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Niemal
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Réchauffement : c'est pas près de s'arrêter

Message non lupar Niemal » 17 avril 2013, 19:48

A l'allure où les choses s'améliorent, on est parti pour les pires scénarios du GIEC. En effet, malgré toutes nos belles paroles et nos engagements, en plus de vingt ans l'énergie qu'on consomme est toujours aussi polluante en CO2. Et avec ça on en consomme de plus en plus... C'est le bilan qu'on peut faire à la lecture d'un article du Monde intitulé L'énergie mondiale n'est ni plus propre ni plus verte qu'en 1990 et qu'on peut lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html - et plus bas, puisque je vous le recopie.

Certes, les énergies renouvelables se développent, mais le charbon aussi, alors qu'il est plus émetteur de CO2 que les autres. Et l'article ne mentionne pas le pétrole issus des sables bitumineux, bien plus polluant que le pétrole plus classique, et d'autres sources comme les schistes bitumineux eux aussi plus polluants. Face à la raréfaction des sources d'énergie classiques, et malgré la crise, on ne peut se passer de consommer plus d'énergie, fut-elle plus chère et plus polluante. Pire encore : ces dernières années voient le déclin très net des investissements dans les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Autrement dit, le fric et le court-termisme sont toujours rois sur la planète. Le mur est là, mais il faut accélérer encore un peu pour y arriver plus vite...

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Malgré près d'un quart de siècle d'investissements dans les énergies renouvelables, l'énergie mondiale n'est ni plus propre ni plus verte qu'en 1990, selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publié mercredi 17 avril. Non seulement la consommation énergétique mondiale s'envole, mais la quantité de dioxyde de carbone émise pour chaque unité énergétique produite n'a baissé que de 1 % en moyenne depuis vingt-trois ans, à cause principalement de l'essor continu du très polluant charbon.

Le rapport, intitulé "Identifier les progrès de l'énergie propre", "démontre que pour la majorité des technologies économisant l'énergie et réduisant les émissions de CO2, la lenteur des progrès est alarmante", selon l'agence basée à Paris.

"La quête d'un système énergétique mondial propre est tombé en panne", déplore la directrice de l'AIE, Maria van der Hoeven, citée dans le rapport. "Malgré les discours des dirigeants mondiaux, et malgré le boom des énergies renouvelables lors de la dernière décennie, l'unité moyenne d'énergie produite aujourd'hui est, en gros, aussi sale qu'il y a vingt ans", constate-t-elle.

"LA DOMINATION CONTINUE DES COMBUSTIBLES FOSSILES"

Pire, le rythme ralentit : entre 1971 et 1990, "l'indice de l'intensité carbone du secteur de l'énergie" de l'agence internationale avait reculé de 6 %. Mais depuis, il stagne, "malgré les engagements politiques de la conférence de Rio de 1992 et du protocole de Kyoto en 1997, ainsi que du boom des technologies renouvelables depuis une décennie".

Cette situation "reflète la domination continue des combustibles fossiles – notamment le charbon – dans le bouquet énergétique et la lenteur de la montée des technologies moins carbonées", souligne l'AIE. En décembre 2012, l'agence avait indiqué, dans un rapport, que le charbon, énergie de masse qui produit le plus de gaz à effet de serre, talonnerait le pétrole comme première source d'énergie mondiale dans cinq ans, et devrait le dépasser d'ici à dix ans. L'Inde, et surtout la Chine, expliquent en grande partie ce phénomène, mais même l'Europe peine, selon l'AIE, à se priver de charbon malgré les inquiétudes environnementales.

Lire : Le charbon, première énergie mondiale d'ici à dix ans (http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html)

Conséquence : le monde n'est pas en passe d'atteindre les objectifs intermédiaires fixés pour 2020 du scénario visant à limiter le réchauffement à 2 degrés en 2100, estime l'agence. Pour éviter que le réchauffement planétaire ne dépasse cette limite, il faudrait que l'indice de l'agence baisse de 5,7 % d'ici à 2020 et de 64 % d'ici à 2050. Environ 60 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde sont liés au CO2 de l'énergie.

LES INVESTISSEMENTS DANS LES ÉNERGIES VERTES S'EFFONDRENT

Le rapport de l'AIE est publié alors que les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique sont tombés au plus bas depuis quatre ans au premier trimestre 2013, avec une baisse de 22 % sur un an, selon une étude publiée par Bloomberg New Energy Finance (BNEF).

Au premier trimestre, ces investissements ont reculé à 40,6 milliards de dollars, soit un niveau "inférieur à tout autre trimestre au cours des quatre dernières années", selon BNEF. Le déclin – de 38% par rapport au dernier trimestre 2012 – "reflète les effets de l'incertitude politique dans les gros marchés de l'énergie propre, comme les Etats-Unis ou l'Allemagne, et une stagnation des financements dans des marchés relativement actifs, comme la Chine et le Brésil", explique la société d'information spécialisée.

"Pour que les investissements en énergies propres jouent leur rôle pour contenir la croissance des émissions mondiales, nous devrions voir le niveau d'investissement doubler d'ici à 2020, et non pas baisser", souligne Michael Liebreich, le dirigeant de BNEF.

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Le monde selon Monsanto... bis

Message non lupar Niemal » 16 mai 2013, 21:06

Ceux qui ont lu le livre dont je fais l'écho en objet de ce post ne trouveront rien de neuf dans l'article que je reproduis plus bas. Son titre est Comment la diplomatie américaine veut imposer les OGM et on peut le lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html pour profiter de divers liens qui l'enrichissent, entre autres.

Bon, en résumé, il montre à quel point les grosses firmes agro-industrielles américaines (qui font des OGM) ont le soutien de leur gouvernement à haut niveau pour favoriser leurs affaires auprès du reste du monde. A se demander quelle est la limite entre un système libéral et un système maffieux... L'article ne donne pas une belle image des Etats-Unis libéraux. Mais c'est sans doute encore pire à http://www.lemonde.fr/ameriques/visuel/ ... _3222.html : ça concerne le pétrole de schiste aux Etats-Unis, et je ne le recopie pas mais je vous invite à le lire, même si c'est long.

Mais voici celui sur les OGM et la diplomatie américaine.

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On le sait, les organismes génétiquement modifiés (OGM) font l'objet de lobbying de la part des firmes de l'industrie des biotechnologies comme Monsanto, Syngenta, Bayer, Dow Agrochemical et consorts. Mais ce que l'on soupçonne moins, c'est qu'une partie de cette promotion active, voire agressive, est menée depuis des années par des diplomates américains dans de nombreux pays du monde.

L'ONG américaine Food and Water Watch a analysé et compilé, dans un rapport publié mardi 14 mai, 926 câbles diplomatiques échangés entre le département d'Etat américain et les ambassades de 113 pays étrangers entre 2005 et 2009. Il en ressort une campagne soigneusement conçue pour briser la résistance aux produits génétiquement modifiés à l'extérieur des Etats-Unis, et ainsi aider à promouvoir les profits des grandes entreprises agrochimiques américaines, qui dominent la production de maïs, soja et cotton outre-Atlantique.

Le rapport offre un autre aperçu de la puissance de cette industrie, après que la Cour suprême a apporté son soutien, lundi, à Monsanto, contre un petit agriculteur de l'Indiana accusé d'avoir enfreint ses brevets dans l'utilisation de graines transgéniques.

RELATIONS PUBLIQUES

Les câbles, publiés par WikiLeaks en 2010, mettent tout d'abord en lumière la stratégie de relations publiques, via des dizaines de conférences, événements et voyages tous frais payés aux Etats-Unis, visant à convaincre scientifiques, médias, industriels, agriculteurs et élus des avantages et de l'absence de danger des produits génétiquement modifiés – dont la question du risque et des rendements est posée.

Parmi les nombreux exemples dévoilés par le rapport, un câble de 2005 indique qu'un circuit dans quatre villes italiennes pro-OGM, organisé par le consulat à Milan, avait débouché sur une interview de quatre pages dans le magazine L'Espresso, ainsi que des reprises dans des quotidiens et à la télévision. En 2008, pour empêcher la Pologne d'interdire les OGM dans l'alimentation du bétail, le département d'Etat avait également invité une délégation du ministère polonais de l'agriculture à rencontrer des experts, notamment du département de l'agriculture américain. Entre 2005 et 2009, 28 voyages ont été organisés de la sorte aux Etats-Unis, avec des délégations de 17 pays.

PRESSIONS ET TERRAIN JURIDIQUE

Les diplomates américains devaient aussi faciliter les relations entre les firmes des biotechnologies et les gouvernements étrangers, notamment des pays en développement comme le Kenya ou le Ghana, pour promouvoir non seulement les politiques favorables aux biotechnologies et à la brevetisation du végétal, mais aussi les produits et exportations de ces entreprises. En 2005, l'ambassade d'Afrique du Sud informait ainsi Monsanto et Pioneer de deux postes vacants au sein de l'agence gouvernementale de régulation des biotechnologies, leur suggérant de proposer des "candidats qualifiés".

Enfin, l'effort du département d'Etat s'est aussi déployé sur le terrain juridique : les diplomates américains installés à l'étranger se sont ainsi opposés à des lois sur l'étiquetage des produits OGM ou des règles bloquant leur importation. Et les Etats-Unis ont saisi plusieurs fois l'Organisation mondiale du commerce, notamment contre le moratoire de sept pays européens sur la culture du maïs MON810.

Selon le rapport de Food and Water Watch, 70 % des câbles échangés avaient à trait aux lois et régulations des pays étrangers quant à l'agrochimie et 38 % portaient sur des pays membres de l'Union européenne, parmi les plus hostiles. Dans un câble de 2009, l'ambassade américaine en Espagne demande ainsi "une intervention du gouvernement américain de haut niveau", à la "demande urgente" de Monsanto, pour lutter contre les opposants espagnols aux cultures OGM. L'ambassade de France a, elle, proposé de tenir une conférence sur le thème "comment les biotechnologies peuvent répondre aux pénuries dans les pays en développement" pour contrer l'image négative dont pâtissent les OGM dans l'Hexagone.

