une partie de ses amis tentaient de se frayer un chemin jusqu'à lui, Taurgil les perdit complètement de vue. En plus des nombreux loups qui lui grimpaient dessus ou tentaient de le déséquilibrer en lui tirant ou poussant les jambes, sa ligne d'horizon fut vite bouchée par de nombreux cavaliers ennemis. Derrière lui et sur les côtés, la barrière de ronces magiques qu'il avait fait s'ériger limitait son champ de vision mais aussi le nombre d'adversaires qu'il avait à combattre. Devant lui et en partie sur les côtés, les loups guidés par des wargs tentaient, avec une intelligence très humaine voire surnaturelle, de l'ensevelir sous le nombre et de le renverser. Derrière eux, dans l'espace confiné, les cavaliers ennemis avançaient lentement, poussant de côté les loups présents et les forçant à s'éloigner entre les pattes des chevaux qui ne goûtaient guère à ces familiarités et renâclaient.

Ces conditions étaient somme toute assez favorables au rôdeur dúnadan : il était trop bien protégé par son haubert de mailles de mithril et sa magie royale récemment maîtrisée pour craindre les attaques des loups. Cette même magie amplifiait sa force et sa résistance et l'empêchait de basculer sous le poids des adversaires et d'être enseveli sous le nombre. Et s'il était trop bien protégé des blessures, ses ennemis ne l'étaient pas, et les cadavres s'amoncelaient à ses pieds, percés ou tranchés par l'épée de roi trouvée à Dol Guldur qui amplifiait sa magie. Ces cadavres finissaient petit à petit par le gêner, mais ses agresseurs tout autant.

Un cavalier lancé sur lui de manière suicidaire aurait été un véritable souci, car l'armure ne faisait pas tout, et elle ne pouvait le protéger du poids d'un cheval lui tombant dessus. Et si sa magie le fortifiait, elle ne le rendait pas invincible. Mais le lieu confiné et le grand nombre de corps - vivants ou morts - de loups présents compliquait la tâche des Sagaths, qui ne pouvaient avancer que lentement. Si le terrain avait été dégagé, ils auraient pu se lancer dans une charge, mais ce n'était pas le cas. De plus, au fur et à mesure qu'ils approchaient, les loups étaient obligés de partir, et ils étaient moins nombreux à pouvoir l'attaquer. Bientôt il n'y en eu plus qu'une demi-douzaine, et leur nombre diminuait encore, quand les premières lances des cavaliers arrivèrent à sa portée.

Avec la fin des derniers loups arrivèrent donc les premiers coups de lance. Seuls trois cavaliers pouvaient se tenir dans l'espace restreint avec leurs montures, toutes arrêtées. Son armure et sa magie n'ayant aucun mal à dévier les coups de seulement trois adversaires, il passa à une offensive plus musclée. Des trois cavaliers qui lui faisaient face, celui du milieu était le plus dangereux. Vêtu de mailles, c'était manifestement un chef, un Sagath d'élite, et sa monture fut la cible de son épée. Profondément blessée, la bête resta debout, hennissant de douleur et coincée par les autres cavaliers de chaque côté d'elle. Puis elle tenta de reculer un peu malgré les efforts de son cavalier pour la maîtriser.

L'espace que cela lui apporta donna au rôdeur l'occasion de porter une attaque à un des deux autres cavaliers ennemis. Son coup puissant fit passer l'homme de vie à trépas et il chut de sa monture. Taurgil empoigna alors les rênes du cheval et l'empêcha de partir, après quoi il se débrouilla pour monter dessus. L'espace était plein de cavaliers ennemis mais il se sentait de taille à les affronter tous à lui tout seul, dans un espace confiné du moins. Si les ennemis arrivaient à lancer une charge, il n'aurait pas les mêmes facilités à les combattre. De toute manière, des cris étaient lancés, probablement en logathig, la langue des Sagaths qu'il ne comprenait pas, et les cavaliers adverses semblaient en train de rompre le combat pour se dégager et partir. Mais il comptait bien les suivre et ne pas les lâcher aussi facilement que ça.

4 - Charge suicidaire
Mais bien avant que Taurgil ne trouvât une nouvelle monture, ses amis avaient à faire face à bien des difficultés. A commencer par Drilun, Geralt et Mordin. Ils se retrouvèrent en effet face à une ligne de cavaliers sagaths, tellement serrés qu'un homme aurait du mal à passer entre eux. Et d'autres rangs de cavaliers, derrière, étaient prêts à prendre le relais. Les loups s'étaient tous éclipsés au loin, parfois entre les chevaux maintenus immobiles par leurs maîtres. Mais surtout, au bout de cette longue ligne de cavaliers immobiles et qui faisaient obstacle, lance baissée, une vingtaine de Sagaths montés lançaient leurs chevaux au galop, droit sur eux. Entre les feux de l'archer-magicien et la ligne de cavaliers immobiles l'espace était en effet assez grand pour permettre une charge, et elle venait de s'élancer.

Les Sagaths qui approchaient étaient cinq de front, assez serrés, et d'autres venaient derrière eux sur au moins deux autres lignes. C'était une charge suicidaire, pour les chevaux tout du moins : une fois emportés par leur élan, les premières montures viendraient s'écraser contre le mur de ronces magiques contre lequel les trois amis progressaient. Mais l'armure ou la magie des trois amis ne ferait pas grand-chose contre la masse et le poids d'un cheval emporté au galop. Ils n'avaient le choix qu'entre être écrasés par les corps des chevaux qui leur arrivaient dessus, ou piétinés par leurs nombreux sabots. Si du moins ils restaient sur place.

Drilun s'était entouré d'une magie qui déviait les attaques contre lui, et il s'en servit pour éviter les lances qui leur faisaient face et se glisser entre deux chevaux et leurs cavaliers. Les deux hommes firent manœuvrer leurs montures pour étouffer ou écraser leur ennemi entre les deux corps équins, mais la magie du Dunéen lui permit de résister à la pression : il était simplement coincé. Quant à Geralt, il fut assez rapide pour prendre son élan et plonger à travers les flammes des corps des loups qui se consumaient derrière eux, assez loin pour être à peu près sûr que les cavaliers ne l'y suivraient pas. Les flammes étaient trop nombreuses pour les chevaux, tandis que le chemin qu'ils suivaient pour les charger en était presque dépourvu.

Mais pas totalement, ce qui ralentit un peu la charge, les cavaliers ayant fort à faire pour faire avancer leurs montures malgré la peur des bêtes pour le feu. Mordin, qui était le plus éloigné de la charge, en profita pour faire la seule chose dont il se sentait capable : il ramassa la lance d'un adversaire défunt et la planta dans le sol pour faire face au premier cheval qui lui fonçait dessus. Motivé par la perspective d'une mort imminente, il dirigea la pointe de sa lance d'une main experte malgré son inexpérience totale dans les armes d'hast. Le cheval s'embrocha dessus, pris par son élan, mais si l'essentiel de sa charge fut stoppé, la force fut suffisante pour briser la lance, et le corps du cheval tomba sur le nain.

Il ne put éviter la masse équine qui le jeta à terre, emprisonnant le bas de son corps dans un étau de chair morte... et lui occasionnant une forte douleur à une jambe. Elle était sûrement cassée, et il ne risquait pas de se dégager de là tout seul. Les chevaux de la même ligne passèrent à côté et le cheval derrière celui qu'il avait abattu sauta par-dessus le cadavre de son congénère en prenant légèrement appui dessus, ce qui engendra une nouvelle douleur dans le corps du nain. Les premiers chevaux s'écrasèrent sur le mur de ronces tandis que les lignes suivantes étaient plus ou moins maîtrisées par leurs cavaliers. Certains Sagaths avaient pu sauter de cheval avant le choc et une partie d'entre eux allaient bientôt se relever. Mordin était vivant mais il restait coincé, blessé, et incapable de se défendre. Au moins était-il vivant pour le moment.