ARGENT DES CONTRIBUABLES AMÉRICAINS

A la suite de la publication de ces câbles, l'un des porte-parole de Monsanto, Tom Helscher, a répondu qu'il était "crucial de maintenir un dialogue ouvert avec les autorités et industriels d'autres pays". "Nous sommes engagés à aider les agriculteurs dans le monde, alors qu'ils travaillent à répondre à la demande alimentaire d'une population croissante", assure-t-il.

"Cela va vraiment au-delà de la promotion de l'industrie des biotechnologies américaine, rétorque Wenonah Hauter, directrice exécutive de la Food & Water Watch, citée par Reuters. Il s'agit de saper les mouvements démocratiques locaux qui peuvent être opposés aux cultures OGM, et de faire pression sur les gouvernements étrangers afin de réduire également la surveillance sur ces cultures."

"Il est consternant de constater que le département d'Etat est complice de soutenir cette industrie, malgré l'opposition du public et des gouvernements de plusieurs pays, regrette de son côté, dans les colonnes de l'agence de presse, Ronnie Cummins, directrice de l'ONG Organic Consumers Association. L'argent des contribuables américains ne devrait pas être dépensé pour remplir les objectifs des géants des biotechnologies."

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Gaz de schiste : rêve ou illusion ?

Message non lupar Niemal » 12 juin 2013, 13:08

Les rapports se suivent pour pousser à l'exploitation des gaz de schiste, que ce soit aux Etats-Unis, en France ou dans d'autres pays. Chez nous, le gouvernement tient bon dans le refus, ce qui lui vaut mon respect au moins sur ce point. Car quand on regarde de près ce qu'il en est sur un plan scientifique (conséquences et tout...) et sur le long terme, cette ressource tient plus de l'illusion qu'autre chose, un vrai déni de la réalité et de l'avenir. Si vous n'avez pas suivi l'actualité récente du sujet, allez par exemple lire http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html et les autres pages dont vous trouverez les liens dans l'article, pour commencer. Sans parler de ce que j'ai pu mettre ici ou là.

Oil Man, un journaliste indépendant dont j'ai déjà parlé, s'est penché un peu sur le sujet. Son article, qu'on peut lire à http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/06/ ... -bretagne/ et que je reproduis plus bas, s'intitule Exploiter les gaz de schiste ? Le cas de la Grande-Bretagne. Vous pouvez le parcourir plus bas, mais vous ne profiterez pas des liens et graphiques qui y figurent, donc je vous conseille d'aller le lire sur site. Il remet un peu les choses à leur place en faisant le parallèle avec les hydrocarbures de la mer du Nord. En gros, le gaz de schiste n'est qu'une fuite en avant qui ne servirait qu'à vivre au-dessus de ses moyens un peu plus longtemps, au prix de l'avenir de nos enfants.

Sur un autre sujet qui lui est opposé, le forestier que je suis ne peut s'empêcher de pointer vers cet article qui parle du lien entre les arbres et notre santé : http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/12 ... ref=france. Il s'intitule Quand la mortalité des arbres augmente, celles des hommes aussi, et je vous recommande sa lecture. Si je devais faire un raccourci un peu osé, je dirais qu'on serait en meilleure santé si l'on vivait plus près des arbres et si l'on grimpait plus souvent dedans. Notez bien que cela me correspond parfaitement ;)

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Les gaz de schiste pourraient accroître de moitié les réserves mondiales de gaz naturel encore disponibles, selon un rapport publié hier par Washington.

Une confirmation : la France serait avec la Pologne le pays le mieux loti en Europe, grâce à des réserves exploitables désormais estimées à quelque 3 800 milliards de mètres cube (même si l'administration Obama a revu fortement à la baisse son hypothèse précédente).

C'est la Grande-Bretagne qui se trouve toutefois la plus proche d'un lancement de l'exploitation des gaz de schiste parmi les puissances économiques européennes ; ce n'est ni la France, dont le gouvernement tient bon dans son rejet, ni l'Allemagne, où le pouvoir politique et les industriels semblent se contenter pour l'heure de préparer le terrain.

Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, en 2010 à la BBC : "Vous avez pris ce pétrole de la mer du Nord, et vous avez très bien vécu durant cette période parce que vous viviez au-dessus de vos moyens." (D.R.)

Outre-Manche, malgré une opinion publique non moins hostile qu'en France, le gouvernement conservateur de David Cameron veut tenter de reproduire le boom américain des gaz de schiste. Le ministre des finances britannique doit accorder dès cette année des déductions fiscales aux compagnies de prospection. Il promet : "Les gaz de schiste font partie du futur, et nous allons encourager leur développement."

Faut comprendre. Il y a dix ans encore, la Grande-Bretagne figurait parmi les producteurs d'hydrocarbures de tout premier plan, grâce aux champs exploités depuis les années 1970 en mer du Nord. The harder they come, the harder they fall. Désormais, la production de pétrole et de gaz de ces champs est en chute libre, faute de réserves suffisantes encore exploitables :

La Grande-Bretagne disposerait en revanche de ressources en gaz de schiste substantielles : peut-être 40 000 milliards de mètres cube, selon le British Geological Survey, l'organisme officiel britannique. Si l'on se fie à l'estimation fournie hier par Washington, les réserves exploitables se limiteraient cependant à 700 milliards de mètres cube (l'équivalent de quinze années de consommation actuelle des Britanniques). Il faut s'étonner d'autant moins d'un tel écart que l'évaluation des réserves reste hypothétique. Très peu de forages exploratoires ont été entrepris pour l'heure dans le Nord de l'Angleterre, là où se concentrent les recherches.

Quel que soit leur volume réel, les réserves de gaz de schiste piégées dans le sous-sol anglais sont terriblement alléchantes. En mer du Nord, la Grande-Bretagne ne dispose plus que de 200 milliards de mètres cube de gaz naturel conventionnel, selon BP : trois fois moins que la fourchette basse des réserves potentielles de gaz de schiste.

Avec le gaz de schiste, les Britanniques tiennent la chance de compenser peut-être le déclin de la mer du Nord.

Mais doivent-ils l'exploiter ?

Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz a réagi au déclin rapide de la mer du Nord en estimant que la Grande-Bretagne a "gâché" ses ressources d'hydrocarbure. En 2010, il remarquait au micro de la BBC (attention, c'est affreusement trivial) :

"Le pétrole est un capital sous la terre, et si vous prenez ce capital sous la terre et que vous le dépensez, vous êtes pauvres. C'est comme tout capital : vous vivez au-dessus de vos moyens et vivre au-dessus de ses moyens, ce n'est pas soutenable.

Vous [les Britanniques] avez dilapidé cette richesse, vous avez pris ce pétrole de la mer du Nord, et vous avez très bien vécu durant cette période parce que vous viviez au-dessus de vos moyens.

Vous avez pris le succès de l'ère Thatcher pour un succès reposant sur une bonne politique économique, alors qu'en fait ce succès consistait à vivre au-dessus de vos moyens, et à laisser les générations futures appauvries."

Les ressources en énergie ont été jusqu'ici le facteur à la fois nécessaire et limitant de toute croissance économique (les conséquences de cette évidence oblitérée ont été explorées sur ce blog ici, là ou encore là, et nous y reviendrons encore souvent, in cha' Allah).

Un haut dirigeant du groupe industriel Veolia m'a confié récemment un point de vue similaire à celui de Joseph Stiglitz, au sujet des gaz de schiste en France : « Si les réserves sont importantes, alors il faut les conserver jusqu'à ce que nous en ayons vraiment besoin, leur valeur n'en sera que plus grande », dit ce responsable de la multinationale de l'eau, pour laquelle la fracturation hydraulique des gaz de schiste représente pourtant un marché potentiel juteux.

Elargissons :

- nous avons consumé en 150 ans environ la moitié des réserves exploitables de pétrole ;

- dans moins de 50 ans, il n'y aura plus de pétrole à exploiter, selon la banque globale HSBC ;

- si nous ne voulons pas bouleverser irrémédiablement le climat et les conditions de la vie sur Terre, il nous faut laisser sous terre 80 % des réserves encore disponibles de pétrole, de gaz et de charbon ;

- last but not least for us here, l'inéluctable augmentation des prix de l'énergie va mettre le mode de vie occidental en danger, prévient un rapport du ministère de la Défense britannique publié au début de l'année, rejoignant les analyses alarmantes déjà fournies par l'armée américaine et par l'armée allemande, et commentées ici.

Sommes-nous des criquets affamés ?

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Pesticides : l'empoisonneur empoisonné

Message non lupar Niemal » 18 juin 2013, 06:59

Ces derniers jours, plusieurs études sont venues confirmer les dangers des pesticides. Non seulement leur impact sur le milieu et sur nous est bien avéré, mais en plus il est plus important que ce que l'on pouvait imaginer, et les seuils de nocivité sont encore plus bas que ce qui est fixé dans nos normes. En bref, nos normes sont à revoir si l'on ne veut pas faire de la planète un désert et continuer un peu plus à l'explosion des problèmes de cancer, fertilité et autres. Ce qui fait d'ailleurs énormément penser à Rome et au saturnisme lié à leur habitude de manger dans des assiettes au plomb - certains historiens jugent que cet empoissonnement a été un élément majeur de la chute de Rome d'ailleurs. L'histoire se répète, mais avec plus de conséquences...

Je recopie plus bas deux articles récents tirés du Monde, mais il y en a eu plein d'autres, dans ce journal ou ailleurs. Le premier s'appelle Pesticides : les preuves du danger s'accumulent et on peut le consulter à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html. Le second a pour titre Les pesticides réduisent fortement la biodiversité aquatique et on peut le lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html. De nouveaux arguments pour manger bio le plus possible. D'autant que l'impact économique va très vite se faire sentir, comme par exemple en réduisant le nombre de pollinisateurs. Si jamais vous voulez avoir nue idée de ce à quoi ressembleraient nos étals de supermarché sans les abeilles, allez voir http://ecologie.blog.lemonde.fr/2013/06 ... -abeilles/

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En dépit des dénégations des industriels du secteur, les pesticides sont bel et bien impliqués dans un grand nombre de pathologies lourdes – cancers, maladies du sang, troubles neurologiques, malformations, etc. – dont l'incidence tend à augmenter dans le monde. C'est l'idée-force d'une impressionnante expertise collective menée sur l'ensemble des connaissances internationales actuelles, et pilotée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui l'a rendue publique jeudi 13 juin.