5 - Chevaux en moins et cadavre en plus
Du côté de la forteresse de ronces qui n'abritait plus qu'Isilmë et quatre chevaux, les cris et bruits de combat tout proches de l'entrée décidèrent l'elfe à lâcher les brides des trois chevaux affectés par la sorcellerie afin de prendre son épée et d'aller aider le hobbit. Ce dernier, en effet, tenait seul l'entrée avec son arc, aidé heureusement par le corps du cheval abattu par Drilun. Mais de nombreux cavaliers sagaths risquaient de bientôt être sur lui. Rob resta seul encore un moment, car la guerrière elfe n'eut pas le temps de rejoindre son petit ami tout de suite : une fois libérés, les trois chevaux se précipitèrent vers la sortie, suivis par le quatrième, moins enthousiasme mais qui suivait le mouvement.

L'entrée dans le cercle de ronces magiques était en partie obstruée au milieu par un bout de mur végétal autour duquel les chevaux se glissèrent. Ayant perçu le danger, le voleur hobbit se colla à cette portion de mur pour éviter d'être piétiné par les sabots. Du coup, les ennemis furent également gênés par les chevaux qui s'enfuyaient. Il ne resta en fait que le cheval de Taurgil, qui portait encore les affaires du grand rôdeur, qu'Isilmë retint juste avant qu'il ne suivît les trois autres. Les deux amis avaient donc gagné un peu de temps, mais leurs problèmes n'étaient pas pour autant réglés. Où donc était la lionne ?

Cette dernière ne tarda pas à revenir. Après avoir écrasé le sorcier, elle l'avait pris dans sa gueule pour s'en servir de bouclier et avait bousculé les ennemis qui se tenaient entre elle et le rôdeur noir qui l'avait blessé. L'homme avait lancé une seconde flèche sans succès et il était en train de préparer une dernière flèche spéciale mais il n'eut jamais le temps de la tirer : Vif laissa tomber le corps du sorcier pour se précipiter sur le rôdeur noir, qui subit une dissection brutale et sanglante du haut vers le bas sous le puissant coup de griffes de la lionne enchantée. Bref, il mourut instantanément et probablement sans avoir le temps de souffrir, sauf peut-être de voir sa fin arriver si vite.

Après quoi la féline Femme des Bois reprit dans sa gueule le corps du sorcier à terre et elle bondit au-dessus du mur de ronces, sans être inquiétée par quelques pitoyables coups de lance de la part des Sagaths à terre. Elle se laissa ensuite tomber à l'intérieur de la forteresse, où Rob venait d'entrer après le passage des chevaux, et où Isilmë retenait celui de Taurgil. La lionne, après avoir laissé le corps du sorcier à ses amis, fila alors vers l'entrée où elle se retrouva nez à nez avec les ennemis. Ces derniers avaient laissé passer les trois chevaux des aventuriers avant de s'approcher de l'entrée dans le mur végétal, quand ils durent faire face à ce nouveau gardien.

A elle toute seule, la lionne enchantée pouvait facilement bloquer le passage et les armes des ennemis ne l'inquiétaient guère. Elle fit donc bon ménage et le sang et les chairs volèrent de tout côté autour d'elle. Elle prit soin de viser les cavaliers et non leurs montures, s'assurant ainsi que des chevaux resteraient pour remplacer ceux qu'ils avaient perdus. Les Sagaths commencèrent à reculer, d'autant que des cris étaient lancés derrière eux qui ressemblaient à des ordres de repli. Même si elle était incapable de comprendre ce qu'ils disaient au juste, elle en voyait tout de même les effets, en l'occurrence une retraite généralisée. Elle les aurait bien poursuivis mais il semblait que le nain, non loin, était menacé, et que son aide ne serait pas de trop vis-à-vis des loups qui restaient. Elle laissa donc les cavaliers faire retraite et continua son nettoyage sur la gent canine.

6 - Soins et bilan
En effet, le nain s'était retrouvé peu auparavant coincé sous un cheval et incapable de s'en sortir seul : une probable fracture à la jambe risquait de s'aggraver s'il forçait trop, et des ennemis étaient proches, cavaliers sagaths avec ou sans cheval voire loups éloignés qui pouvaient vite revenir. Geralt n'était pas loin qui trancha en deux un Sagath qui se relevait pour approcher de son ami et le protéger. Sa lame fit vite du ménage autour de lui pour empêcher les ennemis de profiter de la situation. De toute manière, des cris furent bientôt lancés et le mouvement de retraite commença à se faire parmi les cavaliers, ce qui lui laissa plus de temps pour se consacrer à son ami à terre.

De son côté, Drilun enflammait magiquement la selle d'un des chevaux entre lesquels il était coincé, ce qui entraîna une réaction immédiate de la monture et donna de l'air à l'archer-magicien. Il continua par la suite à utiliser ses flammes pour faire de la place autour de lui et ses amis, jusqu'à ce que Geralt l'appelle à la rescousse, ainsi que Taurgil qui arrivait non loin. En effet, le maître-assassin avait essayé de soulever le corps du cheval en se servant d'une lance comme levier, mais elle s'était cassée. Il avait jugé alors qu'en utilisant plusieurs lances et en s'y mettant à plusieurs, le nain serait plus facilement dégagé.

Les cavaliers ennemis firent donc retraite, même si des loups restèrent en arrière pour leur faciliter la tâche et occuper un peu la lionne ou ses amis. Néanmoins Mordin ne fut pas inquiété et il fut vite libéré du corps du cheval qui le tenait prisonnier. Tandis que certains récupéraient des chevaux que la lionne empêchait de partir, Isilmë protégeait la jambe cassée du nain à l'aide d'une attelle et de ses soins magiques. Taurgil fit une infusion d'athelas - il dut s'y reprendre à deux fois et en gaspilla un peu - afin d'utiliser ses mains de roi pour soigner la blessure, dont la douleur diminua bientôt. Mordin put bientôt se lever et marcher seul, même si sa jambe n'était pas complètement guérie. Mais au moins ne risquait-elle plus de voir son état s'aggraver.

Les ennemis s'étaient éloignés de leur petite forteresse, divisés en quatre groupes à peu près équivalents. Entre les perceptions de la lionne et les talents et longue-vue du maître-assassin, ils purent estimer que chaque groupe devait comporter autour de trois cents cavaliers et au plus une cinquantaine de loups et wargs. Aucun sorcier n'était visible, et un seul rôdeur noir fut perçu, qui agissait comme chef auprès de Sagaths d'élite. Les quatre groupes étaient éloignés d'eux de deux à trois portées de flèche, ce qui était amplement suffisant pour leur permettre de lancer une charge si jamais les aventuriers quittaient la protection des murs de ronces magiques qui leur tenaient lieu de forteresse. D'une certaine manière, ils étaient en sécurité mais ils étaient coincés là.

Le soleil baissait dans le ciel, et une bande de cavaliers avaient été repérés qui s'en allaient en direction du convoi ennemi, sans doute pour prévenir de ce qui s'était passé. Peut-être aussi pour demander conseils ou renforts, car il restait encore sans doute un sorcier dans le convoi, sans parler des rôdeurs noirs et de nombreux Sagaths. La fouille du corps du sorcier par Rob n'avait rien donné de particulier : il trouva un habituel anneau magique qu'il se garda bien de toucher, du poison, du baume orc et des préparations - poudres et liquides - pour faire des rituels magiques peut-être, mais aucune pierre d'appel de dragon. Le hobbit récupéra également des flèches pour remplacer les siennes ou celles de ses amis ainsi que diverses armes de qualité qui pourraient leur servir.

En plaine, les Sagaths avaient un avantage certain et les rugissements de la lionne n'avaient pas eu grand effet : comme le soupçonnait Mordin, ils avaient dû boucher les oreilles des chevaux avec une substance ou une autre pour limiter l'impact de ses rugissements. La présence des loups les empêchait de partir en catimini, même de nuit, sauf peut-être en diminuant magiquement leur odeur à tous et en accentuant l'obscurité autour d'eux. Mais en attendant, un dragon devait être en train de filer vers leur armée, comme cela fut confirmé par un sort de divination de Drilun. Haurnfile, la dragonne non ailée, était probablement en route et rencontrerait bientôt leurs amis. La présence de Jirfelian, magicienne à qui ils avaient demandé de veiller sur les troupes nordiques, serait-elle suffisante pour éviter le pire ? Ils auraient de toute manière bien du mal à arriver à temps pour empêcher cela sans prendre de grands risques, ou sans un éclair de génie qui n'avait encore frappé aucun d'eux.
Modifié en dernier par Niemal le 15 septembre 2015, 18:00, modifié 1 fois.

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Horselords - 47e partie : allié ou ennemi de poids

Message non lupar Niemal » 16 décembre 2014, 16:34

1 - Préparatifs
La présence des loups et wargs malgré la probable absence de sorcier sur place étonna certains comme Geralt ; d'autant qu'aucune magie n'était clairement perceptible, même si Rob ressentait comme une vague impression de quelque chose d'insaisissable. Si volonté magique il y avait, elle devait venir de loin et être masquée et puissante... Après de grandes discussions qui virent le soleil commencer à se coucher, les aventuriers décidèrent d'utiliser la carte qui aurait le plus d'effet pour briser l'élan de la cavalerie ennemie : le feu. L'objectif était non seulement de désorganiser les troupes adverses, mais de pouvoir faire une percée à travers elles sans laisser personne derrière. Il n'y aurait pas de second essai, donc il fallait faire mouche du premier coup : dès que leur petit groupe serait parti, les ennemis convergeraient tous vers eux. Ils devraient donc percer l'un des quatre groupes ennemis avant que les autres ne puissent intervenir. S'ils étaient arrêtés assez longtemps pour que les trois autres puissent attaquer, leurs chevaux n'y survivraient pas et sans doute certains d'entre eux non plus.

Tout d'abord, un certain nombre de lances furent ramassées parmi les adversaires tombés au combat, et préparées : elles furent réduites à la bonne longueur et attachées à la selle de leurs chevaux de manière à leur donner des allures de hérissons. Les vêtements des cadavres furent mis à contribution pour confectionner des liens, mais aussi pour faire des boules de tissu qui furent imbibées d'huile et placées à l'extrémité des "pointes" des hérissons. Isilmë alla même jusqu'à dépecer quelques cadavres pour récupérer leur graisse et ajouter à ces futurs brûlots. Il fallait faire en sorte que l'extrémité des lances, où les tissus étaient placés, puissent brûler et gêner les ennemis sans pour autant tomber au sol et entraver la course du cheval, et cela d'autant que les vents levés par le sort du Dunéen restaient violents. Il avait désactivé la magie et les rafales diminuaient, mais il s'en faudrait encore de près d'une heure avant qu'elles ne disparussent complètement.

Un cheval eut une destinée particulière : il n'aurait pas de cavalier mais une grosse masse de tissu imbibé d'huile, et il serait allumé en dernier, lorsque le choc avec l'armée adverse serait proche. Le cheval viendrait en premier, dirigé par la lionne qui, placée juste derrière lui, veillerait à ce qu'il aille dans la bonne direction. Une fois en feu, les flammes seraient amplifiées par la magie de l'archer-magicien et modelées de manière à avoir un maximum d'effet sur les loups et les cavaliers adverses. En bref, il faudrait que cela suffise pour les faire tous s'écarter et pouvoir passer à travers eux. Le cheval n'y survivrait sans doute pas, mais les aventuriers en avaient en trop et ils n'avaient guère le choix ; il fallait juste qu'il vive assez longtemps pour leur offrir cette traversée de la cavalerie adverse.

Dans un premier temps, les préparatifs se firent à couvert, dans leur forteresse de ronces magiques, à l'abri des regards adverses. Au fur et à mesure que le chantier avançait, ils prirent conscience qu'ils étaient coincés : les chevaux, une fois transformés en porcs-épics, ne pourraient plus passer par leurs petites ouvertures, et cela prendrait trop de temps à les agrandir. Aussi firent-ils lever de nouveaux murs de ronces à l'extérieur de leur forteresse de manière à bloquer la vue de leurs ennemis ; tout en permettant de faire tous les préparatifs nécessaires et de pouvoir quitter ensuite leur abri au galop, les premières flammes déjà allumées. Ce qui fut fait, avec du temps et de l'huile de coude, malgré fatigue et moral en berne pour certains. Geralt n'était pas le seul à penser que de toute manière ils allaient tous mourir... Ce qui n'empêcha pas ce dernier de participer, y compris en utilisant les pouvoirs magiques de son ténébreux cimeterre pour les masquer encore davantage à certaines occasions.

Ils furent enfin prêts, alors que la nuit était déjà tombée. Ce qui rendrait leur spectacle pyrotechnique encore plus impressionnant, sans doute. Hormis l'elfe et la lionne, tous prirent du trèfle de lune afin de mieux voir dans le noir. Drilun modifia la voix de la lionne pour la rendre encore plus puissante et menaçante à l'aide d'un sort : cela lui servirait pour diriger le cheval de tête, dont les bouchons d'oreilles placés par les Sagaths - bouchons faits de bouts de tissu et de graisse - avaient été retirés. En revanche, les autres chevaux en portaient tous et leurs yeux furent également bandés afin de ne pas les affoler avec la vision des flammes. Il serait déjà assez dur de les diriger comme cela, leurs naseaux restant eux parfaitement ouverts aux odeurs à venir, tant des ennemis vivants que de leurs futurs corps ensanglantés ou brûlés.

2 - Charge héroïque
Les brûlots au bout des morceaux de lance furent allumés, puis les cavaliers montèrent en selle, Rob restant en croupe du cheval de Geralt. La lionne enchantée fit clairement comprendre au cheval de tête par où elle voulait qu'il aille, ce qu'il reçut cinq sur cinq : il sortit de derrière les murs de ronce magiques et se dirigea droit au sud, vers le centre d'un des groupes de loups et cavaliers ennemis. Elle resta derrière lui pour continuer à le diriger, telle un efficace chien de berger menant son troupeau à l'abattoir, tandis que ses compagnons arrivaient derrière elle, les uns derrière les autres, comme des porteurs de flambeaux un peu particuliers. Leurs chevaux étaient nerveux mais ils arrivèrent à les diriger tous sans anicroche et à faible distance de la lionne et du cheval incendiaire non encore allumé.

Les ennemis réagirent par des cris entre les différents groupes, ce qui laissa aux aventuriers le temps de couvrir le tiers de la distance. Puis les Sagaths s'élancèrent tous et prirent rapidement de la vitesse, précédés de peu par les loups et wargs. Le groupe face à eux était large mais assez compact et il comportait peut-être une demi-douzaine de rangs, voire plus. Le choc avec la ligne formée par les aventuriers ne mettrait sans doute pas plus d'une vingtaine de secondes à arriver. Les deux groupes latéraux convergèrent vers le centre et le probable point d'impact entre Sagaths et aventuriers, de manière à pouvoir les prendre sur les côtés et dans le dos, et les écraser entre eux et le groupe de face. Le dernier groupe, le plus éloigné, devait être en train de s'approcher lui aussi mais il était masqué par les murs de ronce magiques laissés en arrière, sans parler de la distance et de la nuit.

Craignant peut-être la magie de l'archer-magicien, les Sagaths n'avaient pas allumé de torches. Et ils n'en avaient certainement pas besoin pour repérer leurs adversaires. Ils virent Geralt sortir de la ligne et se rapprocher du cheval de tête, de manière à ce que les brûlots qu'il portait puissent frôler la bête apeurée et surtout la masse des tissus imbibés d'huile qu'elle portait. Bientôt ils prirent feu, attisés par les vents turbulents et l'huile généreusement utilisée. Tandis que le maître-assassin regagnait sa place au milieu de la file, l'archer-magicien utilisait sa magie pour accroître le volume des flammes et les modeler à sa guise...