Cette synthèse rassemble les données épidémiologiques issues de nombreux pays (Etats-Unis, Canada, Australie, Finlande, Danemark, etc.), qui précisent les effets sanitaires des principaux produits phytosanitaires : insecticides, herbicides et fongicides. Une grande part du rapport concerne les expositions professionnelles (agriculteurs, ouvriers du secteur agrochimique, etc.), mais aussi les personnes vivant ou travaillant dans ou à proximité de zones agricoles. En France, terre d'agriculture, 15 % de la population sont ainsi concernés.

"AUGMENTATIONS DE RISQUES SIGNIFICATIVES"

Après avoir passé au crible la littérature scientifique internationale, les experts concluent que l'exposition à des pesticides conduit à "des augmentations de risques significatives pour plusieurs pathologies".

C'est ainsi que chez les agriculteurs, les ouvriers de l'industrie qui fabriquent ces produits ou ceux qui les appliquent, il y a une "présomption forte" d'association entre une exposition professionnelle aux pesticides et la survenue de certaines proliférations malignes de cellules lymphoïdes (lymphomes non hodgkiniens) et de cancers de la prostate. Les agriculteurs et les applicateurs de pesticides sont également exposés à un risque accru de myélome multiple, une autre prolifération maligne dans la moelle osseuse. Et ce n'est pas tout. Que ce soit dans le cadre d'expositions professionnelles ou non, les adultes présentent un plus grand risque à développer une maladie de Parkinson.

Un lien avec d'autres pathologies comme les tumeurs du système nerveux central est aussi suspecté. En Gironde, par exemple, région viticole très consommatrice de pesticides, l'incidence de ces maladies est trois fois supérieure au niveau national. Entre 2000 et 2007, elle a augmenté de 17 %.

"ATTENTION AU SYNDROME DU RÉVERBÈRE"

Les travaux internationaux examinés mettent en lumière un autre fait majeur : la période de vulnérabilité que représente la grossesse. "Il y a une présomption forte d'un lien entre une exposition professionnelle de la femme enceinte à certains pesticides et un risque accru pour l'enfant de présenter un hypospadias ou de développer, plus tard, un cancer cérébral ou une leucémie", constate l'épidémiologiste Sylvaine Cordier (Inserm, université Rennes-I) et coauteure du rapport. Selon des données internationales, l'exposition professionnelle du père ou de la mère augmente de 30 % à 53 % le risque de tumeurs cérébrales de l'enfant à naître.

Les agricultrices enceintes ne sont pas les seules concernées. Celles qui habitent dans des zones agricoles d'épandage ou celles qui utilisent les pesticides à des fins domestiques le sont également : "Des études montrent un risque augmenté, pour l'enfant à naître, de leucémies, de troubles de la motricité fine, de déficit cognitif, de troubles du comportement comme l'hyperactivité", ajoute Mme Cordier.

Si les preuves sont suffisantes pour agir vis-à-vis de certains produits – les organochlorés et les organophosphorés –, Jean-Paul Moatti, directeur de l'Institut thématique "Santé publique" commun aux organismes de recherche publics français met en garde : "Attention au syndrome du réverbère où l'on ne regarde que ce qui est éclairé. Notre expertise collective pointe le développement de nombreuses pathologies, mais de futurs travaux pourraient découvrir des effets insoupçonnés des pesticides analysés, ou mettre en évidence la toxicité d'autres substances."

DES DÉCISIONS POLITIQUES ATTENDUES

Les auteurs recommandent donc d'"améliorer les connaissances sur l'exposition des populations" et d'obtenir la composition complète des produits mis sur le marché, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, les formules commerciales restant protégées par le secret industriel. En Europe, ces données ne peuvent être réclamées par un seul pays – comme aux Etats-Unis –, car elles relèvent de la règlementation communautaire.

"Si les auteurs de cette large expertise réclament surtout que l'on fasse plus de recherche, dit de son côté François Veillerette, porte-parole de l'association Générations futures, ils n'en tirent pas moins des conclusions très fortes, qui doivent mener à des décisions politiques : vente des pesticides interdites à des utilisateurs non professionnels ou interdiction pour les collectivités publiques d'y avoir recours..."

Retirer du marché les produits est parfois nécessaire mais pas toujours suffisant. Les scientifiques le savent bien. "De nombreux produits ont été interdits mais les plus persistants demeurent présents dans l'environnement ou s'accumulent dans la chaîne alimentaire, dont l'homme constitue le dernier maillon." Pour le député socialiste Gérard Bapt, qui avait déjà lancé l'alerte sur les dangers sanitaires du bisphénol A, et qui a organisé la présentation des résultats de l'expertise à l'Assemblée nationale, "ce travail montre l'ampleur du problème en matière de santé publique. La question est de savoir si, comme dans le cas du chlordécone aux Antilles, nous n'avons pas dépassé le point de non-retour".

Une production mondiale en forte progression
Marché En 2011, le marché mondial des pesticides s'élevait à 44 milliards de dollars (33 milliards d'euros), en progression de 13,6 % par rapport à 2010. 27,7 % de ce chiffre d'affaires est réalisé en Europe. Viennent ensuite l'Asie, de l'Amérique latine, l'Amérique du Nord et de l'Afrique.
Utilisation Les Etats-Unis constituent le premier consommateur mondial de pesticides. Suivent l'Inde, la France et l'Allemagne. Rapporté à l'hectare cultivé, le Japon arrive en tête (12 kg/ha) devant l'Europe (3 kg/ha), les Etats-Unis (2,5 kg/ha) et l'Inde (0,5 kg/ha).
Types En Europe, le marché phytosanitaire est dominé par les herbicides et les fongicides.

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Les pesticides, dont un grand nombre sont utilisés en Europe et en Australie, réduisent jusqu'à 42 % des populations d'insectes et autres formes de vie des rivières et ruisseaux en Allemagne, en France et en Australie, selon une recherche publiée lundi 17 juin aux Etats-Unis.

Les pesticides, utilisés par exemple dans l'agriculture, sont parmi les polluants les plus surveillés et réglementés. Mais malgré cela, on ignorait jusqu'alors l'ampleur de leur impact sur la biodiversité dans les environnements aquatiques, soulignent ces chercheurs, dont Mikhail Beketov du Helmholtz Centre for Environmental Research à Leipzig en Allemagne et Ben Kefford de la University of Technology à Sydney.

Ces scientifiques ont démontré une forte disparition des insectes des rivières et cours d'eau et d'autres invertébrés d'eau douce. En Europe, ils ont constaté que ces insectes étaient 42 % moins fréquents dans les zones fortement contaminées par ces pesticides que dans des rivières et cours d'eau non-contaminées. En Australie, cette différence était de 27 %.

Les auteurs de cette recherche, parue dans les Comptes-rendus de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS), ont découvert que la diminution de la biodiversité aquatique résultait surtout de la disparition de plusieurs groupes d'espèces particulièrement vulnérables aux pesticides. Il s'agit notamment des libellules et des mouches éphémères, des insectes importants dans la chaîne alimentaire, aussi bien pour les poissons que les oiseaux.

Plus inquiétant, l'impact sur ces minuscules insectes est observé à des concentrations de pesticides qui sont déjà considérées comme sûres par les réglementations européennes actuelles, soulignent ces scientifiques. Selon eux, de nouveaux concepts d'évaluation liant l'écologie à l'éco-toxicologie sont maintenant nécessaires de façon urgente. "L'approche actuelle d'évaluation du risque environnemental de l'écosystème des rivières et autres cours d'eau revient à conduire sur l'autoroute avec un bandeau sur les yeux", ironise l'écotoxicologiste Matthias Liess, un autre auteur de cette recherche. Jusqu'à présent, les pesticides sont autorisés principalement sur la base d'une recherche expérimentale menée dans des laboratoires et dans des écosystèmes artificiels, souligne-t-il.

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Changement climatique : après la pluie...

Message non lupar Niemal » 22 juin 2013, 11:33

Le titre de ce sujet est en fait celui d'un ancien billet d'Oil Man, journaliste indépendant, dans un des blogs du journal Le Monde. Chose amusante, il a décidé (ou la direction du Monde) de le remettre en avant sur la page du journal alors qu'il date du 4 juin 2012. A l'époque je n'en avais pas parlé car il y avait d'autres sujets similaires à rapporter ici, mais à présent je viens le faire. C'est amusant de voir qu'après un an, cet article reste globalement d'actualité et il n'a pas trop mal vieilli.

L'article est en ligne à http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/06/ ... -la-pluie/. Même si je le recopie plus bas, je vous recommande d'aller le lire sur site car vous profiterez des nombreux liens dont l'article est parsemé, et qui permettent d'approfondir les sujets évoqués. Vous en aurez pour des heures à tout lire si vous le souhaitez : certains des articles sont issus du Monde (dont un ou deux accessibles aux seuls abonnés), à d'autres revues - y compris anglophones - et on a même quelques vidéos je crois.

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Ça s'est drôlement rafraîchi aujourd'hui. La pluie va sûrement plus tarder. Mais il a fait bien chaud ces derniers jours. Pourvu qu'on se paye pas une grosse drache comme au mois de mai (ouais, comme vache qui pisse, dis-donc !), et surtout qu'on ait pas un été bien pourri comme l'an dernier (la vacherie.)

Bin quoi ? On m'a dit : un blog, ça sert à lancer une conversation. Alors je lance. Et vu à quoi en est réduit le débat sur le climat (mais si, vous savez : "Bof, on y peut pas grand chose, et puis claude allègre a bien dit que c'était n'importe quoi leurs prévisions, en plus c'est la faute des Chinois et des 'Ricains, et surtout maintenant c'est bon, on va avoir la voiture électriiique"), autant discuter du temps qu'il fait.

Draches sacrées le mois dernier, donc. Maman jardine, alors elle était contente. Mois de mai pluvieux, laboureur heureux.

Chaque fois qu'aux temps chauds, il flotte de la sorte, je repense à l'explication fournie par Hervé Le Treut, l'un des plus éminents climatologues français, au cours d'un débat auquel je l'avais invité en septembre 2007, après un précédent été particulièrement humide :

"Globalement, un climat plus chaud est un climat plus humide (...). Le fait d'avoir une situation plus humide en Europe du Nord n'est effectivement pas incompatible avec un climat plus chaud, et correspond à une situation qui peut être favorisée statistiquement dans le cadre d'un réchauffement global de la planète."

Hé oui, c'est évident. La France se situe sous le vent de l'océan Atlantique, alors plus la chaleur est intense au large, plus l'évaporation y est importante, plus il y a de nuages et d'averses par ici.

Au mois de mai, il a pu faire 15°C sur le Sud-Ouest avec des pluies entrecoupées d'averses, tandis que c'était canicule et grand ciel bleu en Alsace. Entre les deux, grosso modo à la frontière du climat océanique et du climat continental, de très violents orages ont éclaté au-dessus de la Lorraine, naturellement.

Imaginez un peu à quoi ressemblera la météo si ce genre de contrastes se trouve démultiplié, à mesure que le réchauffement global de l'atmosphère s'intensifiera.

Mensonges par omissions. C'est par niaise complaisance que nous assumons une telle potentialité, pour nous, et pour tous ceux qui viendront après nous.

Deux mois avant les pluies de mai, ma mère a dû s'esbigner de sa plage favorite, en Gironde. Il y faisait beaucoup, beaucoup trop chaud : plus de 30°C, à la mi-mars ! Grâce à cet épisode d'intense chaleur précoce, un plancton végétal toxique a pu proliférer dans les eaux du bassin d'Arcachon, obligeant l'Ifremer à faire interdire la vente des huîtres pendant les vacances de Pâques. Cette mésaventure, récurrente ces dernières années, met en panique les ostréiculteurs du Bassin. Certains depuis s'empaillent, avec d'un côté ceux qui sont convaincus qu'ils font face aux premières conséquences du réchauffement, et de l'autre ceux, largement majoritaires, qui croient que c'est la faute à pas de chance, que les scientifiques de l'Ifremer ne sont que des enquiquineurs.

Personnellement, je crois savoir à quoi m'en tenir, depuis que j'ai pu observer il y a dix ans quelques graves conséquences très directes du changement climatique, là où ces conséquences sont évidentes.

J'entends déjà la cohorte chétive des climatosceptiques (sponsorisés ou non) s'échiner à dire que tout ça, c'est des menteries. C'est pour eux un réflexe dès qu'ici ou ailleurs, il est question de l'apparition d'indices plausibles du changement climatique. Qu'ils viennent.

Depuis une décennie que je suis le débat sur le climat, ce sont toujours les mêmes qui prennent mille précautions afin d'expliquer que dix années consécutives de records de températures moyennes mondiales n'indiquent sans doute pas un arrêt du réchauffement, et toujours les mêmes qui galèjent sans vergogne... (Rappel : lorsque son best seller a été réimprimé, "l'excellent" claude allègre, dixit Sarkozy, ci-devant médaille d'or du CNRS, n'a pas jugé utile de corriger la moindre des erreurs grossières qu'il y avait inscrites).

A cause de la mauvaise foi des uns et de la pusillanimité des autres, nous voilà pris collectivement, en tant que société, dans un indolent déni que je trouve pour ma part aussi inquiétant qu'inexcusable.

Lors du débat entre Hollande et Sarkozy, l'expression "réchauffement climatique" a été prononcée une seule et unique fois (par le nouveau président), au fin fond d'une interminable périphrase.

En 2007, Sarkozy démarrait presque son premier discours à l'Onu par la question du climat. C'était quelques mois avant l'affligeant Grenelle de l'environnement, et le non-moins consternant sommet de Copenhague, sommet d'hystérie béni-oui-ouiste inconsistant.

Il y a deux semaines, l'Agence internationale de l'énergie a signalé qu'un nouveau record d'émissions mondiales de CO2 a sans surprise été battu en 2011, prévenant une fois de plus que l'humanité se dirige tout droit vers un réchauffement de... 6°C... d'ici à la fin du siècle.

Qui a entendu parler de cette nouvelle alerte au cataclysme ? Etourdis...

On sait déjà, ou on devrait savoir qu'à moins d'une révolution, l'humanité n'a désormais plus la moindre chance d'éviter un réchauffement supérieur à 2°C d'ici à 2100, et supérieur à 3°C à plus long terme.

Irréversible, nom d'un (temps de) chien !

De nouvelles négociations sur le climat se sont achevées fin mai à Bonn dans l'indifférence générale, toujours sans le début du commencement d'un accord.

Les marchés mondiaux du carbone, aujourd'hui à peu près les seuls outils de lutte contre le réchauffement, ont atteint le volume record de 176 milliards de dollars en 2011. Très impressionnant : c'est un peu moins que le chiffre d'affaires annuel du groupe français Total, puissance pétrolière de deuxième ordre.

Plusieurs stations météo du pôle Nord viennent de flasher le CO2 à plus de 400 ppm, bien au-delà du seuil de sécurité de 350 ppm défini par les climatologues du Giec. A l'échelle planétaire, la concentration de gaz carbonique se situe désormais en moyenne aux alentours de 395 ppm.

Au sein de l'Union européenne, on se donne bonne conscience en prétendant que nos émissions à nous sont en baisse. Baliverne.

Cette prétendue baisse est due pour l'essentiel aux délocalisations de ces vingt dernières années. En même temps que, grâce à la modicité du prix du fioul des diesels marins, nos banquiers et nos industriels ont pu reconstruire nos usines à l'autre bout de la planète, ils ont sous-traité aux pays moins riches nos émissions de gaz à effet de serre. Si les Français avaient l'honnêteté intellectuelle de reconnaître cette dette carbone contractée auprès des Chinois ou des Pakistanais afin qu'ils fabriquent nos trucs et nos bidules, il nous faudrait admettre que nos émissions de CO2 ont en réalité augmenté d'un quart depuis 1990.

Miséricorde. Nos petits-enfants, et toutes les générations qui viendront après eux risquent de se demander pendant fort longtemps où diable leurs ancêtres avaient la tête au début du troisième millénaire.

Après nous le déluge, en somme ? Beurk.

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Facebook : qu'est-ce qu'il apporte, en fait ?

Message non lupar Niemal » 16 août 2013, 09:41

Le titre de ce billet, c'est un peu ce qui a été le départ d'une étude psychologique américaine. Le Monde s'en est fait l'écho dans un court article intitulé "Facebook ne rend pas plus heureux" et qu'on peut trouver à http://www.lemonde.fr/technologies/arti ... 51865.html et que je recopie plus bas. Bien entendu, il faut prendre du recul concernant l'interprétation des résultats de cette étude, aucun explication n'est vraiment donnée, juste un constat de relation statistique. A chacun de réfléchir à ce sujet... Pour ma part, c'est une pierre de plus pour privilégier les liens directs aux liens virtuels.

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"En surface, Facebook fournit une ressource précieuse pour remplir le besoin de base des hommes d'avoir des liens sociaux", constate Ethan Kross, psychologue de l'Université du Michigan (nord) et principal auteur d'une étude parue dans le journal scientifique PLOS. "Mais plutôt que d'améliorer le bien-être des gens, l'utilisation de Facebook a l'effet inverse : elle l'empire", souligne-t-il.

L'enquête a été menée auprès de 82 jeunes adultes disposant de smartphones et de comptes Facebook. Les chercheurs ont tenté d'évaluer leur bien-être en leur envoyant des textos cinq fois par jour durant deux semaines pour leur demander s'ils se sentaient seuls ou inquiets, combien de fois ils avaient visité le réseau social et communiqué "directement" avec d'autres personnes.

Les résultats ont montré "que plus les personnes utilisaient Facebook à un moment donné, moins elles se sentaient bien le moment d'après lorsque nous leur envoyions un texto", écrivent les chercheurs. "Plus elles (l')ont utilisé durant les deux semaines, plus leur degré de satisfaction dans la vie a décliné au fil du temps", ajoutent-ils.

LES JEUNES ADULTES CIBLÉS

A l'inverse, les interactions directes avec les gens, non par le biais des réseaux sociaux, ont conduit à améliorer ce bien-être personnel. "Ce sont des résultats de la plus haute importance parce qu'ils touchent au cœur même de l'influence que peuvent avoir les réseaux sociaux dans la vie des gens", souligne John Jonides, spécialiste des neurosciences à l'Université du Michigan, coauteur de l'étude.

Les scientifiques notent également que les personnes interrogées n'étaient pas plus enclines à utiliser Facebook lorsqu'elles se sentaient mal, bien qu'elles aient eu plus souvent recours au réseau social lorsqu'elles se sentaient seules.

Les chercheurs refusent cependant de généraliser les résultats et de dire que l'utilisation de Facebook – ou d'autres réseaux sociaux – a les mêmes effets sur tout le monde. "Nous nous sommes concentrés sur les jeunes adultes parce qu'ils représentent une part essentielle des utilisateurs de Facebook", précisent-ils. Cette étude est publiée une semaine après une enquête de chercheurs britanniques pointant le fait que poster fréquemment des photos sur Facebook pouvait détériorer les relations humaines dans la "vraie" vie.

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Etre branché pour mieux gaspiller

Message non lupar Niemal » 19 août 2013, 22:15

Le titre de ce sujet, un peu provocateur, est malheureusement assez juste : la soif de nouvelles technologies de l'information et le fait d'être "branché" à tout moment ont un prix énergétique. Cela ressort d'un rapport américain dont Le Monde se fait l'écho sur le blog d'un de ses journalistes. Le titre en est assez évocateur : ÉNERGIVORE – Un iPhone consomme plus d’électricité qu’un réfrigérateur. L'article peut être lu à http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/ ... igerateur/ mais je le recopie plus bas, comme d'habitude.