Le cheval de tête fut bientôt transformé en un simulacre de dragon miniature dont le souffle enflammé se changea en une espèce de mur de flammes face aux Sagaths qui arrivaient devant eux. Les loups s'éparpillèrent de chaque côté, mais les cavaliers, emportés par leur élan, ne purent tous en faire autant. De nombreux cris s'élevèrent derrière le mur de flammes, hennissements et cris de douleur, tandis que deux colonnes de cavaliers ennemis qui avaient réussi à esquiver le feu magique passaient de chaque côté des aventuriers, à distance trop grande pour pouvoir les attaquer. Tout semblait marcher comme prévu...

Malheureusement, le dragon souffleur de mur de flammes connut une fin précoce : de nombreux cavaliers adverses n'avaient pu maîtriser leurs montures qui avaient cherché à fuir dans tous les sens, d'où un grand nombre de chutes. Les corps avaient constitué des obstacles contre lesquels les cavaliers des rangs suivants, assez serrés, étaient venus buter. La masse de corps humains et surtout équins à terre constituait une petite barrière dans laquelle le cheval de tête, épouvanté par le feu tout autour de lui, se jeta d'un bloc. Le "dragon" s'arrêta donc net, et les flammes avec lui, même si elles se propagèrent vite aux corps proches et à ce qu'elles avaient d'inflammable - crins, cheveux, couvertures, habits... Ce petit enfer et les cris des suppliciés qui y rôtissaient motivèrent encore plus le reste des Sagaths et leurs chevaux à s'en éloigner davantage. Mais les aventuriers étaient en train de foncer droit dedans.

3 - Percée
Vif, vu sa position et la qualité de ses sens, fut la première à percevoir le danger. Elle avertit ses compagnons d'un rugissement et commença à dévier sa course vers la droite, de manière à éviter les flammes mais surtout les corps entremêlés des chevaux et cavaliers sagaths qui gisaient au sol. Elle aurait pu sauter par-dessus et tout traverser sans mal, mais ses amis, et surtout leurs chevaux aveuglés, en auraient été bien incapables. Il ne restait donc qu'un espace de quelques mètres entre les flammes et les colonnes de cavaliers ennemis de chaque côté pour continuer à avancer. Espace qu'elle contribua à agrandir encore avec des rugissements puissants et des coups de griffes bien placés pour tuer ou repousser leurs ennemis.

Ses amis infléchirent à temps la course de leurs chevaux pour suivre la lionne, passant très près de leurs ennemis. La plupart étaient trop secoués par cette explosion de flammes, que Drilun manipulait toujours même si elles n'avançaient plus, pour essayer de porter des attaques. Sans parler de la lionne magique qui leur donnait une raison supplémentaire de les laisser passer. Le groupe put ainsi dépasser par la droite le mur de flammes et l'essentiel des corps ennemis qui étaient tombés devant l'obstacle. Ils purent progresser comme dans un grand U formé par leurs ennemis, sauf que le fond du U restait fermé par deux ou trois rangs de cavaliers. Et ceux-là avaient eu le temps de jauger de la situation et ne comptaient pas les laisser partir si facilement.

La résolution des Sagaths vacilla vite face aux griffes et rugissements de la lionne, plus les flammes manipulées par l'archer-magicien dunéen à partir de leurs brûlots, ou encore l'épée du maître-assassin. Mais il y eut aussi la redoutable présence de Taurgil augmentée de sa magie récemment apprise : elle le fit apparaître comme un terrible roi guerrier porteur de mort et de souffrances, et les cavaliers ennemis refluèrent en grand nombre. Mais pas tous néanmoins, et en particulier un Sagath d'élite qui fonça sur le Dúnadan. Tandis que ses compagnons fuyaient ou étaient abattus, il arriva à éviter les bouts de lance enflammés autour du cheval du grand rôdeur et à porter un coup de lance adroit.

C'est le cheval de Taurgil qui était visé, et qui fut touché. Pas mortellement, mais il écopa d'une blessure profonde à la patte avant droite, ce qui le fit trébucher. Il arriva à se redresser, même s'il boitait un peu, et le rôdeur dúnadan parvint à rester en selle, tandis que leur agresseur s'éloignait derrière eux. Les autres aventuriers n'eurent pas d'autre problème et bientôt le groupe sentit les vents turbulents les fouetter à nouveau sans être diminués par la présence des nombreux ennemis en rangs serrés tout autour d'eux : ils étaient passés, ils avaient réussi à traverser le groupe de cavaliers sagaths contre lequel ils s'étaient élancés ! Mais le cheval de Taurgil boitait et saignait et ne tiendrait peut-être pas longtemps ainsi...

Heureusement, ils avaient gagné un certain répit : en arrière, leur percée s'était accompagnée d'une grande confusion parmi les Sagaths. En effet, le groupe qu'ils avaient traversé avait été secoué et désordonné par leur attaque tant pyrotechnique que psychologique. Il s'était donc étalé sur les côtés, ce qui avait bloqué les deux autres groupes de Sagaths qui arrivaient sur leurs côtés et leurs arrières. La confusion qui s'ensuivit laissa le temps aux fuyards de prendre une petite avance avant que la poursuite ne soit reprise. C'était la nuit et les vents turbulents n'aidaient pas, mais les Sagaths étaient de bons cavaliers, en particulier leur élite en cotte de mailles et armes de qualité. Ils cravachèrent leurs montures, déjà précédées par des loups et wargs que l'obscurité et le vent gênait moins. Malgré la fatigue des aventuriers, malgré la blessure du cheval de Taurgil, il allait falloir accélérer pour ne pas être rattrapés.

4 - Fuite en soignant
D'un simple galop, les cavaliers du groupe passèrent donc à une allure plus rapide, malgré leur fatigue et les conditions d'obscurité et de vent. Mais depuis le début de leurs aventures en tant que représentants du roi d'Arthedain, ils étaient tous devenus de très bons cavaliers, passant parfois plus de temps en selle qu'à terre. Seul le hobbit, chevauchant souvent avec quelqu'un d'autre, n'était pas encore toujours à son aise, comme il le montra une fois de plus. Il glissa de sa position à l'occasion d'un écart du cheval, et n'empêcha sa chute que grâce à ses talents d'acrobate. Geralt l'aida à reprendre place comme il le faisait régulièrement, en grommelant de déplaisir d'être obligé de faire de nouveaux efforts...

Mais Rob n'était pas vraiment un problème, et le reste du voyage ne fut source d'aucune autre difficulté pour lui. En revanche, le cheval du rôdeur Dúnadan boitait et saignait et il ne tiendrait pas indéfiniment à cette allure. Il fallait vite arrêter stabiliser la blessure sans quoi il allait vite s'affaiblir. Mais les meilleurs Sagaths et les loups n'étaient pas si loin que cela derrière, si les aventuriers s'arrêtaient leurs ennemis seraient là en moins d'une minute. Comment faire pour soigner ce cheval au galop ? L'application de baume orc cautérisant semblait la meilleure des solutions, mais comment faire cela sur un cheval au galop, sur une patte qui bougeait sans cesse, et dans quelle position pour le soigneur qui devrait s'en charger ?

Taurgil fournit une solution possible, qui fut bientôt acceptée. Tandis que Geralt prenait un premier pot de baume, le grand Dúnadan s'emparait de la corde magique du serpent. Une fois sa magie activée, la corde devenait une espèce de serpent vivant aussi costaud que celui qui en tenait une extrémité en ayant prononcé le mot magique d'activation. Le rôdeur était le plus fort du groupe, Vif exceptée, et il se faisait fort de tenir en l'air le hobbit à proximité de la blessure du cheval pour qu'il puisse le soigner. Les chevaux avaient été débarrassés des lances et brûlots, il resterait juste à combattre les effets du vent, du galop, et surtout le manque d'expérience du hobbit qui était très novice dans les arts des soins...