Pour les pressés, que faut-il en retenir ? Que l'efficacité énergétique et les nouvelles technologies de l'information et de la communication ne font pas très bon ménage. Être branché en permanence coûte cher en énergie, et cette consommation, liée à un mode de vie, est plus difficile à réduire que l'augmentation de l'efficacité énergétique de nombreux appareils. Les Français se consoleront en se disant que leur électricité est moins gourmande en CO2 que celle des Américains, fondée avant tout sur le charbon. Piètre consolation : d'une part les déchets issus du nucléaire sont un casse-tête dont on n'a pas fini de payer le prix, d'autre part les pointes de consommation hivernales comme estivales obligent de plus en plus à faire appel aux centrales au charbon ou au gaz plutôt qu'au nucléaire. Le bilan, déjà sous-estimé (d'autant qu'il ne prend pas en compte la survenue d'un grave accident), ne va donc pas s'améliorer.

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En matière de consommation d'électricité, ce n'est généralement pas aux TIC (technologies de l'information et de la communication) que l'on pense quand il s'agit d'augmenter son efficacité énergétique et de réduire son empreinte carbone. Passant relativement inaperçu, ce secteur est pourtant dévorateur, comme le montre un rapport intitulé "Internet commence avec le charbon", écrit par Mark Mills, PDG du Digital Power Group, un cabinet de conseil en énergie et technologies.

Le rapport, financé par le l'Association nationale des mines et la Coalition américaine pour une électricité au charbon propre, vise à montrer que cette industrie florissante exigera une production accrue d'énergie pour bénéficier de ses progrès – énergie issue du charbon, bien sûr, première source d'électricité actuellement aux Etats-Unis. Mais plusieurs médias, comme le Time, se sont surtout intéressés aux informations qu'il livre, au passage, sur la consommation des TIC.

Le document, qui ne lésine pas sur les comparaisons, explique ainsi qu'un iPhone consomme davantage d'électricité qu'un réfrigérateur – 361 kiloWatt-heure par an en moyenne, contre 322 kW-h – en tenant compte des besoins en énergie de sa batterie, du wifi, ou encore des téléchargements et échanges de données (les calculs ne prennent pas en compte, à l'inverse, l'énergie consommée pour produire les aliments stockés dans son réfrigérateur).

Plus globalement, les TIC pèsent, avec 1 500 teraWatt-heure d'électricité consommée par an, pour 10 % de la production mondiale. Soit la production de l'Allemagne et du Japon. Ou, dit encore autrement, l'électricité qui a permis d'éclairer toute la planète en 1985. "On utilise déjà 50 % d'énergie de plus pour faire circuler des octets que pour déplacer tous les avions du monde", rapporte aussi le Time.

Or, face à ce monstre énergivore, les marges de manœuvre sont encore réduites, estime le magazine américain. Car il est plus facile d'augmenter l'efficacité énergétique d'une ampoule ou d'un climatiseur sans en perdre les bénéfices, que celle des appareils informatiques, dont le propre est de tourner en continu. "Des ordinateurs des salles de trading aux centres de données massifs en passant par votre iPhone, il n'y a pas de pause", note le Time.

Sans compter une consommation qui va continuer à croître, du fait d'appareils toujours plus puissants, toujours plus variés, et qui utilisent de plus en plus des technologies sans fil (en wifi ou 3G), plus énergivores. Ainsi, télécharger en streaming un film en haute définition avec un réseau sans fil consomme davantage que de fabriquer et transporter un DVD du même film. Et le nombre d'utilisateurs de ces appareils connectés, qui se sont multipliés par vingt en cinq ans, dépasseront selon le Time le milliard de personnes en 2014.

>> Lire aussi le reportage : "Les centres de données informatiques avalent des quantités croissantes d'énergie" (http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html)

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Où va Le Monde ?

Message non lupar Niemal » 03 septembre 2013, 23:01

Le titre de ce sujet fait référence au journal Le Monde. Ce dernier vient en effet de se séparer, d'un commun accord avec l'intéressé, d'un journaliste présent dans le journal depuis 15 ans. Ce journaliste, c'est Hervé Kempf, chroniqueur de la page Planète du Monde, entre autres choses. Hervé Kempf est connu dans les milieux de l'écologie scientifique. Et qu'on l'aime ou pas, il faut reconnaître qu'il est à la fois bien renseigné sur les questions écologiques et sur leurs conséquences, mais aussi qu'il n'hésite pas à aller chercher l'information au risque de déranger. Comme tout vrai journaliste, diront certains. Pour ceux qui ne connaissent pas l'individu, sa page sur wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Herv%C3%A9_Kempf) fournit un bon résumé (une page).

En soi, l'événement peut paraître normal dans la vie d'un journaliste scientifique et écrivain. Les gens vont et viennent... Mais il semble que s'il est parti du journal Le Monde, c'est qu'il ne pouvait plus y faire son travail, ce qui est bien inquiétant pour un journal de référence comme celui-là. Il faut dire qu'il a perdu son indépendance il y a quelques années pour des raisons financières. Avant il était dirigé par les journalistes eux-mêmes, qui choisissaient le directeur en leur sein ; mais depuis sa vente en 2010, la direction du journal prend une orientation nouvelle et très... classique. C'est ce qu'on peut comprendre de l'article qu'il signe dans son journal électronique et gratuit, Reporterre (http://www.reporterre.net/). L'article qui explique son départ s'appelle Adieu Le Monde, Vive Reporterre (http://www.reporterre.net/spip.php?article4586), il couvre les raisons de son départ et je le recopie plus bas. Pour ceux qui souhaitent davantage de détails ils peuvent aussi aller lire C'était un autre Monde (http://www.reporterre.net/spip.php?article4605), bien intéressant aussi.

Cette évolution du journal, et même de la presse en général voire de la société entière, est bien inquiétante, même s'il faut prendre du recul par rapport au récit d'un seul homme. Malheureusement, ce qu'il relate correspond aussi à ce que j'avais constaté de plus en plus fréquemment : on peut se demander si ce que promeut le journal, c'est devenu autre chose que la seule vérité. En tout cas je salue l'homme, qui choisit de devenir chômeur et de continuer comme il peut son travail avec ses moyens, en fondant ses espoirs sur des soutiens bénévoles. Pari audacieux que je suivrai de loin, voire de près.

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Ce 2 septembre, quinze ans et un jour après y être entré, je quitte Le Monde : en ce lundi, le dernier lien juridique entre ce journal et moi est défait, par le « solde de tout compte ».

Que je quitte volontairement un titre prestigieux étonnera peut-être. Mais certes moins que la raison qui m’y pousse : la censure mise en œuvre par sa direction, qui m’a empêché de poursuivre dans ce journal enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes.

Au terme de l’histoire que je vais ici retracer, il ne me restait qu’une issue, si je voulais conserver la liberté sans laquelle le journalisme n’a pas de sens : abandonner le confort d’un salaire assuré et de moyens de travail avant que soit étouffée la dernière marge d’expression qui me restait, la chronique Ecologie.

Abandonner le journal fondé par Hubert Beuve-Méry et vendu en 2010 est une libération. Je me lance dans l’aventure du site Reporterre, parce que plus que jamais, une information indépendante est nécessaire pour rendre compte du phénomène le plus crucial de l’époque, la crise écologique.

On trouvera ci-après le récit des événements ouverts le 5 novembre 2012 et qui ont conduit à cette décision. Les lecteurs qui en auront le temps trouveront dans C’était un autre monde (http://www.reporterre.net/spip.php?article4605) une présentation de mon travail antérieur dans ce journal qui éclairera le contexte de cette affaire.

Rappelons simplement quelques dates :
- création du service Planète : octobre 2008 ;
- création de la chronique Ecologie : février 2009 ;
- prise de contrôle du Monde par MM. Bergé, Niel et Pigasse : juin 2010.

Notre Dame des Landes : il est interdit d’enquêter

J’ai suivi avec attention le dossier de Notre Dame des Landes depuis qu’en 2007, j’avais rencontré sur place des protagonistes du projet d’aéroport. J’y étais retourné en août 2009, enquêtant et présentant les arguments des uns et des autres, dans ce qui fut un des premiers articles de presse nationale abordant en détail le sujet.

Je gardais un oeil attentif sur ce dossier qui ne semblait pas vouloir s’apaiser. J’étais le journaliste qui publiait le plus d’articles sur ce sujet, comme en témoigne la base de données du Monde : sur les 155 articles ou brèves où apparaît l’expression « Notre-Dame-des-Landes » entre le 19 novembre 2005 et le 19 novembre 2012, 33 sont signés de moi, le deuxième auteur, Anne-Sophie Mercier, signant 14 articles, le correspondant local, Yan Gauchard, 10.

J’avertis, dans une chronique du 5 octobre 2011, que cette affaire serait délicate pour un gouvernement socialiste : « Il serait dommage qu’une éventuelle présidence socialiste s’ouvre par le spectacle de CRS évacuant des paysans et des écologistes pour faire couler le béton ». Mais ni M. Hollande, ni M. Ayrault, ne lisaient apparemment la chronique Ecologie.

En octobre 2012, des forces de police investissaient la zone de Notre Dame des Landes où est censé être construit un aéroport. Elles venaient déloger les quelques centaines de personnes qui s’y étaient progressivement installées durant les années précédentes.

Je consacrais trois chroniques aux événements, dont deux peuvent être qualifiées de « scoop » : le 14 octobre 2012, j’avertissais de l’imminence d’une intervention policière, qui se produisit le 16 octobre ; le 21 octobre, je montrais que l’affaire n’était pas locale, mais bien nationale ; le 3 novembre, je révélais que M. Hagelsteen, le préfet de Loire-Atlantique qui avait préparé l’appel d’offres que remporterait ultérieurement la compagnie Vinci, avait plus tard été embauché par cette entreprise.

Durant toute cette période, entre la mi-octobre et la mi-novembre, je m’étonnais de la réticence du journal à suivre cette affaire, alors même que le service Planète aurait dû plonger sur ces événements qui étaient alors le principal sujet de l’actualité environnementale. Sur place, dans la ZAD (Zone à défendre), les forces policières puissamment armées détruisaient maison après maison, noyant le bocage sous le gaz lacrymogène, mais rencontrant une résistance farouche des nouveaux habitants de la zone, des opposants de toujours et des paysans. Ces événements étaient quasiment tus par Le Monde. Le journal publiait cependant le 27 octobre, alors que le résistance se renforçait, un article étonnamment titré "Le ciel se dégage pour l’aéroport de Notre Dame des Landes". J’avais demandé dès le 16 à partir sur place en reportage, la chef de service me dit que ce n’était pas possible pour des raisons budgétaires.