La tâche était tout de même redoutable. Tandis que Taurgil et Geralt dirigeaient leurs chevaux en parallèle et avec la course la plus souple et sans heurt possible, Rob, tenu en l'air par la corde magique, essaya donc de tartiner la jambe blessée du cheval. Et cette jambe n'arrêtait pas de bouger et le cheval protestait de sentir cet onguent brûlant sur sa plaie. Sans oublier leurs ennemis qui étaient toujours à portée de vue et d'ouïe, prêts à massacrer quiconque chuterait ou serait laissé en arrière. Les gestes du petit voleur ne furent donc pas les meilleurs, il tartina et gaspilla beaucoup de baume, sans grand effet au début. Après avoir épuisé autour de trois pots complets - de quoi traiter une trentaine de blessures ! - il put tout de même constater que la jambe du cheval ne saignait plus. Sa tâche avait été menée à bien, et il reprit bientôt sa place derrière Geralt.

La poursuite dura peut-être une heure mais les poursuivis ne furent jamais rattrapés. Bien que fatigués, ils étaient tous de bons cavaliers et voyaient bien dans l'obscurité grâce au trèfle de lune. Leur endurance avait ses limites, même celle du nain qui était lourdement chargé par son haubert de mailles et sentait l'épuisement le gagner petit à petit, mais les Sagaths ou les loups n'étaient pas inépuisables non plus. Les orientaux furent les premiers à décrocher, s'éloignant petit à petit, jusqu'à ne plus être visibles. Et les loups et wargs, restés seuls, étaient moins nombreux qu'au départ et peut-être moins motivés par un sorcier proche ; d'autant qu'ils savaient la force des ennemis qu'ils poursuivaient, comme par exemple la lionne magique qui aurait peut-être pu tuer un grand nombre d'entre eux ou en tout cas les ralentir assez pour rendre toute poursuite vaine. Ils abandonnèrent donc peu après avoir vu disparaître leurs alliés à cheval. Les aventuriers avaient réussi à se tirer du pétrin dans lequel ils s'étaient fourrés...

5 - Nuit et brouillard
Après avoir la certitude qu'ils n'étaient plus suivis, les aventuriers ne mirent pas longtemps à s'arrêter. Certains comme le nain tombaient de fatigue et avaient les muscles douloureux ; ils auraient bien apprécié une pause un peu conséquente pour récupérer santé et moral à l'aide de la magie des soins apportée par Isilmë ou Taurgil. Mais ce dernier resta inflexible : avec Haurnfile, la sœur de Culgor, le dragon qu'ils avaient rencontré, sans doute non loin de l'armée nordique, pas question de perdre du temps. Cela se traduirait sans doute par de nombreux morts. Le groupe s'arrêta donc juste le temps d'effacer magiquement la fatigue des plus éprouvés, plus il reprit la route.

C'est Vif qui dirigeait une fois de plus leur petite troupe de cavaliers, en raison de sa capacité à se diriger en nature et de ses sens exceptionnels, en particulier la nuit. Mais ils ne savaient où l'armée nordique avait pu dresser le camp. Tandis qu'au matin eux-mêmes étaient partis vers le nord puis avaient obliqué vers l'est une fois la Route de l'Est (Men Rhúnen) atteinte, les nordiques avaient dû suivre la Route Grise (Men Mithrin) pour se rapprocher du point d'interception convenu sur la Route de l'Est. Mais difficile de savoir quelle distance ils avaient pu parcourir. De toute manière, une fois qu'ils auraient retrouvé la Route Grise, Vif pourrait facilement déterminer s'ils étaient déjà passés par là. Auquel cas il ne serait pas difficile de les suivre : deux mille cavaliers ne passaient pas sans laisser de traces !

La minuit ne devait pas être très éloignée quand la Men Mithrin fut enfin atteinte. Et il était clair qu'elle avait été parcourue par de nombreux chevaux chargés. Comme en plus le sol avait été chargé d'eau par de fortes pluies, dont ils avaient d'ailleurs fait l'expérience à l'aller, le chemin était facile à suivre. La lionne indiqua que le passage devait remonter à une demi-douzaine d'heures. Sachant qu'il fallait compter environ déjà quatre heures de nuit et que le camp devait être préparé avant la tombée de la nuit, cela voulait dire qu'ils ne devaient pas être bien loin. En fait, il était même possible pour les plus perceptifs de distinguer quelque chose à l'est. Mais ce n'était pas des feux de camp...

Geralt utilisa sa longue-vue, à laquelle s'ajoutait le pouvoir du cimeterre ténébreux qui permettait de voir dans l'obscurité comme en plein jour. Et il perçut, à peut-être une dizaine de miles (~ 16 km) de là une brume épaisse, de forme circulaire, comme un dôme de blancheur laiteuse posé juste sur le tracé de la route. De là à soupçonner qu'un sorcier avait levé une brume magique pour favoriser l'arrivée du dragon, il n'y avait qu'un pas, qui fut vite franchi. Et d'ailleurs, la féline Femme des Bois annonça qu'elle commençait à entendre des cris qui venaient de là-bas. Manifestement, la dragonne venait d'arriver, et elle faisait du dégât. Avec ses formidables perceptions elle pouvait facilement manœuvrer dans la brume et repérer ses adversaires, qui auraient beaucoup de mal à organiser une riposte. Bref, les aventuriers étaient en retard...

La cavalcade reprit donc de plus belle, cette fois vers l'ouest, en direction du banc de brume. Alors qu'ils s'en rapprochaient, les cris et hennissements devinrent perceptibles de tous, sans parler des rugissements d'une bête qui avaient de quoi faire passer Vif pour un petit joueur. Et qui devaient sans doute affoler les chevaux et perturber fortement les nordiques, qui n'avaient certainement aucune chance à pied, de nuit dans la brume, contre un pareil adversaire. Les aventuriers entrèrent enfin dans le brouillard nocturne en sonnant du cor pour prévenir de leur arrivée, ou par de grands cris proclamant la venue de Taurgil et de ses amis. Ils ne mirent pas longtemps à rencontrer les premiers guerriers nordiques désemparés par ce qu'il se passait. Manifestement, le combat ne tournait pas à leur avantage...

6 - Désolation et résistance
Tandis que les aventuriers se faisaient reconnaître et progressaient dans le camp, ils recueillaient des informations par des sources diverses. Les guerriers nordiques parlèrent de l'attaque du ver et son côté invincible, l'éparpillement des chevaux, mais aussi qu'ils n'avaient pas été pris complètement par surprise : une femme nordique était apparue qui leur avait permis de ne pas être massacrés dans la brume, et d'avoir le temps de se préparer au combat - même si ça n'avait pas eu grand effet. En fait, Vif arrivait à percevoir clairement la voix de cette femme, en qui elle reconnut Jirfelian, la magicienne de Dale. D'ailleurs, d'autres aventuriers l'entendaient assez clairement eux aussi car sa voix portait anormalement loin dans la brume : elle semblait percevoir les déplacements du ver à distance et elle tentait de guider les nordiques à l'aide de sa voix probablement amplifiée par magie.

D'autres informations furent données, qui montraient clairement l'impuissance des nordiques à faire face à ce fléau dans de pareilles conditions de mauvaise visibilité. Itanulf, chef des Brotharas, était gravement blessé. Le combat semblait principalement mené par Mahrcared, Atagavia et Bronwyn. Il était dit que les morts et blessés se comptaient déjà par centaines. Les charges de cavalerie étaient inefficaces non seulement en raison de la mauvaise visibilité, mais aussi en raison de la difficulté à maîtriser les chevaux face à un tel monstre. Et les lances semblaient impuissantes à percer son cuir...