Je traitais donc le sujet, tant bien que mal, par la chronique Ecologie. Je dus m’absenter une semaine, juste après avoir publié, le samedi 3 novembre, l’information sur l’évolution professionnelle du préfet Hagelsteen. Ce papier fit du bruit : il intervenait à un moment où l’action policière échouait décidément à réduire la résistance. Alors que ce qui devait être expédié en deux coups de cuiller à pot se transformait en guerilla, cette information, comme tant d’autres éléments du dossier, montrait que la cause si obstinément défendue par le premier ministre était fort discutable.

Dans les jours suivants, en mon absence, un collègue était enfin envoyé sur place. Je revins le 12 novembre. Une grande manifestation devait avoir lieu le 16 novembre, elle s’annonçait d’ampleur importante. Je demandais à y aller, ayant suivi le dossier depuis le début. La chef de service s’y opposa. Au terme de l’échange, nous convinmes d’en référer au directeur adjoint de la rédaction, Didier Pourquery. J’allais voir celui-ci une heure plus tard. Il me dit que, par ma chronique, mes livres, j’étais “trop marqué" et que je ne pouvais pas couvrir le sujet. J’objectais que mes livres n’avaient pas évoqué le sujet de Notre Dame des Landes, que les chroniques avaient "sorti" des informations exclusives et exactes sur ce dossier, que, par ailleurs, j’écrivais dans les autres pages du journal différemment que dans la chronique qui, par nature, adoptait un ton et un angle fortement marqués. Mais non, "moi, directeur de la rédaction, je décide que tu n’iras pas". Mais ne pourrais-je travailler avec un autre collègue ? Non. Faire au moins un papier "magazine" dans le supplément hebdomadaire du journal ? Non. Nous parlâmes assez longuement, mais la réponse était tranchée : je ne pouvais pas couvrir Notre Dame des Landes pour Le Monde, hors la chronique. Je n’obtins qu’une chose : pouvoir partir en reportage sur mon temps libre pour celle-ci et pouvoir le raconter sur Reporterre.

Il m’envoya en fin d’après-midi un courriel indiquant : « Bonsoir,
En effet Hervé tu as bien noté que je ne souhaite pas que tu suives ce dossier pour le journal (ni pour le M d’ailleurs). Et j’ai bien noté que tu irais sur le terrain en tant que Hervé Kempf chroniqueur ’engagé’. Tout est clair
Merci
Didier ».

Je répondis : « J’irai sur le terrain en tant que journaliste. Je ferai mon travail, qui est de témoigner de mon époque, en relatant honnêtement un moment important de l’histoire du mouvement écologique.
Dans le contexte actuel, le terme de chroniqueur ’engagé’ me paraît injurieux – à moins que l’on parle des ’éditorialistes engagés’ quand trois éditoriaux avalisent le Traité TSCG, ou de ’chroniqueur engagé’ à propos de notre camarade assurant la chronique Europe, aux vues très tranchées. J’en reste à ces exemples. »

Contre tous les usages, j’étais dessaisi sans raison valable d’un dossier que j’avais couvert et fait mûrir depuis le début. On me bloquait les reportages, mais aussi les enquêtes sur une affaire où les intérêts économiques paraissaient singulièrement tortueux. En m’interdisant de traiter ce sujet, en refusant de donner écho à ce que je pourrais voir ou trouver dans mes enquêtes, on assumait le fait que Le Monde ne creuserait pas le dossier de Notre Dame des Landes. C’était, de fait, une censure.

Que faire ? A court terme, préparer mon reportage (qui s’effectuerait à mes frais) et prendre rendez-vous avec Erik Izraelewicz, qui fut calé le lundi suivant. Je partis le jeudi pour Notre Dame des Landes. Dans l’espace confiné des 2 400 signes de la chronique, je restituais un constat essentiel de la lutte : les "zadistes" et les "historiques" ne s’étaient pas divisés, comme l’avait espéré le pouvoir, c’était au contraire leur alliance contre la répression qui avait fait échouer celle-ci (« Solidarité écologique »). Et sur Reporterre, je racontais ce que j’avais vu durant ces trois jours magnifiques. Dans un registre d’écriture propre au média, bien sûr, ce n’était pas le reportage que j’aurais écrit dans Le Monde.

La rencontre, lundi 19 novembre, avec Erik Izraelewicz, n’aboutit à rien. Nous discutâmes franchement, quoique calmement, car l’estime était, je crois, réciproque. Il me dit presque d’entrée de jeu qu’il soutenait sa direction. Il me reprocha l’accroche de mon reportage, en forme d’allégorie. Je lui répondis que c’était la réponse à la déloyauté du journal à mon égard. Il me dit que j’avais désobéi en allant à Notre Dame des Landes, à quoi je répondis que Didier Pourquery m’y avait autorisé. J’évoquais l’idée que le journal aurait pu subir des pressions à propos du traitement de ce dossier. Erik dit que c’était injurieux.

Plus tard, des indices concourrant me firent penser que l’hypothèse de pressions d’un propriétaire sur le journal à propos de Notre Dame des Landes était pensable. Ce sont des indices, pas des preuves. Je les publierai si cela parait nécessaire au public.

Mais mon propos n’est pas de savoir pourquoi la direction du Monde a bloqué mon travail de journaliste. S’il y a eu pression, elle devait y résister. S’il n’y en pas eu, elle devait me laisser travailler. Le journal aurait pu discuter des sujets, travailler les angles, m’associer un autre journaliste. Mais non : la direction ne discutait pas, elle interdisait. Le contrat de liberté qui fonde la légitimité de la presse était rompu.

Je ne lâchais pas le morceau. J’allais voir les uns et les autres, interrogeais le syndicat, faisais front face à l’agressivité de la hiérarchie. Nous avions convenu avec Erik Izraelewicz de nous revoir. J’appelais son secrétariat pour prendre rendez-vous. Sa secrétaire me dit, affolée, "Erik va mal, les pompiers sont dans son bureau". Le directeur du Monde décédait le soir même, 27 novembre.

Nous n’étions pas d’accord, mais je le respectais. C’était un homme droit, il écoutait.

La vie continua. L’affaire n’était pas close. Il me restait la chronique. Je continuais à travailler avec les moyens du bord. Le 2 décembre, m’appuyant sur le travail de contre-expertise des opposants au projet de Notre Dame des Landes, la chronique Ecologie montrait comment, dans l’enquête publique, l’Etat avait manipulé les chiffres pour présenter comme profitable le projet. J’étais coincé dans les 2 400 signes d’un article enfoui au fond du journal ? Rien n’interdisait de développer la démonstration sur internet. De nouveau, ce travail repris par d’autres sites, eut un réel écho.

Mais un journaliste ne peut pas enquêter durablement sur les sujets délicats si le média qui l’emploie ne le soutient pas. Il y faut du temps, quelques moyens, la discussion avec des collègues motivés, la force de la carte de visite. Je savais dans quelles directions il faut porter le regard, l’indiquais dans la chronique du 16 décembre ("Voici le programme") et notamment sur "le comportement des grandes firmes de génie civil et concessionnaires, à la puissance financière devenue énorme et qui, par des formules de type partenariat public privé, s’assurent la gestion d’opérations qui sont logiquement de la responsabilité publique. »

Je vis le directeur par intérim, Alain Frachon, le 5 décembre. Discussion intéressante, mais qui n’aboutit à rien : le fond du problème était nié. Dans une lettre qu’il m’écrivit le 17 décembre, il exprima le point de vue officiel de la direction : « Ce ne sont pas tes compétences qui sont en question, mais un problème d’image : nous tenons à ce que l’approche du journal reste aussi impavide que possible, tout particulièrement dans les pages Planète ».

A quoi je répondis : « Impavide, nous dit le dictionnaire, signifie ’qui n’éprouve ni ne manifeste aucune crainte, aucune peur’. De quoi le journal pourrait-il avoir peur ? En quoi mon travail de journaliste et de révélateur d’aspects dérangeants du dossier Notre Dame des Landes pourrait-il empêcher le journal de ne pas avoir peur ? »

Une réponse possible à cette question est que Le Monde avait peur de déplaire aux promoteurs du projet d’aéroport.

La fin

Je ne détaille pas les mois suivants, qui ont été pénibles. On voulait me transformer en coupable. Les événements prirent une telle tournure que le délégué du personnel me conseilla de consulter le médecin du travail, qui m’orienta vers une psychologue. J’allais bien, heureusement, même si le choc était rude. Je découvris alors que plusieurs de mes collègues étaient en dépression nerveuse, qu’une mission sur les risques psycho-sociaux était menée dans l’honorable journal, qu’une plainte pour harcèlement moral était engagée par une collègue.

En mars, une nouvelle directrice du Monde fut désignée par les actionnaires. Une de ses premières réformes fut de rétrograder le service Planète, pourtant bien peu remuant, en un pôle subordonné au service International. Le journal lançait une formule marquée par un cahier consacré à l’Economie et aux entreprises, signe de la ligne nouvelle, qui visait la clientèle des "responsables" et CSP +++.

Le Débat national sur la transition énergétique, peu traité par le journal, trouva soudain une vive expression, le 17 mai, sous la forme de quatre pages axées sur « la compétitivité des entreprises » et majoritairement rédigées par des journalistes économiques extérieurs à la rédaction. On expliquait que l’enjeu essentiel d’une nouvelle politique énergétique était la compétitivité des entreprises, que le gaz de schiste réveillait l’industrie américaine, que la politique énergétique allemande produisait maints effets pervers. Un colloque organisé par l’Association française des entreprises privées (les cent plus importantes) et le Cercle de l’Industrie (fondé naguère par Dominique Strauss-Kahn) avec Le Monde accompagnait cet exercice de communication, qui remerciait Alstom, Areva, GDF-Suez, Arkema, Lafarge, etc. Ces partenaires avaient-ils apporté 35 000 euros au journal pour prix de ces quatre pages, comme me l’indiqua un collègue bien placé pour le savoir ?

Le 18 juin, Le Monde organisait, avec l’Institut de l’entreprise, l’International summit of business think tanks (Sommet international des cabinets de réflexion sur les affaires), "avec le soutien de Deloitte et Vinci". Pour préparer cet important événement, des entretiens avec des chefs d’entreprise furent publiés, le premier avec Xavier Huillard, président de Vinci.

L’environnement gênait. Plus que jamais, la chronique Ecologie divergeait des éditoriaux et des autres chroniques. Cela restait un espace de liberté, mais dans une atmosphère de plus en plus pesante.

En juin, une actualité, le décès de Pierre Mauroy, obligea à supprimer la page du journal du vendredi 7 qui comprenait la chronique Politique. La direction de la rédaction décida de déplacer cette page au lendemain samedi, et de supprimer de ce fait la chronique Ecologie qui devait paraitre ce jour. C’était un choix éditorial net, qui marquait quelle était la priorité. Pour la première fois depuis sa création, cette chronique était supprimée. On allait me conduire à une lente asphyxie. Nous échangeames des courriels, puis des lettres.

J’allais voir Louis Dreyfus, le président du directoire et directeur de la publication, et nous convinmes qu’une rupture conventionnelle de contrat était la solution idoine. J’étais libéré.

Le quotidien de l’écologie

Libéré... et chômeur. Dans toute cette lutte, je n’ai pas cherché à "voir ailleurs". Un média aura-t-il le désir de travailler avec un bon journaliste d’environnement, libre, produisant régulièrement des informations et des idées nouvelles, apprécié du public ? On verra. Le téléphone est ouvert.

Mais dans le secteur économique dévasté qu’est devenue la presse, et largement dominé par les intérêts capitalistes, le journalisme environnemental est relégué, de nouveau, à la position de cinquième roue du carosse, voire de gêneur. Ce qui compte, dans l’atmosphère délétère d’un système qui ne proclame la démocratie que pour mieux renforcer les logiques oligarchiques, c’est la croissance, l’économie, la production.

On ne peut plus feindre qu’il y aurait des journalistes "engagés" et d’autres qui seraient neutres. Derrière la bataille pour l’information se joue celle des priorités, et les choix de priorité renvoient à des visions différentes du monde. Le 11 juillet 2012, sur France Inter, Matthieu Pigasse, vice-président de la banque Lazard en Europe et co-propriétaire du journal Le Monde était interviewé - présenté, d’ailleurs, comme "engagé". La vision de la crise par M. Pigasse était révélatrice. La question des inégalités et de la répartition des richesses n’était pas évoquée, comme si elle n’avait aucune part dans les difficultés. Et pour résoudre le problème de la dette, une seule solution : la croissance. « La mère de toutes les batailles est la croissance », selon M. Pigasse. Qu’il pourrait y avoir une tendance historique à la stagnation de la croissance économique dans les pays riches était hors sujet. Quant à l’idée d’écologie, elle était aussi absente de l’entretien que l’existence des Martiens.

Je ne reproche à personne cette vision des choses. Simplement, il en est une autre tout aussi légitime, et qui ne trouve pas sa place dans les médias : celle selon laquelle la crise écologique mondiale est le phénomène actuel essentiel, sur les plans historique, économique et géopolitique. Et que c’est autour de ce phénomène - qu’il faut mettre en relation avec l’inégalité record qui structure la majorité des sociétés nationales comme les rapports entre Nord et Sud, en relation aussi avec la lutte pour la démocratie qui anime tant de mouvements populaires à travers le monde -, c’est autour de cette question centrale que peut et doit s’orienter la hiérarchie de l’information.

Nous manquons de lieux où s’expose nettement cette problématique, où se présentent les informations et les reportages qui l’expriment, où l’on lise les débats et réflexions vigoureuses qu’appellent les nouvelles questions qui se posent, où les mouvements sociaux et les luttes "d’en bas" soient racontés, où les mille alternatives et solutions nouvelles que créent autant de citoyens qui savent que, oui, "un autre monde est possible" seront décrites, comme ailleurs, on relate les aventures des entreprises du CAC 40.

Eh bien, nous allons développer ce lieu nécessaire, ce "quotidien de l’écologie". C’est Reporterre.

Faiblesse de nos moyens face aux millions des oligarques qui contrôlent les médias. Nous ne sommes rien, ils sont tout. Mais nous avons ce que l’argent ne peut pas acheter : la conviction, l’enthousiasme, la liberté.

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Etienne
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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Etienne » 06 septembre 2013, 19:05

Pour ma part, je trouve que ça fait longtemps que le monde ne sent pas très bon, j'avais suivis de loin le fait que la nouvelle directrice (je crois que c'est une femme) avait relégué au second plan la rubrique écolo de son journal, tout en ajoutant le fait qu'il ne sont plus du tout neutre et très politiquement orienté alors qu'il prétende le contraire (parce que j'ai rien à redire à un journal qui se veut engagé, mais celui qui l'est et qui prétend le contraire...). Leurs systèmes d'abonnement internet est foireux (ptet qu'ils y ont remédié mais j'en doute).

Après, comme partout ils ont de très bon journaliste, mais la direction fait un peu foiré le tout.

Sinon, il y a une émission d'arrêt sur image avec Hervé Kempf pour ceux que ça intéresse, malheureusement elle n'est pas en accès gratuit (faut que les abonnés votent pour qu'elle le soit) :

Rupture à l'amiable dans la presse. Hervé Kempf, spécialiste de l'écologie, quitte Le Monde. La raison ? Il reproche au journal de l'avoir censuré, à propos de l'aéroport de Notre Dame des Landes. Censure ? Pas vraiment. Disons plutôt, un fossé grandissant entre un journaliste dont les convictions s'affichent à ciel ouvert, et un journal qui assure croire à la neutralité, et au surplomb. Mais au fond, tous les medias, tous les journalistes, ne sont-ils pas "engagés", surtout quand ils affirment ne pas l'être ? Un titre sur le "ras-le-bol fiscal", un éloge de la croissance, ne sont-ils pas tout aussi "engagés" ? C'est notre débat (essentiel) de cette semaine, avec notamment Hervé Kempf, donc, et Jean-Marc Manach, spécialiste de l'Internet (et futur animateur sur notre site, tous les détails sont ici (1)). http://www.arretsurimages.net/emissions/2013-09-06/Beaucoup-de-journalistes-sont-engages-inconsciemment-id6089

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Niemal
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Soyez belles et beaux... et malades

Message non lupar Niemal » 14 septembre 2013, 15:20

J'avais déjà parlé des pesticides dans l'alimentation, parlons un peu des perturbateurs endocriniens dans les produits de beauté. Selon une étude récente, environ 40 % d'entre eux contiennent au moins un perturbateur endocrinien, susceptible de chambouler notre équilibre hormonal et notre santé, même à très faible dose. Ce n'est pas uniforme bien sûr : si seulement 24 % des shampoings en contiennent, pour les vernis à ongle la proportion passe à 74 %. C'est ce qui ressort d'un article du Monde intitulé Les perturbateurs endocriniens présents dans deux produits de beauté sur cinq et qu'on peut lire à http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html - je le recopie plus bas.

Essayons de voir les côtés positifs : d'une part, les produits bio sont très peu touchés par ces perturbateurs endocriniens, d'autre part il est possible d'accéder à un guide de consommation de ces produits sur le site de Noteo (http://www.noteo.info/), dont il me semble que j'avais déjà parlé dans un précédent message. Car ce site ne recense pas que les produits de beauté mais de très nombreux produits du commerce. Il les classe selon quatre critères que sont la santé, l'environnement, le social et le budget, et on peut trier ou filtrer en fonctions des notes ou des marques. Même si de nombreux produits ne sont pas décrits, c'est un guide d'achat très intéressant, à consulter régulièrement.

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Près de 40 % des produits d'hygiène-beauté contiennent au moins un perturbateur endocrinien (PE), substance chimique interférant avec la régulation hormonale, selon une étude rendue publique vendredi 13 septembre à Paris. Selon cette enquête réalisée sur une base de quinze mille produits de beauté-hygiène par Noteo Institut en partenariat avec le Réseau environnement santé (RES), les vernis à ongles arrivent en tête (74 % d'entre eux contiennent au moins un PE) devant les fonds de teint (71 %), les produits de maquillage pour les yeux (51 %), les démaquillants (43 %), les rouges à lèvres (40 %), les soins du visage (38 %), les déodorants (36 %), les dentifrices (30 %) et les shampoings (24 %).

Les perturbateurs endocriniens sont susceptibles de provoquer, même à très faibles doses, une grande variété d'effets, notamment sur le développement physiologique des individus exposés pendant la période intra-utérine.
Ils sont notamment suspectés d'avoir un impact sur la fertilité et d'être liés à l'augmentation du nombre de cancers dits "hormono-dépendants", principalement ceux du sein et de la prostate. On en trouve dans les produits d'hygiène mais également dans les contenants alimentaires.

LES PARABÈNES, PARMI LES "PE" LES PLUS UTILISÉS

Parmi les PE les plus fréquemment utilisés dans les produits d'hygiène-beauté, figurent les parabènes (23 %) et le cyclopentasiloxane (15 %), le triclosan n'étant présent que dans 1,3 % des produits. "On trouve souvent plusieurs de ces substances dans un même produit" souligne Baptiste Marty, le président-fondateur de Noteo, qui appelle le gouvernement à interdire leur usage dans les produits du quotidien.

Les produits labellisés "bio" semblent largement épargnés par le phénomène selon l'étude, qui n'a retrouvé un PE que dans 1,3 % d'entre eux, essentiellement le cinnamal, que l'on trouve naturellement dans certaines huiles essentielles (cannelle, jacinthe, patchouli). Selon le toxicologue et "lanceur d'alerte" André Cicolella, qui préside le Réseau environnement santé (RES), quelque huit cent soixante-dix PE ont d'ores et déjà été identifiés parmi les cent quarante-trois mille substances présentes sur le marché aujourd'hui, mais leur nombre réel pourrait être "beaucoup plus important".