La partie du camp que Taurgil et ses amis traversèrent au début n'avait rien de particulier, en dehors du fait qu'il était parcouru de bandes d'hommes armés voire de cavaliers qui cherchaient à s'organiser. Mais alors qu'ils se rapprochèrent des bruits du combat, le décor changea : les tentes ou autre équipement gisaient au sol, souvent en piteux état, et les premiers corps apparurent : blessés qu'on transportait, mais aussi chevaux et hommes à terre, dont certains ne se relèveraient pas. Çà et là, des torches tenues par des nordiques illuminaient la brume de l'intérieur mais ne réussissaient pas vraiment à éclairer très loin.

Des cris de combat se faisaient de plus en plus proches, même si le dragon semblait bouger rapidement. En fait, il donnait l'impression de tourner autour du même secteur, au centre duquel Vif et certains autres utilisateurs de magie arrivaient à percevoir un puissant sortilège : la pierre d'appel du dragon était bien active et elle avait dû être placée dans le camp, à la faveur de la brume, d'origine magique probablement. Le dragon, ou plutôt la dragonne, Haurnfile de son vrai nom, avait été inexorablement attirée par cette magie. Arrivée dans le camp, elle avait dû donner libre cours à sa fureur et sa soif de sang et de destruction, mais restait à proximité de ce qui l'avait amenée là.

Geralt demanda vite à Vif de le prendre sur son dos pour aller voir de plus près, et il activa le tour d'oreille magique pour la comprendre et pouvoir échanger avec elle : leurs perceptions remarquables et la rapidité de la lionne faisaient d'eux les meilleurs des éclaireurs. Et la magie qu'ils portaient à travers griffes et cimeterre, associée à leurs talents au combat, les rendait aussi efficaces qu'une petite armée. S'approchant de la dragonne qui fut bientôt à moins d'une portée de flèche de distance, ils eurent l'occasion de voir les efforts futiles des nordiques : il y eut les attaques de Bronwyn, Mahrcared et Atagavia (entre autres), tous balayés d'un coup de queue seulement en partie évitée par d'acrobatiques plongeons ; ou la charge d'une compagnie de cavaliers nordiques qui se lancèrent sur le flanc de la bête. Le rugissement qu'elle poussa fit fuir ou mit à terre tous les cavaliers sauf un. Il arriva à porter un coup qui n'eut pas l'air de faire grand-chose au monstre, qui brusquement tourna sa tête vers l'Eriadorien aux cheveux blancs et la féline Femme des Bois.

Haurnfile les avait perçus, elle et leur magie, et manifestement elle tenait à faire leur connaissance de plus près. Le maître-assassin tenta bien de lui parler, mais sans succès : elle dit qu'elle s'amusait avec les nordiques, et à présent c'était son tour. Elle leur fonça dessus, avec son corps massif long d'une douzaine de pas environ, sans compter sa queue puissante. Elle ressemblait à un énorme lézard aux pattes très musclées, aux griffes et aux crocs redoutables, le ventre distant du sol d'un petit mètre. Son poids devait être immense, plus important que celui de son frère qu'ils avaient rencontré. Lorsqu'elle marchait sur un cadavre de cheval ou d'homme, le corps était proprement broyé et à moitié enfoncé dans le sol. Là où son frère Culgor était d'un joli rouge et or, ses écailles à elle luisaient d'un rouge gris un peu terne, et manifestement elle n'avait pas le côté félin et joueur aussi développé que celui de son frère : elle était là pour tuer, pas pour discuter.

7 - Flèches et magie noire
Devant la menace, et sentant qu'ils n'étaient pas de taille à deux contre Haurnfile, Vif fit un brusque demi-tour, obligeant Geralt à s'accrocher fermement à elle pour ne pas tomber et se retrouver seul face à la dragonne. Cette dernière n'arriva pas à approcher assez près de la lionne pour l'attaquer, et le félin en fuite montra qu'il était clairement le plus rapide. Néanmoins, Haurnfile les suivait à faible distance, ce que perçurent très bien leurs amis qui approchaient. Ils se mirent alors en position de combat et préparèrent armes et magie, mettant pied à terre pour laisser filer leurs chevaux nerveux face aux odeurs de mort et aux trépidations du sol sous le poids de l'immense bête.

Vif percevait assez bien l'emplacement de la pierre d'appel du dragon, mais Haurnfile était entre la pierre et eux. Elle tenta bien de tourner autour de la dragonne pour aller dans la bonne direction, mais malgré sa taille et son poids, Haurnfile était rapide et elle dévia de manière à bloquer la trajectoire de la lionne. Du coup, cette dernière fila jusqu'à ses amis, qui attendaient le monstre de pied ferme. La dragonne, fatiguée de cette proie trop rapide, fut tout d'un coup très intéressée par la grande silhouette de Taurgil, qui s'était mis en avant, et elle laissa la féline Femme des Bois et l'Eriadorien aux cheveux blancs filer. La lionne fit alors demi-tour et déposa rapidement - en ralentissant un peu - son cavalier non loin du flanc de la bête. Le roulé-boulé que fit Geralt l'amena dans le dos de la dragonne, tandis que le félin enchanté poursuivait sa course vers la source de la magie qui avait attiré Haurnfile dans le camp nordique.

La tentative de dialogue avec le monstre instaurée par le Dúnadan ou Mordin tourna court : Haurnfile préférait l'action à la discussion, et un rugissement de sa part fit descendre le moral de certains de ses adversaires. L'héritier des rois du Rhudaur fut sa première cible, mais la magie de ce dernier arriva à le protéger de l'attaque de la dragonne. Tandis que les archers libéraient leurs flèches, le nain essayait de laisser sa hache magique, dont le manche était en os de dragon, lui indiquer où était le point faible de leur adversaire. Il semblait qu'il y en avait un, car la hache paraissait attirer son attention... sur son ventre. Il finit par estimer que le trou dans l'armure de la dragonne devait se situer au milieu du corps de la bête, sur le dessous, ce qui n'était pas l'endroit le plus facile à attaquer. Mais après tout, les dragons porteurs de points faibles faciles à attaquer étaient sans doute déjà tous morts depuis longtemps. Il transmit l'information à ses compagnons en essayant d'approcher du point névralgique, comme d'autres aventuriers le firent bientôt.

La flèche de Rob, même si elle se ficha dans le cuir épais du monstre, n'eut pas l'air de lui faire quoi que ce fût de plus que la piqûre d'une petite épine. Le trait d'Isilmë, lancé par un arc magique qui renforçait la puissance du tir et donc les dégâts, n'eut pas plus d'effet. En revanche, celle de Drilun, qui avait lui aussi un arc magique dévastateur, pris au Grimburgoth de Dol Guldur, arriva à blesser Haurnfile, même si ce n'était pas une blessure d'une quelconque gravité. Mais la dragonne marqua le coup, et elle fixa le Dunéen de son regard perçant, tandis qu'il prenait une nouvelle flèche.

Taurgil et Mordin profitèrent de ce répit pour approcher des flancs de la bête et essayer de trouver la partie non protégée que le nain avait magiquement perçue grâce à sa hache. Ils furent rejoints plus tard par Rob, qui comprit vite que son arc normal, bien que de qualité, ne risquait pas de faire grand-chose sur la dragonne. Même le tir sur ses yeux était difficile et la bête était trop résistante. Geralt, lui, était plutôt vers l'arrière du monstre, près de la queue. Un nouveau trait de Drilun blessa encore une fois Haurnfile, mais une blessure non mortelle était quelque chose de très relatif pour un animal de cette taille. Sa voix roula comme un coup de tonnerre chargé de magie droit sur l'archer-magicien dunéen. Lequel Dunéen accusa le coup, comme frappé de stupeur, et son arc pendit au bout de son bras, comme s'il n'avait plus l'énergie ou la motivation pour le bander : il était pétrifié de peur et de désespoir par la magie draconique.