La mobilisation contre l'un d'entre eux, le bisphénol A (PBA), une substance présente principalement dans les plastiques, a abouti à l'interdiction de ce perturbateur dans les biberons en Europe en 2011. Cette interdiction a été étendue par la France le 1er janvier 2013 à tous les contenants alimentaires destinés aux enfants de 0 à 3 ans et s'appliquera à tous les contenants alimentaires à partir de juillet 2015.

Pour aider les consommateurs à s'y retrouver, Noteo a développé un service de notation qui concerne des dizaines de milliers de produits au quotidien selon quatre critères : santé, environnement, social et budget. Leurs fiches individuelles sont consultables gratuitement sur le site de Noteo ou au moyen d'une application disponible pour iPhone et Android. Il est possible de scanner le code-barres du produit pour découvrir la note obtenue. Moins le produit contient de perturbateurs endocriniens, meilleure est la note.

Cette base de données, actualisée en permanence, constitue également une incitation pour les industriels à adapter leurs formulations et à trouver des substituts. Le 5 septembre, la multinationale Procter & Gamble a annoncé qu'elle supprimait les phtalates et le triclosan de ses produits, et un réseau de coopératives danoises s'est engagé dans la substitution des perturbateurs endocriniens, a souligné André Cicolella. Signe que les "les lignes bougent", pour Baptiste Marty.

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Hamfast
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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Hamfast » 02 octobre 2013, 23:23

Une petite BD intéressante : pour ceux qui n'aiment pas lire les pavés de Niemal, vous pouvez avoir un résumé de diverses choses ici :

http://www.jaime-ca.org/article-la-nour ... 13993.html

Bonne chance :mrgreen:

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Niemal
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La santé dans l'assiette

Message non lupar Niemal » 15 octobre 2013, 19:55

J'ai hésité à mettre ce message dans la rubrique "cinématographie". Mais dans l'esprit, je me dis que ça a plus sa place ici car le film dont je vais parler est un documentaire qui sort le 16 octobre, et je doute qu'on puisse en parler comme d'un film culte tellement il risque de troubler voire heurter. Son titre est le même que celui de ce message, et il met en scène deux scientifiques qui décortiquent les liens entre notre alimentation et notre santé, voire au-delà : économie, écologie, etc. Je doute qu'il ait le temps de passer en profondeur les impacts de la nourriture sur ces domaines, mais vous pouvez toujours reprendre une bonne part de mes précédents messages pour approfondir le sujet ;)

Soyons honnête, je n'ai pas (encore) vu ce film, mais la critique du Monde qui en parle me laisse à penser qu'il me plairait sûrement, même si je gage qu'il ne m'apprendrait sans doute pas énormément de choses. Je vous recopie cette critique plus bas, mais vous pouvez la lire directement à http://www.lemonde.fr/culture/article/2 ... _3246.html (avec bande-annonce). Et je finirai sur une critique de la dernière phrase de l'article, extrêmement réductrice : changer d'alimentation ne se résume pas à se priver de choses qu'on aime, c'est découvrir de nouvelles choses et en particulier de nouveaux goûts et plaisirs. D'ailleurs il me semble que mes "cakes mystères" ont eu beaucoup de succès aux conventions de l'Enfer du Jeu, alors qu'ils sont bio, sans produit laitier, et avec des produits complets et non raffinés... Et le principal ingrédient (plus du quart du cake), c'est de la carotte râpée (non pelée) !

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S'estimant lui-même dans une forme physique toute relative, le documentariste Lee Fulkerson s'est lancé le défi de mieux comprendre – et faire comprendre – les liens entre santé et alimentation. Son documentaire au titre programmatique, La Santé dans l'assiette, se focalise sur deux interlocuteurs privilégiés, bien connus dans les milieux scientifiques américains : le professeur Colin Campbell et le docteur Caldwell Esselstyn.

Bien que venant d'horizons différents (le premier est biochimiste, le second chirurgien), les deux hommes ont été amenés à concentrer leurs travaux sur le problème de la nutrition, particulièrement important aux Etats-Unis – même si la majorité des autres pays sont beaucoup moins en reste qu'ils ne voudraient le croire. Ils sont parvenus aux mêmes conclusions : notre santé dépend de ce que nous mangeons beaucoup plus étroitement qu'on ne le pense. Et pour l'entretenir, il faut changer radicalement le contenu de nos assiettes, en écartant de ces dernières tous les aliments d'origine animale et tous les produits industriellement transformés.

Adieu burgers, adieu fromages, lait, farines blanches et sucres raffinés ! Autour de ces deux éminents scientifiques, de nombreuses voix font chorus : patients, nutritionnistes, acteurs divers du monde médical, convertis de toutes sortes.

Entre deux témoignages, Lee Fulkerson multiplie modélisations 3D et chiffres chocs, exposant efficacement les fondements scientifiques de la théorie, sans craindre de donner la parole à certains défenseurs d'une hygiène de vie moins radicale. La plus grande qualité de son documentaire est sa capacité à déployer le problème sous tous ses aspects, même ceux auxquels on n'aurait pas pensé d'abord : sanitaire, mais également écologique, économique, politique. Rien n'échappe au militantisme consciencieux du réalisateur.

De ce visionnage troublant, qui heurte d'anciennes convictions bien vivaces (sur l'utilité du calcium du lait et des protéines animales par exemple), on ressort troublé, plus que jamais convaincu qu'il faut manger pour vivre et non l'inverse. Mais un dernier doute émerge, peut-être plus éloquent en France qu'ailleurs : au pays des 300 fromages, du foie gras et du bon vin, des viandes en sauce et du beurre roi, vivre de carottes râpées et de graines germées... est-ce encore vivre ?

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Chalutage profond, la France et Intermarché

Message non lupar Niemal » 21 novembre 2013, 15:25

Ce coup-ci je ne vais pas vous assommer avec du texte. Je vous propose une petite BD qui explique très bien ce qu'est le chalutage profond et la responsabilité de la France là-dedans, et d'Intermarché en particulier. C'est clair et bien fait, et pour autant que je sache c'est vrai, même si j'ignorais le poids d'Intermarché là-dedans. Mais pour les dégâts de ce chalutage profond, je confirme.

Bref. C'est à http://www.penelope-jolicoeur.com/2013/ ... pain-.html et ça vaut le détour, même si ça ne paye pas de mine au premier abord. Et pour les motivés, il y a même un lien à la fin vers une pétition !

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Psychopat » 21 novembre 2013, 18:30

Ben oui, Intermarché était déjà une pieuvre quand j'y travaillait alors maintenant...

J'ai signé...


Ps: Là, on vous montre du doigt une entourloupe fait par une grande marque de distributeur. Mais dites vous que ce n'est que le flocon de neige sur le bonhomme de neige sur la partie immergé de l'Iceberg. Cogitez...
"Allez tous vous faire déchirer..."



Asako Moharu :
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Daïdoji Asami :
"Un rikugunshokan Grue ou un rikugunshokan Lion Asako-sama ?"

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar SquigSan » 22 novembre 2013, 10:09

Signé!
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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar ombrelame » 22 novembre 2013, 23:01

signé et propoagé !
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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar SquigSan » 09 décembre 2013, 10:57

Un gars d'un autre forum a écrit :Plus de 200 produits chimiques dans le sang ... Nul doute que ça en intéressera certains.

http://pluzz.francetv.fr/videos/la_gran ... 63922.html

La grande invasion

L'émission : Phtalates, retardateurs de flammes bromés, parabens, et autre bisphénol-A, présents massivement dans les objets du quotidien, sont des perturbateurs endocriniens. Pour les scientifiques reconnus qui interviennent dans ce documentaire, cette imprégnation chimique n'est pas étrangère au développement des maladies dites modernes, du cancer du sein à l'obésité.

Le programme : Notre quotidien est envahi de produits chimiques. Incrustés dans les plastiques, les détergents et les grille-pains, nichés dans les aliments, les boîtes de conserve, les jouets, les shampooings, ils sont invisibles et partout à la fois, y compris dans nos corps.


Je sais que ce n'est pas bien mais je fais passer alors que je ne l'ai pas encore vu
Comme c'est un replay qui sera diffusé pendant encore 6 jours, je poste le lien maintenant.
Deus Ex Machina

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar sirlestat » 09 décembre 2013, 14:15

signé
faire la guerre au nom d'une religion sa revient a ce battre parce qu'on est pas d'accord sur qui a le meilleur copain imaginaire ^^

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Etienne » 09 décembre 2013, 19:25

Je viens de lire la BD, et il y a un truc qui me chiffonne : 10 millions d'euros sur 10 ans ? mais ça 1 millions par an c'est une somme absolument ridicule : le théâtre de tours reçoit 5,8 millions par an de subvention (il faut enlever entre 5% et 20% de recette) alors que c'est de la culture (tout le monde s'en fou) et c'est un tout petit théâtre je ne connais pas du tout les chiffres d’inter-marché mais comme ça je dirais que c'est largement plus.

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Re: Putain, le monde fout le camp ! ! !

Message non lupar Niemal » 09 décembre 2013, 20:01

La culture, tout le monde s'en fout ? Que dire alors des entreprises d'exploitation forestière : pour tout Midi-Pyrénées, compte moins de 500.000 € d'aide par an répartis sur moins d'une dizaine de petites entreprises, pour l'achat de matériel qui coûte entre 200 et 500.000 € pièce. Et c'est un maillon essentiel de la filière forêt-bois, sans lequel ni les propriétaires ni les scieurs ne trouvent leur compte. Des exploitants forestiers qui travaillent, selon une enquête en 2012, 45h par semaine pour les salariés et 54h par semaine pour les gérants...

Je ne détaillerai pas plus, mais je pense que tu ne peux comparer la culture avec l'exploitation d'une activité industrielle. Pour moi, un million d'euros par an pour 6 bateaux appartenant à un gros groupe qui n'en a pas besoin, c'est très réaliste et immoral. Il faudrait que ce soit plus pour que ce soit crédible ? Pas pour moi.