8 - Queue et point faible
Pratiquement tous les amis de Drilun perçurent son nouvel état et sa grande vulnérabilité, mais aucun plus qu'Isilmë. Elle abandonna immédiatement ses tirs en direction de la dragonne pour se précipiter vers son amour affecté par la ténébreuse magie. Ses talents magiques de soigneuse pouvaient contrer pareilles ténèbres ensorcelées, mais seraient-ils assez forts ? Pendant ce temps, Haurnfile s'apprêtait à donner un violent coup de queue pour balayer Geralt, puis Mordin et Taurgil, ces deux derniers essayant tant bien que mal de donner des coups d'épée sur la zone dénudée du ventre de la bête. Ils ne tenaient pas trop à se glisser dessous car ils manquaient d'espace pour porter un coup, et si jamais la dragonne venait à se coucher sur le sol, son poids les aplatirait comme crêpe...

La guerrière elfe ne réfléchit pas vraiment mais utilisa sa magie à l'instinct : avec amour. Arrivée devant Drilun toujours hébété, sonné par la magie des ténèbres, elle infusa en lui toute la magie purificatrice qu'elle put trouver... à travers un fougueux baiser chargé de tout son amour en prime. Le résultat dépassa ses espérances et sa magie fut la plus forte qu'elle eût jamais faite ! Le sortilège de souffle noir de la dragonne vola instantanément en éclats et l'archer-magicien retrouva immédiatement ses esprits... ainsi que quelques couleurs, aux joues notamment. Les deux amis se séparèrent, non sans quelque regret, et reprirent bientôt leurs arcs et leurs flèches.

Pendant ce temps, les choses n'allaient pas si bien que cela pour Haurnfile, ce qui avait permis la guérison du Dunéen sans risque pour sa soigneuse. En effet, percevant le danger de la queue prête à les balayer, le maître-assassin avait décidé de planter dedans son cimeterre magique. Il arriva à l'enfoncer profondément une première fois, puis une deuxième, si rapide était-il au combat. La dragonne en hurla de douleur et elle fut bloquée dans son élan, incapable de porter son attaque. Ce qui laissa tout le loisir au nain et au Dúnadan de porter des coups en direction de la zone dénudée de protection sur son ventre, ce qui permit de la blesser un peu plus, bien que sans gravité cette fois. Et Rob était en train de se faufiler sous le ventre de la bête pour parvenir au point faible.

Cela étant, Haurnfile ne restait pas immobile et il n'était pas facile de suivre la zone dépourvue d'écailles tandis qu'elle se retournait pour concentrer son attention et sa colère sur Geralt et ses amis. Ce qui permit à Drilun de lui infliger une nouvelle blessure, et la plus grave qu'elle ait reçue de la nuit. En effet, l'archer-magicien, lors de la rencontre avec le frère de la dragonne quelques jours auparavant, avait pu récupérer un peu de son sang. Il s'en était servi, avec l'aide de sa magie, pour confectionner une flèche particulièrement nocive envers la gent draconique. Haurnfile s'étant tournée, elle ne perçut pas le caractère particulier du trait qui s'enfonça profondément dans ses chairs, comme s'il avait trouvé un trou entre ses robustes écailles...

Haurnfile saignait à présent abondamment, et les aventuriers continuaient sans relâche à la blesser par flèche ou par lame, sur son corps ou au niveau de son point faible. Même s'ils n'arrivaient pas à faire des blessures sérieuses, ils affaiblissaient le monstre petit à petit et l'empêchaient de répliquer avec toute sa vigueur. A un moment, Geralt se retrouva face à la dragonne, qui s'était entièrement retournée vers lui. Il perçut qu'elle s'apprêtait à lui bondir dessus, alors qu'il allait lui porter de nouveaux coups profonds à l'aide de sa lame enchantée. Mais il comprit le danger au dernier moment : si elle lui sautait dessus, elle l'écraserait dans sa chute et il mourrait, même en ayant eu le temps de porter un coup, fût-il mortel. Il choisit donc de plonger sur le côté pour éviter la trajectoire de la bête qui bondit en avant. Elle arriva dans le vide, mais ne s'en arrêta pas là : elle fonça dans la brume, fuyant ses adversaires... tout en prenant la direction de la pierre d'appel que Vif était en train d'essayer de déterrer.

9 - Drôle de chat et drôle de souris
La lionne, en effet, n'était pas restée inactive pendant tout ce temps-là. Elle était vite arrivée à une zone complètement ravagée qui avait dû être auparavant le principal lieu de stockage des provisions de l'armée nordique. Entre la dragonne qui était passée et repassée par là et quelques probables combats avec des cavaliers, il ne restait pas grand-chose en un seul morceau. Les trois quarts des réserves de nourriture de l'armée étaient sans doute perdus, et cette rapide estimation n'était probablement qu'un minimum. Et il semblait que la pierre avait été cachée là... mais où ? En suivant ses perceptions magiques et en farfouillant avec ses pattes puissantes, la lionne enchantée découvrit que non seulement un sorcier avait caché la pierre en cet endroit stratégique, mais qu'en plus il avait pris la peine de la mettre dans un trou creusé dans le sol et rebouché par la suite.

Vif commença à creuser mais ses pattes n'étaient pas celle d'un blaireau ou d'une taupe, et elle sentit vite le combat changer derrière elle : Haurnfile lui arrivait dessus à bonne allure ! D'après ses cris, elle avait dû être bien blessée par ses amis, et elle devait à présent vouloir récupérer la pierre et fuir avec. Les pattes de la lionne qui creusaient seraient-elles plus rapides que les pattes de la dragonne qui approchait ? En y mettant toute son énergie, la féline Femme des Bois arriva bientôt au caillou magique, qu'elle sortit de son trou et qu'elle agrippa dans sa gueule avec un frisson d'appréhension. Elle sentit la magie de la pierre tenter de la corrompre mais aussi qu'elle ne risquait pas d'être affectée si le contact ne durait pas longtemps. Haurnfile lui arrivait dessus et Vif fonça en avant, restant tout juste hors de sa portée. C'était moins une !

Cela étant, la dragonne n'était pas prête de lâcher sa proie. La lionne était indiscutablement la plus rapide, mais Haurnfile était sans doute la plus endurante. Et elle pouvait se permettre d'aller droit devant elle en écrasant tout sur son passage alors que Vif devait éviter les obstacles et surtout les nordiques encore vivants, présents un peu partout. Heureusement le monstre qui lui courait après était sans doute affaibli par ses blessures. Dans tous les cas, il ne fallait pas rester dans le camp au risque de faire davantage de morts ou blessés. Ses amis avaient compris la chose, de même que Jirfelian, qui criaient aux nordiques de s'écarter du passage du dragon et de la lionne devant elle. Elle perçut aussi qu'ils lui criaient quelque chose à elle aussi, sans doute pour convenir d'un point de rendez-vous, mais elle ne comprit pas ce que cela voulait dire. De toute manière, elle les percevrait bien assez facilement et les rejoindrait quand elle estimerait qu'ils seraient assez loin du camp.

Un peu de temps passa à continuer à courir en rond dans la brume, sans doute assez bref mais cela commençait à lui paraître assez long ; à dire vrai, elle en avait plein les pattes de courir jour et nuit sans dormir beaucoup ! Elle perçut enfin que ses amis sortaient du camp, en selle et accompagnés. Les chefs nordiques avaient dû leur fournir de nouvelles montures et discuter rapidement de la suite à donner. Au vu des nombreux cadavres de chevaux et d'hommes qu'elle avait pu croiser, il était clair qu'ils devaient avoir un sacré désir de revanche à assouvir ! Elle fonça donc vers eux quand elle estima qu'ils ne bougeaient plus et qu'ils l'attendaient. Elle arriva au milieu d'eux en quatrième vitesse, toujours au sein d'une épaisse brume illuminée par les torches amenées par certains. Puis elle ralentit et s'arrêta enfin, tandis que la dragonne freinait des quatre pattes et s'arrêtait non loin de Taurgil, qui s'était placé un peu en avant du groupe.

La lionne se demanda pourquoi ses amis n'attaquaient pas, et en particulier les chefs nordiques et la garde rapprochée qu'ils avaient amenée avec eux. C'étaient tous de très bons cavaliers, Haurnfile était blessée - la lionne percevait le sang qui lui coulait d'un des flancs - donc elle ne pourrait échapper à leurs attaques ou faire peur à leurs chevaux. Entre leurs armes magiques et ses griffes à elle, le monstre était vulnérable, à leur portée. Mais manifestement le noble Dúnadan avait eu une autre idée et il avait réussi à en convaincre ses alliés, ce qui n'avait pas dû être si facile que ça vu la fureur qu'elle percevait en eux. D'un autre côté, c'est Taurgil et ses amis qui avaient vraiment toutes les chances de tuer la dragonne, donc ils avaient dû se plier à sa volonté. Elle écouta alors d'abord Geralt, puis le grand rôdeur du Rhudaur parlementer avec le grand ver...

10 - Pacte avec la dragonne
Après avoir clairement établi que la vie de la dragonne ne tenait qu'à un fil, ou quelques mots, ses amis déclarèrent que ce n'était pas forcément ce qu'ils cherchaient. En effet, s'ils avaient blessé ou mis en fuite Haurnfile, c'était d'abord parce qu'elle avait attaqué leurs amis nordiques. Cela étant, leurs réels ennemis n'étaient pas la dragonne mais ceux qui l'avaient appelée. Il fut question alors du Nécromancien de Dol Guldur et de ses sorciers, du convoi pour Angmar, et du rôle que son frère et elle avaient joué. Fut également évoqué le fait que Culgor avait déjà été rencontré et qu'il n'avait pas pesé très lourd face à eux. En omettant de préciser que cela ne s'était pas passé aussi simplement que cela. Mais maintenant que Taurgil maîtrisait la magie des rois dúnedain, amplifiée par l'épée trouvée à Dol Guldur, lui et ses amis étaient nettement plus en confiance face à de telles créatures.

Et donc le maître-assassin et le rôdeur dúnadan proposèrent-ils un pacte à Haurnfile : en échange de son aide contre le convoi d'Angmar et les serviteurs du Nécromancien qui le guidaient, les aventuriers détruiraient ou remettraient la pierre d'appel à la dragonne et la laisseraient partir vivante. Mieux même, Taurgil évoqua une aide possible pour la débarrasser de son frère et lui prendre son trésor. Tout cela fit réagir le grand ver de douze pas de long : il se moqua de ces humains qui pensaient avoir quelque chose à lui proposer, même s'il ne contestait pas complètement leur capacité à lui nuire. Il tenta aussi d'envoûter Geralt au début de leur échange, mais ce dernier résista facilement. Manifestement la confiance n'était pas dans la nature de Haurnfile ni d'aucun dragon, et elle tenait surtout à savoir quelle garantie Taurgil et ses amis pouvaient apporter concernant ce pacte. Servir quelqu'un d'autre n'était pas dans sa nature, même si elle connaissait manifestement la loi du plus fort. Mais elle cherchait aussi quels intérêts elle pouvait tirer de l'affaire.

Les échanges prirent donc un côté mercantile qui était bien dans la nature des dragons. Taurgil proposa de soigner la dragonne de sa grave blessure, ce qui était d'autant plus nécessaire qu'elle l'affaiblissait et qu'un dragon affaibli ne leur servirait à rien. Haurnfile essaya de faire passer l'élimination de son frère, qu'elle détestait, en premier, mais le Dúnadan ne céda pas sur ce point. Il fut convenu que la blessure serait soignée immédiatement, afin de prouver la bonne volonté des aventuriers ; puis le convoi des Sagaths pour Angmar serait attaqué, à la suite de quoi la pierre d'appel magique changerait de propriétaire ou serait détruite. La question de la chasse au frère de la dragonne ne serait qu'un bonus possible envisageable par la suite.

A moitié contrainte et forcée, mais un peu intéressée tout de même, Haurnfile accepta le contrat. Certains comme Mordin, avec qui elle avait eu des échanges durs et clairs d'élimination des derniers dragons ou de nombreux repas de nains passés et à venir, n'avaient pas du tout confiance dans le gros lézard : à coup sûr il ne manquerait pas la première occasion de leur prendre la pierre et de les tuer. Mais Taurgil remplit sa part du contrat : aidé par sa magie, il tenta de soigner la grave blessure de la dragonne à l'aide de ses mains de roi et d'une infusion d'athelas. Ce qui fut un succès, le saignement se réduisant considérablement. Il faudrait une journée complète pour qu'elle soit à peu près fermée, ce qui posa la question de la réaction des nordiques à la vue du monstre qui avait tué tant des leurs. Haurnfile fut bientôt voilée par une brume magique, appelée cette fois par l'archer-magicien, afin de cacher sa vue aux Éothraim. En effet, la brume qui les entourait lorsqu'ils étaient arrivés était en train de disparaître, notamment suite à un vent levé avant le combat par le Dunéen. Mais cela suffirait-il ? Les nordiques sauraient tous vite ce qu'il y avait dedans...

Et effectivement, Atagavia et les siens ne comptaient pas en rester là, comme ils l'expliquèrent d'ailleurs bruyamment, et il serait peut-être difficile d'empêcher une quelconque action punitive. D'un autre côté, peut-être, comme la dragonne elle-même, attendraient-ils un moment opportun pour régler leurs comptes. Mordin utilisa d'ailleurs un argument allant dans le sens que désiraient leurs alliés nordiques : le pacte était voué à être brisé par la dragonne et il y aurait combat, et il serait bien alors temps de la tuer. Isilmë fut envoyée dans le camp nordique pour soulager les souffrances des blessés et rappeler aux nordiques qu'ils étaient bien leurs alliés et se souciaient d'eux, et ne pas perdre trop le crédit qu'ils avaient auprès d'eux. Et il y avait fort à faire, et elle y passa le reste de la nuit. Environ deux cents cavaliers étaient morts, et plus de cinq cents étaient blessés, dont certains dont elle empêcha la mort de justesse. Parmi ces blessés, certains étaient légers et pourraient reprendre la route et combattre. Mais trois cents d'entre eux n'étaient pas transportables dans l'immédiat. Autrement dit, l'armée nordique venait de perdre le quart de sa force en une nuit !

La réorganisation de l'armée et les nouveaux plans et objectifs devraient être débattus avec leurs chefs, mais pour l'instant ils étaient trop occupés à réunir leurs troupes et faire le bilan. Les pertes ne se chiffraient d'ailleurs pas qu'en hommes et chevaux : une bonne part des vivres avait été détruite, et il ne restait à l'armée qu'une semaine de nourriture. Il manquait aussi tentes et couvertures pour subvenir aux besoins tant des blessés que de ceux qui allaient rester avec eux, et les nombreux corps des chevaux et hommes devaient être gérés d'une manière ou d'une autre : au matin l'odeur commencerait à devenir insupportable et ils n'avaient ni le bois ni le temps de brûler ou d'enterrer tant de cadavres. Par ailleurs, le maître des chiens de la ville des voleurs semblait avoir péri, ainsi que la plupart de ses chiens avec lui. Des témoins rapportaient tout de même en avoir vu quelques-uns s'enfuir au loin, qu'on ne risquait sans doute pas de revoir... Enfin, après examen, Drilun découvrit que l'activation de la pierre magique d'appel ne pouvait pas être arrêté... sauf définitivement. Et sa magie était perceptible de loin.
Modifié en dernier par Niemal le 15 septembre 2015, 19:10, modifié 2 fois.